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Full text of "Journal asiatique"

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JOURNAL  ASIATIQUE 


DIXIÈME   SÉRIE 


*r* 


lOME  IX 


JOURNAL  ASIATIQUE 

on 

RECUEIL  DE  MÉMOIRES 

D'EXTRAITS  ET  DE  NOTICES 

RELATIF  À  L'HISTOIRE,  À  LA  PHILOSOPHIE,  AUX  LANGUES 
ET  À  LA  LITTÉRATURE    DES  PEUPLES  ORIENTAUX 


ET  PUBLIE  PAR  LA  SOCIETE  ASIATIQUE 


DIXIÈME  SÉRIE 
TOME  IX 


PARIS 

IMPRIMERIE    NAT10NALK 

ERNEST  LEROUX,  ÉDITEUR 


^U/>*^' 


JOURNAL  ASIATIQUE 

JANVIER-FÉVRIER   1907. 


aac 


L'ASSYRIOLOGIE  Etf  1904. 


t     i 


GENERALITES.  EXPLORATIONS  ET  FOUILLES. 

ÉCRITURE.  LANGUES  SUMERIENNE  ET  ASSYRIENNE. 

LITTERATURE.  GEOGRAPHIE. 

HISTOIRE. RELIGION  ET  MYTHOLOGIE. 

DROIT  PURLIG  ET  PRIVE.  NUMERATION  ET  METROLOGIE. 

ARCHÉOLOGIE. INFLUENCES  RARYLONIENNES. 

PAR  M*  C.  FOSSEY. 

(suite1.) 


GEOGRAPHIE. 

J.  IJalévy.  Les  Habiri  et  les  inscriptions  de  Taannek  :  Rev. 
sém.3  p.  246-258.  —  F.  Hommel.  Grundriss  der  Geo- 
graphie  and  Geschichte  des  Alten  Orients;  zweite  neabearbei- 
tete  Atiflage  des  •  Abrisses  der  Geschichte  des  Alten  Orients  ». 
Erste  Hâlfte  :  Ethnologie  des  Alten  Orients ,Babylonia  and 
Chaldâa.  Handbuch  der  Klassischen  Altertamswissenschaft 
heraasgegeben  von  Iwan  von  Mûller.  Mûnchen ,  Beck ,  1  vol. 
in-8°,  4oo  p.  —  Fr.-H.  Weissbach.  Dos  Stadtbild  von 
Babylon  :  der  Aile  Orient,  5  Jahrg.,  Heft  4.  Leipzig,  Hin- 
richs,  32  p.  in-8*. 

Les  fouilles  allemandes  ont  éclairci  en  partie  la 
topographie  de  Babylone.  M.  Weissbach ,  qui  a  pris 

*  Voir  le  n*  de  novembre-décembre  1906,  p.  439-490. 


173212 


6  JANVIER-FÉVRIER  1907f 

■  ,  '        *       '  % 

m  f  -  *  * 

part  à  des  fouines ',  a  résumé  les  résultats  obtenus 
jusqu'à  ce  jour,  H  décrit  d'pbord  l'étqt  actuel  des 
ruines  et  corrige  sur  plusieurs  points  la  nomenclature 
moderne  de  la  région  :  d'après  lui  les  villages  placés 

à  l'ouest  de  Jwnjmm  ne  s'appellent  pas  Anâneh ,  ni 
Abâ-Gozailat.  Anâneh  est  au  sud-sud-est  de  Birnun, 
à  mi-chemin  du  Kasr,  et  la  localité  faussement 
appelée  Anâneh  est  en  réalité  Sinjar,  nom  intéressant 
par  sa  ressemblance  avec  le  Sennaar  de  la  Bible.  Il 
examine  ensuite. les  murs  et  les  portes  de  la  ville,  les 
palais,  les  temples,  les  rue»,  les  canaux  et  les  fossés  « 
les  quartiers..  Les  murs  Imgur-Bêl  et  Nimitti-Bél  bor- 
daient le  Kasr  au  sud  et  au  nord;  le  mur  qui  court 
dans  la  direction  nord-sud ,  à  l'est  des  tells  appelés 
Uhaimir,  et  le  mur  qui  commence  au  nord  de  Babil 
pour  finir  au  sud  de  YI§an-el-aswad ,  sont  les  murs  de 
Nabû-kudurri-usur.  Des  huit  portes  énumérées  par 
une  tablette  du  musée  de  Berlin,  une  seulement  a 
été  retrouvée  jusqu'à  présent  :  la  porte  d'7itar,  au 
milieu  du  front  est  du  Kasr,  au  point  de  rencontre 
des  murs  Nimitti-Bêl  et  Imgar-Bél,  H  est  vraisem- 
hlable  que  la  porte  de  Samai  se  trouvait  à  l'extrémité 
sud  du  mur,  près  de  l'endroit  où  il  aboutissait  à 
l'Euphrate.  La  partie  sud  du  Kasr,  bordée  par  le  mur 
Imywr-Bêl,  représente  l'emplacement  du  plus  ancien 
palais  royal ,  qui  fut  en  dernier  lieu  reconstruit  par 
Nabû-kadurri-nsiir  et  couvrait  une  surface  d'environ 
quatre  hectares  et  demi;  la  partie  nord,  bordée 
par  le  mur  Nimitti-Bél,  et  représentant  une  surface 
de  cinq  hectares ,  était  occupée  par  le  second  palais  de 


L'ÀSSYRIOLOGIE  EN   1004.  7 

Nabûrkudarri-umr,  celui  qui ,  d'après  le*  inscriptions 
royales  et  Bérose,  fut  construit  en  quinze  jours, 
lie  troisième  palais  était  au  point  appelé  aujour- 
d'hui Babil,  ta  l'endroit  oh  le  mur  de  briques 
s'avance  vers  le  nord  »  ;  c'est  là  que  se  trouvaient 
les  fameux  jardins  suspendus  de  Sétnifamis,  et  Ras- 
sam  croit  y  avoir  retrouvé  des  restes  de  la  oanali* 
sation  par  laquelle  l'eau  montait  jusqu'au  haut  des 
terrasses. 

Des  quarante-trois  temples  de  Babylone,  quatre 
ont  été  retrouvés  par  l'expédition  allemande.  L'E*sag- 
ila  ,  dont  la  légende  d'Eridu  fait  remonter  l'origine 
jusqu'à  la  création  du  monde,  et  qui  est  déjà  men-* 
tionné  dans  une  inscription  de  Zabum  (xiv*  siècle), 
a  été  découvert  dans  le  tell  *Amran4hn-AU,  et  U 
tour  à  étages  appelée  E-tbmen- an-ci  (fondement  du 
oiel  et  de  la  terre),  au  nord  de  oe  tell,  à  l'endroit 
appelé  Sahan.  L'E-hag  ,  consacré  à  la  déesse  NiN+MAé 
(**  Bélit),  a  été  dégagé  sur  la  faoe  est  du  Kasr,  et 
I'E-patutila  ,  consacré  à  Ninib*  à  Fest-aud-est  de  Ylàan* 
el-aswad.  Un  quatrième  temple,  non  encore  identifié, 
était  situé  entre  I'E-sag-ila  et  FE^atutila.  —  La  voie 
appelée  Aihuriabum ,  par  laquelle  la  procession  de 
Marduk  se  rendait  à  FE*sag«-ila  ,  allait  du  front  nord 
de  ce  temple  vers  l'est,  jusqu'au  canal  Arakta,  oh 
elle  tournait  presque  à  angle  droit  vers  le  nord»  pour 
aller,  en  traversant  la  porte  d'ifcar,  aboutir  au  Parak- 
simati  (chambre  des  destins),  que  M.  Weissbaoh 
place  à  l'angle  nord-est  du  %afr.  Le  plu*  important 
des  canaux  de  Babylone,  YAraktu,  se  détachait  de 


8  JANVIER-FÉVRIER  1907. 

l'Ëuphrate  au  nord  du  Kdsr,  coulait  du  nord  au  sud 
entre  I'E-sag-ila  et  I'E-patutila  et  rejoignait  l'Ëu- 
phrate au  delà  des  murs.  Le  canal  Libil-hegalla  joi- 
gnait l'Ëuphrate  à  YArahtu,  au  sud  du  Kasr;  un  autre 
canal  parallèle  à  celui-là,  probablement  le  «  Canal  de 
Marduk  »,  a  été  découvert  au  nord  du  Kasr.  -^  Des 
quartiers  de  Babylone,  le  seul  dont  nous  sachions 
la  situation  est  ÏJrsit  Bâbili  (terre  de  Babel);  c'est  la 
partie  de  la  vieille  ville  sur  laquelle  Nabâ-kudurri-usur 
construisit  ses  deux  premiers  palais. 

Les  textes  de  Taannek  (voir  p.  464)  ont  rappelé 
l'attention  sur  les  ffabiri  des  lettres  d'El-Amarna. 
Contre  la  majorité  des  assyriologues  et  des  historiens , 
qui  acceptent  l'identité  des  Habiri  et  des  Hébreux, 
M.  Haiévy,  se  fondant  sur  l'étude  des  noms  propres, 
soutient  que  les  Habiri  sont  «  vraisemblablement  des 
colonies  militaires  fondées  par  les  rois  cassites  en 
Syrie.  La  langue  habiréenne  a  de  très  étroites  affi- 
nités avec  l'idiome  national  des  rois  cassites  qui 
régnaient  à  cette  époque  en  Babylonie  ». 

La  première  partie  d'un  ouvrage  considérable, 
qui  doit  comprendre  la  géographie  et  l'histoire  an- 
ciennes de  l'Orient  classique,  a  été  publiée  par 
M.  Hommel.  Cette  partie  contient,  après  un  coup 
d'œil  sur  la  géographie  physique,  une  étude  ethno- 
graphique et  le  commencement  de  la  description 
géographique.  La  partie  ethnographique  traite  suc- 
cessivement des  Sumériens  et  des  races  ouralo-alta- 
ïques,  des  Indo-germains  (Grecs,  Iraniens,  Thraco- 
Phrygiens),  des  Alarodiens   (Elamites   et  Cassites, 


L'ÀSSYRIOLOGIE  EN    1904.  9 

Arméniens  avant  l'invasion  indo-germanique,  Hani- 
galbatiens,  Hittites,  Lyciens,  Cariens  et  Philistins, 
Etrusques  ;  Libyens  et  Ibères) ,  des  Sémites ,  que  Tau^ 
teur  divise  en  Babyloniens  et  Sémites  occidentaux 
(Arabes,  Ghananéens,  Araméens),  des  Mèdes, 
Perses,  Iraniens  orientaux  et  Indiens.  Les  cent 
soixante  pages  qui  forment  le  commencement  de  la 
géographie  sont  consacrées  aux  noms  de  la  Baby- 
lonie  [Sumer  etAkkad,  Kardunias,  etc.),  à  l'hydro- 
graphie (rivières  et  canaux),  aux  villes  de  la  Ba- 
bylonie  (Babylone,  Ris,  Garsag-Kalama,  Kuta, 
Sippara,  Dâr-Kurigalza ,  Bas,  Opis,  Nippur,  Gis-uh(?), 
Adamdun,  Larsa,  Uruk)  et  de  la  Chaldée  (Eridu,  Ur, 
Kis,  Kullab,  Ninua ,  Marad ,  Borsippa,  Dilbat,  Agade). 
Un  index  provisoire  permet  déjà  de  se  retrouver 
dans  la  masse  énorme  de  matériaux  que  M.  Homme! 
a  condensés  dans  les  quatre  cents  pages  qu'il  vient 
de  publier. 

Ce  qui  frappe  en  effet  tout  d'abord ,  c'est  l'extraor- 
dinaire étendue  de  l'information  et  la  richesse  de  la 
documentation.  Même  dans  les  domaines  qui  ne  sont 
pas  le  sien ,  M.  Hommel  est  encore  très  informé ,  et 
dans  le  domaine  assyro-babylonien ,  on  peut  dire 
qu'aucun  texte  important  ne  lui  a  échappé.  Je  dirais 
même  qu'il  y  a  trop  de  choses  dans  son  livre ,  que  la 
phrase,  chargée  d'incidentes  et  de  parenthèses,  elles- 
mêmes  complétées  par  des  notes  qui  sont  de  véri- 
tables dissertations ,  est  souvent  difficile  à  suivre  et 
que  la  lecture  ininterrompue  de  dix  pages  donne  le 
vertige.  Je  sais  bien  que  le  livre  de  M.  Hommel  est 


10  JANVIER-FEVRIER  1907. 

un  manuel,  c est-à-dire  un  de  ces  ouvrages  qui 
sont  faits  pour  être  consultés  plutôt  que  pour  être 
lus.  Mais  si  on  f  oublie ,  en  reprochant  à  l'auteur  de 
ne  pas  assez  ménager  le  lecteur,  la  faute  en  est  a 
M.  Homme!  qui  a  fait  aux  vues  personnelles,  aux 
hypothèses  d'hier  et  même  d'aujourd'hui,  plus  de 
place  qu'il  ne  convient  dans  un  livre  destiné  par 
nature  à  donner  surtout  l'état  actuel  de  la  science,  à 
exposer  les  résultats  acquis.  Les  idées  bouillonnent 
tumultueusement  dans  le  cerveau  de  M.  Hommel  et 
souvent  il  les  sert  sans  avoir  pris  le  temps  d'en  retirer 
l'écume.  Il  a  au  plus  haut  point  cette  faculté  d'aper- 
cevoir des  rapports  qui  est  l'un  des  dons  essentiels 
du  savant  créateur,  mais  trop  souvent  il  se  contente 
de  rapprochements  superficiels,  qui  semblent  nés 
sous  sa  plume,  et  dont  une  scabreuse  étymologie  est 
l'unique  support. 

M.  Hommel  a  émis  et  soutenu  avec  beaucoup 
d'ingéniosité  l'idée  que  les  Égyptiens  sont  un  rameau 
issu  du  tronc  babylonien.  Cette  thèse  déjà  ancienne, 
il  avait  le.  droit  incontestable  de  la  présenter  dans 
son  Manuel,  mais  non  comme  une  vérité  définiti- 
vement acquise,  en  faisant  des  Babyloniens  et  des 
Egyptiens  une  section  unique  opposée  aux  trois  sub- 
divisions de  la  section  des  Sémites  occidentaux.  La 
tentative  faite  (p.  99  et  suiv.)  pour  ramener  l'ordre 
des  lettres  de  l'alphabet  à  des  principes  astrologiques 
propres  au  deuxième  millénaire ,  et  explicables  seule- 
ment par  le  culte  de  la  lune  chez  les  Sémites  occiden- 
taux, est  une  fantaisie  brillante  que  l'on  pouvait 


LASSYRIOLOGIE   EN    1904.  11 

risquer  dans  un  article  de  revue,  mais  qui  décon- 
certe dans  un  manuel. 

Gomme  exemples  de  rapprochements  fondés  sur 
des  étymologies  discutables  je  citerai  seulement  la 
présence  d'éléments  iraniens,  ehea  le*  G  assîtes  dé- 
montrée par  la  ressemblance  des  mots  Buriai  et 
Boréas  (Borée!),  Suriai  et  Sârja  (sanscrit  «soleil»), 
Simalia  et  Bimalaja  (p.  301);  l'origine  ciliçienne  ou 
lycienne  des  Etrusques  démontrée  par  la  ressem- 
blance de  Tarquinim  avec  le  dieu  national  des 
Hittites,  Tarku  (p.  63  et  44).  Heureusement  la 
puissance  de  combinaison  de  M.  Homme!  ne  se 
borne  pas  à  ces  étymologies.  L'effort  qu'il  a  fait  par 
exemple  pour  reconstituer  la  topographie  de  Baby- 
lone,  avec  les  dpcuments  encore  incomplets  que 
nous  possédons,  est  un  des  plus  puissants  qui  aient 
été  tentés ,  et  mériterait  de  servir  d'idée  directrice  à 
une  fouille ,  quel  que  doive  être  le  résultat  de  cette 
épreuve.  Je  ne  saurais  le  «livre  dans  sa  tentative  pour 
transporter  la  ville  de  Sirgulla  (alias  Sirpurla)  à  Ba- 
hylone,  mais  ses  objections  à  l'identification  admise 
jusqu'à  présent,  Sirgulla  =  Telloli,  me  paraissent 
fortes  (p.  3oo  et  suiv.). 

HISTOIRE. 

F.  Demtzsch,  Zu  unseren  assyrisçhen  Schriftdenkmâlem,  I  : 
MitteiL  d.  deutschen  Or.  Gesellschaft ,  n°  ai,  p.  48-53.  — 
C.-F.  Lehmann.  Bestâtiguncj  der  antiken  Chronologie  vor 
Nabonassar  :  B  A  G,  t.  IV,  p.  1 1 1  -î  1 5  ;  Weiteres  znr  alt- 
assyrischen  Chronobgie  :  ib. ,  p.  260-361.  —  M.  Pancritius, 


12  JANVIER- FEVRIER  1907. 

Assyrische  Kriegsfùhrung  von  Tiglat-Pileser  I,  bis  auf 
Samsi-Adad  III ,  inaag.  dissertation.  Kônigsberg,  Hartung, 
iâà  p.  in -8°.  —  F.-E.  Peiser.  Ein  neues  Datum  zur 
Geschichte  Assyriens  :  OLZ,  t.  VII,  col.  1A9- i5o.  — 
P.  Rost.  Das  neue  Datant  Saîmanassars  I  :  ib. ,  col.  1 79- 
182.  —  0.  Weber.  Sanherib,  Kônig  von  Assyrien,  105- 
681  :  der  Alte  Orient,  VI,  3.  Leipzig,  Hinrichs,  1  vol. 
29  p.  in-8°.  —  H.  Winckler.  Sanherib,  Kônig  von  Assy- 
rien, 105-681,  eine  Skizze  :  der  Alte  Orient,  VI,  1. 
Leipzig,  Hinrichs,  1   vol.  29  p.  in -8°. 

Rien  n'est  plus  difficile  que  de  résumer  avec  clarté 
et  sans  sécheresse  une  histoire  pleine  d'événements 
importants  comme  lest  déjà  celle  de  Babyione. 
M.  Winckler  a  pourtant  réussi  à  nous  donner  en 
moins  de  cinquante  pages  un  tableau  très  vivant  des 
destinées  de  l'antique  capitale,  depuis  sa  fondation 
par  Sargon  d'Agade  jusqu'à  l'époque  parthe.  Il  a 
notamment  fort  bien  montré  comment  la  nécessité 
de  posséder  la  route  d'accès  vers  la  Méditerranée 
rendait  inévitable  l'antagonisme  de  Babyione  et  de 
l'Assyrie,  et  indiqué  des  rapprochements  très  justes 
avec  l'histoire  de  l'Europe  surtout  au  moyen  âge. 
L'époque  de  Hammurabi  lui  semble  marquer  un 
recul  comparable  à  celui  du  vie  siècle  de  notre  ère. 
En  art,  en  science  et  en  religion,  la  vieille  civilisa- 
tion sumérienne  fut  gâtée  par  l'immigration  «  chana- 
néenne  ».  Ce  terme  «  chananéen  »  a  été  proposé  par 
M.  Winckler  pour  désigner  les  Sémites  qui  s'éta- 
blirent en  Babylonie  vers  a4oo  et  auxquels  appar- 
tiennent les  rois  de  la  première  dynastie.  Il  me 
semble  que  ce  mot  doit  être  écarté  à   cause   des 


L/ASSYRIOLOGIE  EN   1904.  13 

confusions  qu'il  peut  engendrer,  et  qu'il  vaut  mieux 
s'en  tenir  à  la  désignation  d'«  arabe  »  proposée  autre- 
fois par  Pognon  et  Homme!. 

L'histoire  de  Sin-ahé-irba  a  été  racontée  en  trente 
pages  par  M.  O.  Weber,  qui  a  justement  fait  ressortir 
l'échec  final  de  la  politique  du  roi  d'Assyrie,  dont 
tous  les  efforts  avaient  tendu  à  l'anéantissement  de 
Babylone,  et  qui  dut  contribuer  lui-même  au  relève- 
ment des  ruines  qu'il  avait  faites.  D'après  le  fragment 
publié  par  le  P.  Scheil  (voir  p.  458),  M.  O.  Weber 
incline  à  mettre  l'expédition  d'Arabie,  à  laquelle  se 
rattache  le  second  siège  de  Jérusalem  (voir  JA,  sept. 
189a,  p.  288),  avant  la  destruction  de  Babylone 
(689)  et  non  après,  comme  on  l'admettait  jusqu'à 
présent. 

Là  tablette  de  pierre  de  Sulman-asarid  Ier  trouvée  à 
Kala'at-Sirgât  (voir  p.  44  2)  a  remis  en  question  toute 
la  chronologie  assyrienne  jusqu'à  Tukulti-apal-eiara  Ier. 
Elle  raconte,  d'après  M.  Delitzsch,  que  le  temple 
d'Afar,  reconstruit  par  Èriiu,  était  en  ruine  1 5o  ans 
après  que  Samii-Adai  l'avait  de  nouveau  restauré ,  et 
que  58 o  ans  plus  tard  il  fut  détruit  par  un  in- 
cendie ,  puis  reconstruit  par  Sulman-a&arid  Ier.  D'après 
une  donnée  de  Tukulti-apal-eiara  Ier,  on  mettait  ce 
Sam&i- Aàad  vers  1820,  et  Eriiu  vers  1980.  Mais 
M.  Delitzsch  fait  remarquer  que  le  nouveau  texte 
nous  forcerait  alors  à  placer  Sulman-aSarid  Ier  en 
(1820  —  580*=)  i24o,  et  que  d'autre  part  il  nest 
pas  possible  de  faire  descendre  ce  roi  plus  bas  que 
i320.  Il  faut  donc  modifier  la  date  de  Tukulti-apal- 


14  JANVIER-FEVRIER  1907. 

efara,  d'après  laquelle  est  calculée  ôelle  de  Samsi- 
Adad,  qui  elle-même  règle  celle  de  Subnan-asarid  Ier . 

M.  Peiser  admet  avec  M.  DeliUsch  qu'il  faut  cor- 
riger la  date  ordinairement  attribuée  à  TukaUi-apal- 
esara  Ier  (1120).  Puisque  Tukulti+Ninib ,  d  après  Sin- 
ahé-irba  se  place  en  1 290,  son  père  doit  avoir  vécu 
aux  environs  de  i3ao,  et  Samsi-Adad  vers  1900. 
D  après  Tukuki-dpal-esara,  Amr-dân  régna  64 1  ans 
après  Samsi-Adad ,  soit  vers  1260.  Amr-dân  était  le 
contemporain  de  Zamûma-swi-iddin,  dont  la  date, 
d'après  l'inscription  de  Nabonide,  ne  peut  pas  être 
inférieure  à  1 2 65.  Or,  d'après  Tukalti-apal-emra ,  on 
compte  60  ans  depuis  le  règne  d* Amr-dân  jusqu'au 
sien;  donc  celui-ci  se  place  vers  1200,  ou»  si  l'on 
prolonge  le  règne  d' Amr-dân,  vers  1180.  Les  données 
de  la  liste  des  rois  conduisent  à  la  même  conclusion. 
Car  si  l'on  place  Zamamorsum-iddin  vers  1  a 65,  la 
dynastie  de  Paie  commence  vers  1262  et  finit  vers 
1  1 3o ,  ce  qui  met  Marduk-nâdin-ahé ,  le  rival  de  7a- 
kulti-ûpal-esara9\zr$  1 1 80.  Il  faudrait  donc  admettre 
que  le  chiffre  de  l'inscription  de  Bavian  est  trop  faible 
d'environ  60  ans,  comme  M.  Rost  l'avait  supposé 
dès  1897» 

Au  contraire  M.  Rost  croit  aujourd'hui  que  la 
date  de  1 1 80  pour  Tukulti-apal-esara  est  inacceptable. 
Aménophis  IV  est  monté  sur  le  trône  vers  1 4oo.  U 
ressort  des  lettres  A'El-Amarna  que  Burnaburias  U  a 
encore  régné  quelques  années  en  même  temps  que 
Aménophis  III.  Le  commencement  de  son  règne  se 
place  donc  vers  1 4 1  o.  Il  a  régné  environ  26  ans;  ses 


L'ÀSSYRIOLOGIE  EN    1904.  15 

deux  premiers  successeurs  ensemble ,  1  o  ans  au  plus , 
Kurigalza  H,  3  5  ans  ,  et  Kuiar-Bél ,  le  prédécesseur  de 
Sagarakti-mriaè ,  8  ans.  La  dynastie  cassite  finit  donc 
vers  î  ig5.  Or  Nabu-kadurri+upir  Ier ',  contemporain 
d'Aiur-r&mpèrede  TukultUtpal-esaraF1 ',  est  au  moins 
le  troisième  roi  de  la  dynastie  de  Paie.  Entre  lui  et 
Marttak-nddin-ahé,  contemporain  de  Tukulti-apcU- 
esant ,  se  place  encore  au  moins  un  règne  (  celui  de  Bél- 
nddin-aplu).  Tukulii-apal-esara ,  étant  contemporain  du 
cinquième  roi  de  la  dynastie  de  jPcuw,  qui  commence 
vers  1 195,  ne  peut  guère  avoir  régné  avant  1  i4o. 
Comment  cela  s'accorde-t-il  avec  la  nouvelle  donnée 
de  Salman-asand  Ier  ?  D  après  un  texte  de  Sin*ahé*irbaf 
on  met  Takalti-Ninib  vers  1 290 ,  et  Salman-asarid  Ier 
vers  1 3 20.  Mais  cela  obligerait  à  resserrer  les  règnes 
des  prédécesseurs  de  Sulinan-asarid  dans  un  temps  très 
court.  Le  chiffre  de  600  donné  par  Sin~ahê-irba  est 
évidemment  un  chiffre  arrondi ,  et  Ton  peut  placer 
TukultUNinib  en  1 275  et  Sulman-asarid  Ier  vers  1 3 00. 
D'après  la  nouvelle  inscription  de  Salman-asarid, 
Samsi+Àdad  a  régné  5  80  ans  avant  lui,  c  est-à-dire  vers 
1 83o.  Si  Ton  combine  avec  ce  résultat  les  données  de 
Taknlti~apal-esara Ier  (vu,  60-70),  on  arrive  à  Tannée 
12  35  pour  le  début  du  règne  d'Asur-dân ,  et  aux  envi- 
rons de  1 1 90  ou  1 1 85  pour  la  fin.  Si  Ton  place  vers 
1 200  l'événement  de  ce  règne  depuis  lequel  Tvdealti- 
apal-esara  compte  60  ans,  on  arrive  encore  pour  ce 
dernier  à  la  date  de  1 1  4o ,  ce  qui  oblige  à  maintenir 
la  donnée  de  Bavian. 

L'avenir  montrera  qui  a  raison  de  M.  Rost  ou  de 


16  JANVIER-FEVRIER  1907. 

M.  Peiser.  Je  me  contenterai  d'appeler  1  attention  des 
historiens  sur  le  passage  de  Tukulti-apal-esara  Ier  dont 
on  s'est  tant  servi ,  et  qui  me  parait  susceptible  d'une 
nouvelle  interprétation.  U  dit  essentiellement  :  ina 
ûmésama  bit  Anim  a  Adad .  .  .  sa  .  .  .  Samsi-Adad  . . . 
ipus  661  sanâti  illik  inah  Asurdân  .  .  .  bîtu  suâtu  ibbul 
ul  ipus  1  susi  sanâti  ussusu  ul  innadâ  ina  surru  sarrutia 
Ami  a  Adad  .  .  .  epas  admânisunu  Muni.  «  En  ce  temps- 
là  le  temple  d'Ami  et  d'Adad  .  .  .  que  .  .  .  Samsi-Adad 
.  .  .  avait  construit,  depuis  64 1  ans  tombait  en  ruine. 
Asurdân  .  .  .  démolit  ce  temple  et  ne  le  reconstrui- 
sit pas;  pendant  6o  ans  ses  fondations  ne  furent 
pas  jetées.  Au  début  de  mon  règne  Anu  et  Adad. .  i 
m'ordonnèrent  de  reconstruire  leur  demeure.  »  On  a 
ordinairement  entendu  que  les  64 1  ans  finissaient 
sous  le  règne  ftAsur-dân  et  qu'il  s'était  écoulé  une 
nouvelle  période  de  6o  ans  depuis  le  déblaiement 
d'Asur-dân  jusqu'au  début  du  règne  de  Tukulti-apal- 
esara.  Je  crois  qu'il  serait  possible  de  l'entendre  tout 
autrement  :  les  64 1  ans  marqueraient  le  temps  écoulé 
depuis  la  ruine  du  temple  jusqu'aux  travaux  de 
Tukulti-apal-esara,  et  les  6o  ans  seraient  une  partie 
de  cette  période,  celle  pendant  laquelle  les  ruines 
elles-mêmes  avaient  disparu  en  partie  sans  que  le 
terrain  déblayé  reçût  de  nouvelles  constructions. 
La  phrase  Asurdân  .  .  .  innadû  serait  une  parenthèse , 
comme  il  s'en  introduit  si  souvent  dans  les  longues 
périodes  commençant  par  umisu  :  (Asur-dân  avait  bien 
déblayé  le  terrain ,  mais  il  n'avait  rien  construit,  et  6o 
ans  durant  les  tranchées  n'avaient  pas  reçu  les  nou- 


I/ÀSSYRI0L0G1E  EN   1904.  17 

velles  fondations).  B  faudrait  donc  compter  simple- 
ment 64 1  ans  (et  non  64i+6o)  entre  la  ruine  et 
la  reconstruction  du  temple  de  Samsi-Adad.  Cela 
semble  favoriser  la  conclusion  de  M.  Peiser  sur  la 
date  de  Tukulti-apal-esara ,  puisque  i83o  (date  de 
Samsi-Adad  d'après  M.  Rost)  —  64 1  =  1 1 89.  Mais 
d'autre  part  il  faut  remarquer  que  la  ruine  du  temple 
ne  coïncide  pas  nécessairement  avec  la  fin  du  règne 
de  Samsi-Adad  et  que  l'on  peut,  s'il  est  besoin  par 
ailleurs,  ajouter  3o  ou  4o  ans  au  chiffre  de  64 1 
pour  avoir  la  durée  qui  sépare  les  deux  règnes. 

M.  Lehmann  maintient  le  résultat  auquel  il  était 
arrivé1  avant  la  découverte  du  texte  de  Sulman-asa- 
rid  Ier,  savoir  que  le  chiffre  de  l'inscription  de  Bavian 
est  de  100  ans  trop  élevé.  D'après  cette  inscrip- 
tion, Tuknlti-Ninib  Ier  régnait  600  ans  avant  la  prise 
de  Babylone  par  Sin-ahé-irba ,  soit  en  1289;  donc 
Sulman-asarid  Ier,  son  père,  régnait  vers  i3oo.  Or 
Samsi-Adad  a  régné  (64i  +60=)  701  ans  avant 
la  reconstruction  du  temple  A'Anu  par  Tukulti-apal- 
esara  Ier.  Si ,  conformément  à  l'inscription  de  Bavian , 
nous  plaçons  Tukulti-apal-esara  vers  1110,  et  en 
conséquence  Samsi-Adad  vers  1820,  cela  mettrait 
Sulman-asarid  Ier ',  au  cas  où  il  aurait  régné  58o  ans 
après  lui,  vers  1  2  4o  au  lieu  de  1 3oo.  Mais,  comme 
il  est  impossible  de  remonter  la  date  de  Takulti-apal- 
esara  de  60  ans  sans  se  mettre  en  contradiction 
avec  les  points  les  mieux  établis  de  la  chronologie , 

1  Zxcei  Hauptprobleme  dev  altorientalischcn  Chronologie ,  1898. 
ix.  2 

iMt-aïauus  ■ATIOBALE. 


18  JANVIEK-FÉVRIËR   1907. 

il  faut  expliqiier  autrement  la  nouvelle  donnée  de 
Sulman-asarid  Ier.  H  faut  entendre  qu'il  s  est  écoulé 
58o  ans  depuis  Erisu  jusqu'à  SidmanrOsarid  1er  et  que 
les  169  ans  entre  Erisu  et  Samsi-Adad  Ier  sont  une 
partie  des  58o  ans.  Donc  Samsi-Adad  bâtit  le  temple 
(  5  80  —  1 59  =»)  4a  î  ans  avant  Stklman-aàarid Ier  (  1 3oo)* 
Si  nous  mettons  Tukulti-apal-esara ,  d  après  l'inscrip- 
tion de  Bavian ,  en  1 1 1  o ,  et  du  même  coup  Samsi- 
Adad  en  1820,  nous  arrivons  pour  Sulman-asarid  Ier 
en(i8ao  — 4^i  =»)  1^99,0  est-à-dire  environ  100  ans 
trop  haut»  En  réduisant  de  1 00  le  chiffre  de  Bavian, 
nous  arrivons  à  Tannée  1 299  à  laquelle  nous  étions 
déjà  arrivés  par  ailleurs. 

M.  Lehmann  a  trouvé  une  confirmation  de  son 
hypothèse  dans  un  texte  d'Asur-aké-iddin  découvert  à 
Kalaat+Siryât,  qui  compte  1  a  6  ans  depuis  la  restau- 
ration d' Erisu  jusqu'à  celle  de  Samsi-Adad ,  et  434  ans 
dépuiscelle-ci  jusqu'à  l'incendie  sous  Sulman-asarid  Ier, 
soit  en  tout  56o  ans.  Mais  ce  nouveau  texte  montre 
aussi  que  le  Samsi-Adad  nommé  par  Sulman-asarid  Ier, 
et  que  M,  Lehmann  ne  croyait  pouvoir  être  autre 
que  le  fils  d'Isme-Dagan,  est  en  réalité  le  fils  de  Bél- 
kabi ,  ce  qui  porte  à  trois  le  nombre  des  patêsis  du  nom 
de  Samsi-Adad  (plus  deux  rois).  Le  fils  dUsme-Dagan 
et  celui  de  Bél-fabi  ont  dû  être  presque  contempo- 
rains ,  ce  qui  expliquerait  que  cette  erreur  n'ait  pas 
entraîné  M*  Lehmann  à  des  résultats  faux.  Mais  ne 
faudrait-il  pas  se  demander  si  le  Samsi-Adad  de  l'in- 
scription d'Asur-ahé-iddin  est  le  même  que  celui  de 
l'inscription  de  Sulman-asarid?  Cela  remettrait  alors 


LASSYR10L0GIE  EN   1904.  19 

en  question  la  confirmation  que  M.  Lehmann  a  cru 
trouver  dans  le  texte  $ Asur-ahê-iddin. 

M.  Pancritius  a  donné  une  histoire  des  armées  assy- 
riennes depuis  TnkuUi-apalreiara  Ier  jusqu'à  Samsi- 
Adad.  Tandis  que  l'emploi  des  chars  de  guerre  est 
attesté  par  des  textes  nombreux ,  nous  ne  savons  rien 
de  la  cavalerie.  Le  mot  ummanâti  ne  désigne  pas, 
comme  on  l'admet  généralement,  les  troupes  en  gé- 
néral ,  mais  exclusivement  l'infanterie ,  et  par  endroits 
même ,  une  certaine  espèce  d'infanterie ,  les  hoplites , 
par  opposition  à  l'infanterie  légère.  La  tactique  ma- 
cédonienne, qui  combinait  l'emploi  des  différentes 
armes ,  a  dû  être  employée  en  Mésopotamie  mille  ans 
avant  Alexandre.  À  la  différence  des  Grecs,  les  Sé- 
mites, et  tout  particulièrement  les  Assyrien*,  ne  se 
contentaient  pa»  d'une  victoire  qui  les  rendait  maîtres 
du  champ  de  bataille;  mais,  comme  les  généraux 
modernes ,  visaient  à  une  destruction  complète  et  ra- 
pide de  l'ennemi.  L'armée  assyrienne  était  essentiel- 
lement une  armée  nationale  et  non  une  armée  de 
mercenaires. 

RELIGTÔfl  ET  MYTHOLOGIE. 

M.  J astrow.  Dis  Religion  Babyloniens  and  Assyriens.  Giéssen , 
J.  Rïckér,  1  vol,  55a  p.  in-8°.  —  Religion  of  Babylonîa 
ané  Àssyria  :  Hastthps  Dictionary  of  thv  Bible,  vol.  V, 
p.  53 1-84.  —  F.-X.  Kugler.  Die  Sternenfahrt  d$$  Gifyo» 
mesek;  Kasmelogische  Wàrdigang  des  babyhnischm  National- 
tpos  :  Stiawten  ans  Maria- Lauch,  igoA,  4  Heft.  Friburg 
i.  Br.  ,33  p.  in-8°  et  deux  cartes. 

Malgré  les  lacunes  encore  considérables  de  notre 

a. 


20  JANVIER- FÉVRIER   1907. 

connaissance  dé  là  religion  assyrô^babyloniennè ,  ies 
études  de  détail  sont  déjà  assez  nombreuses  pour 
qu'un  essai  de  synthèse  soit  indispensable  à  tous  Ceux 
qui ,  directement  ou  indirectement ,  s'intéressent  aux 
dieu*  et  àtix  cultes  de  l'ancienne  Mésopotamie. 
M.  Jastrow,  qui  avait  tenté  une  première  fois  cette 
synthèse  dans  un  volume  publié  en  1 898  1,  a  repris 
son  travail  dans  des  proportions  plus  larges,  en  utili- 
sant les  textes  et  les  travaux  publiés  depuis  six  ans.  Le 
plan  delà  seconde  édition  est  identiquement  le  même 
que  celui  de  la  première,  mais  les  développements 
nouveaux  donnés  à  chacun  des  chapitres  en  font 
réellement  un  ouvrage  différent,  et  dont  la  masse 
sera  plus  que  doublée.  Le  premier  volume,  seul 
publié  jusqu'à  présent,  étudie  successivement  le  pan- 
théon aux  différentes  époques  de  la  Babylonie  et  de 
l'Assyrie,  les  textes  magiques ,  les  prières  et  les  hymnes. 
Le  reste  de  la  littérature  religeuse,  c'est-à-dire  les 
présages,  les  mythes  et  les  légendes ,  la  cosmologie 
et  l'eschatologie,  les  temples  et  les  cérémonies 
du  culte ,  fera  l'objet  du  second  volume ,  qui  se  ter- 
minera par  une  bibliographie  que  l'on  peut  espérer 
complète.  Un  des  principaux  mérites  de  l'ouvrage  est 
en  effet  la  sûreté  et  l'étendue  de  l'information  :  on 
peut  dire  qu'aucun  livre ,  aucune  brochure  n'a  échappé 
à  M.  Jastrow. 

La  lacune  la  plus  regrettable  de  la  première  édi- 
tion ,  le  manque  de  références ,  a  été  comblée  :  des 

1  The  religion  of  Babylonia  and  Âssyrld t  Boston,  USA. 


L'ASSYRIOLOGIE  EN    19Q4.  &1 

notes  nombreuses  renvoient  aux  textes  sur  lesquels 
Fauteur  s  appuie  et  dont  il  donne  souvent  la  tra- 
duction. Malheureusement  je  retrouve  encore  dans 
l'exposition  une  certaine  prolixité  :  M,  Jastrow  se 
répète  volontiers  et  se  laisse  facilement  entraîner 
à  reprendre  le  développement  de  quelques  thèmes 
favoris  déjà  exposés  dans  les  pages  précédentes.  Sa 
méthode  d'exposition ,  essentiellement  discursive  et 
analytique  favorise  encore  ce  penchant  qu'un  effort 
plus  vigoureux  vers  la  systématisation  et  la  synthèse 
aurait  contenu,  Par  exemple»  si  au  lieu  d'analyser 
tablette  par  tablette  les  séries  assez  monotones  de 
textes  magiques ,  M.  Jastrow  avait  cherché  à  résumer 
en  quelques  pages  l'idée  qu'il  veut  nous  donner  de 
leur  contenu  et  de  leur  composition ,  s'il  avait  groupé 
sous  trois  ou  quatre  chefs  principaux  les  faits  qui 
rassortent  de  ces  testes,  il  aurait  pu  en  faire  un 
tableau  plus  serré ,  plus  net  et  plus  saisissant.  L'idée 
qu'a  eue  M,  Jastrow  de  distinguer  des  époques  dans 
le  panthéon  assyro-babylonien  est  incontestablement 
bonne  :  retracer  l'évolution  historique  des  concepts 
religieux  est  évidemment  le  but  d'un  historien  des 
religions;  mais  je  ne  crois  pas  qu'il  eût  fallu  pour 
cela  morceler  en  trois  tronçons  le  tableau  du  pan- 
théon et  s'y  reprendre  à  trois  fois  pour  nous  parler  de 
Samas.  En  dehors  des  textes  datés,  nous  possédons  une 
vaste  littérature  religieuse ,  pour  laquelle  toute  chrono- 
logie est  encore  et  sera  peut-être  toujours  impossible, 
et  qui  en  tout  cas  a  été  en  usage  pendant  de  longs 
siècles  :  à  quelle  période  attribuera4-pn  les  données 


S2  JANVÏÊR-fÉVRIEft  i^O?. 

qtrdHe  fournit?  Les  idées  générales  qui  se  dégagent 
aujourd'hui  sur  Fhistoire  du  panthéon  assyro-baby- 
lonien  auraient  donc  pu  être  réunies  dans  on  chapitre 
précédant  une  série  de  monographies  uniques  sur 
chaque  dieu,  dans  lesquelles  tous  les  faits  auraient 
été  exposés  logiquement,  sans  que  d'ailleurs  les 
distinctions  chronologiques  en  fussent  aucunement 
exdues. 

M.  Jastrow  est  très  pénétré  de  Fidée ,  juste  en  soi , 
que,  par  suite  de  l'unification  de  là  Babylonie  sous 
un  même  sceptre ,  beaucoup  de  divinités  locales  ont 
été  évincées  par  les  dieux  de  Babylone,  et  que  le  sa- 
cerdoce babylonien  a  remanié  la  liturgie  au  profit 
de  ses  dieux  propres,  D'une  manière  générale  la 
thèse  est  des  plus  vraisemblables,  mais  j'ai  peur 
que  M<  Jastrôw  ne  l'ait  quelque  peu  faussée  ou  tout 
au  moins  compromise,,  en  F  exagérant.  Par  exemple 
il  fie  me  semble  nullement  évident  que  le  dévelop- 
pement du  rôle  de  Marduk  dans  les  incantations 
soit  postérieur  à  fiammarafo' ;(p.  296  et  3 29)  et  soit 
dû  à  une  substitution  du  dieu  de  Babylone  au  dieu 
d'Eridu,  Ea.  H  est  très  possible  qu'à  Eridû  même, 
et  pour  des  raifcofts  d'ordre  purement  théologique , 
on  ait  imaginé ,  entre  le  àiou  suprême  et  Fhumanité , 
un  médiateur,  fils  de  dieu,  et  dieu  lui-même,  mais 
plus  près  de  Fhomme  et  plus  accessible  à  ses  misères. 
Pareil  rapport  existe  dans  le  christianisme  entre  Dieu 
le  père  et  Dieu  le  fils1.  De  même,  le  fait  qu'à  quel- 

1  Cf.  Matth.,  **,*•?. 


LASSYRÎOLOGIE  EN   1904.  83 

qttes  lignes  de  distance ,  dans  une  même  incanta- 
tion ,  l'exorciste  se  dit  l'envoyé  d'£a ,  puis  l'envoyé  de 
Mariak ,  n'est  nullement  ia  preuve  d'un  remaniement 
mtriadroit  (p.  35€,  note  3),  car  il  n'y  a  pas,  à  vrai 
dire ,  de  contradiction ,  et  l'on  peut  ordre  que  si  tin 
prêtre  de  Mardak  avait  voulu  retoucher  au  profit  de 
son  dieu  tin  texte  iïEriin ,  il  aurait  pris  le  bon  moyen . 
qui  était  de  substituer  le  nom  de  Marduk  à  céleri 
dJEa  et  non  d'ajouter  l'un  à  l'autre.  Enfin  il  y  a  quel- 
que exagération  i  prétendre  retrouver  le  lieu  d'ori- 
gine d'un  texte  d'après  le  dieu  qui  y  est  mentionné 
(p.  347  ).  Aussi  haut  quç  nous  remontions ,  on  honore 
en  tout  lieu,  outre  la  divinité  locale,  un  grand  nom- 
bre de  divinités ,  que  la  liturgie  ne  pouvait  pas  igno- 
rer. De  ce  que  Samoa,  le  dieu  de  Larsa,  est  invo- 
qué dans  une  incantation ,  il  n'en  résulte  nullement 
que  celle-ci  n'ait  pu  être  rédigée  k  Etida,  dont  le 
patron  était  Ea.  Prétendre  le  contraire  serait  attribuer 
aux  anciennes  cités  de  la  Chaldée  un  monothéisme 
de  fait  que  rien  ne  permet  de  supposer. 

Si  certaines  distinctions  de  M.  Jastrow  me  pa- 
raissent prématurées  et  vaines ,  il  en  est  d'autres  qu'il  se 
refuse  à  admettre  et  qu'il  écarte  trop  sommairement. 
Il  se  contente  de  déclarer  (p.  «i65 ,  n.  1)  que  la  tenta- 
tive de  M.  Sayce  pour  distinguer,  dans  la  religion  de 
la  Chaldée ,  les  apports  sumériens  des  apports  sémiti- 
ques a  complètement  échoué.  H  eût  valu  la  peine 
de  le  montrer,  et  le  puissant  effort  de  M.  Sayce  mé- 
ritait mieux  qu  une  note  dédaigneuse.  Je  ne  suis  pas 
éloigné  de  croire  que  la  confusion  perpétuelle ,  main- 


24  JANVIER-FÉVRIER  1907. 

tenue  soigneusement  par  M.  Jastrow,  entre  le  pan- 
théon sumérien  et  le  panthéon  sémitique,  est  un  vice 
capital»  Il  ne  suffit  pas  d'affirmer  que  la  religion 
assyro- babylonienne  est  exclusivement  sémitique 
(p.  19  et  3  3-a3);  il  faudrait  définir  ce  que  c'est 
qu'une  religion  sémitique,  en  découvrir  un  type  dune 
pureté  indiscutable  et  le  comparer  à  la  religion  en 
question,  M.  Jastrow  ne  l'a  pas  fait  et  je  n'en  suis 
pu*  trh  surpris;  mais  son  affirmation  reste  alors 
l'expression  d'une  préférence  personnelle  qu'il  ne 
pouvait  pas  espérer  nous  faire  partager  et  qu'il  pou- 
vait moins  encore  ériger  en  principe. 

Rawlinson  avait  déjà  émis  l'idée  que  la  légende 
de  Gilgames  est  un  mythe  solaire  qui  a  pour  base  le 
cours  annuel  du  soleil.  Depuis,  on  s'est  borné  à 
faire  remarquer  le  nombre  des  douze  tablettes  qui 
forment  le  texte  et  qui  seraient  une  allusion  aux  douze 
signes  du  zodiaque;  l'amitié  de  Gilgames  et  d'fia- 
bani,  qui  rappelle  la  constellation  des  Gémeaux;  les 
hommes-scorpions  et  le  déluge,  qui  rappellent  les 
signes  du  Scorpion  et  du  Verseau.  Mais,  en  contra- 
diction avec  ces  données,  on  a  cherché  sur  la  terre 
le  théâtre  des  exploits  de  Gilgames. 

Le  P.  Kugler  objecte  que  :  i°  l'action  se  déroule 
non  pas  sur  la  terre,  mais  dans  le  ciel  étoile;  les 
voyages  communs  des  deux  héros  et  le  voyage  de 
Gilgames  vers  «  l'île  des  bienheureux  »  se  font  non 
vers  l'ouest,  mais  vers  l'est;  a0  l'explication  de  Jensen , 
qui  fait  voyager  Gilgames  par  la  Syrie  et  Chypre 
jusqu'à  Gibraltar,  tout  ingénieuse  qu'elle  est,  est  aussi 


L'ASSYRIOLOGIE  EN   1904.  25 

inacceptable  que  celle  qui  le  fait  voyager  vers  le  golfe 
Persique;  3°  la  légende  provient  de  l'époque  où  le 
point  équinoxial  du  soleil  était  dans  le  Taureau;  en 
tout  cas  les  données  cosmographiques  témoignent 
d'une  antiquité  d'au  moins  4ooo  ans. 

Gilgames  habite  dans  la  maison  brillante  d'Anu  et 
d'istar  (I,  37),  c'est-à-dire  du  dieu  suprême  du  ciel 
et  de  la  déesse  de  l'étoile  Vénus;  il  va  à  la  forêt  des 
cèdres  par  un  chemin  que  seul  le  soleil  a  parcouru 
avant  lui  (X,  m,  22);  il  tue  le  taureau  céleste,  le 
lion,  et  atteint  le  scorpion  (IX,  11),  trois  constella- 
tions de  l'écliptique  nommées  dans  l'ordre  où  le  so- 
leil les  parcourt  dans  ça  course  annuelle.  La  fin  de 
la  tablette  XI  montre  que  le  but  du  voyage  n'est  pas 
très  éloigné  de  la  patrie  du  héros  :  le  retour  est  très 
rapide  ;  donc  Gilgames  ne  revient  point  sur  ses  pas  ; 
il  a  dû  faire  un  voyage  circulaire.  Les  scorpions  sont 
les  constellations  personnifiées  du  Scorpion  et  du 
Sagittaire  ;  le  supuk  samê  est  la  voie  lactée.  La  mon- 
tagne de  Mesu,  que  Gilgames  doit  traverser,  est  la 
partie  obscure  du  ciel  qu'entoure  la  voie  lactée  au 
nord  et  au  sud  de  l'écliptique ,  entre  le  Scorpion  et 
le  Sagittaire;  à  cet  endroit  la  voie  lactée  forme  pour 
ainsi  dire  une  porte  à  cette  montagne ,  et  cette  porte 
est  traversée  d  ouest  en  est  par  le  soleil  dans  sa  course 
annuelle.  La  reine  Siduri  Sabîtu  est  la  partie  peu  lu- 
mineuse de  la  Voie  lactée ,  près  du  Sagittaire.  Les  eaux 
de  mort  traversées  par  Gilgames  et  Ut-napistim  sont  la 
constellation  de  l'Eridan,  qui  a  la  forme  sinueuse 
d'un  cours  d'eau.  Le  héros  arrive,  après  un  voyage 


26  JANVIER-FÉVRIER  1907. 

de  1 5o  jours  environ,  à  un  point  de  la  constellation 
d'Orion  distant  à  peu  près  de  i  5o  degrés  de  la  voie 
lactée. 

Gilgames,  armé  de  la  hache  et  du  poignard,  est  le 
prototype  d'Orion.  Son  camarade  Eabani,  fait  à  l'image 
d'Anu,  a  aussi  un  caractère  astral  :  c'est  probable- 
ment le  Cocher  et  sa  Chèvre  (  Eabani  vit  avec  les  ga- 
zelles). Le  taureau  qu'il  combat  avec  Gilgames  est 
une  constellation;  la  forêt,  la  montagne  et  le  grand 
cèdre  sont  tout  près  de  cette  constellation ,  dans  la 
voie  lactée.  Au  terme  du  voyage  commun  <K Eabani 
et  de  Gilgamei  est  la  constellation  des  Gémeaux.  La 
mort  d'Eabani  se  place  après  le  combat  contre  le 
lion,  c'est-à-dire  à  l'époque  où  le  soleil  se  trouve 
dans  la  constellation  du  Lion,  au  quatrième  mois  de 
l'année  babylonienne.  Comme  celle  de  Tammuz, 
elle  symbolise  la  mort  de  la  végétation  sous  l'ardeur 
excessive  du  soleil.  Enfin  le  caractère  solaire  de  Gil- 
games explique  qu'il  soit  devenu  un  héros  du  monde 
souterrain ,  le  soleil  étant  censé  passer  sous  la  terre. 
Le  soleil  était  au  solstice  dans  la  constellation  du 
Lion,  vers  2100  ouvers36oo  av.  J.-C,  suivant  que 
l'on  songe  à  l'extrémité  ou  au  milieu  de  la  constella- 
tion. C'est  la  première  date  que  le  P.  Kugler  choisit 
comme  l'époque  approximative  de  la  composition  de 
la  légende.  H  annonce,  en  terminant,  la  démonstra- 
tion d'autres  théories,  notamment  que,  dans  l'opi- 
nion des  Babyloniens,  la  voûte  du  ciel  n'est  pas 
fixe ,  mais  animée  d'un  mouvement  de  rotation. 


L'ASSYRIOLOGÎE   EN    1904.  87 

DROIT  PUBLIC  ET  PRIVÉ. 

C.-H.-W.  John»,  Babyhnian  aud  Assyrian  laws,  contracte  and 
letters.  New- York,  C.  Scribner's  sons,  1  vol.  4^4  p.  in-8°. 

Nous  n'avons  pas  et  nous  n'aurons  jamais,  pour 
reconstituer  la  vie  babylonienne  et  assyrienne ,  la  riche 
collection  de  monuments  figurés  que  les  tombes  de 
la  vaHée  du  Nil  ont  conservée  aux  égyptologues. 
Mais  les  innombrables  tablettes  d'argile,  sur  les- 
quelles les  anciens  habitants  de  la  Mésopotamie  ont 
consigné  les  transactions  les  plus  variées,  fournissent 
une  source  inépuisable  de  renseignements  sur  la  vie 
publique  et  privée ,  depuis  les  débuts  de  l'écriture  jus- 
qu'à l'année  82  avant  notre  ère.  Le  nombre  des  textes 
publiés  et  étudiés  jusqu'à  ce  jour,  quoique  déjà  con- 
sidérable, est  infiniment  petit  en  comparaison  de 
ceux  qui  sont  encore  inédits  et  surtout  enfouis  dans 
le  sol;  mais  la  masse  des  données  qu'ils  nous  appor- 
tent est  tout  à  la  fois  si  grande  et  dispersée  en  tant 
de  travaux  qu'il  était  devenu  urgent  d'en  faire  une 
première  fois  la  synthèse. 

M.  Johns ,  qui  s'est  tout  spécialement  voué  à  l'étude 
de  cette  catégorie  de  documents ,  et  en  a  publié  lui- 
même  une  collection  importante1,  nous  a  donné 
cette  synthèse  dans  un  volume  plein  de  faits ,  d'une 
lecture  agréable ,  que  tous  les  historiens  pourront  con- 
sulter et  que  les  spécialistes  eux-mêmes  liront  avec 

• 

1  Assyrian  deeds  and  documents',  3  vol.,  1898. 


28  JANVIER-FEVRIER   1907. 

profit.  L  auteur  a  exclu  les  discussions  philologiques, 
et  on  ne  saurait  1  en  blâmer,  mais  j  aurais  voulu  alors 
que  ses  références  aux  textes  fussent  d'autant  plus 
claires.  Page  î  *i  3 ,  par  exemple ,  une  note  me  renvoie  à 
S.  3  4 ,  ce  qui  veut  dire  que  le  document  a  été  trouvé 
à  Sippara.  Mais  on  a  publié  des  contrats  de  Sippara 
un  peu  partout;  où  est  le  numéro  34?  Je  ne  puis 
analyser  par  le  menu  un  ouvrage  de  cette  étendue, 
et  je  dois  me  contenter  d'en  indiquer  les  principales 
divisions  :  les  premières  lois  babyloniennes;  ]e  code 
de  Hammurabi  (traduction);  lois  babyloniennes  pos- 
térieures; organisation  sociale  de  l'ancien  état  baby- 
lonien; juges,  tribunaux  et  procès;  jugements;  droit 
criminel;  organisation  de  la  famille;  mariage;  di- 
vorce et  abandon;  droits  des  veuves;  obligations  et 
droits  des  enfants  ;  éducation  des  enfants;  adoption; 
héritage;  esclavage;  la  propriété  foncière  en  Baby- 
lonie;  l'armée,  la  corvée  et  les  autres  services  person- 
nels; les  fonctions  et  l'organisation  du  temple;  dons 
et  legs;  ventes;  emprunts  et  dépôts;  gages;  salaires 
des  ouvriers;  location  de  propriété;  lois  commer- 
ciales ;  association  et  fondé  de  pouvoirs  ;  comptabilité. 
Dans  une  seconde  section ,  M.  Johns  a  donné  un 
tableau  de  la  littérature  épistolaire ,  depuis  Hammurabi 
jusqu'aux  Sargonides  et  au  second  empire  babylonien  ; 
en  appendice  un  tableau  des  poids  et  mesures.  Je 
note,  entre  mille,  un  détail  qui  a  son  intérêt  pour 
l'archéologie  :  la  première  mention  du  fer  est  de 
l'époque  de  Hammurabi;  sa  valeur  comparée  à  celle 
de  l'argent  est  alors  dans  le  rapport  de  î  à  8. 


LASSYRIOLOGIE  EN   1904.  29 

NUMÉRATION  ET  MÉTROLOGIE. 

L.-J.  Delaporte.  Notes  de  Métrologie  assyrienne  :  Recueil  de 
travaux,  vol.  XXVI ,  p.  i34-i38.  —  G.  Kewitsgh.  Zweifel 
an  der  astronomiscken  and  geometrischen  Grundlage  des  60- 
Systems  :  Z  A,  vol.  XVIII,  p.  73-95. 

Les  Babyloniens  ont  eu  une  année  commerciale 
de  36o  jours  (=  1 2  mois  de  3o  jours),  mais  il  est 
impossible  qu'ils  n  aient  pas  reconnu  dès  la  plus 
haute  antiquité  que  Tannée  solaire  est  de  365  jours  : 
la  fête  des  jours  épagomènes  (zagniuku)  en  est  la 
preuve.  Pas  plus  que  l'observation  du  cours  du  soleil , 
celle  des  révolutions  de  la  lune  ne  pouvait  conduire 
à  une  année  de  3 60  jours;  car  le  mois  lunaire  na 
pas  une  durée  moyenne  de  3o  jours,  mais  une  durée 
toujours  inférieure  à  3o  jours,  ce  qui  nous  condui- 
rait à  une  année  de  354  jours,  inférieure  de  1 1  jours 
à  Tannée  solaire.  Ginzel  a  émis  Thypothèse  que  Tannée 
de  3 60  jours  était  une  moyenne  entre  Tannée  solaire 
et  Tannée  lunaire;  mais  le  fait  que  les  anciens  Baby- 
loniens avaient  une  année  de  compte  de  3 60  jours  à 
côté  de  Tannée  solaire  de  365  jours  contredit  cette 
hypothèse.  B  est  donc  peu  probable  que  la  division 
du  cercle  en  3 60  degrés  et  le  système  sexagésimal 
aient  été  dérivés  d'observations  astronomiques.  Leh- 
mann  a  essayé  d'expliquer  le  système  sexagésimal 
par  deux  mesures  naturelles.  Les  Babyloniens  fixaient 
à  1/7  30  le  rapport  du  diamètre  du  soleil  à  Téclip- 
tique  :  ce  chiffre  s'obtient  en  divisant  les  2  !\  heures 
par  2  m.  1  k ,  durée  du  passage  du  soleil  au  méridien. 


30  JANVIER-FEVRIER   1907. 

Mais  en  admettant  que  les  Babyloniens  aient  réelle- 
ment cherché  dans  le  ciel  une  mesure  et  aient  trouvé 
par  l'expérience  720  largeurs  du  soleil  —  deux 
choses  peu  probables  —  on  ne  voit  pas  pourquoi  ils 
ont  pris  pour  unité,  pour  degré,  le  double  de  cette 
mesure.  Le  kaspu  non  plus  n'est  pas  une  mesure 
fournie  par  la  nature. . 

Toutes  les  explications  données  jusqua  présent 
supposent  tacitemeqt  que  les  Babyloniens  avaient 
déjà  un  système  de  numération  lorsqu'ils  inventèrent 
le  système  sexagésimal.  Mais  il  est  impossible  d'ad- 
mettre qu'ils  ont  changé .  leur  numération  pour 
l'adapter  à  leur  métrologie  :  au  contraire  ils  ont  adopté 
les  mesures  que  nous  leur  connaissons  parce  qu'ils 
avaient  une  numération  sextale  ou  sexagésimale.  De 
même,  s'il  est  vrai  que  la  division  en  quatre  est  plus 
naturelle  que  la  division  en  six,  pour  qui  part  d'ob- 
servations astronomiques ,  il  ne  faut  pas  en  conclure 
que  les  Babyloniens  sont  arrivés  à  la  soixantaine  en 
partant  de  quatre ,  mais  que  leur  système  de  numé- 
ration n'est  pas  issu  de  considérations  astronomiques. 
Zimmern  fait  valoir,  en  faveur  de  3 60  comme  point 
de  départ ,  que  le  sosse  (60)  signifie  i/6  ;  donc  le  double 
mois ,  de  60  jours ,  le  sixième  d'aimée,  serait  une  me- 
sure naturelle.  Mais  on  passe  d'un  nombre  inférieur  à 
un  nombre  supérieur  pour  obtenir  une  nouvelle  unité  ; 
on  ne  suit  pas  la  marche  inverse.  D'autre  part ,  l'année 
elle-même  n'est  pas  une  mesure  naturelle.  Seul,  le 
jour  est  une  mesure  astronomique  naturelle,  et  les 
divisions  du  jour  sont  le  résultat  de  l'arbitraire;  la 


I/ASSYRIOLOGIE  EN   1904.  31 

numération  a  sur  elles  une  grande  influence.  Ainsi 
la  division  du  jour  babylonien  en  six  parties  montre 
que  les  anciens  habitants  de  la  Chaldée  avaient  un 
système  sextal,  ou  tout  au  moins  que  six  était  dans 
leur  numération  un  point  d'arrêt.  Cela  explique  l'im- 
portance qu'ont  chez  eux  les  fractions  1/6,  i/3,  i-/a, 
a/3 ,  5/6 ,  c'est-à-dire  1/6 ,  2/6 ,  3/6 ,  4/6 ,  5/6  :  ces 
fractions  sont  désignées  par  des  noms  et  des  idéo- 
grammes particuliers.  Le  nombre  60  est,  comme 
nous  le  verrons  plus  loin,  un  nouveau  point  d'arrêt 
de  la  numération  babylonienne.  Le  sixième  de  jour 
(4  heures),  divisé  en  soixantièmes,  donne  ïimda 
(idéogr.  us)  de  4  minutes,  3 60e  partie  du  jour.  Le 
cours  journalier  du  soleil  fournit  tout  naturellement 
l'idée  de  cercle  ;  de  là  la  division  du  cercle  géomé- 
trique en  3 60  parties. 

Gomment  les  Babyloniens  ont-ils  été  conduits  au 
système  sextal  ?  Une  revue  des  différents  systèmes  de 
numération  et  notamment  de  la  numération  undé- 
cimale  des  Néo-Zélandais  a  conduit  M.  Kewitsch  à 
une  explication  du  système  babylonien.  Avec  les 
doigts  de  la  main  gauche,  on  comptait  de  1  à  5.  En 
comptant  6 ,  .on  levait  le  premier  doigt  de  la  main 
droite,  on  fermait  la  main  gauche,  et  on  recommen- 
çait à  lever  les  doigts  en  comptant  6  +  l  (  7  )  »  6  -f-  2 

(8), 6  +  0(11).  On  levait  alors  le  second 

doigt  de  la  main  droite  en  comptant  2  fois  6  (12). 
Après  5  sixaines-f-  5  (35)  venaient  les  six  sixaines  ou 
62=»  36.  Ce  nombre  était  marqué  par  le  petit  orteil 
du  pied  gauche.  Les  cinq  orteils  du  pied  droit  mar- 


32  JANVIER-FEVRIER    1907. 

quaient  les  troisièmes  puissances  de  6  (216).  Dès 
qu'apparaît  la  possibilité  de  ramener  le  système  sextal 
au  nombre  des  doigts ,  on  est  dispensé  de  recourir 
aux  observations  astronomiques  et  géométriques ,  qui 
supposent  un  degré  de  culture  tel  qu'il  est  certaine- 
ment postérieur  à  la  numération. 

Comment  le  système  sexagésimal  est-il  sorti  du 
système  sextal  ?  Est-ce  par  la  rencontre  d'un  peuple 
à  numération  sextale  avec  un  peuple  à  numération 
sexagésimale?  Le  mélange  des  deux  systèmes  de 
chiffres  dans  récriture  babylonienne  parie  en  faveur 
de  cette  hypothèse.  Mais  on  peut  aussi  imaginer  une 
autre  explication.  Tandis  que  les  doigts  de  la  main 
gauche  marquent  comme  tout  à  l'heure  les  cinq 
unités,  l'image  de  6  est  fournie  par  toute  la  main 
étendue;  les  doigts  de  la  main  droite  donnent  alors 
les  multiples  de  6  jusqu'à  6  X  5 ,  et  les  deux  mains 
le  carré  de  6  ou  36.  On  peut  encore  recommencer 
en  convenant  qu'une  main  étendue  donne  à  chaque 
doigt  la  valeur  6,  les  deux  mains  la  valeur  3(5.  Nous 
obtenons  alors  deux  groupes.  Avec  une  main ,  dans 
le  premier  stade,  en  comptant  avec  les  doigts  des 
deux  mains ,  nous  avons  6  X  i ,  6  X  2  >  ...  6x10 
=  60 ,  qui  forme  une  nouvelle  unité.  Dans  le  second 
stade,  en  comptant  sur  les  orteils  des  deux  pieds, 
nous  avons  60x1,60x2,  ...  60x10  =  600. 
Avec  deux  mains,  dans  le  premier  stade,  36  X  1, 
36X2,  ...  36x  1 o  =  36o ;  dans  le  second  stade , 
avec  les  orteils  des  deux  pieds,  36o  x  1,  36o  x  2, 
.  .  .  36o  x  io  =  36oo. 


LASSYRI0L0G1E  EN   1904.  33 

Le  rapport  entre  les  mesures  agraires  u  et  gar 
avait  été  évalué  à  12  par  M.  Thureau-Dangin  qui, 
de  la  tablette  96-^-1  o ,  1 ,  avait  tiré  la  relation  1  gar 
«nu.  M.  Delaporte  fait  remarquer  qu'une  autre 
tablette  aurait  donné  1  gar  =  1  tx  u ,  et  une  autre 
1  gar »iou.  Il  calcule  donc  les  relations  fournies 
par  trente-sept  plans  publiés  dans  les  Cuneiform  Texte 
et  montre  que  la  valeur  de  lu  varie  entre  1/1 8  et  1/7 
de  gar. 

ARCHÉOLOGIE. 

Clarbncb  S.  Fisher.  The  Mycenaean  palace  ai  Nippur  :  Atn. 
Journ.  of  Arch.,  vol.  VIII ,  p.  4o3-43'i.  —  L.  Heuzey.  Une 
statue  complète  de  Goudéa  :  Revue  d'assyriologie ,  vol.  VI, 
p.  ia-22.  —  I.-M.  Pftice.  Four  Babylonian  seal  cylinders  : 
AJSLL,  t.  XX,  p.  108-1 15. 

Le  palais  de  Nippur,  que  M.  Fisher  attribue  à  l'art 
mycénien,  est  le  même  dont  M.  Hilprecht  fait 
descendre  la  construction  jusqu'à  l'époque  parthe. 
M.  Fisher  tire  ses  arguments  de  la  comparaison  des 
différentes  couches,  de  quelques  objets  trouvés  en 
dehors  Au  palais  (notamment  une  tête  de  guerrier 
en  pierre,  un  masque  funéraire  en  or,  une  stèle  en 
terre  cuite  représentant  deux  bouquetins  affrontés  et 
dressés  sur  les  pattes  de  derrière  contre  un  arbre 
qui  les  sépare);  des  colonnes  et  de  la  distribution  du 
palais  lui-même ,  comparée  à  celle  du  palais  de  Ti- 
rynthe.  Je  doute  qu'aucun  de  ces  rapprochements 
paraisse  bien  décisif  aux  historiens  de  l'art  mycénien. 

D'autre  part,  l'archéologie  babylonienne  fournit 

ix.  3 


34  JANVIER-FEVRIER  1907. 

en  abondance  des  éléments  de  comparaison  qui  nous 
dispensent  dfe  chercher  jusque  sur  lés  bords  dé  la 
mer  Egée  les  origines  de  fart  nippourien  :  lès  bou- 
quetins affrontés,  par  exemple,  ne  sont  pas  précisé- 
ment un  motif  inconnu  à  l'art  oriental  ou  que  l'on 
puisse  prétendre  importé;  on  les  trouve  déjà  sur  un 
cylindre  chaldéôn  de  la  Collection  de  Glercq  (pL  II* 
1 5  ) ,  que  Menant  a  fort  justement  attribué  aux  âge* 
les  plus  anciens,  et  la  construction  si  caractéristique 
des  colonnes  de  Nippwr,  formées  de  briques  en  sec- 
teurs de  cercle,  se  trouve  déjà  à  Telloh,  dès  l'époque 
de  Giideai  comme  en  témoignent  les  inscriptions  de 
ces  briques  (Dec.,  pi.  38).  H  n'y  a  rieri,  dans  les 
arguments  dé  M.  Pishér,  qui  Jrtiisse  prévàldfr  fcbfitre 
le  fait  sur  lequel  s'appuie  M.  Hiiprecht,  savoir  que 
l'une  des  briques  du  palais  renfermait  une  monnaie 
de  cuivre  de  l'époque  dfes  Arsacides1.  M;  Fisher  aura 
doric  raison  de  ne  pas  trop  se  hâter  de  construire  la 
théorie  sur  les  migrations  dés  peuples  à  la  fin  de 
l'époque  mycénienne,  qu'il  a  esquissée  à  propos  du 
palais  de  Nippur. 

La  statue  J  de  Gudea  (voir  p.  45g)  a  été  étudiée 
par  M*  Heuzey,  qui  en  a  donné  une  reproduction  en 
héliogravure  et  a  fort  ingénieusement  expliqué  le 
manque  de  proportions  qui  se  remarque  dur  plusieurs 
statues  ehaldéennes  et  en  particulier  sur  oelle-ci  j 
«  Quand  le  bloc  (de  diorite)  était  de  dimensions  trop 
restreintes,  l'artiste  ne  Craignait  pas  de  diminuer  le 

1  BééplorMiokM  in  BiM+Lunds,  p.  563. 


L'ASSYRIOLOGIE  EN   1904.  30 

corps,  ne  le  considérant  plus  que  comifce  Uft  stele, 
une  Bdxte  de  plédouche  et  de  support  pour  la  tête* 
Ce  pârti*pris  a  quelque  chose  d'enfantin  ♦  de  naïf; 
mais  il  est  probable  que  les  sections  ohirurgicaies 
par  lesquelles  nos  sculpteurs  modernes  établissent 
un  buste,  en  tranchant  dans  le  vif  de  la  figure  hu- 
maine) auraient  paru  au*  hommes  de  ces  anciens 
âgés  une  pratique  bien  plus  choquante  et  plus  inad- 
missible que  ee  rapetissement  du  corps,  dont  leur 
imagination  corrigeait  l'invraisemblance,  » 

M.  Priée  a  publié  quatre  cylindres  en  pierre  dure. 
Il  attribue  le  premier  et  le  troisième  à  l'époque  de 
Sbk-Gtûii>  parce  qu'il  y  trouve  lucal-bahda  et  an*» 
qul  mentionnés  oôte  à  oôte  coiftme  dans  une  inscrip- 
tion de  Sin-Gasid;  delà  paraîtra  peut-être  une  raison 
insuffisante*  Le  second  cylindre  a  appartenu  à  Imgwr* 
Sin>  paèisu  (prêtre)  de  BéUt;  le  quatrième  porte  le 
nom  de  Gudba. 

ÎNFLtJEMÈS  BAËttÔHtÉÏWM. 


a.    EN  GÉNÉRAL. 


Dt~Ht  NtàfeitEH»  Uébtr  Ht  GmM**  Hammarabis*  Vorttpg* 
Wiea,  A.  Hôlder,  45  p,  in4J°.  —  H,  Wincsxeh.  Die 
Wdtanschauung  des  Alten  Orients.  Ex  Oriente  lux,  Baiid  I, 
îteft  I,  Leipzig,  Pfeiffer,  5o  p.  m- 8*. 

Une  nouvelle  collection  de  monographies  destinées, 
à  répandre  dans  le  public  lettré  la  connaissante  de 
l'antiquité  orientale,  et  publiée  sous  là  direction 

3. 


36  JANVIER-FEVRIER  1907. 

de  M.  Winckler,  débute  par  une  étude  de  ce  savant 
sur  la  conception  de  l'univers  dans  l'ancien  Orient. 
La  thèse ,  déjà  exposée  plusieurs  fois  par  M.  Winc- 
kler, est  que  cette  conception  est  essentiellement 
astrologique,  que  les  institutions,  la  mythologie  et 
même  l'histoire  ont  été  modelées  sur  elle,  et  que 
son  influence  s  est  perpétuée  non  seulement  chez  les 
Grecs  et  les  Latins,  mais  chez  les  Indiens  et  les  Chi- 
nois, jusqu'à  l'islamisme  et  aux  temps  modernes. 
La  découverte  des  tablettes  dEl-Amarna  a  montré 
qu'au  xv*  siècle  avant  notre  èje  la  langue  et  l'écri- 
ture babyloniennes  étaient  pour  tout  l'Orient  ce  que 
la  langue  française  est  aujourd'hui  pour  le  monde 
civilisé,  et  que  les  mythes  babyloniens  étaient  étudiés 
jusqu'en  Egypte.  D'autre  part  les  rapports  relevés 
entre  les  traditions  de  peuples  très  différents  peuvent 
bien  s'expliquer  pqr  l'unité  de  l'esprit  humain  tant 
qu'il  s'agit  de  pensées ,  mais  non  plus  lorsqu'il  s'agit 
de  l'expression  de  ces  pensées.  Il  faut  donc  chercher 
à  ces  traditions  communes,  revêtues  d'une  forme 
identique,  une  source  unique,  et  elle  ne  peut  être 
trouvée  qu'en  Babylonie. 

Mais  dans  ce  pays  tout  est  réglé  à  l'image  du  ciel 
étoile  :  le  monde  terrestre  est  considéré  comme  une 
image  du  monde  astral;  les  astres  règlent  et,  par 
suite,  annoncent  les  événements  terrestres.  M.  Winc- 
kler s'efforce  de  montrer  l'origine  babylonienne  et 
astrologique  du  système  sexagésimal,  de  l'année 
lunaire  et  solaire  et  de  ses  divisions,  de  la  double 
heure ,  cle  l'heure  et  du  mille.  Mais  quelques  rappro- 


L'ÀSSYRIOLOGIE  EN   1904.  37 

chements  de  détail  me  paraissent  encore  trop  peu 
fondés.  Par  exemple  comparer  la  fonction  du  Hctator 
clavis  fingendi  causa  à  l'usage  babylonien  des  clous 
d'argile  enfoncés  dans  les  murs  (p.  7)  ne  serait  légi- 
time que  si  cet  usage  se  rapportait  sûrement  au 
comput  des  années;  or  ce  que  nous  en  savons  par 
Loftus  nous  ferait  voir  bien  plutôt  dans  ces  clous 
d'argile  un  simple  motif  d'ornement  dépourvu  de 
toute  signification.  Il  est  certain  que  Pythagore  a 
beaucoup  emprunté  à  l'Orient,  mais  il  paraîtra  au 
moins  inutile  d'en  chercher  une  preuve  dans  l'im- 
portance qu'il  attribuait  aux  fèves,  rapprochée  de 
la  dispute  de  Jacob  et  d'Esaû  pour  le  plat  de  lentilles 
(p.  i3).  L'existence  d'un  double  mois  babylonien, 
ou,  si  l'on  veut,  dune  division  de  l'année  en  six  mois 
de  60  jours  serait  une  explication  bien  séduisante 
d'une  particularité  du  calendrier  romain  qui  n'a  que 
six  noms  de  mois  (Janvier  à  Juin),  les  autres  (Quino 
tilis  à  Décembre)  étant  simplement  désignés  par  un 
chiffre  (p.  i5).  Mais  ce  double  mois  me  parait  une 
pure  déduction  de  M.  Winckler;  aucun  texte  ne  la 
confirmant,  elle  ne  peut  elle-même  rien  expliquer. 
Appliquée  à  l'histoire ,  la  théorie  de  M.  Winckler 
se  formule  ainsi  :  l'histoire  terrestre  et  humaine  doit 
être  une  copie  de  l'histoire  céleste  {p.  3q);  le  mythe 
astral  est  la  forme  dans  laquelle  TOrient  a  coulé  la 
matière  historique  (p.  38).  Abraham  est  le  premier 
des  patriarches  :  sa  figure  doit  donc  être  composée 
de  traits  empruntés  au  culte  de  la  lune;  son  fils  a 
les  traits  du  soleil.  Les* traces  de  cette  conception 


38  JAUVIER-rÉVRIER  1907. 

historique  se  retrouvent  surtout  dans  in  littérature 
apocalyptique»  —  Limitée  à  certaines  périodes  de 
l'histoire,  cette  théorie  ingénieuse  ait  très  acceptable  : 
elle  a  le  mérite  4  expliquer  le  mélange  d'éléments 
mythique*  et  de  réalité  historique  •-**  souvent  con- 
testée à  tort  —  dans  des  traditions  comme  celle  qui 
nous  a  été  transmise  sur  Sargon  l'ancien.  Il  est  certain 
que  la  tentative  d'un  Bérose  s  efforçant  de  renfermer 
l'histoire  de  Babyione  dans  un  cycle  terminé  par  la 
mort  d'Alexandre,  et  de  montrer  qu'une  ère  nouvelle 
commençait  avec  les  Séleucides,  se  rattache  à  une 
conception  astrologique  de  l'histoire.  De  même  très 
probablement  les  calculs  de  Nabonide,  Mais  il  ne 
faudrait  ni  exagérer  le  caractère  astral  dès  mythçs , 
ni  découvrir  leur  influence  là  où  le  rapport  que  l'on 
aperçoit  est  peut-être  une  coïncidence  purement  for- 
tuite. La  difficulté  en  pareille  matière  n'est  pas  de 
découvrir  des  rapprochements  qui  justifient  la  thèse  ; 
elle  cet  de  ne  pas  les  recueillir  trop  complaisamment 
en  excluant  ceux  qui  la  contredisent.  Ainsi  M.  Winc 
kler  me  paraît  abonder  trop  facilement  dans  son 
sens  et  compromettre  sa  théorie  lorsqu'il  l'applique 
aux  rois  d'Israël.  Il  établit  cette  série  d'équations  : 

Gémeaux  =  Lune  Saûl 

Cancer      =*=  Lion  Jonathan 

Lion  =  Mardak  David 

Vierge 

Balance     =  Nabû  Salomorç 

et  ajoute  entre  autres  choses  que  «  la  mélancolie  est 
propre  à  tous  les  chefs  de  dynastie,  car  elle  est  en 


LASSYRIOLOGIE  EN   1904.  30 

rapport  avec  la  légende  de  la  lune  et  repose  sur  la 
disparition  mensuelle  du  disque  lunaire  »  (p.  4p-4 1  )• 
Salorqon  correspondant  à  la  fialapce,  son  fils  corres- 
pond au  Scorpion;  ainsi  s'applique  sa  réponse  au 
peuple  :  «  Moq  pèrp  vous  a  châtié  avec  le  fouet, 
mais  moi  je  vous  châtierai  avec  le  Scorpion  »  (p.  44). 
Passe  encore  pour  le  Scorpion ,  encore  qu'il  soit  plus 
raisonnable  de  penser  quun  instrument  de  torture 
a  porté  ce  nom;  mais  quel  rapport  y  a-t-il  entre 
le  fouet  de  Salomon  et  la  Balance?  M.  Wipokkr, 
comme  tout  semeur  d'idées ,  propose  plus  de  choses 
qu'il  nen  fera  accepter*  mais  on  le  lit  toujours  avec 
intérêt ,  et ,  sans  partager  toutes  ses  opinions ,  je  re- 
tiomuwnde  une  brochure  dont  je  n'ai  pu  donner 
qu  une  idée  bien  incomplète. 

M.  D.-H.  Mûller  a  exposé,  dans  une  conférence 
faite  à  la  société  viennoise  de  juristes,  les  idées 
qu'il  avait  développées  dans  son  édition  de  Hammu- 
rabi,  sur  la  loi  de  Hammural?i,  la  loi  de  Moïse  et  la  loi 
des  XII  Tables  (cf.  Journal  asiatique ,  1904,  p.  273). 

6,    SUR  ISRAËL. 

J.  Halévy.  Lés  prétendus  emprunts  cosmogoniques  dans  la 
Bible  :  Râvue  sémitique,  p.  2 16-828  et  3i3-3a4.  •*-  A.  Jere- 
¥Ias.  Dos  alte  TesfanipQt  in%  jÂchte  des  altep  QrU*t$,  niit 
1U5  Abbildungen  und  2  Kart  en.  Leippg,  tftuficljs,  1  vol. 
in -8°,  383  p.  —  Monotheistische  Sfrômangen  innerhalb 
der  babylonischen  Religion,  anf  Grund  eines  Vortrages 
gehalten  anf  dem  11  internationalen  Rongress  fàr  ReHgions- 
geschichie  zu  Bas*\,  4004  <  Leipzig,  Hinidchi,  48  p.  in-8°. 


40  JANVIER-FEVRIER  1907. 

— »  S.  Langdon.  Isaiah  66,  11  :  AJSLL,  vol.  XX, 
p.  259.  —  Th.-G.  Pinghes.  Sapattu,  the  Babylonian  Sab- 
bath :  PSBA,  vol.  XXVI,  p.  5i-56.  —  Sapattu,  the 
Babylonian  Sabbath,  additional  note  :  ibid.,  p.  162-1 63. 
—  J.  -D.  Prince,  The  Assyro-Babylonian  scapegoat  contro- 
versy  :  AJSLL,  vol.  XX,  p.  173-181.  —  H.  Zimmern. 
Sabbath  :  ZDMG,  vol.  LVIII,  p.  199-202.  —  Nochmals 
Sabbat  :  ibid. ,  p.  458-46o. 

Dès  le  début  des  études  assyriennes,  on  a  com- 
pris le  secours  qu  elle  pouvaient  fournir  à  l'exégèse 
biblique,  et  les  travaux  d'ensemble  ou  de  détail  sur 
les  rapports  d'Asur  et  d'Israël  se  sont  rapidement 
multipliés,  l'assyrien  rendant  au  centuple  l'aide  que 
l'hébreu  avait  prêtée  aux  déchiffreurs  de  la  troisième 
écriture  cunéiforme.  M.  Jeremias  a  de  nouveau 
réuni  et  commenté  les  passages  de  la  Bible  qu'é- 
clairent les  textes  assyriens  et  babyloniens  et,  d'une 
manière  plus  générale,  l'archéologie  orientale.  Il 
étudie  successivement  la  conception  du  monde  dans 
l'ancien  Orient,  les  centres  du  cuite  et  les  princi- 
pales divinités  du  panthéon  babylonien,  les  cosmo- 
gonies  babylonienne,  égyptienne,  phénicienne, 
étrusque  et  hébraïque;  le  paradis  et  la  chute  de 
l'homme,  les  patriarches,  l'antiquité  du  monde 
d'après  la  Bible,  le  déluge  dans  les  traditions  baby- 
lonienne, syrienne,  phrygienne,  indienne,  grecque 
et  biblique;  la  liste  ethnographique  de  Gen.t  10,  la 
tour  de  Babel,  la  migration  d'Abraham,  le  pays  de 
Canaan  avant  Israël,  Abraham  considéré  comme 
Cananéen,  la  légende  de  Joseph,  la  sortie  d'Egypte, 
les  lois  de  Moïse  et  de  Hammarabi ,  enfin  une  série 


L'ASSYRIOLOGIE  EN   1904.  41 

de  passages  empruntés   aux  différents  livres  de  la 
Bible. 

M.  Jeremias  est  un  chaud  partisan  des  théo- 
ries de  Stucken  et  de  Winckler  sur  les  mythes 
astraux  et  retrouve  partout  l'influence  des  concep- 
tions astrologiques.  Pour  y  arriver,  il  ne  recule  pas 
devant  une  traduction  arbitraire  :  ainsi  le  nom  de  la 
tour  à  étages  de  Borsippa,  E-ur-imin-an-ki,  est  tra- 
duit par  lui  «  der  Tempe!  der  7  Befehlsûbermittler 
des  Himmels  und  der  Erde  »  (p.  6),  pour  appuyer 
cette  affirmation  que  lés  planètes  ont  été  conçues 
comme  les  Dolmetscher  (êpfiriveïs)  de  la  volonté 
divine,  et  bien  que  le  seul  sens  que  Ton  puisse  attri- 
buer à  lit,  ur,  soit  celui  de  hamamu  «  direction  ». 
Suivant  M.  Jeremias,  le  mythe  astral  est  comme  le 
moule  dans  lequel  la  matière  historique  s'est  coulée; 
il  est  à  l'histoire  ce  que  la  métrique  est  à  la  poésie, 
le  dessin  et  la  couleur  à  la  peinture,  et  le  fait  d'avoir 
revêtu  cette  forme  de  mythe  astral  n'enlève  à  un 
récit  rien  de  sa  valeur  historique  (p.  22).  D'ailleurs 
l'histoire  elle-même  construit  des  schèmes  (die 
Geschichte  baut  Schemen)  :  l'empereur  Guillaume  a 
six  fils  et  une  fille,  les  sept  planètes  avec  Vénus 
(p.  22 5,  n.  4,  et  p.  a4o).  Il  faudrait  pourtant  s'en- 
tendre :  ou  bien  les  rapprochements  que  Ton  relève 
entre  différents  traits  d'un  récit  et  les  conceptions 
astrologiques  sont  un  pur  effet  du  hasard,  et  alors  le 
récit  garde  sa  valeur  historique,  mais  il  n'y  a  pas 
d'influence  de  l'astrologie  et  le  rapprochement  est 
un  jeu  d'esprit  sans  aucun  intérêt  scientifique  ;  ou 


42  JANVIER-FEVRIER  1907. 

bien  les  faits  ont  été  plus  ou  moins  altérés,  confor- 
mément au  schème  astrologique,  et  le  récit  est 
d  autant  plus  suspect  qu'il  se  rapproche  plus  de 
ce  schème. 

On  ne  saurait  trop  s'étonner  que  l'échec  piteux 
de  spéculations  analogues ,  qui  sévirent  naguère  dans 
l'indianisme1,  ait  si  peu  profité  aux  savants  d'au- 
jourd'hui, et  Ion  doit  regretter  que  des  esprits 
pénétrants  se  laissent  entraîner  à  des  exercices  de 
jonglerie  où  leur  dextérité  éclate  brillamment  »  mais 
en  pure  perte. 

En  dehors  de  cette  erreur  fondamentale  qui  me 
gâte  plus  d  une  page  de  son  livre  —  Abraham  est 
un  mythe  lunaire  (p.  i8<a-3,  309);,  l'histoire  de 
Joseph  est  une  réédition  du  mythe  de  Tammuz 
(  p.  a  3  9  )  ;  la  bénédiction  de  Jacob  à  ses  fil»  est  inspirée 
du  zodiaque  (p.  a  l\ 8 )  ;  le  récit  du  déluge  est  un  mythe 
astral  (p.  i34);  les  commandements  à  à  9  dudéca- 
logue  hébreu  sont  rattachés  chacun  à  une  planète 
(p.  a  6  a)  —  M.  JérérçuQâ  a  semé  de-ci  de-là  quelques 
affirmations  qui  me  paraissent  aussi  dénuées  de 
preuves  qu'inutiles.  Je  ne  sais  par  exemple  pour- 
quoi il  affirme  que  Adapa  et  Marduk  sont  un  seul  et 
même  fds  d'JSa  (p.  3o).  Enfin  certaines  parties  me 
paraissent  traitées  trop  sommairement,  comme  la 
question  du  livre  de  Daniel,  sur  lequel  M-  Sayce 

1  La  vanité  de  ces  théories  a  été  spirituellement  ridiculisée 
par  J.-B.  Pires  :  Comme  (/uni  Napoléon  n'a  jamais  existé ,  ou  grand 
erratum,  source  a* un  nombre  infini  d'errata  à  noter  dans  Vhistoire  du 
ux'  siètie ,  1 860 ,  in-3a. 


L'ASSYRIOLOGIB  EN   1004.  *3 

a  écrit  dans  son  Highèr  Criticism  un  chapitre  des 
plus  intéressants,  et  auquel  M.  Jeremias  ne  consacre 
pas  plus  d'une  page  (p.  36a).  Abstraction  faite  de 
théories  contestables,  son  livre  reste  utile  par  le 
nombre  de  faits  qui  y  sont  groupés  systématique- 
ment et  par  une  illustration  abondante ,  où  figurent 
même  quelques  monuments  inédits. 

La  question  de  l'existence  d'un  monothéisme  plv)s 
ou  moins  latent  en  Babylonie  a  été  posée,  en  1 89a , 
par  la  brochure  de  Delitesch ,  Babel  uni  BibeL  M.  Jere- 
mias  admet  qu'il  existait  en  effet  en  Chaldée  une 
tendance  au  monothéisme.  Un  polythéisme  effréné 
s'étale,  il  est  vrai,  dans  le  culte  assyro-babylonien , 
mai*  ce  culte  est  un  produit  de  la  mythologie,  qui 
elle-même  est  une  déformation  populaire  du  sys- 
tème cosmologique.  Dans  la  science  ésotérjque  des 
prêtres,  dans  la  religion  des  psaumes,  dans  le  culte 
de  Marduk,  nous  trouvons  des  courants  de  mono- 
théisme. Mais  cette  tendance  n'est  nullement  compa- 
rable au  pur  monothéisme  affirmé  par  Israël. 

L'originalité  de  la  pensée  d'Israël  a  trouvé  un 
défenseur  inlassable  dans  M.  Halévy.  Les  pages  con- 
sacrées par  M.  Zimmern ,  dans  la  troisième  édition 
de  l'ouvrage  de  Schrader1,  aux  emprunts  cosmo- 
goniques  de  la  Bible  lui  ont  fourni  le  thème  de  ses 
derniers  articles.  Il  nie  que  la  cosmologie  du  livre 
d'Enoch  doive  rien  à  l'influence  babylonienne,  et 
étudie  successivement  le  ciel  et  la  terre,  les  sept  pla- 

1  ÎHe  Kmliusckriften  and  da*  A  lu  Testament,  190a. 


44  JANVIER-FEVRIER  1007. 

nètes  et  le  zodiaque.  M.  Halévy  conteste  notamment 
que  le  nombre  sept  ait  une  origine  astrale  et  y  voit 
les  sept  points  dont  «  se  compose  l'espace  :  quatre 
dans  le  sens  horizontal  :  orient,  occident,  nord  et 
sud ,  et  trois  dans  le  sens  vertical  :  le  haut ,  le  bas 
et  le  plus  bas  ». 

La  question  si  controversée  des  rapports  du  sabbat 
juif  avec  là  sapattu  babylonienne  a  été  de  nouveau 
soulevée  par  la  publication ,  due  à  M.  Pinches ,  d  un 
texte  hémérologique  dont  III  R,  56,  n°  4,  donnait 
seulement  une  petite  portion.  Le  texte  complété  et 
restitué  par  M.  Pinches  comprend  vingt-huit  lignes, 
donnant  en  deux  colonnes  les  noms  de  certains  jours 
(i  à  10,  i5,  19,  ao,  a5,  3o)  du  mois  et  de  cer- 
taines solennités.  Le  jour  appelé  sapattu  est  le  quin- 
zième jour  du  mois.  M.  Zirtimern,  qui  a  apporté 
d  utiles  corrections  aux  lectures  de  M.  Pinches,  a 
écarté  du  même  coup  des  rapprochements  erronés 
avec  le  neuvième  jour  [bilti  et  non  batti)  et  le  vingt- 
cinquième  jour  [arhu  katu  et  non  arhu  batti).  H  ne  res- 
sort pas  de  ce  texte  que  les  septième,  quatorzième, 
vingt -et -unième  et  vingt -huitième  jours  du  mois 
aient  été  appelés  sapattu ,  comme  on  était  porté  à  le 
croire  d'après  les  hémérologies.  Le  quinzième  jour 
doit  sans  doute  son  importance  à  ce  qu'il  marque 
la  pleine  lune.  Le  mois  était  divisé  en  six  parties 
dont  les  cinquième,  dixième,  quinzième,  vingtième 
et  vingt-cinquième  jours  marquaient  le  commence- 
ment (de  là  arhu  katu  «  fin  du  mois  »  pour  désigner 
le  vingt-cinquième  jour  qui  commence  en  effet  la 


LASSYRIOLOGIE  EN   1904.  45 

dernière  sixaine  du  mois).  Mais,  à  côté  de  cette  divi- 
sion en  six  parties ,  il  en  existait  aussi  une  en  quatre 
parties  (7,  i4,  ai,  28),  dans  laquelle  on  devait 
être  porté  à  considérer  le  quatorzième  jour  comme 
la  sapattu,  et  peut-être  à  étendre  cette  dénomina- 
tion aux  autres  multiples  de  7  (1,  2 1,  28,  et  19  ou 
49e  jour  depuis  le  commencement  du  mois  précé- 
dent). Toutefois  c'est  là  une  hypothèse  qu  aucun 
document  n  est  encore  venu  démontrer.  Il  faut  aussi 
admettre  que  les  Israélites  ont  pu  emprunter  aux 
Babyloniens  d'une  part  le  terme  sapattu  (quand  et 
comment  c'est  une  autre  question),  d'autre  part  la 
division  du  mois  en  quatre  parties ,  et  combiner  les 
premiers  ces  deux  éléments  dans  leur  fête  du  sabbat. 
J'ai  déjà  eu  plusieurs  fois  l'occasion  de  discuter 
avec  M.  Prince  sur  l'existence  d'un  rite  du  bouc 
émissaire  chez  les  Babyloniens1.  Nous  ne  sommes 
pas  encore  arrivés  à  nous  mettre  d'accord;  mais 
comme  nous  discutons  sans  faux  point  d'honneur  et 
que  nous  nous  concédons  réciproquement  un  cer- 
tain nombre  de  choses ,  il  n'est  pas  impossible  que 
nous  nous  entendions  un  jour  complètement,  ce  qui 
sera  en  tout  cas  d  un  bel  exemple  en  assyriologie. 
M.  Prince  a  repris  la  question  en  190  A  et  son  effort 
principal  a  tendu  à  montrer  que  le  bir  ôuldubbu 
désignait  un  animal.  J'avais  contesté  ce  point,  en 
m'appuyant  sur  un  texte  publié  par  Rawlinson3  et 
dans  lequel  le  BiR-étJLDUBBu ,  précédé  du  déterminatif 

1  Cf.  en  dernier  lieu  Journ.  eu. .  juil.-aoùt  1903,  p.  1 35-i  56. 
*  IV  R,  i5  6,  8-i5. 


46  JANVIER-FÉVRIER  1907, 

isu  *  bois  » ,  désigne  manifestement  un  instrument 
inanimé.  M.  Prinoe,  de  son  coté,  rappelle  le  texte 
IV  R,  2  i,  n°  î,  2 8-2  9  6,  dans  lequel  le  bir-gulduëbu 
est  pendu  à  la  porte.  11  reconnaît  donc  que  ce  ne 
peut  être  qu'un  objet  inanimé*  Mais  il  échappe  à  la 
difficulté  en  suggérant  que  ce  Bià-èoLDOPPU  en  bois 
est  une  itnage  du  BtR-écLDtJBBU  primitif  en  chair  et  en 
os.  Je  ne  sais  si  cette  explication  est  la  bonne,  mais 
je  puis  signaler  tnoi<-méme  à  M.  Prince  un  texte  qui 
montre  qu'en  certain  cas  le  iïfe~&tJLDUfeBtj  pouvait  être 
Un  animal.  Parmi  les  textes  magiques  publiés  en  i  go3 
par  le  British  Muséum l  *  se  trouve  un  «  exorcisme  du 

B1R-GUL0UBBO  »(fiNIM  ÉMtt-flfA  BIR  G<JL-DUB*B  A*6E  ) ,  dans 

lequel  il  est  ordonné  de  purifier  le  malade  avec  un 
agneau  (urisu,  bir)  blanc,  dont  on  a  arraché  le  ccfeur 
pour  le  mettre  dans  la  main  du  malade.  Il'  n'est  pas 
douteux  que  le  BiR-éuLDUBBu  ne  soit  cet  agneau,  et 
il  est  en  conséquence  possible  que  le  bir-guldcbbu  du 
texte  de  M*  Prince  soit  également  un  agneau  ou  un 
chevreau  en  chair  et  en  os. 

Mais  d  autre  part  M.  Prince  m'accorde  que  ,  dans 
la  première  incantation  de  son  texte  et  dans  IV  R, 
26 ,  n°  6 ,  il  n'est  pas  fait  mention  d'un  contact  avec 
la  victime,  comme  dans  le  rite  du  bouo  émissaire* 
Dans  la  seconde  incantation ,  il  est  bien  ordonné  de 
mettre  la  tête  du  BiR-éuLDUBBtj  sur  celle  du  malade*. 
Nous  avons  donc  là  le  premier  temps  du  rite  du 
bouc  émissaire.  Mais  avons-nous  le  second?  L  animal 

1  Cuneijorm  Texts,  part  XVII,  pi.  XI. 


L'ASSYRIOLOGIE  EN   1904.  47 

doit-il  être  chassé  ensuite?  Là  est  toute  la  question, 
et,  s'il  fallait  répondre  affirmativement,  M.  Prince 
aurait  cause  gagnée.  Le  texte  porte,  1.  3g  :  lmul-e 
du  DiNGiR-RA-NA  u-MfB-tE-otJtt-ouii.  M.  Prince  traduit  t 
«D'à  côté  du  roi,  lils  de  son  dieu,  chasse-le  (le 
bouquetin).  »  Je  rtiôintiens  qu'il  faut  entendre  : 
«  Le  roi,  fils  de  son  dieu,  purifie-le.  »  U-m-ete  gor-gor 
se  trouve  dahs  la  première  incantation  :  a-gub^éa  di- 

BIL-LA  Nlfc-HA  NA4U-GA  LtJGAL-E  &0  DtNOlR-RÀ-N A  A  ZI-DA 
A  GDB-BD  Ô-1*E-!U-E  A-DARA-ttt  U-HE-TB-GOR-G6R  (l  A-l  6)k 

M.  Prince  traduisait  ëti  igo3  :  «L'eau  pure,  une 
torche,  tout  ce  qui  appartient  à  la  purification ,  pour 
le  roi ,  fils  de  son  dieu ,  à  droite  et  à  gauche  qu'il  les 
fasse  sortir,  cfu'il  chaise  dé  là  ces  bouquetins  Con- 
nus. »  En  tgô*  je  traduisais  :  «  Avec  l'eau  lustrale  > 
urte  torche,  un  brûle -parfums,  fais  une  purifi- 
cation ;  le  roi,  fils  de  son  dieu,  à  droite  et  à  gaudhe 
purifie-le,  ftVec  oe  bouquetin  fais  une.  purification*  » 
Datts  son  article  de  1 90  4 ,  M.  Prince  admet  ma  tra- 
duction *  brûle-parfums  » ,  mais  trouve  que  je  joue 
sur  les  friote  en  insistant  pour  maintenir  au  mot  gur- 
gur  la  traduction  «  purifie  1*,  Contre  la  sienne  *  qu'il 
chasse  de  là»  (1.  16),  et  «chasse-le»  (1.  39).  Là  est 
pourtailt  le  nœud  de  la  question.  Si  maintenant 
M.  Prince  veut  bien  se  reporter  à  Cuneiform  Texts, 
XVII,  pi.  XI,  82-85,  il  verra  que  u-mu-un-te-gur- 
gur  est  rendu  par  kuppir,  et  qu'il  est  ordonné  de  «  faire 
une  purification  »  avec  le  mouton,  qui  est  mort  (on 
lui  a  arraché  le  cœur),  et  que  l'on  ne  saurait  par 
conséquent  «chasser».  PL  XXXI,  1.  39-4 o,  il  est 


4*  JANVIER-FEVRIER  1907. 

ordonné  de  «purifier»  le  malade  (u-me-te-gur-gcr, 
kappirma) ,  non  de  le  chasser.  PL  XXXIII ,  1. 1 8  :  akalu 
la  zamurka  ukappira  ne  peut  signifier  que  «  la  nourri- 
ture avec  laquelle  j'ai  purifié  ton  corps  ».  Le  sens 
«  chasser  »  est  absolument  inapplicable  ici.  D'autre 
part  il  ressort  de  Cun.  Texts,  XVII,  pi.  V,  5-6,  que 
u-me-m-e  est  rendu  en  assyrien  par  subisu  «  approcher  ». 
11  faut  donc  traduire  dans  le  texte  de  M.  Prince  :  «  De 
l'eau  lustrale,  une  torche,  un  brûle-parfums  pur, 
près  du  roi,  fils  de  son  dieu,  à  droite  et  à  gauche, 
approche  ;  avec  le  bouquetin  purifie-le  »  (  1.  1 4- 1 6)  ;  et 
plus  loin  :  «  Le  roi,  fils  de  son  dieu,  purifie-le  ».  Je 
suis  persuadé  que  M.  Prince  admettra  que  cette 
traduction  «est  incontestable,  que  le  texte  ne  parle 
pas  de  chasser  le  bouquetin  et  qu'un  élément  essen- 
tiel au  rite  du  bouc  émissaire  manque  ici.  Tout  le 
reste  n'a  qu'un  intérêt  grammatical  et  M.  Prince 
m'en  a  concédé  les  points  les  plus  importants. 

M.  Langdon  a  rapproché  le  mot  Pï  qui  se  trouve 
dans  Isaïe  66,  1 1,  de  l'assyrien  zi-zi-a  «mamelles» 
qui  se  trouve  dans  un  texte  de  Craig  (6-8);  le  sens 
de  l'hébreu  est  ainsi  définitivement  établi. 

Mai  1905. 


ANCIENNES  INSCRIPTIONS  DU   NEPAL.        49 

ANCIENNES  INSCRIPTIONS 

DU  NÉPAL, 

PAR  M.  SYLVAIN  LÉVI. 

(deuxième  série.) 


I.  INSCRIPTION  DU  PILIER  DE  CHANGU  NARAYAN, 

SAMVAT  386. 

Le  pilier  de  Changu  Narayan  a  été  découvert  par 
Bhagvanlal  Indraji  qui  a  estampé  et  publié  en  partie 
l'inscription.  Malheureusement  le  prêtre  du  temple 
où  ce  pilier  est  conservé  ne  permit  pas  au  pandit  de 
dégager  la  partie  inférieure ,  qui  était  enfoncée  dans  le 
sol.  Bhagvanlal  ne  put  donc  relever  que  les  1 7  pre- 
mières lignes  de  la  face  1 ,  1 7  de  la  face  11 ,  et  2  o  de 
la  face  ni.  Avant  mon  départ  pour  l'Inde,  Georges 
Bûhler,  qui  devait  périr  tragiquement  un  peu  plus 
tard,  recommanda  tout  particulièrement  à  mon  atten- 
tion l'inscription  incomplète;  il  m'engagea,  si  j'ob- 
tenais d'entrer  au  Népal ,  à  multiplier  les  démarches 
afin  de  rapporter  un  estampage  complet.  J'ai  déjà 
raconté  (Népal,  II,  388,  dok)  comment  la  bienveil- 
lance du  Darbar  me  facilita  la  tâche  ;  le  zèle  éclairé 
du  Maharaja  Bîr  Sham  Sher  sut  triompher  des  refus 
et  des  menaces  du  prêtre  de  Changu  Narayan.  L'accès 
du  temple,  il  est  vrai,  me  resta  interdit  par  une 

ix.  4 

txraiKUUB    SAïIOlALB. 


50  JANVIER-FEVRIER  1907. 

mesure  de  rancune  puérile;  mais  les  soldats  Goûr- 
khas  que  j'avais  dressés  réussirent  à  déterrer  la  base 
du  pilier  sans  l'endommager,  et  à  prendre  plusieurs 
estampages  de  l'inscription  totale. 

J'ai  pu,  de  l'enclos  du  temple,  regarder  le  pilier 
qu'il  ne  m'était  pas  donné  d'approcher;  je  lai  indi- 
qué sur  la  photographie  reproduite,  ib. ,  I,  23 1.  La 
description  fournie  par  Bhagvanlal  est  parfaitement 
exacte  :  il  est  situé  à  gauche  (pour  le  spectateur)  de 
la  porte  du  temple  de  Changu  Narayan;  la  moitié 
inférieure  est  carrée;  le  haut  est  d'abord  octogone, 
puis  chacun  des  pans  se  dédouble,  et  le  sommet  est 
circulaire.  Les  débris  du  chapiteau  ancien  et  du 
Garuda  qui  le  couronnait  sont  encore  conservés 
dans  une  sorte  de  cage  à  claire-voie  au  milieu  de  la 
cour  d'entrée;  le  lotus  et  le  cakra  qui  ont  remplacé 
le  couronnement  primitif,  depuis  une  cinquantaine 
d'années  maintenant,  se  voient  sur  la  photographie. 
L'architecture  du  pilier  rappelle  de  très  près  le  pilier 
de  Harigaon  (voir  la  photographie,  ib.,  II,  1 19),  et  la 
paléographie  rapproche  de  même  les  deux  inscrip- 
tions. 

L'inscription  de  Changu  Narayan  est  gravée  avec 
beaucoup  de  soin  sur  trois  des  quatre  faces.  La  partie 
inscrite  couvre ,  sur  la  face  1 ,  une  hauteur  de  o  m.  90  ; 
sur  la  face  11 ,  de  o  m.  80  ;  sur  la  face  m ,  de  o  m.  92 , 
divisée  respectivement  en  26  lignes  (1),  2 1\  lignes  (11), 
28  lignes  (m).  La  largeur  des  lignes  sur  les  trois 
faces  est  uniformément  de  o  m.  34.  Les  caractères 
ont  en   moyenne  une  hauteur   de  o  m.  012  sur 


ANCIENNES   INSCRIPTIONS   DU   NEPAL.        51 

la  face  i,deom,  on  sur  les  deux  autres;  l'espace- 
ment des  lignes  est  d'environ  o  in.  22  sur  les  deux 
premières  faces;  sur  la  troisième,  il  est  irrégulier  et 
va  en  croissant  vers  la  fin ,  avec  un  écart  de  o  m.  o  1 8 
à  o  m.  026. 

L écriture  est,  nettement  et  sans  hésitation  pos- 
sible, du  type  Gupta.  Les  observations  de  détail  ne 
feraient  guère  que  doubler  celles  que  j'ai  présentées 
au  sujet  du  pilier  de  Harigaon.  Parmi  les  lettres  les 
plus  caractéristiques,  je  me  contenterai  de  citer  li 
initial  (11,  10;  in,  4,  9,  16)  formé  de  deux  points 
disposés  verticalement  et  d'une  barre  verticale  à  la 
droite;  le  ha,  fermé  à  la  droite  du  scribe,  le  5a  avec 
sa  large  boucle,  le  dka  ovale,  le  tka  complètement 
arrondi,  le  bha  avec  l'angle  largement  ouvert.  Bhag- 
vanlal  (et  Bùhler  qui  a  traduit  son  article)  avait  déjà 
constaté  que  «  la  forme  des  lettres  concorde  exac- 
tement avec  celle  des  inscriptions  Gupta  ».  Cepen- 
dant M.  Fleet  n'a  point  hésité  à  descendre  la  date 
de  cette  inscription  jusqu'au  début  du  vine  siècle 
(705  après  J.-C),  aussitôt  avant  Çivadeva  (II)  et 
Jayadeva;  l'éminent  épigraphiste  s'est  trouvé,  dans 
cette  occasion ,  entraîné  à  dénier  l'évidence  du  témoi- 
gnage paléographique  pour  soutenir  une  combinai- 
son chronologique  abandonnée  aujourd'hui.  C'est 
aux  environs  du  ve  siècle  que  la  paléographie  tendrait 
à  ranger  Mânadeva,  comme  avaient  fait  Bhagvanlal 
et  Bùhler  qui  interprétaient  la  date  de  l'inscription 
par  l'ère  Vikrama  (386  samvat=329  après  J.-C), 
l'époque  même  de  Samudragupta  «  dont  les  édits  sur 

4. 


52  JANVIER-FEVRIER   1907. 

piliers  ressemblent  totalement  aux  inscriptions  de 
Mânadeva  »  [Some  Considérations  on  the  History  of 
Népal,  p.  5o  du  tirage  à  part).  Nous  aurons  à  dis- 
cuter tout  à  l'heure  les  détails  de  la  date. 

L'inscription  est  en  sanscrit,  et,  à  l'exception  des 
deux  premières  lignes  où  est  énoncée  la  date,  elle  est 
en  vers.  Chacune  des  stances  porte  à  la  marge  son 
numéro  d'ordre  indiqué  en  lettres  nuniérales.  Le 
mètre  employé  d'un  bout  à  l'autre  est  le  çârdûlavi- 
krîdita,  que  le  poète  manie  avec  une  réelle  aisance. 
A  défaut  d'une  imagination  originale  ou  brillante, 
l'auteur  possède  à  fond  son  métier  de  versificateur; 
sa  langue  est  pure  et  simple  ;  il  n'abuse  pas  des  longs 
composés  ;  il  atteint  rarement  et  ne  dépasse  pas  un 
groupement  de  sept  mots.  Son  lexique  est  classique. 
Le  mot  nirblii  (m,  16)  manque,  il  est  vrai,  à  P.  W.; 
mais  P.  W2.  cite  le  mot  avec  une  référence  à  Caraka. 
Le  mot  apdstra  «  arme  de  défense  »  (m ,  1)  n'est  point 
relevé  dans  P.  W2.  Bhagvanlal  note  comme  une  im- 
propriété l'emploi  du  causatif  kâray0  pour  le  simple 
(11,  8  :  râjyam  putraka  kâray  a)  \  mais  sa  critique 
porte  à  faux.  L'expression  râjyam  kâray0  est  consacrée 
tout  au  moins  par  le  vers  traditionnel  sur  le  règne 
de  Rama,  attesté  à  la  fois  en  sanscrit  par  le  Râmâ- 
yana,  vi,  i3o,  10/1;  le  Mahâ-Bhârata ,  vu,  22/1/1  (et 
cf.  111,  1 1  2  1  9),  le  Harivamça,  2  354  : 

Râmo  râjyam  akârayal , 

et  en  pâli  par  le  Jàtaka  /461  (Daçaratha  j°)  : 

....  Râmo  rajjam  akârayi. 


ANCIENNES   INSCRIPTIONS   DU   NEPAL.        53 

Le  Râmâyana  dans  un  autre  passage  emploie  la  même 

expression  à  propos  de  Dilîpa  (i,  ki ,  8,  édition  de 

Bombay)  ; 

....  râjâ  râjyam  akârayat. 

La  graphie,  dans  l'ensemble,  est  extrêmement 
correcte  ;  les  fautes  relevées  par  Bhagvanlal  sont  des 
lapsus  du  pandit  lui-même.  La  prétendue  correction 
abhidhânât  saû  (n,  1)  est  fondée  sur  un  faux  sens; 
la  construction  est  littéralement  :  «  La  reine  Râjyavatî 
sera  Çrî  en  personne,  étant  ayant-désignation  d'épouse 
du  roi.»  Satï,  qui  suit  °abhidhânâ,  n'est  pas  une 
simple  platitude,  mais  marque  bien,  conformément 
à  l'usage,  la  fonction  d'épithète  du  terme  précédent. 
Le  bha  de  bharttuh  (h,  17)  est  très  clairement  tracé 
et  ne  ressemble  pas  à  un  ka.  La  correction  indiquée 
sur  prânân  (h,  1  4)  est  sans  raison;  le  texte  aussi  bien 
que  le  fac-similé  et  la  transcription  de  Bhagvanlal 
écrivent  correctement  ce  mot.  La  correction  °satvo 
'ribhih  pour  prajnâtasatvoru[bhih]  souligne  seulement 
une  erreur  de  lecture  (m,  î),  car  le  texte  porte  clai- 
rement °satpaurusah  qui  est  très  correct.  Enfin 
(in,  1 9)  il  est  inutile  de  substituer  esyaty0  à  cçyatyn  : 
le  texte  porte  esyaty0  nettement  tracé.  Je  n  entends 
pas  au  reste  diminuer  par  ces  constatations  le  mérite 
bien  connu  de  Bhagvanlal,  qui  fut  un  déchiffreur 
admirable  de  sagacité  et  de  science. 

Il  convient  d'observer  que  l'inscription  de  Changu 
Narayan  redouble  soigneusement  la  muette  après  r, 
et  se  range  ainsi  dans  la  série  antérieure  à  Amçuvar 


54  JANVIER-FEVRIER  1907. 

man.  Elle  note  la  finale  absolue  par  un  caractère  de 
dimension  moindre  tracé  au-dessous  du  niveau  de  la 
ligne,  tandis  qu'avec  Çivadeva  (Pr)  et  Amçuvarman 
on  voit  paraître  le  trait  du  virâma  tracé  soit  au-dessus, 
soit  au-dessous  de  la  lettre. 

L'inscription  commémore  une  donation  au  dieu 
de  Changu  Narayan  [Hari,  i,  6)  faite  par  la  reine 
Râjyavatî ,  sur  le  conseil  de  son  fds  le  roi  Mânadeva, 
à  la  suite  d  une  campagne  victorieuse  qui  avait  con- 
duit ce  prince  à  l'ouest  du  Népal  propre ,  par-delà  la 
Gandakî,  jusque  dans  la  citadelle  (puri)  du  Malla 
indocile.  J'ai  déjà  commenté  du  point  vue  historique 
cette  inscription  [ib.t  II,  99  et  suiv.).  L'objet  de  la 
donation  n'est  pas  clairement  énoncé;  il  s'agit  sans 
doute  du  pilier  lui-même,  indiqué  par  le  démonstratif 
tat  «  ceci  »  à  la  fin  de  l'inscription.  L'usage  d'élever 
des  piliers  commémoratifs  remonte  dans  l'Inde  jus- 
qu'à l'empereur  Açoka.  Les  Guptas,  et  leurs  voisins, 
et  aussi  leurs  successeurs  ont  renouvelé  ou  perpétué 
cette  pratique.  L'exemple  le  plus  frappant  en  est  la 
praçasti  de  Samudragupta  à  Allahabad,  gravée  sur 
un  pilier  d'Acoka  môme.  La  désignation  la  plus 
usuelle  de  c<\s  piliers  est  le  mot  stambha;  on  trouve 
aussi  y  asti  (:z~-lât)  appliqué  dans  une  inscription  de 
Ilastin  et  Çarvanâtha  (Fleet,  Gupta  lnscr.,  p.  1  1 1)  à 
un  pilier  de  délimitation  (vala\ya]-yasti) ,  etyûpa  spé- 
cialement appliqué  aux  piliers  qui  commémorent  un 
rite  (pilier  de  Visnuvardhana  à  Bijayagadh  [Fleet, 
ib'uL ,  «i53];  Skandagupta[?]  à Bihar ;  Mânadeva  lui- 
même  emploie  ce  mot  pour  désigner  les  piliers  érigés 


ANCIENNES  INSCRIPTIONS  DU   NEPAL.        55 

par  son  père,  le  pieux  Dharmadeva  [ni,  5]).  L usage 
est  aussi  bien  çivaïte  (Mangaleça  à  Badami)  que  vich- 
nouïte  (Candra  à  Mehrauii;  Budhagupta  à  Eran) ,  ou 
jaina  (Kahaun,  temps  de  Skandagupta  ) ,  ou  boud- 
dhique (Simhavarman  à  Amarâvatî).  Dans  le  culte 
vichnouïte  tout  au  moins ,  le  pilier  est  comparé  à  un 
étendard  du  dieu  (Visnor  (jjivajah  sthâpitah,  à  Meh- 
rauii ;  Janârdanasya  dhvajastambhah,  à  Eran).  L'érec- 
tion du  pilier  est  généralement  désignée,  comme  dans 
la  présente  inscription  (ucchritaih ,  m,  5)  par  le  verbe 
ucchray0.  Par  une  rencontre ,  qui  n  est  pas  due  seule- 
ment au  hasard  peut-être,  l'inscription  de  Changu 
Narayan  rappelle  deux  inscriptions  sur  pilier  de  Skan- 
dagupta. Lune,  à  Bhitari,  célèbre  ce  prince  f  «  Lui 
qui ,  après  que  son  père  fut  parti  au  ciel ,  rétablit  la 
Laksmî  de  sa  race  submergée,  subjugua  son  ennemi, 
et  décriant  :  «  Me  voici  le  maître!  »  alla  tout  joyeux 
trouver  sa  mère  qui  avait  les  yeux  pleins  de  larmes, 
comme  Krsna  avec  Devakî  »  (1.  1 2-1  k  :  pitari  divam 
upete  viplutâm  vançalaksmïm  bhujabalavijitclrir  yyah 
pratisthdpya  bhâyah  [\]jitam  iti  paritosân  mâtaram  scis- 
ranettrâm  hataripur  iva  Krsno  Devakïm  abhyupetah  [||]). 
Le  tableau  et  les  expressions  même  évoquent  l'entre- 
vue de  Mânadeva  avec  sa  mère  Râjyavatî  et  dénotent 
sans  doute  l'imitation  du  même  modèle.  L'autre  in- 
scription très  mutilée  (à  Bihar)  laisse  transparaître  la 
personne  de  la  mère  du  roi  (1.  12).  Ces  deux  inscrip- 
tions se  placent  dans  la  seconde  moitié  du  ve  siècle. 
Un  siècle  après,  l'inscription  de  Mangaleça  à  Badami 
présente  une  analogie  un  peu  plus  lointaine  avec  l'in- 


56  JANVIER-FEVRIER   1907. 

scription  (Je  Changu  Narayan.  Le  roi  Mangaleça ,  au 
retour  d  une  grande  victoire  remportée  sur  le  Kalat- 
suri  Buddharâja,  fait  une  offrande  à  (Çiva)  Makute- 
çvara  et  grave  sa  donation  sur  un  pilier  commémo- 
ratif.  L'inscription,  rédigée  dans  une  prose  savante, 
célèbre  d'abord  les  ancêtres  du  roi ,  comme  fait  Mâ- 
nadeva  à  Changu  Narayan  ;  puis  vient  l'éloge  du  roi  ; 
enfin  le  narrateur  passe  au  récit  des  circonstances  de 
la  donation  par  un  mouvement  presque  identique 
de  part  et  d'autre  [kim  bahunât  Badami,  1.  io;  — 
kim  vàkyair  bbahubhih,  Changu,  ni,  20).  «Le  roi, 
qui  avait  au  cœur  l'impatience  de  dresser  un  pilier 
commémoratif  de  la  victoire  de  sa  puissance  [çaktija- 
yastartlbha),  considéra  qu'il  fallait  d'abord  dresser  le 
javelot  d'un  pilier  en  commémoration  du  triomphe 
de  la  piété  (dharmmajayastambhaçakti)  ...  Il  manda 
l'épouse  de  son  père,  la  reine  Durlabha  devî  et  lui 
dit  :  «  Que  ceci  soit  ton  affaire  !  Présente  en  offrande 
à  Makuteçvara  Nâtha  ces  choses . .  .  (l'énumération 
suit).  » 

L'inscription  de  Changu  Narayan  est  datée  de 
«  samvat  386 ,  au  mois  de  jyaistha,  quinzaine  claire, 
premier  jour  de  la  lune,  1,  la  lune  étant  associée  à 
l'astérisme  Rohinî,  au  temps  favorable  d'Abhijit  ». 
Bhagvanlai,  sans  s'arrêter  aux  détails  de  la  date, 
avait  examiné  l'interprétation  de  l'année  au  point  de 
vue  de  la  chronologie  fournie  par  les  Vamçâvalîs.  11 
avait  réduit  l'année  à  l'ère  Çaka  (=464  après  JL-C), 
puis  encore  à  l'ère  Vikrama  (=329  après  J.-C); 
trouvant  alors   que  la  moyenne  des  règnes  entre 


ANCIENNES  INSCRIPTIONS    DU   NEPAL.        57 

Mânadeva  et  Jayadeva  était  plus  vraisemblable  dans 
le  second  système  que  dans  le  premier,  il  avait  pré- 
féré l'ère  Vikrama.  Le  procédé  est  toujours  délicat; 
appliqué  aux  Vamçâvalîs  du  Népal,  si  fantaisistes 
dans  leurs  spéculations  chronologiques ,  il  était  voué 
d  avance  à  l'échec.  M.  Fleet  a  plus  tard  repris  l'exa- 
men de  la  chronologie  ancienne  du  Népal  en  se 
fondant  surla  date  3 1 6  de  Çivadeva  (Ier)  donnée  par 
l'inscription  du  Golmadhi-tol  que  Bendall  avait 
récemment  découverte  et  publiée.  Je  laisse  de  côté 
la  discussion  de  ce  système  que  j'ai  déjà  critiqué 
dans  un  article  du  Journal  asiatique,  en  189 1\. 
M.  Fleet ,  admettant  que  les  inscriptions  du  Népal 
se  divisent  en  deux  séries  parallèles  usant  d'ères  dif- 
férentes, rapporte  l'inscription  de  Changu  Narayan 
à  l'ère  Gupta;  il  obtient  ainsi  386  Gupta  =  7o5- 
•706  après  J.-C.=  628  Çaka  courant,  soit  627  Çaka 
expiré.  Partant  de  cette  donnée,  M.  Sh.  B.  Dikshit 
a  vérifié  pour  M.  Fleet  les  détails  de  la  date;  il 
a  trouvé  que  «  la  tithi  donnée  finissait  le  mardi 
28  avril  705  après  J.-G.,  à  57  ghatîs,  12  palas, 
après  le  lever  du  soleil;  que  le  naksatra  Krttikâ 
durait  jusqu'à  1 1  ghatîs ,  3  palas ,  après  le  lever 
du  soleil,  que  le  naksatra  ltohinî  venait  ensuite  et 
continuait  jusqu'à  1 1  ghatîs ,  1 8  palas ,  après  le  lever 
du  soleil  le  lendemain  mercredi,  et  que,  consé- 
quemment,  le  muhûrla  Abhijit,  qui  est  le  huitième 
dans-la  série  des  muhûrtas,  et  qui  commence  donc 
avec  la  1 5e  ghatî ,  comptée  depuis  le  lever  du  soleil , 
s'est  produit ,  comme  le  veut  le  texte  de  l'inscription , 


58  JANVIER-FEVRIER  1907. 

tandis  que  le  naksatra  Rohinî  était  courant»  (Gupta 
Inscr.  y  Introd. ,  93  -  95  ). 

Comme  il  arrive  souvent  des  prétendus  arguments 
scientifiques  introduits  dans  les  recherches  d'histoire 
et  de  philologie,  la  preuve  ne  prouve  rien.  Les  détails 
de  la  date,  malgré  leur  nombre,  ne  laissent  rien  de 
précis  à  la  vérification.  La  position  donnée,  loin 
d'être  accidentelle,  est  presque  régulière,  ou  du 
moins  très  fréquente.  En  effet ,  le  mois  de  jyaistha 
est  le  mois  où  la  lune  doit  être  pleine  dans  la  con- 
stellation de  Jyestha;  donc,  à  la  nouvelle  lune  qui 
précède,  la  longitude  de  la  lune  doit  être  de  1 8o°  de 
moins.  L'intervalle  entre  Jyestha  et  Rohinî  étant 
de  1870,  et  le  déplacement  de  la  lune  étant  de  \ 1° 
par  tithi ,  il  y  a  de  fortes  chances  pour  que  la  lune 
passe  en  Rohinî  dans  le  courant  de  la  première  tithi 
(pratipad)  de  jyaistha.  De  plus,  le  muhûrta  Abhijit 
(=Vidhi  ou  Brahma)  est  le  huitième  des  quinze 
muhûrtas  de  la  journée,  ou  des  trente  muhûrtas  qui 
vont  du  lever  du  soleil  au  lever  suivant;  chaque 
muhûrta  dure  48  minutes.  Donc,  au  moment  où 
commence  Abhijit,  7  x  4 6'=? 33 6  minutes«=5  heures 
et  36  minutes  se  sont  écoulées  depuis  le  lever;  la  dis- 
tance de  la  lune  à  Jyestha  s  est  ainsi  réduite  d'un  peu 
moins  de  3°,  et  sa  position  a  plus  de  chances  encore 
d'être  dans  la  région  du  naksatra  Rohinî.  Au  reste, 
s'il  s'agit  d'arguments  astronomiques ,  il  faut  observer 
que  la  solution  calculée  par  Dikshit  et  adoptée  par 
Fleet  est  inconciliable  avec  l'intercala ti on  d'àsâa'ha 
en  /4/J9  fournie  par  une  de  mes  inscriptions.    Si 


ANCIENNES   INSCRIPTIONS  DU   NEPAL.        59 

386  samvat  équivaut  à  628  Çaka  courant,  t\l\ 9  équi- 
vaut alors  à  69 1  Çaka  courant;  or  cette  année-là,  il 
y  a  une  intercalation  de  jyaistha  dans  le  système 
vrai ,  de  vaiçâkha  dans  le  système  moyen ,  mais  non 
pas  d'âsâdha.  Si,  comme  je  le  crois,  lxl\g  avec  son 
âsâdha  intercalaire  correspond  à  482  Çaka  courant, 
386  samvat  répondrait  à  l\  19  Çaka  courant.  Or  le 
premier  jyaistha  de  l\  1 9  Çaka  courant ,  au  moment 
où  le  soleil  se  lève,  la  lune  se  trouve  en  Rohinî, 

et  il  lui  reste  à  parcourir        9  ■  de  lunaison  dans  ce 

1  10,000 

naksatra,  autrement  dit  elle  doit  encore  y  rester 
pendant  1 2  heures  2  3  minutes.  Puisque  le  muhûrta 
Ahhijit  commence  5  heures  36;  après  le  lever,  la 
lune  est  encore  en  Rohinî  pendant  ce  muhûrta.  La 
date  du  pilier  de  Changu  Narayan  correspond  dans 
cette  hypothèse  au  mardi  ier  mai  £96  après  J.-C. 

Cette  date  ne  satisfait  pas  seulement  aux  données 
astronomiques  de  l'inscription  ;  elle  est  aussi  en  har- 
monie avec  les  caractères  paléographiques.  D'ail- 
leurs, en  dehors  des  considérations  particulières  que 
j'ai  déjà  fait  valoir  ou  que  j'aurai  à  signaler  dans  la 
suite,  à  propos  d'autres  inscriptions,  un  fait  seul 
suffit  à  classer  définitivement  Mânadeva  avant  Amçu- 
varman; 'grâce  au  contrôle  offert  par  l'inscription  du 
Yag  bahal ,  nous  sommes  assurés  maintenant  que  le 
çrî  Mâna  vihâra  compris  dans  la  liste  des  libéralités 
d'Amçuvarman  (Harigaon,  an  3a)  est  bien  le  Mâna- 
deva vihâra,  le  monastère  fondé  par  Mânadeva  à 
Patan.  La  même  inscription  désigne  aussi  un  Mâne- 


60  JANVIER-FEVRIER  1907. 

çvara ,  un  Dhârâ  Mâneçvara  qui  sont  probablement 
des  fondations  pieuses  de  Mânadeva.  Le  Mânagrha , 
d'où  les  rois  Licchavis  après  Mânadeva  datent  leurs 
ordonnances ,  et  qui  se  trouve  aussi  mentionné  chez 
Amçuvarman  (  Harigaon ,  an  3o ,  1.  1 8  )  est  sans  doute 
le  palais  élevé  par  Mânadeva. 

TEXTE. 

i 

i .  Samvat  386  jyaislhamâse  çuklapakse  pratipadi  i 

2.  [Rojhinïnaksattrayukte   candramasi  muhùrtte   praçastc 

bhijiti 

3.  [çrî]vatsâhkitadïptacâruvipu[la]prodvrttava[ksa]sthalah 

4.  T  vaksahstanapadmabâhufrucirah]  sma.pravrddhotsavali 

5.  [trai]lokyabhramayantravartti  VVT  vyâsanganityo  vya- 

6.  [dojlâdrau  nivasan  jayaty  ani[mi]sair  abhyarccyamâno 

Harih  i 

• 

7.  TT  tsâ  Y  y  yapratâpavibha[vair  vvyâ]yâmasamksepakrt 

8.  [râjàbhûjd  Vrsadeva  ity  [anupamah  sajtyapratijnodayah 

9 .  TTT savite va  dïptakira[naih]  samy  agdhr[taih]  svaih  sutaih 
10.  vidvadbhir  bbahugarvvitair  aca[palaih  "]  vinîtâtma- 

bhih  2 

• 

L.  2.  Bhagvanlal  transcrit  à  tort  naksatra. 

L.  4*  La  syllabe  sta  est  lisible  sur  l'estampage  après  vaksah.  La 
conjecture  sma[rttr]  de  Bhagvanlal  me  paraît  impossible  à  concilier 
avec  les  traces  visibles  sur  l'estampage. 

L.  5.  La  syllabe  rtti  se  lit  assez  clairement  après  yantrava. 

L.  6.  Le  fac-similé  de  Bhagvanlal  redouble  bien  le  c  de  °arccya°; 
mais  sa  transcription  en  dévanagari  porte  par  erreur  °rcya°. 

L.  10.  La  conjecture  de  Bhagvanlal  khyâtair  vinïtà0  est  inac- 
ceptable, car  on  aurait  eu  vvinT*  par  redoublement  du  v  après  r. 


■  jai»i'-T-r.!vricr    1907. 


Chogu  Nabatan,  1. 


ClUNGD  NaRAÏAN,  II. 


ANCIENNES  INSCRIPTIONS  DU  NEPAL.        65 

distraction  continuelle,  lui,  l'Impérissable.  Le  Dolâdri  est 
sa  résidence.  Vive  celui  qu  adorent ,  les  yeux  toujours  ou- 
verts, [les  dieux],  Hari! 

2 par  sa  majesté,  par  ses  richesses,  il  réduisait  ses 

efforts  ;  tel  était  le  roi  Vrsadeva ,  l'incomparable  ;  sa  pro- 
messe se  vérifiait  dans  ses  effets  ;  comme  le  soleil  Test  de 
rayons  éclatants ,  il  était  ...  de  ses  fils  bien  maintenus , 
savants,  très  fiers,  sans  caprices,  soumis  à  la  discipline. 

3.  Son  fils,  maître  d'un  empire  prospère,  invincible  à  ses 
ennemis  dans  les  combats ,  fut  le  roi  nommé  Çankaradeva , 
. .  .  très  libéral ,  cœur  sincère , . . .  par  sa  vaillance ,  sa  cha- 
rité, son  honneur,  ses  richesses,  il  acquit  une  pleine 
gloire;  ...  il  protégea  la  terre  par  des  lieutenants  esti- 
més, pareil  au  roi  des  fauves. 

4.  Son  (fils),  excellent  en  vertus,  en  actes ,  savant, 

soumis  à  la  Loi ,  ou  plutôt  la  Loi  même ,  aspirant  à  la  sa- 
gesse, excellent  en  qualités,  fut  le  roi  Dharmadeva.  La 
loi  même  l'avait  désigné  pour  hériter  d'un  grand  royaume  ; 
sa  sagesse  enrichit  l'histoire  des  saints  royaux ,  en  réjouis- 
sant le  cœur  des  hommes. 

5.  11  rayonnait  le  bien  ; .  .  .  aux  dieux ,  ses  desseins ,  ses  succès 

étaient  parfaits  ; il  avait  la  pureté  du  corps  et  du 

cœur;  ce  prince  brillait  comme  la  lune.  Son  épouse  qui 
avait  la  pureté  de  la  race  et  des  richesses,  était  l'excel- 
lente Râjyavatî comme  la  Laksmî  excellente 

de  Hari. 

6.  Après  avoir  .  .  .  des  rayons  de  sa  gloire  illuminé  le 
monde  entier,  le  roi  des  hommes  partit  au  séjour  du  ciel , 
comme  à  une  promenade  de  parc  ;  défaite ,  agitée  de  fièvre 
elle  s'alanguit,  elle  qui  se  plaint  aux  rites,  nour- 
riciers des  dieux ,  avant  qu'elle  fût  séparée  de  lui. 

II 

7.  La  reine  Râjyavati,  qui  porte  le  nom  d'épouse  de  ce  roi 
sera  en  réalité  Çrî  en  personne  venue  à  sa  suite  en  cher- 

ix.  5 

îaraiMKBir  ratiimalk. 


66  JANVIER-FEVRIEK  1907. 

chant  une  occasion  de  le  regarder,  elle  en  qui  est  né  le 
héros  irréprochable,  le  roi  Mânadeva,  qui  —  tel  l'astre 
lunaire  en  automne  —  rafraîchit  le  monde  en  tout  temps. 

8.  Elle  vint  le  trouver,  des  sanglots  dans  la  voix,  avec  de 
longs  soupirs,  le  visage  plein  de  larmes,  et  elle  dit  à 
son  fils  avec  tendresse  :  «  Ton  père  est  parti  au  ciel  !  Ah  ! 
mon  fils  !  maintenant  que  ton  père  s'en  est  allé ,  qu'ai-je 
à  faire  de  la  vie?  Exerce,  mon  cher  fils,  la  royauté I  Moi, 
dès  aujourd'hui,  je  vais  suivre  ton  père. 

9.  Quai-je  à  faire  des  chaînes  de  l'espérance,  fabriquées  par 
l'infinie  variété  des  plaisirs ,  pour  vivre  sans  mon  époux , 
dans  ce  monde  où  la  rencontre  a  l'air  d'une  illusion  ou 
d'un  rêve.  Je  m'en  vais  î  »  Ainsi  résolue ,  son  fils  attristé 
lui  pressa  les  pieds  de  sa  tête,  par  affection,  et  l'avisa 
ainsi,  non  sans  peine  : 

io.  «Qu'ai-je  à  faire  des  plaisirs?  Qu'ai-je  à  faire  des  joies 
de  la  vie,  si  je  suis  séparé  de  toi  ?  Je  veux  être  le  premier 
à  cesser  de  vivre;  après  moi  tu  partiras  au  ciel.»  Ainsi 
parlant,  les  lacets  de  ses  paroles,  tendus  à  l'intérieur  du 
lotus  de  sa  bouche,  et  mêlés  avec  l'eau  des  larmes,  l'en- 
veloppaient comme  une  oisclle  qui  reste  prise  au  filet. 

il.  En  compagnie  de  son  fils,  elle  accomplit  en  personne 
les  rites  funéraires  pour  son  époux  ;  la  vertu ,  la  charité , 
la  chasteté,  les  jeûnes,  les  saintes  abstinences  avaient  pu- 
rifié le  fond  de  son  oœur;  elle  distribua  totalement  aux 
brahmanes  sa  fortune  pour  accroître  les  mérites  de  son 
époux;  eUe  n'avait  que  lui  au  oœur  pendant  les  cérémonies 
sacrées  :  telle  Arundhati  incarnée. 

12.  Et  son  fils,  trésor  de  vertu,  de  valeur,  de  noblesse,  pa- 
tient, chéri  de  pas  sujets,  il  agit  sans  phrases,  il  sourit  en 
parlant,  il  est  le  premier  toujours  à  saluer,  il  est  éner- 
gique sans  orgueil;  on  ne  saurait  dire  qu'il  n'a  pas  atteint 
la  plus  haute  connaissance  du  monde;  il  est  l'ami  des 
affligés  et  des  orphelins  ;  il  aime  ses  hôtes  ;  il  fait  oublier 
aux  solliciteurs  leur  susceptibilité. 

1 3.  Les  armes  de  jet  et  de  défense  qu'il  manie  avec  adresse 


ANCIENNES   INSCRIPTIONS   DU  NEPAL.        67 

font  connaître  sa  réelle  bravoure;  ses  bras  sont  majes- 
tueux fît  gracieux  ;  l'or  poli  n'est  pas  plus  lisse  ni  plus  clair 
que  son  teint;  ses  épaules  sont  larges;  l'épanouissement 
des  pétales  du  lotus  sombre  rivalise  avec  ses  yeux.  On 
croirait  qu'il  est  l'Amour  visible  et  incarné ,  ce  roi  qui  met 
en  fête  la  coquetterie  des  aimées. 

là-  «Mon  père  a  décoré  la  terre  des  piliers  élégants  qu'il 
a  dressés;  j'ai  reçu  moi-même  le  baptême  des  ksatriyas 
dans  la  pratique  des  batailles  ;  je  pars  en  procession  pour 
détruire  mes  ennemis  vers  la  terre  orientale,  bien  vite, 
et  Les  princes  qui  reconnaîtront  mon  autorité  suzeraine ,  je 
les  installerai  rois.  » 

i5.  C'est  en  ces  termes  que  le  roi  parla  à  sa  mère  sortie 
de  son  deuil,  incliné  devant  elle,  a  Non,  ma  mère!  je 
ne  puis  m'acquitter  envers  mon  père  par  des  mortifica- 
tions sans  tache  ;  c'est  par  la  pratique  des  armes ,  où  je 
suis  destiné,  que  je  pourrai  faire  honneur  à  sa  sainte 
mémoire.  »  Sa  mère,  toute  joyeuse ,  lui  donna  son  consen- 
tement. 

16.  Le  roi  partit  alors  par  la  route  de  l'Est.  Et  là,  tout  ce 
qu'il  y  avait  de  marquis  déloyaux  dans  les  provinces  de 
l'Est  dut  s'incliner  et  courber  devant  lui  la  tête  en 
laissant  tomber  guirlandes  et  diadèmes;  il  les  rendit  do- 
ciles à  ses  ordres.  Puis,  étranger  à  la  crainte,  comme  un 
lion  qui  agite  sa  massive  crinière,  il  s'en  alla  vers  la  terre 
d'Ouest. 

17.  Apprenant  que  le  marquis  de  là  se  comportait  mal,  il 
agita  la  tête ,  toucha  lentement  son  bras !  qui  semblait  une 

1  Le  geste  indiqué  a  sans  doute  la  valeur  d'une  attestation.  C'est 
ainsi  que  le  Bouddha,  à  l'heure  de  la  crise  suprême,  touche  la 
terre  pour  la  prendre  à  témoin  (bhâmi  sparça  madrâ).  Manu 
(VIII,  1 1 3 )  enseigne  que  le  juge  «doit  faire  prêter  serment  au 
ksairiya  sur  sa  monture  ou  sur  ses  armes  » ,  et  tes  commenta- 
teurs ,  cités  par  Bùhler  ad  loc. ,  expliquent  que  a  le  ksatriya  doit 
toucher  les  objets  indiqués  en  disant  :  «Qu'ils  me  deviennent  hors 
d'image  ai  je  mens  !  » 

5. 


68  JANVIER-FKVRIER  1907. 

trompe  d'éléphant  et  dit  fièrement  :  «S'il  ne  vient  pas  à 
ma  sommation ,  il  faudra  bien  qu'il  se  rende  à  ma  valeur. 
A  quoi  bon  de  longs  discours  ?  Je  le  dis  en  bref. 

18.  Aujourd'hui  même,  6  frère  de  ma  mère,  toi  qui  m'es 
cher,  traverse  la  Gandaki,  si  large,  si  inégale,  si  agitée 
qu'elle  rivalise  avec  l'Océan,  avec  ses  tourbillons  formi- 
dables et  ses  vagues  ondoyantes.  Escorté  de  chevaux  et 
d'éléphants  par  centaines,  excellents,  caparaçonnés,  je 
suis  ton  armée  en  franchissant  la  rivière.  »  Sa  décision 
prise,  le  roi  tint  parole. 

19.  Avant  conquis  la  ville  du  Malla,  il  s'en  retourna  par 
étapes  dans  son  pays;  et  alors,  le  cœur  joveux,  il  donna 
aux  brahmanes  des  richesses  inépuisables.  Et  la  reine 
Ràjvavati  fut  ainsi  interpellée,  d'une  voix  ferme,  par  son 
iils  vertueux  :  «D'un  cœur  serein,  ô  ma  mère,  donne,  toi 
aussi,  dévotement  ceci  en  offrande!  » 


II.  INSCRIPTION  DE  KIS1PIDI, 
SAMVAT  Ml$* 

Kisipkli  est  un  petit  hameau  situé  dans  le  voisinage 
de  Thankot,  à  l'ouest  de  la  vallée  (Népal ,  II,  39*2). 
La  stèle,  en  partie  enfoncée  dans  le  sol,  est  complè- 
tement effritée  du  haut;  les  six  lignes  inférieures, 
protégées  contre  les  intempéries  par  le  sol,  sont 
seules  lisibles,  et  même  en  assez  bon  état  de  préser- 
vation. La  largeur  est  de  o  m.  35  ;  les  caractères  ont 
environ  o  m.  01  3  de  hauteur  entre  lignes;  les  inter- 
lignes sont  de  o  m.  ol\  environ.  Les  lettres  sont 
grandes,  fortement  tracées,  identiques  à  l'inscrip- 
tion 3  de  Bhagvanlal,  datée  de  sanivat  435.  Celle-ci 
lui  est  postérieure  de  onze  années;  le  même  dûtaka 


ANCIENNES   INSCRIPTIONS  DU   NEPAL.        69 

figure  de  part  et  d'autre  avec  les  mêmes  titres  :  sarva- 
danda  nâyaka,  mahâpratihâra ,  Ravigupta.  Le  titre 
de  mahâpratihâra  «  grand  huissier  »  est  fréquent  dans 
l'épigraphie  de  l'Inde;  celui  de  saivadanda  nâyaka 
«généralissime»  est  une  variété,  jusqu'ici  purement 
népalaise,  d'un  titre  en  usage  dans  l'Inde  entière  : 
danda  nâyaka.  Il  n'est  pas  sans  intérêt  de  constater 
que,  vers  l'époque  même  de  notre  inscription,  un 
des  premiers  rois  de  la  dynastie  de  Valabhi ,  Dhruva- 
sena  1er,  joint  à  son  titre  de  maharaja  ceux  de  mahâ- 
pratihâra et  de  mahâdandanâyaka  (en  526  ap.  J.-C). 
Ainsi  ces  titres  se  cumulaient  assez  naturellement, 
et  comptaient  parmi  les  plus  hauts  de  la  hiérarchie 
impériale. 

L'intérêt  capital  de  cette  inscription,  toute  mu- 
tilée qu'elle  est,  réside  dans  sa  date.  La  donation  est 
faite  au  cours  d'un  mois  doublé  par  intercalation 
«en  samvat  44<),  le  premier  mois  âsâdha,  la  quin- 
zaine claire ,  le  î  o  ».  La  mention  d'un  mois  interca- 
laire est  une  bonne  fortune  pour  les  chronologistes; 
l'intercalation  est  réglée  par  des  considérations  d'as- 
tronomie théorique  qu'il  est  assez  facile  de  calculer. 
Un  mois  lunaire  dans  le  cours  duquel  le  soleil  ne 
change  pas  de  signe  (dans  le  zodiaque)  est  redoublé; 
le  principe  est  net.  L'application  comporte  des  di- 
vergences assez  graves  :  î  °  le  calcul  peut  être  fondé 
soit  sur  le  mouvement  moyen  des  deux  astres,  soit 
sur  leur  mouvement  apparent;  2°  le  mois  intercalé 
peut,  soit  recevoir  par  anticipation  le  nom  du  mois 
normalement  attendu,  mais  retardé  par  exception, 


70  JÀflVIEH-FÉVfllËK  1907. 

soit  répéter  le  nom  du  mois  au  cours  duquel  il  se 
produit;  ainsi,  selon  le  système  en  vigueur,  le  mois 
supplémentaire  amorcé  dans  le  cours  du  mois  de 
jyaistha  pourra  être  appelé  soit  âsâdha  i,  soit  jyais- 
tha n,  Heureusement  ces  difficultés  sont  en  partie 
dissipées  dans  le  cas  du  Népal  ancien.  La  mention 
d'un  pausa  i  (praihama  pausa)  dans  une  inscription 
d'AmçUvarman ,  an  34  ,  suffit  à  établir  que  les  astro- 
nomes népalais  calculaient  les  intercalations  sur  le 
mouvement  moyen;  car,  dans  le  système  du  mouve- 
ment apparent,  pausa  n'est  jamais  intercalaire. 
D'autre  part,  la  désignation  appliquée  dans  ce  même 
cas  au  mois  supplémentaire  montre  bien  que  l'inter- 
calation  reçoit  le  nom  du  mois  normalement  attendu  < 
et  non  du  mois  en  cours.  Donc  le  mois  mentionné 
ici  doit  se  rencontrer  dans  une  année  où,  d'après 
un  calcul  fondé  sur  le  mouvement  moyen  du  soleil 
et  de  la  lune,  il  s'est  écoulé  à  la  suite  du  mois  nor- 
mal de  jyaistha  un  mois  lunaire  commencé  quand 
le  soleil  avait  déjà  passé  dans  le  signe  de  Mithuna , 
et  fini  avant  que  le  soleil  soit  entré  dans  le  signe  de 
Karka.  Le  phénomène  se  reproduit  irrégulièrement 
à  chaque  siècle.  De  /joo  à  4  9  9  après  J.-C,  quatre  fois; 
de  5oo  à  599  après  J.-C,  trois  fois;  de  600  h 
699  après  J.-C,  une  fois;  de  700  à  799  après  J.-C, 
quatre  lois.  Si  l'année  386  sainvat  de  Mânadôva 
correspondait  réellement,  comme  le  voulait  M.  Fleet, 
h  628  Çaka  courant,  l'année  Mig  (=386  +  63)  de- 
vrait nécessairement  correspondre  h  628  +  63  = 
691  Çaka  courant  (=768-769  ap.  J.-C).  Or  aucune 


A-NCIENNES   INSCRIPTIONS   DU    NÉPAL.         71 

méthode  ne  donne  d'âsâdha  supplémentaire  à  cette 
date.  La  combinaison  proposée  par  le  savant  épi- 
graphiste  est  donc  à  rejeter  absolument. 

D'autre  part,  j'ai  montré  depuis  longtemps  que 
l'année  34  d'Amçuvarman ,  avec  son  pausa  interca- 
laire, devait  correspondre  à  629-630  ap.  J.-C.  (Jour- 
nal asiatique,  1 89 k  ,  II,  55  et  suiv.).  Amçuvarman  est 
d  abord  le  ministre ,  puis  le  successeur  de  Çivadeva 
dont  les  inscriptions  se  prolongent  jusque  au  delà  de 
5 20  samvat.  La  date  de  4^9  samvat  est  antérieure  à 
ce  terme  d'environ  70  ans;  elle  doit  donc  tomber 
vers  le  milieu  du  vie  siècle  ap.  J.-C.  Or,  pour  toute 
la  durée  du  vie  siècle  ap.  J.-C. ,  le  système  du  mouve- 
ment moyen  ne  donne  que  trois  intercalations  dasà- 
dha  :  en  482  Çaka  courant  (=559~56o  ap.  J.-C), 
en  5oi  Çaka  courant  (=578-579  ap.  J.-C),  en  520 
Çaka  courant  (=597-598  ap.  J.-C).  [Mes  résultats 
personnels  concordent  pour  ce  siècle  avec  les  tables 
de  Sewell  et  Dikshit.]  Les  deux  derniers  résultats  sont 
à  écarter,  puisqu'ils  rejetteraient  la  fin  du  règne  de 
Çivadeva  jusque  sous  les  successeurs  d'Amçuvarman 
(578  -f  70  =  648  ap.  J.-C;  597-1-70  =  667  ap.  J.-C). 
Le  premier  seul  est  à  considérer,  puisqu'il  mène 
Çivadeva,  en  samvat  52  0,  à  l'époque  même  d'Amçu- 
varman (559  +  71  =  63o  ap.  J.-C.)  et  que  les  deux 
règnes  doivent  justement  coïncider  en  partie.  La  date 
du  pilier  de  Changu  Narayan  nous  donne  un  autre 
moyen  de  contrôle;  or  nous  avons  vu  qu'en  prenant 
pour  point  de  départ  l'équivalence  :  samvat  4 /i  9  = 
/182  Çaka  courant,  les  détails  de  la  date  inscrite  sur 


72  JANVIER-FEVRIER    1907. 

le  pilier  se  vérifiaient  complètement  pour  386  sam- 
vat  =  419  Çaka  courant.  Nous  obtenons  ainsi  pour 
le  point  de  départ  de  l'ère  des  Licchavis  l\  1 9-386  — 
33  Çaka  courant  ==1 1  o  ap.  J.-C.  J'ignore  à  quel  évé- 
nement peut  se  rattacher  cette  ère ,  si  voisine  de  l'ère 
Çaka;  le  nombre  des  règnes  écoulés,  qui  est  de  19 
depuis  l'origine  des  Licchavis  jusqu'à  l'avènement  de 
Mânadeva  (d'après  l'accord  unanime  des  traditions, 
cf.  Népal  y  II,  9 1  et  suiv.),  est  à  coup  sûr  bien  étroit 
pour  couvrir  près  de  quatre  siècles.  Peut-être  les  Lic- 
chavis avaient-ils  apporté  de  leur  berceau  indien  une 
ère  propre  ;  peut-être  ont-ils  perpétué  une  ère  locale 
du  Népal ,  qui  remontait  à  l'expulsion  des  Kirâtas. 

TEXTE. 

[Tout  le  haut  de  l'inscription  manque.] 

1 yùyam  adyâgrena  ce ... . 

2.  .  .  mu(c)itakaram  dadantah  sarvvakrtyesv  âjnâvidheyâ 

3. manaso  loke  sukham  prativa .  . . 

f\.  dûtakaç  câtra  sarvvadandanâyakamahâpratîhàra 

5.  Ravigupta   iti    samvat    l\oo    4o    9    prathamâsâfdha] 

6.  çukladaçamyâm  ¥ 

TRADUCTION. 

(i-3.)  .  .  .  .Vous  aujourd'hui payant  l'impôt  ordi- 
naire ' . .  .  dociles  à  Tordre  pour  tous  les  devoirs 

l'esprit ...  dans  le  monde  (?)  vous  demeurerez  heureuse- 
ment. 

(4-6.)  Et  le  délégué  est  ici  le  généralisisme ,  grand-huissier, 
Ravigupta.  samvat  44q»  premier  âsadha,  quinzaine 
claire,  le  10. 


..janvier-février  1907. 


KiSIPIDI,   SÀNVAT    4.'|j). 


ANCIENNES  INSCMPTIONS   DU   NÉPAL.        75 

accompagné  d*une  mention  qui  se  retrouve  chez 
Vasantadeva  et  ne  se  retrouve  que  chez  lui  :  .  .  .te 
vyavaharatïti  «  il  est  en  exercice  à.  .  .  ». 

De  part  et  d'autre  se  retrouvent  aussi  des  frag- 
ments d'une  formule  analogue,  que  des  parallèles 
épigraphiques  permettent  de  compléter  : 

.  Aya  yùyam    adyâgrena    çe(sa)samucitakaram   dadantah 

sarwakrtye.w  âjnâvidheyâ manaso  loke  sakham  pra- 

tiva.  .  .  (Kisipidi,  an  Mg.) 

lad  yùyam çravanavidheyâs  tathaiva  .  .  . 

.  .  .  sukham  praliva[tsya)tha.  (Ganadeva,  1.  10-11.) 

Cette  formule  n'a  pas  réussi  au  Népal;  elle  est 
toujours  remplacée  plus  tard  par  une  formule  de 
caractère  plus  impérieux  et  plus  menaçant.  Dans 
l'Inde,  au  contraire,  des  rédactions  diverses  s'en 
rencontrent.  Au  vin6  siècle,  Tîvaradeva  de  Kosala 
(Gupta  Inscr. ,  p.  29/i,  1.  25)  écrit  : 

ity  avagamya  bhavadbhir  yathocitam  asmai  bhogubhâgam 
npanayadbhih  sakham  prativastavyam  iti. 

Maha  Sudevarâja  [ibid.,  197, 1.  i3),  Mahâ  Jaya- 
râja(p.  193,1.  11)  : 

te  yùyam  evam  upalabhyâsyâjûâçravanavidheyâ  bhûtvâ  yatho- 
citam bhogabhûgam  upanayantah  sakham  prativatsyatha. 

Bhojadeva,  en  l'an  100  du  Harsa  samvat  (Ep. 
lnxl.,  V,  21 1,  1.  1 5)  : 

prativûsibhir  apy  âjMçravanamdheyaiv  bbhûtuâ  sarvvâyâ 
esâm  samupaneyûh» 


7fc  JANVIER-FÉVRIER    1907. 

Itarsa  vardhana  [Çîlâditya]  (Ep.  Ind.,  VII,  1 5*y, 

I.  i  5)  : 

prativâsijanapadair  apy  âjnâçravanavidheyair  bhûtvâ  yathâ- 
samucitatulyameyabhâgabhogakarahiranyâdipratyayâh  anayor 
euapaneyâh. 

Jayanatha  et  Çarvanâtha,  dont  le  protocole  rap- 
pelle, si  souvent  celui  du  Népal ,  dans  la  série  de  leurs 
inscriptions  espacées  entre  1  77  et  2 1  lx  Gupta  (Gupta 
Inscr.,  1  18-1 36,  avec  quelques  variantes)  : 

te  yàyam  evopalabhyâjnâçravanavidheyâ  bhûtvâ  samucita- 
bhâgabhogakarahiranyâdipratyayân  apanesyatha. 

Enfin  le  maharaja  Laksmana,  dans  sa  charte  de 
samvat  i58,  si  voisine  du  formulaire  népalais  (Ep. 
Ind.,  II,  364,1.  6): 

iad  yusmâbhir  asy âjnâçravanavidheyair  bbhavitavyam  samn- 
citâç  ca  praiyayâh  meyahiranyâdayo  deyâh. 

La  chancellerie  du  Népal  est  donc ,  au  temps  de 
Vasantadeva  et  Ganadeva,  sous  l'influence  d'une 
chancellerie  hindoue  qui  bientôt  après  cesse  d'exer- 
cer son  action.  Un  autre  mot  de  la  charte  de  Gana- 

• 

deva  fournit  un  indice  analogue.  L'envoi  adressé  aux 
intéressés  ne  se  termine  pas  par  le  mot  usuel  :  samâ- 
jiiâpayati,  mais  (à  la  suite  d'une  phrase  mutilée)  par 
mânayati  qui  correspond  assez  bien  à  notre  expres- 
sion :  «  avoir  l'honneur  de ...»  et  qui  décèle  une 
autorité  plus  courtoise  ou  plus  timide.  J'ai  retrouvé 
la  même  expression  dans  la  formule  d'envoi  d'une 
charte  datée  de  l'an  3 00  Gupta,  sous  le  règne  de 


Kisii'iui  (Ganvdeva). 


ANCIENNES   INSCRIPTIONS   !)li    NEPAL.        79 

ture  a  subi  des  transformations  caractéristiques  et 
prend  un  aspect  nettement  original.  La  courbe  se 
substitue  partout  à  l'angle  ou  à  la  ligne  droite;  la 
hampe  du  ça,  du  (ja,  du  replia  se  renfle  du  milieu; 
lï  final  d'aksara  atteint  régulièrement  la  ligne  du 
niveau  inférieur  des  lettres.  La  boucle  du  ya  s  est 
considérablement  développée  et  elle  constitue  l'élé- 
ment essentiel  du  tracé  ;  le  na  au  contraire  a  réduit 
et  presque  annihilé  les  boucles  de  sa  base,  mais  il  a 
prolongé  jusqu'à  la  ligne  inférieure  les  courbures 
supérieures  de  ses  deux  tiges.  Le  la  s'est  retroussé, 
et  l'axe  de  sa  courbure  est  devenu  parallèle  à  la 
hampe.  Le  ha  a  tourné  sur  son  axe;  il  présente 
maintenant  à  la  droite  du  scribe  l'ouverture  de  sa 
concavité;  de  plus  sa  hampe  a  subi  une  inflexion 
marquée,  et  sa  courbure  inférieure  s'est  retroussée 
comme  celle  du  la.  Le  pu,  renflé,  dessine  une  panse; 
le  ma  a  creusé  ses  contours  en  lignes  concaves;  le 
du  y  au  lieu  d'accrocher  directement  la  tige  supé- 
rieure de  son  angle  à  la  ligne  du  haut,  l'amorce 
maintenant  sur  une  courte  perpendiculaire  abaissée 
de  cette  ligne  même. 

Au  point  de  vue  du  système  orthographique, 
j'observe  que  la  muette  est  régulièrement  doublée 
après  r,  selon  la  tradition  des  Licchavis.  La  consonne 
finale  est  encore  tracée  au-dessous  du  niveau  de  la 
ligne,  mais  elle  est  surmontée  d'un  trait  horizontal 
qui  fait  fonction  de  virâma. 

L'inscription  consiste  dans  une  charte  de  franchise 
octroyée  par  Çivadeva  aux  habitants  de  Kurpàsî; 


m  4AWIER-FKVRIER    1907. 

cest  clairement  le  village  actuel  de  Khopasi,  où  se 
trouva  cette  stèle,  et  dont  le  nom  s'est  à  peine  altéré 
après  un  espace  de  treize  siècles.  L  entrée  du  village 
est  interdite  aux  représentants  de  l'autorité  centrale; 
le*  affaires  locales  sont  jugées  par  le  svatalasvâmin , 
personnage  de  nature  énigrnatique.  L'expression  sva- 
//////  revient  à  plusieurs  reprises  dans  l'épigraphie  de 
ValaMti  :  val/ibkisvafala ,  dans  une  charte  de  Cîlà- 
dit  y  a  I",  an  ss  8  6  ;  valapadrasvatala  sannivista,  dans 
une  charte  du  inouïe  roi,  an  290;  valabhîsvatala- 
tannihitla,  I rLmfujam alias vatala-pratisthita,  dans  des 
'  hartes  de  IMiruvasena,  an  3 10.  L'expression  appar- 
tient a  la  langue,  administrative,  et  semble  bien 
désigner  le  territoire  communal.  Mais  qu'est-ce  que 
le  nvâmin,  le  propriétaire,  de  ce  terrain  communal? 
Kst  r.e  une  sorte  de  seigneur  local  ?  Les  clauses  et 
restrictions  sont  plus  obscures  encore  :  «  En  toutes 
affaires,  il  n'y  a  pour  vous  qu'une  porte,  et  de  plus, 
lors  des  deux  processions  de  l'ouverture  de  la  porte 
et  du  Kailâsakûta,  vous  devrez  donner  chacun  cin- 
quante  mrttikas  naturellement  blanches.  »  Je  suis 
tenté  de  croire  que  le  village,  pour  mieux  assurer 
son  autonomie,  est  autorisé  a  s'enfermer  dans  un 
enclos  percé  d'une  seule  porte  (comme  on  le  voit 
encore  dans  les  régions  écartées  du  Kattiawar,  par 
exemple,).  La  mention  des  deux  yâtrâs  est  intéressante 
pour  l'histoire  religieuse  du  Népal;  l'inscription 
d'Amçuvarman,  an  3o,  h  Harigaon  semble  bien  aussi 
en  mentionner  une  (1.  19),  mais  le  texte  est  dou- 
teux. Une  des  yatrâs  est  celle  du  Kailâsakûta,  la  rési- 


ANCIENNES   INSCRIPTIONS   DU   NEPAL.        81 

dence  d'Amçuvarman  qui  doit  devenir  le  palais  de  la 
dynastie  nouvelle  après  la  mort  de  Çivadeva.  J'ignore 
aussi  ce  qu'il  faut  entendre  par  «  cinquante  mrttikâs  ». 
Le  mot  mrltikâ  désigne  l'argile;  les  composés  pându- 
mrttikâ,  dhavalamrttikâ  désignent  la  craie.  (Par  ex. 
Râmâyana,  h, 7 i , 20  :  ayodhyâ  drçyate  durât  sârathe 
pdndumrttikâ ,  où  le  commentaire  glose  :  sudhâdha- 
valilatvât  :  les  maisons  stuquées  lui  donnent  l'air 
d'être  en  craie.)  Le  chiffre  de  cinquante  s'appliquerait 
alors  à  une  mesure  qui  n'est  pas  spécifiée  ;  ou  s'agit-il 
d'objets  en  terre  blanche  ? 

Le  document  lui-même  est  désigné  dans  l'inscrip- 
tion sous  le  nom  de  çilâpattaka  «  tablette  de  pierre  »  ; 
c'est  le  mot  dont  se  sert  un  peu  plus  tard  Jisnugupta 
(Bhag. ,  i3,  1.  i/i;  cf.  Thankot,  1.  1  3),  en  emprun- 
tant la  formule  même  de  Çivadeva  (Çiv.  :  cirasthi- 
taye  câsya  prasâdasya  çilâpattakena  prasâdah  krtah. 
Jisnu.  :  asya  ca  prasâdasya  cirasthitaye  çilâpaitaka- 
çâsanam  idan  dattam). 

Çivadeva  ici  comme  dans  toutes  ses  chartes  joue 
un  rôle  fort  effacé  ;  il  est  nommé  en  tête ,  avec  un  pané- 
gyrique fort  raccourci;  il  ne  porte  même  pas  le  titre 
de  bappapâdânudhyâta  qui  garantit ,  pour  ainsi  dire , 
la  possession  légitime  du  pouvoir,  titre  qui  lui  est 
conféré  dans  l'inscription  du  Golmadhi-tol  (mais  qui 
est  également  omis  au  Tulacchi-tol).  Il  agit  sur  le 
rapport  du  mahasâmanta  Amçuvarman,  qui  est  célé- 
bré en  termes  pompeux  (cf.  Népal,  II,  126  et  suiv.). 
Parmi  les  épithètes  qui  lui  sont  décernées  il  en  est 
une  qui  reparaît  sous  des  formes  diverses  dans  toutes 

ix.  6 


tumiviair   MATinxAi.r. 


82  JANVIER-FÉVRIER  1907. 

les  inscriptions  de  Çivadeva  :  svabhujabalotkhâtâkhila- 
vairivarggena,  1.  6-7;  Tulacchi-tol  et  Golmadhi-tol , 
1.  6  :  svaparâkramopaçamitdmittrapaksa  —  [Bendali 
lit  :  amitavipaksa ,  contrairement  a  la  photographie 
même  qu'il  reproduit]  -  prabhâvena;  Bhag. ,  5, 
1.  6-8  :  °çauiyyapratâpâpahatasakalaçatrupaksaprabhâ- 
vena.  S'agit-il  d'un  simple  exercice  de  variations  lit- 
téraires ,  ou  bien  de  traductions  différentes  faites  sur 
un  original  commun?  Une  autre  épithète  vante 
Aniçuvarman  comme  un  adorateur  fervent  de  Çiva, 
sous  le  vocable  de  Bhava  (1.  5  :  bhagavad  Bhavapâ- 
dapankajaprandmânusthânatàtpaiyya0)  ;  elle  amorce 
pour  ainsi  dire  un  nouvel  élément  du  protocole, 
introduit  par  Aniçuvarman  et  perpétué  jusqu'à  nos 
jours  :  bhagavatPaçupatibhaltârakapâdânugrhïta.  Le 
formulaire  de  conclusion  est,  avec  quelques  légères 
variantes,  celui  qui  se  rencontre  toujours  dans  les 
inscriptions  de  Çivadeva.  Le  délégué  royal,  Deça- 
varman,  appartient  au  groupe  des  varman  et  porte 
le  titre  de  gomin;  j'ai  étudié  déjà  ce  groupe  et  ce 
û\ve  (Népal,  II,  128-1 3 1). 

L'intérêt  capital  de  l'inscription  consiste  dans  sa 
date  ;  elle  dégage  en  effet  l'ancienne  chronologie  du 
Népal  d'une  combinaison  inexacte  fondée  sur  une 
lecture  fautive.  Bhagvanlal  avait  publié  une  inscrip- 
tion de  Çivadeva  Ier  (n°  5),  malheureusement  incom- 
plète et  sans  date.  Il  avait  rapproché,  il  est  vrai,  de 
cette  inscription  une  autre  (  n°  l\  ) ,  également  mutilée , 
mais  assez  bien  conservée  dans  sa  partie  inférieure, 
et  datée  clairement  de  samvat  535  crâvana  cukla  cliva 


ANCIENNES   INSCRIPTIONS  DU    NEPAL.        83 

daçamyâm.  Bhagvanlal  n'avait  pas  négligé  d'observer 
que  «  les  caractères  du  n°  5  ressemblaient  étroitement 
[closely  resemble)  à  ceux  du  n°  l\  ».  Le  dûtaka  de 
l'inscription  n°  4  (en  samvat  535)  est  le  râjaputra 
Vikramasena.  D'autre  part  une  inscription  d'Amçu- 
varman,  samvat  34  ,  a  pour  dûtaka  le  mahâ .  .  yaka 
Vikra.  .  .  (n°  6).  Bhagvanlal  n'avait  pas  hésité,  en 
raison  de  la  longueur  bien  définie  de  la  lacune,  à 
restituer  dans  sa  traduction  le  nom  de  Vikra(ma- 
sena). 

En  1 884-i 885,  Bendall  découvrait  au  Népal,  à 
Bhatgaon  (Golmadhi-tol),  une  nouvelle  inscription 
de  Çivadeva,  qu'il  publiait  dès  le  mois  d'avril  i885 
dans  YIndian  Antiquaiy  (XIV,  97).  Sans  un  mot 
d'explication  ni  de  justification ,  sans  même  signaler 
l'énorme  divergence  entre  sa  lecture  et  la  date  de  535 
fournie  par  Bhagvanlal,  il  interprétait  les  signes  de 
la  date  par  samvat  3 1 8 ,  et  il  en  concluait  sans  autre 
débat  :  «  La  date  de  cette  inscription  peut  contribuer 
a  la  solution  des  questions  si  embarrassantes  des  ères 
entre  l'ère  Caka  et  celle  de  Çrî  Harsa.  Contenant 
trois  signes  numériques,  dont  le  premier  est  le  sym- 
bole pour  3 00 ,  elle  ne  peut  guère  se  rapporter  qu'à 
l'ère  commençant  en  319  après  J.-C,  que  certaines 
personnes  regardent  encore  comme  l'ère  Gupta-Va- 
labhî.  »  Une  de  ces  «  personnes  »,  M.  Fleet,  qui  allait 
justement  démontrer  une  fois  pour  toutes  l'identité 
de  l'ère  3ig  et  de  l'ère  Gupta,  s'empressa  de  saluer 
cette  inscription  nouvelle  comme  la  «  note  fonda- 
mentale »  (key-note)  de    la   chronologie    népalaise, 

6. 


84  JANVIER-FEVRIER   1907. 

Parlant  de  celte  donnée  :  samvat  3 1 8  =  Gupta  3  1 8 
=  (3  1 8  -f-  319/320  ap.  J.-C.)  =  637/638  après 
J.-C. ,  il  agença  tout  un  système  nouveau  de  chrono- 
logie (llie  Chronology  of  thc  Early  Rulers  of  Népal, 
dans  lnd.  Ant.,  XIV,  3^2-35  1  ;  publié  a  nouveau  dans 
le  volume  III  du  Corpus  :  The  Inscriptions  of  the  Early 
Gapta  Kings,  appendix  IV,  p.  177-191).  Bendall 
publia  de  nouveau  l'inscription ,  cette  fois  avec  un 
fac-similé  photographique  dans  son  rapport  :  A  Jour- 
ney. . .  in  Népal. . . ,  Cambridge ,  1 886 ,  p.  72,  Appen- 
dix I;  il  ajoutait  cette  fois  une  réserve  sur  le  chiffre 
des  unités,  qui  pouvait  être  un  6  aussi  bien  qu'un  8. 
Dans  le  texte  même  du  Rapport  (p.  1 3-i  4)  il  insistait 
sur  «  l'admirable  concordance  »  de  la  date  interprétée 
par  l'ère  Gupta  et  des  autres  données  touchant  Aniçu- 
varman. 

Dès  189/1  (Note  sur  la  Chronologie  du.  Népal,  dans 
Jown.asiat.,I\,  55-72),  j'ai  eu  l'occasion  de  protester 
contre  la  prétendue  chronologie  rectifiée  que  Ben- 
dall et  M.  Fleet  avaient  mise  en  circulation.  L'inscrip- 
tion de  Khopasi,  corroborée  par  les  inscriptions 
fragmentaires  de  Thoka  et  de  Dharampur,  fait  déci- 
dément justice  de  ces  combinaisons.  Le  chiffre  des 
centaines,  chez  Çivadeva,  est  5oo  et  non  pas  3oo. 
C'est  à  tort  que  Bûhler  a ,  dans  la  table  IX  de  sa  Paléo- 
graphie indienne,  réuni  sous  la  même  lubrique  de  3oo 
les  deux  signes  empruntés,  l'un  à  l'inscription  de  Mâ- 
nadeva  à  Changu  Narayan,  l'autre  à  l'inscription 
de  Çivadeva  au  Golmadhi-tol;  c'est  à  tort  aussi 
qu'il  a  omis,  sous  la  rubrique  5 00,  le  signe  fourni 


ANCIENNES   INSCRIPTIONS   DU    NEPAL.        85 

par  l'inscription  4  de  Bhagvanlal.  On  pourrait  être 
tenté  de  penser  que  Bûhler  a  voulu,  par  cette  omis- 
sion ,  indiquer  qu'il  rejetait  l'interprétation  du  pandit  ; 
mais  il  ne  faut  pas  oublier  que  c'est  Bûhler  lui-même 
qui  a  traduit  et  publié  le  mémoire  de  Bhagvanlal, 
écrit  originellement  en  gujarâtî,  et  qu'il  en  reven- 
dique expressément  sa  part  de  responsabilité  dans 
la  préface.  La  différence  des  deux  chiffres  3oo  et  5oo 
éclate  d'ailleurs  si  on  les  rapproche,  comme  fait 
Bûhler  dans  sa  table.  Le  signe  de  3oo  est  régulière- 
ment constitué  par  le  signe  de  la  centaine  (quel  qu'en 
soit  le  tracé)  avec  l'addition  de  deux  traits  attachés 
à  la  hampe  de  la  centaine,  et  qui  fléchissent  en 
s'écartant  de  leur  attache;  c'est  là  une  forme  régu- 
lière, constante,  et  qui  se  constate  au  Népal  même 
dans  les  inscriptions  de  Mànadeva  à  Changu  Narayan 
et  à  Lajanpat.  A  partir  de  4oo,  comme  l'observe 
Bûhler  (p.  y  4)^  les  symboles  sont  constitués  par  des 
ligatures  de  la  centaine  avec  les  traits  caractéris- 
tiques des  nombres  l\  à  9.  La  ligature  de  100  est 
figurée,  dans  le  5oo  de  Çivadeva,  par  un  signe  très 
analogue  à  notre  3  ;  ce  signe  est  rattaché  par  un  trait 
horizontal  à  une  hampe  verticale,  d'où  partent  vers 
la  gauche  deux  traits  nettement  horizontaux;  le  trait 
supérieur,  attaché  à  l'extrémité  de  la  hampe,  est  le 
plus  long;  l'autre,  inséré  au-dessous  du  point  d'at- 
tache du  trait  qui  va  relier  en  sens  inverse  la  hampe 
à  la  ligature  du  100,  s'infléchit  à  son  extrémité  et 
finit  en  boucle.  11  suffit  de  se  reporter  sur  le  tableau 
même  de  Bûhler  à  la  série  des  unités  pour  y  trouver 


86  JANVIER-FEVRIER    1907. 

le  signe  correspondant  avec  la  valeur  5  /spécialement 
le  signe  de  la  colonne  vu,  emprunté  aux  Kusanas. 
Bhagvanlal,  dans  son  étude  sur  les  Anciens  signes 
numériques  en  nâgarî  (Ind.  Antiq.,  VI,  42  et  suiv.), 
reproduit  la  même  forme  d  après  les  inscriptions 
des  Guptas,  mais  sans  référence  précise.  Le  signe 
de  5 oo  est  donc  bien  régulièrement  formé  par  la 
combinaison  de  la  centaine  avec  son  unité  particu- 
lière, tout  comme  dans  le  cas  de  4oo,  de  6oo, 
de  700. 

Il  faut  donc  lire ,  dans  l'inscription  du  Golmadhi- 
tol ,  comme  dans  les  autres  inscriptions  de  Çivadeva 
et  comme  dans  l'inscription  4  de  Bhagvanlal,  pour 
le  chiffre  des  centaines  :  5oo. 

Les  inscriptions  de  Çivadeva  sont  de  5 18  (Gol- 
madhi-tol)  et  020  (Khopasi).  Elles  continuent  ainsi 
la  série  ouverte  par  l'inscription  de  Changu  Narayan 
(386)  et  prolongée  par  Lajanpat  (387),  To-Bahal 
(402),  Bhag.  2  (4  1 3),  Bhag.  3  (435),  Kisipidi(44()), 
Tsapaligaon  (48g),  et  close  par  Bhag.  4  (535).  Si 
je  prends  pour  origine  de  l'ère  l'an  33  Çaka  courant, 
en  fondant  mon  calcul  sur  le  mois  supplémentaire 
fourni  par  l'inscription  de  Kisipidi  (449  samvat), 
Tan  5^0  samvat  correspond  à  553  Çaka  courant  = 
63 1  après  J.-C.  J'ai  déjà  montré,  d'une  manière 
indépendante,  dans  ma  Note  sur  la  Chronologie  (Journ. 
asiat.,  1894,  II,  55  et  suiv.),  que  l'an  34  d'Amçu- 
varman  doit  correspondre  à  629  après  J.-G.  La 
première  inscription  d'Amçuvarman  date  de  Tan  3o 
nouvelle  ère  (Harigaon  I);  la  dernière  date 


ANCIENNES  INSCRIPTIONS   DU    NEPAL.        87 

de  4(4?);  j'ai  essayé  de  marquer  les  progrès  de  son 
autorité  dans  le  libellé  même  do  ses  chartes  (Népal, 
II,  1 38  et  suiv.)  entre  ces  deux  dates  extrêmes;  la 
première  doit  correspondre  à  620  ap.  J.-C.  Si  mes 
calculs  sont  exacts  de  part  et  d'autre,  les  deux  règnes 
chevauchent  ainsi  l'un  sur  l'autre;  cette  apparente 
confusion  n'est  sans  doute  que  Je  reflet  authentique 
dune  réalité  assez  trouble.  Toutes  les  chartes  de 
Çivadeva  que  nous  possédons  sont  rendues  sur  le 
rapport  du  mahâsâmanta  Amçuvarman,  de  qui 
l'éloge  éclipse  entièrement  la  personne  du  souverain. 
On  peut  aisément  imaginer  des  hypothèses  assez  va- 
riées pour  rendre  raison  des  faits  :  Çivadeva  aurait 
pu  conserver  une  autorité  nominale  dans  un  ressort 
restreint  de  compétence  ou  de  territoire,  tout  en  res- 
tant sous  la  tutelle  de  son  maire  du  palais;  en  dehors 
de  ce  ressort,  Amçuvarman  aurait  exercé  l'autorité 
suprême.  Si  on  observe  que  les  inscriptions  actuelle- 
ment connues  d'Amcuvarman  laissent  une  lacune 
entre  l'an  34  =  629  après  J.-C.  et  l'an  39  «  634 
après  J.-C,  et  que  d'autre  part  les  inscriptions 
actuellement  connues  de  Çivadeva  se  placent  jus- 
tement dans  ce  court  intervalle  (5 1 8  samvat»  629 
après  J.-C;  5ao  samvat  =  63i  après  J.-C),  on 
peut  supposer  encore  qu'Amçuvarman  a  dû,  pour 
des  raisons  de  politique  étrangère  ou  intérieure, 
accepter  ou  restaurer  un  souverain  de  la  dynastie 
légitime,  le  Licchavi  Çivadeva. 

Du  même  coup ,  une  difficulté  qui  gênait  la  com- 
binaison de  M.  Fleet  s'éclaircit  et  se  résout.  Je  rap- 


88  JANVIER-FEVRIER    1907. 

pelle  que  l'inscription  de  535  (Bhag.  4)  a  pour 
dûtaka  le  râjaputra  Vikramasena ,  et  que  l'inscription 
d'Amçuvarman ,  samvat  3 1\  (Bhag.  6),  a  pour  dûtaka 
le  mahâ  .  .yaka  Vikra.  .  . ,  nom  restauré  par  Bhag- 
vanlal  en  Vikramasena.  M.  Fieet,  en  citant  cette 
inscription  (Gupta  Inscr.,  p.  178,  n.  2)  a  bien  soin 
d'ajouter  :  «  Si  nous  acceptons  la  restitution  de  Bhag- 
vanlal ,  nous  devons  prendre  bien  garde  de  ne  pas 
confondre  ce  personnage  avec  le  râjaputra  Vikrama- 
sena qui  est  le  dûtaka  de  l'inscription  de  samvat  535, 
deux  cents  et  quelques  années  plus  tard.  »  Mais  le  râja- 
putra Vikramasena  reparaît  maintenant  dans  une 
nouvelle  inscription  d'Amçuvarman ,  à  Sanga ,  an  3  2 , 
avec  le  titre  de  sarvadandanâyaka.  Ici  la  lecture  est 
certaine  et  l'identité  du  personnage  devient  évidente. 
Dune  part,  une  inscription  datée  de  535  et  que  la 
ressemblance  étroite  des  caractères  range ,  au  témoi- 
gnage de  son  premier  éditeur,  à  côté  d'une  inscrip- 
tion de  Çivadeva ,  contemporain  et  suzerain  nominal 
d'Amçuvanjian  ;  d'autre  part  un  personnage  iden- 
tique de  nom  et  de  titre  paraît  dans  cette  inscription 
et  dans  une  inscription  d'Amçuvarman.  Est-il  rai- 
sonnable de  le  dédoubler  et  de  creuser  un  intervalle 
de  deux  cents  ans  et  plus  entre  les  deux  moitiés  du 
personnage? 

La  date  de  535  semble,  il  est  vrai,  soulever  a  son 
tour  une  nouvelle  difficulté.  Comptée  de  l'an  1 1  o 
après  J.-C.  =  o  pour  origine,  l'année  535  correspond 
à  646  après  J.-C;  à  ce  moment  Amçuvarman  est 
mort.  N'est-on  pas  en  droit  de  s'attendre  à  trouver 


ANCIENNES   INSCRIPTIONS   DU    NEPAL.        89 

exclusivement  en  emploi  l'ère  nouvelle  introduite 
par  Amçuvarman  et  continuée  au  moins  pendant  un 
siècle  et  demi  par  ses  successeurs?  Mais  j'ai  déjà 
décrit  [Népal,  II,  1 55)  la  période  de  troubles  qui 
suivit  la  mort  d'Amçuvarman  ;  Jisnugupta,  héritier 
irrégulier  du  pouvoir,  reconnaît  pour  suzerain  un 
Licchavi;  s'il  se  sert,  en  samvat  48,  de  l'ère  d'Amçu- 
varman ,  il  semble  à  Thankot  revenir  a  1  'ère  des  Lic- 
chavis.  Or,  l'inscription  de  535  présente  la  même 
particularité  décisive  que  l'inscription  de  Thankot  : 
tandis  que  Çivadeva,  fidèle  à  la  pratique  des  Liccha- 
vis ,  redouble  constamment  la  muette  après  r,  l'inscrip- 
tion de  535  ne  fait  pas  le  redoublement;  elle  écrit 
pùrva  (4,  7),  bkùiner  daksina  (9),  parvata  (11,  12), 
°vartibhir  (17,  et  non  °varttibhir  comme  Bhagvanlal 
transcrit  a  tort).  Elle  adopte  le  système  orthogra- 
phique inauguré  par  Amçuvarman  et  continué  par 
ses  successeurs  ;  elle  se  range  ainsi  en  dehors  et  à  la 
suite  de  la  série  Çivadeva.  C'est,  il  me  paraît,  une 
vérification  et  une  garantie  de  plus  au  bénéfice  du 
système  chronologique  que  j'ai  proposé. 

TEXTE.  , 

1.  Svasti  Mânagrhâd   aparimitagunasampal  Licchavikulà- 

nandakaro 

2.  [bhajllàrakamahàràjaçrïÇivadevah   kuçalî  Kurppâsïgrâ- 

manivâ 

3.  sinah  pradhânapurassarân   kulumbinah  kuçalam  abhi- 

dhâya  samâjnâ 
4-  [pa]yati  viditam  astu  vo  yathânena  svagunamanimayù- 
khâloka 


90  JANVIER-FEVRIER    1907. 

5.  [dhva]stâjnânatimirena  bhagavadBhavapâdapankajapra- 

nâmânusthâ 

•  •  • 

6.  natâtparyyopâttâyatihitaçreyasâ  svabhujayugabalotkhâtâ 

7 .  [khi] lavairivarggena  çrïmahâsâmantâmçuvarmmanâ  mâm 

vijnapya  madanu 
8*  |jnâ]tena  satâ  yusmâkam  sarvvâdhikaranâpraveçena  pra- 
sâdah  krtah 

•  •  • 

9.  [sajmupasthitavicâranîyakâryyesu  svatalasvâminaiva  yû- 
yam  vicà 

10.  ranïyâh  sarvvakâryyesu  caikam  eva  vo  dvâram  dvâred- 

ghâtanaKailâsa 

1 1 .  (kûta)yâtrayoç  ca  bhavadbhih  pratyekam  pancâçaj  jâti- 

cuklamrttikâ  devâ 

12.  (ç  cira)sthitaye  câsya  prasâdasya  çilâpaltakena  prasâdah 

krtas  ta 
i3.  devamvedibhir  asmatpâdaprasâdopajïvibhir  anyair  vvâ 

nâyam  prasâdo 
i4.  nyathâ  karanïyo  yas  tv  etâm  âjrïâm  utkramyânyathâ 

kuryyât  kârayed  va  ta 
i5.  m  ahani  maryyâdâbhangakârinam  atitarân  na  marsayis- 

yâmi  bhâvibhir  a 

16.  pi  bhûpatibhir  ddharmmagurubhir  ggurukrtaprasâdâ- 

nuvarttibhir  iya 

17.  m  àjriâ  samyag  anupâlanîyeti  samâjnâpanâ   ||  dûtakaç 

câtra 

18.  Decavarmmagomï  samvat   Ô20   caitrakrsnapaksatithau 

pancamyâm 

TRADUCTION. 

(i-4).  Salut  de  Mânagrha.  Ses  innomblables  vertus,  par- 
faites, font  la  joie  de  la  race  des  Licchavis;  le  souverain, 
le  grand  roi  Çivadeva ,  en  bonne  santé ,  aux  habitants  du 
village  de  Kurpâsî,  notables  en  tète,  chefs  de  famille, 
souhaite  le  bonjour  et  fait  savoir  : 

(4-i2).  Sachez  ceci  :  Ce  personnage  de  qui  les  vertus,  pier- 


J..r..„.i,.l.,j,,„k,-K.ri,.,-„Jo7. 


i 


ANCIENNES   INSCRIPTIONS   DU    NEPAL.        93 

Ces  vers,  à  ma  connaissance,  apparaissent  pour 
la  première  fois  dans  l'épigraphie  népalaise  avec 
Çivadeva  II.  Ils  se  lisent  à  la  fin  de  l'inscription  de 
samvat  1  19  (Bhag.  12)  aux  lignes  20-22,  et  ils  y 
sont  introduits,  comme  dans  le  texte  de  Timi,  par 
la  formule  :  tathd  coktam.  Mais  l'usage  en  est  fré- 
quent, avant  l'époque  de  Çivadeva  même,  dans  le 
protocole  de  l'Inde.  Le  premier  vers  se  présente  dans 
deux  recensions.  L'une,  celle  qu'emploie  Çivadeva, 
se  trouve  pour  la  première  fois  dans  une  charte  du 
roi  Hastin  datée  de  1  56  Gupta  (4y5  ap.  J.-C),  ori- 
ginaire de  la  région  du  Bundelkliand,  ou  plus  tôt 
encore,  dans  une  charte  de  la  même  région ,  octroyée 
par  le  roi  Çarvanâtha ,  si  la  date  de  2  1 1\  est  à  inter- 
préter (avec  Kielhorn)  comme  exprimée  en  ère  de 
Cedi  (269  +  21/1  =  463  ap.  J.-C).  Elle  se  retrouve 
au  pays  de  Valabhî,  en  2  55  Gupta  (5  7  2  ap.  J.-C), 
dans  une  charte  de  Dharasena  II;  au  pays  d'Anan- 
dapura,  voisin  de  Valabhî,  en  36 1  Cedi  (600  ap. 
J.-C),  dans  une  charte  de  Buddharâja;  au  Dekkhan, 
dans  une  charte  (Chiplun  plates)  du  Calukya  Pula- 
keçin  II,  qui  règne  pendant  la  première  moitié  du 
vne  siècle;  aux  bouches  de  la  Godavari  dans  une 
charte  du  frère  même  de  Pulakeçin  II,  le  Calukya 
oriental  Visnuvardhana  Ier  (Satara  plates). 

L'autre  recension  lit  le  premier  pâda  différem- 
ment : 


svadattâm  paradattâm  va  yalnâd  raksa  Yudliisthira 

Les  deux  recensions  coexistent  manifestement  dans 


94  JANVIER-FÉVRIER   1907. 

les  mêmes  chancelleries.  Sous  la  forme  svadattâm ,  etc. , 
le  vers  paraît  également  dans  des  chartes  du  roi  Çar- 
vanâtha  d'Uccakalpa,  datées  de  193  et  197  (Cedi? 
en  ce  cas=»  4^2  et  M16  ap.  J.-C),  et  avant  lui  dans 
les  chartes  de  son  père  Jayanâtha,  de  iy4  et  177 
(=  /u3  et  £26  ap.  J.-C.?);  un  peu  plus  tard,  dan? 
la  même  région ,  Mahâjayaràja  et  Mahâsudevanvja 
(de  Çarabhapura,  Central  Provinces),  et  plus  tard 
encore  Mahâçiva  Tîvararâja  (  de  Çrîpura,  Central  Pro 
vinces)  remploient  à  leur  tour.  Pulakeçin  II  s  en  sert 
dans  sa  charte  de  Haidarabad. 

J'observe  que  la  rédaction  adoptée  par  Çivadeva 
introduit  une  nouvelle  variante.  Au  troisième  pâda, 
le  mot  malïibhujâm  est  substitué  au  terme  consacré 
mahimatâm.  Est-ce  par  scrupule  de  puriste?  En  fait 
le  mot  mahimat,  garanti  par  tant  de  textes  épi- 
graphiques,  semble  étranger  à  la  littérature,  car  il 
ne  figure  pas  dans  le  Dictionnaire  de  Pétersbourg  ai 
dans  ses  suppléments. 

Le  second  vers,  sastirp  varsasahasrâni ,  nest  pas 
moins  usuel  que  le  premier.  Il  ne  comporte  qu'un 
flottement  dans  sa  rédaction  :  au  commencement  du 
troisième  pâda,  les  uns  écrivent,  comme  Çivadeva, 
âkseptà;  les  autres,  âchettà.  A|ais,  ici  encore,  les 
deux  formes  coexistent  dans  la  même  série  de  docu- 
ments. Hastin  écrit  âchettà  dans  sa  charte  de  fan 
1 56  Gupta  (A75  ap.  J.-C.)  et  dans  celle  de  i63 
(l\8'2  ap.  J.-C);  il  écrit  âkseptà  dans  sa  charte  de  1  9 1 
(5 10  ap.  J.-C).  Le  vers  paraît  dès  Jayanâtha  et 
Çarvanâtha  {âchettà);  il  figure  régulièrement  dans 


ANCIENNES  INSCRIPTIONS   DU    NEPAL.        95 


i  epigraphiede  Valabhi  (âchettà);  il  est  cité  par  Maha- 
jayarâja ,  Mahâsudevarâja  (âchettà) ,  Mahâciva  Tivara- 
raja  (âkseptâ),  par  Pravarascna  le  Vàkataka,  et  par 
Samudrasena  au  Penjab  (vnc  siècle?),  par  Laks- 
mana  de  Jayapura  (1 58  Gupta?=477  ap.  J.-C.?), 
par  le  Gurjara  de  Broach  Dadda  II,  par  Buddha- 
râja,  par  le  Traikûtaka  Dharasena  (207  Cedi=-  456 
ap.  J.-C.) ,  par  les  Calukyas  Mangaleça  et  Pulakeçin  II 
(tous  :  âchettà)  y  par  le  Calukya  oriental  Visnuvar- 
dharia  Ier  (qui  emploie  âchettà  dans  le  Satara  grant, 
âkseptâ  dans  le  Ghipurupalle  grant),  par  Çaçàùka- 
râja  du  Bengale  en  3oo  Gupta  =  6i9  après  J.-C. 
(àkseptâ),  en  Orissa  par  les  Somavamçis  Mahâ  Bha- 
vagupta  Ier  et  II  et  Mahâ  Çivagupta  (âkseptâ). 

Çivadeva  II  ne  cite  ici  que  ces  deux  vers;  mais 
l'épigraphie  de  l'Inde  nous  fait  connaître  un  grand 
nombre  de  vers  traditionnels  qui  ont  tous  pour 
commun  objet  de  garantir  à  la  donation ,  par  pro- 
messe ou  par  menace,  son  plein  objet  à  perpétuité. 
On  m'excusera  d'en  donner  ici  un  relevé  aussi  com- 
plet que  j'ai  pu  le  faire.  Les  groupements  dynastiques 
ainsi  constitués  peuvent  fournir  un  élément  de  classi- 
fication qui  n'est  pas  à  dédaigner;  il  est  difficile,  ou 
trop  commode  peut-être,  de  croire  que  chaque 
chancellerie  royale  prenait  au  hasard  dans  la  masse 
des  vers  en  circulation;  les  relations  politiques,  les 
modes  littéraires  devaient  influer  sur  le  protocole. 
Une  étude  parallèle  de  tous  les  éléments  qui  le  com- 
posent, titulature,  vocabulaire,  style,  etc.,  laisserait 
un  résidu  précieux  de  données  positives  au  service 


96  JANVIER-FÉVRIER   1907. 

de  l'histoire.  Je  disposerai  ici  la  série  des  vers  dans 
Tordre  alphabétique  : 

i.       Agner  apatyam  prathamam  suvavnam 
bhûr  vaisnavï  sùryasutâç  ca  gâvah 
dattâs  trayas  tcna  bhavanti  lokâh 
yah  kâiicanam  qâm  ca  mahïm  ca  dadvâl. 

Mahajayaraja,  Mahâsudevaraja ,  Mahâçiva  Tîvara- 
râja,  Somavamçis  d'Orissa. 

2.  adbhir  dattam  tribhir  bhuktam  sadbhiç  ca  paripâlitam 
etâni  na  nivar tante  pùrvarâjakrlâni  ca. 

Kadamba   Krsnavarman   II:   Kadamba  Ravivar- 

. .  •  » 

nian. 

3.  apânïyesv  aranyesu  çaskakotaravfisinah 
krsnâhayo  'bhijâyante  pûrvadâyam  haranti  yc. 

Ce  vers  comporte  de  nombreuses  variantes;  la 
plus  fréquente  présente  au  premier  pâda  :  Vindhyâ- 
tavlsv . . .  (voir  infra,  20).  Sous  la  forme  que  j'ai  tran- 
scrite, le  vers  se  rencontre  chez  Hastin  (191  Gupta 
=  5io  après  J.-C).  Çarvanâtha  (*2i4  Cedi?)  a,  au 
troisième  pâda,  hi  au  lieu  de  %bhi.  Les  inscriptions 
de  Valabhî  portent  :  anudakesv  aranyesu .  .  . 

4.  Adityo  Varuno  Visnur  Brahmâ  Somo  Hatâçanah 
Çûlapâniç  ca  bhagavân  abhinandanti  bhûmidam. 

Somavamçis  d'Orissa. 

5.  âsphotayanti  pitarah  pravalganli  pitâmahàh 
bhûmido  'smatkulc  jâtah  sa  nos  trâtâ  bhavisyati. 


ANCIENNES   INSCRIPTIONS   1)L    NEPAL.        07 

Jayanâtha    (176    Cedi?)-,    Somavanicis    d'Orissa 
(avec  var.  :  bhûmidâtâ  kulc.  .  .). 

6.  iti  kanialadaldmbubindulolàni 
çriyam  anucintya  mannsyajïcitatp.  ca 
sakalam  idam  udâhrtam  ca  bnddhvà 
na  hi  purusaih  paraftïrtayo  vilopyâh. 

Somavanicis  d'Orissa. 

7.  tadâgânâm  sahasrâni  vâjapeyaçatâni  ca 
gavâm  kotipradâncna  bhùmiharlâ  na  çndhyali. 

Somavanicis  d'Orissa. 

8.  tâdrk  punyam  na  dadatâm  jâyate  no  dharâbhujdm 
bluivam  anyapvatisthâm  tu  yddrg  bhavali  raksatàm. 

Calukya  oriental  Visnuvardhana  Ior  (Satara  grant). 

8fr".  dattâni  ydnïha  para  narendrair 

Voir  infra ,17. 

9.  pûrvadattdm  dvijâlibhyo 

Voir  supra  y  p.  92  et  suiv. 

9 h".  pùrvaih  pùrvataraiç  calva  dattâm  bkàmim  haret  tu  yah 
sa  nilyavyasanc  magno  narake  ca  vaset  punah. 

Kumâravisnu  le  Pallava. 

10.      prâyena  hi  iiarcndtwnâni  vidyalc  nâçubhâ  galih 

payante  te  tu  satatam  prayacchanto  vasundharâm, 

Jayanâtha   (176,    177);   Çarvanâtha  (193,  197, 

2  i4). 

i\.  7 

l*miWl.ftl>     *ATIO!»AI.I  . 


98  JANVIER-FEVRIER    1907. 

11.       bahubhir  vasudhâ  dattâ  râjabhih  Sagarâdibhih 

yasya  yasya  yadâ  bhûmis  tasya  tasya  tadà  phalam. 

C'est  ici  le  vers  le  plus  employé  ;  il  se  rencontre , 
dans  lépigraphie  même  du  Népal ,  à  la  fin  d'une  in- 
scription de  Çivadeva  datée  sanivat  î  43  ?  (Bhag.  1 3  ). 
Il  figure  dans  presque  toute  l'épigraphie  de  l'Inde, 
parfois  avec  bhuktâ  substitué  à  dattâ  dans  le  pre- 
mier pâda  :  Hastin  (î 56  Gupta);  Jayanâtha  (17^, 
1 77 ) ;  Çarvanàtha  (193,  197,  2j£);  les  rois  de 
Valabhi;  Mahâjayarâja;  Mahâsudevarâja  ;  Samudra- 
sena;  Laksmana;  Daddall;  Çaçânkarâja;  les  Soma- 
vanicis  d'Orissa;  le  Pallava  Simhavarman;  les  Ka- 
dambas  Çivamândhâtrvarman ,  Krsnavàrman  II, 
Kakutsthavarman ,  Ravivarman,  Harivarman;  les  Ca- 
lukyas  Mangaleça,  Pulakeçin  II,  Vikramâditya  Ier 
(Karnul  grant);  le  Calukya  oriental  Visnuvar- 
dhana  Ier  (Sa tara  grant)  qui  emploie  en  outre  dans 
une  autre  charte  (Chipurupalle)  la  variante  (égale- 
ment employée  par  le  Pallava  Kumâravisnu)  : 

bahubhir  vasudhâ  dattâ  bahubhiç  cânupâlitâ 

1  *j.       brahmasve  mû  matim  kuryâh  prànaih  kanthagatair  api 
agnidagdhâni  rohanti  brahmadagdham  na  rohati. 

Visnuvardhana  Ier  (Sa tara  grant). 

1 3.       bhâmim  y  ah  pratigrhnâti  yaç  ca  bhûmim  prayacchati 
ubhau  tau  pnnyakarmânau  niyatam  svargagâminau. 

Sonia vamçis  d'Orissa. 
\!\.      bhûmidânât  param  dânani  na  bhiitam  na  bhavisyali 


ANCIENNES  INSCRIPTIONS  DU    NEPAL.        99 

tasyaiva  karanapâpàn  (karanàt  pâpan  K.)  na  bhùlam  na 
bhavisyati 

Visnugopavarman ,  Sinihavarman,  Kumàravisnu, 
tous  trois  Pallavas. 


1 5.  hhàmipradânân  na  param  pvadilnam 
dânâd  viçistam  paripâlanam  ca 
sarve  'tisrstâm  paripâlya  bhûmim 
nrpâ  Nrgûdyâs  tridivam  prapawuïli . 

Samksobha  (209  Gupta). 

1 6.  ma  bhùd  aphalaçaiikà  va  h  paradalteli  pârtliivâlj 
svadânât  phalam  ânantyam  paradânânupalane. 

Somavainçis  d'Orissa;  Çaçànkaràja  (variante  :  ma 
bhûta  ph°). 

17.  yànïlia  ddridryabliayân  nureiidrair 
dlianàni  dharmâyatanïkrtâni 

n irmâlyavântapratimàn i  tân i 
ko  nâma  sâdhuh  punav  adadïta. 

Rois  de  Valabhi,  avec  diverses  variantes;  Gilàdi- 
tya  H  (352)  :  ydinlia  dattdni  para  narcndrair.  .  .; 
Çiiàditya  VI  [k/xy)  :  nirbhuhtamdlyaprati0;  aussi 
Dadda  II  (385  Cedi)  et  Buddharâja  (36 1  Cedi) 
tous  deux  avec  la  variante  :  dlianàni  dharmàriliaya- 
çaskarâni;  et  Pulakeçin  II  qui  adopte  cette  dernière 
rédaction,  mais  qui,  au  troisième  pâda,  hésite  entre 
nirmàlyavàntaprati0  (Haidarabad)  et  nirbhuktamàlya- 
prati°  (Chiplun).  •   -     •  - 

7- 


100  JANVIER. FEVRIER    1907. 

1 8.  ye  prâktanàvanibhnjdm  jagatïhitânâm 
dharmyâm  slhilim  sthitikrtâm  anapâlayeyur 
laksmyâ  sametya  suciram  nijabhâryayaiva 
pretyâpi  vâsavasamâ  divi  te  vaseyuh. 

Ce  vers  ne  paraît  que  dans  une  inscription  du 
Népal,  datée  de  i£5  sanivat  (Bhag.  i4),  et  presque 
certainement  de  Civadeva.  Au  reste  le  roi  lui-même 
semble  être  Fauteur  de  ce  vers ,  qui  est  introduit  par 
la  formule  yathâ  câha  «  aussi  bien ,  comme  il  (le  roi) 
la  dit  lui-même  : .  .  .  ». 

i8fc".  yc  çïtâmçukarâvadâtacaritâh  samyakprajâpâlane 

.âji  —Jiprathamâvanîçvarakrtâm  raksanti  dharmyâm  slhitim 
— jnâ  vijitâricakrarucirdtn  samhhujya  râjyaçriyam 
nâkc  çakrasamânamânavibhavâs  listlumti  dhanyâhsthiram. 

Inscription  anonyme  de  Nangsal. 

1 9 .  laksmïniketanam  yadapâçrayena 
prâpto  'si  Vt  ko  'bhimatam  nipârtham 
tàny  eva  panyâni  vivardhaycthâ 

na  hâpanïyo  hy  npakâripaksah. 

Guhasena  (2^0  Gupta)  et  Dharasena  II 
(269  Gupta)  de  Valabhî. 

20.  Vindhyâtavïsv  atoyàsu  çuskakotaravâsinah 
knnâhayo  hijâyanle  bhùmidâyaharâ  narâh. 

Variante  très  répandue  du  vers  supra,  n°  3.  Cette 

rédaction  même ,  qui  se  rencontre  chez  Dharasena  11 

(s52  Gupta)  et  Dadda  II  (385  Cedi),  comporte  aussi 

des  variantes  secondaires,  au  quatrième  pâda  :  bhù- 

*midâilam    hcuanti  ye,    Pulakeçin    II  (Haidarabad); 


ANCIENNES   INSCRIPTIONS   DU   NEPAL.       10J 

bhûmidâyam  haranti  ye,  Çîlâditya  VI  (447  Gupta), 
Buddharâja  (36 1  Cedi);  bhùniidâiiâpahârinah ,  Visnu- 
vardhana  Ier  (Sa tara  grant). 

2  i .      sasti(m)  varsasahasrâni 

Voir  supra,  p.  92 ,  94  et  suiv. 

2 1  *".  sarvasasyasanuddhâm  tu  yo  hareta  vasundharàm .  .  . 

Variante  de  2  4 ,  infra. 

22.       sâtnânyo  'yam  dharmasetur  nrpânâm 
kâle  kâle  pâlanïyo  bhavadbhili 
sarvân  etân  bhâvinali  pârthivendrân 
bhûyo  bhuyo  yâcate  Râmacandrah . 

Somavanicis  d'Orissa. 

2.3.       svadattâm  paradattâm  va  yalnâd  raksa  Yudlristhira . . . 

Variante  du  vers  9,  supra. 

2/1.       svadattàm  paradattâm  va  yo  hareta  vasundharâm 
sa  visthâyâm  krmir  bhàtvâ  pitrbhih  saha  pacyate. 

Ce  vers,  très  populaire,  comporte  un  nombre 
considérable  de  variantes.  Hastin  (1 63  Gupta),  Ça- 
çânkaràja,  les  Somavamçis  d'Orissa  le  citent  sous  la 
forme  que  je  viens  de  transcrire;  mais  en  191  Gupta 
Hastin  écrit  :  saha  majjate;  Laksmana  en  i58  :  saha 
majjati;  Çarvanâtha,  qui  adopte  la  même  recension 
que  Laksmana  en  2i4  (mais  var.  :  çvavisthâyàm) , 
suit  dans  sa  charte  de  193  et  197  l'autre  lecture  : 
sarvasasyasamrddhâm  tu  yo  (supra ,  2i4u);  avant  lui, 


102  JANVIER-FEVK1ER    1907. 

Jayanàtha  fempioie  également  en  17  4  et  177. 
Pulakeçin  II  (Chiplun)  suit  la  première  rédaction, 
avec  la  variante  çvavisthâyâm.  Le  premier  hémistiche 
entre  dans  des  combinaisons  diverses,  chez  Dhara- 
sena  II  (252  Gupta)  et  Kumâravisnu  le  Pallava  : 

gavâm  çatasahasrasya  hantuh  prâpnoti  (pibati  Kum.)  kilbisam 

et  chez  le  Vâkâtaka  Pravarasena  f  var.  :  harati  duskr- 
tant),  chez  les  Pallavas  Visnugopavarman  et  Simha- 
varman  (var.  :  pibati);  ou  encore  : 

sastivarsasahasrâni  visthâyâm  iâyate  krmih 

chez  Samudrasena,  Mangaleça  (Nerur),  Vikramâ- 
ditya  Ier  (Karnul);  avec  variantes  au  dernier  pâda  : 
narake  pacyate  tu  sali,  chez  les  Kadambas  Çivamân- 
dhâtrvarman,  Harivarman,  Kakutsthavarman  ;  narake 
pacyate  bhrçam ,  chez  le  Kadamba  Ravivarman  ;  ghore 
tamasi  pacyate,  chez  le  Kadamba  Krsnavarman  II; 
hxmbhipake  ta  pacyate ,  chez  le  Kadamba  Mrgeçavar- 
man,  humbhipâkesu  chez  Visnuvardhana  Ier. 

2  5 .       svam  dût  uni  sumahac  chakyam  duhkham  anyârthapâlanam 
dânam  va  pâlanam  veti  ddnâc  chreyo  'nupâlânam. 

Kadambas  Krsnavarman  II  et  Mrgeçavarman  ; 
Calukya  Mangaleça  (Nerur).  Le  dernier  pâda  est 
commun  avec  le  vers  9  :  pùrvadattârn  dvijâtibhyo .  .  . 

26.       harate  harayate  yas  ta  mandabaddhis  tamovrtali 

sa  baddho  Vârunaih  pâçais  tiryagyonim  ca  gacchati. 

Somavamcis  d'Orissa. 


ANCIENNES   INSCRIPTIONS   DU   NEPAL.       103 

Par  un  contraste  qui  ne  va  pas  sans  raisons  posi- 
tives, l'épigraphie  de  l'Indo-Chine  ignore  l'usage  des 
stances  consacrées.  La  plupart  des  chartes  de  dona- 
tion en  contiennent  bien  l'équivalent ,  mais  sous  une 
forme  qui  change  de  document  à.  document.  Chaque 
poète  de  bureau  tourne  à  sa  manière  les  recomman- 
dations et  les  imprécations  régulières.  On  est  tenté 
de  penser  que,  dans  l'Inde,  ces  stances  consacrées 
prenaient  un  caractère  sacré,  reconnu  de  tous,  et 
assuraient  réellement,  par  une  évocation  salutaire, 
le  respect  de  la  donation,  tandis  qu'en  Indo-Chine, 
où  le  sanscrit  était  une  langue  étrangère,  profondé- 
ment séparée  des  idiomes  courants,  ni  ces  stances, 
ni  les  noms  qui  les  couvraient  n'avaient  d'utilité  pra- 
tique. Je  n'y  ai  rencontré,  et  une  fois  seulement, 
que  le  vers  2  4  '•  svadattdm  parad°,  et  sous  la  forme 
même  où  il  paraît  chez  Pulakeçin  II  (Chiplun),  dans 
une  inscription  contemporaine  de  ce  roi,  datée  de 
55o  Çaka  («629  ap.  J.-C).  C'est  l'inscription  d'Ang 
Chumnik,,  dans  Barth,  Inscriptions  du  Cambodge, 
p.  56,  B.  ix,  v.  4.  Encore  n'est-ce  pas  une  charte 
royale,  mais  un  acte  privé,  une  donation  à  un  Çiva- 
linga  par  Àcârya  Vidyâvinaya. 

Comparée  aux  documents  analogues,  l'inscription 
de  Çivadeva  (et  aussi  celle  du  Cambodge)  présente 
ce  caractère  particulier  d'être  tracée  sur  la  pierre.  De 
tous  les  textes  que  je  viens  de  citer  à  propos  des  vers 
imprécatoires,  l'inscription  de  Mangaleça  au  Mahâ- 
kûta  de  Badami  est  la  seule  qui  ne  soit  pas  écrite 
sur  des  plaques  de  cuivre;  encore  le  pilier  qui  la 


104  JANVIEK-FEVRIER   1907. 

porte  offre  cette  étrangeté  que  le  texte  se  lit  de  bas 
en  haut,  à  l'inverse  du  sens  ordinaire.  Le  Népal 
(comme  les  royaumes  hindous  de  l'Indo-Chine),  en 
empruntant  à  l'Inde  le  formulaire  des  donations ,  a 
changé  la  matière  des  actes.  On  ne  saurait  mettre  en 
cause  l'habileté  des  artisans  népalais;  les  relations 
chinoises  montrent  qua  cette  époque  même  leur 
adresse  savait  tirer  du  métal  des  chefs-d'œuvre.  Le 
métal  ne  manquait  pas  au  pays;  les  mines  étaient 
connues  et  exploitées.  Mais  l'extrême  abondance  de 
la  pierre  au  cœur  de  l'Himalaya  explique  sans  doute 
que  l'usage  en  ait  été  étendu  à  tous  les  documents 
épigraphiques. 

La  forme  et  la  combinaison  des  vers  ne  sont  pas 
les  seules  variables  qui  donnent  une  base  de  classifi- 
cation. La  désignation  de  l'autorité  alléguée  comme 
référence  varie  aussi  de  série  à  série  :  tantôt  c'est 
Vyâsa,  tantôt  c'est  Manu,  tantôt  l'autorité  reste  ano- 
nyme ou  impersonnelle.  M.  Hopkins  a  déjà  étudié 
clans  un  article  du  Journal  of  the  American  Oriental 
y,ociety,  vol.  XI,  i885,  p.  2  43  et  suiv.  :  Mann  in  the 
Mahâbhârata,  les  citations  données  sous  le  nom  de 
Manu  dans  les  inscriptions.  Mais  son  enquête  n'a 
pas  été  exhaustive;  des  documents  nouveaux  sont 
venus  en  assez  grand  nombre;  des  textes  admis  pour 
authentiques  ont  été  reconnus  comme  des  faux.  H 
ne  sera  pas  inutile  de  reprendre  cette  recherche, 
même  quand  ce  ne  serait  pas  pour  la  pousser  à 
fond. 


ANCIENNES   INSCRIPTIONS   1)1    NEPAL.       105 

Les  formules  qui  désignent  Vyàsa  comme  l'auteur 
des  vers  cités  (les  numéros  renvoient  au  classement 
ci-dessus,  p.  96  à  102)  sont  : 

nktam  ca  bhagavatd  Vydsena  —  chez  Dharasena 
le  Traikûtaka  en  207  Cedi  [=  45o  après  J.-C] 
(vers  21). 

nktam  ca  bhagavatd  Vedavydsena  Vydsena  —  en 
Valabhi,  (vers  9,  11,  17,  19,  20,  21,  il\)\  chez 
Dadda  II  (vers  20,  11,  17,  21);  chez  Buddharâja 
(vers  20,  23,  17,  21);  chez  Pulakeçin  II  [Haidar- 
abad]  (vers  23 ,  1  1 ,  86",  21);  chez  Visnuvardhana  Ier 
[Satara]  vers  20,8,9,11,12,21,24). 

nktam  ca  bhagavatd  paramarsind  Vedavydsena  — 
chez  Hastin  (vers  3,  9,  21,  2  4);  Sainksobha 
(vers  i5). 

atra  Vyàsagltan  —  chez  Visnuvardhana  1er  [Chipu- 
rupalle]  (vers  11,21). 

Vydsag'itan  cdtra  clokau  pramdnïkartavyau  —  chez 
Pravarasena  le  Vàkàtaka  (vers  21,  24). 

api  cdsminn  arthe  Vydsakrtdli  çlokd  bhavanti  — 
chez  Laksmana  de  Jayapura  (vers  11,  21,24). 

VydsaqUdm  ccdtra  clokdn  addharanti  —  chez  Maha- 
jayarâja  (vers  1,  23,  11,  21);  Mahàsudevaràja 
[id.)\  Mahâçiva  Tivaradeva  (id.). 

Quelquefois  la  référence,  plus  complète,  indique 
comme  source  le  Mahâ-Bhârata  : 

uktani  ca  Mnhâbhdrate  bhagavatd  Vydsena  —  chez 
Jayanâtha  (vers  5 ,  23 ,  1  o ,  1  1  ). 


106  JANVIER-FEVRIER    1907. 

uklam  ca  Mahâbhàraie  bhagavatâ  Vedavyâsena 
Vyâsena  —  chez  Jayanâtha  (vers  5,  a3,  10,  n, 
-2  î,  24;;  Çarvanàtha  (vers  3,  9,  *i3,  10,  11,  21, 

2  4). 

uktiim  ca  Mahâbhàraie  çatasahasryâm  samkitâyâni 
paramarsinâ  Parâcarasutena  Vedaiyâsena  Vyâsena 
—  chez  Çarvanàtha  en  2  1  4  (mêmes  vers). 

Les  références  à  Manu  se  localisent  toutes  dans  le 
midi  de  l'Inde,  spécialement  chez  les  Kadambas, 
qui  sont  Mânavyasaqotra. 

api  coktani  Manunâ  —  chez  le  Kadamba  Ravivar- 

man  (vers  11  et  2  4). 

uktarp.  ca  Manunâ  —  chez  le  Calukya  Vikramâdi- 
tya  I'T  [Karnul]  (vers  11,  2  4). 

atra  Manugîtâh  çlokâ  bhavanti  — ?  chez  le  Kadamba 
Krsnavarman  II  (vers  1  1,  25,  24,  2). 

Le  Pallava  Kumâravisnu  les  rapporte  à  Brahma  : 
api  câtra  Brahmagltâh  çlokâh  (vers  9*",  11,  i4,  2  4). 

Parfois ,  le  texte  invoqué  est  «  un  traité  de  la  Loi  » 
sans  nom  d'auteur;  c'est  à  cette  série  que  se  rattache 
Givadova. 

uktani  ca  smrtiçâstrc  —  chez  Çaçânkarâja  (vers 
1  1 ,  1  (>,  2  1 ,  2  4). 

uklam  ca  dharmaçâstre  —  chez  Mangaleça  [Mahâ- 
kûta]  (vers  1  1,  21,  2  4). 


ANCIENNES   INSCRIPTIONS   DU    NEPAL.       107 

dharmaçdstresv  apy  xikUim  —  chez  Mangaleça  [Ne- 

rur]  (vers  id.  +  2  5). 

tathâ  coktain  dharmaçdstre  —  chez  les  Somavam- 
çis  (TOrissa  ( vers   1,^,5,6,7,   11,  i3,  16,  21, 

22  ,  il\  ,  26). 

yathd  dharmaçâstravacanam  —  chez  Çivadeva, 
samvat  1  43  ;  Bhag. ,  n°  i3  (vers  1  1). 

Une  dernière  série  de  documents  se  contente  de 
rapporter  ces  vers  comme  des  «  dictons  ».  Çivadeva 
emploie  également  ce  procédé. 

nktam  ca  —  chez  Samudrasena  (vers  11,  21, 
2 A);  les  Kadambas  Çivamândhâtrvarman  (vers  1  1, 
26),  Harivarman  (id.),  Ravivarman  (id.  +  2);  le 
Calukya  Pulakeçin  II  [Chiplun]  (vers  9 ,  11,  17,21, 

api  colitam  —  chez  les  Kadambas  Kakutsthavar- 
man  (vers  1  1),  et  Mrgeçavarman  (vers  2/1 ,  2 5). 

tathâ  coktam  —  chez  Çivadeva  en  1  19  samvat; 
Bhag.,  n°  12  (vers  9,  21). 

api  cdpi  çlokâh  —  chez  le  Pallava  Visnugopavar- 

man  (vers  \l\ ,  il\). 

api  câtrârsâh  clokdh  —  chez  le  Pallava  Simhavar- 

man  (vers  11,  1 1\ ,  2/1). 

Lepigraphie  de  Tlndo-Chine,  tout  ignorante 
quelle  est  des  stances  traditionnelles,  reflète  pour- 
tant la  double  tradition  de  Manu  et  Vyâsa  comme 
autorités.  Une  inscription  du  règne  de  Jayavarman, 


108  JANVIER-FEVRIER  1907. 

en  968  après  J.-C.  (Barth  ,  xiv ,  8 ,  3o  ;  inscr.  de  Prea 
Eynkosey)  atteste  comme  garantie  la  parole  de 
Manu  : 

krùrâç  çathâtilubdhâ  ye  paradharmavilopakâli 

te  yanti  pitrbhis  sàrdham  narakam  Manur  abravït. 

Une  autre  inscription,  des  environs  de  Tan  900 
ap.  J.-C.  (Bergaigne  ,  LXVI ,  ci ,  8),  cite  Manu ,  II ,  1 36, 
comme  règle  de  conduite  avec  la  référence  :  iti 
Mdnavam.  Mais  la  même  inscription  en  appelle 
aussi  au  «  chant  de  Vyâsa  »  : 

sa  hi  viçvambharâdhïças  sarvalokaguruh  smrtah 
yad  istam  tasya  iat  kuryâd  Vyâsagïtam  idam  yathâ. 

Les  références  à  Vyâsa  et  au  Mahâ-Bhârata  d'une 
part,  à  Manu  et  au  Dharmaçàslra  (ou  Smrti°)  de 
l'autre,  peuvent  sembler  contradictoires.  En  fait, 
nous  savons  que  l'épopée  et  le  code  voisinent  de 
près,  et  que  des  éléments  identiques  sont  entrés  dans 
les  deux  recueils.  L'inscription  du  pilier  de  Hari- 
gaon  m'a  déjà  donné  l'occasion  d'y  insister. #  Mais 
le  plus  surprenant,  c'est  que  de  toutes  ces  références 
aucune  ne  se  retrouve  dans  notre  Manu  actuel  ;  une 
seule  se  retrouve  dans  notre  Mahâ-Bhârata.  Encore 
s'agit-il  d'un  vers  exceptionnel,  rapporté  par  les 
Soniavamçis  d'Orissa,  c'est  le  vers  l\  :  Adityo  Varuno 
Visnnr,  qui  se  lit  dans  le  Mahâ-Bhârata,  Anuçâsana- 
parvan  (xm),  section  62 ,  vers  3  i5o.  Et  pourtant  le 
Mahâ-Bhârata  contient  une  longue  section  (xin,  62) 
qui  exalte  en  cent  çlokas  les  mérites  dune  dona- 
tion de  terrain;  et  d'autre  part  un  des  vers  les  plus 


ANCIENNES    INSCRIPTIONS    DU    NEPAL.       109 

usuels  (9  et  23)  est  adressé  nommément  à  Yudhi- 
sthira ,  le  héros  du  Mahâ-Bhârata. 

Mais  la  question  se  complique  encore.  Le  compi- 
lateur Hemâdri,  traitant  dans  le  Caturvargacintâ- 
mani  des  donations  en  général,  rapporte  à  propos 
des  donations  de  terrain  plusieurs  passages  emprun- 
tés à  diverses  sources,  entre  autres  (p.  ^95-5o2) 
un  long  extrait  du  chapitre  du  Mahâ-Bhârata  que  je 
viens  de  mentionner  (xm,  6a,  vers  3io4  et  suiv.). 
Son  texte  comporte  nombre  de  variantes;  c'est  ainsi 
que,  à  la  suite  du  vers  3 1  77,  il  insère  deux  vers  qui 
manquent  à  l'édition  de  Calcutta;  de  ces  deux  vers, 
le  premier  est  justement  le  vers  :  Vindhyâtavlsv .  .  . 
(20)  si  fréquemment  cité  dans  les  inscriptions.  Un 
peu  plus  loin  (p.  507-508),  Hemâdri  cite  un  autre 
passage  du  Mahâ-Bhârata  qui .  commence  par  les 
trois  vers,  xm,  66,  vers  3335-3337,  en  mètre  anu- 
stubh;  mais  immédiatement  à  la  suite  viennent  deux 
stances  en  vasantatilakâ ,  et  aussitôt  après  le  çloka  : 
svadattâin  paradattâm  vâyo  (2/1),  un  des  plus  usuels 
parmi  les  vers  consacrés,  mais  aussi  un  des  moins 
solidement  établis.  La  lecture  de  Hemâdri  est 
identique  à  la  recension  adoptée  par  Laksmana  de 
Jayapura  (sauf  harec  ca  pour  hareta).  Les  deux 
hémistiches  de  ce  vers  se  retrouvent  séparément, 
et  quelque  peu  altérés,  dans  un  autre  extrait  rap- 
porté par  Hemâdri  (p-.  5o4),  et  emprunté  au  Visnu- 
dharmottara  : 

svadattâm  paradattâm  va  yo  harec  ca  vasundharâni . .  .  . 
visthâyàm  krmiiâm  cti  pitrbhih  sahiias  tathâ. 


110  JANVIER-FÉVRIER    1907. 

Dans  le  même  extrait  se  retrouve  aussi  le  célèbre 

vers  :  sastim  varsa0  (21)  avec  la  lecture  àchetiâ.  Il  est 
•  •  •  •        •      \      / 

vraisemblable  que  d  autres  encore  parmi  les  vers 
consacrés  doivent  se  retrouver  dans  le  chapitre  du 
Visnudharmottara  qui  traite  des  donations  de  ter- 
rain (Weber,  1758;  ch. ,  56  :  bhùmidânaphalam; 
Râj.  L.  Mitra,  2293  :  bhûmidânamâhdtmyakîHa- 
nam)\  l'ouvrage  se  rattache  au  cycle  du  Mahâ-Bhâ- 
rata.  L'étude  historique  et  critique  des  recensions 
du  Mahâ-Bhârata  trouve  ainsi,  dans  les  documents 
épigraphiques ,  la  base  positive  qui  lui  manque  trop 
souvent. 

Un  autre  encore  des  vers  traditionnels  :  àspho- 
tayanti .  .  .  (  5  ),  cité  expressément  comme  un  vers  du 
Mahâ-Bhârata  par  Jayanâtha  d'Uccakalpa,  se  re- 
trouve dans  les  extraits  d'Hemâdri  (p.  507),  où  il 
est  attribué  à  Brhaspati,  c'est-à-dire  évidemment  à  la 
Brhaspati-smrti ,  qui  contient  une  section  des  dona- 
tions. La  condition  flottante  des  matériaux  incorpo- 
rés dans  la  «  samhitâ  en  cent  mille  vers  »  ressort 
clairement  de  cet  inventaire  particulier. 

Si  c'est  réellement  avec  Çivadeva  II  que  les  vers 
traditionnels  sur  les  donations  paraissent  pour  la 
première  fois  dans  les  chartes  népalaises ,  il  est  per- 
mis de  rechercher  l'origine  de  cotte  innovation.  Le 
type  de  la  donation  royale  au  Népal  est  arrêté  dès  les 
plus  anciens  documents;  il  transparaît  dès  le  frag- 
ment daté  de  Vasantadeva,  samvat  435  (Bhag.  3), 
et  se  montre  clairement  identique  dans  toute  la 
suite  :    i°  lieu  d'origine;    20  panégyrique  du  roi; 


ANCIENNES   INSCRIPTIONS  DU   NEPAL.       111 

3°  indication  des  destinataires;  4°  message  direct  du 
roi  «  bien  portant  »  aux  destinataires  ;  5°  indication 
des  bénéficiaires  et  clauses;  6°  recommandations  et 
imprécations  pour  l'avenir;  y0  désignation  du  man- 
dataire royal;  8°  date.  C'est  le  type  ordinaire  de  la 
donation  dans  l'Inde,  telle  qu'on  la  devine  déjà  dans 
le  texte  fragmentaire  du  pilier  de  Bihar,  sous  le 
règne  de  Skandagupta,  entre  1 36  et  i46  Gupta 
(455-465  ap.  J.-C),  telle  qu'elle  se  montre  dans  les 
plaques  de  Visnugopavarman  le  Pallava,  vers  le 
vc  siècle  (?),  et  surtout  dans  les  donations  du  Parivrâ- 
jaka  Hastin,  et  chez  les  seigneurs  d'Uccakalpa,  tout 
particulièrement  enfin  chez  Laksmana  de  Jayapura 
en  1 58  (Gupta?  =  477  ap.  J.-C).  La  charte  de  ce 
prince  coïncide  pour  ainsi  dire  exactement  avec  le 
protocole  du  Népal,  sauf  qu'il  insère  à  la  manière 
hindoue  les  vers  traditionnels  avant  l'indication  du 
mandataire.  C'est  donc  aux  chancelleries  du  Gange 
moyen,  soit  aux  Guptas  directement,  soit  à  leurs 
vassaux ,  que  les  Licchavis  du  Népal  semblent  avoir 
emprunté  leur  protocole;  le  fait  est  d'accord  avec  les 
vraisemblances  historiques,  et  aussi  avec  la  tradition 
qui  fait  venir  de  Pâtaliputra  l'ancêtre  des  Licchavis. 
Çivadeva  H  renoue  et  resserre  les  liens  de  la  dy- 
nastie népalaise  avec  l'Inde  gangétique;  il  épouse  la 
petite-fille  d'un  empereur  du  Magadha,  la  fille  d'un 
noble  Maukhari,  et  cette  alliance  de  haute  lignée 
introduit  sans  doute  au  Népal  une  nouvelle  poussée 
de  culture  sanscrite;  les  «bureaux»  s'enrichissent 
d'Hindous  de  la  plaine,  et  leur  activité  se  révèle 


112  JANVIER-FEVRIER    1907. 

aussitôt  par  l'emploi  des  vers  usuels,  qui  réduit  le 
protocole  local  au  type  commun  de  l'Inde. 

L'inscription  est  en  prose,  sauf  les  vers  consacrés. 
L'orthographe  en  est  régulière,  sauf  kuyu  pour 
kuryuli  que  j'ai  déjà  signalé.  Selon  l'usage  nouveau 
introduit  par  Amçuvarman ,  la  muette  n'est  pas  re- 
doublée après  r.  La  charte  réglait  les  clauses  d'une 
donation  de  terre  et  traçait  avec  précision  les  limites 
du  terrain  concédé;  mais  il  n'en  reste  que  la  conclu- 
sion, d'un  caractère  générai. 

Le  mandataire  (dutaka)  du  roi  est  le  rajjputra 
Jayadeva  qui  paraît  au  même  titre  dans  la  charte  de 
Çivadeva  datée  samvat  1 1 9  (Bhag.  12). 

TEXTE. 


1 rayâdipra . 

2 .  .  paçcime  ni 


o. 


l\ me  pra 

5 yam  eta .  .  .  . 

6 tac  ca  paçcimena  ca  tade 

7 d  antarenâpi  te .   mâpra 

8 khûtani  pallï  tato  yàva. 

9 gra.ka    .  .  .    vistimanusyasambandhena  prativar- 

sani  yat  purânaçata .... 
10.    ...  bhya  eva  gràmïnair  dâtavyam  râjakulïyavyavasâyi- 

bliis  tu  na  kadâcid .  .  . 

9-10.  Cf.  UiiAG. ,  12,1.  1G  :  Bhotlavistihetoh  prativarsam  bhâri- 
kajaiiàh  panca  5  vyavasàyibhir  (jrahïtavyûh.  11  s'agit  évidemment 
d'une  corvée  analogue,  sinon  identique.  Malheureusement  les 
caractères  qui  précèdent  rwfî  sur  notre  inscription  me  sont  restés 
indéchiffrables.  —  Les  vyavasâyin  mentionnés  dans  le  passage  que 


LES  ÀBDÀL  DE   PAÏNÀP.  115 

LES  ÂBDÂL  DE  PAÏNÂP, 

PAR 

M.  PELLIOT. 


M.  Grcnard  est  a  ma  connaissance  le  seul  qui  ait 
signalé  la  présence  au  Turkestan  chinois  d'un  groupe 
ethnique  spécial,  désigné  sous  le  nomd'Àbdâl1.  Les 
familles  de  ce  groupe,  disséminées  dans  diverses 
oasis  du  Turkestan,  ne  se  distinguent  guère  des 
Turcs  environnants  que  par  une  langue  spéciale, 
dont  le  fonds  est  persan,  mais  qui,  de  jour  en  jour, 
tend  à  se  confondre  avec  le  turc.  M.  Grenard  avait 
trouvé  une  cinquantaine  de  familles  d'Abdâl  près 
de  Kéria  et  sept  ou  huit  à  Ghertcheri.  Il  était  inté- 
ressant de  découvrir  d'autres  représentants  de  ce 
groupe  peu  connu.  Longtemps  mes  questions  n'ame- 
nèrent à  Kachgar  même  aucune  réponse  satisfai- 
sante. «  Les  Abdâl ,  me  disait-on ,  sont  des  Musul- 
mans comme  nous  et  qui  parient  la  même  langue 
que  nous.  Ce  n'est  pas  une  tribu  spéciale,  mais  on 
donne  ce  nom  à  des  sortes  de  moines  errants  qui 
passent  dans  les   villes,   vêtus  d'un  long  tchapân* 

1  Cf.  Grenard,  Mission  scientifique  dans  la  Haute-Asie,  Paris, 
1898,  t.  II,  p.  3o8-3i5. 

8  Le  tchapân  ou  toun  est  la  sorte  de  robe  usuellement  portée  en 
Asie  centrale  par  les  hommes. 

8. 


116  JANVIER-FEVRIER  1907. 

blanc,  coiffés  d'un  grand  turban  noir,  et  qui  sont  un 
peu  au-dessus  des  diwâna  ou  qalendâr1.  »  Cette  expli- 
cation concordait  bien  avec  le  sens  du  mot  arabe 
âbdâl,  qui  est  usité  aussi  en  turc  osmanli  et  signifie 
«moine,  religieux2».  Toutefois  les  informations  de 
M.  Grenard  étaient  trop  abondantes  pour  qu'un 
doute  pût  subsister  sur  un  emploi  plus  restreint  et 
plus  précis  du  mot  âbdâl,  et  un  jour  que,  d'après  la 
carte  russe  de  1  o  verstes ,  je  cherchais  avec  un  petit 
chef  indigène ,  au  nord  d'Utch-meravan ,  des  ruines 
qui  ne  s  y  trouvent  pas ,  j'appris  du  moins  que  des 
Âbdâl,  à  l'occasion  moines  mendiants,  habitaient 
en  nombre  le  village  de  Païnâp'3,  dépendant  de 
Khân-aryq.  A  la  fin  de  notre  court  séjour  à  Khân-uï, 
j'avais  à  visiter  plus  à  l'Est ,  sur  le  territoire  d'Aq- 
qâch4,  un  stupa  nouveau,  le  Qâgha-tim  (Stupa  des 

1  Moines  mendiants,  derviches. 

*  Cf.  Màllouf,  Dictionnaire  turc-français,  p.  4;  Sveh  Hedin 
dans  Petermanns  Mitteilungen ,  Ergânzungshcft  i3i,  p.  35o.  Dès 
l'abord ,  et  une  fois  pour  toutes  ,  je  m'excuse  de  la  pauvreté  de  mes 
connaissances  en  turc ,  et  surtout  en  persan  et  en  arabe.  Je  ne  me 
suis  mis  à  étudier  les  langues  des  pays  musulmans  qu'à  l'occasion 
de  mon  voyage  en  Asie  centrale.  De  plus  les  livres  de  référence  me 
font  défaut  ici.  C'est  ce  qui  explique  que  bien  des  rapprochements 
m'aient  échappé,  qui  ne  manqueront  pas  de  sauter  aux  yeux  des 
spécialistes;  je  n'ai  voulu  que  leur  fournir  ici  des  matériaux. 

3  Le  nom  de  Païnâp  se  retrouve  aux  portes  de  Kachgar,  appli- 
qué à  une  partie  des  faubourgs  du  Sud-Est ,  et  aussi  dans  les  oasis 
de  Yarkand  et  de  Khotan.  Sven  Hedin  (loc.  lamL,  p.  363)  l'ex- 
plique par  «au  pied  [pat)  de  l'eau  (â6)»;  ce  serait  ainsi  un  nom 
persan. 

4  L'explication  à  laquelle  on  songe  d'abord  pour  ce  nom  est 
naturellement  «jade  blanc  »  ;  Aqqâch  serait  en  somme  synonyme  du 
Yourong  qâch  de  Khotan.  Mais  le  mot  qâch  pour  «jadei  est  prati- 


LES  ÀBDÀL  DE  PAInAP.  117 

Corbeaux) l  ;  l'occasion  était  belle  de  revenir  à  Kach- 
gar  en  faisant,  au  Sud,  un  crochet  sur  Khân-aryq. 
DuQâgha-tim,  je  passe  au  Sud  le  Qyzyl-sou,  et, 
laissant  Chaptâlyq2  à  l'Est,  Qâzân-kûl3  au  Sud-Ouest 
et  à  l'Ouest ,  j'arrive  à  la  grande  route  qui  conduit  de 
Kachgar  à  Marâbâchi  :  enfin ,  après  avoir  traversé 
plusieurs  canaux  qui  descendent  vers  Faizabad ,  mon 
Cosaque  et  moi  couchons  au  grand  Châmbabazâr4 
de  Qyzyl-bouï.  Le  lendemain,  28  septembre,  nous 
nous  enquérons  de  Païnâp.  Khân-aryq  comprend 
deux  des  cinq  grands  «  bazars  »  hebdomadaires  de  la 
région ,  le  Yekchâmbabazâr  ou  Bazar  du  dimanche 

quement  inconnu  à  Kachgar  même  et  dans  ses  environs ,  où  on  dit 
pour  «jade»  rasttâch  et  açiltâh.  Qâch  étant  ici  le  mot  usuel  pour 
«sourcil»,  peut-être  Aqqâch  signifie-t-il  «sourcil  blanc».  A  ma  con- 
naissance, Aqqâch  n'est  porté  que  sur  la  petite  carte  jointe  aux 
Sand-bnried  ruins  of  Khotan  de  Stein. 

1  La  vraie  forme  serait  Qârgha-tim ,  mais  IV  disparait  souvent 
dans  la  prononciation  du  Turkestan ,  surtout  quand  elle  n  est  pas 
entre  deux  voyelles. 

9  Dans  l'index  de  Sven  Hedin,  Chaptâlyq,  orthographié  «Ghap- 
tull»,est  expliqué  par  «  abricotier  »,  au  lieu  que  «  Oruk-lenger  »  est 
traduit  par  «pécher»;  mais  chaptâlou  ou  chaptoul  est  le  nom 
usuel  de  la  «pèche»,  et  c'est  uruk  qui  signifie  «abricot». 

3  Qâzân-kûl ,  l'Étang  de  la  Marmite ,  m'a  paru  sensiblement  trop 
à  l'Est  sur  toutes  les  cartes  que  j'ai  eues  à  ma  disposition. 

4  M.  à  m.  «  Bazar  du  samedi  »  ;  c'est  le  seul  nom  sous  lequel  l'en- 
droit soit  connu  dans  le  pays.  Qyzyl-bouï,  comme  Khân-aryq,  dé- 
signent l'ensemble  d'oasis  très  vastes.  Dans  la  prononciation  locale , 
châmbabazâr  devient  presque  châmbbazâr  ;  il  en  est  de  même  pour 
les  noms  des  autres  bazars  hebdomadaires.  Le  nom  de  Qyzyl-bouï  ne 
doit  pas  être  celui  d'une  plante,  comme  le  croyait  Sven  Hedin  [loc. 
laud.,  p.  36o);  boaï,  entre  autres  sens  usuels,  signifie  la  «rive» 
(et  quelquefois  le  «cours»)  d'un  fleuve;  Qyzyl-bouï  signifie  donc  la 
«Rive  rouge». 


118  JANVIER-FÉVRIER   1907. 

à  l'Est,  et,  à  plus  de  10  kilomètres  à  l'Ouest,  le 
Douchâmbabazâr  ou  Bazar  du  lundi1.  Païnâp  est 
proche  du  Douchâmbabazâr,  mais,  comme  l'expé- 
rience nous  a  montré  qu'il  faut  toujours  passer  par 
les  plus  hautes  autorités,  je  préfère  aller  d'abord  au 
Yekchâmbabazâr,  où  réside  le  beg  de  Rhân-aryq, 
Imim  Beg,  qui,  me  dit-on,  parie  couramment  le 
chinois.  Imim  Beg  a  toutes  raisons  de  parier  le  chi- 
nois, sans  le  lire  ni  l'écrire  d'ailleurs,  puisqu'il  a 
pendant  nombre  d'années  été  tonqtchi2,  c'est-à-dire 
interprète  pour  le  turc,  auprès  des  fonctionnaires 
chinois  de  Kachgar,  d'Ouroumtsi,  de  l'Hi,  de  Tarba- 
gataï.  Du  côté  de  Tarbagataï ,  il  a  ramassé  quelques 
mots  de  russe  et  à  chaque  instant  propose  à  mon 
Cosaque  de  jmhh  nirrb  «  boire  du  melon  ».  Gros 
homme  souriant,  mais  l'air  assez  peu  franc,  sa  par- 
faite ignorance  l'empêche  de  comprendre  ce  que 
nous  pouvons  désirer  chez  les  Abdâl,  et  il  trouve 
très  réjouissant,  comme  d'ailleurs  nos  interlocuteurs 
d'Aq-qâch,  qu'on  puisse  s'intéresser  à  des  gens  qui 
crient  gouivukh,  gouroukh  «sauve-toi,  sauve- toi  », 
alors  que  des  personnes  normales  emploient  en  sem- 
blable occasion   c/âtch,  c/âtch.  Mais   comme  Imim 

1  Stein  indique  entre  le  Douchâmbabazâr  et  ie  Yekchâmbabazâr 
une  distance  de  dix  milles  anglais:  c'est  sûrement  excessif  (Sand- 
buried  ruins  oj  Khotan,  p.  i/io).  Pour  des  désignations  analogues 
dans  la  région  de  Yârkend ,  voir  la  carte  jointe  à  l'ouvrage  de  Stein  ; 
et  pour  des  exemples  identiques  à  Khotan  et  à  Aqsou,  voir  Sven 
Iledin,  loc,  laud. ,  p.  200,  a5i. 

2  Forme  qu'a  prise  en  turc  le  chinois  jj  3|f  t'ong-che  «inter- 
prèle». 


LES  ÀBDÀL  DE  PAÏNÀP.  119 

Beg  nous  a  aperçus  à  Kachgar  et  sait  que  le  tao-t'ai 
nous  traite  avec  beaucoup  d'égards,  il  ne  manque 
pas  de  nous  donner  un  homme  pour  nous  conduire 
à  Païnâp ,  avec  ordre  d  envoyer  à  Kachgar  pour  deux 
jours  deux  Âbdâl  du  village.  A  Païnâp,  nous 
sommes  les  hôtes  du  mirâb,  le  distributeur  des 
eaux.  Dans  ces  pays  d'irrigation ,  c'est  un  poste  qui 
nourrit  son  homme,  et  on  peut  juger  de  son  aisance 
par  l'abondance  de  ses  bols  en  porcelaine  russe  à 
réserves,  imitant  la  porcelaine  chinoise,  mais  où  la 
marque  de  la  fabrique  Gardner  de  Moscou  remplace 
les  nien-hao  de  Kia-k'ing  ou  de  Tao-kouang. 

Pendant  qu'on  va  chercher  des  Abdâl,  j'interroge 
notre  hôte  et  les  voisins  qui  sont  inévitablement 
venus  se  mêler  à  la  conversation.  M.  Grenard  avait 
trouvé  les  Abdâl  de  Kéria  et  de  Ghertchen  vivant  à 
l'écart,  méprisés  du  reste  de  la  population  qui  les 
accusait  à  tout  le  moins  d'hérésie  et  refusait  de  s'al- 
lier à  eux  par  mariage.  Ici  il  n'en  est  pas  de  mêma 
«  Nous  vivons  et  nous  mourons  avec  eux,  me  dit-on; 
comment  n'y  aurait-il  pas  de  mariages  entre  nous  ?  » 
Et  bien  au  contraire ,  si  on  tient  les  Âbdâl  pour  des 
gens  un  peu  étranges  et  volontiers  sorciers,  on  a 
plutôt  pour  eux  une  sorte  de  respect  superstitieux, 
tant  en  vertu  de  la  puissance  occulte  qu'on  leur  sup- 
pose qu'à  cause  du  grand  nombre  d'idiomes  qu'ils 
sont  censés  connaître. 

A 

L'empire  des  Abdâl  sur  les  divinités  malignes  doit 
tenir  en  grande  partie  à  leur  longue  robe  et  a  leur 
bonnet  noir.   Mais  ici    ils  vivent   comme   tout   le 


120  JANVIER-FÉVRIER   1907. 

monde,  vêtus  comme  tout  le  monde.  Beaucoup 
cultivent  la  terre.  D'autres  colportent  leurs  mar- 
chandises les  jours  de  marché.  Quelques-uns  seule- 
ment entreprennent  de  longues  tournées,  et,  meil- 
leurs prophètes  au  loin  qu  en  leur  pays ,  rapportent 
au  logis  les  riches  offrandes  des  dévots.  Quant  aux 
connaissances  linguistiques  des  Àbdâl,  il  me  fut 
bientôt  donné  d'en  juger,  car  deux,  puis  quatre, 
puis  d'autres  encore,  entraient  successivement  dans 
la  pièce  où  j'achevais  la  collation  de  rigueur  servie 
par  le  mirâb.  En  réalité  tous  savent  le  turc  de  Kach- 
garie;  de  plus  beaucoup  ont  ramassé  dans  leurs 
voyages  des  mots  kirghiz,  kiptchaq,  voire  hindous- 
tani.  Les  plus  instruits  connaissent  plus  d'arabe  que 
les  mollah  turcs  de  la  région.  Mais  le  vocabulaire 
spécial  aux  Abdâl ,  celui  dont  ils  se  servent  entre  eux, 
est  aujourd'hui  très  restreint.  J'en  commençai  sur  le 
champ  un  petit  répertoire.  Mais  il  me  fallait  surtout 
tenir  à  loisir  des  Àbdâl  pendant  un  ou  deux  jours 
chez  moi,  et  c'est  pourquoi  je  leur  fis  connaître  mon 
désir  d'emmener  avec  moi  deux  des  leurs  à  Kachgar. 
Sans  Tordre  de  Imim  Beg ,  je  crois  que  je  n'y  aurais 
jamais  réussi.  L'un  des  deux  qui  avaient  été  désignés 
tomba  inopinément  malade  au  moment  du  départ; 
l'autre  fut  remplacé  héroïquement  par  son  père.  Ces 
pauvres  gens,  qui  ont  cependant,  depuis  quelques 
mois ,  seize  des  leurs  étudiant  de  plein  gré  à  Andi- 
djan,  s'étaient  mis  dans  la  tête  que  je  voulais  les 
emmener  au  Turkestan  russe.  Ce  furent  des  adieux 
touchants,  et  une  longue  conduite  jusqu'au  bout  du 


LES  ÀBDÀL  DE  PÀÏNÀP.  121 

village.  Et  en  cours  de  route ,  la  question  revint  sou- 
vent :  «  Toura,  dites-nous,  en  vérité,  pourquoi  avez- 
vous  voulu  nous  emmener?  —  Mais  seulement  pour 
causer  avec  vous ,  et  étudier  votre  langue.  Dans  deux 
jours  vous  retournerez  chez  vous ,  avec  l'argent  que  je 
vous  ai  promis.  —  Alors  vous  ne  nous  emmenez  pas 
à  Andidjan?  —  Certes  non;  et  vous  n'avez  pas  à 
craindre,  puisque  c'est  votre  beg  qui  vous  a  dit  de 
venir  avec  moi ,  et  que  nous  n'allons  qu'à  Kachgar 
que  vous  connaissez  déjà.  »  Peu  à  peu,  les  deux 
Âbdâl,  deux  vieillards,  se  rassurèrent  et  commen- 
cèrent à  me  dire  que  «  leur  ventre  avait  faim  ». 
C'était  bon  signe  ;  une  fois  en  ville ,  leur  tranquillité 
fut  complète.  Mais  dès  le  soir,  un  émissaire  du  vil- 
lage faisait  les  quarante  et  quelques  kilomètres  qui 
séparent  Khân-aryq  de  Kachgar  pour  s'enquérir  du 
sort  de  ses  concitoyens.  H  les  trouva,  comme  de 
juste,  en  parfait  état,  et  au  jour  dit,  après  avoir  été 
dûment  photographiés  et  même  mensurés,  ce  à 
quoi  ils  se  prêtèrent  de  bonne  grâce ,  Achour  Khwo- 
dja  et  Rozi  Akhoun  reprenaient,  le  cœur  léger,  le 
chemin  de  Païnâp1. 

Les  Abdâl  de  Païnâp  ne  paraissent  pas  avoir  de 
souvenirs  historiques  bien  précis,  ni  de  traditions 
qui  leur  soient  propres.  Soi-disant,  ils  possédaient 


1  Notre  route  de  Païnâp  à  Kachgar  passait  par  Ouqada,  Mâ- 
djâr,  Yang-aryq,  Dangartchi  («Dangalchii  de  Stein),  Yaïlaq,  Nât- 
chouq,  Yangi  Chahr.  C'est  à  peu  près  celle  que  Stein  a  suivie  en 
sens  inverse,  mais  en  faisant  au  Nord  un  petit  crochet  sur  Yan- 
dama  (qu'il  écrit  «Yondumai,  cf.  Stein,  loc.  laud,,  p.  1/40). 


122  JANVIER- FEVRIER   1907. 

autrefois  des  livres  persans ,  qui  leur  furent  enlevés 
à  l'époque  du  Bédaoulet,  c'est-à-dire  au  temps  de 
Yaqoub  Beg.  Aujourd'hui  d'ailleurs,  ils  seraient 
incapables  de  lire  ces  livres,  si  on  excepte  un  jeune 
mollah ,  qui  a  appris  le  persan  à  Kachgar.  Le  peu 
d'informations  que  j'ai  pu  arracher  à  leur  igno- 
rance et  à  leur  timidité  n'est  d'ailleurs  pas  con- 
forme aux  données  recueillies  par  M.  Grenard.  Les 

A 

Abdâl  de  Kéria  se  disaient  originaires  de  Koufah, 
au  lieu  que  ceux  de  Païnâp  ignorent  ce  nom  de 
Koufah  et  prétendent  qu'il  y  a  des  centaines  et  des 
centaines  d'années ,  leurs  ancêtres  vinrent  de  Darvet. 
Us  ne  comptaient  alors  que  quelques  familles,  qui 
se  sont  établies  et  multipliées  à  Païnâp.  A  ces  temps 
lointains  remonterait  Khwodja  Oghoul  Pettah  'llah 
Ghâzi,  dont  le  mazâr  se  trouve  encore  à  Païnâp1. 
H  y  a  aujourd'hui  près  de  4oo  familles  (uïliik)  âbdâl 
à  Païnâp.  Sur  d'autres  oasis  proches  deKhân-aryq, 
je  n'ai  pu  avoir  de  renseignements.  On  m'a  dit  seu- 
lement qu'il  y  avait  5  familles  âbdâl  à  Tezgûn.  Les 
noms  d'anciens  chefs  âbdâl  qui  m'ont  été  donnés, 
et  qui  peuvent  s'appliquer  à  des  personnages  assez 
modernes  ayant  administré  le  village,  sont  ceux  de 
Kouvam  Baï,  d'Ouchoumeh  Baï,  de  Heweh  Baï,  de 
Toudou  Baï  (ou  Toudy  Baï)  et  de  Mollah  Abd-ur- 
rahman. 

1  Sous  le  nom  de  Seïd  Pettah  'Uah  Ghâzi,  ce  personnage  est 
encore  connu  à  Kachgar,  mais  je  n'ai  aucun  livre  où  trouver 
quelque  indication  à  son  sujet.  D'après  la  tradition  des  Abdâl, 
c'est  des  quatre  compagnons  do  ce  saint  homme  que  tous  les 
Âbdâl  seraient  descendus. 


LES  ÀBDÀL  DE  PÀÏNÀP.  123 

Les  Abdâl  se  donnent  à  eux-mêmes  le  nom  de 
Heinou,  et  il  semble  qu'ils  emploient  aussi  ou  qu'on 
emploie  à  leur  propos  le  nom  de  Gilaman ,  quoique 
je  n'aie  pu  avoir  sur  ce  point  que  des  renseignements 
contradictoires.  Heinou  m  est  tout  aussi  peu  connu 
qu'à  M.  Grenard1.  Quant  à  Abdâl,  le  fait  qu'il  s'ap- 
plique à  des  gens  qui  font  parfois  métier  de  religieux 
mendiants,  sans  que  d'ailleurs  ils  se  donnent  ce 
nom  à  eux-mêmes,  rne  paraît  en  faveur  d'une 
étymologie  par  âbdâl,  «moine,  religieux».  En  tout 
cas ,  cette  explication ,  que  M.  Grenard  a  omise ,  me 
paraît  valoir  d'être  proposée. 

Au  point  de  vue  linguistique ,  la  plupart  des  mots 
non  turcs  du  dialecte  âbdâl  sont,  comme  M.  Gre- 
nard l'a  montré ,  d'origine  persane.  Toutefois  le  dia- 
lecte des  Abdâl  de  Païnâp  diffère  assez  fort  de  celui 

A  A 

des  Abdâl  de  Kéria.  Ainsi ,  dans  les  deux  groupes ,  la 
numération  est  persane,  mais  l'anomalie  signalée 
par  M.  Grenard,  et  qui  consiste  à  avoir  oublié  le 
nombre  «dix»,  dah,  remplacé  à  Kéria  par  nô,  au 
propre  «  neuf»,  ne  se  retrouve  pas  à  Païnâp,  où  l'on 
compte  régulièrement  hecht  «  huit  »,  nô  «  neuf»,  dah 
«  dix  » ,  dah  yek  «  onze  ». 

Des  3  7  mots  persans  du  dialecte  de  Kéria  qui 
sont  donnés  par  M.  Grenard ,  il  en  est  trois  :  khoda 
«  Dieu  »,  âdâm  «  homme  »  (ce  dernier  d'origine  sémi- 
tique), chir  «lion2»,  dont  on  ne  doit  pas,  à  mon 

1  D'après  les  Âbdâl,  heinou  s'appliquerait  plus  spécialement  aux 
cheikhs  des  mazâr. 

2  Le  mot  turc  ârslân,  prononcé  âslân,  n'est  plus  pratiquement 


124  JANVIER- FEVRIER   1907. 

sens,  tenir  compte,  parce  qu'ils  sont  d'un  emploi 
général  parmi  les  Turcs  de  Kachgar.  Pour  les  autres 
mots ,  ils  sont  identiques  à  Kéria  et  à  Païnâp ,  sous 
les  réserves  suivantes  : 

Pour  «homme»,  mard,  on  connaît  aussi  kas, 
autre  mot  persan ,  et  pour  «  femme  » ,  zen ,  on  connaît 
aussi  dinab. 

Quoique  moui,  «cheveu»,  soit  connu,  le  mot 
usuel  est  richka1. 

Djâma  désigne  plus  spécialement  le  tchapân. 

Mourough  (pour  moiirgh),  au  propre  «  oiseau  »,  a 
pris  à  Païnâp  le  sens  de  «  coq  ». 

Khourd,  «petit»,  ne  s  emploie  pas  sous  cette 
forme;  on  dit  khowdân. 

Koh,  «montagne»,  est  inusité;  on  emploie  en 
place  l'arabe  djebel,  djevel. 

Souzen,  «  aiguille  »,  est  prononcé  sô(r)zang2. 

Kalapôch  est  inconnu;  pour  le  «  bonnet»  (toumâq) 
des  Sartes ,  on  dit  tac/ê. 

connu  à  Kachgar  au  sens  de  «lion»,  et  y  désigne  seulement  les  pe- 
tits du  chat.  Le  lion  manquant  d'ailleurs  en  Asie  centrale ,  on  con- 
sidère souvent  dans  le  peuple  cliir  comme  synonyme  de  yolbars 
«tigre». 

1  Les  Âbdâl  emploient  richka  à  la  fois  pour  «  barbe  »  et  «  cheveux  ». 
Cf.  l'arabe  rich  «plume». 

1  Chez  les  Âbdâl  comme  chez  les  Turcs ,  IV  tombe  souvent  dans 
la  prononciation  courante.  Mais  s'ils  prononcent  lentement,  ils 
ajoutent  souvent  une  r  même  là  où  étymologiquement  sa  présence 
n'est  pas  justifiée.  Mes  Âbdâl  m'ont  prononcé  nettement  gor  pour  go, 
«vache».  De  même  un  Turc  de  Kachgar  m'a  écrit  (jorghoun  pour 
(joghoun ,  «  melon  »,  en  prétendant  que  la  forme  qoghoun  était  abrégée 
(tchâla),  La  prononciation  sôrzang  est  de  même  ordre.  Je  mets  entre 
parenthèses  les  r  fuyantes  de  la  prononciation  locale. 


LES  ÀBDÀL  DE   PAÏNÀP.  125 

Zer,  «or»,  nest  pas  employé1;  on  dit  âltoun, 
comme  en  turc. 

Est  y  «  il  est  » ,  et  nîst,  «  il  n'est  pas  » ,  se  prononcent 
fias  et  ras2. 

Khounouk,  «  froid  »,  se  prononce  khônak. 

Pour  ce  qui  est  des  mots  persans  détournés  de  leur 
sens ,  on  emploie  à  Païnâp  : 

Laghàr,  au  propre  «  maigre  »,  au  sens  de  «  mauvais3  », 
mais  on  sait  aussi  que  le  mot  signifie  «  maigre  »; 

Goïd,  au  propre  «  il  dit  »,  au  sens  de  «  chanson4  ». 

Gourk  signifie  bien  «  loup  » ,  comme  en  persan ,  et 
n'a  pas  le  sens  de  «  chien  » ,  comme  la  forme  altérée 
yourouk  à  Kéria. 

Le  mot  pour  «  tête  »  est  correctement  prononcé  sar, 
et  non  séa. 

Mi  pour  mîr,  au  sens  de  beg,  est  inconnu;  on  dit 
ebil,  ewil5. 

1  Par  contre  on  connaît ,  comme  dans  le  turc  de  Kachgar,  le  mot 
zerkar,  «orfèvre». 

2  L'aspiration  est  régulière  dans  lias  ;  quant  à  nis  pour  nish ,  c'est 
un  exemple  chez  les  Abdàl  de  la  chute  existante  chez  les  Turcs  de 
Kachgarie  d'un  t  final  précédé  d'une  consonne  :  on  dit  rai  pour  rast, 
goucli  pour  goucht ,  etc. 

3  M.  Grenard  dit  «vieux,  mauvais».  C'est  sans  doute  qu'on  lui  a 
glosé  laghâr  par  eski,  au  propre  «vieux»,  mais  dont  le  sens  usuel  en 
Kachgarie  est  «mauvais»;  eski  khâtoun  ne  signifie  pas  une  «vieille 
femme»,  mais  une  «femme  de  mauvaise  vie».  On  m'a  donné  nette- 
ment laghâr  comme  le  contraire  de  dakh,  «bon». 

4  Goïd  s'emploie  aussi  au  sens  plus  général  de  «musique»,  en 
même  temps  que  savzandé. 

5  Peut-être  ewil  est-il  apparenté  à  l'arabe  veli ,  evliya ,  m.  à  m. 
«les  saints»  et  aussi  «les  grands». 


126  JANVIER-FEVRIER  1907. 

Asp  perâkhlamâq ,  pour  «  seller  un  cheval  »,  n'est 
pas  compris  ;  on  dit  zil  sâlmâq ,  ou  zil  dâkhlamâq , 
«  mettre  la  selle  »  ;  zil  est  altéré  du  persan  zin  «  selle  ». 

Le  «  maïs  »  se  dit  sourouq,  du  persan  sourkh  «  rouge  ». 

«  Pomme  »  se  dit  sap,  et  non  sib  ou  sibit. 

Pour  «  se  sauver  »  la  forme  usuelle  est  gouroukh- 
mâq ,  mais  on  emploie  aussi  gouroukhlamâq1. 

«  Manger  »  se  dit  bien  khourlamâq  2,  et  aussi  khour- 
mâq  (khonnâq). 

«  Apporter  »  se  dit  gilamâq  ;  gilap  keleng  «  apporte  ». 

Lahm  «  viande  »,  mot  arabe,  est  connu  desÀbdâl 
de  Païnâp ,  mais  ils  ne  l'emploient  pas ,  et  disent  dout, 
qui  doit  être  le  même  mot  que  le  dougouh  «  viande  », 
des  Tsiganes3. 

«  Mourir  »  ne  se  dit  pas  mdtlamâq ,  mais  kchoum 
bolmâq. 

«  Malade  »  se  prononce  goloud,  identique  évidem- 
ment au  galid  de  M.  Grenard. 

Le  mot  paizé  «  ordre  »  (mot  chinois)  est  inconnu 

1  Le  terme  gouroukh  «sauve-toi,  file»,  en  pariant  surtout  à  des 
enfants ,  est  d'un  grand  emploi ,  et  c'est  sans  doute  pourquoi  il  est 
un  des  mots  âbdàl  connus  des  Turcs  de  la  région. 

2  Le  même  mot  s'emploie  en  dialecte  âbdàl  pour  manger  et  pour 
boire,  mais  il  en  est  de  même  en  persan.  Âp  khoroumâplê ,  «  il  a  soif», 
paraît  supposer  un  verbe  khorounimâq ,  comme  l'impératif  khoroum. 

3  Cf.  M.  Grenard,  loc.  laud.,  p.  3o8.  Je  ne  connais  pas  les  règles 
phonétiques  qui  peuvent  expliquer  les  altérations  de  certains  mots 
communs  aux  Tsiganes  et  aux  Louli ,  mais  il  suffirait  que  le  mot 
«viande»  fut  chez  les  Tsiganes  do ug ho  ut  et  non  dougout,  pour  que 
son  passage  à  dout  pût  être  appuyé  d'innombrables  parallèles  em- 
pruntés à  la  phonétique  turque  ;  qâghan  en  face  de  khan ,  qâghatoan 
en  face  de  khàtoun ,  bàghadour  en  face  de  bâtyr  en  fournissent  des 
exemples  bien  connus. 


LES   ÀBDÀL  DE   PAÏNÀP.  127 

A 

des  Abdàl  de  Païnâp,  comme  des  Turcs  de  kachgar 
que  j  ai  interrogés. 

Des  mots  tsiganes  signalés  par  M.  Grenard  dans 
le  dialecte  àbdàl  de  Kéria,  il  en  est  d'inconnus  à 
Païnâp. 

Ainsi  «  nourriture  »  ne  se  dit  ni  choumoul  ni  chamoul, 
mais  matchâl  :  matchâl  kkoroum  «  mange  »  (m.  à  m. 
«  mange  de  la  nourriture  »). 

«  Pain  »  se  dit  aasit. 

Le  mot  yhanab  est  connu ,  mais  d'après  un  Abdâl , 
c'est  un  mot  signifiant  «  bouc  »;  un  autre  me  dit  que 
c'est  un  mot  arabe  pour  «  mouton  »  ;  l'identité  avec 
le  ghanam  arabe  ne  paraît  pas  douteuse.  Le  mot  pour 
«  mouton  »  à  Païnâp  est  gospain1,  identique  au  persan 
gosfend. 

«  Ane  »  se  dit  gedar,  identique  au  gider  de  M.  Gre- 
nard ,  mais  on  connaît  aussi  le  persan  hhar;  gedar  est 
d'origine  hindoue. 

Le  mot  dakh  «  bon  »  est  identique  au  degli  de 
M.  Grenard2. 


1  Ai,  sans  tréma  sur  ïi,  une  prononciation  intermédiaire  entre 
ê  et  aï. 

1  Pour  ces  mots  communs  aux  Àbdàl  et  aux  Tsiganes,  il  eut  été 
essentiel  de  pouvoir  interroger  des  Tsiganes  du  Turkestan  chinois. 
M.  Grenard,  qui  en  a  vu  près  de  Khotan,  ne  donne  autant  dire 
rien  de  leur  langue  (loc.  laud.,  p.  3o8).  Malheureusement  mes 
efforts  pour  trouver  des  Tsiganes  aux  environs  de  Kachgar  sont  jus- 
qu'ici restés  vains.  Des  deux  noms  de  Louli  et  d'Aga,  sous  lesquels  ils 
sont  connus  d'après  M.  Grenard ,  celui  d'Aga  n'a  para  rappeler  à 
mes  interlocuteurs  kachgariens  rien  de  connu.  Quant  aux  Looli, 
on  savait  seulement  que  parfois  passent  des  «Loli  khâtoun»,  femmes 
Loli,  «diseuses  de  bonne  aventure»,  mais  sur  lesquelles  on  n'a  pu 


128  JANVIER-FEVRIER   1907. 

Les  mots  d'origine  inconnue  que  M.  Grenard  a 
notés  à  Kéria  ne  se  retrouvent  qu  en  petit  nombre 
à  Païnâp. 

Ainsi  «  melon  »  ne  se  dit  pas  dongai,  mais  septcha; 
ce  mot  est  peut-être  apparenté  à  sebké,  que  M.  Gre- 
nard indique  pour  «  pastèque  »  ;  «  pastèque  »  se  dit  à 
Païnâp  hâphâp. 

Gholang  «  abricot  »  est  le  ghoulong  de  M.  Grenard. 

Le  mot  pour  «  pêche  »  (aussi  bien  pour  la  pêche 
proprement  dite,  chaptâbu,  que  pour  le  brugnon, 
ioghâtch)  est  pa(r)mak. 

Au  lieu  de  tchilba  «  thé  »,  les  Âbdâl  de  Païnâp 
disent  chira  :  chira  khorown  «  bois  du  thé  ». 

Le  mot  pour  «  tabac  »  est  dût,  et  non  ila1. 

«  Argent  »  se  dit  bien  sowa,  so(r)ba,  sorba;  «  riche  » 
se  dit  sowadâ  ou  so(r)badâ,  au  lieu  du  sowadadagha  de 
M.  Grenard.  Je  me  demande  si  cette  dernière  forme 
est  bien  correcte,  et  si  sowadâ  n'est  pas  à  expliquer 
sowa  -\-  persan  dar  «  possesseur  ».  Un  Ladakhi   de 

me  fournir  aucun  renseignement  précis.  Loli  éveille  une  idée  de 
filouterie  dans  l'esprit  des  Kachgariens,  mais  sur  la  véritable  nature 
des  Loli ,  personne  ne  sait  rien.  Le  nom  des  Louli  ou  Loli  apparaît 
déjà  dans  Aboul  Ghàzi  et  Bàbcr  (Pavbt  de  Courteille,  Dictionnaire 
tark-oriental ,  p.  à§à). 

1  Dut  est  peut-être  le  persan  doud  «  fumée».  En  effet,  «  fumée»  se 
dit  chez  les  Abdàl,  comme  chez  les  Turcs,  tutun,  mais  une  «chemi- 
née» se  dit  dut,  une  «pipe»  dâthach.  Pour  «fumer  du  tabac»,  on 
dit  diit  hhormâli,  m.  à  m.  «  manger  du  tabac».  Les  Turcs  emploient 
le  verbe  spécial  tchigmaq ,  ou  simplement  le  verbe  tartmâq  «tirer». 
«  Manger  »  du  tabac  et  «  tirer  »  du  tabac  sont  des  expressions  assez 
naturelles  qui  se  retrouvent  dans  les  termes  chinois  p£  jtQ  tch'é- 
yên  et  ^j|j  jt@  tch'eoû-yên  ou  simplement  tch'eoû. 


LES   ÂBDÀL  DE  PAÏNÀP.  129 

Kachgar,  qui  a  voyagé  au  Turkestan  chinois  et  au 
nord  du  Tibet,  prétend  que  sowa  est  kalmouk;  je 
donne  le  renseignerait  pour  ce  qui)  vaut,  n ayant  ici 
aucun  moyen  de  le  vérifier. 

Le  verbe  rzidlamâq  est  inconnu  à  Païnâp;  pour 
«  aller  »,  on  dit  has  bolmâq  ou  has(b)olmâq ,  qui  signifie 
aussi  «  passer  ». 

Pour  «  voir  »,  on  me  donne  la  forme  negalamâq , 
au  lieu  de  ergalamâq. 

Parsk  «  aveugle  »  est  inconnu  ;  on  emploie  nour 
ou  nouriy  dont  je  ne  connais  pas  l'origine,  à  moins 
que  ce  ne  soit  une  altération  du  persan  binour  «  sans 
lumière  »,  qui  s'emploie  au  sens  d'«  aveugle  » l. 

Au  lieu  de  pilagha  «  boiteux  »,  on  dit  lang  pat,  évi- 
demment formé  du  mot  persan  lenk  «  boiteux  »  rendu 
fameux  par  le  nom  de  Tamerlan,  et  de  peu  «  pied  ». 

Lekh  «  fou»  est  inconnu;  on  dit  gel,  dont  je  ne 
connais  pas  l'origine. 

Miçala  «  ciel  »  n'est  pas  compris  ;  on  emploie  bald , 
«  haut,  ce  qui  est  en  haut  » 2. 

«  Ville  »  se  dit  hatta,  le  etta  de  M.  Grenard. 

Ilip  pour  «  feutre  »  est  inegnnu;  on  dit  namal,  ce 
qui  est  le  persan  nemed;  namat  khânah,  «  maison  de 
feutre  »,  signifie  un  âg  ui  ou  tente  kirghize3.  Un  des 

1  Je  signale,  sans  savoir  s'il  y  a  lien  à  un  rapprochement,  que 
«œil»  se  dit  noughour,  d'après  M.  Grenard  (loc.  laud. >  p.  388), 
chez  les  Tsiganes  du  Turkestan. 

2  Dans  la  prononciation  des  Abdàl ,  balâ ,  qui  est  le  mot  persan 
qu'on  retrouve  dans  notre  mot  balcon  (balâkhânah  «terrasse»),  se 
prononce  balâ(r);  balâ(r)  s'emploie  aussi  d'ailleurs  au  sens  de  «toit». 

3  Les  mots yourt  et  kihitka,  généralement  employés  par  les  Euro- 

ix.  9 

turaiHr.aiK  «atioxalil. 


130  JANVIER-FEVRIER    1907. 

Abdàl  parait  cependant  connaître  une  forme  Up, 
qu'il  croit  un  terme  arabe  pour  «  feutre  ». 

Dagha  désigne  tous  ceux  qui  ne  sont  ni  Âbdàl , 
ni  Chinois;  daghaghin  est  inconnu.  Le  curieux  nom 
de  Lom,  pour  désigner  les  Chinois,  est  employé  à 
Païnâp  comme  à  Kéria. 

Tanglo  «  oreille  »,  et  tanglamâq  «  entendu  »  sont  in- 
connus1; on  dit  gouch  «  oreille  »,  comme  en  persan, 
et  gouchlamâq  «  entendre  ». 

Parmi  les  expressions  que  M.  Grenard  donne  en 
dernier  lieu,  un  certain  nombre  seulement  :  kha- 
plailé  «  dormons  »;  khourlaghân  «  mangeant  »  ;  gonrouk 
«sauve -toi»;  batchalapté  «il  est  né»;  chap  boulab 
(/aidé  «  il  fait  nuit  »  ;  sowasi  nis  «  il  n  a  pas  d'argent  » 2 
sont  employés  par  les  Àbdâl  de  Païnâp.  Au  lieu  de 
mâkapté  «  il  est  mort  »,  j'ai  déjà  indiqué  plus  haut 
qu'ils  employaient  kchoum  boldy;  etc.  Au  lieu  de  itchim 
laghar  =  ladite  «j'ai  faim  »  (m.  à  m.  «  mon  ventre  est 
devenu  maigre»),  ils  emploient,  en  équivalence 
absolue  du  turc  qo(r)sâq  âtch  «  mon  ventre  a  faim  », 
la  forme  ichkan  gouchnia,  m.  à  m.  «  mon  ventre  a 

péens,  no  sont  pas  compris  ici  et  sont  empruntés  aux  Tartares  de 
l'Oural. 

1  M.  (irenard  dit  que  tanylamcUj  est  altéré  de  anylamâq;  il  est 
\rai  que  anylwmu/  est  d'un  emploi  très  usuel  en  Kachgaric,  mais 
il  y  a  un  autre  verbe  turc  tinylamàq  «entendre,  écouter»  (cf.  Pavet 
DEfiOURTEiLLK,  Dictionnaire,  p.  a 68;  Shaw,  Vocal alavy  of  the  Tuvki 
lanyaayc,  p.  87),  qui  peut  aussi  bien  être  proposé  comme  étymo- 
logie  de  tanghimâif. 

*  Bien  que  le  sens  propre  de  nis  soit  naturellement  «  il  n'est  pas , 
il  n'y  a  pas»,  on  dit  aussi  nis  bolyhan  au  sens  de  «qui  est  incomplet», 
et  on  verra  plus  loin  nis  boldy  pour  «il  fait  nuit». 


LES  ÀBDÀL  DK   PAINÀP.  131 

faim»1.  Pour  «je  n'ai  plus  faim»,  en  turc  qo(r)sâq 
toq  «  mon  ventre  est  repu  »,  on  dit  chez  les  Abdâl 
ichkam  sar,  qui  a  le  même  sens.  Dans  l'expression 
indiquée  par  M.  Grenard,  itch  m.  à  m.  «  intérieur  » 
est  turc.  Ichkam  sar  est  au  contraire  purement  persan , 
pour  chikam  sir.  Quant  à  gouchnia ,  je  n'en  connais  pas 
l'origine. 

Voici  les  autres  mots  non  turcs  que  j'ai  notés 
dans  le  dialecte  abdâl  et  qui  ne  sont  pas  usuellement 
employés  en  kachgarie  : 

Paidar  «  père  »,  du  persan  padar. 

Validé  «  mère  »,  de  l'arabe  valide t,  prononcé  en  turc 
validé. 

Yekzâdeh  «  frères  (et  sœurs)  »,  du  persan yek  «  un  » 
et  zâdeh  «  fils  »  ;  le  dialecte  abdâl  ne  distingue  plus 
«  frère  »  et  «  sœur  »  que  par  des  mots  turcs. 

Doutkech  «  boucher  »,  formé  de  dont  «  viande  »,  et 
du  persan  kech,  m.  à  m.  «qui  porte»  :  cf.  âpkech 
«  porteur  d'eau  »,  kerakech  «  conducteur  d'animaux 
de  louage  »  ;  le  mot  usuel  en  Perse  comme  au  Tur- 
kestan  russe  est  l'arabe  qaœcâb. 

Tchor  «  filou,  voleur».  Si  ce  mot  n'existe  pas  en 
persan ,  il  vient  de  l'Inde. 

Bars  «  tigre  ».  Le  mot  bars  est  connu  en  turc,  mais 

1  Je  suppose  que  gouchnia  est  une  altération  du  persan  gouroiunak 
ou  (joursnah  «affamé».  La  prononciation  ichkam  pour  chikam  s'en- 
tend chez  les  Turcs  de  Kachgarie,  et  l'expression  persane  chikam 
gourousnah  se  rencontre  dans  les  livres  écrits  en  turc.  Chez  les  Âbdâl, 
(jouclinia  a  pris  en  outre  le  sens  de  «pauvre»,  et  s'oppose  à  sowadâ 
«riche». 


132  JANVIER-FEVRIER    1907. 

s'applique  plutôt  à  une  panthère.  Quant  au  tigre, 
sa  désignation  usuelle  au  Turkestan  chinois  est 
yolbars;  l'autre  mot  turc  qaplân  y  est  pratiquement 
inusité1. 

Sâg  «  chien  »,  persan  sèg;  mais  on  dit  aussi  ichit, 
mot  qui  est  employé  par  les  Turcs  de  Kachgarie  a 
côté  de  it. 

Gourbah  «  chat  »;  c'est  un  mot  persan. 

Mouch  «  souris  »;  mot  persan. 

Mâr  «  serpent  »;  mot  persan. 

Ouchtoul  «  chameau  »;  mot  persan. 

Khoroak  «  porc  » ,  altéré  du  persan  khouk  «  porc  ». 

Bonz  «  chèvre  »;  mot  persan. 

Hamdoun  «  singe  » ,  du  persan  haindounah  «  singe  ». 

Djibdjeq  «  moineau  »,  évidemment  apparenté  au 
tchimtchiq  de  Kachgar,  qui  a  passé  en  persan  avec  la 
vocalisation  tchoumtchouq .  Aussi  bien  djibdjeq  que 
tchimtchiq  sont  d'ailleurs  des  onomatopées.  Shaw 
(Vocabulary,  p.  98)  indique  une  forme  kazzak,  c'est- 
à-dire  kirghiz,  djoubdjonq ,  très  voisine  de  djibdjeq. 

Bâghboiiq  «  pigeon  ».  Il  semble  qu'on  doive  recon- 
naître comme  premier  élément  le  persan  bâgh  «  jar- 
din ».  Les  seuls  termes  usités  en  Kachgarie  parmi  les 

1  J'ai  dit  plus  haut  que  les  Turcs  de  Kacligarie  interprétaient 
souvent  rhir  «lion»,  par  «tigre».  11  doit  en  être  de  même  en  Perse 
puisque  le  PyccKo  nepcaecniu  CAoeapb  de  Nalivkin  (p.  354)  donne  en 
persan ,  comme  premier  mot  signifiant  «  tigre»  chir.  Un  autre  exemple 
de  ces  confusions  est  fourni  par  l'étrange  définition  de  yolbars  dans 
le  Dictionnaire  de  Pavet  de  Courteille,  p.  548.  C'est  peut-être  à  une 
confusion  indigène  de  ce  genre  qu'est  due  la  présence  du  lion  au 
lieu  du  tigre  dans  certaines  listes  du  cycle  des  douze  animaux. 


LES   ÀBDÂL  DE    PAlNÂP.  133 

Turcs  sont  kaptar  «  pigeon  »,  et  pdkhtak  «  colombe  »; 
ces  deux  mots  sont  d'origine  persane  (kabotar  et 
pâkhtah). 

Zdghtcha  «  corbeau  »  ;  diminutif  du  persan  zâgh 
«  corbeau  ». 

Lâng  «  poisson  »;  signifie  aussi  «  blanc  »;  je  ne 
connais  l'origine  d'aucun  de  ces  deux  mots  lâng. 

Dast  «  main  »,  mot  persan;  s'emploie  aussi  au^ens 
de  doigt  :  khourdan  dast  «  le  petit  doigt  ».  On  peut 
signaler  un  usage  tout  à  fait  semblable  chez  les  Turcs 
de  kachgar,  qui  n'emploient  autant  dire  pas  le  mot 
pârniâcj  «  doigt  » ,  et  le  remplacent  par  qol  «  main  »  ; 
cf.  d'ailleurs  Shaw,  Vocabulaiy,  p.  .43. 

Ghilman  «  nez  ». 

Dahân  «  bouche  »;  mot  persan. 

Danddn  «  dents  »;  mot  persan. 

Izdr  «  pantalon  »;  employé  avec  ce  sens  en  persan, 
mais  d'origine  arabe. 

Pirang  «  chemise  »,  du  persan  pirâhan  «  chemise  ». 

Sang  «  pierre  »;  mot  persan. 

Haizoum  «  bois  de  chauifage  »;  mot  persan. 

Hdsir  «  moulin  »,  du  persan  âsiyd. 

Tchaghar  «  foyer  ». 

Deg  «  chaudron,  marmite  »;  mot  persan. 

Chip  «  cuiller  ». 

Kâsa  «  tasse  »;  mot  persan. 

Koudeh  «  courge  »;  du  persan  kedou  «  courge  ». 

Khoumghan  «  théière  en  porcelaine  ».  Je  ne  sais  si 
ce  mot  existe  en  persan.  Khoum  est  en  persan  «  un 
grand  récipient  en  terre  cuite  »;  khoum  et  khoumddn 


134  JANVIER-FEVRIER  1907. 

sont  employés  par  les  Turcs  de  Kachgarie.  Les  Turcs 
connaissent  aussi  un  mot  qoumghan,  mais  l'appliquent , 
je  crois,  à  un  récipient  de  fonte  ou  de  cuivre.  Shaw 
(Vocabukiiy,  p.  1 58)  rend  simplement  qoumghan  par 
«  basin  ». 

Chiratchiz  «  théière  en  fonte  ayant  la  forme  d'une 
aiguière»  (tchaogoun  ou  tchaokân  des  Turcs  de 
Kachgarie);  formé  de  chira  «thé»,  plus  le  persan 
tchiz  «  objet  »;  cf.  infra,  pàitchiz. 

Richmâl  «  corde  »,  du  persan  rismân  «  corde  ». 

Djobâl  «  sac  »  (le  tâghâr  des  Turcs  de  Kachgarie), 
du  persan  djavâl  «  sac  ». 

Artchin  «  bissac  »  (le  khordjoun  des  Turcs). 

Ckakhwan  «  turban  ». 

Yasouroq  «  coussin-traversin  cylindrique  »  (le  takia 
des  Turcs  de  Kachgar). 

Tevar  «  houe  »  [ketman  des  Turcs  de  Kachgarie); 
peut-être  apparenté  au  persan  teber  «  hache  ». 

Anguchtar  ou  ainguchtar  «  bague  »;  persan  an- 
gouchlar. 

Sadliq  «  têlière  de  bride  »  (yùgan  des  Turcs  de  Kach- 
garie). Exemple  :  Aspineng sadliq  gilang  «apporte  la 
bride  du  cheval  »  (en  turc  :  âtneng yùgani  âp  keleng). 

Tezgan  «  fouet  de  cheval  »  (qamtchi  des  Turcs) ,  du 
persan  tâziânah,  même  signification. 

Pàitchiz  «  fer  à  cheval  » ,  mais  on  emploie  aussi  le 
mot  turc  taga.  Pàitchiz  signifie  au  propre  «  objet  pour 
les  pieds  »  et  s'emploie  aussi  au  sens  d'«  étrier  ». 

Dar  «  porte  »  ;  mot  persan.  Darni  sakhtelang  «  ferme 
la  porte  »  ;  darni  kouchatlang  «  ouvre  la  porte  ».  Koa- 


LES   ÀBDÀL  DE    PAÏNÂP.  135 

chatlamdq  est  formé  du  persan  kouchâdan  «  ouvrir  », 
auquel  on  a  donné  une  terminaison  turque  ;  comme 
adjectif,  konchat  signifie  en  dialecte  âbdâl  «  facile  ». 

Tcheman  «  livre  »  :  tcheman  kalang  a  lis  le  livre  »  ; 
m.  à  m.  «  travaille  le  livre  ».  Tcheman  signifie  aussi 
«  soleil  »  :  tcheman  tchigdy  «  le  soleil  s'est  levé  »  (tchiq- 
mâq,  m.  à  m.  «  sortir  » ,  est  usuel  en  turc  en  parlant  du 
lever  du  soleil);  tcheman  nis  a  le  soleil  s'est  couché  » 
(m.  à  m.  «  le  soleil  n  est  pas  »  ;  pour  nis,  cf.  supra).  On 
dira  par  analogie  nis  bolcly  «  le  (moment  où  le  soleil) 
n'est  pas  est  venu  » ,  aussi  bien  que  chap  boldy  «  la 
nuit  est  venue  ». 

Râh  «  route  »;  mot  persan. 

Ray  et  «  un  tenga  »  (de  la  valeur  de  o.  1  o  kopeck  à 
Kachgar)  ;  on  dit  yek  bayeh  ou  yek  wayeh  «  un  tenga  ». 
Peut-être  du  persan  wayeh  «  portion  ». 

Tchachmah  «  source  »•  ;  mot  persan. 

Posa  «  goitre  ». 

Rasah  «  calvitie,  chauve  ». 

Isara  poire  ». 

Sendjit  «  olive  ». 

Khicha  «  carotte  ». 

Chalghan  «  navet  »,  du  persan  chalgham  «navet  ». 

Noch  «  oignon  ». 

Sepit  «  riz  »  ;  peut-être  du  persan  sefid  «  blanc  »  (pro- 
noncé en  Kachgarie  sepid),  de  même  que  sonromj 
«  maïs  »  est  altéré  du  persan  sonrkh  a  rouge  ». 

Ponmbah  «  coton  »,  du  persan  ponnbah  «  coton  ». 

Roghan  «  sésame  »,  mais  aussi  «  graisse  et  «  huile  ». 
C'est  ce  dernier  sens  qui  est  primitif,  étant  celui  de 


136  JANVIER-FEVRIER    1907. 

roghan  en  persan.  Le  passage  de  sens  s'explique  par 
le  grand  emploi  en  Asie  de  l'huile  de  sésame. 

Anân  «  millet  »;  mot  persan. 

Alap  «  luzerne  ».  «  Luzerne  sèche  »  se  dit  qoarouq 
alap ,  qourouq  étant  le  mot  usuel  en  turc  pour  «  sec  ». 
«  Luzerne  fraîche  »  (kôk  bedah  des  Turcs)  se  dit  dont 
alap  y  et  je  ne  sais  quelle  est  l'origine  de  ce  mot  dout, 
qu'il  ne  semble  pas  qu'on  puisse  rapprocher  de  son 
homophone  dout  signifiant  «  viande  »  en  dialecte 
âbdai. 

Arit  a  farine  » ,  du  persan  drd  «  farine  ». 

Atechtchiz  «allumette»,  m.  à  m.  «objet  pour  le 
feu  »  ;  cf.  supra ,  chiratchiz  et  paitchiz. 

Qarich  âv  et  qarich  dp,  m.  à  m.  «  de  i'eau  aigre  », 
s'emploie  à  côté  du  mot  turc  tonz  pour  «  sel ,  sau- 
mure ». 

Le  mot  âtech  «  feu  »  entre  dans  des  expressions 
comme  âtech  âp  «  de  l'eau  chaude  » ,  ou  âtech  bouloub 
qaldy  «  cela  a  brûlé  ». 

Le  mot  dp  «  eau  »  s'emploie  encore  pour  «  lait  »dans 
la  construction  go[r)neng  âv>  go(r)neng  abi ,  go(r)neng 
evi1,  m.  a  m.  «  eau  de  vache  ». 

1  L'affaiblissement  de  l'a  en  e  par  l'influence  d'une  syllabe  sui- 
vante vocalisée  en  i  est  un  phénomène  usuel  dans  le  turc  de  Kach- 
garie.  De  même  qu'on  a  dans  le  dialecte  âbdàl  une  prononciation 
evi  pour  la  forme  possessive  de  âp  ou  âv  (étymologiquement  âfc),  de 
même  on  prononce  en  turc  âlrnây  «prendre»,  mais  elip  (pour  âlib) 
«ayant  pris»;  par  contre,  dans  la  forme  contractée  de  elip,  âp,  Yi 
ayant  disparu ,  la  prononciation  à  d  très  large ,  presque  o ,  reparaît. 
J'ai  entendu  prononcer  et  vu  écrire  <jouehbechit  au  lieu  de  ijoiich- 
bâchi .  m.  à  m.  «  tête  d'oiseau  »,  nom  du  pommeau  de  la  selle  indigène. 
Cet  affaiblissement  apparaît  d'ailleurs  quelquefois  indépendamment 


LES  ÀBDÀL   DE   PAJNÂP.  137 

Poukhtah  «  mûr  »;  mot  persan. 

Nâpouq  «non  mûr,  vert»,  sans  doute  altéré  du 
persan  nâpouhhtah ,  qui  a  le  même  sens. 

Qinâp  «  difficile  ».  Je  ne  sais  si  on  doit  rapprocher 
de  ce  mot  le  turc  qiin  «  difficile  ». 

Bisyâr  «  long ,  lourd  »,  du  persan  bisyâr*  beaucoup , 
en  grand  nombre»,  qui  est  aussi  employé  parfois 
par  les  Turcs  de  Kachgarie. 

Kaltak  «court»;  c'est  le  persan  kaltah  «court». 
J  ai  noté  le  mot  parce  que  le  vrai  mot  des  Turcs  est 
qisqâ,  mais  ils  emploient  aussi  kaltah ,  et  le  plus  sou- 
vent avec  cette  prononciation  altérée  kaltak  qu'on 
retrouve  chez  les  Âbdâl.  La  prononciation  kachga- 
rienne  pâkhtak  (du  persan  pâkhtah)  pour  «  colombe  » 
fournit  un  autre  exemple  de  la  même  altération.  Une 
autre  prononciation  turque  de  kaltah  est  kalty. 

Roïlouq  «beau».  C'est  le  persan  roui  «visage», 
plus  un  affixe  de  substantif  turc,  pris  ici  en  valeur 
adjective.  Les  Turcs  disent,  en  valeur  adjective  éga- 
lement, tchiimlyq  «  beau  ». 

Parme  «  gras  »,  peut-être  du  persan  faiiah. 

Kemtar  «léger»,  peut-être  du  persan  kamtar 
«  moindre  »,  comparatif  de  kam  «  peu  ». 

No  «jeune  »;  mot  persan.  No  kas  «jeune  homme  » 
(du  persan). 

del't,  el  j'ai  entendu  beclunàdcuf  (Shaw,  Vocabidaiy,  p.  45,  donne 
bânhmâldâtf)  pour  «pouce»,  alors  que  dans  ce  mot,  vraisembla- 
blement altéré  do  bâchparmâq  «doigt  de  tète»,  le  premier  élément 
est  sûrement  bâch.  Quant  à  la  prononciation  m»  ou  v  pour  b  ,  elle  est 
constante  en  Kachgarie. 


138  JANVIKR-FÉVRIEK    1907. 

Sowoat  «  vieux  ».  Sowout  kas  «  vieillard  ». 

Siâh  «  noir  »;  mot  persan.  Usité  au  sens  <T«  encre  » 
par  les  Turcs. 

Lang  «  blanc  ». 

Gianglamâq  «  pleurer  ». 

Testa  qelmâq  «  avoir  peur  ». 

Khap[i)chmâq  «  s'arrêter,  attendre  ». 

Paklamâq  «  nettoyer  »,  du  persan  pak  «  propre  ». 

Khônuklamâq  «avoir  froid»;  cf.  khônuk,  supra. 
Khônnklâp  qâldy  «  il  a  eu  froid  »  est  lequi valent  âbdâl 
du  turc  tonglâp  qâldy. 

Bourayct  qelmâq  «  appeler  ». 

Bâzi  qelmâq  «  danser  »,  du  persan  bâzi  «  jeu  ».  Il 
faut  noter  qu'en  turc  de  Kachgar,  «  danser  »  se  dit 
oussoul  dinamâq,  m.  à  m.  «jouer  des  danses»,  et 
quelquefois  dinamâq  seul. 

Dâdi  qelmâq  «  faire  un  cadeau,  donner  ».  Semble 
se  rattacher  à  la  racine  indo-européenne  d'où  dérive 
notre  verbe  «  donner  »,  mais  je  ne  connais  pas  l'éty- 
mologie  exacte.  Persan  dâden  «  donner  ». 

K(ou)chta  qelmâq  «  tuer  »,  du  persan  kouchtan 
«  tuer  ».  Peut-être  faut-il  rapprocher  de  cette  racine 
le  mot  kchoum  «  mort  » ,  qui  apparaît  dans  kchoum 
bohfy  «  ii  est  mort  »  ;  peut-être  est-ce  la  même  déri- 
vation qui  reparaît  dans  khoroum  «mange»,  à  côté 
de  la  forme  simple  khormâq  «  manger  ». 

Basta  qelnuuj  «  enterrer  ». 

Yildam  ra'kal  «  fais  vite  »  ;  âsta  rakal  «  va  lente- 
ment ».  Yildam  et  âsta  sont  des  mots  usuels  en  Kach- 
garic. 


LES   ÂBDÂL  DK    PAÏNÂP.  139 

Nigalamâq  «  s'instruire  ». 
Goumch(u)tlamâq  «  vider  ». 

Telles  sont  les  informations  que  j'ai  recueillies 
auprès  des  Àbdâl  de  Païnàp.  Assez  pauvres  encore, 
et  surtout  imparfaitement  mises  en  œuvre,  elles  n'au- 
torisent aucune  conclusion  sur  l'origine  des  Abdâl 
et  l'époque  de  leur  établissement  au  Turkestan  chi- 
nois. Il  est  à  souhaiter  que  dans  toutes  les  oasis  où 
des  groupes  d'Àbdàl  mènent  une  vie  sédentaire ,  on 
recueille  le  plus  grand  nombre  possible  de  mots  non 
turcs  qui  subsistent  dans  leur  langue.  Il  faudrait  sur- 
tout avoir  des  données  plus  précises  sur  la  langue  et 
l'origine  des  Louli.  Alors  seulement  nous  pourrions 
choisir  entre  les  deux  hypothèses  déjà  formulées  par 
M.  Grenard  à  propos  des  Abdâl  de  Karia  :  ou  bien  les 
Abdâl  seraient  une  variété  de  Tsiganes ,  ou ,  comme 
M.  Grenard  y  penchait  et  comme  je  le  crois  plus  pro- 
bable, on  devrait  voir  en  eux  les  descendants  chiites 
qui  sans  doute  apportèrent  les  premiers  l'Islam  en 
Kachgarie. 

Kachgar,  8  octobre  1906. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  141 


NOUVELLES  ET  MELANGES. 


SEANCE  DU  H  JANVIER  1907. 

En  l'absence  de  M.  Barbier  de  Meynard,  président,  et  de 
M.  Senart,  vice-président ,  la  séance  est  ouverte  à  quatre  heures 
et  demie  par  M.  Rubens  Duval. 

Etaient  présents  : 

MM.  Allottk    de    la   Fuye,    Aymonier,   Basmadjian, 

BoURDAIS,  BOUVAT,  CARRA  DE  VAUX,  COMBE,  DUSSAID,  FeR- 
RAND,     F^VRET,     FlNOT,     GaUDEFROY-DeMÔMBYNES,     GuiMET, 

Halévy,  V.  Henry,  Cl.  Huart,  Ismaël  Hamet,  Sylvain  Lévi, 
Macler,  Mayer-Lambert,  Meillet,  Thureau-Dangin, 
membres;  Chavannes,  secrétaire. 

M.  Thureau-Dangin,  dans  une  communication  sur  les 
préfixes  du  verbe  sumérien,  distingue  huit  éléments  princi- 
paux :  e,  m,  b,  n,  ra,  da,  ta,  su.  Les  quatre  premiers  élé- 
ments ont  une  valeur  pronominale  :  e,  m,  b  et  n  désignent 
le  sujet;  n  et  b  désignent  l'objet.  Le  choix  entre  les  quatre 
éléments  désignant  le  sujet  est  gouverné  :  i°  par  la  position 
du  sujet;  2°  par  la  direction  de  l'action.  Une  différence  de 
vocalisation  distingue  le  datif  (na )  de  l'accusatif  (ni).  L'ordre 
est  :  sujet  +  datif -f  accusatif.  Les  quatre  derniers  éléments 
correspondent  aux  postpositions  ra  «  à ,  pour  » ,  da  «  avec , 
par,  dans»,  ta  «dans,  hors  de»,  su  «vers,  pour».  Ces  pré- 
fixes se  placent  entre  le  pronom-datif  et  le  pronom-accusatif. 

MM.  Halévy  et  Allotte  de  la  Fuye  présentent  quelques 
observations. 

M.  Sylvain  Lévi  démontre  que  le  recueil  sanscrit  intitulé 


142  JANVIER- FEVRIER    1907. 

Divydvaddna  est  formé  en  grande  partie  d'extraits  du  Vinaya 
des  Mûlasarvâstivâdins  ;  la  rédaction  de  ce  Vinaya  semble 
dater  du  m*  ou  du  ive  siècle  de  notre  ère. 

La  séance  est  levée  à  6  heures. 


OUVRAGES  OFFERTS  X  LA  SOCIETE. 

Par  les  Auteurs  : 

F.-H.  Griffith.  Egypt  Exploration  Fund.  Archœological 
Report,  1905-1906.  —  London,  1906;  in-4°. 

Lucien  Bouvat.  Une  grammaire  turqae  du  vm'  siècle  de 
l'hégire  (Extrait).  —  Paris,  1906;  in-8°. 

Henry  de  Castries.  Les  Sources  inédites  de  l'histoire  du 
Maroc,  t.  I.  —  Paris,  1906;  in-8°. 

R.-J.  Basmadjian.  Procès-verbal  de  Monsieur  Dargenson  sur 
. .  .  Monsieur  Auédik  (Extrait).  —  Paris,  1906;  in-8°. 

9 

Par  les  Editeurs  : 

The  Indian  Antiquary,  August  1906.  —  Bombay,  1906; 
in-8°. 

V.-A.  Smith.  Catalogue  ofthe  Coins  in  the  Indian  Muséum, 
Calcutta,  t.  1.  —  Calcutta,  1906;  in-8°. 

R.-J.  Lau.  Old  Babylonian  Temple  Records.  —  New- York, 
1 906  ;  in-8°. 

H.-V.  Hilprecht.  The  Babylonian  Expédition  of  the  Uni- 
versity  of  Pennsylvania.  Cuneiform  Texts,  VI,  1.  —  Phila- 
delphia,  1906;  in-4°. 

E.-G.  Browne  and  Mihza  Muhamm  vd.  Persian  Historical 
Texts,  IV.  Part  1  of  the  Lubàbu  l-Albâb  of  Muhammad 'Auli. 
—  Leide,  1906;  in-8°. 

II. -J.  Allen.  Early  Chinese  Ilistory,  I.  —  London,  1906; 
petit  in-8°. 

K.  Vollers.  Katalog  der  Handschriften  der  Universitâls- 
Bibliothek  zu  Leipzig.  H   :  Die  islamischen,  christlich-orienta- 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  143 

lisclien  und  samaritanisclicii  Handschriften.  —Leipzig,  ii)o6; 
in-8°. 

Chicntalischc  Bibliographie,  XI X,  2.  —  Berlin,  1906; 
in-8°. 

Revue  critique,  4o"  année,  n°*  5o-52.  —  Paris,  1906; 
in-8°. 

Polybiblion,  décembre  1906.  —  Paris,  1906;  in-8°. 

Par  la  Société  : 

Journal  asiatique ,  septembre-octobre  1906.  —Paris,  1906; 
in-8°. 

Revue  africaine,  n°*  261-262.  —  Alger,  1906;  in-8°. 

Analecta  Bollandiana,  XXV,  4-  —  Bruxellis,  1906;    in-8°. 

Académie  des  Inscriptions  et  Belles-lettres.  Comptes  rendus 
des  séances,  octobre  1906.  —  Paris,  1906;  in-8°. 

The  Journal  of  the  Anthropological  Society  of  Bombay, 
VII,  7.  —  Bombay,  1966;  in-8°. 

Journal  de  la  Société  finno-ougriennc ,  XXI 11.  Mémoires, 
XX111-XXIV.  —  Helsingibrs,  1905-1906;  in-8°. 

The  Geographical  Journal,  XXIX,  1.  —  London,  1907; 
in-8°. 

La  Géographie ,  XIV,  6.  —  Paris,  1906;  in-8°. 

Transactions  qf  the  Asiatic  Society  ofJapan,  XXXIV,  3.  — 
Tokio,  1906;  in-8°. 

Par  le  Ministère  de  l'Instruction  publique 
et  des  Beaux-arts  : 

Archives  Marocaines,  t.  VII.  —  Paris,  1906;  in-8°. 

Ecole  pratique  des  Hautes-Etudes,  Annuaire,  1907.  —  Pa- 
ris, 1906;  in-8°. 

Albert  Grenier.  Habitations  gauloises  et  villes  latines  dans 
la  cité  des  Médiomatriccs.  —  Paris ,  1 906  ;  in-S°. 

Journal  des  Savants,  décembre  1906.  —  Paris,  1906; 
in-8°. 


144  JANVIER-FEVRIER    1907. 

Par  le  Gouvernement  Indien  : 

L.-S.-S.  O'M  vlley.  Bengal  District  Gazcttcers  :  Cuttack.  — 
Gaya.  —  Calcutta ,  1 906  ;  2  vol.  in-8°. 

F.-R.-H.  Hemingwvg.  Madras  District  Gazetteers  :  Tanjore. 
—  Madras,  1906;  in-8°. 

H.-R.  Nevill.  District  Gazetteers  of  ilw  United  Provinces 
of  Agra  and  Oadh  :  Fatehpur.  —  Allahabad ,  1 906  ;  in-8°. 

Par  le  Séminaire  des  Langues  orientales  de  Berlin  : 

A.  Mise  11  Lie  11.  Wôrterbuch  der  Haiisa-Sprachc.  I.  ïeii  : 
Hausa-Deatsch.  —  Berlin ,  1 906  ;  in-8°. 

Par  la  «  Biblioteca  Nazionale  Centrale  »  de  Florence  : 

Bollettino  délie  pabblicazioni  italiane  ricevule  per  dirilto  di 
stampa,  num.  72.  —  Firenze,  1906;  m-8°. 

Par  l'Université  Saint-Joseph  ,  a  Beyroutu  : 
Al-Machriq ,  11e  année,  n°  2/1.  —  Beyrouth,  1906;  in-8°. 


SEANCE  DU  8  FEVRIER  1907. 

En  l'absence  de  M.  Barbier  de  Meynard,  qu'une  légère 
indisposition  retient  chez  lui,  la  séance  est  ouverte  par 
M.  Senart,  vice-président,  à  4.  heures  et  demie. 

r 

Etaient  présents  : 

MM.  Allotte  de  lv  Fuye,Aymonier,  Basmydjian,  Bour- 
d vis  ,  Bouvat,  C vb  vtox  ,  Combe  ,  Decourdemaxxhe  ,  Dussaud 
Finot,   Fossey,   Gaudefroy-Demombyxes,  Rubens    Duval, 
Gr.yffix,   Ismaël  Hvmet,    Hvlévy,   Huvrï,   Sylvain   LeVi, 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  145 

LUNET  DE  LA  JONQUIÈRE ,   MaYER-LaMBERT,  MeILLET,  MORET, 

Périer,  Thureau-Dangin,  membres;  Cuavannes,  secrétaire. 

Le  procès -verbal  de  la  séance  du  1 1  janvier  est  lu;  la 
rédaction  en  est  adoptée. 

M.  le  président  annonce  à  la  Société  la  mort  soudaine  de 
M.  Victor  Henry;  il  se  fait  l'interprète  des  regrets  profonds 
que  la  disparition  de  ce  savant  éminent  cause  à  tous  ceux 
qui  l'ont  connu. 

Est  reçu  membre  de  la  Société  : 

M.  l'abbé  Jean  Périer,  4»  quai  des  Célestins,  présenté  par 
MM.  Gaudefroy-Demombynes  et  Barbier  de  Mey- 
nard. 

Lecture  est  donnée  d'une  lettre  par  laquelle  M.  J.-J.  Modi, 
de  Bombay,  annonce  que  les  savants  parsis  ont  décidé  de 
publier  un  volume  pour  commémorer  le  nom  du  professeur 
Spiegel  ;  il  invite  à  collaborer  à  cette  œuvre  toutes  les  per- 
sonnes qui  seraient  disposées  à  lui  remettre  des  mémoires 
relatifs  aux  études  iraniennes. 

La  China  B ranch  of  the  Royal  Asiatic  Society  demande 
pour  sa  bibliothèque  les  volumes  qui  lui  manquent  dans  la 
collection  du  Journal  asiatique.  On  lui  donnera  satisfaction 
dans  la  mesure  du  possible.  Une  réponse  favorable  est  éga- 
lement faite  à  la  Bibliothèque  de  la  Médersa  de  Tlemcen,  qui 
a  adressé  une  demande  analogue  à  la  Société. 

Une  proposition  d'échange  avec  la  Revue  du  monde  musul- 
man est  acceptée. 

La  réfection  du  catalogue  de  la  Société  a  été  commencée , 
mais,  pour  qu'elle  soit  contrôlée,  une  Commission  de  la 
bibliothèque  est  nommée  :  elle  comprend  MM.  Gaudefroy- 
Demombynes,  Fi  not,  Cabaton,  Macler,  Févret,  Schwab  et 
les  membres  du  Bureau.  Sur  la  proposition  de  M.  Sylvain 
Lévi ,  il  est  décidé  que  les  travaux  relatifs  au  catalogue  et  à 
l'arrangement  des  livres  seront  suspendus  jusqu'à  ce  que  la 

IX.  10 

tMMIIlKMB   lATlOIlLB» 


U6  JÀNV1ER.FEVRIER  1007. 

Commission  ait  statué  sur  le  programme  qui  devra  être  exé- 
cuté. M,  Barbier  de  Meynard  sera  prié  de  convoquer  la 
Commission  le  plus  tôt  possible. 

Sur  la  proposition  de  M.  Fossey,  il  est  décidé  que  toutes 
les  questions  administratives  de  quelque  importance  seront 
inscrites  à  l'ordre  du  jour,  de  même  que  les  questions  scien- 
tifiques. 

La  question  ayant  été  soulevée  de  savoir  si  le  Journal  asia- 
tique ne  devrait  pas  être  dorénavant  tiré  à  65o  exemplaires 
au  lieu  de  600 ,  le  Bureau  est  chargé  de  prendre  une  déci- 
sion ,  après  examen ,  à  ce  sujet. 

M.  Rubens  Duval  présente  le  fascicule  1  du  tome  IV  de  la 
Patrologia  orientalis ,  contenant  une  partie  des  bomélies  de 
Sévère  d'Antioche. 

M.  Allotte  de  la  FuïEala  parole  pour  une  communica- 
tion sur  les  archives  de  Lagach  (Sirburla)  au  temps  du  roi 
Ouroukagina  ;  après  avoir  décrit  les  documents  qu'une  trou- 
vaille heureuse  a  mis  au  jour,  il  montre  les  renseignements 
d'ordres  divers  qu'on  en  peut  tirer. 

A  propos  de  cette  communication ,  M,  Haléyy  signale  à 
l'attention  de  la  Société  l'existence,  dans  les  textes  sumé- 
riens les  plus  anciens ,  du  temps  qu'on  appelle  permansif ,  et 
de  l'ordre  syntactique  désigné  sous  le  nom  d'état  construit  : 
le  premier  est  particulier  à  l'assyrien,  tandis  que  le  second 
se  retrouve  presque  exclusivement  dans  les  langues  sémi- 
tiques. 

MM.  Meillet  et  Finot  présentent  quelques  observations 
au  sujet  de  l'état  construit. 

Vu  l'heure  avancée ,  M.  Sylvain  Lévï  renonce  à  faire  la 
communication  annoncée  à  l'ordre  du  jour  sur  la  composi- 
tion du  Divyâvadâna  ;  il  se  borne  à  signaler  qu'il  a  pu  identi* 
fier,  grâce  à  la  version  chinoise ,  divers  fragments  du  Samyu- 
ktâyumu  sanscrit  qui  ont  été  recueillis  au  Népal  par  BendaH 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  147 

et  qui  vont  être  prochainement  publiés  par  M,  L.  de  la 

Vallée-Poussin;  c'est  ainsi  qu'on  peut  reconstituer  morceau 
par  morceau  le  canon  sanscrit  que  de  nouvelles  découvertes 
permettront  peut-être  un  jour  de  compléter. 

La  séance  est  levée  à  6  heures. 


OUVRAGES  OFFERTS  À  LA  SOCIETE. 
Par  M.  A.  Le  Ch  atelier  ,  professeur  au  Collège  de  France  : 

Revue  du  Monde  musulman,  I,  2-3.  —  Paris,  1906-1907; 
in-8°. 

Par  les  Adteurs  : 

Cl.  Ho  ART.  L'Afrique  dans  la  géographie  mozhafférienne 
(Extrait).  -  Paris,  1906;  in-8*. 

S.  Chandrasekhara  Sastrigal.  Sri  Bâla  Manôramâ.  .  ., 
new  édition.  —  Trichinopoly,  1 906  ;  in-8°. 

J.  Berjot.  Premières  notions  d'annamite.  —  Paris,  1906; 
in-8°. 

Shridhar  R.  Bhandarkar.  Tke  présent  Condition  qf  tke 
Sanskrit  Studies  in  India.  —  Bombay,  1 906  ;  in-8*. 

Rubens  Duval.  Les  Homélies  tîi  à  tvit  de  Sévère  d'An- 
lioche,  traduites  en  français.  —  Paris,  1906;  gr.  in-8*. 

Par  les  Editeurs  : 

Tke  Korea  RevUw,  6,  3,  10.  —  Séoul,  1906;  in-8'. 

Polybiblion,  janvier  1907.  —  Paris,  1907;  in-8°. 

Revue  critique ,  48*  année ,  n08  1  -b.  —  Paris ,  1 907  ;  in-8°. 

International  Journal  Tatrik  Order,  V,  1.  —  New- York, 
1907;  in-4°. 

K.  E.  Neumann.  Die  Reden  Gotamo  Baddhos,  L  —  Mùnchen, 
1907;  in-8°. 

Soyen  Shako.  Sermotis  of  a  Buddkist  Abbot.  —  Chicago, 
1906;  petit  iu-8*. 

10. 


148  JANVIER-FEVRIER  1907. 

P.  C.  Conybearb.  The  Armenian  version  qf  Révélation.  — 
London ,  1907;  in-8°. 

Revue  des  sciences  philosophiques  et  théologiques ,  I,  1.  — 
Kain,  1907;  in-8°. 

Revue  sémitique,  190/i,  1905,  i9o6,etfasc.  1  de  1907. 

—  Paris,  1904-1907  ;  in-8°. 

Par  la  Société  : 

Transactions  and  Proceedings  qf  the  American  Philological 
Association ,  vol.  XXXVI.  —  Boston ,  Mass. ,  1 906  ;  in-8°. 
Comité  de  conservation  des  Monuments  de  l'art  arabe,  fasc.  2. 

—  Le  Caire,  1906;  in-8°. 

Comptes  rendus  des  séances  de  l'Académie  des  Inscriptions  et 
Belles-lettres ,  novembre  1906.  —  Paris,  1906;  in-8°. 

The  American  Journal  qf  Philology t  XXXVJI,  4.  —  Boston, 
Mass.,  1906;  in- 8°. 

The  Geographical  Journal,  XXIX,  2.  —  London,  1907; 
in-8°. 

Rendiconti  délia  Reale  Accademia  dei  Lincei,  XV,  5-6.  — 
Roma,  1906;  in-8°. 

Ateneo,  I,  11,  12.  —  Madrid,  1906;  in-8°. 

The  Journal  qf  the  Bombay  Branch  qf  the  Royal  Asiatic 
Society,  n°  6 1 .   —  Bombay,  1 906  ;  in-8°. 

Revue  des  études  juives,  n°  io4.  —  Paris,  1906;  in-8°. 

Zeitschrift  der  Deutschen  Morgenlândischen  Gesellschaft , 
LX,  4-  —  Leipzig,  1906;  in  8°. 

Tijdschrift  voor  Taal-,  Land-  en  Volkenkunde,  XLIX,  1-2. 

—  Batavia ,  1 906  ;  in-8°. 

The  Journal  qf  the  Royal  Asiatic  Society  qf  Great  Britain 
and  Ireland,  January  1907.  —  London,  1907;  in-8°. 

The  American  Journal  qfSemilic  Languages  and  Literatares, 
XXIII,  2.  —  Chicago,  1907;  in-8°. 

Bulletin  de  l'Association  des  Bibliothécaires  français,  I,  1. 

—  Paris,  1907;  in-8°. 

Analecta  Bollandiana,  XX VI,  1.  -  BruxeUis,  1907;  in-8°. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  149 

O  Oriente  Portugnez  ,111,  1  o- 1 1 .  —  Nova  Goa ,  1 906  ;  in-8°. 
American  Journal  of Archœology •,  Annual  Reports,  igo5- 
1906.  —  Norwood,  Mass.,  1906;  in-8°. 

Par  le  Ministère  de  l'Instruction  publique 
et  des  Beaux-arts  : 

J.  Marouzeau.  Place  da  pronom  en  latin.  —  Paris,  1907; 
in-8°  (Bibl.  de  l'École  des  Hautes  Études ,  i58). 

Journal  des  Savants,  janvier  1 907.  —  Paris ,  1 907  ;  in-4°. 
Bulletin  archéologique ,  1906,  2.  —  Paris,  1906;  in-8°. 

Par  la  «  Bibliotbca  Nazionale  Centrale  »  de  Florence  : 

Bollettino  délie  pubblicazioni  italiane  ricevute  per  diritto  di 
stampa,  num.  73.  —  Firenze,  1907;  in-8°. 

Par  l'Université  Saint-Joseph  ,  À  Beyrouth  î 
Al-Machriq,  X,  1-2.  —  Beyrouth,  1906;  in-8°. 


ANNEXE  AU  PROCÈS-VERBAL. 

(Séance  du  8  février  1907.) 


Le  mot  U)  dans  Ahikah  et  Bar  Bahlul. 


Ahikar  dresse  deux  enfants  à  crier  Jj^£»  JL?|  .  l^^o  U~£ 
pour  construire  un  château  (The  Slory  of  Ahikar,  Londres, 
1898,  p.  «j,  1.  i4-i5);  ce  que  les  éditeurs  ont  traduit  : 
mud,  mortar,  tiles,  brichs.  C'est  évidemment  le  contexte  seul 
qui  les  a  amenés  à  traduire  U**\  par  «  tuiles  »  car  ce  sens  ne 
figure  dans  aucun  dictionnaire.  Bar  Bahlul l  avait  déjà  ren- 

1  Ed.  R.  Du  val,  I,  col.  287.  Cf.  Payne  Smith,  Thésaurus  syria- 
cus,  I,  col.  375. 


150  JANVIER-FEVRIER  1907. 

contré  la  même  difficulté  au  même  endroit  et,  comme  il 
s'agit  de  construire  un  château  ou  un  palais,  il  avait  cru 
pouvoir  rapprocher  ce  mot  de  «  arx  ou  ip^efa  ».  Il  écrit  en 
effet»  sous  jL~t J  :  «  J'ai  trouvé  ce  mot  dans  les  proverbes  ara- 
méens  (ces  proverbes  à  notre  avis  ne  sont  autres  que  l'histoire 
d'Ahikar);  en  araméen  (on  prononce)  )«»);  c'est  un  château 
ou  un  palais,  et  on  l'appelle  à  Tagrit  JLoij  (arx  ou  âp^efa).» 

En  réalité  c'est  le  mot  JLiiJ  bien  connu,  avec  la  signifi- 
cation ordinaire  de  «  voyageur,  hôte  ».  On  le  trouve  une  pre- 
mière fois  dans  Ahikar  à  la  page  «aj  ,  1.  1 8  :  ^o^J  JLi)  &]o 
J~iJ  y)  MA*o^.  And  I  too  will  corne  into  the  house  as  a  guest 
«  et  moi  aussi  j'entrerai  dans  ma  maison  comme  un  hôte  ».  Ce 
sens  ne  peut  pas  être  reconnu  dans  le  passage  cité  plus  haut 
parce  que  —  là  comme  ailleurs  —  la  rédaction  du  manuscrit 
de  Cambridge  semble  un  compendium  de  l'histoire  d'Ahikar. 
Ici  quelques  mots  essentiels  ont  été  supprimés.  La  rédaction 
de  l'histoire  d'Ahikar  contenue  dans  le  manuscrit  de  Berlin 
Sachau  336  porte  en  effet  (4i  v°)  : .  o^ojk»  1^*>o  JLu^  v0^0^ 
.  I^a^  ^  ^-^o.  Lat***>?  L»ï)  |Ld?î|  J%a^  «  11$  diront  :  Faites 
passer  de  la  boue  et  du  mortier,  les  architectes ,  hôtes  du 
roi,  manquent  de  travail.  » 

De  même  au  fol.  4a  r°.  :  Ui)  .  i^iooo  Lu^o  Iju*^  oJM 
.  ^w£o>  Labâo?  ILsfTJo  «Apportez  des  briques,  de  la  boue  et 

du  mortier;  les  hôtes  et  architectes  du  roi  (en)  ont  besoin.  » 

F.  Nau. 


NOTICE   SUR  LES  AMULETTES  JUDEO-ARÀMEENNE3 , 
PAR  M.  RICHARD  GOTTHEIL. 

L'intéressant  article  publié  par  M.  Schwab  dans  le  Jour- 
nal asiatique,  janv.-févr.  1906 ,  p.  5  et  suiv. ,  sur  une  amulette 
judéo-araméenne  mérite  de  retenir  l'attention.  Il  peut  y  avoir 
intérêt  pour  les  lecteurs  de  ce  Journal  de  savoir  que  ce  n'est 
pas  la  seule  amulette  de  ce  genre  qui  existe.  Pendant  ces  deux 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  151 

dernières  années ,  pas  moins  de  huit  sont  arrivées  à  New-York. 
Quatre  d'entre  elles  ont  été  présentées  à  la  Bibliothèque  pu- 
blique de  New-York  ;  trois  autres  sont  en  la  possession  d'un  col- 
lectionneur ;  et  la  huitième  est  entre  les  mains  de  MM.  Tif- 
fany  et  C".  Cinq  sont  sur  une  plaque  d'argent;  deux  sont  en 
or;  et  une  en  bronze.  Une  des  amulettes  en  argent  mesure 
4  pouces  sur  1  pouce  3/8;  une  autre  3  pouces  3/8  sur 
î  pouce  i/8.  Une  des  amulettes  d'or  mesure  3  pouces  i/4  sur 
3/4.  de  pouce  ;  la  seconde ,  î  pouce  5/8  sur  3/4  de  pouce.  Les 
amulettes  d'argent  sont  de  beaucoup  plus  larges  que  celles  d'or. 
La  plaque  entière  est  généralement  recouverte  de  caractères 
hébreux  ;  les  lignes  sont  tracées  au  travers ,  comme  dans  l'amu- 
lette publiée  par  M.  Schwab.  Dans  un  seul  cas ,  dans  l'amulette 
de  bronze,  l'écriture  se  compose  de  longues  lignes,  la  plaque 
étant  tournée  de  côté.  Comme  on  se  servait  pour  écrire 
d'un  stylet  de  métal  ou  de  bois,  la  gravure  est  très  profonde 
et  souvent  le  verso  est  plus  lisible  que  le  recto.  L'inscription 
de  l'une  des  quatre  amulettes  (de  la  Bibliothèque  publique  de 
New- York)  est  évidemment  en  grec,  mais  elle  ne  contient 
que  peu  de  lettres. 

Sur  l'amulette  publiée  par  M.  Schwab  il  y  a  des  signes  que 
celui-ci  considère  fort  à  propos  comme  représentant  les  dix 
planètes.  Sur  une  des  amulettes  en  argent  à  New-York ,  il  y 
a  cependant  quatre  ou  cinq  lignes  de  signes  cabalistiques. 
Ces  signes  sont  complètement  inintelligibles,  quoique 
quelques-uns  d'entre  eux  offrent  quelque  ressemblance  avec 
les  signes  des  planètes  et  des  métaux  que  l'on  trouve  dans 
des  manuscrits  syriaques  traitant  de  l'alchimie  (voir  Rubens 
Duval  dans  Berthelot,  La  Chimie  au  moyen  âge,  tome  II, 
p.  2  et  suiv.  ) ,  et  qui  de  là  ont  passé  dans  le  Lexique  de  Bar 
Bahlul.  D'autres  présentent  de  l'analogie  avec  les  différents 
alphabets  cabalistiques  qui  doivent,  à  une  certaine  époque, 
avoir  eu  cours  dans  la  Syrie  du  Nord  et  dans  la  Mésopo- 
tamie. Que  de  tels  alphabets  fussent  en  usage  pour  cet  objet, 
c'est  ce  que  l'on  peut  constater  par  l'ouvrage  de  cet  archi- 
fnl  si  fi  en  leur  Abu  Bakr  Muhammnd  ibn  cÂlî  nl-Wahshiyah 


152  JANVIER-FEVRIEK    1907. 

(Brockelmann,  Geschichte  der  arabischen  Literatar,  tome  I, 
p.  243),  lequel  n'a  certainement  pas  inventé  tous  les  alpha- 
bets dont  il  donna  le  détail  dans  son  Kitâb  shauk  al-Mus- 
tahâm,  A  la  page  35  et  36  de  l'édition  de  Hammer-Purgstali 
(Ancient  Alphabets  and  Hyerogliphic  Cliaracters  explained, 
Londres,  1806), je  puis  facilement  signaler  de  la  ressem- 
blance avec  les  signes  figurés  sur  cette  amulette.  De  sem- 
blables alphabets  se  trouvent  à  la  fin  de  manuscrits  syriaques 
(par  exemple,  mss.  Sachau  53,  70,  116,  dans  la  collection 
de  Berlin  )  ;  et ,  ce  qui  est  étrange  à  dire ,  un  de  ces  alphabets 
s'est  infiltré  dans  la  grammaire  hébraïque  d'Abraham  de 
B aimes,  Miknêh  Abraham,  Venise,  i523,  fol.  10,  où  il  est 
expressément  donné  comme  un  alphabet  mésopotamien.  11 
se  trouve  aussi  dans  le  livre  cabalistique  Sepher  Raziel. 

Les  amulettes  qui  sont  ici  à  New-York  ont  été  trouvées 
toutes ,  à  une  seule  exception  près ,  à  Irbïd ,  non  loin  de  Tibé- 
riade,  par  un  Monsieur  cAzîz  Khayat.  Elles  proviennent  de 
tombes  creusées  dans  le  roc,  et  elles  étaient  probablement 
enterrées  avec  les  personnes  qui  les  avaient  portées.  Rien  de 
plus  ne  fut  trouvé  dans  les  tombes,  si  ce  n'est  quelques 
verres  et  fragments  de  bois.  Il  est  probable  que  l'amulette 
en  la  possession  du  P.  Giacinto  provient  du  même  fonds. 
L'amulette  avec  l'inscription  grecque  fut  trouvée  à  Baisân 
pendant  l'été  de  1906.  Comme  c'est  le  cas  pour  les  autres 
amulettes,  celle-ci  est  aussi  roulée  dans  un  petit  étui.  Heu- 
reusement, dans  cette  circonstance,  l'étui  d'or  est  conservé 
intact. 


ORFEVRERIE  D'ART  MAURESQUE. 

Une  mission  d'exploration  épigraphique  en  Espagne, 
accomplie  dernièrement,  a  eu  pour  limite  finale  Palma. 
A  la  sacristie  de  la  cathédrale  de  cette  ville ,  on  conserve  une 
paire  d'objets  de  liturgie,  de  fabrication  mauresque,  en  fili- 


NOUVELLES   ET  MÉLANGES.  155 

dont  le  rite  était  chaldaïque  ou  syriaque  (sic),  et  qu'ils  les 
emportèrent  à  Majorque ,  où  des  chrétiens  les  recueillirent. 

Sur  quoi  repose  cette  hypothèse  ?  Sur  une  mauvaise  lec- 
ture, certes  excusable,  de  la  finale  du  mot  D*3D")n,  prise 
pour  un  D  (s),  et  la  conjecture  du  mot  Armenios  a  entraîné 
d'autres  suppositions. 

Ce  pseudo-hébraïsant  n'a  pas  traduit ,  ni  même  lu ,  les  mots 
inscrits  sur  les  deux  colliers,  ainsi  conçus  :  "IliV  nWD3 
]DX  &  NBIDp  «Dans  la  synagogue  de  Juda  Camerota,  que 
Dieu  le  garde  !  Amen.  »  Avant  le  mot  Amen ,  l'eulogie 
abrégée  en  deux  lettres  pointées  se  réfère  à  un  nom  propre , 
celui  du  donateur  des  ornements.  Probablement ,  un  de  ses 
descendants,  pour  éviter  le  danger  grave  d'une  recherche 
de  l'Inquisition ,  aura  donné  ces  pièces  à  la  cathédrale  de  sa 
ville. 

On  trouve  des  spécimens  modernes  de  ces  objets  dans  le 
recueil  intitulé  :  Orfèvrerie,  bijouterie  et  joaillerie  algérienne, 
ÂJpilj^  £cL*3  de  l'imprimeur -graveur  Léon  (Alger,  1900, 
in-4#),  sous  les  n0$  66,  94  et  1 48 -149.  Ces  deux  derniers 
portent  le  nom  de  D^IDB  (  Tepoïm),  par  transcription  fautive 
de  D^rttDn  «pommes»,  équivalent  de  «grenades». 

Moïse  Schwab. 


BIBLIOGRAPHIE. 


UNE  PAGE   NOUVELLE  DE   L'HISTOIRE   D'EGYPTE, 
PAR  M.  MAX  VAN  BERCHEM. 

C.  H.  Bicxer.  Papyri  Sciiott-Reinharot  I,  dans  les  Veroffent- 
lichungen  aus  der  Heidelberyer  Papyrus  -  Sammlung  III,  —  1  vol. 
in-4°  de  ix-119  p.  et  12  planches.  Heidelberg,  Winter,  1906. 

La  collection  de  papyrus  formée  en  Egypte  par  Reinhardt 
fut  acquise  en  1904  à  la  Bibliothèque  de  l'Université  d'Hei- 


156  JANVIER-FEVRIER   1907. 

delberg,  par  la  libéralité  de  M.  Schott.  Le  classement  et  la 
publication  du  fonds  Schott-Reinhardt ,  qui  forme  la  troisième 
partie  du  dépôt  général  d'Heidelberg,  ont  été  confiés  à 
M.  Becker,  que  ses  études  originales  sur  l'histoire  et  l'admi- 
nistration de  l'Egypte  aux  premiers  siècles  de  l'Islam  dési- 
gnaient pour  ce  travail  délicat  \ 

A  part  quelques  fragments  hiératiques,  démotiques,  hé- 
breux, pehlewis  et  syriaques,  le  fonds  Schott-Reinhardt  se 
compose  exclusivement  de  documents  arabes ,  avec  plusieurs 
textes  bilingues,  grecs  et  arabes,  et  compte  plus  de  1,200 
numéros  sur  papyrus,  parchemin  ou  papier,  non  compris 
les  menus  fragments  et  quelques  objets  d'une  nature  excep- 
tionnelle. Parmi  ces  derniers  figurent  une  lettre ,  écrite  sur 
une  omoplate  de  chèvre  *,  que  ses  caractères  permettent  d'at- 
tribuer à  la  fin  du  ier  siècle ,  et  une  tablette  de  bois  portant 
un  fragment  du  Coran ,  des  exercices  d'écriture  et  un  proto- 
cole d'émir  sous  les  sultans  Mamlouks  \ 

1  Voir  notamment  ses  Beitrâge  zur  Geschichte  JEgyptens  et  plu- 
sieurs mémoires  dans  la  Zeitschrift  fur  Assyrioloyie. 

1  On  écrivait  souvent  sur  des  omoplates;  voir,  par  exemple, 
Sachao,  Ueber  den  zweiten  Chalifen  Omar,  p.  20. 

s  Dans  ce  protocole,  il  faut  lire  sans  doute,  à  la  ligne  1,  al-amîri 
au  lieu  de  al-aqarri ,  ce  relatif  et  les  suivants  paraissant  formés  sur 
le  titre  fréquent  al-amîr  ad-adjall  al-kabîr.  Le  dernier  relatif  do 
titre,  qui  doit  se  lire  al-alami,  est  formé  sur  le  surnom  'Alam  ad- 
dîn ,  qui  suit  à  titre  explicatif  et  qui  se  répète  un  peu  plus  loin , 
immédiatement  devant  le  nom  propre ,  suivant  une  règle  constante. 
Ce  protocole,  quoi  qu'en  dise  l'auteur,  est  donc  parfaitement  régu- 
lier. Seule  la  répétition  du  surnom  en  ad-dîn  peut  paraître  anor- 
male, mais  elle  s'explique  ainsi  :  la  première  fois,  ce  surnom  n'est 
là  que  pour  justifier  la  lecture  du  relatif  'alami,  qui  occupe  sa 
place  normale  à  la  fin  des  relatifs  de  titre,  et  pour  empêcher 
qu'on  ne  lise  'ilmi,  par  exemple;  la  deuxième  fois,  ce  surnom 
figure  comme  tel  à  sa  place  normale,  entre  le  titre  composé  et  le 
nom  propre.  Quant  au  nom  propre,  je  pense  qu'il  doit  être  lu 
Lâdjîn  ibn  Ishâq  (?) ,  en  changeant  un  peu  l'ordre  des  groupes  de 
lettres.  Enfin ,  dans  la  phrase  tronquée  qui  précède  le  protocole 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.       157 

Ces  documents,  qui  couvrent  une  période  de  1000  ans, 
du  1er  au  xie  siècle  de  l'hégire ,  se  rattachent  à  la  littérature 
ou  à  Thistoire.  A  la  première  appartiennent  un  cahier  de  cours 
en  37  feuillets,  daté  de  229  H.,  qui  renferme  un  fragment 
de  biographie  du  prophète  et  la  copie ,  attribuée  à  la  fin  du 
m*  siècle,  d'un  rouleau  âe  traditions  (sahîfa)  dont  les  prin- 
cipaux chaînons  (isnâd)  partent  du  traditionniste  Ibn  Lahfa, 
mort  en  Egypte  en  1 7  4  H.  Ce  groupe  comprend  encore  des 
fragments  du  Coran  et  d'ouvrages  religieux  et  juridiques, 
puis  des  traditions,  des  récits,  des  vers,  des  recettes  médi- 
cales ,  un  feuillet  détaché  d'un  calendrier  des  saints ,  etc. 

Bien  autrement  précieux  que  ces  morceaux  littéraires 
sont  les  documents  historiques  proprement  dits ,  qui  touchent 
aux  sujets  les  plus  variés.  Comme  les  autres  collections  de  ce 
genre,  le  fonds  Schott-Reinhardt  renferme,  d'une  part,  des 
actes  administratifs,  lettres,  ordres,  décrets  et  instructions 
de  gouverneurs  sur  des  questions  fiscales  et  agricoles,  telles 
que  l'assiette  de  l'impôt  et  la  spéculation  sur  les  grains ,  bre- 
vets et  rapports  de  fonctionnaires,  registres  de  cadastre, 
déclarations,  bordereaux  et  quittances  d'impôts,  pièces  de 
contentieux  administratif,  ordres  d'enquête  ou  de  pour- 
suite contre  débiteurs  ou  fonctionnaires  infidèles;  d'autre 
part,  des  actes  notariés  ou  privés,  contrats  d'achat,  de  vente, 
de  fermage,  de  location,  de  mariage,  constitutions  de  dots 
et  trousseaux ,  dépositions  et  témoignages ,  lettres  de  change , 
lettres  privées,  amulettes  et  formules  magiques,  livres  de 
comptes  et  de  ménage,  etc. 

Conduit  à  inventorier  le  fonds  Schott-Reinhardt  par  ordre 
de  matières ,  M.  Becker  nous  promet  une  série  d'études  pro- 
visoires  sur    quelques  groupes   de  documents  importants, 

1  epithète  karùna  trahit  une  formule  protocolaire  qu'il  ne  m'est  pas 
possible  de  rétablir.  Il  s'agit  peut-être  d'un  ordre  ou  d'un  décret 
dont  la  planchette  aurait  conservé  le  brouillon.  Dans  ce  cas,  il 
faudrait  lire,  par  exemple,  al-marâsim  ach-chartfa  al-karima  as- 
sâdira  'an  (au  lieu  de  as-sâdiqa  'an),  c'est-à-dire  les  ordres  awjustes 
émanés  de  Son  Excellence,  mots  suivis  du  protocole  même. 


158  JANVIER- FÉVRIER   1907. 

quitte  à  reprendre  plus  tard  une  édition  complète  et  défini- 
tive. Son  premier  fascicule  est  consacré  aux  actes  de  Qurra 
ibn  Charîk,  qui  gouverna  la  province  d'Egypte  pour  le  calife 
omayade  Walîd,  durant  les  années  90  à  96  de  l'hégire, 
dans  des  circonstances  difficiles.  Le  rôle  historique  de  ce 
personnage,  que  les  chroniques  de  T époque  abbasside,  sys- 
tématiquement hostiles  au  régime  omayade,  ont  présenté 
sons  un  jour  défavorable ,  est  singulièrement  mis  en  lumière 
par  la  papyrologie.  Les  actes  de  Qurra  signalés  jusqu'ici  dans 
les  dépôts  de  Vienne,  de  Berlin  et  du  Caire,  étaient  trop 
rares  ou  trop  mal  étudiés  pour  comporter  une  étude  d'en- 
semble sur  l'administration  de  l'Egypte  à  cette  époque.  Cette 
étude,  M.  Becker  nous  la  donne  en  guise  d'introduction  et 
de  commentaire;  la  deuxième  partie  de  son  livre  est  consa- 
crée à  l'édition  même  des  actes  de  Qurra.  M.  Becker  publie 
vingt-deux  documents  plus  ou  moins  complets  d'Heidelberg , 
avec  la  description  des  papyrus,  une  transcription  et  une 
traduction  annotées  et  illustrées  par  d'excellents  fac-similés; 
il  y  ajoute,  en  simple  transcription  annotée,  douze  docu- 
ments conservés  à  la  Bibliothèque  de  l'Université  de  Stras- 
bourg; deux  index  facilitent  les  recherches. 

Après  leur  préparation ,  dont  il  est  inutile  de  parler  ici ,  le 
déchiffrement  et  la  publication  des  papyrus  arabes  se  heurtent 
à  des  difficultés  de  tout  genre.  Sans  parler  des  problèmes 
de  lecture  posés  par  l'état  fragmentaire  des  originaux ,  par 
leurs  lacunes ,  leur  paléographie ,  leur  grammaire ,  leur  or- 
thographe ,  ni  du  travail  de  bénédictin  qui  consiste  à  rappro- 
cher, pour  reconstituer  une  pièce,  des  fragments  dispersés 
ou  de  provenance  incertaine ,  on  y  rencontre  en  foule  des 
noms  propres  et  des  noms  de  lieu  nouveaux,  des  termes 
techniques  de  sens  obscur.  Il  faut  avancer  pas  à  pas,  en  se 
gardant  des  généralisations  hâtives,  procéder  par  induction 
ou  par  comparaison.  A  défaut  de  toute  épigraphie  contempo- 
raine, les  sources  les  plus  voisines  sont»  d'une  part,  la  litté- 
rature arabe,  de  l'autre,  la  littérature  et  la  papyrologie  de 
l'époque  byzantine.  Mais ,  sur  la  plupart  des  questions 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  159 

par  les  papyrus,  les  auteurs  arabes  sont  vagues  ou  muets; 
leurs  idées  sur  le  droit  public  et  l'administration ,  théoriques 
ou  préconçues,  ne  répondent  guère  à  la  réalité  des  faits.  On 
ne  connaît  d'ailleurs,  pour  l'Egypte,  aucun  ouvrage  de  cette 
époque ,  car  le  livre  de  l'impôt  dédié  par  Abu  Yùsuf  au  calife 
Hàrùn  ar-Rachid  est  écrit  pour  la  Mésopotamie.  Bien  que  le 
mécanisme  primitif  des  impôts  fut  analogue  dans  ces  deux 
pays,  on  ne  peut  toujours  conclure  de  l'un  à  l'autre,  car  les 
conquérants  arabes ,  en  politiques  habiles ,  ont  été  fort  con- 
servateurs en  matière  administrative  et  se  sont  gardés  d'uni- 
formiser et  de  centraliser  leur  immense  et  disparate  empire. 
Restent  les  sources  byzantines,  notamment  les  papyrus  grecs , 
qui  ont  été  mieux  étudiés  que  les  arabes.  Leur  témoignage 
est  très  précieux ,  parce  que  l'administration  de  l'Egypte  a 
été  peu  modifiée  par  la  conquête  arabe  et  que ,  sous  les  noms 
qui  changèrent,  les  choses  restèrent  à  peu  près  les  mêmes; 
encore  faut-il  en  user  avec  prudence.  Précisément  parce  que 
les  noms  ont  changé,  il  n'est  pas  toujours  aisé  d'établir 
l'équivalence  de  deux  termes  spéciaux ,  le  grec  et  l'arabe. 

La  place  et  la  compétence  nous  font  défaut  pour  discuter 
ici  tous  les  problèmes  que  l'auteur  soulève  au  cours  de  son 
étude ,  et  qu'en  véritable  historien  il  se  garde  bien  de  tran- 
cher à  tout  prix  ;  nous  croyons  faire  œuvre  plus  utile  en  ré- 
sumant ses  conclusions  et  ses  hypothèses.  Passons  sur  la  dis- 
cussion des  noms  de  heu,  des  divisions  administratives  et 
des  termes  qui  les  désignent  en  grec  et  en  arabe,  pour  nous 
borner  à  ce  que  les  actes  de  Qurra  nous  apprennent  d'essen- 
tiel sur  l'esprit  politique ,  sur  les  principaux  fonctionnaires , 
sur  le  mécanisme  des  impôts  et  sur  la  circulation  des  céréales 
vers  la  fin  du  Ier  siècle  de  l'hégire. 

Et  d'abord,  ces  documents  originaux  contribuent  à  réha- 
biliter le  régime  orna  va  de ,  si  décrié  par  les  procès  de  ten- 
dance des  écrivains  abbassides.  Qurra  ne  s'y  montre  pas  seu- 
lement énergique  »  mais  probe  et  scrupuleux  selon  la  morale 
musulmane  et  les  principes  que  les  théologiens  de  l'école 
médinoise  recommanderont  plus  tard  aux  mandataires  du 


160  JANVIER-FÉVRIER   1907. 

gouvernement.  Responsable  auprès  du  calife ,  il  entend  que 
ses  subordonnés  le  soient  aussi  vis-à-vis  de  lui-même.  Il  veut 
être  et  veut  qu'ils  soient  également  respectueux  des  droits 
de  l'Etat  et  des  droits  de  ses  administrés.  Il  ne  lui  suffît  pas 
que  ceux-ci  acquittent  strictement  leurs  charges ,  il  prétend 
encore  qu'ils  ne  souffrent  ni  exaction ,  ni  injustice.  Il  ne  se 
borne  pas  à  commander;  pour  se  savoir  obéi,  il  exige  des 
rapports.  Bref,  il  entend  gouverner  selon  les  lois  religieuses 
et  morales  de  l'Islam ,  dont  le  prestige  et  la  force  ont  résidé 
longtemps  dans  cet  esprit  de  justice  et  ce  sentiment  du 
devoir  public  et  social.  Que  cette  morale  fût  utilitaire ,  Qurra 
lui-même  ne  s'en  cache  pas  et  ceci  regarde  le  psychologue. 
L'historien  doit  se  borner  à  constater  que  ces  principes, 
revendiqués  par  les  théologiens  et  les  moralistes  de  l'époque 
abbasside,  inspiraient  déjà  les  administrateurs  des  premiers 
siècles,  non  seulement  le  calife  Omar,  dont  la  grande  figure 
dominait  les  discussions  de  parti ,  mais  encore  les  représen- 
tants du  régime  omayade. 

Comme  on  pouvait  s'y  attendre,  la  titulature  est  fort 
simple  à  cette  époque  primitive.  Le  gouverneur  ne  porte 
aucun  titre  arabe;  en  grec,  il  s'appelle  symboulos,  titre  dont 
l'équivalent  arabe  reste  incertain.  L'Egypte  était  divisée  en 
districts  appelés  kûra,  correspondant  aux  nomes  antiques  et 
administrés  par  un  préfet  portant  le  titre  vague  de  maître 
ou  sâhib ,  dont  l'équivalent  grec  reste  à  trouver.  A  l'époque 
byzantine,  le  nome  antique,  administré  par  un  nomarque, 
puis  par  un  stratège,  avait  fait  place  à  un  groupe  de  pages, 
administrés  par  des  pagarques  ou  préposites.  Or,  c'est  le 
nome ,  et  non  le  page ,  qui  reparait  dans  la  kûra  arabe ,  dont 
le  sâhib  ne  peut,  dès  lors,  être  assimilé  au  pagarque.  Le 
préfet  de  district,  qui  relève  directement  du  gouverneur, 
est  souvent  un  chrétien  non  arabe,  de  même  qu'à  l'époque 
romaine,  un  non  romain  pouvait  être  nomarque,  mais  ne 
pouvait  pas  s'élever  plus  haut.  L'administration  est  centra- 
lisée entre  les  mains  du  gouverneur,  non  seulement  en  ma- 
tière fiscale ,  comme  on  va  le  voir,  mais  en  procédure  pénale 


NOUVELLES   ET   MELANGES.  161 

et  civile ,  ainsi  que  le  prouvent  l'acte  n°  IV,  par  lequel  Qurra 
poursuit  l'arrestation  d'un  délinquant ,  et  les  actes  n°*  X  et  XI , 
où  il  renvoie  devant  les  préfets  compétents  des  demandes  en 
recouvrement  de  créances 1.  Cette  extrême  centralisation  ex- 
plique ,  avec  les  retards  que  Ton  constate  dans  le  service  des 
impôts,  les  allures  paperassières  d'une  administration  que 
personne ,  alors ,  ne  songeait  à  envier  à  l'Egypte ,  mais  à  qui 
nous  devons,  du  moins,  tant  de  documents  précieux. 

Deux  taxes  principales  frappaient  les  contribuables  :  un 
impôt  très  fort  en  numéraire  (djizya  =>  hrj^iàaia) ,  payable  en 
monnaie  d'or  [dinar) ,  et  un  impôt  moins  lourd  en  nature 
[dariba  =  è(i€oXrj) ,  payable  en  mesures  de  froment  (ardabb). 
Ces  deux  recettes  étaient  balancées,  dans  le  budget  de 
l'Etat,  par  deux  dépenses  également  distinctes  :  la  djizya 
subvenait  à  la  solde  de  l'armée  ['atâ'  al-djand),  la  dariba 
fournissait  les  distributions  en  nature  assurées  aux  soldats 
et  à  leurs  familles  [arzâq  al-djand).  Ainsi,  dans  l'acte  n°  I, 
Qurra  réclame ,  par  son  directeur  des  finances ,  à  un  préfet 
la  djizya  arriérée  de  son  district,  en  lui  rappelant  que  le 
terme  est  échu  pour  le  payement  de  la  solde;  dans  l'acte 
n°  III ,  il  lui  réclame  la  dariba  de  son  district  en  lui  rappe- 
lant que  le  terme  est  échu  pour  les  distributions  à  l'armée. 

Ces  deux  lettres  dévoilent  un  autre  fait  important,  que 
M.  Becker  a  déjà  signalé  dans  ses  premiers  travaux  :  c'est 
que  djizya  et  dariba  étaient  alors  des  impôts  de  commu- 
nauté ,  de  véritables  tributs ,  dont  le  préfet  répondait  pour 
son  district  auprès  du  gouverneur.  Ce  qu'on  nommait  djizya 
en  Egypte  s'appelait  kharâdj  en  Mésopotamie.  C'est  plus 
tard ,  après  le  11e  siècle ,  qu'à  la  suite  des  troubles  causés  dans 
l'assiette  de  l'impôt  par  la  conversion  des  non  musulmans 
et  par   l'accroissement  de    la    propriété    foncière    musul- 

1  On  sait  que  de  tout  temps ,  dès  les  premiers  califes ,  le  souve- 
rain musulman  ou  son  représentant  a  tenu  une  cour  de  justice  qui 
paraît  avoir  été  une  des  prérogatives  de  la  souveraineté  et  devant 
laquelle  tout  sujet  pouvait  porter  sa  plainte;  sur  le  nazar  fi  l-ma- 
zâlim,  voir  les  sources  citées  dans  notre  Corpus,  I,  p.  i43  et  761. 

i\.  1 1 

nnnnn  bâtioxilb. 


162  JANVIER-FEVRIER    1907. 

mane,  le  kharâdj  devint  un  impôt  foncier  frappant  le  sol 
même,  quel  qu'en  fût  le  propriétaire,  et  la  djizya  (ou  djâ- 
/zya),  une  capitation  personnelle  réservée  aux  non  musul- 
mans. A  l'époque  de  Qurra ,  les  choses  se  passaient  ainsi  : 
le  tribut  de  l'Egypte  une  fois  fixé,  suivant  des  règles  que 
nous  ignorons ,  le  gouverneur  le  répartissait  lui-même  entre 
chaque  village  ou  localité  (qarya).  C'est  ce  qui  résulte  des 
actes  n0ï  V  et  VI  et  de  tous  les  actes  de  Strasbourg,  dans 
lesquels  Qurra  ou  son  directeur  des  finances  expédie  à  divers 
villages  des  bordereaux  de  djizya  et  de  dariba  rédigés  sui- 
vant cette  formule  générale  :  «  Lettre  de  Qurra ,  aux  habi- 
tants de  tel  endroit,  dans  tel  district  :  Sur  la  djizya  de  telle 
année,  vous  êtes  imposés  de  tant  de  dinars,  payables  en 
numéraire ,  et  sur  la  dariba ,  de  tant  d'ardabbs  de  blé.  » 

Ainsi,  c'était  le  gouverneur  qui  fixait  en  bloc  à  chaque 
village  le  double  tribut  que  des  employés  locaux,  on  va  le 
voir,  répartissaient  ensuite  entre  les  contribuables;  si,  dans 
cette  opération ,  l'on  ne  voit  pas  intervenir  le  préfet  de  dis- 
trict,  c'est  sans  doute  parce  que  le  gouvernement  avait  de 
bons  motifs  pour  y  présider  lui-même.  En  revanche,  on  vient 
de  le  dire ,  les  deux  tributs  rentraient  par  la  voie  du  préfet 
responsable.  Mais  comment  passaient-ils  de  la  bourse  des 
contribuables  dans  la  caisse  de  l'Etat  ?  Si  les  détails  man- 
quent encore  pour  la  djizya,  les  actes  de  Qurra,  en  ce  qui 
concerne  la  dariba,  illustrent  plusieurs  phases  de  cette 
longue  opération  :  expédition  des  bordereaux  aux  villages; 
transport  de  toutes  les  récoltes  dans  les  granges  de  l'Etat  ; 
prélèvement  de  la  dariba ,  sous  la  responsabilité  du  préfet  et 
parles  soins  du  qabbâl,  employé  copte  nommé,  dans  chaque 
village ,  par  les  contribuables  et  procédant  suivant  un  règle- 
ment minutieux,  puis  remettant  le  tribut,  après  avoir  pré- 
levé son  salaire,  aux  gardiens  des  magasins  de  l'Etat;  trans- 
port de  la  dariba  jusqu'à  la  capitale,  par  les  soins  des 
préfets  et  sous  le  contrôle  du  directeur  des  finances;  enfin, 
distributions  à  l'armée.  Bien  qu'encore  inachevé,  le  tableau 
se  dessine  en  ses  grandes  lignes;  il  ressemble,  termes  tech- 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  163 

niques  à  part,  à  celui  que  trace  Abu  Yûsuf,  un  peu  plus 
tard,  pour  la  Mésopotamie  et  cet  accord  de  deux  sources 
aussi  distinctes  est  un  indice  favorable  aux  conclusions  de 
l'auteur. 

Nous  sommes  tenté  d'attacher  moin»  d'importance  aux 
emprunts,  d'ailleurs  fort  instructifs,  que  M.  Becker  fait  en- 
suite aux  écrivains  traitant  de  l'administration  fatimide  et 
nyoobide1.  Sans  doute,  il  ne  faut  négliger  aucun  moyen 
d'information,  et  les  sources  médiévales,  encore  que  bien 
incomplètes,  suggèrent  de  nombreux  rapprochements  avec 
les  plus  anciens  papyrus.  Mais  au  regard  d'une  méthode 
rigoureuse ,  leur  valeur  diminue  à  mesure  qu'on  s'éloigne  des 
premiers  siècles  de  l'Islam.  En  effet ,  si  la  collecte  de  l'impôt 
ne  change  guère,  son  assiette  se  déplace  progressivement, 
sous  l'influence  d'un  nouveau  facteur  économique  et  social  : 
le  régime  des  concessions  territoriales,  qui  fleurit  sous  les 
Ayoubides ,  mais  dont  l'origine  semble  remonter  plus  haut. 
Si  cette  sorte  de  régime  féodal,  dont  l'étude  est  encore  à 

1  Notamment  Ibn  Tuwair  (d'après  Maqrîzi),  Ibn  Mammâti  (édi- 
tion du  Caire)  et  Nâbulusi  [Lumol  al-<jawânin,  manuscrit  de  la 
Khédiviale).  A  ce  dernier,  l'auteur  emprunte  un  long  passage, 
dont  il  a  oublié  de  donner  la  référence  exacte  au  manuscrit  du 
Caire.  L'épithète  de  chahid,  que  Nâbulusi  y  donne  à  un  sultan 
qu'il  ne  nomme  pas,  n'est  pas  un  titre  spécifique  des  Ayoubides, 
comme  il  semble  résulter  d'une  note  de  M.  Becker.  Ce  mot  signifie 
mort  pour  la  foi,  martyr,  plus  tard  et  couramment,  décédé;  voir  le 
Corpus,  I,  p.  317,  n.  1,  d'après  Goldziher,  Muhammedanische 
Studien,  II,  p.  387.  Ici,  ce  terme  a  bien  son  sens  primitif  et  strict, 
car  il  désigne  le  sultan  Nadjm  ad-dîn  Ayyûb,  sous  lequel  Nâbulusi 
fut  fonctionnaire;  voir  sa  Description  du  Faiyoum,  éd.  Moritz,  in- 
troduction. Or,  Ayyûb  est  mort  en  combattant  pour  la  foi,  contre 
l'année  de  saint  Louis,  en  cha'bân  647  (novembre  1249);  voir  ses 
inscriptions  dans  le  Corpus,  I,  p.  io5  et  suiv.  On  peut  en  con- 
clure que  le  Luma*  fut  composé  après  cette  date.  Comme  il  est 
dédié  au  sultan  Ayyûb  (d'après  M.  Noeîdeke,  dans  ZDMG,  XL, 
p.  3i  i),  il  en  résulte,  ou  que  cette  dédicace  est  posthume,  ou  que 
le  passage  en  question  a  été  remanié  depuis. 

11 . 


164  MNVIER-FJUrJER   *9Ûi7. 

faire,  a  été.  introduit  e»  Egypte  par,  Saladia,  il  est  probable 
qu'il  ne  L'a  pas  créé,  nais  emprunté  a«&  grands  Seir 
d|oucides„  par  le  canal  de  son.  maître  Nûr  ad-din,  et  sous  la. 
pression  des  croisades.  Or,  l'influence  que  ces  puissants  sou- 
verains ont  exercée  sur  l'Egypte,,  dès.  le  xC  siècle  et  dans 
divers  domaines,  se  devine  à  plusieurs  indices,  qu'il  serait 
trop  long,  de  signaler  ici.  Bref, .s'il  est  absolument  légitime 
de  comparer  les  papyrus,  des.  premiers,  siècles;  aux.  sources 
littéraires  de  l'époque  abbaaside,,  il  nous  semble:  prudent, 
pour  le  moment  du  moins.,,  d'appliquer  la  même  méthode  au 
moyen  âge ,  c'est-à-dire  de  comparer  les-  sources  littéraires  de 
l'époque  fatimide  et  ayoubide  aux  papyrus,  contemporains» 
Encore  une  fois,  nous. ne  reprochons  pas  à  l'auteur,  de  noua 
donner  des  détails  très  curieux  suc  l'administration  de 
l'Egypte  au  m6  siècle  ;  nous  espérons  seulement  qu'il  en 
poussera  plus  à  fond  l'étude  quand  il  publiera  des  papyrus 
de  cette,  époque. 

La  prospérité  de  l'Egypte  reposant  sur  la,  distribution- 
normale  des  produits  agricoles,  le  gouvernement  s'est  inté- 
ressé de  tout  temps,,,  depuis  Joseph*,  à  la.  circulation/  des 
céréales.  U  avait  à  combattre  le  grand!  fléau  des  pays  très 
peuplé*,  la  famine,  produite  par  une  mauvaise  récolte-,  à  l'a 
suite  d'une  crue  trop  faible  du  Nil,  et  par  la  spéculation 
sur  les  grains,  qui  sévissait  le  plus  fort  précisément  en  cas 
de  disette;  même  en  temps  normal,  il  semble  bien  que  le 
marché  ne  fût  pas  libre.  Dans  l'acte  n°  II ,  Qurra  enjoint  à 
un  préfet  de  veiller  à  ce  que  les  marchands  ne  spéculent  pas, 
sur  leurs  achats;  à  ce  qu'ils. en  vendent  la  moitié  sur  place; 
à,  ce  qu'ils  apportent  à  la  capitale  L'autre  moitié,,  awc*  oe 
qu'ils  n'auront  pas  pu>  vendre  de  la  première;  à*  oe  qu'ils 
fassent  de  leurs-apports  une  déclaration  exacte*,  dont  prendra 
connaissance  le  directeur  du  Maks  a  Fôstat;  après  quoi ,  ces 
blés  seront  vendus  dhns  la  capitale. 

Avant  l'Islam ,.  le  maks  était,  un  droit  cToctroi',  prélevé  sur 
les  marchés,  ou  de  douane,  perçu  dans  les  ports  ou  les  villes 
frontières,  droit  que  les  musulmans  conservèrent  et  adap? 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.      Nft 

terent,  tant  bien  ique  mal,,  à  leur  système  canonique  ôtSnt- 
pôts ,  en  le  «qpproÂairt  -de  la  dîme  (Srefe*).  Pourquoi  le  Ma** 
ott  bureau  d'octroi  de  Fostat  était-il  devenu  le  marche  aux 
grains  «de  la  capitale  ?  Satis  "doute ,  répond  M.  feecfcer,  parce 
qu'ils  y  acquittaient  un  droit  d'octroi.  Il  test  constant  que  les 
droits  prélevés  m  Maksrrn  Caire  jouent  tm  i^ïinporlatA, 
plus  tard  -et  jusque  sous  les  M'amkmks;  remarquons  toutefois 
qu'il  n'en  est  pais  question  ici.  Bien  qu'on  ne  puisse  guère 
douter  de  leur  existence  a  l'époque  de  Qorfa ,  tl  "se  peut  aussi 
que  le  gouverneur,  en  exigeant  une  déclaratroti  des  apports, 
ait  eu  pour  but  de  combattre,  â  tout  moment,  la  quantité  de 
blé  disponible  sur  le  marché  «de  la  capitale,  petnVètre  efn 
temps  tie  famine. 

En  résumé,  l'édition  de  M.  Becker  nous  parait  efccek 
lente ,  et  son  commentaire  très  serré  nous  vaut  le  premier 
essai  méthodique ,  tiré  des  papyrus ,  'sur  l'administration  de 
l'Egypte  au  début  de  l'Islam.  S'A  renferme  encore  des  points 
obscurs  et  des  lacunes  "considérables,  ces  défauts  ne  Sont 
pas  imputables  à  l'auteur.  Ils  proviennent  de  l'insuffisance 
des  documents ,  sans  doute*  mais  nous  pensons  qu'il  serait 
déjà  possible  d'y  remédier  «en  tpielque  mesure.  On  sait  com- 
ment se  forment  les  collections  de  papyrus  :  Vienne  a  donné 
l'exemple*  suivi  par  les  autres  capitales >  puis  par  les  petites 
villes;  «aujourd'hui ,  chaque  musée ,  chaque  bibliothèque  veut 
avoir  sa  collection.  Cette  émulation ,  fort  heureuse  par  elle- 
méaae ,  a  pour  inconvénient  de  pousser  les  papyrus  à  des 
prix  de  grand  luxe  et  de  favoriser  leur  extrême  dispersion , 
les  trafiquants  ne  reculant  pas  devant  leur  dépeçage  pour  en 
tirer  plus  de  profit;  et  c'est  ainsi  que  les  précieux  débris 
s'envolent  à  tous  les  vents.  Mais  s*il  n'est  guère  possible  de 
réglementer  la  collecte  des  papyrus ,  on  pourrait  du  moins 
en  organiser  la  publication  sur  des  bases  plus  larges. 

Jusqu'ici ,  les  papyrus  arabes  ont  été  fort  négligés ,  sans 
doute  à  cause  des  difficultés  qui  s' attachent  à  leur  étadte  et 
du  petit  nombre  de  savants  préparés  à  les  aborder.  A  part 


166  JANVIER-FÉVRIER  1907. 

quelques  essais  isolés,  nous  ne  possédons  que  les  brillants 
mémoires  de  M.  Karabacek,  sur  quelques  papyrus  de  la  col- 
lection de  l'archiduc  Rénier,  et  le  précieux  inventaire  qu'il 
en  a  donné  dans  le  Fuhrer  durch  die  Ausstellung1.  En  dépit 
du  talent  et  de  l'érudition  qui  les  distinguent,  ces  études  ne 
sauraient  tenir  lieu  ni  d'une  édition  critique ,  ni  d'un  com- 
mentaire méthodique  et  raisonné.  Le  livre  de  M.  Becker  est 
donc  le  premier  essai  de  ce  genre  tenté  sur  un  groupe 
précis  de  documents  de  même  nature  et  de  même  époque, 
et  c'est  là,  nous  le  répétons,  ce  qui  fait  l'intérêt  supérieur 
de  ce  livre ,  en  dehors  de  sa  valeur  scientifique.  Et  pourtant , 
il  se  borne  aux  actes  de  Qurra  conservés  dans  une  seule  col- 
lection. Il  est  vrai  que  M.  Becker  a  eu  l'heureuse  idée  d'y 
joindre  une  série  d'actes  de  Qurra  qu'il  avait  entrevus  en 
Egypte  et  qu'il  a  su  retrouver  à  la  Bibliothèque  de  Stras- 
bourg. Ces  douze  bordereaux  d'impôt  complètent  fort  à 
propos  ceux  d'Heidelberg  et  fauteur  a  pu  dégager  de  cet 
ensemble  documentaire  quelques-unes  de  ces  conclusions 
définitives  qu'il  est  toujours  dangereux  de  demander  à  des 
textes  isolés.  Mais  il  ne  pouvait  les  accueillir  qu'en  forçant , 
pour  ainsi  dire,  le  cadre  et  le  titre  de  son  livre  et  de  fait,  ils 
y  sont  entrés  comme  à  la  dérobée,  avec  un  commentaire 

1  M.  Becker  donne  la  liste  de  ces  travaux,  p.  î  et  suiv.  et  n4; 
en  outre ,  il  circule  des  photographies  isolées  de  papyrus  arabes  de 
Berlin.  La  liste  des  actes  et  diplômes  donnée  par  fauteur  aux 
mêmes  pages  n'est  pas  tout  à  fait  complète.  Du  moment  qu'il 
citait,  M.  Becker  aurait  pu  citer  encore,  par  exemple,  pour 
l'Egypte,  les  actes  publiés  par  Quatremère  dans  son  Histoire  des 
sultans  Mamlouks,  pour  l'Espagne,  les  lettres  nasrides  publiées 
par  M.  Derenbourg  dans  les  Nouveaux  mélanges  orientaux,  pour 
ces  deux  pays  et  pour  l'Afrique  du  Nord ,  les  Nuovi  ricordi  arabici 
d'Amari,  sans  parler  des  recueils  généraux  tels  que  de  Mas- 
Latrie,  Tafel  et  Thomas,  etc.,  enfin  signaler  peut-être  la  cor- 
respondance diplomatique  de  Saladin ,  connue  surtout  par  les  édi- 
tions diverses  d'Abû  Châma  et  de  'Imâd  ad-dîn ,  et  les  lettres  du 
Qâdi  Fâdil ,  secrétaire  de  Saladin ,  dans  les  manuscrits  de  Paris  et 
de  Munich. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  167 

ecourté,  sans  traduction  ni  fac-similé.  II  en  résuite  un  cer- 
tain décousu  dans  la  composition ,  et  les  vues  de  l'auteur  sont 
appelées  sans  doute  à  se  modifier  sur  quelques  point»,  quand 
on  connaîtra  de  nouveaux  actes  de  Qurra.  Encore  une  foi», 
nous  ne  lui  reprochons  pas  un  défaut  inhérent  à  un  mode 
d'édition  auquel  il  s'est  efforcé  lui-même  de  remédier.  Mais 
nous  appelons  de  nos  vœux  le  jour  où  les  savants,  s'élevant 
au-dessus  des  rivalités  de  clocher,  publieront ,  non  pas  tous 
les  papyrus  que  le  hasard  a  réunis  dans  une  collection,  mais 
les  documents  de  même  époque  et  de  même  nature  fournis 
par  toutes  les  collections;  alors  seulement  il  sera  possible 
d'en  tirer  toutes  les  conclusions  qu'ils  comportent. 

Au  dernier  moment ,  M.  Becker  nous  envoie  un  nouveau 
travail,  Arabische  Papyri  des  Aphroditof arides ,  qui  vient  de 
paraître  dans  la  Zeitschrift  fâr  Assyriologie ,  t.  XX.  Nous 
n'avons  plus  le  temps  d'analyser  cette  étude  très  nourrie  et 
nous  nous  bornons  à  en  indiquer  le  but  et  le  sujet. 

M.  Becker  avait  déjà  publié  son  premier  travail  quand  il 
eut  connaissance  des  trouvailles  de  Kôm  Echqâw  en  Haute- 
Egypte,  par  un  rapport  de  M.  Quibell  dans  les  Annales  du 
Service  des  antiquités  de  l'Egypte,  t.  IIJ.  Il  apprenait  aussi 
que  le  British  Muséum  vient  d'acquérir  un  lot  considérable 
de  papyrus  grecs,  coptes  et  arabes  de  cette  provenance.  En 
les  comparant  avec  ceux  d'Heidelberg  et  de  Strasbourg,  il 
acquit  la  conviction  que  ceux-ci  proviennent  aussi  de  Kôm 
Echqâw,  ainsi  que  plusieurs  fragments  du  Caire. 

Cette  découverte  lui  permet  d'abord  de  rectifier  la  lecture 
d'un  nom  de  district  qui  figure  très  souvent  dans  les  papyrus 
d'Heidelberg  et  de  Strasbourg,  et  que  M.  Becker  lit  désor- 
mais Achqâh,  au  lieu  de  Achfuhj  puis  de  proposer  quelques 
additions  à  son  premier  travail,  notamment  en  ce  qui  con- 
cerne les  divisions  administratives.  Ensuite  il  publie  les  nou- 
veaux actes  de  Qurra  révélés  par  son  enquête ,  c'est-à-dire 
sept  lettres  de  ce  gouverneur  à  Londres  (I  à  Vil) ,  puis  trois 
lettres  reconstituées  par  la  réunion  de  fragments  de  Londres 


148  JANVIER-FÉVRIER  1907. 


•  » 


«t d'ttewfeuWg  (VDI  a  X},  enfin  fine»  lettres  et  ton*. 
mente  du  Gains  publies  récemment  an  fac-similé ,  ma»  sens 
oasnmeutaîre,,  paraL  Jfaritz^dans  j4na6ic  Asis^ogrupày^XIià 
XVII),  y armi  lesquels  une  lettre  recamtkuée  avec  «as  frag» 
«lent  d'H«cWben£. 

Ce  travail,  qui  fait  ressortir  «ne  lois  de  pin*  les  remar- 
quables qualités  de  astique  et  d'historien  de  l'auteur, 
firme  aussi  les  réserves  que  nous  avons  faites  sur  la 
de  publier  les  papyrus.  Car  il  est  évadent  que  si  M.  Becker 
avait  pu,  d'emblée,  étudier  tons  les  actes  de  Qurra  révélés 
par  ses  recherches,  au  Heu  d'être  ooodmt  à  les  grouper  épi- 
sodiqnement  autour  des  papyrus  dUetdelberg,  «es  rues  gé- 
nérale» en  auraient  eu,  dès  l'origine,  plus  d'ampleur  et  plus 
de  précision.  Mats  il  ne  masquera  pas,  sans  doute,  de  nous 
donner  un  jour  cette  étude  définitive  sur  TadWiristratHMi  de  ' 
l'Egypte  au  i"  siècle,  qu'il  est  désormais  ai  bien  préparé 
à  écrire1. 


TUHFA    DAWÏ-L-ARAB,    UBER    NAMBN    UND    NlSBBN    BEI     BOUARJ , 

Mvslim  .  Mâlik,  von  Ibn  Qatjb  al-dabsa,  herausgegeben  vos 
Dr  Traugott  Mann.  Leyde ,  Brifl ,  1 905.  V  +  33  -f-  Y*  \  pages. 

La  Tukfa  detmhlrarab  fï  muskili4-asmâ'i  wtnms&b  {Tuhjmjtoi 
serait  une  transcription  préférable  )  appartient  à  l'abondante 
littérature  de  la  Murifat-er-rigûL  C'est  un  répertoire  6b%  ism, 
iaqab ,  kunym ,  nùèa  cités  dans  les  isnéd  et  dans  les  nuitn  chez 
Bobârï ,  Moslim  et  Mâlik.  H  fixe  l'exacte  orthographe  de  ces 
noms  propres;  parfois  il  ajoute  quelques  renseignements 
sommaires  sur  les  personnages  qui  les  ont  portés.  Il  est  inté- 
ressant de  noter  que ,  fréquemment,  la  TnÀfa  signale  comme 
ayant  cours  ches  les  traditionnistes  une  orthographe  diffé- 
rente de  celle  adoptée  par  les  grammairiens. 

1  A  propos  de  Qurra,  M.  Becker  aurait  pu  signaler  les  estam- 
pilles de  verre  an  nom  de  cet  émir,  publiées  par  M.  Casanova, 
dans  les  Mémoires  de  h  Minwn  aivkfelogiijue  frurw/iiie  au  Caire , 
t  VI,  p.  367. 


NOUVELLES  ET  MÉJLAftG&S.  169 

Ceux  qui  se  sont  occupes  de  la  littérature  du  hadit  savant 
combien  parfois  il  est  difficile  d'y  établir  l'exacte  orthographe 
des  noms  propres;  ils  seront  reconnaissants  à  M.  Tcaugptt 
Mann  de  sa  publication;  cet  ouvrage  rendra  grand  service. 
L'éditeur  a  fait  précéder  le  texte  de  la  Tàhfa  d'une  étude 
sur  Fauteur,  Maftmûd  b»  Ahmed  El-Hamawî,  connu  sous  le 
nom  de  Ibn  Hatïb  ed-dahsa  (t  834);  il  y  a  joint  une  courte 
notice  sur  la  littérature  apparentée,  et  ajouté  des* notes.  Ces 
notes  ne  sont  ni  assez  abondantes»,  ni  asseï  précises-.  L'édi- 
teur a  rarement  pris  la  peine  d'identifier  les  quelquesvers ,  les 
nombreux  fragments  de  hadît  cités  dans  la  Tahfa.,  Quelques 
efforts  en  ce  sens  n'auraient  pas  été  inutiles  ;  et  M.  Tr.  M.  y 
aurait  évité  bon  nombre  de* méprises;  il  ne  nous  aurait  pas 
donné  (p.  M,  1.  ao),  une  leçon  boiteuse  et  fautive  d'un 
vers  bien  connu  de  Nâbiga  (  Ahlwà«rt>t,  Diwans,  p.  2 ,  v.  S)  y 
il  n'aurait  pas  fait  dis  **x£r  l'âne  du  prophète  (;W-)  ♦•  son  pa- 
négyriste («>l$-)  [p.  Al°,  1.  là;  cf.  Bohârï,  Gihâd,n°  46'];  et 
aurait  appris  que ,  bien  loin  d'avoir  fait,  miséricorde  («^  )  & 
Mâ'iz  (p.  I  -r);,  Mohammed  le  fit  lapider  (-^)  [cf.  Sprengbr, 
Leben,  III,  66,  note];  il  ne  nous  aurait  pas  donné  du  hadit 
célèbre  :  jc^y»  *?  J5J  }IJ  os*J  *£u  U  (Moslim  en  marge  de 
Qastal.  [i3o5],  X,  p.  rvjc;  Nihâya ,  III ,  r")6*)  une  version 
incompréhensible  Jl5^  St  ftp.  àtf)  ;  il  aurait  facilement  restitué , 
à  l'aide  de  Bohârï,  Gizya,  n°  12,  en  t£>y&  Ténigmatique 
^jwoj  de  son  texte  (p.  I^l  et  notes;  p.  27)1 

Voici  quelques  corrections  que  je  crois  encore1,  après  une 
lecture  rapide,  pouvoir  proposer  au  texte  de  la  Tuhfa  : 

P.  l ,  c'est  bien  .xisij  au  lieu  de  «N***!  qu'il  faut  lire,  comme 
le  propose  l'éditeur  dans,  ses  notes?; 
P.  r,  1.  i5,  lire  fa.  au.lieu.de  £i\ 
P.  M,  1.  2,  lire  l^  (yUs^ôJIjau  lieu  de  L^; 
P.  rf,  1.  A ,  in  princ. ,  lire  J  au  lieu  de  i3; 
P.  hr ,  1.  2 1 ,  lire  «ièJ£  au  lieu  de  «£*(%' 
P.  hP,  1.  4,  lire.^a^ÛJL  a»  lieu,  de  &&»A;. 


1*70  JANVIER- FÉVRIER    1907. 

P.  K»F,  1.  9,  lire  ixjfcau  lieu  de  sos^  (Boit.,  Sngèd  el- 
Qor'ân,  n*  8); 

P.  rv,  1.  3,  lire  3J  au  lieu  de  3J; 

P.  r*v,  L  19,  lire  jZâi  au  L'eu  de  I^ic; 

P.  F-,  1.  8,  lire  \^S au  lieu  de  IfJ^T  (Naw.  sur  Moslui, 
X,  rF,  1.  30  :  L.  Ji'); 

P.  FI",  1.  10,  lire  *U*  au  lieu  de  Uj; 

P.  Ft",  1.  1 2 ,  lire  1A3  au  lieu  de  J&j  (  Boh  ,  éd.  vocalisé? 
de  Boulac ,  1 296 ,  VJ ,  p.  IFô  in  fine)  \ 

P.  FF,  1.  1  ,  lire  oJlC^  au  lieu  de  u^tJL^  ; 

P.  FF,!.  5,  lire  jw^c;  j^sli  au  lieu  de  jU*4tf  Os^ltf  «c'est 
un  de  ces  cas  anormaux  où  une  racine  faible  est  traitée 
comme  une  racine  forte  »  ; 

P.  F* .  1.  1 8 ,  lire  «^  au  L'eu  de  <^!3  (Boh.  ,  Fard  eï-hoim. 
n°i3); 

P.  ôF,  1.  7,  lire  y  au  lieu  de  il; 

P.  ôF,  1-  12,  lire  jUjlï  au  lieu  de  jbj^b   fBon.,    Es-solh, 

n-8); 

P.  ôf,  1.  1 3 ,  lire  ^U^'oe»  au  lieu  de  ^U--©; 

P.  i£,  1.  11,  lire  de  préférence  IcLii  au  lieu  de  ULîl; 

P.  iô,  1.  22 ,  lire  SlïJ  l^i^au  lieu  de  JuJ^\  y^sS; 

P.  i4,  1.  18,  lire  û\  au  lieu  de  151; 

P.  v . .  1.  14 ,  lire  »L^  au  lieu  de  fL*^; 

P.  vp  1.  i3  lire  *Sj]  au  lieu  de  ^Sj\.  et  ,L*J  au  lieu 
de  J^LÏ    Coran,  111,  i83); 

P.  \4  ,  1.  18,  lire  w~J!  i  au  lieu  de  ^.*~jj\  J; 
P.  v>* ,  1.  kj,  lire  wJLaJIj  au  lieu  de  jjjù\^; 

P.  M,  1.  9,  lire  ^0^.0  au  lieu  de  £0^0  'Boh.,  El~adâhï, 

n°  8  ; 

P.  M ,  1.  2 1 ,  lire  ktaS^  au  lieu  de  &*£*?; 
P.  4  • ,  1.  1  7,  lire  AgjuJI  au  lieu  de  Al^juJI  ? 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  171 

P.  4f,  1.  17,  lire  il^lyDlj  au  lieu  de  aju  *!yLMj  et  de  la 
correction  *J  JUUj  p.  2 4  ; 

P.  4ô,  1.  12,  lire  *£iJi  au  lieu  de  *xâJj  (cf.  Tabarî,  II, 
204); 

P.  4*,  1.  9.  lire  *Jb  au  lieu  de  *Jl3,  et  ^jL&JJ  au  lieu  de 
yjL&J\  (cf.  Qastal.  sur  Boh.,  1,  M,  i/i  medio); 

P.  I  •  l ,  1.  20  et  21,  lire  ^La^  ^  au  lieu  de  ^U  cJ>;*n^t>  ^  ; 

P.  l  -r",  1.  12,  lire  Ulj!  au  lieu  de  pUjI  ; 

P.  iiv,  1.  7,  lire  »s*x*.  au  lieu  de  60s».  (on  ne  ditt**xa*. 
que,  par  £^1,  dans  l'expression  v*>,x^.  U3  -oô  L»;  cf.  Harîrî, 
Durraj  ô.,  ôl); 

P.  Il v,  1.  9,  lire  «x^xil  au  lieu  de  «x*x4l  (la  bonne  leçon 
de  ce  passage,  emprunté  à  EI-Gawàlïqï,  figure  ap.  Moarrab, 
p.  i35);  ^  ^ 

P.  iiv,  1.  21,  lire  S£  &\  »\>;>*  ^pi  J^î  au  ueu  de  J5l, 
»>>;>*,  *£  (cf.  Zwâ/i,  IV,  ^71, 1.  7;  XV,  45, 1.  i4); 

P.  iiv,  1.  22,  lire  <$i$M  au  lieu  de  tf*£l;  le  proverbe  cité 
est  l'équivalent  de  cet  autre  bien  connu  :  S^Jû\  yx-  5*AmM 
ap.  Meidânî,  xxiv,  166;  comp.  aussi  Lùdezitz  ,  Sprâchwôrter 
ans  Marokko,  lxxxiv; 

P.  I iv,  1.  22,  lire  Zg&\  &j*j  au  lieu  de  <^Sj  (cf.  Beidâwî 
sur  Coran,  II,  verset  97,  I,  p.  77,  1.  12); 

P.  1 1* ,  1.  i5 ,  lire  îf^Iâls  au  lieu  de  »^I©l3 ; 

P.  IH ,  1.  1,  lire  AxJlJ  au  lieu  de  ^oJLU; 

P.  irï,  1.  23,  lire  i^j&£  au  lieu  de  iru^o; 

P.  1  Yà ,  L  2 ,  lire  Lf&  au  lieu  de  ^5i  ; 

P.  l r*ô ,  1.  19,  lire  j^Uau  lieu  de  &j*  U  (allusion 
à  Usd-el-jjâba ,  v.  p.  i«); 

P.  irv,  1.  3,  lire  jkU>li  au  lieu  de  axâ*U; 

P.  ifv,  1.  5 ,  lire  bu^  3t  au  lieu  de  Ljl^  ? 

P.  irv,  1.  20,  lire  v-iSUJ!  au  lieu  de  JU5UJI; 

P.  1^1 ,  1.  8,  lire  ju*£  au  lieu  de  *!*£; 


172  JANVIER-FÉVRIER   1907. 

P.    iPi,  1.    18,  lire  **^s»  *ï~**>  xs^h  au  lien  de  aS^ 


P.  I^ô  ,  1.  4 ,  lire  ^  au  lieu  de  ^  ; 
P.  IK'V,  1.  i3,  lire^i  au  lieu  de  J^L; 
.  P.  I^a  ,  1.  6 ,  lire  Jls  au  lieu  de  Jlo,  ,  et  ij  au  lieu  de  *il3; 

P.   ipô,  1.    i4,  lire  gjùJL  au  lieu  de  ^^  (jloJr^JL? 
*A^I,  comp.  Lobàb,  s.  voce); 

P.  ipô,  1.  i5,  le  ms.  a  peut-être  la  bonne  leçon  Jo^  I^jlj 
p.  28;  peut-être  ^U*^;  cf.  Azraqï,  p.  48; 

P.  Ijcv,  1.  3,  lire  *xJ^  au  lieu  de^3,  et  1U  au  lieu  de  -U 
(cf.  Yâqût,  II,  4 h*); 

P.  IFV,  1.  10,  lire  iL~J  au  lieu  de  ju-*J; 

P.  lô^,  1.  i3  et  notes,  p.  29,  sur  l'expression  J^s  jUx, 
cf.  Harîrï,  Maqâmât,  1,  il; 

P.  |ôP,  1.  16,  lire  c^S^I  au  lieu  de  u*>jj); 
P.  lit',  1.  i4,  lire  jljLs  au  lieu  de  j5<ôl$; 

P.  liP,  1.  2 ,  lire  iyULk.  au  lieu  de  lyU**  (cf.  Wbllhausen  , 
Vahidi,  p.  4n;  et  Takfa,  p.  i-i,  1.  16,  JyUi*); 

P.  Mo,  1.  20,  lire  ^^J  au  lieu  de  «-~«J; 

P.  lii ,  1.  i5,  lire  Ju^yJ!  au  lieu  de  Ju^; 

P.  |Ah,  1.  i4,  lire  tyU  au  lieu  de  l^JU; 

P.  H  ô,  1.  5,  lire  uoJI  au  lieu  de  vWb»  e*  à^i  au  lieu 

de  SU); 

P.  hô,  1.  i4,  lire  j^l  et  Jl«j  au  lieu  de  £+**  et  jL-o» 

\V.  Marcàis. 


Le  gérant  : 

RUBENS  DUVAL. 


JOURNAL  ASIATIQUE 

MARS-AVRIL   1907. 
SURNOMS  ET  SOBRIQUETS 

DANS 


LA  LITTERATURE  ARABE, 

PAR 

M.  A.-C.  BARBIER  DE  MEYNARD. 


jJL)  a?  Jlj4*  *>rf  u  *fe 


AVANT-PROPOS. 

La  nomenclature ,  peut-être  trop  étendue  et  pourtant  en- 
core bien  incomplète ,'  que  je  présente  aux  lecteurs  du  Jour- 
nal asiatique  n'est  que  la  mise  en  ordre  de  notes  prises  au 
hasard  de  mes  lectures  ou  destinées  à  la  préparation  de  mon 
cours  au  Collège  de  France.  Je  me  suis  attaché  à  recueillir 
les  surnoms  et  qualifications  donnés  à  des  personnages  de 
toute  sorte ,  bédouins  de  l'âge  d'ignorance  (Djâhelyeh),  poètes 
du  désert,  hommes  d'Etat,  grammairiens,  traditionnistes 
des  premiers  siècles  de  l'hégire ,  qui  figurent  dans  la  légende 
ou  dans  l'histoire  musulmanes.  C'est  surtout  le  lahab, 
tantôt  surnom  honorifique,  tantôt  sobriquet  humoristique 
ou  railleur,  qui  domine  dans  cette  galerie  où  les  illustres 

IX.  12 

twr«iMr«ir  sitioiilk. 


174  MARS-AVRIL   1907. 

coudoient  les  inconnus.  Sauf  de  rares  exceptions ,  j'en  ai  ex- 
clu tout  ce  qui  constitue  le  nom  propre  ks.  et  ^wl,  aussi 
bien  que  le  surnom  patronymique  JUX>,  lequel  répond  plus 
exactement  à  Yagnomen  qu'au  cognomeiu 

Ces  deux  catégories  de  noms  ont  été  autrefois  l'objet 
d'une  étude  quelque  peu  indécise  insérée  par  Kosegarten 
dans  la  Zeitschrijï  Jur  die  Kunde  des  Morgenlandes ,  1837, 
1. 1,  p.  297-317.  Plus  tard , un  orientaliste  français,  M.  Garcin 
de  Tassy,  collaborateur  assidu  de  notre  Journal,  y  publia  un 
long  Mémoire  sur  les  noms  propres  et  les  titres  musulmans 
(Journal  asiatique,  i854,  t.  III).  Ce  travail  venait  à  son 
heure  et  comblait  utilement  une  lacune  de  l'érudition  en- 
core mal  renseignée  sur  l'onomastique  arabe.  Le  docte  pro- 
fesseur étudie,  ce  qui  serait  superflu  aujourd'hui,  outre  les 
noms  propres  en  général ,  les  titres  de  fonctions  ou  de  di- 
gnités ,  les  surnoms  honorifiques ,  les  pseudonymes  poétiques 
(tekhallûs),  en  un  mot  l'ensemble  d'appellations  auxquelles 
s'applique  plus  exactement  le  nom  de  konyah.  Il  s'efforce 
d'en  préciser  la  signification  et  de  noter  les  changements 
qu'elles  subissent  à  différentes  époques ,  sans  aborder  cepen- 
dant le  côté  historique  de  la  question,  c'est-à-dire  la  dési- 
gnation et  la  biographie  des  personnages  qui  portèrent  ces 
surnoms,  ni  rechercher  la  cause  de  ces  appellations  d'em- 
prunt, les  seules  souvent  dont  l'histoire  ait  gardé  le  sou- 
venir. 

Là  aussi  est  une  lacune  qu'à  mon  tour  j'ai  tâché  de  com- 
bler, mais  dans  des  proportions  restreintes,  car  le  sujet  est 
immense  et  exigerait  plusieurs  volumes.  Je  n'ai  nullement 
cherché  à  rivaliser  avec  Albert  R.  Frey  auteur  d'un  gros 
dictionnaire  intitulé  Sobriquets  and  Nicknames,  London, 
s.  d.  ;  moins  encore  à  ériger  ces  recherches  en  théorie  scien- 
tifique, à  l'exemple  de  Ferguson  (Surnames  as  a  Science, 
London,  i883).  Je  me  contente  simplement  de  demander 
à  la  littérature  arabe  ce  qu'il  faut  entendre  par  lakab,  et  les 
causes  très  diverses,  souvent  insaisissables,  de  ses  appli- 
cations. 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        175 

Et  tout  d'abord,  rappelons  que  la  traduction  de  ce  mot 
par  «  sobriquet  »  est  incomplète  et  souvent  inexacte.  S'il  se 
donne  ordinairement  par  allusion  et  dans  une  intention  sa- 
tirique ,  injurieuse  ou  grossière ,  à  quelque  défaut  personnel , 
à  telle  ou  telle  singularité  physique  ou  morale ,  bien  souvent 
aussi  il  devient  un  terme  d'éloge,  un  titre  honorifique,  se 
confondant  alors  avec  le  konyah.  Dans  l'antiquité  arabe  et 
pendant  les  deux  premiers  siècles  de  l'hégire,  plusieurs 
poètes  ont  dû  leur  lakab  à  une  saillie  poétique ,  à  un  hémi- 
stiche (misra*),  quelquefois  même  à  une  expression  rare  qui 
s'est  gravée  dans  le  souvenir  de  leurs  contemporains  et  a 
fini  par  devenir  le  seul  nom  du  poète.  Dans  le  Wichah 
£»l&jj| ,  traité  d'Ibn  Doreïd  que  le  temps  n'a  pas  respecté , 
mais  dont  un  fragment  est  cité  par  le  Khizanet  ûl-edeb 
(t.  III,  p.  266),  on  lit  ce  qui  suit  :  «  Il  y  eut  de  ces  poètes 
chez  qui  le  lakab  prévalut,  de  sorte  qu'ils  ne  sont  connus 
que  par  cette  désignation.  Ibn  Doreïd  en  cite  plus  de  cin- 
quante qui  reçurent  leur  nom  d'une  poésie  de  leur  crû \  »  — 
Cette  remarque  est  parfaitement  juste  et  la  restitution  des 
vers  onomastiques ,  défigurés  à  plaisir  par  les  copistes,  n'a 
pas  été  essayée  ici  sans  quelque  hésitation.  J'espère  qu'on 
ne  me  jugera  pas  trop  sévèrement  à  cet  égard. 

Chez  les  Arabes,  surtout  ceux  de  la  Djâhelyeh  et  du 
Ier  siècle,  comme  chez  tous  les  peuples  de  civilisation  pri- 
mitive, chez  les  contemporains  d'Antarah  et  de  Farazdak, 
comme  parmi  les  héros  d'Homère,  le  sobriquet  était  en 
grande  vogue  et  visait  le  plus  souvent  une  imperfection  du 
corps ,  un  défaut  ou  un  vice.  C'est  ainsi  qu'on  lit  dans  le 
Lataïf  de  Tâlebi  (éd.  de  Jong,  p.  a5)  :  «Les  Roreïchites 
avaient  coutume  de  se  donner  des  surnoms  et  des  sobriquets 
injurieux  malgré  la  défense  du  Prophète,  formulée  en  ces 
termes  par  le  Koran  :  «  Croyants,  que  les  familles  ne  s'insultent 
«pas  entre  elles,  car  ceax  qui  reçoivent  V outrage  valent  peut- 

1  l+>  "il!  tfr^ji  il  !3;U  &*.  pfclJLN  ç+J*  o*U  ^  p\yjubJ\  ^ 
. . .  *JU  jjuûo  Li)  \'y*l&  &?»&  y*  j&  yl  Os»;*  tf*J  j&  3 

12. 


176  MARS-AVRIL    1907. 

«  être  mieux  que  ceux  qui  le  profèrent.  Ne  vous  diffamez  pas  entre 
«  vous,  ne  vous  donnez  pas  de  sobriquets  »  (Koran ,  xlix,  i  i).  » 

L'imagination  populaire  aura  bientôt  fait  d'appeler 
l'avare  «  rocher  qui  suinte  » ,  épithète  après  tout  plus  expres- 
sive que  celle  de  pochi  danari  donnée  par  les  Vénitiens  à 
l'empereur  Maximilien.  Le  khalife  omeyyade  cAbd  el-Melik 
sera  plus  ridiculisé  par  le  surnom  de  «tueur  de  mouches» 
qu'Antiochus  VII  par  celui  de  Gryphus  «nez  crochu».  Le 
lakab  de  Feyyudh  donné  au  généreux  Ikrimah ,  fils  de  Reby , 
sera  plus  noble  que  celui  d'Alphonse  de  Castille  «  aux  mains 
percées  »  ;  Abou'1-Ras  rivalisera  avec  Raoul  de  Vassy  dit 
«  tête  d'âne  »  à  cause  de  l'épaisseur  de  sa  tête ,  et  Abou  Ta- 
wilah  a  l'homme  à  la  longue  barbe  »  avec  l'empereur  de 
Byzance,  Constantin  V,  Pogonate. 

On  a  déjà  signalé  la  coutume  fort  ancienne  chez  les  Arabes 
de  distinguer  leurs  esclaves  par  des  noms  d'heureux  présage. 
Ibn  Doreïd  (Ichtikak,  p.  4)  en  fournit  l'explication  suivante 
qu'il  attribue  à  El-'Otbi  :  «Vous  me  demandez,  disait  ce 
savant,  pourquoi  les  Arabes  donnaient  à  leurs  filles  des  noms 
funestes  et  à  leurs  esclaves  des  noms  de  bon  augure.  C'est 
qu'ils  nommaient  leurs  filles  pour  les  ennemis  (c'est-à-dire 
en  prévision  de  la  razzia  qui  les  ferait  tomber  aux  mains 
d'un  ravisseur),  tandis  qu'ils  nommaient  leurs  esclaves  pour 
eux-mêmes  (cf.  Orientalische  Studien,  t.  II,  p.  432).  —  La 
crainte  superstitieuse  du  mauvais  œil  n'était  pas  non  plus  sans 
influence  sur  le  choix  de  ces  appellations  et  faisait  des  lakab 
de  véritables  métonymies.  On  en  trouvera  de  nombreux 
exemples  dans  nos  listes. 

Notons  encore  le  curieux  passage  de  ïalebi  dans  le  Lataïf, 
p.  39  :  «  On  dit  qu'il  n'y  a  pas  au  monde  de  populations 
plus  inventives  de  sobriquets  que  celles  de  Bagdad  et  de 
Neïsabour.  A  Bagdad ,  on  entend  dans  les  rues  s'échanger  des 
noms  injurieux ,  tels  que  :  hérissait l  de  Hachémite  ;  auber- 

1  C'est  un  mets  autrefois  très  recherché  en  Orient,  il  consiste  en 
un  ragoût  de  viande  accompagné  d'une  pâte  de  froment  pilé  dans 
l'huile.  Voir  Prairies  (Cor,  t.  V11I,  p.  4o3. 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        177 

gine  de  kâtib;  minaret  d'eunuque  (terme  obscène);  pied 
de  paon  (synonyme  de  laideur);  nuit  d'hiver  (synonyme  de 
triste,  ennuyeux);  parfum  de  latrine,  etc.  A  Neïsabour  : 
a  rognon  de  chameau;  laine  de  chien  (chose  sans  valeur); 
voiles  de  chèvre  ;  litière  de  vache  ;  bride  du  diable  ;  marc  de 
raifort;  jus  de  groseille,  etc. l  » 

De  ces  termes  pittoresques  mais  grossiers  que  Tâlebi  laisse 
pour  la  plupart  sans  explication ,  je  n'ai  pas  à  m' occuper  ici , 
non  plus  que  de  ceux  qui  s'appliquent  métaphoriquement  à 
des  animaux,  comme  Aboul-Hoçatn  «père  de  la  petite  for- 
teresse »  pour  le  renard  ;  ou  à  des  choses  réputées  impures , 
comme  Oumm  el-Kkabaïts  «  mère  des  vices  » ,  épithète  du  vin 
proscrit  par  la  législation  musulmane.  D'ailleurs  ces  noms 
appartiennent  plutôt  à  la  lexicographie ,  de  même  que  les 
lois  de  concordance  qui  les  régissent  sont  du  domaine  de  la 
grammaire  (Cf.  S.  de  Sacy,  Gram.  ar.,  3e  éd.,  t.  IJ ,  p.  53; 

KOSEGARTEN,  Op.  Cit.,  p.  3lo). 

Si  incertaines  que  restent  la  provenance  et  l'attribution 
des  surnoms  et  sobriquets,  il  suffit  qu'ils  aient  été  portés 
par  des  personnages  réels  qui  ont  figuré  à  un  titre  quelconque 
dans  l'histoire  politique  et  littéraire  ou  dans  les  récits 
populaires,  pour  qu'ils  aient  attiré  l'attention  d'abord  des 
rhapsodes,  puis  celle  des  chroniqueurs. 

C'est  ainsi  que  dans  la  longue  nomenclature  des  ouvrages 
dus  à  l'infatigable  commentateur  des  Hadîts,  El-Boukhâri, 
on  trouve  un  Livre  des  Konyah  (j£l\  c^bS'qui  probablement 
a  disparu  plus  depuis  longtemps  *. 

Hadji  Khalifa  (t.  I,  p.  di  9  )  cite  trois  traités  relatifs  aux 

*  Hoddas,  Introd.  aux  traditions  islamiques  a* El-Boukhâri,  t.  Il, 
p.  xxtv,  dans  la  collection  de  l'Ecole  des  langues  orientales. 


178  MARS-AVRIL   1907. 

lakab,  qui,  à  ma  connaissance  du  moins,  n'existent  dans 
aucune  de  nos  bibliothèques  d'Europe  :  1  °  Un  traité  sur  les 
lakab  des  tribus  Js?LaJI  c^UJ)  ,  par  Abou  Dja'far  Mohammed 
b.  Habib  el-Bagdadi,  mort  en  245  H.  (85g  de  J.-C.);  2°  Les 
lakab  des  rhapsodes  *U>)!  oUtH,  par  Abou  Bekr  Ahmed 
b.  Abd  er-Rahmân  ech-Chirazï,  mort  en  407  H.  (1016  de 
J.-C.)  ;  3°  Un  traité  portant  le  même  titre  que  le  précédent 
par  Chihâb  ed-Dîn  Ahmed  b.  'Ali  el-'Askalâni,  mort  en 
852  H.  (i448de  J.-C). 

Je  ne  cite  que  pour  mémoire ,  d'après  le  Mizhar,  t.  II , 
p.  217,  un  Livre  sur  les  poètes  arabes  qui  furent  nommés 'Omar 
à  l'époque  du  paganisme  arabe  et  dans  le  siècle  qui  suivit  la 
prédication  de  l'Islam ,  dont  l'auteur  est  un  certain  Abou 
'Abd  Allah  Mohammed  b.  el-Djarrah.  On  attribue  aussi  au 
compilateur  traditionniste  Ibn  Mandeh  un  traité  sur  les 
konyah  et  les  lakab,  dont  un  fragment  paraît  être  conservé 
à  la  Bibliothèque  royale  de  Berlin  l. 

M.  de  Vriès ,  directeur  de  la  Bibliothèque  de  l'Université  de 
Leyde,  a  bien  voulu,  avec  une  libéralité  dont  je  lui  suis  très 
reconnaissant,  mettre  à  ma  disposition  deux  opuscules  qui 
avaient  pour  moi  un  intérêt  particulier  parce  qu'ils  son* 
uniquement  consacrés  au  sujet  de  cette  étude.  Ils  se  trouven 
l'un  et  l'autre  dans  le  manuscrit  coté  1487  qui  comprend 
47  folios.  Le  premier  a  pour  titre  :  Les  noms  et  surnoms 
dévoilés,  par  l'Imam  El-Hafedh  Djemal  ed-Dîn  Abou  '1-Fa- 
radj  b.  'Ali,  etc.,  Ibn  el-Djauzi*.  Ce  traité  qui  occupe 
39  folios  du  manuscrit,  d'une  écriture  fine  et  soignée,  avec 
les  noms  en  encre  rouge,  porte  la  date  du  10  djoumada 
1076  (18  novembre  i665).  —  Le  second  n'est  qu'un  maigre 
résumé  du  précédent;  il  est  intitulé  :  Les  visages  voilés  ou 
Traité  du  Lakab,  par  le  Savant  Chroniqueur,  etc.,  Chems 

1  Petermaan,  t.  II,  p.  1-199;  Ahlwardt,  Katalog.,  IX,  p.  379; 
Catal.  de  la  Bibl.  de  Berlin  t  n°  9917. 


SURNOMS  ET   SOBRIQUETS  ARABES.         179 

ed-Din  Abou  'Abd  Allah  Mohammed Ed-Dzehebi  ed- 

Dimachki  le  Chafeïte1.  Ce  résumé  que  j'ai  consulté  unique- 
ment pour  la  collation  des  noms  propres  n'a  pas  plus  de 
huit  folios,  d'une  écriture  assez  négligée.  Il  a  été  copié  au 
Caire  pendant  le  mois  de  ramadhan ,  mais  la  date  de  Tannée 
et  le  nom  du  copiste  ont  été  effacés. 

Bien  qu'Ibn  el-Djauzi  ait  une  prédilection  marquée  pour 
les  surnoms  des  traditionnistes ,  ce  qui  s'explique  par  la  na- 
ture de  ses  travaux  et  l'époque  (vi*  siècle  de  l'hégire)  où  il  vi- 
vait ,  son  traité  m'a  fourni  de  précieux  renseignements  et  je 
l'ai  traduit  presque  en  entier.  Mais  je  n'aurais  accompli  que 
la  moitié  de  ma  tâche ,  si  je  m'étais  contenté  de  cet  unique 
document.  On  verra  par  la  liste  bibliographique  ci-dessous 
que  je  me  suis  efforcé  de  m'entourer  de  tous  les  renseigne- 
ments qui  m'étaient  accessibles.  J'ai  dû  suivre  le  classement 
d'après  l'alphabet  arabe,  mais  un  index  final  rétablira  les 
noms  dans  l'ordre  alphabétique  français ,  pour  rendre  les  re- 
cherches plus  faciles. 

Mon  savant  et  cher  confrère ,  M.  de  Goeje ,  a  bien  voulu 
revoir  les  épreuves  de  ce  travail  et  me  suggérer  d'utiles  re- 
touches. Qu'il  me  permette  de  le  remercier  cordialement  ici 
de  ce  nouveau  témoignage  d'affection ,  et  de  dévouement  à  la 
science. 

Le  poète  anonyme  dont  le  distique  figure  comme  motto 
en  tête  de  cet  avant-propos,  attribue  aux  lakab  une  valeur 
psychologique  et  morale  à  laquelle  ils  ne  peuvent  certaine- 
ment prétendre.  Mais  sans  partager  son  admiration  pour  ces 
manifestations  de  la  verve  populaire ,  on  ne  peut  nier  qu'elles 
n'éclairent  parfois  d'un  jet  de  lumière  la  vie  intime  d'un 
peuple,  les  recoins  de  son  histoire  et  de  sa  littérature.  Si  le 
présent  travail  y  contribue  en  quoi  que  ce  soit,  ce  sera  sa 
raison  d'être ,  je  devrais  dire  son  excuse. 

1  r^Xîl  lâiU  Js^ill  £)y\\  JuSuî!  UlJÎ*  vliLfo)I  i  vUjJ1  e»b 


180  MARS  AVRIL    1907. 

LISTE   DES  OUVRAGES  CONSULTES. 

Abou  Chàm.  Le  livre  des  deux  jardins  (Kitâb  er-Rawda- 
tetn) ,  par  Abou  Châmah.  Bouiak,  2  vol.  in- A0.  —  Voir  aussi 
Historiens  Arabes  des  Croisades,  publiés  par  l'Académie  des 
Inscriptions  et  Belles-Lettres ,  t.  IV  et  V. 

Agh.  Le  livre  des  chansons  (Kitâb  el-Aghâny) ,  éd.  de  Bou- 
lak, 20  vol.  —  The  twenty  first  volume,  edited  by  R.  E. 
Briïnnow,  Leyde. 

Anthol.  ar.  Anthologie  arabe  intitulée  Medjâni  âl-edeb. 
Beyrouth ,  1  o  vol.  in- 1 2 . 

Beïd.  Beidhawii  Commentarius  in  Coranum,  éd.  Flei 
scher.  Leipzig ,  1 846-48 ,  2  vol.  in-4°. 

C.  de  P. ,  Essai.  Caussin  de  Perce  val ,  Essai  sur  l'histoire 
des  Arabes  avant  l'islamisme.  Paris,  1847,  3  vol.  in-8°. 

Chrest.  ar.  Chrestomathie  arabe  par  S.  de  Sacy,  2e  édition. 
Paris,  1826,  2  vol.  in-8°. 

Dozy,  Suppl.  R.  Dozy,  Supplément  aux  dictionnaires 
arabes.  Leyde,  1881,  2  vol.  in-4°. 

Fakhri.  Histoire  du  khalifat  et  du  vizirat,  par  Ibn  at- 
Tiktaka,  édition  H.  Derenbourg.  Paris,  1895,  in-8°. 

Fihrist.  Kitâb  al-Fihrist,  mit  Anmerkungen  herausg.  von 
G.  Flûgel.  Leipzig,  2  vol.  in-4°. 

Gesch.  d.  Ar.  Litt.  Histoire  de  la  littérature  arabe ,  par 
C.  Brockelmann.  2  vol.  in-8°,  1898. 

Goldziher.  Muhammedanische  Studien.  2  vol.  in -8°,  1889- 
1890.  —  Du  même,  Abhandlungen  zur  arab.  Philolog. , 
1896,  in-8°. 

Ibn  Ath.  Chronique  d'Ibn  el-Athîr,  éd.  Tornberg.  Leyde, 
i3  vol.  in-8°. 

Ibn  Dor.  Ibn  Doreid's  genealog.  Handbuch,  herausg.  von 
T.  Wûstenfeld.  Gôttingen,  i854. 

Ibn  Kot.  Liber  poesis  et  poetarum ,  quem  edidit  M.  J.  de 
Goeje.  Leyde,  1904,  in-8\ 

Ibn  Khall.  Ibn  Khallikan's  Biographical  Dictionary, 
translated  by  M.  G.  de  Slane.  Paris,  1842-71,  4  vol.  in-4°. 


SURNOMS   ET  SOBRIQUETS  ARABES.        181 

Kam.  The  Kâmil  of  El-M ubarrad ,  éd.  Wright.  Leipzig , 
i864,  in-4°. 

Kechf.  Kechf  en-Nikâb  fil  asmâ  wal  alkâb,  par  Ibn  el- 
Djauzi.  Ms.  de  la  Bibliothèque  de  l'Université  de  Leyde. 
*     Khiz.    Khizanet    ûl-edeb,   par   Ibn    el-Hadjib.    Boulak, 
1 299  H. ,  4  vol.  in-8°. 

Kit  Mahas.  Ibrahim  al-Baïhaqi,  Kitâb  al-Mahâsîn  wal 
masàwi,  herausg.  von  F.  Schwally.  Giessen,  1900,  3  vol. 
in-8°. 

Lataïf.  Lataïfo  'l-ma'arif,  auctore  At-Tha'alibi ,  éd.  P.  de 
Jong.  Leyde,  1867,  in-12. 

Lis.  ar.  Lisan  el-Arab,  Dictionnaire  de  la  langue  arabe, 
par  Ibn  el-Manzour.  Boulak ,  1 3oo- 1 307  H. ,  3o  vol.  in-fol. 

Litt.  ar.  Littérature  arabe,  par  Cl.  Huart.  Paris,  1902, 
in-8°. 

Mac.  El-Macoudi,  Les  Prairies  d'or,  éd.  de  la  Société 
asiatique ,  9  vol.  in-8°. 

Machrik  (El).  Revue  arabe  catholique  scientifique  et  litté- 
raire. Beyrouth ,  in-8°. 

Manak.  Ibn  Gauzi's  Manaqib  'Omar  ibn  el-'Azîz,  éd. 
H.  Becker.  Leipzig,  1899,  in-4°. 

Meïd.  Proverbes  de  Meïdani,  éd.  Boulak,  2  vol.  in-4°; 
éd.  Freytag ,  &.  vol.  in-8°. 

Miz.  El-Mizhar  fi  ouioum  al-loughah,  par  Djelal  ed-Din 
Soyouti.  Boulak,  1282  H. 

Mo* ail.  Septem  Mo'ailakât,  éd.  Arnold..  Leipzig,   i85o, 

in-4°. 

Morassd.  Ibn  el-Atîr's  Kunja  Wôrterbuch ,  herausg.  von 

Seybold.  Weimar,  1896,  in-8°. 

Most.  Al-Mostatraf,  traduit  par  G.  Rat.  Paris,  1899, 
2  vol.  in-8°. 

Nawawi.  Vita  illustrium  virorum,  éd.  Wûstenfeld.  Gôt- 
tingen,  i842,in-8°. 

Nodjoam.  AbûT-Mahasin  Annales  quibus  titulus  est  Ei- 
Nodjoum  ez-Zahireh ,  etc. ,  éd.  Juynboll ,  2  vol.  in-8°.  Leyde , 
i852. 


182  MARS-AVRIL   1907. 

Proleg.  Les  Prolégomènes  d'ibn  Khaldoun,  trad.  de 
Slane.  Paris,  1 863-1 865,  3  vol.  in-4°. 

Tad.  Annales  de  Tabari,  publiées  sous  la  direction  de 
M.  de  Goeje.  Leyde,  1879-1901,  i5  vol.  in-8°. 

Tadj.  Tadj  el-Arous,  Dictionnaire  arabe.  Boulak,  vol. 
in-8°. 

Tar.  el-Khol.  Tarikh  el-Khoulafa,  Histoire  des  khalifes,  par 
Djelal  ed-Din  Soyouti.  Boulak ,  1 3o5  H. ,  in-4°. 

Yak.,  Mo'djem.  Jacut's  geograph.  Wôrterb. ,  herausg.  von 
F.  Wûstenfeld.  Leipzig,  1866-1870,  6  vol.  in-8°. 

Z.  D.  ikf.  G.  Zeitschrift  der  Deutchen  Morgenliindischcn 
Gesellschaft. 

SURNOMS  ET  SOBRIQUETS. 

JUjI  .  Le  poète  Àbou  cAbd  Allah  Mohammed  ibn 
Bakhtyâr,  originaire  de  Bagdad,  mort  dans  cette  ville 
en  579  de  l'hégire  (1  1 83  après  J.-C),  était  connu 
sous  le  sobriquet  de  Ablah,  qu'il  devait,  dit-on,  à  la 
simplicité  de  son  caractère  et  à  ses  allures  un  peu 
rustiques.  Toutefois  Ibn  Khall.  ,  qui  lui  consacre  une 
courte  notice  (t.  III ,  p.  161  ),  assure  qu'il  avait  été  sur- 
nommé ainsi  par  antinomie,  «  de  même  qu'on  donne 
au  nègre  le  surnom  de  kâfour  «  camphre  » ,  etc.  ». 

«XaÀjJI   ^-J)   «  fils  du  disciple  ».  C'est  ainsi  qu'on 

désigne  Abou'l-Hasan  Hibet  Allah  b.  Abi'l-cAlâ  b. 
Ibrahim  El-Telmîdz,  chrétien  nestorien  contempo- 
rain des  khalifes  Moktafi-Billah  et  Mostandjir-BiHah. 
11  mourut  en  56o  II.  (  1 1 65  de  J.-C.  ) ,  laissant  la  répu- 
tation d'un  habile  médecin  et  d'un  littérateur  distin- 
gué. Sa  notice ,  tirée  des  Classes  de  médecins  d'Ibn  Abi 


SURNOMS   ET  SOBRIQUETS  ARABES.        183 

cOçaïbyah  et  du  Tarïkh  el-Houkamâ  dlbn  El-Kifti,  est 
en  cours  de  publication  par  le  P.  Cheïkho ,  dans  la 
revue  arabe  El-Machrik,  1906,  p.  763  et  suiv. 
«<* 
Xhj i—ài  qj>\  «  fils  de  la  besace  ».  Sobriquet  du 

poète  Chamardal  b.  Choreïk  qui  vivait  au  Ier  siècle 
de  l'hégire  et  se  fit  connaître  par  ses  démêlés  avec 
Djerîr  et  Farazdak.  Selon  lbn  Kotaïbah,  il  aurait 
reçu  ce  surnom  parce  que,  tout  enfant,  il  était  porté 
dans  cette  sorte  de  sac  qu'on  nomme  kharîtah  (voir 
Tahakât  ech-chouara,p.  2 43).  Sa  notice  se  trouve 
dans  Agh.,  t.  XII,  p.  1  17-1  23. 


0     ** 


^y^j\jjl  £■?!.  Abou  '1-Hasan  cAli,  petit-fils  du 

khalife  cAli  b.  Abi  Tâlîb.  Connu  surtout  sous  le  titre 
honorifique  de  Zeïn  el-Abîdîn  «  ornement  des  fidèles 
adorateurs  »,  il  avait  reçu  aussi  de  ses  sectateurs  le  sur- 
nom  de  «  fils  des  deux  préférées  »,  en  vertudecehadîth 
attribué  au  Prophète  mais  dont  l'authenticité  est  dou- 
teuse :  «  Parmi  toutes  les  races  humaines ,  Dieu  a  pré- 
féré deux  familles  :  chez  les  Arabes ,  celle  de  Koreïch, 
chez  les  étrangers,  les  Persans.»  En  effet,  Zeïn  el- 
eAbîdîn  descendait  de  la  tribu  de  Koreïch  par  la  ligne 
paternelle,  et  des  Persans  par  sa  mère  Soulafah,  fille 
de  Yezdidjird ,  dernier  roi  sassanide  (Ibn  Khall.  ,  II, 
p.  109). 

LUuat-  ^}|  «fils  du  tailleur».   Ahmed  b.  Mo- 
hammed, poète  célèbre  au  vc  siècle  de  l'hégire;  mort 


184  MAHS-AVKIL   1907. 

en  5 1 7  H.  (1 1  23  de  J.-C.);  il  portait  aussi  le  surnom 
de  Chihâb  ed-Dîn  «  flambeau  de  la  religion  ».  Le 
recueil  de  ses  poésies,  tombées  aujourd'hui  dans  l'ou- 
bli, est  conservé  h  l'Escurial.  Voir  d'ailleurs  sa  notice 
chez  Ibn  Khall.  ,  t.  I,  p.  128, 

&yr  CH  <(  ^s  ^u  Grec  M-  ^e  surnom  patrony- 
mique est  donné  à  Abou  '1-Hasan  eAli,  poète  du 
111e  siècle  de  l'hégire ,  parce  qu'il  eut  pour  grand-père 
un  esclave  grec  du  nom  de  Djoraïdj  (Georges).  Ibn 
Er-Roumi ,  qui  mourut  empoisonné  par  Tordre  d'un 
vizir  qu'il  avait  violemment  attaqué  dans  ses  vers 
(  1  83  H.  =  896  de  J.-C),  est  estimé  en  Orient  pour 
la  pureté  de  son  style  et  même  —  ce  qui  est  une  qua- 
lité rare  chez  les  poètes  musulmans  —  pour  l'origi- 
nalité de  ses  inventions.  Son  premier  rawi  ou  rhap- 
sode fut  un  autre  poète  au  moins  aussi  célèbre, 
El-Motenebbi.  Cf.  Ibn  Khall.,  II,  29-7. 

pliijJi  QJ)  «  fils  de  la  femme  aux  yeux  bleus  ». 
Surnom  injurieux  donné  à  Merwân  b.  El-Hakem, 
quatrième  khalife  de  la  dynastie  Omeyyade;  il  ne 
régna  qu'un  an,  de  64  à  65  de  l'hégire.  Voir,  pour 
l'explication,  JJab 


^-J)  «  fils  du  taciturne  ».  Surnom  sous 

lequel  est  connu  le  philologue  arabe  Abou  Yousouf 
Yackoub  b.  Ishâk ,  auteur  de  YIslah  el-Mantik  «  le  pu- 
risme du  langage  »,  dun  traité  sur  les  permutations 
grammaticales ,  et  d'autres  ouvrages  estimés.  Malgré 


SURNOMS   ET  SOBRIQUETS   ARABES.        185 

ses  opinions  notoirement  favorables  à  la  famille  d'Ali, 
il  fut  choisi  par  Motewekkil  pour  diriger  l'éducation 
du  prince  héritier  El-Mouctazz  ;  mais  il  tomba  en  dis- 
grâce et  périt  assassiné  par  ordre  du  khalife;  il  est 
probable  que  ses  aspirations  chiites  ne  furent  pas 
étrangères  à  sa  mort  [il\k  H.  =  858  de  J.-C).  C'est 
à  tort  que  Ibn  Khallikân ,  dans  l'intéressante  notice 
qu'il  donne  de  ce  savant  (t.  IV,  293  à  3oi),  prétend 
qu'il  fut  surnommé  Ibn  Sikkit  à  cause  de  son  carac- 
tère réservé  et  silencieux.  On  sait  par  le  témoignage 
de  Soyouti  et  d'autres  écrivains  que  ce  surnom  était 
porté  par  le  père  du  grammairien  (Miz.,  t.  II, 
p.  216),  et  l'auteur  du  Kechf  en-Nikâb  (fol.  22  r°) 
ajoute ,  en  parlant  de  ce  dernier,  le  renseignement  sui- 
vant qu'il  tenait  d'un  contemporain  :  «  Je  l'ai  connu  ; 

p. 

il  était  silencieux  comme  son  nom  »  EaaSC*  ^K^  aajIj 
A*wl£.  —  Voir  aussi  Anthol.  grani.  arabe,  p.  i3y. 


S"\       M* 


i-)LaJi  ^}j  «  fils  de  l'orfèvre  ».  Surnom  patro- 
nymique d'Abou  '1-Baka  Yahya,  professeur  de  litté- 
rature à  Alep  où  il  mourut  en  643  H.  (i2  45  de 
J.-C).  On  cite  surtout  de  lui  un  docte  commentaire 
du  Mofassal  de  Zamakhchari.  Il  fut  lié  avec  Ibn 
Khallikân  qui  nous  donne  dans  le  K.  el-fVafayât  de 
curieux  détails  sur  sa  vie  et  ses  ouvrages;  voir  Ibn 
Khall.,  t.  IV,  379. 

/4*AâJI  ^j-}i  «  le  foudroyé  ».  Surnom  du  poète 
Yezid  b.  *Amr  El-Kilâbi,  en  souvenir  d'un  de  ses 


186  MAKS  AVRIL    1907. 

aïeux,  Khowaïled  b.  Nofaïl.  Ce  dernier  avait  pré- 
paré un  grand  festin  auquel  il  convia  sa  tribu  tout 
entière  ;  mais  au  moment  où  Ton  allait  prendre  place 
au  banquet,  une  rafale  de  vent  s'éleva  qui  couvrit 
de  sable  la  table  et  les  mets.  Khowaïled  maudit  le 
sort  qui  troublait  si  fâcheusement  la  fête,  et  tomba 
foudroyé,  expiant  ainsi  les  paroles  coupables  qu'il 
venait  de  prononcer.  Telle  est  la  légende  racontée 
par  Ibn  Kelbi  ;  mais  d  après  un  autre  récit ,  par  suite 
d'une  blessure  qu'il  avait  reçue  k  la  tête,  il  tombait 
comme  foudroyé  toutes  les  fois  qu'il  entendait  un 
grand  bruit,  etc.  Cf.  Lw.  ar.,  s.  v.;  Khiz.,  I,  p.  206; 
Agh.9  t.  X,  20  et  32. 

LsLUb  ^ï  Ibn  Tabâtabâ.  Surnom  d'Abou  '1- 
Ilacan  Ahmed  b.  Mohammed,  nakib  ou  surintendant 
de  la  famille  d'Ali,  chargé  de  vérifier  les  titres  généa- 
logiques des  cliérif,  etc.  Il  est  l'auteur  de  poésies  ascé- 
tiques dont  on  trouve  des  fragments  dans  la  Yetimet 
de  Tâlebi  (édition  de  Damas,  I,  p.  328  et  suiv.). 
Tabâtabâ  était  un  sobriquet  qu'on  avait  donné  à  lun 
de  ses  ancêtres  qui  était  affligé  d'un  défaut  de  pro- 
nonciation (Ibn  Khall.,  1. 1,  p.  1 1  4). 

iX^-bJ'  ^yj>]  «  fils  du  banni  ».  Surnom  injurieux, 
donné  au  khalife  Omeyyade  Merwân  II  par  ses  enne- 
mis. Cf.  JJdU  bxi*  . 


^7  « 


JaJI  (>>l  Ibn  Et-Tiktaka.  Surnom  de  l'an- 
teur  de  la  chronique  ordinairement  connue  sous  le 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        187 

titre  d'El-Fakkri.  On  trouvera  l'explication  de  ce  sur- 
nom dans  l'édition  de  cet  ouvrage  publiée  par 
M.  IL  Derenbourg,  Paris,  1 895 ,  in-8°;  voir  Préface, 
p.  4. 

jysSJ)  ^yj)  «  fils  de  vieillard  ».    Ce  surnom  fut 

donné  au  prophète  Ezéchiel  parce  que,  selon  cer- 
taines légendes  rabbiniques  connues  des  Arabes,  il 
naquit  d  un  père  et  d'une  mère  arrivés  à  la  vieillesse 
sans  avoir  d'enfants.  Voir  notamment  la  version  per- 
sane de  la  Chronique  de  Tabari,  trad.  de  M.  Zoten- 
berg,  1. 1,  p.  407. 

-*J)   qj)   Ibn  el-Ghirr.    On    n'est   d'accord   ni 

sur  la  signification  de  ce  nom ,  ni  sur  le  personnage 
ainsi  désigné.  Pour  les  uns,  c'était  un  Arabe  des 
B.  Eyyâd  nommé  Sa'd  ;  selon  d'autres ,  il  s'appelait 
llàrith;  enfin,  au  rapport  de  Hamzah,  c'était  un  cer- 
tain 'Orwah  b.  Hachîm  rf*A*»  El-Eyyâdi.  Grâce  à  sa 
vigueur  physique  et  à  ses  prouesses  amoureuses ,  il  a 
survécu  dans  les  récits  populaires  et  donné  naissance 
au  dicton  :  JxJ!  ^1  ^#  *gj\ .  Meïd.  ,  t.  H,  p.  2 54  , 
raconte  quelques-uns  de  ses  exploits  avec  une  crudité 
qui  défie  toute  traduction.  Il  est  nommé  Abou  Irb 
«  le  membre  »,  par  Ibn  EI-Athîr  qui  ajoute  cet  argu- 
ment très  démonstratif  :  *«XaJj  âJUI  £  Jaï*\  x>t  JUu> 
*î><x*  y****» .  A  remarquer  le  chiffre  fatidique  70.  — 
Cf.  Morassa,  éd.  Seybold,  p.  11  et  p.  20. 


188  MARS-AVRIL  1907. 

jjôjlàJI  ^.jl  Ibn  El-Fâridh.  Surnom  patrony- 
mique d'un  poète  bien  connu,  Abou  Hafs  cOmar  b. 
Abi  '1-Hasan,  né  en  576,  mort  en  632  H.  (1 181- 
ia35  de  J.-C).  Fâridh  signifie  littéralement 
«  Thomme  de  loi  qui  fixe  la  part  revenant  à  la  femme 
dans  les  successions  »  ;  telle  était  sans  doute  la  pro- 
fession du  père  de  ce  poète.  Cf.  Ibn  Khall.,  III,  p.  389; 
sur  la  nature  de  son  talent  et  le  caractère  mystique 
et  empreint  de  tendances  chiites  de  ses  poésies ,  voir 
S.  de  Sàcy,  Chrest.  ar.,  t.  II,  p.  122  et  suiv. 

X^jUI  ^-jl  Ibn  El-Kirryyeh.  Selon  Abou  '1-Faradj 

Isfàhâni ,  Agh. ,  1. 1,  p.  1 67  et  1 69 ,  c est  un  nom  sup- 
posé ,  et  le  prétendu  auteur  de  quelques  élégies  ero- 
tiques que  Ton  désigne  ainsi  n'a  jamais  existé.  Il  en 
serait  de  ce  personnage  imaginaire  comme  du  fameux 
Medjnoun,  dont  les  poètes  persans  et  turcs  font  le 
patito  de  Leïla.  —  Voir  cependant  Z.  D.  M.  G. ,  t.  LVI, 
p,  6 1 .  On  peut  en  dire  autant  d  un  certain  Ibn  Abi  '1- 
eAkab  qui  passe  pour  fauteur  d'une  kaçideh  intitulée 
El-Malâhim  **^U'  (fode  des  combats?),  aujourd'hui 
oubliée ,  après  avoir  fait  le  tour  du  monde  musulman. 


*5  ^jJi   «  fils  de  la  chétive  ».  Trois  poètes  ont 

porté  ce  surnom.  Le  plus  connu,  contemporain  d'Im- 
rou'1-Kaïs  et  proche  parent  de  Tarafah  b.  cAbd, 
s'appelait  cAmr  El-Kaïsi.  11  accompagna  Imrou'l- 
Kaïs  dans  sa  fuite  à  Byzance ,  ce  qui  lui  valut  le  sur- 
nom de   «  perdu  »  ^5LaJ!  .  Le  second  est  Djemîl  b. 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        189 

cAbd  Allah  de  la  tribu  de  'Adzrah  ;  le  troisième  est 
ebycah  Eç-Çabi.  Cf.  Khiz.,  II,  p.  2^9;  Ibn  Kot.  ,  éd. 
de  Goeje ,  p.  222. 

AxIJLi  ^-jl  C'est  le  sobriquet  injurieux  que 
Farazdak  jette  à  la  face  de  son  rival  Djerîr.  Meraghah 
se  dit  littéralement  de  l'ânesse  qui  recherche  l'ap- 
proche de  l'étalon. 

^au  1  ^yJf  )   «  fds  du  professeur  » .  Surnom  d' Abou'l- 

Ghanaïm  Mohammed  El-Khourti  (Khourt  est  une 
bourgade  voisine  de  Waçit),  poète  qui  vivait  au 
xnc  siècle  de  notre  ère.  Il  fut  le  rival  d'ibn  Et-Tae\vidi  f 
et  les  fragments  satiriques  de  leurs  diwâns,  qui  ont 
été  conservés ,  prouvent  l'acuité  de  leur  haine. 

^li^lj^l  Le  hâfid  Abou  Bekr  'Omar  b.  Ibra- 
him surnommé  Aboul-Adzân,  à  cause  de  la  longueur 
de  ses  oreilles  (Kechf,  fol.  3  r°). 

ïôjJjJ).  cAmir  b.  Abi  Mousa,  cadi  de  Kou- 
fah,  mort  vers  l'an  122  H.  (7^0  de  J.-C).  Ce  per- 
sonnage vénéré  pour  sa  sagesse  et  ses  sentiments 
d'équité  fut  surnommé  Aboa  Bordah,  parce  que  son 
père  nourricier  avait  coutume  de  l'envelopper  dans 
le  manteau  dit  bordah,  et  de  le  porter  ainsi  vêtu 
dans  sa  famille  (Ibn  Khall.  ,  II,  p.  2). 

*^ 

J^j-jl .  Le  mot  baçir,  qui  signifie  littérale- 
ment «  clairvoyant  »,   s'applique  par   antinomie  Ji* 

ix.  i3 


tvraiarmt*  ■mumuli. 


190  MARS-AVRIL   1907. 

(jaJoJt  a  un  aveugle.  On  raconte  que  lorsque  Abou 
Baçîr  Yachkor  b.  Wâïl  fut  amené  en  présence  du 
faux  prophète  Mosaïlamah ,  ce  dernier  passa  les 
mains  sur  le  visage  du  prisonnier  qui  fut  aussitôt 
frappé  de  cécité  (Morassa,  p.  35).  —  Le  poète  El- 
Aecha  Maïmoun,  qui  était  aveugle  de  naissance,  por- 
tait aussi  le  surnom  d'Abou  Baçîr  (Agh. ,  VIII,  p.  78). 
Ce  poète,  qui  occupe  un  des  premiers  rangs  dans 
la  poésie  anté-islamique ,  était  fils  de  Kaïs  b.  Djan- 
dal  surnommé  Katîl  el-djau  (Agh.,  VIII,  p.  77).  On 
trouvera  l'explication  de  ce  lakab  au  mot  *j£  Juutf . 


*>  s 


XJfojj})  «l'homme  à  la  poulie».  Lorsque  le 
Prophète  assiégeait  Tâyef ,  il  fit  proclamer  l'amnistie 
pour  tous  les  assiégés  qui  sortiraient  de  la  ville  et 
feraient  leur  soumission.  Un  arabe  impatient  d'em- 
brasser l'islamisme ,  ou  tout  au  moins  de  profiter  de 
l'aman,  descendit  des  murailles  en  se  laissant  glisser 
le  long  d'une  poulie  (bakrah),  comme  celle  dont  les 
nomades  se  servent  pour  puiser  de  l'eau.  C'est  à 
cette  occasion  que  le  Prophète  lui  donna  le  surnom 
à? Abou  Bakrah  (Ibn  Khall.,  IV,  p.  254). 

9 
(^j)Jijj).  Surnom  bien  connu,  porté  par  cAli 

b.  Abi  Talib.  Une  ancienne  tradition  raconte  que  le 
Prophète,  au  cours  d'une  de  ses  expéditions  où  eAli 
le  secondait  avec  un  dévouement  à  toute  épreuve, 
trouva  ce  fidèle  serviteur  endormi  sur  la  route  et 
tout  couvert  de  poussière.  Il  le  réveilla  doucement 

en  s'écriant  :  «  Debout,  homme  poudreux!  »  l?t  I3  ,#* 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS   ARABES.        191 

<->\y.  De  là  le  surnom  d'Abou  Tourâb  qui  resta  atta- 
ché au  nom  cTAli  et  que  ses  ennemis  lui  adressaient 
comme  une  injure.  La  légende  chiite,  au  contraire, 
voit  dans  ce  lakab  donné  par  le  Prophète  à  celui  de 
ses  sectateurs  qu'il  préférait,  une  allusion  à  sa  piété, 
à  son  esprit  de  renoncement  et  d'humilité,  etc.  Les 
poètes ,  surtout  en  Perse ,  y  font  de  fréquentes  allu- 
sions, et  lui  donnent  un  sens  élogieux  conforme  à 
l'interprétation  chiite  (cf.  Tar.  el-Khol,  p.  65;  Na- 
wawi,  apud  Ibn  Khall.,  p.  435,  Tab. ,  in  série, 
p.  1271  à  i2y3).  Au  dire  du  Mostatraj \  II,  p.  27, 
la  scène  de  la  rencontre  du  Prophète  et  d'Ali  eut 
lieu  pendant  l'expédition  de  DzouVOchaïrah ,  loca- 
lité voisine  de  Yanbo',  entre  la  Mecque  et  Médine 
(C.  de  P.,  Essai,  III,  p.  3o,  2e  année  de  l'hégire, 
cf.  Yak.,  Mo'djem,  s.  v.  iL*«*g).  On  rencontre 
quelquefois  l'épithète  tourâbi  comme  synonyme  de 
«  partisan  d'Ali  »,  p.  ex.  dans  ce  vers  de  Komeït  : 

^  fa*  jsi  &±*    ti»  »i>  jy  yu, 

«  Ils  disent  (de  moi)  :  C'est  un  tourâbi  de  cœur  et  de  pen- 
sée ;  tel  est  mon  nom  parmi  eux ,  tel  est  le  sobriquet  qu'ils 
nie  donnent.  »  (Die  Hasimijjat,  p.  36.) 

X*lf    fcpjl    Ce  surnom,  qui  désigne  aussi  le  loup 

et  la  huppe ,  fut  donné  par  dérision  au  faux  pro- 
phète Mosaïlamah  (Morassa,  p.  54). 


*>  0  *» 


ïàsMf*  *?)•  Surnom  du  loup,  à  cause  de  son 
poil  dur  et  crépu.  Dans  une  de  ses  satires  contre  la 

i3. 


192  MAKS  AVRIL    1907. 

dynastie  des  Omeyyades,  le  poète  Komcït,  faisant 
allusion  au  khalife  Hichâm  et  à  Khâlid  El-Kasri ,  em- 
ploie  cette  expression  : 


IfyJl*  fjix^MXA  êyèè    Ljlfcj  UJ 
Jlil  *l*£fj  ^liîl  ««Xit^^t 


«Nous  avons  deux  maîtres  néfastes  qui  nous  mènent  à 
la  ruine  :  le  loup  féroce,  l'hyène  puante  et  boiteuse.»  (Die 
Hasimijjat,  p.  1 18.) 

aUaoI  *j]     «l'homme     au     sabre     tranchant», 

comme  nous  dirions  «  la  bonne  lame  ».  Le  poète 
Hasan  b.  Thâbit  reçut  ce  surnom  à  cause  de  la  \i- 
gueur  avec  laquelle  il  attaquait  les  ennemis  du  Pro- 
phète (Ibn  Khàll.,  IV,  p.  2^2). 

/ajô^j«>sj|  *J)     «  l'homme    aux    liards  ».    C'est 

par  ce  sobriquet  injurieux  que  les  sujets  du  second 
khalife  Abasside  Abou  Djacfar  Mansour  (1 36-i 58 
de  l'hégire)  flétrissaient  son  avarice.  Il  est  à  peine 
besoin  de  rappeler  que  le  mot  abou  perd  dans  ces 
composés  sa  signification  ordinaire  de  «  père  » ,  et  se 
joint  à  d'autres  mots  pour  former  des  surnoms  et 
des  métonymies.  Les  dictionnaires  indigènes  four- 
millent d'expressions  de  ce  genre  sur  lesquelles  on 
peut  consulter  Dozy,  SuppL  aux  dict.  arabes.  Le  mot 
dânik,  plur.  dawânîk,  formé  du  persan  dbb,  est  à 

peu  près  synonyme  de  aI*.  «  grain  » ,  qui  désigne  aussi 

la  sixième  partie  du  dirhem.  A  la  IIe  forme,  le  verbe 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        193 

jpà  a  le  sens  d'«  avarice,  lésinerie  ».  Cf.  Lis.  ar. ,  s.  v. 
Au  rapport  de  Soyouti,  le  khalife  Mansour  fut  sur- 
nommé Aboul-dawânîk,  parce  qu'il  demandait  compte 
à  ses  agents  et  aux  fournisseurs  du  palais,  de  toute 
somme  jusqu'aux  moindres  liards.  Toutefois  les 
chroniqueurs  reconnaissent  que  ce  prince  savait  se 
montrer  généreux  et  même  prodigue,  quand  les 
circonstances  l'exigeaient.  C'est  ce  qu'affirme  Ma- 
çoudi  :  «flne  reculait  pas  devant  les  libéralités  les 
plus  grandes,  lorsqu'elles  étaient  payées  de  retour, 
mais  il  refusait  la  moindre  faveur,  si  elle  était  accor- 
dée en  pure  perte  »  (Prairies ,  t.  VI ,  p.  2  2 1  ).  Le  même 
auteur  ajoute,  il  est  vrai,  que  «  son  immense  fortune 
ne  l'empêchait  pas  de  faire  fructifier  son  argent  et 
de  descendre  dans  des  détails  que  les  plus  humbles 
négligent  ». 

ybàJi  jj) .  cAbdEi-Melikb.  Merwân,  cinquième 

khalife  de  la  dynastie  des  Omeyyades  (mort  en  84  H. 
=  703  de  J.-C. ,  après  un  règne  de  1 9  ans) ,  fut  le  re- 
présentant le  plus  éminent  de  cette  dynastie  royale. 
Outre  ses  succès  militaires ,  il  a  mérité  les  suffrages 
de  la  postérité  par  son  goût  éclairé  pour  la  poésie, 
et  les  faveurs  qu'il  répandit  sur  les  littérateurs.  II 
tenait  lui-même  à  passer  pour  rhapsode  (rawi),  et  les 
recueils  de  poésie  classique  renferment  bon  nombre 
de  récits  et  de  citations  littéraires  qui  s'appuient  sur 
son  autorité.  Mais,  s'il  faut  en  croire  la  chronique 
intime,  le  puissant  monarque  n'était  pas  exempt  de 
certains  malaises  organiques  qui  avaient,  entre  autres 


194  MARS-AVRIL    1907. 

désagréments ,  celui  de  rendre  son  haleine  fétide.  Ce 
défaut,  joint  à  une  avarice  peu  digne  d'un  prince, 
suscita  toutes  sortes  de  railleries  et  lui  valut  le  sobri- 
quet de  Abou  Dzibbân  «  l'homme  aux  mouches  », 
parce  que,  dit- on,  il  les  tuait  d'un  souffle.  Mobarred 
cite  à  ce  propos  une  anecdote  qui  prouve  que  le 
khalife  n'obtenait  pas  toujours  de  son  harem  les 
marques  de  respect  qu'il  exigeait  de  ses  sujets  :  «  Un 
jour  qu'il  se  trouvait  au  milieu  de  ses  femmes  et 
favorites,  il  mordit  dans  une  pomme  qu'il  donna 
ensuite  à  lune  de  ses  épouses  légitimes,  Lobabeh, 
fille  d'Abd  Allah  b.  DjaTar.  Celle-ci  se  fit  apporter 
un  couteau  :  «  Qu'en  veux-tu  faire  ?  lui  demanda  le 
«  khalife.  —  Seulement  couper  le  mauvais.  »  Abd 
El-Melik  comprit  et  sur  le  champ  répudia  son  inso- 
lente moitié.  Celle-ci ,  il  est  vrai ,  s'en  consola  en  con 
volant  en  secondes  noces  avec  un  arrière-petit-fils 
d'Ali  (Kâmil,  p.  36o).  Le  khalife  ne  négligeait  cepen- 
dant aucun  soin  pour  parer  aux  ravages  des  années 
et  conserver  le  prestige  de  son  rang.  Mobarred ,  dans 
un  autre  passage  de  son  Kâmil,  raconte  que  lorsque 
ce  prince  perdit  ses  dents ,  il  s'écria  :  «  Je  m'en  conso- 
lerais aisément,  n'étaient  le  prône  du  vendredi 
(khotbah)  et  les  visites  au  harem  !  » 

ô\i\  jj\ .   Voir  plus  loin ,  s.  v.  :>Uj . 

(jLmUm_^)  Abou  Sassân,  Sobriquet  de  Hod- 
haïn  b.  El-Hârith  Er-Rakachi,  mort  à  la  fin  du 
fp  siècle  de  l'hégire,  après  avoir  recueilli  plusieurs 
traditions  de  la  bouche  des  khalifes  'Othniân  et  'Ali. 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        195 

Il  fut  sans  doute  surnommé  de  la  sorte  à  cause  de  son 
extrême  pauvreté  et  de  sa  vie  nomade.  Voir  dans  les 
Séances  de  Harîri,  éd.  de  Sacy,  p.  5 73,  et  dans 
celles  de  Hamadâni,  éd.  de  Beyrouth,  p.  89,  les 
deux  makamât  intitulées  Sassanyeh.  Il  n'est  pas  hors 
de  propos  de  relever,  au  sujet  de  ce  terme  d'argot, 
une  conjecture  émise  par  le  Cheïk  cAbdo,  le  com- 
mentateur des  Séances  de  Hamadâni.  Ce  savant  sup- 
pose que  le  nom  de  Sassân  fut  donné ,  après  la  con- 
quête de  la  Perse,  aux  mendiants  et  bohèmes  qui 
vivaient  de  mendicité,  pour  accentuer  davantage  le 
mépris  qu'inspirait  aux  Musulmans  la  dynastie  per- 
sane des  Sassanides  ;  la  politique  des  khalifes  aurait 
favorisé  l'extension  de  cette  injure  qui  se  transmit 
dans  le  langage  populaire,  etc.  C'est  trop  dire,  et 
nous  estimons  que  l'origine  de  cette  locution  ne  doit 
pas  être  cherchée  si  loin.  La  vérité  est  qu'il  se  forma 
dans  les  contrées  orientales  du  monde  arabe  certaines 
confréries  de  gueux,  qui,  pour  se  donner  un  cer- 
tain prestige  aux  yeux  de  la  foule,  se  faisaient  passer 
pour  descendants  en  ligne  directe  d'un  Sassân  le 
Grand,  fds  d'Isfendiar,  fils  de  Gustasp  (Hydaspes), 
qui  aurait  été  dépossédé  du  trône  et  réduit  à  la  con- 
dition de  berger,  lorsque  le  roi  Bahmân  légua  sa 
couronne  au  fils  de  la  reine  Houmaï.  C'est  ce  qui 
ressort  clairement  d'une  glose  de  Harîri  (p.  ao),  où 
Sassân  est  nommé  «  le  Maître  (oustâd)  des  Maîtres  et 
le  modèle  des  filous  ». 

-j.ê  5.Ç&  j-ît  •    Sobriquet  du  poète  Merwân   b. 


196  MARS-AVRIL    1907. 

Mohammed,  affranchi  (maivla)  de  Merwân  El-Djacdi, 
le  dernier  khalife  Omeyyade.  Le  mot  chamakmak  si- 
gnifie, d'après  le  Tadj,  t.  II,  p.  5 A,  «long,  maigre» 
et  aussi  «  agile,  alerte  ».  Une  anecdote  citée  par  Ibn 
Khall.  ,  t.  IV,  p.  226,  et  une  autre  historiette  rap- 
portée par  Behâ  ed-Dîn  (AnthoL  ar.,  t.  II,  p.  2  i3), 
prouvent  que  le  poète  de  ce  nom  vivait  misérable- 
ment et  que  son  attachement  à  la  dynastie  déchue 
était  la  cause  du  dénuement  dans  lequel  il  végéta 
sous  les  premiers  khalifes  Abbassides. 

Â*u!m  j}\  Abou  Châmah.  Sobriquet  d'Abou  1- 
Kasim  Mohammed  b.  Ibrahim ,  1  auteur  bien  connu 
de  la  Chronique  des  deux  Jardins ,  dont  il  a  été  publié 
d'amples  extraits  dans  la  collection  des  HisL  ar.  des 
Croisades.  Cet  historien  raconte  dans  l'autobiogra- 
phie qui  termine  le  complément  de  sa  chronique 
(dzeil)  que  le  sobriquet  d'Abou  Châmah  lui  fut 
donné  à  cause  d'une  grosse  lentille  qu'il  avait  sous 
l'œil  droit.  Cf.  Hist.  ar.  des  Croisades ,  t.  V,  p.  211. 

—  On  cite  aussi ,  sous  le  surnom  de  iuL*  ^ ,  Hûseïn 
b.  Zikriwaïh,  chef  des  Karmates  de  Syrie.  Dans  la 
Chronique  de  Tabari,  3  e  série,  p.  2216,  on  trouve  le 
titre  çaheb  châmah,  qui  a  le  même  sens.  Ce  révolté 
faisait  croire  à  ses  adhérents  que  cette  excroissance 
de  chair  était  chez  lui  un  signe  prophétique  et  comme 
le  sceau  de  sa  mission  (Ibn  Ath.,  t.  VIII,  p.  396). 

—  Le  même  surnom  fut  donné  au  traditionniste 
Abou  cAbd  Allah  Mohammed  b.  El  'Abbas,  affranchi 
des  Benou  Hâchim,  qui  transmit  des  hadîth  à  Ah- 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.    197 

med  b.  Hanbal,  le  chef  du  rite  hanbalite  (Kechf, 
fol.  *lx  v°). 

^1 .  Surnom  patronymique  d'El-Moghîrah 

b.  cAbd  Allah  b.  Abi  cAkîl ,  gouverneur  de  Koufah  sous 
la  juridiction  d'El-Haddjâdj.  Il  supportait  difficile- 
ment ce  surnom  et  recevait  fort  mal  les  plaideurs  qui 
le  lui  donnaient.  Voir  à  ce  sujet  une  singulière  anec- 
dote rapportée  dans  Kit.  Mahas.,  éd.  Schwally,  p.  6  ko. 
Abou  Çafyyah,  nommé  gouverneur  de  Koufah  en 
78  H.  (697-698  de  J.-C),  commanda  le  corps 
d'armée  envoyé  dans  le  Khârezm  en  9  3  H.  (7 1  1  -7 1 2 
de  J.-C.)  et  reçut  le  gouvernement  de  Nisabour  à  la 
même  époque.  Ibn  Ath.  ,  t.  IV,  p.  362 ,  43o  et  45o. 

XjlMjuJI^I.   IsmaM   b.   El-Kâsim,    un   des 

meilleurs  poètes  du  11e  siècle  de  l'hégire  (  1 3 1  - 
2  i3  H.  =  7 48-8 2 8  de  J.-C),  n'est  guère  connu  que 
sous  le  sobriquet  d'Abou  'l-'Atâhiyah,  dont  le  sens 
paraît  avoir  embarrassé  les  biographes.  Ibn  Kot.  , 
p.  497,  se  borne  à  dire  que  c'est  un  lakab,  sans  autre 
explication.  Ibn  El-Athîr  [Morassa,  p.  i48)  prétend 
qu'il  fut  nommé  ainsi  à  cause  d'un  certain  trouble 
qui  se  manifestait  chez  lui  :  *x»  ^l5"c->Lla*^ .  L'expli- 
cation la  plus  vraisemblable  se  trouve  dans  la  longue 
notice  que  ¥Agh.  a  consacrée  à  ce  poète,  t.  III, 
p.  126-183.  Le  khalife  El-Mahdi  lui  dit  un  jour  : 

Q 

«  Tu  es  un  fat ,  un  vaniteux  »  xzxï  ^«xiU  ^L-Jl  o*il . 
Or  JU&b&'atâhiyah  signifie  «  travers  d'esprit  qui  rend 


198  MAHS-AVRFL    1907. 

l'homme  prétentieux  et  le  porte  à  se  targuer  à  tort 
de  son  mérite»  ».  Ce  sens  est  confirmé  par  le  commen- 
taire que  Lis.  ar.  donne  au  mot  ^«X^.  On  voit  par 
là  qu'il  ne  faut  expliquer  le  nom  d'Aboii  'l-'Atâhiyah 
ni  par  «  intrigant  »  (Lis.  ar. ,  p.  75),  ni  par  «  fou  », 
comme  le  veut  fauteur  du  Morassa. 

pUÂiLl|j^l.  Abou  cAbd  Allah  Mohammed  b. 

El-Kasim,  littérateur  et  bel  esprit,  né  à  El-Ahwâz  en 
191  H.  =  806-807  de  J.-C.,mort  àBasrahen  282  ou 
283  H.  =  896-897.  —  Ce  personnage  était  aveugle  : 
Abou  'l-Ainâ  n'est  donc  qu  un  surnom  qu'on  lui  donnait 
par  antinomie  et  un  peu  aussi  par  superstition.  Au 
rapport d'fBN  Khall.  (t.  III,  p.  60),  il  demandait,  un 
jour,    au  savant   philologue   Abou  Zeïd   El-Ançari 

comment  se  formait  le  diminutif  du  mot  *Ui£  fémi- 
nin de  félatif  qIÎM  «  qui  a  de  grands  yeux  noirs  ».  — 

«  LuJiJI  UJ  L>  Ua**>  c'est  'Oyayna  «  homme  aux  beaux 
yeux»,  répondit  le  grammairien.  Ce  récit,  inventé 
peut-être  par  quelque  muderris  en  belle  humeur,  a  du 
moins  le  mérite  de  préciser  le  sens  du  surnom.  L  au- 
teur du  Kit.  el-Mahasin  (éd.  Schwally,  p.  446)  nous 
apprend  que  la  cécité  était  un  mal  héréditaire  dans 
la  famille  d'Abou  1-cAïna,  et  que  celui-ci  expliquait 
cette  fatalité  comme  un  châtiment  du  ciel,  un  de  ses 
ancêtres  ayant  assassiné  un  descendant  d'Ali,  par 
ordre  d'un  khalife  Abbasside. 

^LLs£jJi  .  C'est  un  des  surnoms  du  loup  parce 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        199 

qu'il  erre  jb+è  pendant  les  nuits  sombres.  Abou  Ghab- 
chân  était ,  aux  temps  de  la  Djâhetyeh ,  un  Arabe  de 
la  tribu  de  Khoza'a  à  qui  Holaïl  avait  confié  les  clés 
de  la  Kacaba.  Pour  s  en  emparer,  Kossayi  eut  recours 
à  la  ruse  ;  il  enivra  le  malheureux  gardien  et ,  profitant 
de  son  ébriété ,  il  lui  enleva  les  précieuses  clés.  De  là 
les  deux  proverbes  usités  :  «  Plus  sot  qu  Abou  Ghab- 
chân»,  et  «Marché  d'Abou  Ghabchân  (marché  de 
dupe)  ».  Cf.  C.  de  P.,  Essai y  1. 1,  p.  $33;  Morassa, 
p.  1 65 ;  Meïd.  ,  Prov. ,  t.  I,  p.  1 9 1 . 

9 
jjJti)  jj)  «  le  père  de  l'ogre,  ou  de  la  ghoule  ». 

Ainsi  fut  surnommé  un  poète  de  la  tribu  des  Benou 
Tohayah  iUflldyj;  son  prénom  patronymique  était 
Abou  '1-Bilâd.  Quant  au  sobriquet  peu  flatteur 
d'Aboii  'l-Ghoul,  le  poète  le  devait  à  une  aventure 
qu'il  eut  avec  un  être  fantastique  de  la  race  des  génies 
malfaisants.  Il  y  fait  lui-même  allusion  dans  le  béit 
suivant  : 

yL&Jep  M$Z&\S*ilAW     JJ  ioL  cj^JS  Jylt  oSlj 

•  '  *  y  Q 

«J'ai  vu  accourir  un  ogre  aux  heures  de  nuit,  dans  une 
plaine  large  et  unie  comme  un  abayè  (sorte  de  manteau  de 
voyage). 

«  Et  je  lui  dis  :  «  Nous  sommes  l'un  et  l'autre  des  voyageurs 
«  épuisés  de  fatigue;  va-t-en  d'ici  mourir  de  soif!  » 

Dans  le  Khiz. ,  t.  III ,  p.  118,  ces  vers  sont  suivis  de 
deux  autres  très  altérés  dans  l'édition  de  Boulak.  — 


200  MARS-AVRIL    1907. 

D'après  lbn  Kotaïbah  (éd.  de  Goeje ,  p.  a 56 ) ,  le  sobri- 
quet d'Abou  H-Ghoul  était  donné  à  un  poète  de  la  tribu 
des  Benou  Nehchal ,  nommé  cHba  b.  Djawhar. 


••  ^  •• 


».  La  kirbah  est  l'outre  de  cuir  cousue 

d  un  seul  côté  dans  laquelle  les  nomades  versent  leur 
eau  ou  leur  lait.  Le  surnom  de  «  l'homme  à  l'outre  » 
est  resté  comme  ufi  titre  de  gloire  à  El-cAbbas ,  un  des 
fils  du  khalife  cAli.  Lorsque  le  malheureux  Hûseïn 
fut  traqué  dans  le  désert  de  Kerbelâ  par  l'armée  de 
Yezîd,  El-cAbbas,  qui  avait  suivi  son  frère  dans  la 
mauvaise  fortune,  exposait  tous  les  jours  sa  vie  pour 
aller  puiser  de  l'eau  au  Tigre ,  et  l'apporter  à  Hûseïn 
blessé  et  mourant  de  soif.  Cf.  Tàb.  ,  2e  série ,  p.  3  1 3  ; 
Ibn  Ath.  ,  t.  IV,  p.  45  ;  Morassa,  p.  175. 

y  aJUI^J»  «  le  père  des  siècles  ».  Surnom  d'un 

personnage,  d'existence  très  incertaine,  que  les  lé- 
gendes musulmanes  placent  dans  les  temps  fabuleux 
de  cAd  et  de  Thamoud;  il  aurait  vécu  jusqu'à  l'âge  de 
36o  ans.  Cf.  Goldziher,  Kit.  el-M(fammarîn,  In- 
trod. ,  p.  xxxiv. 

^yfyJJU)jJ>) .  Koundeïn  est  le  duel  du  mot  «\Jtf, 

expliqué   dans  Lis.  ar. ,  par   *«*<J3t  iu*aaL  ;  inutile 

d'entrer  dans  plus  de  détails.  Ce  qu'il  y  a  de  plus  inté- 
ressant dans  ce  sobriquet,  c'est  qu'il  est  donné  à  cAbd 
el-Melik  El-Asma'yi,  le  plus  célèbre  et  le  plus  érudit 
des  philologues  du  111e siècle  II.  (739-831  de  J.-C), 
rhapsode  à  la  mémoire  merveilleuse  à  qui  l'on  doit  les 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        201 

meilleures  traditions  sur  la  poésie  anté-islamique. 
Une  conformation  physique  tout  exceptionnelle 
lui  avait  valu  cette  bizarre  appellation.  C'est  ce 
qu'affirme  Ibn  Sîdah,  cité  par  Mïz.,  t.  II,  p.  2  16  : 

5  w#  jJ)  «  le  père  de  l'amertume,  ou  du  malheur  ». 


Surnom  que  les  Musulmans  donnent  à  Iblis  (le 
diable).  Au  contraire  ïj*  £ ,  dont  il  est  parlé  dans 

le  Koran ,  lui,  6 ,  signifie  «  l'être  intelligent  et  fort  » , 
et  selon  les  exégètes  du  livre  saint,  il  s'agit  dans  ce 
passage  de  l'ange  Gabriel  apportant  la  révélation  à 
Mahomet.  Cf.  Beïdhawi,  II,  p.  292  ;  Harîri,  Séance, 
£6,  éd.  de  Sacy,  p.  529. 

• 

ljè)jâjj) .  S'il  faut  en  croire  certains  biographes 
arabes,  Aboa  Nowâsy  le  grand  poète  du  u°  siècle 
de  l'hégire  (145-196  ou  198),  c'est-à-dire  du 
vme  siècle  de  notre  ère ,  aurait  été  surnommé  ainsi  à 
cause  des  deux  boucles  de  cheveux  qu'il  laissait 
pendre  sur  ses  épaules.  Et,  en  effet,  les  historiens 
arabes  expliquent  de  la  même  manière  le  nom  du 
prince  himyarite  Dzou  Nowâs  (voir  plus  loin  le  mot 

<^«XâJ),  qui  se  signala  par  la  cruauté  avec  laquelle 
il  persécuta  les  Chrétiens  de  Nedjrân  (C.  de  P. ,  Essai, 
1. 1,  p.  i38  et  passim.;  cf.  Khiz.,  t.  I,  p.  169).  Mais 
ce  qui  rend  cette  explication  incertaine,  c'est  qu'elle 
ne  se  trouve  pas  chez  les  auteurs  les  plus  dignes  de 
confiance ,  tels  que  Ibn  Kotaïba  et  YAghâny. 


202  MARS-AVRIL    1907. 

ij*r& yï »  ((  l'homme  à  la  petite  chatte  » ,  Abd  cr- 
Hahman  (?)  Ihn  Çakhr  Ed-Dawsi.  Par  le  nombre  et 
l'importance  des  hadîth  qui  émanent  de  lui ,  il  peut 
être  considéré  comme  un  des  pères  de  l'école 
traditionniste  ;  il  aurait  reçu  ce  sobriquet  du  Pro- 
phète qui  le  surprit  plus  dune  fois  à  jouer  avec 
un  jeune  chat  blotti  dans  son  giron  (Mostapraf,  II, 

p.  23). 

Xd^jJi  .  Daoud  b.  cYsa  b.  Mousa,  descendant 
direct  d'El-cAbbas,  fut  surnommé  Outroudjeh  «le 
citron  »,  à  cause  de  son  teint  jaune  et  bilieux.  Fidèle- 
ment attaché  à  la  cause  des  khalifes  Abbassides,  il 
prit  part,  en  1 90  H.  (806  de  J.-C.) ,  au  siège  d'Héra- 
clée  sous  les  ordres  d'Haroun  ar-Rachîd.  H  fut  pen- 
dant plusieurs  années  gouverneur  de  la  Mecque  et 
Emir  el-Haddj.  Lorsque  la  guerre  éclata  entre  Emîn 
et  Mamoun ,  il  se  déclara  pour  ce  dernier  et  proclama 
la  déchéance  d'Emîn  à  la  Mecque,  puis  dans  toute 
l'Arabie  méridionale.  Confirmé  dans  son  autorité  par 
le  khalife  Mamoun,  il  conserva  le  titre  d'Emir  des 
deux  villes  saintes  et  résida  à  la  Mecque  jusqu'en 
199  H.  (8i4-8i5  de  J.-C).  Mais  quand  la  révolte 
d'Ibn  Tabâtabâ  éclata  et  que  la  Mecque  fut  occupée 
par  les  troupes  d'Ibn  Seraya,  Daoud,  ne  voulant  pas 
que  le  territoire  sacré  fût  souillé  du  sang  musulman, 
abandonna  la  ville  aux  rebelles  et  s'enfuit  en  Irak 
(Ibn  Ath.,  t.  V,p.  3i3;  VI,  i34-ai6).  Dans  le  Ifoc/i/ , 
fol.  k  r°,  le  surnom  à* Outroudjeh  est  attribué  à  Abou 
Mousa  cYsa  ben  Khochnâm  , 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        203 

fr$i  «le  brêche-dents  ».  Sobriquet  d'Abou'Ula- 
san  cAli,  fils  d'El-Moghirah,  grammairien  et  dialec- 
ticien qui  jouit  dune  certaine  vogue  au  in0  siècle  de 
l'hégire.  Il  mourut  en  220  H.  (83g  de  J.-C).  Cf. 
Fihrist,  p.  87;  Nodjoum,  t.  II,  p.  655. 


$  ** 


t 
£<X^i   «le  mutilé».  Sobriquet  donné  au  père 

d'un  ancien  traditionniste ,  Abou  cAïchah  Ei-Mas- 
rouk.  Voir  &T***  • 


f\^i  «  l'édenté  ».  Sinân  b.  Khalid  e\-Minkari  fut 
surnommé  ainsi  parce  que  Kaïs  b.  Asem  lui  cassa 
une  dent  d'un  coup  d'arc  après  la  deuxième  journée 
de  Kolab.  C.  de  P.,  Essai,  t.  II,  587;  Bouchkr, 
Diwân  de  Farazdak,  p.  355. 


i  «  le  pied  bot  ».  Surnom  d'Abou  Bekr 
Çakhr  b.  Kaïs,  un  des  tabi  ou  successeurs  des  Compa- 
gnons de  Mahomet.  Attaché  à  la  cause  d'Ali  b.  Abi 
Talib,  il  laissa  plusieurs  traditions  provenant  de  ce 
khalife ,  ainsi  que  d'Omar  et  d'Othmân  ses  prédéces- 
seurs. La  sagesse  d'El-Ahnef  a  passé  en  proverbe  et 
l'on  cite  de  lui  une  foule  d'axiomes  qui  sont  la  mon- 
naie courante  des  traités  de  morale  musulmane.  Ce 
personnage  était  d'ailleurs  fort  disgracié  de  la  nature  : 
outre  son  infirmité  de  naissance,  il  avait  les  dents 
enchevêtrées,  la  tête  chauve  et  le  menton  fuyant; 
pour  comble  de  disgrâce,  il  perdit  un  œil  au  siège  de 
Samarcande  en  54  H.  (=675  de  J.-C).  Cf.  Kechf, 

fol.  fi  v°  et  voir  (j*N*  e^taL». 


204  MABS-AVRIL    1907. 

I .   Le  poète  cAbd  Allah  b.  Mohammed  El- 

Ansari  (mort  en  1 1  o  =  7 1 8  de  J.-G.) ,  ami  et  com- 
pagnon d'exil  d'Omar  b.  Abi  Reby'ah,  fut  surnommé 
El-Ahwaç  parce  qu'il  avait  les  yeux  petits  et  cligno- 
tants. Cf.  Khiz.,  t.  I,  p.  232;  Agh.,  t.  IV,  p.  ko  et 
VI,  p.  52;  Ibn  Kot.,  329-332.  Voir  aussi  Journal 
asiatique f  VIe  série,  1873,  p.  452. 

y 

vu  ,9       O  ^ 

^^>s^)    «le  fossoyeur».  Surnom  du  tobba* 

Dzou  Nowâs  qui,  après  s  être  emparé  par  trahison 
de  la  ville  de  Nedjran,  fit  creuser  de  larges  fossés 
dans  lesquels  il  brûla  vifs  les  chrétiens  de  cette  ville 
(vers  Tan  529  de  J.-C,  selon  C.  de  P.,  Essai,  t.  I, 
p.  128.)  Cf.  Prairies  ctor,  t.  I,  p.  129,  et  Khiz., 
t.  I,  p.  357. 

%a±S .  On  sait  que  le  mot  akhdhar  qui  signifie 


ordinairement  «  vert  »  a  aussi  le  sens  de  «  tirant  sur  le 
noir  ».  Surnom  d'El-Fadhl  b.  el-cAbbas  b.  cOtbah  b. 
Abi  Leheb ,  poète  hachémite ,  qui  vécut  au  Ier  siècle  de 
l'hégire  et  célébra  les  khalifes  Omeyyades ,  principa- 
lement cAbd  el-Melik  b.  Merwân.  Dans  l'intéressante 
notice  de  Y  Agh.  qui  lui  est  consacrée  (t.  XV,  p.  2-10), 
on  trouve  plusieurs  traits  curieux  sur  l'avarice  de 
ce  poète,  l'histoire,  de  ses  rapports  avec  la  cour 
de  Damas,  et  d'autres  particularités  dignes  d'être 
signalées.  El -Akhdhar  était  petit -fils  d'une  Ethio- 
pienne, ce  qui  explique  la  couleur  foncée  de  son 
teint  et  le  sobriquet  sous  lequel  il  est  connu.  Lui- 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        205 

même  en  fait  l'aveu ,  tout  en  revendiquant  son  ori- 
gine arabe  : 


«Je  suis  fils  de  noir,  on  me  connaît  pour  tel;  je  suis  noir 
de  peau,  mais  issu  d'une  famille  arabe.  » 

Dans  le  Latdif,  où  ce  vers  est  cité  autrement,  je 
crois  qu'il  faut  ajouter  ^\  au  premier  hémistiche 
d'accord  avec  Y  Agh.  Sur  le  mariage  de  l'esclave  éthio- 
pienne ,  grand'mère  du  poète ,  et  sur  la  fin  tragique 
de  cOtbah,  relaps  à  l'islam  et  maudit  par  le  Pro- 
phète ,  voir  la  notice  en  tête  du  tome  XV  de  ÏAghdny. 

i^Lifet.  Ghyath  ed-dîn  b.  Hârith  el-Akhtal,  un 
des  plus  grands  poètes,  si  ce  n'est  le  plus  grand,  du 
icr  siècle  de  l'hégire.  On  n'est  pas  d'accord  sur  le  sens 
k  attribuer  à  son  surnom  :  on  l'explique  ordinaire- 
ment par  «  aux  oreilles  flasques  et  pendantes  ».  Mais 
ce  n'est  sans  doute  pas  à  cause  de  cette  particularité 
physique  que  le  poète  reçut  et  resta  généralement 
connu  sous  le  sobriquet  en  question.  11  ne  faut  pas 
oublier  que  le  mot  akhtal  a  aussi  le  sens  de  «  bavard , 
inconsidéré,  etc.  »  ;  Agh. ,  t.  VII,  p.  ï  70 ,  considère  ce 

mot  comme  synonyme  de  juju*  .  Ce  fut  l'épithète  que 

Ka'b  b.  DjoVïl  lui  infligea  dans  une  Satire  contre 
le  jeune  poète  qui  avait  eu  le  tort  de  l'attaquer,  et 
il  est  vraisemblable  qu'elle  resta  dès  lors  attachée  à 
son  nom.  (Voir  ci-dessous  Ju>$:>.)  Cf.  Agh.,  t.  V,  VII 
et  X;  Journal  asiatique,  IIe  Série,  t.  XIII  et  XIV; 

IX.  l/| 

txraiMUM  UTIOIALB. 


206  MARS-AVRIL   1907. 

IXe  Série,  t.  IV;  Khiz.,  t.  I,  p.  220;  Miz.y  t.  II, 
p.  217.  Sur  la  vie  et  le  diwân  d'El-Akhtal,  voir  1  édi- 
tion complète  qui  a  été  publiée  à  Beyrouth  par  le 
P.  Salhani ,  en  1891. 

ro*  

ijr  *^  ' .  D'après  les  dictionnaires  indigènes  Sa- 

hâh,  Tadj  et  Lis.  ar.,  Akhfach  se  dit  de  «celui  qui 
cligne  des  yeux  pour  mieux  voir  ».  C'est  un  surnom 
qui  se  rencontre  assez  souvent  dans  l'ancienne  littéra- 
ture arabe.  Il  a  été  porté,  entre  autres,  par  les  trois 
personnages  suivants  :  i°  El-Akhfach  el-akbar,  c'est- 
à-dire  l'aîné  des  Akhfach,  qui  fut  le  maître  du  gram- 
mairien Sibaweïhi  et  d'Abou  'Obeïdah  ;  la  date  de  sa 
mort  est  incertaine;  20  le  moyen  El-Akhfach  [el- 
awsat) ,  mort  vers  l'an  2 1 5  de  l'hégire  (  8  3  o  de  J  .-C .  ) , 
passe  pour  le  plus  érudit  des  trois,  du  moins  fut-il  le 
rival  de  Sibaweïhi;  3°  El-Asghar,  le  jeune,  philo- 
logue et  poète,  contemporain  d'Ibn  er-Roumi  (voir 
ce  nom).  La  notice  de  deux  de  ces  homonymes  est 
donnée  par  Ibn  Khàll.  ,  1. 1,  p.  372  et  t.  II,  p.  2  44; 
voir  aussi  Anthol.  ar.,  t.  VU,  p.  535.  On  trouve  en 
outre  dans  ieMizhar,  p.  228,  la  liste  de  dix  savants 
qui  portent  le  même  surnom. 

+i\\\  «les  serpents».  Arakim  est  le  pluriel  de 

arkani  qui  se  dit  d'un  serpent  à  taches  blanches  et 
noires ,  dont  la  morsure  passe  pour  être  très  dange- 
reuse. C'était  le  surnom  de  six  familles  appartenant 
à  la  tribu  de  Taghlib ,  à  savoir  :  les  Benou  Djocham , 
les  B.  Wmr,  les  B.  Mâlik,  les  B.  Talabah,  les  B. 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS   ARABES.        207 

Mo'awyah  et  les  B.  Hârith.  Leur  père  commun  était 
Bekr  b.  Hobaïb,  arrière-petit-fils  de  Taghlib  b.  Waïl. 
Le  Sihâh,  le  Tadj  et  Ibn  Dorbïd  donnent  des  expli- 
cations assez  vagues  de  ce  surnom  qui  rappelle  sans 
doute  la  coutume  du.  tatouage  très  usitée  parmi  ces 
tribus;  à  moins  quon  ne  veuille  y  chercher  un  argu- 
ment de  plus  en  faveur  du  totémisme.  Dans  le  passé 
fabuleux  où  vécurent  les  Amalika,  on  retrouve  le 
nom  de  Arkam  que  C.  de  P.  identifie  avec  le  Rekent 
ou  Arkem  de  la  Bible.  Essai,  t.  I,  p.  21  et  suiv. , 
t.  II,  p.  2o5;  cf.  Khiz.y  t.  IV,  p.  'ii'j.  Le  même 
surnom  se  lit  dans  le  vers  suivant  d  une  poésie  de 
Hârith  b.  Hillizah  de  la  tribu  des  B.  Bekr,  kaçideh 
qui  figure  dans  plusieurs  manuscrits  des  Moallakat  : 


l*J.  9  °  ' 


«Une  nouvelle  grave  nous  arrive  qui  nous  inquiète  et 
nous  plonge  dans  1  affliction  :  nos  frères  les  Arakim  sont 
irrités  contre  nous  et  nous  insultent  sans  trêve  dans  leurs 
discours.  »  (  Cf.  Arnold  ,  Septem  Mdall.  ,p.  171.) 

Le  poète  fait  allusion  dans  ce  passage  à  une 
querelle  qui  éclata  entre  les  B.  Bekr  et  leurs  cou- 
sins les  B.  Taghlib  ;  ce  sont  ces  derniers  qu'il  désigne 
par  le  surnom  d' Arakim.  Voir  Essai,  t.  II,  p.  367; 
Khiz.,  t.  IV,  p.  337. 

Jbâft  ) .  Hâmid  b.  Mâlik  b.  Rib y,  poète  contem- 
porain   des   premiers  Omcyyades,    fut  surnommé 

i4. 


208  MARS-AVRIL    1907. 

Arkat  parce  qu'il  avait  la  peau  parsemée  de  taches 
noires  et  blanches.  La  même  épithète  désigne  la 
panthère  et  une  espèce  de  mouton  à  la  toison  bi- 
garrée. Agh.,  t.  II,  p,  46,  cite  de  ce  personnage  des 
traits  de  rapacité  extraordinaires.  C'est  un  des  quatre 
avares  célèbres  dans  la  légende  arabe;  les  trois 
au  1res  sont  El-Hoteyyah,  Abou'l-Aswad  ed-Douali  et 
Khalid  b.  Çafwân.  Voir  sur  ces  personnages  le  Kitab- 
el-Boukhalâ ,  publié  par  Van  Vloten ,  Leyde,  1900. 
D'après  le  Khiz.,  t.  II,  p.  45 4,  Hamid  el-Arkat  est 
quelquefois  confondu  avec  un  autre  poète  aussi  peu 
connu  et  dont  le  surnom  patronymique  est  A  boa 
Bedjeleh. 

s^J^aSji\    ô\j)\.  Voir  ù\jj. 

d\j*j+è\ .  Le  mot  persan  oustâd,  dont  la  signification 
ordinaire  est  celle  de  «  maître,  professeur»,  a  reçu 
en  passant  dans  l'arabe  des  acceptions  différentes. 
On  appelait  ainsi  certains  eunuques  qui,  d'abord 
précepteurs  de  princes,  arrivèrent  au  rang  de  pre- 
mier ministre.  Voir  sur  les  fonctions  du  Oustâd-dâr  : 
Qcatremere,  Mamlouks ,  t.  I,  p.  2  5  et  suiv. ,  et  sur 
les  diverses  significations  de  oustâd,  Chrest.  ar., 
t.  11,  p.  1 54 ,  et  Dozy,  Suppl.  ,  s.  v. 

<ÂMl  y*j*\  «le  lion  de  Dieu».  Hamzah  b.  cAbd 
el-Mottalib ,  oncle  paternel  du  Prophète ,  après  avoir 
embrassé  l'islam  dès  les  premières  années  de  la  pré- 
dication, combattit  avec  intrépidité  pour  la  religion 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        209 

nouvelle,  se  signala  surtout  à  la  journée  de  Bedr, 
et  lut  tué  à  Ohod  par  le  nègre  Wahchi  (chawâl, 
an  3  H.).  En  apprenant  la  mort  de  ce  vaillant  dé- 
fenseur de  la  foi ,  Mahomet  annonça  que  Hamzah , 
«  le  lion  de  Dieu  et  du  Prophète  * ,  venait  de  prendre 
place  parmi  les  élus  dans  le  septième  ciel  (C.  de  P., 
Essai,  t.  III,  p.  1 10.) 

jju*)  «l'incendiaire».  Marthad,  fils  de  Abou 
Homrân  el-DjoYi,  surnommé  ainsi  à  cause  de  ce 
vers  : 


•J 


«  Que  ma  tribu  ne  me  revendique  plus  parmi  les  descen- 
dants de  Sa'd  b.  Malik,  si  je  n'allume  parmi  eux  (parmi  mes 
ennemis)  les  flammes  de  l'incendie.  »  (Ibn  Doreïd,  Ichtikak. 
p.  2^3.) 

Le  même  vers  est  cité  dans  Lis.  ar. ,  avec  la  va- 
riante J$  au  lieu  de  «X**J . 

«Xw! .  Parmi  les  lexicographes ,  les  uns  traduisent 
ce  mot  par  «  lépreux  ou  scrofuleux  » ,  les  autres  par 
«goitreux».  Surnom  de  Maïmoun  b.  Charîk,  de  la 
tribu  de  Temîm.  S'il  ne  figure  pas  parmi  les  Compa- 
gnons du  Prophète,  on  lui  doit  quelques  hadîth. 
Voir  Lis.  ar.%  s.  v.  ^Jl*;  dans  cet  ouvrage  le  surnom 
iïEl-Asla  est  porté  par  un  arabe  de  la  Djâhelyeh 
nommé  cAmr.  b.  eOdas  (j-tXfi  (^t . 

-*^ 
£\    «le  balafré».  Plusieurs   personnages  histo- 


210  MARS-AVRIL    1907. 

riques  ont  reçu  ce  surnom  :  i°  Kaïs,  fils  de  Macdi- 
Karib ,  fondateur  de  la  seconde  dynastie  des  princes 
kin dites,  au  commencement  du  Ier  siècle  de  l'ère 
chrétienne.  Il  avait  reçu  une  grave  blessure  au  vi- 
sage pendant  une  de  ses  razzias  (Khiz. ,  1. 1,  p.  545  ; 
Kechf,  fol.  k  v°).  —  2°  'Othmân  b.  el-Khattâb,  b. 
Abi  Dounya,  mort  en  327  de  l'hégire  (988-939  de 
J.-C),  plus  que  centenaire.  Il  prétendait  avoir  connu 
eAH  et  reçu  de  lui  plusieurs  traditions  ;  toutefois  son 
témoignage  est  considéré  comme  douteux  (Ibn  Ath.  , 
t.  VIII,  p.  268;  Goldziher,  Moham.  Studien,  t.  II, 
p.  171).  —  3°  Le  khalife  omeyyade  cOmar  b.  cAbd 
El-cAzîz,  qui  régna  de  99  à  101  de  l'hégire,  sur- 
nommé «  le  balafré  des  Benou  Omeyyah  » ,  ou  «  le 
balafré  de  Koreïch  » ,  à  cause  d  une  cicatrice  au  front 
provenant  dune  ruade  de  cheval,  quand  il  était 
enfant.  Ce  fait  est  consigné  dans  les  chroniques 
arabes,  mais  avec  de  nombreuses  variantes  sur  le 
surnom.  Cf.  Becker,  Ibn  Gauzis  Manaqib  'Omar, 
Leipzig,  1899,  p.  17. 

iê\    «qui   a   les  cheveux  poudreux  et   en 


désordre  ».  Parmi  les  Arabes  qui  ont  reçu  ce  surnom , 
on  cite  comme  un  des  plus  connus  Ma'di-Karib  b. 
Kaïs ,  de  la  maison  royale  de  Kindah.  Né  vers  fan  598 
de  notre  ère,  il  embrassa  l'islamisme  avec  tous  les 
gens  de  sa  famille,  Tan  10  de  l'hégire.  H  abjura  peu 
de  temps  après  et  ne  rentra  dans  le  sein  de  l'islam 
que  sous  le  khalifat  d'Abou  Bekr.  H  prit  part  à  la 
conquête  de  la  Perse ,  devint  un  des  gouverneurs  de 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        211 

rAzerbaïdjân  sous  le  règne  d'Othmân ,  et  mourut  en 
4  2  de  Thégire ,  quelques  jours  après  l'assassinat  d'Ali. 
Voir  C.  de  P.,  Essai,  t.  II,  p.  383;  Khiz.,  t.  II, 
p.  465. 

JJ<X**1,  litt.  :  «qui  a  la  bouche  grande  et  de 
fortes  lèvres  »  ;  au  figuré  :  «  grand  parieur  ».  Parmi 
les  personnages  qui  ont  reçu  ce  sobriquet,  il  faut 
citer  surtout  cAmrb.  Sacïd  b.  El-Assi,  qui  fut  gratifié 
de  l'épithète  de  «  bavard  »  par  le  khalife  Mo'awyah. 
cAmr  est  classé  dans  la  seconde  série  des  compa- 
gnons du  Prophète;  il  prit  part ,  à  côté  d'Amrpu,  à  la 
conquête  de  l'Egypte;  en  69  H.  (688-689  de  J.-C), 
il  fut  mis  à  mort  par  le  khalife  cAbd  el-Mélik  contre 
lequel  il  s  était  révolté.  Cf.  Ibn  Ath.,  t.  IV,  p.  2 45 
et  suiv.;  Nodjoum,  t,  I,  p.  2o4;  Kechf,  fol.  4  v°; 
MostaL,  t.  II,  p.  2  5. 

£).  C'est  par  ce  surnom  ethnique  qu'on 

désigne  ordinairement  le  docteur  Aboul-Hasan  cAli 
cl-AcKari,  le  véritable  fondateur  de  l'orthodoxie 
musulmane,  qu'il  édifia  sur  les  ruines  de  la  libre  pen- 
sée mouHazélite.  H  devait  son  surnom  à  sa  descen- 
dance paternelle;  un  de  ses  aïeux  Nabt  b.  cOudad 
avait  reçu  le  sobriquet  d'el-achar  «le  chevelu», 
parce  que ,  selon  une  légende  de  famille ,  il  était  venu 
au  monde  la  tête  couverte  de  cheveux.  Né  à  Basrah 
on  i-.o  H.  (883-884  de  J.-C),  Achcari  mourut  en 
33 1  selon  les  uns,  en  34o  selon  les  autres  (942-951 
de  J.-C).  Voir  Ibn  Khall.,  t.  II,  p.  22-7. 


212  MARS-AVRIL    1907. 

iu^jio)  •  Khâlid  b.  Djacfar,  b.  Kilâb  était  surnom- 
mé el-Açbagh,  parce  qui!  avait  au  front  une  large 
taie  qu'il  s'efforçait  de  dissimuler  à  l'aide  d  une  tein- 
ture (çïbqh).  Voir  Kechf,  fol.  t\  v°. 

{+io\  «le  sourd»,  surnom  de  Mâlik  b.  Djanâb 
El-Kelbi.  Lui-même  fait  allusion  à  l'infirmité  dont  il 
était  atteint,  dans  le  vers  suivant  : 


«  Je  suis  sourd  aux  paroles  obscènes ,  lorsqu'on  les  prononce  ; 
mais,  pqur  tout  ce  qui  n'est  pas  obscène,  on  me  trouve 
l'oreille  fine.»  (Miz.,  p.  221;  Kechf,  fol.  4  v°.) 

Le  Tadj,  t.  VIII,  p.  3yi,  cite  parmi  les  savants 
docteurs  qui  étaient  surnommés  el-Açamm  :  cAbd 
Allah  b.  Ribci  el-Dobeïri;  AbouVAbbas  Mohammed 
b.  Yakoub,  traditionniste  mort  en  346  H.  (987- 
938  de  J.-C.)  à  Nisabour,  et  qui  «  à  la  suite  de  ses 
longs  voyages  et  des  fatigues  qu'il  avait  endurées, 
n'entendait  même  pas  braire  un  âne  (51c)»;  Abou 
Djacfar  Mohammed  el  -  Asterâbâdi ,  traditionniste 
réputé. 

g) .  Zyâd  b.  Sûleïmân  (var.  b.  Djâbir),  poète  du 
1er  siècle  de  l'hégire ,  mawla  de  la  famille  d'Abd  el- 
Kaïs,  était  d'origine  persane;  il  naquit  selon  les  uns, 
à  Istakhr,  selon  les  autres,  à  Isfahân.  Il  ne  parvint 
jamais  à  prononcer  correctement  certaines  lettres  de 
l'alphabet  arabe,  telles  que  le  •  et  le  £.  De  là  son 
surnom  el-A'djem  «  l'étranger,  ou  le  barbare  ».  — 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        213 

Contemporain  du  poète  Farazdak,  il  eut  l'audace 
d'attaquer  ce  terrible  adversaire  et,  au  lieu  de  lui  en- 
voyer le  cadeau  qu'il  lui  avait  promis,  il  composa 
contre  lui  une  pièce  de  vers  injurieux.  Sa  témérité 
lui  réussit;  Farazdak,  après  avoir  lu  le  pamphlet,  se 
borna  à  dire  :  «Tant  que  cet  homme  vivra,  je 
n'attaquerai  pas  la  tribu  d'Abd  el-Kaïs  dans  mes 
vers.  »  Voir  la  notice  spéciale  dans  Agh.,  t.  XIV, 
p.  102-109;  Ibn  Kot.,  p.  207-260;  Khiz.,  t.  IV, 
p.  ig3. 

L5**£)  «  qui  a  la  vue  faible  ».  Plusieurs  docteurs 

qui  se  sont  distingués  dans  l'étude  des  traditions ,  ont 
élé  surnommés  el-Accha.  Dans  le  Mizhar  de  Soyouti, 
t.  II,  p.  229,  on  trouve  une  liste  de  dix-neuf  per- 
sonnages, littérateurs,  traditionnistes  ou  autres, 
portant  ce  surnom.  Citons  Yackoub  b.  Khalifah,  et  le 
poète  El-Accha  Maïmoun  b.  Kaïs,  poète  qui  vivait 
du  temps  du  Prophète.  Mais  ce  dernier,  dans  la  no- 
tice que  lui  consacre  Ibn  Kot.  ,  p.  1 35,  est  surnommé 
Abou  Baçîr  (voir  jjj^j^A),  et  l'auteur  affirme  qu'il 

Ut 

était  aveugle.  (Voir  ila^Lud.) 


9  o^ 

vi  c)  Surnom  de  Mûnebbih  b.  Sacd  b.  Kaïs  b. 
Aylân,  auteur  de  ce  beït  où  se  trouve  le  mot  açonr, 
pluriel  de  y*&  : 

u;  Sx  iuu  u  tek  <Lju 


2H  MARS-AVRIL    1907. 

*•  -    •       •        *        ^  JSi 


«  'Omaïrah  me  dit  :  «  Pourquoi ,  depuis  que  ta  jeunesse  s*est 
«  évanouie ,  pourquoi  cette  canitîe  odieuse  qui  couvre  ta  tête  ?  » 

«  Chère  'Omaïrah ,  c'est  ie  passage  des  nuits  et  la  succes- 
«  sion  des  années  qui  ont  blanchi  la  tête  de  ton  père.  » 

Ibn  Kot.  ,  qui  cite  ces  vers ,  p.  36  ,  ajoute  que  Mû- 
nebbih ,  poète  des  âges  primitifs  uytll  jfil^I  ^,  était 

peu  fécond  et  ne  faisait  que  des  vers  de  circonstance; 
cf.  Agh.,  t.  XIV,  p.  88.  Ce  personnage  fut  le  chef  des 
familles  de  Bâhilah  et  de  Ghani,  deux  branches  de 
la  grande  tribu  de  Kaïs-Ailân  (C.  de  P.,  Essai,  1. 11, 
p.  Z| 76  ;  Lis.  ar.,  s.  v.  y**).  Miz.,  t.  II,  p.  218,  ne 
donne  que  le  second  vers,  avec  cette  variante  au 
premier  hémistiche  du  second  vers  :  Js>  <Jbt  »J  jjJlt 
*3p.  Le  Tadj,  III,  4 1  7,  ht  £^1  au  lieu  de^él . 


I .  Abou  Mohammed  Sûleïmân  b.  Mihrân, 


imam  très  versé  dans  la  science  des  hadîth,  mort  en 
1  48  ou  1  /19  H.  (765-766),  fut  surnommé el-'Amach, 
parce  qu*il  avait  les  yeux  larmoyants  ou  chassieux. 
Voir  sa  notice  dans  Ibn  Khall.,  t.  I,  p.  589. 

Àp)    «  qui  a  la  lèvre  supérieure  fendue   ou  en 

forme  de  bec  de  lièvre  ».  Le  sens  de  cette  épithète 
est  confirmé  par  le  vers  suivant  tiré  de  la  MoaUaha 
d'Antarah  : 


SURNOMS   KT  SOBRIQUETS   ARABES.        215 

«Souvent  j'ai  laissé  l'époux  d'une  jeune  beauté,  étendu 
dans  la  poussière  avec  une  blessure  dont  le  sifflement  sem- 
blait sortir  d'une  lèvre  fendue.  »  (Mo  ail. ,  éd.  Arnold , 
p.  i58;  cf.  Nôldeke,  Fùiif  Moallakât,  p.  19,  v.  il;  voir  ci- 
dessus  :  -Ail .  ) 

Ont  porté  le  surnom  (Xel-A'lam  :  i°  Yousouf  b.  Sû- 
leïmân  Chantamari  (de  Sainte-Marie  en  Espagne), 
littérateur  bien  connu  (4  10-476  H.  =  1019-1083 
de  J.-C);  voir  sa  notice  dans  Ibn  Khall.  ,  t.  IV, 
p.  Ai  5;  20  Ibrahim  b.  Kasim  el-Batalyousi,  c'est- 
à-dire  originaire  de  Badajoz  en  Espagne;  voir  Mil., 
p.  228. 

(jouxt,  pluriel  de  jûac,  nom  dont  l'origine  est 

incertaine.  Les  anciennes  traditions  de  la  Djâhelyeh 
mentionnent  sous  le  nom  collectif  de  A 'yass  quatre 
Koreïchites ,  fils  d'Omeyyah  b.  cAbd  Chems ,  à  savoir  : 
El-cAss,  AbouVAss,  Ei-cYss  et  Abou'l-'Yss,  qui  se 
signalèrent  pendant  la  guerre  de  Fidjâr  (C.  de  P., 
Essai,  t.  I,  p.  3a3).  Le  commentaire  du  Hamasa, 
p.  297,  explique  le  mot  'yss  par  «  noble  d'origine  »  : 

À*i)  «  qui  a  la  lèvre  inférieure  fendue  »,  surnom 
d'Ibn  el-KoVïs  j^uouJt  ^1,  un  des  compagnons  [açhab) 
du  Prophète  [Bioqr.  dict. ,  p.  1 6 1  ).  Le  sens  exact  des 
mots  calam  et  ajladj  est  précisé  dans  un  passage  très 
curieux  du  Kit  el-Mahasin,  éd.  Schwally,  p.  44g. 


216  MARS-AVRIL    1907. 

9 

^j^Âil.  Çoraïm  b.  Macchar  le  Taghlébite,  sur- 
nommé Ofnoun.  Il  n'est  pas  facile  d'indiquer  avec 
certitude  le  sens  de  ce  lakab  tiré  d'un  vers  attribué  a 
ce  personnage.  Voici  comment  il  est  cité  dans  Latdif, 

p.  19  : 

1.  ->  •  •  j  J  Q  '  1   *j*7\.'o*' 


u^JLjS  ul:JL  jj  §  1&.3Î 


«  Ô  M  adnoun ,  tu  nous  fais  espérer  ton  amitié ,  mais  nos 
moments  sont  précieux  et  la  jeunesse  est  volage.  » 

Ce  vers,  que  je  ne  traduis  que  par  conjecture, 
est  cité  dans  le  Khiz.,  t.  IV,  p.  46o;  la  deuxième 
moitié  du  deuxième  hémistiche  seule  se  lit  dans  Irn 
Doreïd  ,  p.  2o3 ,  avec  une  indication  assez  vague  sur 
le  mot  ofnoun.  Ibn  Kot.,  p.  1 1x8 ,  donne  quelques  vers 
de  ce  poète  inconnu  et  ajoute  qu'il  périt  de  mort 
violente  dans  une  localité  de  Syrie  nommée  Hahah 
&tàM .  Ce  nom  est  cité  dans  un  fragment  attribué  au 

même  poète  : 

LtjJ  UÙ\  JJ5  i  âj-% 

«  Quelle  plus  grande  douleur  que  d'être  enterré  sur  les 
hauteurs  de  Ilahah  lorsque  demain  la  caravane  s'éloignera  !  » 

Cf.  Mo'djem,  t.  I,  p.  3^7,  où  se  lit  le  même  récit 
avec  des  variantes  peu  importantes  ;  voir  aussi  Kechf, 
fol.  5  v°,  et  Miz.f  t.  II ,  p.  2  1 9. 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        217 

**jà  ) ,  litt.  :  «  qui  a  la  bouche  grande  ».  Le  surnom 

J^l-Afivah  est  donné  à  un  poète  de  la  Djâkelyeh, 
Abou  Rebycah  Çalat  b.  cAmr  El-Awdi,  de  la  tribu  de 
Madhedj.  Il  exerçait  une  grande  autorité  dans  son 
douar  par  la  sagesse  de  ses  conseils  et  le  mérite  de 
ses  poésies.  L'Agh.,  t.  XI,  p.  kb-liS,  donne  sa  notice. 


9  ^o% 


ç  *£)  «le  chauve».  Firâs  (le  lion)  b.  Ilabis  b. 

cYkal  El-Akra,  de  la  grande  tribu  des  B.  Temîm; 
cette  origine  lui  valut  l'honneur  d'être  loué  par  le 
poète  Farazdak  qui,  lui  aussi,  se  rattachait  aux 
B.  ïemim  par  les  B.  Dârim.  El-Akrac  qui  avait  em- 
brassé l'islamisme  de  bonne  heure  et  pris  part  à  plu- 
sieurs journées  célèbres,  entre  autres  à  la  bataille  de 
Honaïn ,  fut  un  de  ceux  dont  Mahomet  chercha  a  se 

concilier  l'amitié  (+&ji*  *iJ>*) ,  en  leur  accordant  une 
part  considérable  du  butin.  Après  la  mort  du  Pro- 
phète ,  El-Akrac  se  déclara  d'abord  contre  Abou  Bekr, 
mais  bientôt  réduit  a  l'obéissance ,  il  servit  sous  les 
ordres  de  Khâlid ,  se  distingua  à  la  prise  de  Damas , 
et  périt  au  cours  d  une  expédition  dans  le  Djouzdjân. 
Cf.  C.  de  P.,  Essai,  t.  III,  p.  26 1 ,  345  et  l\  1 2  ;  Khiz. , 
t.  II.  p.  397;  Beladori,  p.  66  et  407. 

Le  surnom  d! El-Akra  est  donné  aussi  à  El- 
Achyam  b.  Mo'adh  b.  Sinân ,  auteur  de  ce  béit  contre 
Mocawyah  b.  Kochaïr  : 

«  M o'awvah ,  de  qui  vous  viendra  le  charme  préservateur,  si 


218  MARS-AVRIL   1907. 

vous  êtes  atteints  par  la  morsure  du  serpent  chauve  qui 
voyage  à  travers  le  désert  ?  » 

Miz.,  p.  sao;  Tadj,  t.  V,  p.  1x66,  et  Lis.  ar. 
lisent  aussi  La;  cf.  Kechfy  fol.  5  r°. 

-*Lo? ,  diminutif  de  y&s\  «  qui  a  la  peau  rouge 

et  le  teint  brûlé  ».  Le  personnage  à  qui  s'applique  ce 
sobriquet,  et  dont  le  vrai  nom  était  Moghîrah  b.  cAbd 
Allah  b.  MoVidh  (jbow,  était  né  a  Koufah  avant  la 
mission  de  Mahomet  et  parvint  k  un  âge  très  avancé. 
Musulman  d  une  orthodoxie  suspecte ,  ivrogne ,  sans 
frein  dans  l'expression  de  ses  rancunes,  il  était 
redouté  à  cause  de  la  violence  de  ses  satires.  LïAgh., 
t.  X,  p.  85-97,  donne  sa  notice;  quelques  extraits 
de  ses  poésies  sont  cités  par  Ibn  Kot.  ,  p.  352  ;  voir 
aussi  Khiz. ,  t.  II ,  p.  280.  D  après  le  Kit.  el-Mahasin, 
p.  64q,  le  sobriquet  d'el-Okaïcher  sonnait  mal  aux 
oreilles  du  poète,  et  à  un  Arabe  qui  le  lui  avait 
donné ,  il  répondit  par  ce  béit  insultant  : 

«  Tu  m'appelles  El-Okaïcher  (le  rougeaud) ,  et  tu  prétends 
que  tel  est  mon  nom.  Moi,  je  t'appelle  le  fil*  de  celle  qui 
éteint  la  lampe, 

«  De  celle  qui  chuchote  toute  la  nuit  avec  son  amant ,  et 
Dieu  sait  quel  est  ce  confident  !  » 


9  »- 


J*y*\    J*  »    «  le  mangeur  de  morâr  »,  surnom  de 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        210 

Hodjr,  fils  de  cAmr  le  Kindite ,  chef  d  une  puissante 
tribu  qui  régna  dans  le  Nedjd  au  Ve  siècle  de  l'ère 
chrétienne.  Une  légende  arabe  raconte  qu'il  reçut  ce 
surnom ,  soit  parce  que  dans  ses  transports  de  colère 
sa  bouche  écumait  comme  celle  du  chameau  «  qui 
a  mangé  du  morâr  » ,  soit  parce  qu'en  apprenant  la 
trahison  de  Hind,  sa  femme,  il  se  mit  à  mâchonner 
des  brindilles  de  cette  plante  (Agh.f  t.  VIII,  p.  62  et 
XV,  p.  87).  D'après  Ibn  Baïtar,  le  morâr  est  une 
plante  épineuse  d'une  amertume  très  prononcée;  le 
Dr  Leclerc  l'identifie  avec  la  centaurée  calcitropa 
(Notices  et  Extraits,  t.  XXVI,  p.  3o5). 

fO  I.  El-Aktsam,  fils  de  Saïfi,  cheikh  réputé  pour 

sa  prudence  et  son  équité  qui  lui  valurent  le  titre  de 
Cadi  des  Arabes.  Il  vivait  vers  la  fin  de  la  Djâhelyeh 
et  devait,  dit-on,  son  surnom  d' El-Aktsam  à  sa  vi- 
gueur physique  (Agh.,  t.  XV,  p.  73  ;  C.  de  P.,  Essai, 
t.  II,  p.  579  et  suiv.).  —  On  connaît  un  autre  per- 
sonnage du  même  nom,  Yahya  b.  El-Aktsam,  doc- 
teur musulman  qui  remplit  les  fonctions  de  grand 
juge  (Kadhi  el-Koudhât)  sous  le  règne  d'El-Mamoun 
(Biogr.  Dict.,  t.  IV,  p.  33-5o). 

ryjyo jjl  aU)  .  Le  docteur  Chafeyte  Abou'l-Macâli 

cAbd  El-Melik,  né  dans  la  province  de  Neïsabour 
(Nichapour,  Khorassân)  en  4 19  H.  (1028  de  J.-C.), 
et  mort  dans  cette  même  région  en  lx 78  H.  (io85 
de  J.-C),   est  ordinairement  cité  sous  le   titre  de 


220  MARS-AVRIL    1907. 

«  lmâm  des  deux  \illes  saintes»,  parce  qu'il  résida 
alternativement,  pendant  quatorze  ans,  à  la  Mecque 
et  à  Médine  (Ibn  Khall.,  t.  II,  p.  120). 

^jjJL&JI  sS  «  mère  des  fils  (illustres)  ».  Ce  sur- 
nom, qui  est  considéré  par  les  Arabes  comme  un 
titre  de  noblesse ,  a  été  porté  par  plusieurs  femmes 
que  leur  naissance  et  leurs  vertus  distinguèrent  de 
la  population  ordinaire  des  harems.  Telle  est,  par 
exemple ,  la  fille  de  Rebycah  b.  cAmr,  dont  le  nom  a 

passé  en  proverbe:  (jj^yuM  p  ($*  <-^I-  Elle  donna  le 

jour  à  de  \ aillants  guerriers,  entre  autres,  cAmir, 
dit  le  «jouteur  de  lances  »  moldib  el-esinneh,  Tofaïl  dit 
le  «  cavalier  de  Kourzoul  »  (  J^i  était  le  nom  de  son 
cheval) ,  et  d'autres  paladins  qui  ont  illustré  l'his- 
toire des  temps  héroïques  de  l'Islam.  —  Oumm  cl- 
benîn  est  aussi  le  nom  d'une  fille  d'Abd  el-cAzîz  b. 
Merwân  et  femme  de  Welîd  II,  célèbre  par  la  fière 
réponse  qu'elle  adressa  au  terrible  El-Haddjâdj ,  etc. 
Cf.  Meïdani,  t.  I,  p.  2  56;  Agit.,  t.  XIV,  p.  93;  Ma- 
(joudi,  Prairies,  t.  V,  p.  366.  —  On  peut  rappro- 
cher de  ce  surnom  l'épithète  c^L^U  mûndjibât  «  les 
nobles  femmes»,  mères  de  guerriers  célèbres  dans 
les  souvenirs  de  l'Arabie  préislamique. 

qj^OjX)  jJ**  1 .  Le  titre  de  «  Prince  des  Croyants  », 

réservé  aux  khalifes  considérés  comme  chefs  de  la 
communauté  musulmane,  est  donné  par  exception 
à  un  traditionniste  éniinent  cAbd  Allah  b.  Zakwân 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        221 

qui  reçut  aussi  le  sobriquet  à' Abou  Zinâd  «  l'homme 
au  briquet  ».  (Voir  s\jy) 

,/jjyol .  i°  Abou  cObeïdah  cAmir  b.  el-Djerrâh  fut 

surnommé  Emin  par  le  Prophète  lui-même  qui  le 
désigna  aux  néo-convertis  en  disant  :  *<3s4  ^y©l  t«XA 

iuilt  «  Voici  l'homme  de  confiance  de  cette  nation  », 
c'est-à-dire  des  vrais  croyants  (Kechf,  fol.  5  r°).  — 
2°  Le  khalife  El-Emîn  Abou  cAbd  Allah  Moham- 
med, fils  de  Haroun  er-Rcchîd,  sixième  khalife 
Abbasside,  qui  régna  de  193  à  198  H.  (808-81  3 
de  J.-C). 

AJLtaJ)  JJ^)  «  les  gens  de  1' auvent  ».  On  nom- 
mail  ainsi  une  troupe  de  pauvres  gens  originaires  de 
la  Mecque,  les  Mohadjirin,  c'est-à-dire  ceux  qui 
avaient  suivi  Mahomet  dans  sa  fuite  hors  de  cette 
ville.  Sans  asile  et  dépourvus  de  ressources,  ils  s'abri- 
taient dans  l'intérieur  de  la  mosquée  de  Médine,  et 
pendant  la  chaleur  du  jour,  dans  une  saillie  de  l'édi- 
fice, ombragée  par  les  palmiers.  Ils  furent  en  quelque 
sorte  les  pères  de  la  communauté  musulmane,  en 
répandant  avec  une  sincérité  admirable  les  gestes  et 
les  sentences  du  Prophète.  Les  deux  plus  connus 
parmi  ces  premiers  fidèles  sont  Abou  Horaïrah  (voir 
ci-dessus,  p.  202)  et  Abou  Dzarr.  Cf.  Ibn  Khaldoun, 
Prolég.,  trad.  de  Slane,  t.  III,  p.  86.  —  Dans  l'ar- 
got de  Bagdad ,  aux  111e  et  ive  siècles  de  l'hégire ,  on 
donnait  par  dérision  le  nom  de  Ehl  eç-Çoffah    aux 

ix.  i5 


222  MARS-AVRIL   1907. 

bateleurs  et  bohémiens  qui  couchaient   à   la  belle 
étoile  (Makkari,  t.  III,  p.  21). 

S  1^1.  C'est  un  des  surnoms  du  khalife  Abou 
Bekr.  Il  avait  été  nommé  el-Awwâh  «  qui  gémit  »  à 
cause  de  sa  sensibilité  et  de  la  pitié  dont  il  était 
doué»  (Ibn  Saad,  éd.  Sachau,  t.  III,  1,  p.  121). 

ajuV  «  les  deux  portes  ».  Sobriquet  de  Habib 
el-Medeni,  disciple  de  Mâlik  b.  Dinar,  ascète  bien 
connu  dans  le  monde  musulman.  Le  surnom  de  ce 
Habib  qui  mourut  en  1 3 1  H.  (7/18-7/19  de  J.-C.) 
est  expliqué  de  cette  façon  peu  satisfaisante  par  fau- 
teur du  Kechf,  fol.  3  v°  :  «  On  l'avait  surnommé  ain- 
si parce  qu'il  cherchait  sa  nourriture  sur  la  terre  et 

dans  la  mer  »  ^*y]^  JJJt  &  (fo}\  cJdw  xtàl . 

j$U-  Un  petit-fds  d'Ali,  Mohammed  b.  cAli  b. 
Hûseïn,  qui,  plus  tard,  fut  divinisé  par  les  Chiites, 
était  nommé  el-Bâkir  par  allusion  à  sa  science  péné- 
trante et  à  la  profondeur  de  son  génie  mystique.  Le 
verbe jib  signifie  «  fendre,  ouvrir  en  creusant  »;  bâkir 
peut  donc  se  traduire  par  «  celui  qui  fend  la  doc- 
trine »  pour  en  connaître  le  fond  et  en  pénétrer  le  sens 
intime.  C'est  ainsi  qu'il  faut  interpréter  le  béit  sui- 
vant d'une  kaçideh  composée  en  son  honneur  : 

«  O  toi  qui  as  pénétré  au  cœur  de  la  science  en  faveur  des 
fidèles  adorateurs  ! 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        223 

«0  toi  le  meilleur  de  ceux  qui  ont  prononcé  le  lebbeïk 
devant  les  appels  de  la  volonté  divine.»  (Keclif,  fol.  6,  v*.) 

La  date  de  la  mort  de  Mohammed  Bâkir  est  assez 
incertaine;  on  la  place  entre  î  îli  et  1 18  H.  (782, 
736  de  J.-C).  Cf.  Biogr.  DicL,  p.  1  i3. 


c    -" 


SM*-?  «le  perroquet».  Abou'l-Faradj  cAbd  el- 
Wahid,  poète  du  iv°  siècle  de  l'hégire,  qui  vécut 
longtemps  a  la  cour  du  prince  hamdanide  Seïf  ed- 
Dauleh.  Ibn  Khall.  dit  qui!  mourut  à  Bagdad  en 
398  II.  (1007-1008  de  J.-C),  et  ajoute  que  ce  so- 
briquet lui  fut  donné  à  cause  de  son  éloquence  et 
peut-être  a  cause  d'un  certain  zézaiement  naturel. 
On  sait  que,  chez  les  Orientaux,  le  perroquet  est 
comme  le  prototype  du  parleur  élégant;  c'est  une 
comparaison  qui  se  prend  toujours  en  bonne  part. 
On  n'ignore  pas  non  plus  que  le  mot  babbaghâ,  dérivé 
du  sanscrit,  a  passé  de  l'arabe  dans  plusieurs  idiomes 
de  l'Europe  méridionale,  et  se  retrouve  dans  le  vieux 
français  sous  la  forme  papegeai,  ital.  papagalo,  etc. 


G" 


A*s-3.  Lorsque  éclata  la  grande  lutte  entre  les 
Omeyyades ,  représentés  par  Merwân ,  et  les  partisans 
d'Ibn  Zobaïr,  les  habitants  de  Basrah  reconnurent 
pour  chef  cAbd  Allah  b.  el-Harith,  arrière-petit-fils 
d'Abd  el-Mottalib ,  en  attendant  que  la  question  du 
khalifat  fût  réglée  par  la  victoire  de  l'un  ou  de  l'autre 
parti.  Or,  nous  apprennent  les  chroniques,  l'émir 
cAbd  Allah  avait  reçu  le  sobriquet  populaire  de 
Rebbeh  parce  que  sa  mère  Hind  (fille  d'Abou  Sofiân 


10 


22/i  MARS-AVRIL    1907. 

b.  Harb),  quand  il  était  tout  enfant,  le  faisait  sauter 
sur  ses  genoux  en  chantant  : 


Jux5jf  JÀI   LJjà 


«Je  marierai  Bebbeli  à  une  grande  et  belle  fille  —  noble 
el  aimable  —  qui  sera  la  perdition  des  gens  de  la  Ka'bah.  » 

Selon  d'autres,  'Abd  Allah,  s'essayant  à  parler, 
prononçait  sans  cesse,  comme  tous  les  enfants,  le 
mot  bebbeh ,  et  sa  mère  fut  la  première  à  lui  donner 
ce  surnom  qui  lui  resta.  On  le  retrouve  dans  le  pas- 
sage suivant  d'une  kaçideh,  où  Farazdak  fait  l'éloge 
de  cet  émir  : 

J'ai  prêté  serinent  et  je  l'ai  tenu  loyalement  :  j'ai  juré 
fidélité  à  Bebbeh,  et  ne  IVi  point  trahi. 

Nous  l'avons  proclamé  pour  notre  salut  ici  bas  et  dans 
l'autre  vie;  et  quel  meilleur  défenseur  pourrions-nous  avoir 
contre  les  catastrophes  de  ce  monde? 

C'est  un  protecteur  illustre  qui  soutient  la  cause  de  son 
peuple;  il  est  f  élu  et  le  plus  noble  des  Koreïchites,  parmi 
les  familles  de  Harb  et  de  Hârith. 

Voir  le  texte  de  ces  \ers  dans  LaUiif,  p.  28.  — 
Lorsque  Moç'ab  b.  Zobeïr,  maître  de  l'Irak,  occupa 
la  ville  de  Basrah,  il  craignit  que  les  habitants  ne 
lui  donnassent  une  qualification  familière,  comme 
celle  de  Bebbeh  ou  de  konba  (voir  flxS).  C'est 
pourquoi  dans  une  de  ses  allocutions  (khotbah)  du 
vendredi  à  la  mosquée,  il  leur  adressa  ces  paroles 
menaçantes  :  «  Vous  ave/,  pris  l'habitude  de  donner 


SURNOMS   ET  SOBRIQUETS  ARABES.        225 

des  surnoms  à  vos  gouverneurs.  Eh  bien  !  appelez- 
moi  djezzâr  (boucher),  car  je  le  jure  par  Allah,  si 
j'apprends  que  f  un  de  vous  s'est  permis  de  me  qua- 
lifier d'un  sobriquet,  je  1  égorgerai  comme  un  mou- 
ton !  »  Ils  se  le  tinrent  pour  dit  (Latdif,  ibid.).  Ce 
fut  en  Tannée  67  H.  (686-687  ^e  J-~C-)  qu'eut  lieu 
la  prise  de  Basrah  par  farinée  de  Moçcab.  Cf.  Ibn 
Ath.,  t.  IV,  p.  219;  Lis.  ar.y  t.  I,  p.  21 5;  Kechf, 
fol.  6,  r°. 


JjL3.   Adjectif  patronymique    employé    dans    le 

même  sens  que  «oL*  «  fabriquant  ou  marchand: 
d  étoffe  grossière  »  ordinairement  en  poils  de  chèvre, 

dont  on  fait  les  manteaux  appelés  c*S;  voir  Dozy, 
Noms  de  vêtements,  p.  54-  C'était  sans  doute  la  pro- 
fession du  traditionniste  'Othmân  el-Betti.  Cf.  Lis. 
ar.}  s.  v. 


\  «  la  mer  ».  cAbd  Allah  b.  cAbbas ,  le  cousin  du 

Prophète,  fut  surnommé  el-Bahr  «  à  cause  de  sa  science 
profonde  et  comme  sans  limites  ».  Ce  surnom  hono- 
rifique paraît  avoir  prévalu  sur  celui  de^xa*  hibr 
(hébreu, i3n)  qui  se  donne  aussi  à  un  autre  savant 
éminent.  Voir  Mostatraf,  t.  II,  p.  2 5;  Tadj,  s.  v. 

yUpI  £><>4.  Abou'l-Fadhl  Ahmed  b.  el-Hû- 

seïn,  qui  fut  sinon  le  créateur,  au  moins  un  des 
premiers  et  des  plus  célèbres  représentants  du  genre 


220  MAKS-AVRIL    1907. 

littéraire  nommé  Makamât,  dans  lequel  Harîri  s'est 
plus  tard  illustré ,  reçut  de  l'admiration  de  ses  con- 
temporains le  titre  de  «  Merveille  du  siècle  ».  Outre 
ses  Séances,  on  possède  de  lui  des  Ëpîtres  (resaïl) 
qui  passent  pour  des  modèles  de  style.  Si  les  rares 
détails  qui  nous  sont  parvenus  sur  sa  biographie, 
sont  exacts,  il  mourut  empoisonné  en  398 H. (1007- 
1  008  de  J.-C).  Voir  sa  notice  et  des  extraits  de  ses 
œuvres  dans  Yetimet,  éd.  de  Damas,  p.   167-231. 


j  _ 


vfJI^>,  forme  intensive  de  \Ùy,  «celui  qui  est 
ferme,  solide  ».  Surnom  de  eAmr,  fils  de  Màlik;  il  le 
reçut  en  souvenir  de  la  courageuse  résistance  qu'il 
opposa  a  l'attaque  des  Benou  Taghlib  dans  la  jour- 
née de  Kiddha,  nommée  aussi  ^UivJI  +£>  «  journée 
des  chevelures  rasées».  Cf.  C.  dk  P.,  Essai,  t.  111, 
p.  281;  Ibn  Ath. ,  t.  I,  p.  395;  Modjem,  t.  IV, 
p.  128;  Délectas  Veter.  Carm.,  p.  46. 


iki)J  (altération  arabe  du  persan  40âJ^>, 
que  le  Tadj  traduit  par  >)l*).  Surnom  du  poète  'Ali 
b.  Khâlid,  de  la  tribu  des  B.  Dhabbah,  contempo- 
rain de  Djerîr  (fin  du  Ier  siècle  de  l'hégire)  qui  le 
traitait  assez  dédaigneusement.  On  raconte  qu'Ali 
b.  Khâlid  se  rendit,  un  jour,  chez  ce  célèbre  poète, 
et ,  voulant  acquérir  de  la  notoriété  à  tout  prix ,  même 
à  ses  propres  dépens,  il  pria  Djerîr  de  composer  une 
satire  contre  lui  :  «  Qui  es -tu?  lui  demanda  ce  der- 
nier. —  Je  me  nomme  El-lierdakht  (pers.  Per- 
dakhtè).  —  Ce  qui  veut  dire?  —  «L'oisif,  le  dés- 


SURNOMS   ET  SOBRIQUETS   ARABES.        227 

œuvré  » ,  en  langue  persane.  —  Eh  bien  !  s'écria 
Djerîr,  je  me  moque  de  ton  désœuvrement!  »,  et  il 
le  planta  là  (Ibn  Kot.,  p.  Uk'])- 

^  ôjjs .  Le  traditionniste  Abou  Mohammed  Mou- 

sa  b.  Haroun  fut  surnommé  el-Bordi,  parce  qu'il 
portait  habituellement  le  manteau  classique  chez  les 
Arabes  qu'on  nommait  bordah  (Kechf,  fol.  6  r°;  Dozy, 
Vêtements,  p.  59). 


•"/^  o  #«• 


iS>*OjJ>.  Barmeki,  c'est-à-dire  appartenant  à  la  fa- 

mille  des  Barmékides.  H  résulterait  d'une  note  in- 
sérée par  le  Cheikh  cAbdo,  dans  son  commentaire 
des  Séances  de  Hamadâni  (éd.  de  Beyrouth,  p.  89), 
que  ce  mot  est  encore  usité  dans  certaines  contrées 
de  l'Orient  musulman,  notamment  en  Egypte, 
comme  terme  injurieux,  dans  le  sens  de  «  paresseux, 
vaurien  ».  Cf.  de  Goeje ,  Mémoire  sur  les  Ziganes,  p.  66. 


SJ.  Berrehy    nom  d'une  femme  qui   était  née 

quelques  années  avant  la  prédication  de  l'Islam. 
Lorsqu'elle  embrassa  la  religion  nouvelle,  elle  fut 
obligée,  par  ordre  du  Prophète,  d'abandonner  le 
nom  de  Berreh  pour  prendre  celui  de  Z&neb,  parce 
qu'il  trouvait  le  premier  de  ces  noms  sans  doute  trop 
flatteur  et  prétentieux,  berreh  signifiant  «bonne, 
juste,  véridique  ».  Cf.  Ibn  Hadjar,  Içabah,  t.  IV, 
p.  £77;  Goldziher,  Z.D.M.G.,  1897,  p.  257;  Lis. 
or.,  t.  V,  p.  1 18; Ibn  Saad,  VIII,  338. 


228  MARS-AVRIL    1907. 

v^uuc?.   Abou  Mâlik  Khidâch,  (ils  do  Bichr  (ou 

Bechîr),  poète  de  la  tribu  des  B.  Modjacbi\  fut  sur- 
nommé Baîth  k  cause  de  ce  vers  : 

y^y^u.yy^i^^i         ,      '  *^   '  £•'  ,        -      '  -'' 

y 

«Elle  (cette  poésie)  a  jailli  de  mon  cerveau,  lorsque  j'avais 
atteint  l'âge  de  la  vigueur  et  des  résolutions  énergiques.  » 


La  Ve  forme  du  verbe  &ou  signifie  «  sortir,  éma- 
ner »,  en  parlant  des  pensées,  des  bèit,  etc.  Ibn  Kot. , 
chez  qui  se  trouve  la  notice  du  poète,  p.  3i3,  fixe 
bien  le  sens  de  ce  verbe  et  du  second  hémistiche,  en 

ajoutant  :  y&)  ^m\  U  Joo^jlûJI  JU  Ait  s)j\ .  Une  ver- 
sion diflérente  de  ce  béit  caractéristique  est  donnée 
par  Ibn  Doreïd ,  p.  i  (\  y  ;  cf.  Hamasa,j>.  î 83  ;  Kechf, 
fol.  7  v°;  Miz.,  p.  221;  Tadj,  t.  I,p.  6o3,  où  se  lit 
iSjïj*  au  lieu  de  ^vfc .  Le  vers  suivant,  si  le  nom 
A' Allah  n'y  a  pas  été  interpolé ,  semblerait  indiquer 
que  le  poète  était  musulman.  C'est  un  fragment  d'élé- 
gie sur  la  mort  de  son  père  : 


j  '*, 


y    y       "         \  y 

«  0  Mâlik ,  tout  ce  que  Allah  a  décrété  t'arrivera ,  que  la 
perte  de  ton  ami  soit  soudaine  ou  retardée.  » 

AXkAj  «  petite  fève,  fèverole  ».  Un  cheïkh  arabe, 
Talebah  b.  Flarith  b.  Soneïn,  étant  sorti  un  jour,  re- 
vêtu de  deux  bordait  (espèce  de  manteau  de  couleur 


SURNOMS   ET  SOBRIQUETS  ARABES.        229 

verte) ,  fut  apostrophé  en  ces  termes  :  «  Tu  n'es  qu'une 
feverole  »,  sobriquet  qui  lui  resta.  C'est  ce  que  rap- 
porte, dans  son  Dictionnaire  des  poètes  (Mo'djem 
ech-Chouara),  Mirzubâni,  dans  une  glose  sur  Ylch- 
tikak,  p.  2o5;  cf.  Morassa,  p.  4o. 

<^-»AJ.  i°  Kâïl  b.  cAmr  b.  Ei-Hodjaïm ,  poète  anté- 
islamique  doit  le  surnom  de  Belil  à  ce  vers  : 

'        '  >  '     \  '  '  ' 

«Que  de  fois  j'ai  été  rejoindre  des  parents  éloignés  de 
moi ,  que  de  fois  j'ai  protégé  les  gens  de  ma  famille  en  raison 
de  leur  parenté.  »  (Miz.,  t.  H,  p.  219.) 

20  Boleïlb.  Bilâl  b.Oheyah,  un  des  Compagnons 
du  Prophète,  qui  combattit  h  Ohod  (Tadj,  t.  III , 
p.  236). 

<aNI  OLo  «les  filles  de  Dieu».  Macoudi,  Prai- 
ries  d'or,  t.  III,  p.  2  58,  parlant  des  croyances  et 
superstitions  populaires  qui  régnaient  en  Arabie 
avant  la  naissance  de  l'Islam,  fait  la  remarque  sui- 
vante :  «  On  trouvait  chez  les  Arabes  une  secte  qui 
rendait  un  culte  aux  anges  qu'elle  prétendait  être 
les  filles  de  Dieu,  et  qu'elle  adorait  pour  obtenir  leur 
intercession  auprès  du  juge  suprême.  Ce  sont  ceux 
dont  Dieu  parle  dans  le  verset  :  «  Ils  donnent  des  filles 
à  la  divinités  (Koran,  xvi,  59).  Cette  croyance  était 
répandue  surtout  parmi  les  tribus  de  Khoza'ah  et  de 
Kinânah.  Voir  Beïdawi,  Commentaire  du  Koran,  t.  II, 
p.  5 1 8 ;  C.  de  P.,  Essai,  t.  I,  p.  348. 


230  MÀRS-AVHIL    1907. 


o   * 


jJLoil  _jJo  a  la  race  blonde  ».  C  est  ainsi  que  les 
anciens  auteurs  arabes  appellent  les  rois  de  Byzance 
et,  par  extension,  différents  peuples  d'Europe.  Sur 
l'origine  de  ce  nom,  voir  Ibn  Ath. ,  t.  1,  p.  81,  et 
sur  ses  diverses  acceptions,  une  savante  note  de 
QcatremÈre,  Mémoire  sur  VAghani  (Journal  asiatique, 
IHa  série,  et  p.  5  du  tirage  à  part);  voir  aussi  Mo- 
rassd,  p.  1  9. 

XxK^Ju)  jJ^J.  Dénomination  injurieuse  à  l'a- 
dresse des  tribus  de  Hawazin  et  de  Ased.  «  Lorsque 
les  pèlerins,  obéissant  à  une  ancienne  coutume,  se 
rasaient  les  cheveux  en  arrivant  à  Mina,  ils  jetaient 
sur  leur  tête  une  poignée  de  farine  qu'ils  répandaient 
ensuite  par  terre  avec  leurs  cheveux,  comme  une 
sorte  d'offrande ,  *i<Xo .  C'est  alors  que  les  deux  tri- 
bus en  question  accouraient  ramasser  cette  farine  et, 
dans  leur  extrême  indigence,  la  recueillaient  pour 
en  faire  du  pain.  »  De  là  le  sobriquet  de  «  pouilleux  » 
qui  leur  resta  (Morassa\  p.  180). 

cr^olAJ  1  j*kj  «  les  fds  de  l'écrivain  ».  On  pré- 

tend  que  la  tribu  de  Dhobaycah ,  fils  de  Reby'ah ,  la- 
quelle habita  le  Hidjâz  pendant  une  longue  suite  de 
générations,  avait  reçu  ce  surnom  parce  que  l'art 
de  l'écriture,  d'ailleurs  moins  rare  chez  les  anciens 
Arabes  qu'on  ne  l'a  dit,  était  particulièrement  ré- 
pandu dans  cette  tribu.  Voir  G10  de  Lan dberg,  La 
Langue  arabe  et  ses  dialectes,  Leide,  1905,  p.  9; 
C.  dk  P.,  Essai,  1. 11,  p.  190. 


SURNOMS   KT  SOBRIQUETS   ARABES.        231 

9 

jyJ .  Ce  surnom ,  que  Lis.  ar.  explique  par  «  mor- 
tel, périssable  »,  a  été  donné  à  certains  traditionnistes 
et  jurisconsultes,  entre  autres  :  cAbd  Allah  b.  Hânî 
el-Merwazi,  élève  dlbn  el-Mûbarek  ;  Ahmed  b.  Kol- 
thoum  el-Balkhi;  Mohammed  b.  Ahmed  el-'Amiri, 
etc.  (Kechf,  fol.  8  r°). 

9 

{£jy*>  mot  turc  oriental  signifiant  «  loup  ».  C'est 
le  surnom  que  portait  Tâdj  el-Mûlk  (ou  el-Mûlouk), 
le  plus  jeune  fils  d'Eyyoub  et  frère  de  Salâh  ed-Dîn 
(Saladin).  Né  en  556  H.  (1161  de  J.-C),  il  fut 
tué  au  siège  d'Alep  en  579  H.  (ii83  de  J.-C). 
cImâd  ed-Dîn  en  fait  un  pompeux  éloge  dans  la  Kha- 
ridah;  cependant  au  dire  dlDN  Rhall.  ,  t.  I,  p.  272 , 
Je  divvân  qui  porte  le  nom  de  ce  prince  ne  renferme 
que  des  poésies  très  médiocres.  Cf.  HisL  ar.  des  Croi- 
sades, t.  IV,  pi  417,  et  1. 1,  Index,  p.  8i3. 

P\y*  Bauzri  est  le   nom  ou  le   surnom  d  une 

femme  arabe,  mère  de  Zyâd  b.  ei-Hârith;  elle  est 
citée  dans  une  kaçideh  du  poète  Djerîr  : 


■>  j*. 


«  Bauza'  me  reproche  de  marcher  péniblement  appuyé  sur 
un  bâton  (c'est-à-dire  elle  me  reproche  ma  vieillesse). 
Pourquoi ,  ô  Bauza',  n'adresses-tu  pas  cette  raillerie  à  d'autres 
qu'à  moi  ?  » 

Un  jour  que  Djerîr  récitait  cette  pièce  devant  un 


232  MARS-AVRIL    1907. 

khalife  que  le  narrateur  ne  nomme  pas,  mais  qui 
doit  être  cAbd  el-Melik ,  ce  prince  qui  l'avait  écouté 
jusque-là  avec  un  vif  plaisir,  l'arrêta  sur  ce  vers  en 
disant  :  «  Poète ,  tu  gâtes  toute  la  pièce  avec  ce  mal- 
heureux nom.  »  Il  écouta  froidement  le  reste  de  la 
récitation  et  n'accorda  aucune  gratification  au  poète. 
On  sait  d'ailleurs  qu'Abd  el-Melik  était  lettré  et 
grand  amateur  de  poésie;  il  accordait  une  faveur 
particulière  au  poète  chrétien  El-Akhtal  et  le  préfé- 
rait à  son  rival  Djerîr.  Le  nom  de  Banza,  qui  si- 
gnifie aussi  «  une  chienne  en  chaleur  »  et  sonne  peu 
agréablement  à  l'oreille ,  n'était  pas  goûté  non  plus  à 
la  cour  de  Bagdad.  D'après  Agh. ,  t.  V,  p.  1 69,  Djac- 
far,  fils  du  khalife  Mansour,  l'avait  en  horreur;  il  di- 
sait que  Bauzac  était  une  ghoule  dont  le  nom  l'épou- 
ventait  et  le  privait  de  sommeil.  Enfin ,  d'après  une 
tradition  recueillie  dans  Khiz.,  t.  IV,  p.  56i,Oumm 
Zyâd  au  nom  disgracieux  avait,  crime  plus  grave, 
tenu  une  maison  à  drapeau,  ibl^II  o*ua>  (nous 
dirions  à  gros  numéro),  et  cette  circonstance  avait 
donné  lieu  au  dicton  devenu  proverbial  :  *\$  Oo^té . 

^y^uo.    Un   poète  de  noble  origine,  puisqu'il 

descendait  d'Abbas  et  avait  le  titre  de  chérif,  à  savoir 
Abou  Dja'far  Mas'oud,  devait  à  un  de  ses  ancêtres  le 
surnom  de  el-Bayâdhy  Au  rapport  d'iBN  Khall.  , 
t.  III,  p.  364,  cet  aïeul  du  poète  se  présenta  un 
jour,  vêtu  de  blanc  à  l'audience  d'un  khalife  abbas- 
side.  On  sait  que  la  tenue  de  cour  sous  les  princes 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        233 

de  cette  dynastie  était  le  noir.  Grand  étonnement  du 
khalife  qui  demande  :  «  Quel  est  cet  homme  en  vête- 
ments blancs  [bayâdhi]?  »  Et,  outre  l'humiliation  de 
de  ce  fâcheux:  accueil ,  le  malheureux  étranger  igno- 
rant de  1  étiquette  conserva  dès  lors  le  surnom  de 
bayâdhi ,  qui  passa  à  sa  descendance.  Le  Kechf,  fol.  8  v°, 
nous  a  conservé  son  vrai  nom  :  Mohammed  b.  cYsa 
h.  Mohammed  b.  cAbd  Allah  b.  'Ali  b.  cAbd  Allah 
el-'Abbassi.  L'auteur  du  Kitâb  el-Alkab,  ouvrage 
malheureusement  perdu  (voir  ci-dessus,  p.  178) 
confirme  ce  renseignement. 

ÀaJ)   ilbjo  «le  vétérinaire  de  la  science».  Un 

savant  docteur,  Ahmed  b.  Zoheïr  b.  Merwân  el-Mer- 
vvazi,  fut  affublé  de  ce  surnom  bizarre,  mais  qui  ne 
fera  jamais  sourire  un  oriental. 

X*\j*JJ)  (jêè*QAJ>  «  Beïhas  l'autruche»,  sobriquet 

donné  à  Ibn  Khalef  el-Fazâri  en  souvenir  de  ce 
vers  : 

«Elles  (mes  chamelles)  envahiront  leur  puits  dès  le  ma- 
tin, et  elles  s'agenouilleront  comme  fait  l'autruche.  » 

Mil. y  p.   222  ,  écrit  fautivement  +>&■**  au  lieu  de 

Afrsfr  ;  mais  voir  Agh.9 1.  XXI ,  p.  1 90,  et  Ibn  Doreïd  , 
p.  171. 

]jj*i  JajU .  Tsâbit  b.  Djâbir  b.  Sofiân ,  surnommé 


234  MARS-AVRIL    1907. 

Taahatta  Cherrait  un  des  quatre  coureurs  célèbres 
dans  la  Djâhelyeh,  contemporain  de  Chanfara  et  de 
Solaïk ,  est  un  de  ces  personnages  mi-historiques,  mi- 
légendaires  sur  lesquels  l'imagination  populaire  a 
brodé  de  curieuses  fantaisies.  Son  surnom  même  est 
loin  d'être  expliqué  de  la  même  façon  par  les  rha- 
psodes et  les  comment ateurs  des  vieilles  poésies. 
Mais  quelle  qu'en  soit  l'origine ,  que  Tsâbit  ait  «ca- 
ché sous  son  aisselle  »  un  arc ,  un  sabre  ou  un  ser- 
pent ,  il  est  du  moins  avéré  que  ce  surnom  inspirait 
une  vive  terreur  dans  les  douars  où  Taabatta  Cherrait 
exerçait  ses  razzias  grâce  à  sa  merveilleuse  aptitude 
à  la  course.  Pour  les  détails  consulter,  en  premier 
lieu,  la  notice  très  détaillée  donnée  par  Agit., 
t.  XVIII,  p.  209-218,  et  Fresnkl,  Dernière  lettre 
[Journal  asiatique,  année  1 834 ,  p.  92-1 1&).  Voir 
aussi  Khiz.,  t.  I,  p.  66,  et  Hamasa,  p.  382. 

%J<3 .  On  n'ignore  pas  les  obscurités  qui  entou- 
rent le  nom  de  tobba,  commun  a  la  dynastie  himya- 
rite;  plusieurs  lexicographes  arabes  le  font  dériver  du 
rad.  *j&  ,  «  parce  que ,  disent-ils ,  de  nombreuses  popu- 
lations marchaient  à  la  suite  des  rois  de  Himyar  ». 
Voir  C.  de  P.,  Essai,  t.  I,  p.  6d.  Le  Kechf,  fol.  9  r°, 
cite  un  tobbai  nommé  As'ad  ben  Melkikarib ,  mais  il 
faut  lire  ici  Abon  Karib,  comme  chez  Ibn  Doreïd, 
p.  3i  1. 

Oj.^'.  Ce  verbe,  qu'on  peut  traduire  par  l'adjec- 
tif mortelle,   est  le  surnom  qu'un  Arabe,  nommé 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        235 

Firaan  par  les  conteurs  des  douars ,  donne ,  dans  une 
élégie,  à  sa  fille  que  la  mort  venait  de  lui  enlever 

(voir  c^ç ). 

(JJCÂJ  «  le  dragon  ».  Au  dire  d'El-Merzubâni ,  ce 

sobriquet  fut  donné  à  Ibrahim ,  fils  de  Mehdi  à  cause 
de  la  noirceur  de  son  teint  et  de  sa  haute  taille 
(Kechfy  fol.  9,  v°).  Voir  sur  ce  personnage,  son  rôle 
politique,  son  talent  comme  chanteur,  etc.,  la  no- 
tice que  nous  avons  publiée  dans  le  Journal  asiatique, 
mars-avril  1869,  p.  soi-342.  D'après  Ibn  Khall.  , 
t.  I,  p.  1  7,  et  Kitâb  el-Mahas.y  1. 1,  p.  662 ,  la  mère 
d'Ibrahim  était  une  négresse;  mais  YAgh. ,  qui  est 
mieux  renseigné,  dit  qu'elle  était  métisse,  ce  qui 
s'accorde  avec  son  origine  daïlémite. 

«  qui  a  les  yeux  à  fleur  de  tête  ».  Sobri- 

quet  de  *Amr  b.  Bahr  cl-Djâhiz,  un  des  écrivains  les 
plus  érudits  du  111e  siècle  de  l'hégire;  il  mourut  en 
2  55  H.  (869  de  J.-C).  On  a  de  lui  de  nombreux 
ouvrages  dont  quelques-uns  sont  connus  en  Europe , 
comme  le  Kitâb  el-Hayawân ,  dont  on  publie  actuelle- 
ment le  texte  arabe,  mais  malheureusement  avec  de 
trop  nombreuses  coupures,  le  Kitâb  el-Mahasin,  et  le 
Kitâb el-Boukhalâ ,  etc.  Cf.  Ibn  Khall.,  t.  II,  p.  4o5. 

«M  £   | 

dM  )  j  La* .  Abou'l-Kasim  Mahmoud  Zamakhchari, 

le  célèbre  commentateur  du  Koran ,  grammairien , 
lexicographe ,  moraliste,  etc. ,  fut  surnommé  «  l'hôte  » 


230  MARS-AVRIL   1907. 

ou  «  le  client  de  Dieu  » ,  à  cause  du  long  séjour  qu'il 
lit  a  la  Mecque.  C'est  dans  la  ville  sainte  qu'il  com- 
posa plusieurs  de  ses  grands  ouvrages,  entre  autres 
le  Kechchaf.  H  mourut  au  Khârezm,  son  pays  natal, 
en  538  H.  (11  A3  de  J.-C).  Pour  sa  biographie, 
voir  Ibn  Khall.,  t.  II,  p.  32  2;  Journal  asiatique, 
1875,  t.  II,  p.  3i/i. 


~Ç  (môme  sens  (pie  lâ^L.).  Un  descendant  des 
Barmékkles,  Abou'l-Hasan  Ahmed,  arrière-petit  fils 
de  Yahya  h.  Barmek,  avait  reçu  ce  sobriquet  parce 
qu'il  avait  les  yeux  h  fleur  de  tête.  La  monographie 
de  ce  bizarre  personnage  serait  curieuse  à  écrire ,  s'il 
était  possible  d'en  réunir  les  matériaux.  Doué  d'un 
esprit  vif  et  brillant,  pourvu  d'une  instruction  éten- 
due, musicien  accompli,  il  fit  tous  les  métiers,  vécut 
comme  un  bohème  et  mourut  dans  le  dénuement 
en  326  H.  (937-938  de  J.-C.)  [Ibn  Khall.,  t.  I, 
p.  1  18].  Il  est  l'auteur  d'un  livre  sur  les  mandoli- 
nistes,  ^i^jjhi)  t^Lc^,  et  de  poésies  surtout  dans  le 
genre  hidjâ  (satirique).  A  défaut  de  la  longue  notice 
qui  se  trouvait  dans  Le  livre  des  poètes  aujourd'hui 
perdu,  dont  l'auteur  est  Abou'  cAbd  Allah  el-Mirzu- 
bâni ,  on  lit  dans  YAgh. ,  t.  V,  p.  3a  ,  quelques  rensei- 
gnements sur  ce  personnage.  Les  quelques  vers  que 
donne  Ibn  Khall.  (ibid.)  sont  trop  insignifiants  pour 
être  traduits;  en  revanche  il  n'est  pas  inutile  de 
citer  le  distique  d'ibn  Roumi  qui  fait  d'ailleurs  allu- 
sion à  ce  surnom.  H  paraît  que  Djahzah  se  plaisait 
à  les  réciter  parce  qu'il  les  considérait  comme  flat- 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        237 

teurs  sinon  pour  sa  personne ,  au  moins  pour  son 
talent: 


«  On  me  dit  que  Djahzah  a  emprunté  ses  yeux  à  Heur  de 
tète  à  l'éléphant  (cavalier)  des  échecs,  ou  au  crabe. 

«  Plaignons  ses  convives  !  ils  achètent  le  plaisir  de  l'en- 
tendre par  le  supplice  de  le  voir.  »  (Lataïf,  p.  35.) 

i_>t«^»  «le  sac».  Sobriquet  donné  au  tradition- 

niste  AbouBekr  Ya'koub  b.  Ibrahim  el-Yachkori.  Le 
Kechfl  fol.  10  r°,  qui  fournit  ce  renseignement, 
ajoute  qu'un  certain  Mohammed  b.  'Abd  Allah  el- 
Hàrithi ,  plus  que  suspect  comme  traditionnistc ,  avait 
reçu  le  sobriquet  peu  flatteur  de  «  sac  à  mensonges  » 


*\>K^>  «  la  sauterelle  ».  Un  personnage  historique 

bien  connu,  Masiema,  fils  du  khalife  *Abd  el-Mélikh, 
devait  à  sa  maigreur  et  à  son  teint  livide  ce  sobri- 
quet. H  n'est  pas  inutile  d'ajouter  que  le  mot  djerddah 
désigne  non  seulement  la  sauterelle,  mais  aussi  la 
cigale  et  d  autres  insectes  dont  la  nomenclature  se 
trouve  chez  Dozy,  Suppl.  aux  Dict. ,  s.  v.  at^.  Dans 
un  autre  passage  du  Lataïf  (p.  32),  on  lit  que  le 
khalife  Mouktafi-billah  aimait  h  donner  des  surnoms 
à  ses  courtisans  et  qu  il  appelait  djerâdah  son  secré- 


nmioii  BMtoiAiB. 


238  MARS-AVRIL    1907. 

taire  Ahmed  b.  Mohammed.  On  trouve  une  allusion 
à  ce  surnom  dans  un  vers  du  poète  Ibn  Bessâm  : 

•  '  y  *  y  £ 

«  Comment  espérer  que  les  choses  iront  bien  avec  Djerad  ? 
Est-ce  que  la  sauterelle  n'est  pas  créée  pour  détruire  ?  » 

»>l£  \3d)  *-&*  «  les  deux  cigales  de'Ad  ».  On  appelait 

ainsi  deux  esclaves  musiciennes  au  service  de  Moca- 
wyah  b.  Bekr  l'Amalécite;  elles  passent  pour  les  plus 
anciennes  chanteuses  de  l'Arabie.  On  sait  que  de  tout 
temps  la  musique  a  été  considérée  par  les  Orientaux 
comme  un  art  servile  et  abandonné  aux  gens  de 
basse  condition.  Il  en  était  de  même  chez  les  Arabes 
de  la  Djâlietyeh.  Mais  dès  cette  époque,  il  était  de  bon 
ton  pour  les  gens  riches  d'avoir  dans  leur  maison 
des  femmes,  ordinairement  des  esclaves,  exercées  à 
l'art  du  chant.  cAbd  Allah  ben  Djo'dan  en  possédait 
deux  fort  habiles  dans  cet  art  et  qu'il  avait  surnom- 
mées «  les  deux  cigales  de  'Ad  »  ;  plus  tard  il  les  donna 
à  son  ainiOmeyyah,  fils d'Abou 's-Çalt.  Cf.  Prairies, 
t.  VIII,  p.  93;  Agh.f  t.  VIII,  p.  3;  Tâdj  s.  v. ;  C.  de 
P.,  Essai,  t.  I,  p.  65 1. 

j \r^  «  potier,  fabricant  de  vaisselle  ».  Surnom 
du  poète  Abou  VAtâhyah  (Ismacïl  b.  El-Kasim),  qui 
avait  exercé  ce  métier  pendant  sa  jeunesse  (Agh. , 
t.  III,  p.  126).  Le  nom  d'Abou  VAtâhyah  «  père  de 
la  folie  »  est  aussi  un  sobriquet  donné  au  célèbre 
poète  (ibid.,  p.  1 2*7,  et  ci-dessus,  p.  1  97). 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        239 

ày**i  (j|r^  w  ^e  gour(lin  ».    D'après  le  LataXf, 


p.  *i3,  ce  surnom  était  donné  à  Mûstaurid  el-'Okaïli 
(ou  à  cAmir  b.  el-Hârith,  d'après  le  Tàdj).  Mais  la 
dernière  opinion  a  pour  elle  l'autorité  du  Hamasa, 
p.  5  4  2 .  Quoi  qu'il  en  soit ,  voici  le  vers  qui  fut  la  cause 
de  ce  surnom.  Le  poète  mécontent  de  la  conduite  de 
ses  deux  femmes  les  menace  du  fouet  : 


y   Z*s 


£JL1  y\S~ôJ  $y&\  y\js*.  Cof; 


«  Prenez  garde ,  ô  nies  deux  effrontées ,  je  vois  que  mainte- 
nant c'est  le  gourdin  qui  vous  attend.  » 

D'après  le  Lis.  ar. ,  le  fouet  ou  gourdin  nommé 
djirân  el-awd  est  fait  de  lanières  de  bœuf  ou  de  cha- 
meau. LïAgh.,  t.  XX,  p.  26  et  83,  cite  un  certain 
Mûstaurid  el-cOkaïli ,  chanteur  qui  vivait  sous  le  règne 
de  Haroun  er-Rechîd;  mais  selon  le  Tadj,  t.  IX, 
p.  1 6 ,  ce  nom  serait  celui  d'un  poète  contemporain 
du  Prophète. —  Voir  aussi  Ibn  Kot.  ,  p.  45o. 


^£  4>sJU^ .  Le  dernier  khalife  omeyyade  Merwân  II 

aurait  porté  le  surnom  de  Djadi,  parce  qu'il  avait  eu 
pour  précepteur  El-Djacd  b.  Dirhem  (Tar.  el-Khol., 
p. 99 ) ,  et  d'après  Ibn  el-Kaïsarâni ,  éd.  de  Jong ,  p.  3 1 , 
parce  qu'il  aurait  adopté  les  doctrines  hérétiques 
d'Ei-Dja'd  b.  Dirhem,  qui  fut  mis  à  mort  par  El- 
Kasri,  gouverneur  de  l'Irak  en  10 5    H.  (7 2  3 -^ilx 

16. 


240  MARS-AVRIL    1907. 

de  J.-C).  Cf.  Journal  of  the  Royal  Asiatic  Society, 
octobre  1906,  p.  868. 

^».  Ibn  Khall.,  t.  III,  p.  5^3  ,  dit  que  ce 


mot,  dont  le  sens  littéral  est  «  petit ,  trapu  »,  s'est  em- 
ployé ensuite  comme  nom  propre  sans  retenir  celte 
acception  particulière.  Le  personnage  connu  sous 
le  nom  de  Djawanah  est  signalé  vaguement  dans 
les  chroniques;  ce  serait  soit  un  partisan  d'Ali,  soit 
un  halîf  ou  confédéré  de  la  famille  de  Hâchem. 


*^>> .  Sobriquet  du  traditionniste  Mousa  b. 

el-Hasan  b.  'Abbâd.  Il  psalmodiait  les  prières  dites 
terawîh ,  pendant  le  mois  de  Ramadhân ,  d'une  voix 
si  claire  et  si  sonore  qu'on  l'avait  surnommé  «  l'homme 
aux  grelots  ».  —  Le  mot  J^^,  pluriel  de  J^J^ ,  se 
dit  des  clochettes  qui  garnissent  le  cadre  du  tambour 
de  basque,  ou  des  grelots  placés  autour  du  collier 
d'une  bcte  de  somme  [Lis.  ar. ,  s.  v.  ;  Kechf,  fol.  1  o  v°). 

J^SÇ  «  le  chameau  ».   Ce  nom,  qui  n'est  jamais  pris 

en  mauvaise  part  chez  les  Orientaux,  est  porté  par 
six  personnages  dont  le  Kechf,  fol.  1 1  r°,  donne  la 
liste  suivante  :  €Amir  mawla  d'Abd  Allah  b.  Yezîd  qui 
prit  part  à  la  conquête  de  l'Egypte,  sous  les  ordres 
d'Amrou  (cAmr  b.  el-'Assi);  le  poète  *Abd  es-Selam 
ben  (jUft;  (sic),  qui  a  transmis  l'enseignement  tradi- 
tionniste de  Chafey  ;  Mohammed  b.  El-Waddah,  ori- 
ginaire de  Chach;  Mohammed  1).  el-Ridhwân  El- 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        241 

Bokhari;  DjaTar  b.  Mohammed  El-Isfahâni  ;  €Ali  b. 
El-Hasanb/Aïlân. 


a2\  Djemîlah ,  fille  de  Thâbit.  Son  premier  nom 
était  iUoU  «  la  rebelle  »;  mais  quand  elle  devint  mu- 
sulmane, le  Prophète  remplaça  ce  nom  de  mauvais 
augure  par  celui  de  Djemîlah  «  la  jolie  ».  Elle  épousa 
'Omar,  fils  d'El-Khattab,  Tan   7  de  l'hégire.  Voir 

Ibn  Ath.,  t.  H,  p.  161;  Nawawi,  p.  83 1 .  (Cf.  ï£.) 


**  9  9 


*l£âte  «  puits  profond,  abîme  »,  Cf.  *I£L  «  enfer  »; 

DJma  «  gué-hinnom  ».  Sobriquet  de  cAmr  b.  Katân  des 
Benou  Sa'd  b.  Talabah.  Ce  poète  ignoré  avait  eu  la 
témérité  de  faire  une  satire  contre  El-'Acha;  celui-ci 
répondit  par  une  violente  kaçideh  dans  laquelle  se 
trouvait  ce  vers  : 

a)  IjJiSj  3&S*  JulL  c^fcS 
£&  ^fil  ttii  flîtf. 

a, F  avais  appelé  mon  ami  mishal  (doux  et  pieux);  mais  on 
le  nomme  djohonnam.  Honte  et  malédiction  à  l'infâme  métis  !  » 
(Cf.  Lis.  av.,  s.  v.;  Miz.,  t.  II,  p.  218.) 


^.   Abou  Mansour  Mawhoub  El-Djawâ- 

l\hiy  philologue  bien  connu,  auteur  du  Mouarrab, 
dun  complément  (tekmîlè)  à  la  Dourret  de  Harîri 
et  d'autres  ouvrages  estimés;  né  en  4 1  6  H.  (1073 
de  J.-C),  mort  a  Bagdad  en  529  H.  (1  i3A-i  1 35  de 
J.-C).  L'épithète  de  Djawâlîki  rappelle  le  métier  de 


242  MARS  AVRIL    1907. 

son  grand-père  et  signifie  «  fabricant  ou  marchand 
de  sacs  ».  Sur  la  forme  du  pluriel  <jfA)j^,  au  lieu  de 
(jjÏÏy*-,  voir  Ibn  Khall.,  t.  III,  p.  5o/i;  Tadj,  s.  v. — 
M.  Sachau,  auquel  on  doit  une  édition  du  Mouarrab 
(Leipzig,  1867),  a  signai  dans  ses  notes  la  prove- 
nance du  mot  ijjÏÏy*» ,  dont  la  forme  persane  est  aII^S*. 


(j<2a\^  «  aigre,  acide  ».  AbouMousa  b.  Sûleïmân, 

grammairien  et  lexicographe,  devait,  dit-on,  le  so- 
briquet   d'el-Hâmidh  a   son  caractère   acariâtre  et 

difficile  (Kechf,  fol.  1  1  r°).  —  ^jJJ\  j&*L.  hâmidh  er- 
ras «  mauvaise  tête  »,  sobriquet  du  traditionniste 
Abou  '1-Kasim  cAbd  Allah  b.  Mohammed  ei-Merwazi 
(ibid.). 


-<.  9 


XiJÛ  jc*li^  «  celui  qui  porte  son  linceul  ».  Abou 

Sacïd  Yahya  el-Bezzâz  ed-Dimechki,  traditionniste, 
élève  d'Othmân  b.  Abi  Cheïbah ,  reçut  ce  surnom  à  la 
suite  dune  bizarre  aventure  rapportée  dans  Kechf \ 
fol.  1 1  v°.  Il  venait  de  rendre  le  dernier  soupir  et,  les 
cérémonies  des  funérailles  accomplies ,  on  lavait  porté 
au  tombeau.  La  nuit  suivante,  un  voleur  de  cime- 
tière (nabbâch)  rouvrit  la  fosse  et  se  mit  en  devoir 
d'écarter  le  linceul  pour  dépouiller  le  corps,  quand  il 
vit  le  mort  se  dresser  devant  lui.  Epouvanté ,  il  détala 
au  plus  vite.  Quant  au  ressuscité ,  il  sortit  de  son  tom- 
beau, se  dirigea  vêtu  de  son  linceul  vers  la  maison 
mortuaire,  frappa  à  la  porte  et  cria  son  nom.  Grand 
effroi  de  la  famille  qui  refuse  d'abord  de  le  recon- 


SURNOMS   ET  SOBRIQUETS  ARABES.        243 

naître.  «Ouvrez  par  Allah!  ouvrez,  sécrie-t-il,  c'est 
moi  Abou  Sa'ïd  !  »  Les  parents  se  décident  enfin  à 
ouvrir,  le  reconnaissent  et  la  joie  succède  chez  eux 
au  desespoir  et  aux  larmes.  Le  surnom  qui  lui  fut 
donné  alors  s'explique  d'ailleurs  par  la  rapidité  avec 
laquelle  se  font  les  funérailles  en  pays  musulman.  On 
comprend  aussi  que  les  mêmes  circonstances  aient 
donné  lieu  au  même  surnom.  C  est  ainsi  que  l'auteur 
du  Kèchf  (ibid.)  l'attribue  à  Abou  Yahya  Mohammed 
b.  Sacid ,  disciple  de  Modjâhed  b.  Mousa ,  et  à  un  troi- 
sième traditionniste,  cAbd  er-Rahmân  b.  Hâtim  El- 
cAtaki  i^XaH,  élève  d'Ibrahim  b.  Sa*ïd  el-Djawhari. 


«  ventre  gonflé  ».  Sobriquet  donné  à  El-Hâ- 

rith  b.  cAmr  b.  Temîm  :  voir  la  légende  rapportée 
assez  confusément  par  Tûdj,  t.  V,  p.  117.  La  pos- 
térité de  ce  prince  aurait  été  surnommée  à  cause  de 

cela ,  c^UaxiL  Habitât.  Un  célèbre  jurisconsulte ,  El- 

Hàrith  b.  cAmr  b.  Temîm ,  appartenait  à  cette  famille 
Kechf,  fol.  j  1  v°,  et  Ibn  Doreïd,  p.  309. 

<^>l£^»  «  qui  stimule,  réveille,  etc.  ».  Surnom  du 

poète  Bichr  b.  Doreïd  b.  el-Hàrith,  en  souvenir  de 
ce  vers  : 

«x  I  jjlt  j^JLlib  i£^J      Uté  wy+A  JIM  à^Li) 

«  J'ai  visité  plus  d'un  champ  de  bataille  et  les  braves  qui 
y  combattirent  semblaient  se  réveiller  devant  mon  épée  a 
l'acier  bien  trempé.  »  (Kechf,  fol.  12.) 


244  MARS-AVRIL    1907. 

^».    On  lit  dans  Lis.  ar.  .^5  ^a£J3|  J^U  JUbj 

gG*  aj\  «  on  nomme  haddjâdj  celui  qui  fait  souvent  le 
pèlerinage,  hadj.  »  La  Kaabah  étant  déjà  un  lieu 
de  pèlerinage  avant  la  venue  de  Mahomet,  il  n'est  pas 
étonnant  que  ce  surnom  se  lise  souvent  dans  les  chro- 
niques arabes.  Le  plus  célèbre  de  ceux  qui  en  ont  été 
investis  est  sans  contredit  El-Haddjâdj  b.  Yousouf ,  le 
terrible  lieutenant  du  khalife  cAbd  el-Mélik.  M.  Perrier 
a  publié  récemment  une  intéressante  histoire  de  ce 
personnage  sous  le  titre  de  Vie  d'Al-Haddjâdj  d'après 
les  sources  arabes,  Paris,  1904. 

9  s9 

fft^uwjH  2J£  «la  preuve   décisive    de    l'islam». 

Titre  honorifique  donné  au  grand  philosophe  et  doc- 
teur chaféite,  Abou  Hâmid  Ghazâli.  Voir  Jlj*. 

(  La  suite  à  un  prochain  cahier.  ) 


TITRES  CALIFIENS  D'OCCIDENT.  245 

TITRES  CALIFIENS 

D'OCCIDENT, 

X  PROPOS 
DE  QUELQUES  MONNAIES   MÉRINIDES  ET  ZIYANIDES, 

PAR 

M.  MAX  VAN  BERCHEM. 


Après  tant  de  travaux  consacrés  à  son  étude,  la 
numismatique  musulmane  est  loin  d'avoir  dit  son 
dernier  mot.  Sans  parier  des  monnaies  inédites  qu'on 
découvrira ,  longtemps  encore ,  dans  un  champ  qui 
parait  sans  limites,  bien  des  conclusions  hâtive$ 
devront  êtres  revues  à  la  lumière  de  plus  en  plus 
vive  des  sources1.  C'est  à  propos  d'une  attribution 
de  ce  genre  que  j'ai  rédigé  les  pages  suivantes.  J'y 
tenterai  bien  de  rendre  à  César  ce  qui  appartient  à 
César,  mais  je  me  propose  avant  tout  de  montrer 
qu'il  ne  suffit  plus  de  consulter  les  chroniques,  ainsi 
que  les  numismates  se  sont  bornés  trop  souvent  à 
le  faire  jusqu'ici,  mais  qu'il  importe  de  recueillir  les 


1  Noos  ne  possédons  pas  encore  de  bibliographie  des  travaux  sur 
la  numismatique  musulmane  à  mettre  en  regard  de  l'excellente 
bibliographie  d'archéologie  musulmane  que  MM.  Inostrantseff  et 
Smirnoff  viennent  de  publier,  sur  des  notes  de  Tiesenhausen ,  dans 
Zapiski,  XVI,  et  tirage  à  part,  1906. 


246  MARS-AVKIL   1907. 

témoignages  plus  précis  fournis  par  la  diplomatique 
et  par  l'épigraphie ,  notamment  dans  un  champ  d'ob- 
servations trop  négligé,  celui  de  la  titulature.  Je 
partirai  de  quelques  monnaies  mal  déterminées, 
pour  en  proposer  l'attribution ,  sur  la  foi  des  témoi- 
gnages les  plus  concluants;  j'y  rattacherai  des  idées 
générales  sur  les  titres  califiens  d'Occident;  enfin, 
j'appliquerai  ces  idées  a  la  détermination  de  quelques 
autres  monnaies  plus  énigmatiques.  Cette  étude,  où 
je  me  borne  a  grouper  un  grand  nombre  de  faits 
connus,  sans  apporter  aucun  document  nouveau,  est 
moins  un  mémoire  historique,  a  proprement  parler, 
qu'un  simple  exercice  de  méthode.  Au  lecteur  de 
juger  s'il  vaut  le  travail  qui!  a  coûté  et  s'il  justifie 
ce  conseil,  dicté  par  une  longue  pratique  de  l'épi- 
graphie  :  ne  négligeons  pas  d'étudier  les  titres  musul- 
mans. 

I 

Parmi  les  souverains  qui  ont  régné  sur  l'Afrique 
mineure,  les  Hafsides  de  Tunis,  les  Ziyanides  de 
Tlemcen  et  les  Mérinides  du  Maroc  ont  frappé 
de  belles  monnaies  d'or  dont  l'attribution  à  l'une  ou 
Tautre  de  ces  dynasties  n'est  pas  toujours  aisée.  Outre 
qu'elles  se  ressemblent,  par  leurs  dimensions,  leur 
frappe  et  la  disposition  de  leurs  légendes,  ces  der- 
nières sont  pauvres  de  faits  historiques  et  très  rare- 
ment datées;  enfin  les  listes  royales  de  ces  dynasties 
présent  en  t  encore  des  lacunes  et  des  obscurités. 


TITRES  CALIFIENS  D'OCCIDENT.  247 

En  1 85 1 ,  Soret  a  publié  et  reproduit  un  dinar 
non  daté,  portant  cette  légende  historique  :  «  Frappé 
dans  la  ville  de  Fes,  par  l'ordre  du  serviteur  d'Allah , 
Fâris,  l'émir  des  croyants,  qui  se  confie  dans  le 
maître  des  mondes1.»  Ce  dinar,  Fraehn  n'hésitait 
pas,  dans  une  note  additionnelle  au  travail  de  Soret, 
à  l'attribuer  à  un  sultan  mérinide  bien  connu,  Abu 
cInân  Fâris,  qui  régna  de  769  a  769  (i348  ài358)2. 

En  1880,  M.  Lane-Poole  publiait  les  monnaies 
hafsides,  ziyanides  et  mérinides  du  British  Muséum 
et  fixait  quelques  règles  pour  distinguer  les  pièces  de 
ces  trois  dynasties.  A  l'aide  de  ces  indices,  il  attri- 
buait à  un  Mérinide  une  série  de  dinars  non  datés, 
aux  noms  et  titres  de  ce  même  Fâris.  Le  premier 
porte  une  légende  historique  identique  à  celle  du  di- 
nar de  Soret;  les  autres  portent  les  mêmes  légendes, 
avec  des  variantes  dans  le  lieu  de  frappe ,  Fes ,  Sidjil- 
mâsa,  Marrakech,  Tiemcen  ou  Bougie,  une  variante 
dans  le  dernier  titre,  al-mutawakkil  <ala  allah, 
«qui  se  confie  en  Allah»,  et  quelques  variantes 
dans  la  disposition  du  protocole.  Le  savant  numis- 
mate, qui  parait  avoir  ignoré  la  note  de  Fraehn  et  le 

_  m  ^  ^ 

sl'uul  £>j.  Le  terme   *abd  allâk  est  ici  une  épithète  et  non  un 
■om  propre;  cf.  Revue  africaine,  1900,  1 83,  n.  3  à  la  fin. 

*  Voir  Soret,  Lettre  à  Fraekn,  i85i.  54  et  pL  II,  n*  12.  Ce 
dinar  de  la  collection  Soret  fait  aujourd'hui  partie  du  Cabinet  de 
Iéna ,  dont  le  directeur,  M.  VoUers ,  me  confirme  par  écrit  l'exac- 
titude de  la  lecture  de  Soret.  En  étudiant  les  monnaies  de  Fâris, 
je  néglige  les  parties  non  historiques  des  légendes ,  sans  importance 
au  point  de  vue  spécial  de  cette  enquête. 


248  MARS-AVRIL    1907. 

nom  propre  de  Fàris,  désigné,  chez  la  plupart  des 
auteurs,  par  son  seul  surnom  paternel  Abu  'Inân, 
crut  pouvoir  attribuer  ces  monnaies  à  un  sultan 
Fâris  M utawakkil ,  fils  présumé  de  ce  sultan  Abu 
Fàris  qui  monta  sur  le  trône  en  796  (1 393)1.  Son 
attribution  ne  reposait,  semble-t-il,  que  sur  l'hypo- 
thèse que  cet  Abu  Fâris  devait  avoir  un  fds  nommé 
Fàris;  mais  aucun  auteur  ne  signalant  ce  Fâris 
Mutawakkil ,  M.  Lane-Poole  eut  la  précaution,  dans 
sa  liste  royale  mérinide,  de  placer  ce  nom  entre 
crochets ,  avec  un  point  d'interrogation 2. 

En  1 887,  le  commandant  Demaeght  a  publié  trois 
dinars  non  datés,  trouvés  à  Oran,  dont  le  premier 
porte  une  légende  identique  à  celle  des  pièces  de 
Soret  et  du  British  Muséum ,  n08  1 83  à  1 85  ;  le  deu- 
xième a  la  variante  Sidjilmâsa,  comme  le  n°  186  du 
British  Muséum ,  et  le  troisième,  la  variante  Marra- 
kech, sans  le  mot  modifia,  «ville».  L'auteur  de  ce 
mémoire,  qui  paraît  avoir  ignoré,  lui  aussi,  la  note 
de  Fraehn  et  le  nom  propre  du  sultan  Abu  cInân , 
ainsi  que  l'ouvrage  de  M.  Lane-Poole,  attribue  ces 
monnaies  au  sultan  Abu  Fâris  lui-même,  dont  il 
retrace  l'histoire  jusque  son  avènement  en   1 3g3 , 

1  Sur  Abu  Fâris,  voir  plus  loin,  p.  3 16. 

*  Voir  Lane-Poole,  Catalogue  of  Oriental  coins  in  the  British 
Muséum  (cité  C.B. M.),  V,  introduction,  xxxi,  n°*  i83  suiv.  et 
pi.  IV;  X,  *k  et  pi.  XXII.  Dans  ses  Mohammadan  dynasties.  58, 
et  trad.  russe  de  Rarthold,  ^5,  le  point  d'interrogation,  relégua 
dans  la  colonne  chronologique,  ne  semble  plus  mettre  en  doute 
l'existence  même  de  ce  prince,  mais  seulement  la  date  de  son  avè- 
nement. 


TITRES  CAL1FIENS  D'OCCIDENT.  249 

d'après  la  chronique  d'Ibn  Khaldûn,  qui  s'arrête 
précisément  à  cette  époque1. 

En  1891,  Lavoix  publiait,  parmi  les  monnaies 
mérinides  du  Cabinet  des  médailles,  sept  dinars  non 
datés ,  aux  noms  et  titres  de  Fàris ,  avec  les  variantes 
offertes  par  Londres,  et  frappés  à  Fes  et  à  Sidjil- 
mâsa.  Tout  en  les  attribuant,  avec  M.  Lane-Poole, 
à  un  sultan  Fa  ris  Mutawakkil,  il  citait  le  travail  de 
Demaeght  et,  dans  sa  liste  royale  des  Mérinides,  il 
conciliait  les  deux  attributions  en  supprimant  Abu 
Fâris  et  en  faisant  régner  Fâris  Mutawakkil  de  796 
à  8 1  1  (1 3g3  à  1 4o8)2.  Solution  aussi  simple  qu  élé- 
gante ,  mais  obtenue  au  prix  de  deux  fictions  :  l'exis- 
tence supposée  de  ce  sultan  Fàris  Mutawakkil,  qui  ne 
figure  dans  aucune  source  connue ,  et  l'exécution  du 
sultan  Abu  Faris  d'Ibn  Khaldùn,  que  cet  écrivain 
bien  informé  devait  connaître ,  puisqu'il  achevait  son 
grand  ouvrage  à  l'heure  même  où  celui-ci  montait 
sur  le  trône  et  qu'il  allait,  on  le  verra  plus  loin,  lui 
dédier  son  livre. 

Ainsi ,  des  quatre  auteurs  que  je  viens  de  nommer, 
Fraehn  est  le  seul,  on  l'a  déjà  compris,  dont  l'attri- 
bution soit  vraisemblable.  Un  seul  sultan  mérinide 
ayant  porté  le  nom  de  Faris,  il  est  d'autant  plus 

1  Voir  Demaegbt,  dans  Bulletin  de  la  Société  de  géographie  et 
d'archéologie  a*Oran ,  1 887,  VII ,  1 2 4  suiv.  ;  cf.  Ibw  KhaldÛn ,  Histoire 
des  Berbères,  trari.  de  Slane  (citée  Berbères),  111,  487  à  A91;. IV, 
458. 

*  Voir  Lavoix  ,  Catalogue  des  monnaies  musulmanes  de  la  Biblio- 
thèque Nationale  (cité  C.B.  A.),  II,  43g  et  454  suiv.,  n**  ioo3 
à    1009. 


250  MARS-AVRIL    1907. 

naturel  de  lui  attribuer  toutes  ces  belles  monnaies 
qu'il  a  régné  à  la  plus  brillante  époque  de  la  dynastie 
et  qu'il  fut,  on  le  verra  tout  à  l'heure,  conqué- 
rant heureux,  politique  habile,  prince  éclairé,  bien 
qu'immoral,  et  grand  constructeur.  L'attribution  de 
M.  Lane-Poole,  suivie  par  Lavoix,  est  une  simple 
hypothèse  qui  fait  intervenir  inutilement  un  sultan 
supposé.  Celle  de  Demaeght  est  inadmissible ,  puisque 
le  sultan  Abu  Fâris ,  bien  qu'il  ait  réellement  existé , 
ne  pouvait  avoir  pour  nom  propre  Fâris ,  précisément 
parce  qu'il  portait  le  surnom  paternel  Abu  Fâris  ;  en 
effet,  je  ne  connais  aucun  exemple  de  souverain 
ayant  porté  son  nom  propre  dans  son  surnom  pater- 
nel. Les  listes  royales  de  l'Afrique  mineure  offrent 
cette  particularité  que  le  nom  propre  et  le  surnom 
paternel  sont  souvent  en  rapport  d'alternance  :  ainsi , 
Abu  Yahyâ  Zakariyyâ  et  Abu  Zakariyyâ  Yahyâ ,  Abu 
Yaqûb  Yûsuf  et  Abu  Yûsuf  Ya  qûb ,  etc.  Dès  lors , 
puisqu'il  y  a  eu  un  Abu  cInân  Fâris,  Abu  Fâris  pou- 
vait s'appeler  €lnân,  détail  sans  importance  au  point 
de  vue  de  cette  enquête 1  ;  en  tout  cas ,  et  c'est  le  point 
essentiel,  il  ne  s'appelait  pas  Fâris.  Or,  Fâris  est  le 
seul  indice  tout  à  fait  personnel  que  fournissent  les 
légendes  de  toutes  ces  monnaies.  Les  autres  éléments 
du  protocole  :  'abd  allâh ,  cunîr  al-miiminîn ,  al-muta- 
wakkil'ala  allait  ou  tala  rabb  al-âlamîn,  ne  sont  que 
des  titres  génériques;  j'y  reviendrai  plus  loin.  Ajou- 
tons  qu'à  l'époque  où  régnait  Abu  Fâris,   époque, 

1  De  lait,  il  s'appelait  cAbd  al-'Azîz;  voir  plus  loin,  p.  3i(). 


TITRES  CALIPIENS  D'OCCIDENT.  251 

troublée  qui  marque  la  décadence  des  Mérinides, 
les  monnaies  authentiquement  attribuées  sont  des 
plus  rares.  Classée  à  la  fin  du  XIVe  siècle,  la  belle 
série  des  monnaies  d'or  de  Fàris  tomberait  pour  ainsi 
dire  dans  le  vide. 

L'erreur  de  ces  attributions  provient  d'un  fait  très 
simple  que  j'ai  déjà  signalé  :  c'est  que  la  plupart  des 
chroniqueurs  de  l'Afrique  mineure,  notamment  Ibn 
Khaldûn,  son  frère  Yahyâ,  Tanasi,  Zarkachi,  Qai- 
rawâni  et  Slàwi,  ne  désignent  le  plus  souvent  les 
souverains  que  par  leur  surnom  paternel ,  sans  indi- 
quer leur  nom  propre.  Ainsi,  ces  auteurs  ne  con- 
naissent Fàris  que  sous  le  surnom  d'Abû  cInân  et  les 
listes  publiées  par  Lavoix  et  MM.  Lane-Poole  et 
Barthold  ne  l'appellent  qu'ainsi.  Mais  il  est  certain 
qu'il  s'appelait  Fâris.  Fraehn  le  savait  déjà  et 
quelques  années  plus  tard,  en  1860,  Brosselard  a 
donné  sa  biographie  d'après  Ibn  al-Ahmar,  l'histo- 
rien des  Mérinides ,  qui  l'appelle  «  Fâris ,  fils  de 
cAlî,  surnommé  Abu  'Inân  et  portant  le  titre  al- 
mutawakkil  'ala  allâh l  ». 

Ce  titre ,  on  l'a  vu,  figure  sur  plusieurs  monnaies, 
avec  la  variante  Kala  rabb  al^âlamîn.  Ce  nom  propre 
enfin,  on  le  retrouve,  avec  tous  les  titres  des  mon- 
naies citées,  chez  un  auteur  contemporain  dont 
l'exactitude,  dans  les  circonstances  où  il  écrit,  est 
au-dessus  de  tout  soupçon.  En  rentrant  à  Fes  au 
retour  de  ses  fameux  voyages,  Ibn  Batûta  dédie  son 

1  Voir  Brosselard,  dans  Revms  africaine,  1860,  397   (et  non 
227).  Sur  la  Haudat  an-nisrin  dTbn  al-Ahmar,  \oir  la  note  suivante. 


252  MARS-AVRIL    1907. 

récit  au  souverain  mérinide,  c  est-à-dire  à  Fâris  lui- 
même.  A  plusieurs  reprises,  il  lui  donne  ses  titres 
officiels  et  l'appelle,  notamment,  maulânâ  al-khalifa 
amir  al-muminîn  al-mutawakkil  cala  allâh  rabb  al-âla- 
mîn  al-mudjâhid  Jî  sabîl  allâh  Abu  'lnân  Fâris  ibn .  .  . 
al-aimma  al-muhtadin  al-khulafâ3  ar-râchidîn,  «  notre 
maître  le  calife,  l'émir  des  croyants,  qui  se  confie 
en  Allah  le  maître  des  mondes,  qui  combat  dans  la 
voie  d'Allah ,  Abu  'Inân  Fâris ,  fds .  .  .  des  imams 
bien  dirigés,  des  califes  qui  marchent  dans  la  voie 
droite  » ,  et  plus  loin  maulânâ  al-a'zam  al-imâm  al- 
akram ,  «  notre  maître  le  très  grand ,  l'imam  très 
noble  »,  titres  suivis  de  ceux  que  j'ai  déjà  cités1. 


1  Voir  Ibn  Batuta,  I,  4  suiv.,  i3,  84;  HI,  8o;  IV,  326  à  357, 
444  et  pas  si  m.  Dans  le  fragment  publié  par  Dozy,  dans  J.as., 
mai  i844  ,  4o2  ,  Ibn  al-Ahmar  appelle  Fâris  amir  al-muminin ,  mais 
dans  la  Iiauda ,  que  Dozy  attribue  au  même  auteur,  on  l'appelle  tantôt 
ainsi ,  tantôt  amir  al-miulimin.  Tel  est  du  moins  le  cas  dans  le  manu- 
scrit de  la  Medersa  de  Tlemcen,  n°  22  ,  dont  M.  Bel  a  bien  voulu 
me  copier  le  passage  relatif  à  Fâris,'  f°  171  r°,  car  l'édition  de 
ce  livre  annoncée  par  MM.  Doutté  et  Brockelmann ,  dans  le  Bulletin 
bibliographique  de  l'Islam  maghrébin,  I,  58,  n.  5,  et  la  Geschichte 
der  arabischen  Litteratur,  II,  24 1,  n'a  pas  encore  paru.  Dans  le 
manuscrit  cité,  ces  deux  titres  semblent  employés  indifféremment, 
sans  souci  du  protocole,  et  n'ont  guère  de  valeur  au  point  de  vue 
de  cette  étude;  il  en  est  de  même  dans  le  manuscrit  de  la  Biblio- 
thèque d'Alger,  n°  1737*,  d'après  une  note  que  je  dois  à  l'obligeance 
de  M.  W.  Marçais.  Cette  confusion  est  très  fréquente  chez  les  au- 
teurs de  basse  époque  et  l'on  en  verra  tout  à  l'heure  un  grand 
nombre  d'exemples.  D'autres  auteurs  appellent  Fâris  simplement 
amir  ou  sultan,  les  uns  par  diplomatie,  comme  Ibn  Khaldùn,  les 
autres  en  qualité  d'historiographes  des  Ilafsides,  comme  Ibn  Qun- 
fudh,  Zarkachi,  ou  encore  Qairawâni  ;  cf.  plus  loin,  p.  2  53  suiv., 
27/1 ,  n.  2  ,  et  328,  n.  4* 


TITRES   CAL1FIENS   D'OCCIDENT.  253 

Retenons  bien  les  termes  de  ce  protocole,  sur 
lesquels  on  reviendra  tout  à  l'heure ,  car  il  est  permis 
de  le  considérer  comme  un  document  authentique, 
sinon  tout  à  fait  officiel.  Les  titres  qu'on  rencontre 
dans  les  auteurs  ont  rarement  ce  caractère,  altérés 
qu'ils  sont  souvent  parles  auteurs  eux-mêmes,  plus 
encore  par  les  copistes.  Mais  Ibn  Batûta,  dédiant 
son  ouvrage  au  sultan  Fàris,  dont  il  attendait  sans 
doute,  en  échange,  quelque  bienfait,  avait  tout  inté- 
rêt à  lui  donner  exactement  ses  titres  officiels ,  et  cette 
circonstance  prête  aux  termes  qu'il  emploie  presque 
la  valeur  d'un  acte  de  chancellerie.  H  semble  même 
y  mettre  une  insistance  calculée  et  cette  outrance 
dans  la  flatterie  s'explique  à  merveille  par  le  fait, 
exposé  plus  loin ,  que  le  protocole  de  Fàris  avait  un 
caractère  exceptionnel. 

Je  crois  avoir  suffisamment  prouvé  que  les  légendes 
des  monnaies  de  Fàris  désignent  le  sultan  Abu  Inàn 
Fàris.  Mais  il  y  a  d'autres  preuves  de  cette  attribution 
basée  sur  le  protocole  de  ce  sultan ,  preuves  irréfu- 
tables fournies  par  la  diplomatique  et  par  i'épigraphie. 

Dans  l'original  arabe  d'un  traité  conclu  en  759 
(  1 358),  entre  Abu  cInân  Fàris  et  la  ville  de  Pise,  le 
souverain  mérinide  est  appelé  as-snltàn  'abd  allâh 
al-mutawakkil  cala  allâh  Fâris  amîr  al-muminin,  al- 
mudjâhidfi  sabil  rabb  al-âlamîn,  titres  suivis  d'une 
généalogie  très  complète,  comprenant  les  noms  et 
titres  des  ascendants  de  Fàris  jusqu'à  cAbd  al-Haqq1. 

1  Voir  Auari,  /  diplomi  arabi  del  R.  Archivio  jiorentino  (cité 
Diplomi ) ,  xlyi ,  309  (vieille  traduction  italienne)  et  476;  appen- 

u.  17 


254  MARS-AVRIL    1907. 

On  reconnaît  ici  les  titre»  des  monnaies  et  dlbn  Ba- 
tûta,  avec  la  variante  as-sultân,  dont  il  sera  question 
plus  loin. 

Fâris  ne  fut  pas  seulement  bon  politique  ;  il  fut 
aussi  grand  constructeur  et,  bien  que  ses  monuments 
ne  soient  pas  encore  tous  connus l ,  ils  ont  déjà  fourni 
plusieurs  inscriptions  dont  le  protocole ,  rapproché 
de  celui  des  monnaies ,  des  traités  et  dlbn  Batûta , 
ne  laisse  aucun  doute  sur  l'identité  du  titulaire  de 
tous  ces  documents. 

Dans  les  ruines  de  Chella ,  près  Rbât ,  sur  la  côte 
atlantique  du  Maroc,  s'étend  une  nécropole  mérinide 
où  Ton  voit  encore  les  épitaphes  des  parents  de  Fâris , 
le  sultan  Abu  1-Hasan  cAlî ,  mort  en  7 5 2  (  1 35 1),  et 
sa  femme,  morte  en  ybo  (  1 34g).  Dans  celle-ci,  la 
la  défunte  est  appelée  umm  as-sultân  al-khalîfa  al- 
imam .  . .  maulânâ  amîr  al-mu'minin  al-mutawakkil  cala 
rabb  al-câlamîn  Abu  'Inân,  c'est-à-dire  «la  mère  de 
Fâris  » ,  avec  tous  les  titres  qu  on  connaît  déjà  2. 

dice  de  1867,  1  (texte  arabe),  9  (texte  latin);  cf.  de  Mas-Latrik, 
Traités  de  paix  et  de  commerce,  II,  66;  cf.  ibid.,  3a  5,  327. 

1  Sur  les  monuments  élevés  par  Fàris,  voir  Ibn  Batûta,  I,  84  ; 
III,  80;  IV,  34  a  à  352-,  lbn  al-Ahmar,  trad.  Brosselard,  dans 
Revue  africaine,  1860,  33 1  ;  Léon  l'Africain,  éd.  Schefer,  II,  74, 
n.  1 ,  et  les  sources  citées  dans  les  notes  suivantes. 

2  Voir  une  traduction  de  cette  épitaphe  par  Tissot,  dans  Bulletin 
de  la  Société  de  y éo graphie  de  Paris,  1876,  II,  269  suiv.  Le  texte 
en  a  été  publié  par  M.  Saavedra,  dans  Boletin  de  la  R.  Academia 
de  la  historia,  1888,  5o3,  d'après  des  calques  de  Xi  menés,  et  par 
llieu ,  dans  Supplément  to  the  Catalogne  of  the  Arabie  mss.  in  the 
British  Muséum,  n°  6o5,  d'après  des  calques  de  Frost;  elle  est 
signalée  aussi  dans  Slâwi,  Kitâb  al-iitiqsâ\ éd.  Boulaq,lI,  89.  Sur 
les    inscriptions  de  Chella,  voir   aussi  Caatrllanos ,   Historia  de 


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TITRES  CALIFIENS   D'OCCIDENT.  257 

tion  de  fait,  ils  trahissent  du  moins  les  prétentions 
politiques  des  titulaires1.  Dès  lors,  une  question  se 
pose  :  Pourquoi  Fâris  porte-t-il  ce  titre  ?  En  d'autres 
termes,  y  a-t-il  un  rapport  entre  cet  acte  diploma- 
tique et  l'histoire  du  souverain  mérinide  ?  Pour  y 
répondre .  il  faut  examiner  le  rôle  et  l'évolution  des 
titres  caliQens  en  Afrique  mineure,  dès  l'origine  de 
l'Islam.  Cette  étude ,  qu'un  gros  volume  ne  suffirait 
pas  à  contenir,  je  ne  puis  que  l'ébaucher  ici ,  en  pas- 
sant rapidement  sur  les  titres  d'imam  et  de  calife3, 
pour  considérer  surtout  deux  titres  qui  résument 
presque,  à  eux  seuls,  la  politique  des  souverains 
musulmans  du  Magreb  :  amir  al-muminln  et  amir 
al-mmliminz. 

1  Voir  CL  A.,  I,  paisiML. 

*  Voir  phi*  loin.  p.  i58,  n.  1,  et  160,  n.  1. 

1  Les  sources  relatives  aux  titres  calinens  d'Occident  sont  si 
nombreuses  que  je  ne  pouvais  les  citer  tontes  ici  ;  j'ai  du  me  bor- 
ner à  celles  que  m'offrait  ma  bibliothèque  et  qui  suffisent  au  but 
que  je  me  suis  proposé,  celui  d'appliquer  une  méthode  plutôt  que 
d'épuiser  une  question.  Dans  les  notes  les  plus  longues ,  les  sources 
ont  été  groupées  en  littéraires,  numismatique» .  épigraphiques  et 
diplomatiques,  et  citées  dans  Tordre  chronologique,  ou  à  peu  près. 
L^s  chroniques  publiées  en  texte  et  en  traduction  sont  citées  tout 
au  long  la  première  fois  :  ensuite .  les  pages  d'une  traduction  sont 
citées  entre  parenthèses,  à  la  suite  des  pages  du  texte  corres- 
pondant. Pour  l'histoire  des  Berbères  dlbn  Khaldûn.  qui  m'a 
fourni  un  nombre  considérable  de  passages,  je  n'ai  cité,  le  plus 
souvent,  que  la  traduction  de  de  Siane  citée  Berbères  .  de  même 
pour  ses  Prolégomènes  ;  quand  je  cite  exceptionnellement  le  texte 
arabe,  c'est  toujours  celui  de  son  histoire  universelle,  'Ikar,  im- 
primée en  7  volumes,  Boulaq  is-84  H.  Pour  les  mémoires  parus 
dans  des  périodiques ,  j'ai  cité  tantôt  le  tome  qui  les  renferme, 
tantôt  le  tirage  à  part,  suivant  les  ressources  dont  je  disposais; 


258  MARS-AVRIL  1907. 


II 

D'après  une  tradition  très  répandue,  le  premier 
musulman  qui  porta  le  titre  amîr  al-mu'minîn  fut 
'Abdallah  ibn  Djahch,  auquel  il  fut  attribué  à  la 
suite  de  sa  victoire  à  Nakhla  l.  Ce  terme  n'avait  pas 
encore  la  valeur  d  un  titre  protocolaire  ;  il  signifiait 
simplement,  sans  doute,  que  ce  commandant  des 
croyants  les  avait  conduits  à  la  victoire.  C'est  avec  le 
calife  Omar  qu'il  devint  un  titre  califien  propre  a, 
porté  dès  lors  par  tous  les  califes  comme  tels  et, 

enfin  je  dois  les  références  relatives  aux  monnaies  du  Cabinet  de 
Berlin  à  l'obligeance  de  M.  Niitzel,  le  savant  orientaliste  attaché  à 
cette  collection. 

1  Voir  Wâqidi,  éd.  de  Kremer,  11  ;  W&M<hausen,  Mllhammad 
in  Médina,  3 7  ;  S prenger,  Leben  des  Mohammad,  JIJ,  jo6;Mas- 
'ûdi,  Tanbik,  éd.  de  Gœje,  a36;  trad.  Carra  de  Vaux,  3i3; 
Z,D.P.V.,  X  VI ,  1  o3 ,  n.  3  ;  Ibn  Khaldun  ,  *lbart  1 ,  189;  Prolégo- 

mènes,  trad.  de  Slane,  I,  46a,  où  il  faut  traduire  »U*  ^  Jjl  par 
«  le  premier  auquel  on  donna  ce  titre  fut  'Abdallah»,  pour  éviter 
Terreur  historique  signalée  par  de  Slane. 

2  Voir  Ibn  Sa'd ,  dans  Sachau  ,  Ueber  den  zweiten  Chalifen  Omar, 
passim;  Tabari,  éd.  de  Gœje,  I,  37481  Ya'qûbi,  éd.  HouUma,  Jl, 
171  suiv. ,  179;  Mab'ddi,  Prairies,  éd.  B.  de  Meynard,  IV,  192; 
Ibn  al-Athîr,  Kâmil,  éd.  Tornberg,  H,  376;  Vsd,  éd.  Caire,  IV, 
70  suiv.  ;  Nawawi,  éd.  Wûstenfeld,  449  a  458  ;  Fakhri ,  éd.  Deren* 
bourg,  1 14  ;  Makîn,  éd.  Ërpenius,  a 6  -,  Abu  1-fidâ' ,  éd.  Reiske,  I, 
aa2;  Ibn  Khaldûx,  Prolégomènes,  loc.  cit.;  Berbères,  II,  496; 
d'HRRBRLOT,  Bibliothèque  orientale,  éd.  1783,  II,  363;  C.  de  Pkh- 
(îeval,  Essai,  III,  390,  443;  Fournbl,  Les  Berbers,  1,7;  Gold- 
ziher,  dans  Z.  D.  M. G. ,  XLl,  i3g  ;  Dereiibourg  ,  Vie  d'Ousàma.ù, 
n.  4;  IUnrk,  IVeltyeschichte .  Va,  111,  et  les  sources  citées  par 
Fraeiin,  Opuscula  postuma ,  11,  71,  n.  3.  D  après  une  variante  de 
celte  tradition ,  Abu  Bakr  ayant  été  appelé  hhalifat  rasûl  allAh,  1  tue» 


TITRES  CALIFIENS  D'OCCIDENT.  259 

semble-t-il ,  par  eux  seuls,  Omayades  et  Abbassides l. 
En  effet,  jusqu'à  la  prise  de  Bagdad  par  les  Mongols, 
aucun  des  nombreux  dynastes  qui ,  tout  en  dépouil- 
lant le  califat  de  son  temporel ,  reconnaissaient  son 
autorité  spirituelle ,  n'osa  s'arroger  les  titres  califiens  2. 
Seuls  les  rivaux  déclarés  des  califes  légitimes,  notam- 
ment les  Alides,  dont  les  prétentions  reposaient  sur 
l'imamat  du  calife  Ali  et  de  ses  descendants ,  prirent 
les  titres  khalîfa ,  imam  avec  un  surnom  en  Allah 3  et 

cesseur  du  Prophète  » ,  et  Omar,  khalifat  khalifat  rasûl  alldh  /■  succes- 
seur du  successeur  du  Prophète» ,  ce  dernier  prit  ou  reçut  le  titre 
amir  al-muminîn  pour  éviter  à  ses  successeurs  l'ennui  d'allonger 
indéfiniment  leur  titre.  Si  cette  explication  a  été  arrangée  après 
coup,  elle  montre  du  moins  que  le  titre  de  calife  remonte  à  Abu 
Bakr  ;  cf.  Goldziukr ,  Muliammedanische  Studien ,  II ,  61,  n.  1 . 

1  Pour  Mu'àwiya  et  les  Omayades ,  je  cite  au  hasard  Tabari , 
H,  5  ;  Fakhri,  i43et  passim;  Ibr KhaldÛn,  Prolégomènes ,  /oc.  cit., 
et  surtout  quelques  inscriptions  et  quelques  poids  de  verre  ;  pour 
les  Abbassides,  il  suffît  de  citer  les  inscriptions,  les  monnaies  et  les 
poids  de  verre,  les  sources  étant  trop  nombreuses.  Les  héritiers  pré- 
somptifs officiellement  reconnus  portaient  aussi  les  titres  califiens; 
voir  Clkrmont-Gannkau ,  Recueil  d'archéologie  orientale,  I,  ai5, 
218;  Frakhn,  op.  cit.,  II,  196. 

*'  Il  faut  insister  sur  ce  point ,  parce  que  plusieurs  auteurs ,  s'ap- 
puyant  sur  des  textes  corrompus,  ont  cru  que  certains  dynastes 
légitimistes,  notamment  les  Seldjoucides ,  prirent  le  titre  amiral- 
miïminîn.  Gomme  je  lai  déjà  montré,  il  s'agit  d'un  titre  en  amir 
al-mu'minin.  Bien  que  Castiglioni,  Monete  enfiche  di  Milano, 
xxxviii,  et  dk  Longpbrikr,  Œuvres ,  I,  379,  l'aient  déjà  relevée, 
les  exemples  récents  de  cette  méprise  ne  sont  pas  rares  ;  voir  Aisg- 
worth,  Travelt  in  Asia  M  in  or,  I,  19^  ;  Cunningham,  ArchaeoL  Sur- 
veyoflndia,  XI,  5;  dk  Cholet,  Arménie,  Kurdistan  et  Mésopota- 
mie ,  93 ;  Nasawi,  trad.  Iloudas,  336  (où  burhân,  •  preuve»,  fait 
partie  du  titre  en  a.  al-muminin  )  ;  Revue  africaine ,  1 90a ,  167,  n.  9  , 
et  les  sources  citées  dans  G',/.j4.,  I,  i\h,  n.  5. 

3  J'appelle  ces  surnoms  imamiens.  parce  qu'ils  suivent,  dans  la 


260  MARS-AVKIL  1907. 

amîr  al-mu'minîn.  Ainsi  les  Carmates ,  les  Fatiraides , 
les  Assassins,  les  Zaidides  et  tant  d'autres  ;  tous  sont, 
par  essence  et  définition,  de  véritables  anticalifes  l. 

règle,  le  titre  itnàm,  comme  apposition.  Le  fait  qu'ils  sont  devenus 
très  souvent  les  noms  propres  vulgaires  des  califes  montre  l'impor- 
tance de  leur  rôle  de  pontifes ,  depuis  les  Ahbassides  et  sous  l'in- 
fluence des  idées  persanes  -,  cf.  Goldziher  ,  Muhammedanische  Studien, 
II,  5  a  suiv. 

1  Pour  les  Fatimides,  voir  plus  loin,  p.  264,  n.  2;  pour  les 
Assassins,  mon  Epigraphie  des  Assassins,  dans  J.  as.,  9e  série,  IX, 
453  suiv.,  etc.  Parmi  les  innombrables  sources  littéraires,  je  me 
borne  à  citer  un  curieux  passage  d'iBN  Kiialdun,  Prolégomènes,  I, 
407 ,  463 ,  suivant  lequel  les  prétendants  au  califat,  alides  ou  autres , 
portaient  le  titre  d'imam  comme  chefs  de  leur  secte  et  ne  prenaient 
celui  d'à.  al-muminin  qu'en  affichant  leurs  prétentions  politiques.  Il 
donne  pour  exemple  les  Abbassides  Ibrahim  et  Saffâh  et  le  Mahdî 
fat  imite  à  Sidjilmâsa;  cf.  Istibsàr,  trad.  Fagnan,  170;  Ibn'Idhâri, 
éd.  Dozy,  1 , 1 5 1  ;  trad.  Fagnan ,  1 ,  210;  Ibn  al-Athîr,  éd.  Tornberg , 
VIII,  38;  trad.  Fagnan,  3oa  ;  Fournel,  Berbers,  I,  3i3;  II,  94  ; 
du  Sacy,  Religion  des  Druzes,  I,  cclxxiiï;  Wûstenfeld,  Fatimiden- 
Chalifen,  36,  et  le  cas  plus  ancien  d'un  chef  kharidjite,  dans  Abu 
1-mahâsin,  éd.  Juynboll,  1,  217,  1.  16,  cité  par  Fournel,  I, 
209.  Ces  exemples  montrent  bien  la  nuance  entre  les  deux  titres. 
Même  chez  les  Abbassides,  le  titre  imâm,  qui  parait  pour  la  pre- 
mière fois  sur  des  monnaies  et  dans  des  inscriptions  du  calife  Ma'- 
mûn ,  a  peut-être  une  teinte  chiite ,  comme  Fraehn  l'a  suggéré  dans 
une  note  très  nourrie,  Opuscula  postuma,  II,  194  suiv.  *,  cf.  Soret, 
Eléments  de  la  numismatique ,  172.  Bien  qu'on  l'ait  appliqué  déjà 
aux  Omayades  (voir  les  sources  citées  dans  Goldziher,  Muham 
medanische  Studien ,  II,  54»  n.  1,  et  Agâni,  X,  109,  1.  10  d'en 
bas),  il  semble  bien  qu'il  n'eût  pas  alors  le  sens  pontifical  qu'il 
prit  sous  les  Abbassides.  M.  Goldziher  m'indique  les  passages  sui- 
vants, dans  la  poésie  ancienne,  où  imâm  signifie  «exemple  à  suivre, 
modèle»  :  Nàbiga,  éd.  Ahlwardt,  27  ,'1.  Zl\\Hudhailitent  68, 1.  5  ; 
Akhtal,  122,1.  7,  à  rapprocher  de  umma  dans  le  même  sens  : 
Nàbiga ,  1 7 , 1.  2  1  ;  Zuhair,  1 7 , 1.  3  \  ;  Coran ,  xn  ,121,  avec  le  com- 
mentaire de  Baulàwi  :  «celui  qu'on  cherche  à  imiter»,  et  Ibn  al- 
Athir  ,  Usd,  1 V ,  378.  Ce  mot  aurait  donc ,  à  l'origine ,  un  sens  abstrait 


TITRES  CALIFIENS  D'OCCIDENT.  261 

C'est  après  la  chute  de  Bagdad  que  des  souverains 
temporels,  profitant  du  trouble  où  cette  catastrophe 
avait  jeté  le  droit  public  musulman ,  élèvent  des  pré- 
tentions pontificales  et  s'arrogent  des  titres  califiens1. 
En  Occident ,  l'évolution  de  ces  titres  n'est  pas  la 
même.  Par  une  disposition ,  naturelle  aux  races  plus 
primitives  de  l'Afrique,  à  confondre  les  pouvoirs 
religieux  et  politique2,  un  guide  spirituel  y  devient 
un  maître  temporel  et,  inversement,  un  chef  d'Etat 
y  est  conduit  presque  fatalement  à  devenir  un  chef 


et  n'aurait  pris  que  plus  tard  on  sens  personnel,  comme  zimâm, 
■  bride  * ,  pub  •  conducteur  •  ;  cf.  C.  I.  A. .  1 ,  1 86  ,  n.  5.  Je  me  borne 
à  ces  notes  sommaires  sur  un  titre  qui  demanderait  une  étude  spé- 
ciale; cf.  aussi  Ibn  Khaldun,  Prolégomènes ,  1,  387  suiv. 

1  Depuis  la  chute  de  Bagdad,  les  souverains  temporels  appar- 
tiennent, sous  ce  rapport,  à  Tune  des  cinq  classes  suivantes  : 
i°ceux  qui  sont  indifférents  à  la  question  califienne,  comme  les 
premiers  Mongols  de  Perse  ;  i°  ceux  qui  reconnaissent  le  dernier 
Abbasside  de  Bagdad ,  longtemps  après  sa  mort ,  ou  quelque  autre 
membre  de  la  famille  abbasside ,  réel  on  fictif,  comme  plusieurs 
Seldjoucides  d'Asie  mineure,  Rassoulides  du  Yémen  et  sultans  de 
Debli  ;  3°  ceux  qui  reconnaissent  le  califat  abbasside  du  Caire ,  comme 
les  Mamlouks  d'Egypte ,  plusieurs  Rassoulides  et  sultans  de  Debli  ; 
4°  ceux  qui  se  font  chiites  et  se  rattachent  plus  ou  moins  à  un 
califat  alide,  comme  quelques  Mongols  de  Perse;  5°  ceux  qui  se 
proclament  califes,  comme  quelques  sultans  de  Dehli  et  les  Otto- 
mans, ou  simplement  imâms,  comme  les  derniers  Mamlouks 
d'Egypte. 

3  Voir  Goldziher,  Le  livre  de  Mohammed  ibn  Tourner  t,  intro- 
duction, 9G  ;  Dozy,  Essai  sur  l'histoire  de  l  islamisme,  trad.  Chau- 
vin, 348.  La  littérature  musulmane,  ancienne  et  moderne,  de 
l'Afrique  du  Nord  fourmille  d'exemples  de  l'influence  politique  des 
marabouts;  d'autre  part,  cette  faculté  de  tout  convertir  en  senti- 
ment religieux,  qu'on  a  appelée  l'islamisation,  est  encore  très  forte 
au  Maroc;  voir  Douttb,  Marrakech,  3i ,  i38  et  passirn. 


202  MARS-AVRIL   1907. 

d'Eglise,  s'il  est  permis  d'employer  ici,  par  abrévia- 
tion, ces  deux  termes  trop  précis.  D'ailleurs,  le  loin- 
tain califat  abbasside  n'avait  pas  en  Afrique  le  même 
prestige  qu'en  Orient  et  les  souverains  pouvaient  y 
devenir  les  imâms  et  les  califes  de  leurs  sujets  sans 
se  poser  forcément  en  anticalifes  alides.  Aussi,  plu- 
sieurs dynasties  califiennes ,  on  le  verra  tout  à  l'heure, 
se  sont-elles  contentées,  pour  satisfaire  au  préjugé 
généalogique,  d'invoquer  une  origine  arabe  ou  corai- 
chite1. 

On  comprend  dès  lors  que  les  titres  califiens  soient 
bien  plus  répandus  en  Occident  qu'en  Orient.  D'une 
façon  générale ,  on  peut  dire  que  tous  les  souverains 
y  sont  des  califes  et  cette  notion ,  qui  se  glisse  dans 
le  droit  public  2,  a  pénétré  profondément  dans  la 
mentalité  populaire3. 

1  Voir  pins  loin,  p.  97801  passim.  Sur  l'origine  coraichite  invo- 
quée par  des  marabouts  modernes,  Douttk,  Marabouts,  9,  20, 
Au*,  4  9  et  passim  ;  L'Islam  algérien»  45.  On  sait  que  l'origine  corai- 
chite était  une  des  conditions  requises,  en  théorie,  pour  l'aptitude 
au  califat;  Ibn  KhaldÔn,  Prolégomènes,  1,3q3i  Berbères ,  11 ,  497; 
ni  K.REMKH,  Geschichte  dcr  herrschendtn  Ideen,  hi\  et  sources 
citées,  4a6,  etc. 

1  Ainsi,  la  doctrine  de  la  légitimité  de  plusieurs  imâms  con- 
temporains a  trouvé  de  nombreux  adeptes  en  Afrique  et  en  Espagne  \ 
voir  Ibn  KhaldAn,  Prolégomènes,  I,  391. 

3  Ainsi,  d'après  TidjAni,  trad.  Rousseau,  le  Ziride  Yùsuf  ibn 
Ztri  est  investi  du  califat  et  dans  le  roman  populaire  d'Abû  Zaid , 
son  descendant  Mu'iss  est  appelé  calife,  bien  que  les  Zi  rides,  on 
va  le  voir,  n'aient  pas  portr  les  titres  califiens  \  voir  ./.  as.,  V  série, 
XX  ,  87  1  IUmrt,  Documenté  géographiques ,  90,  n.  3.  Ainsi  encore, 
en  parlant  du  fameux  'Ayyàchl ,  qui  vivait  au  Maroc  au  xvii*  siècle 
et  fut  un  chef  militaire  et  politique  plus  encore  que  religieux,  un 
de  ses  biographes  dit  qu'il  était  né  pour  le  califat,  c'est-à-dire  pour 


TITRES   CALIF1KNS   D'OCCIDENT.  263 

Toutefois  lautorité  des  califes  d'Orient  s'étendait 
à  l'origine,  de  droit  sinon  de  fait,  jusqu'à  l'Atlan- 
tique. Aussi  est-ce  bien  comme  rivales  déclarées  des 
Omayades,  puis  des  Abbassides,  que  les  premières 
dynasties  indépendantes,  nées  au  sein  de  l'hérésie, 
prirent  les  titres  califiens.  Ainsi ,  les  Idrissides ,  d'ori- 
gine alide  et  de  doctrine  chiite,  s'appelaient  imâm1. 
Les  Rostémides,  d'origine  persane  et  de  doctrine 

la  souveraineté ;  Douttb,  Marrakech ,  i3o.  En  Orient,  on  dirait 
pour  le  sultanat,  car  là-bas,  c'est  le  titre,  purement  temporel,  de 
sultan  qui  a  prit,  dans  l'usage  courant,  ce  même  sens  général 
de  souverain;  voir  plus  loin,  p.  37  a. 

1  Voir  Mai'udi,  Prairie* ,  VI,  io3  ;  Ibn  Abl  Zar',  éd.  Tomber  g 
et  trad.  Beaumier,  premières  pages  \  Ibn  Khaldun,  Prolégomènes, 
I,  463  ;  Berbères,  II,  55g  et  suiv.;  Histoire  de  V Afrique,  trad.  Noël 
des  Vergers,  89  ;  Slàwi,  Istiqsâ',  I,  68  etpassim;  Fournil,  Berbère, 
I,  46o;  Merci**,  Histoire  de  t  Afrique  septentrionale,  I,  a 60  suiv. 
Il  est  vrai  que  quelques  auteurs  sunnites ,  ainsi  Ibn  'IdhAri ,  Ibn  al- 
Atblr,  Bakri,  Ylstibsâr,  Qairawâni,  ne  leur  donnent  pas  ce  titre, 
non  plus  que  les  monnaies  publiées  par  Fraehn,  Soret,  Dorn, 
Tornberg,  Lavoix  et  M.  Lane-Poole.  Mais  il  figurait  dans  deux 
inscriptions ,  aujourd'hui  détruites ,  Tune  d'Idrls  l",  l'autre  d'Idrts  II , 
sur  la  obaire  de  la  grande  mosquée  d'Agadir,  l'ancienne  Tlemcen  ; 
voir  Ibn  AbtZar',  éd.  Tornberg,  8,  37;  trad.  Beaumier,  17,  60; 
Ibn  Khaldun,  Berbères,  II,  56o,  56a;  Tychskn,  Introduetio  in 
rem numariam,  126;  Barges,  Tlemcen,  i65  ;  Complément  de  l'his- 
toire dee  Beni-Zeyan ,  535  suiv.;  Fournil,  Berbers,  I,  4 00,  47a  ; 
Marc  aïs,  Monuments,  11,  i36.  Qairawâni,  éd.  Tunis,  95,  trad. 
Pellissier  et  Rémusat,  16a,  prétend  mémo  que,  bien  qu'ils  n'aient 
pas  été  de  véritables  califes ,  ils  portaient  le  titra  a.  al-mn'minln , 
mais  cette  assertion  manque  de  poids ,  car  un  peu  plus  loin ,  il  attri- 
bue le  même  titre  aux  Almoravides,  qui  ne  l'ont  jamais  porté; 
voir  plus  loin ,  p.  vj  1 ,  n.  a.  Sur  le  rôle  important  de  l'extrême  Ouest 
dans  le  mabdisme  et  le  cbérifat  africains,  voir  Lu  Ch atelier,  V Is- 
lam dans  l'Afrique  occidentale,  introduction;  Douttb,  Marabouts, 
47,  74*  ia3;  L Islam  algérien ,  hh. 


264  MARS-AVRIL    1907. 

ibadide ,  s'appelaient  imam ,  khalîfa  et  amîr  al-mu'mi- 
nîn1.  Plus  tard  les  Fatimides,  de  prétendue  origine 
alide ,  prirent  d'emblée  tous  les  titres  califiens ,  khalî- 
fa, imam  avec  un  surnom  imamien,  amir  al-mumi- 
nîn2.  Celles  qui  ne  prennent  pas  ces  titres  sont  pré- 
cisément celles  qui  restent  fidèles ,  sinon  de  cœur,  du 
moins  par  politique,  aux  Abbassides,  ensuite  aux 
Fatimides.  Ainsi  les  Aglabides ,  qui  rendirent  toujours 
hommage  aux  Abbassides ,  malgré  leur  grande  indé- 
pendance et  quelques  velléités  de  révolte 3  ;  ainsi  les 

1  Voir  Abu  Zakariyyà,  trad.  Masqueray,  passim;  Bakri,  éd.  de 
Slane,  67;  trad.  de  Slane,  160;  Ib\  Khaldûn,  Berbères,  I,  243; 
Masqueray,  Formation  des  cités  de  l'Algérie,  191  à  2o3,  216; 
Fournel,  Berbers,  II,  4;  Mercier,  Histoire  de  l'Afrique,  I,  2 48  ; 
Goldziher,  dans  Z.D.M.G.,  XLI,  33;  Basset,  Les  sanctuaires  dn 
Djebel  Nefousa,  passiin,  avec  les  sources  citées  au  début;  Bel,  Les 
Benou  Ghânya,  i\$,  n.  2  ;  Doutte,  L'Islam  algérien,  32.  Quelques 
auteurs  orthodoxes,  ainsi  Ibn  'Idhâri  et  lbn  al-Athîr,  ne  leur 
donnent  pas  ces  titres.  Sur  le  dogme  de  l'imam  chez  les  Ibadides, 
voirSACHAU,  Ibaditische  Muliammedaner  in  Oman  und  Ostafriha  ; 
Doutte,  L Islam  algérien ,  33,  i4o.  L'opinion  de  Chahrastâni,  que 
l'imâm  ibadide  ne  portait  pas  le  titre  a.  al-muminin  (trad.  Haar- 
briicker,  I,  i52;  cf.  Abu  Zakariyyà,  trad.  Masqueray,  4o5)  est 
contredite,  du  moins  en  ce  qui  concerne  les  Rostémides,  par  un 
grand  nombre  de  passages  de  la  chronique  d'Abû  Xakariyyâ,  25, 
53,  116,  124.  128,  i3i,  i48,  etc. 

*  Ne  pouvant  citer  toutes  les  sources  sur  les  titres  califiens  des 
Fatimides,  je  me  borne  à  renvoyer  aux  inscriptions,  aux  monnaies 
et  aux  diplômes,  ainsi  qua  l'index  de  C.I.A.,\,  pour  la  discussion 
d'un  grand  nombre  de  cas  particuliers.  Les  plus  récents  travaux 
sur  les  Fatimides  sont  ceux  de  Bêcher,  Beitrâge,  I  (sources  histo- 
riques) et  Inostrantseff,  dans  Zapiski,  XVII  (cérémonie!). 

s  Voir  Mas'ûdi,  Prairies,  I,  37o  ;  VIII,  246>lbn  al-Athîr,  VI , 
106,  à  Mil,  36  (i57  à  299);  Ibn  'ldhâri,  I,  83  à  i45  (111  à 
202);  Ibn  Kualdûn,  Histoire  de  l'Afrique,  trad.  N.des  Vergers,  83 
suiv.  ;  lbn  al-Khatîb,  dans  Gregorio,  Rerum  arabicarum  .  ♦  .collée- 


TITRES  CAL1FIENS  D'OCCIDENT.  265 

Zirides  et  les  Hammadides,  qui  reconnurent  tantôt 
les  Abbassides,  tantôt  les  Fa  timides l. 

tio,  93;  Nuwairi,  dans  Berbères,  I,  397  à  447;  Qairawâni,  47 
(82)  suiv.  ;  Amari,  Bibliotheca  arabico-sicula  et  Storiadei  musulmani 
di  Sicilia,  passim ;  Fournel,  Berbers,  1,  4i5  à  fin,  surtout  48  1, 
575  ;  II,  3  à  84  ;  Mercier ,  Histoire  de  l Afrique,  I,  2 63  suiv.  Les 
rares  inscriptions  et  monnaies  aglabides  connues  ne  portent  aucun 
titre,  sauf  une  inscription  de  Sousse  et  un  petit  nombre  de  pièces 
de  Sicile,  qui  donnent  à  Ziyàdat  ailah  Ier,  en  207  et  21. 4  H.,  le 
simple  titre  amir,  qui  est  un  titre  de  gouverneur  abbasside  ;  voir 
Houdas  et  Basset,  Epigrapkie  tunisienne,  dans  Bulletin  de  corres- 
pondance africaine ,  1 882  ,  IV,  170  suiv. ,  et  les  sources  numismatiques, 
notamment,  pour  les  monnaies  au  titre  amir,  Adler,  Collée  tio  nova, 
1 3o  ;  Tychsen  ,  Introductio ,  1 1  o ,  et  Additamentam ,  1 ,  4 1 ,  ;  Lavoix  , 
C.B.N.,  II,  n°  84o  et  pi.  VII;  cf.  Amari,  Storia  dei  musulmani  di 
Sicilia,  1,  284*  n.  1 ,  à  la  fin. 

1  Voir  'Abd  al-Wâhid  Marrâkuchi ,  éd.  Dozy,  147,  *59;  trad. 
Fagnan,  178,  192  ;  lbn  al-Athîr,  VIII,  456,  à  IX,  337  (^7° 
suiv.,  394  suiv.,  4o2  suiv.,  4 18,  454  et  passim);  lbn  'Idhâri,  I, 
337  suiv.,  258,  271  suiv.,  288  à  292,316  (332  suiv.,  366,  386 
suiv.,  4 1 3  à  4*9*  459);  Tidjàni,  trad.  Rousseau,  dans  J.  as., 
A"  série,  XX ,  88 ,  9 1  ;  5e  série ,  1 ,  369  ;  Ibn  Khalduw ,  Prolégomènes, 
I,  465  suiv.;  Berbères,  I,  29  suiv.  ;  II,  9  à  a5,  43  à  57  ;  Qaira- 
wâni, 44,  71,  81  suiv.  (76,  ni,  139  suiv.);  Amari,  Storia, pas- 
sim; Mercier,  Histoire  de  f  Afrique ,  1,  371  suiv.;  Sauyaire,  Maté- 
riaux pour.,,  la  numismatique  et  la  métrologie  musulmanes,  tir.  à 
part,  I,  336,  34o. 

Les  rares  monnaies  zirides  ne  portent  aucun  titre ,  mais  leurs 
légendes  sont  si  incomplètes  qu'on  ne  peut  faire  grand  fonds  sur 
elles;  voir  Lavoix,  C.B.N.Al*  407,  et  les  sources  citées.  Une  in- 
scription de  Mu'izz ,  sans  date  exacte ,  ne  lui  donne  aucun  titre  ; 
Houdas  et  Basset,  op.  cit.,  180.  En  revanche,  son  protocole  offi- 
ciel figure  dans  la  lettre  que  lui  adressa  le  calife  abbasside  Qa'im , 
auquel  il  venait  de  rendre  hommage,  en  répudiant  la  suzeraineté 
fa  timide;  voir  les  sources  citées  ci-dessus.  On  y  trouve  un  surnom  en 
malik,  divers  titres  composés,  entre  autres,  un  en  amir  al-mumi- 
nin,  marquant  son  hommage  au  calife;  voir  lbn  al-Athîr,  IX, 
357  (  455).  Ce  protocole  ressemble  à  ceux  de  tous  les  grands  feuda- 


206  MARS-AVRIL   1907. 

C'est  encore  comme  rivaux  des  Abbassides  que  le» 
Omayades  d'Espagne  portent  tous  les  titres  califiens 
à  partir  du  calife  cAbd  ar-Rahmân  III ,  qui  les  prit 


taires  du  calife,  qui  portaient  alors  un  surnom  en  malik  et  cle» 
titres  composés.  C  est  ainsi  que  débutèrent  la  plupart  des  dynasties 
sultanienncs  et  de  fait ,  les  Zirides  portent  aussi  plus  tard  le  titre 
de  sultan  ;  voir  Houdas  et  Basset,  op.  cit.,  189;  Ibn  'IdhAri,  1, 
392  (419);  Ibn  Khaldûn,  Prolégomènes,  I,  466,  Mais  aucun  de 
ces  litres  n'a  de  valeur  pontificale  et  de  fait,  Qairawani,  93  (  i58), 
dit  positivement  que  les  Zirides  parvinrent  au  rang  de  sultan, 
mais  ne  portèrent  pas  le  titre  a,  al-muminin. 

Quant  aux  Hammadides,  je  ne  connais  d'eux  ni  inscription,  ni 
monnaie.  Les  légendes  monétaires  à  hommage  abbasside  repro- 
duites par  Ibn  Kbaldûn,  VI,  177 ,  1.  4,  Berbères,  II,  57,  et  Sau- 
vaire,  loc.  cit.,  donnent  à  Yahyà  en  543  le  titre  amir  (mansûr), 

A  première  vue ,  il  semble  difficile  d'expliquer  le  cas  des  Midra- 
rides  de  Sidjilmâsa ,  surtout  celui  de  ce  Muhammad  al-Fath  qui  prit , 
vers  34a  ♦  le  titre  a,  al-muminin  et  le  surnom  imamien  acb-Cbâkir 
lillàh,  précisément  en  reniant  les  doctrines  ibad  ides,  pour  se  rallier 
à  l'orthodoxie.  Mais  Muhammad  voulait  se  rendre  indépendant  des 
Fatimides,  dont  les  Midrarides  étaient  alors,  nominalement,  les 
gouverneurs  à  Sidjitmâsa,  Il  dut  donc  feindre  de  se  rattacher  aux 
Abbastides,  par  conséquent,  se  faire  sunnite,  avant  de  se  déclarer 
tout  à  fait  indépendant  -,  voir  Ibn  Hauqal,  éd.  de  Gœje,  bf  \  Bakri, 
i5i  (335);  Ibn  al-Athfr,  VIII ,  393  (36o);  Ibn  «Idhâri,  I,  ai*, 
230(298,  323);  II,  225  (346);  Ibn  Abî  Zar\  55  (121);  Ibn 
Kiialdûh,  Berbères,  I,  264  suiv. ;  II,  543;  Sauvaire,  Matériaux, 
1,  171,  33o;  Qairawâni,  61  (107);  Fournel,  Bsrbers,  II,  3aa; 
Mercier,  Histoire  de  V Afrique,  1,  358,  36o. 

Bergman n,  Beitrâge,  1873,  tir.  à  part,  2,  to  et  suiv.,  et 
Lavoix,  C.B.N.,  II,  4oi  f  qui  ont  publié  trois  monnaies  de  Châkir, 
observent  qu'elles  jwrtent  bien  son  titre  d'imam  avec  son  surnom 
imamien,  mais  qu'on  n'y  lit  pas  le  titre  a.  al-ma'minin ,  donné  par 
les  auteurs  à  ce  petit  calife.  M.  Lane-Poole  a  publié  depuis  une 
monnaie  de  Muhammad,  datée  de  345  et  portant  au  droit  ,abd 
allâh  a,  al-mu'minin  et  au  roers  al-imâm  ack-i'hàhir  lillàh  \  voir  Ca- 
talogue of  Arabie  coins  in  tht  Khëdivial  library  at  Cairo,  3 18. 


TITRES  CÀLIFIENS  D'OCCIDENT.  207 

en   3 1 6 1,    suivant  le   témoignage  concordant  des 
inscriptions ,  des  monnaies  et  des  chroniques  2.  Il  ne 

1  Cette  date  a  été  fixée  par  M,  Codera  «  dans  Titulos  y  nombres 
proprios  en  las  monedas  aràbigo-espaholas ,  î  o. 

1  Voir  Mas'ûdi,  Prairies,  I,  36a  ;  III,  70  (avec  la  correction  de 
Fagnan,  dans  Ibn  *Idhâri ,  II ,  3a  8,  n,  1);  Bakri,  i3o  (39a)  suiv.; 
Ajbar  maehmua,  éd.  Lafuente,  i63  suiv. ;  Çabbi,  éd.  Codera,  18} 
Ibn  al-'Abbâr,  éd.  Dozy,  99,  et  dans  Codera,  Titulos,  8;  Ibn  al- 
Atbîr,  VIII,  398  (36i);  Ibn  'Idhâri,  I,  passim  ;  II,  16a,  an 
(361 ,  3*7)  suiv.  et  passim;  Ibn  Àbî  Zar\  5/j ,  1.  1 ,  55,  1.  io,  89, 
1.  16  (  118  à  i3o);  Ibn  Khaldun,IV,  137;  Prolégomènes,  I,  464* 
Berbères,  III,  2i3,  a5i  et  passim;  Maqqari,  éd.  Caire,  I,  1 65  ; 
trad.  de  Gayangos ,  JI ,  1^7;  Qairawâni  ,97(165);  Conde ,  Historia 
de  la  dominacion  de  los  Arabes  en  Espana,  Barcelone  i844,  I,  343  ; 
Dozy,  Histoire  des  musulmans  a" Espagne,   1861 ,  III,  48. 

Numismatique  :  Àssemani  ,  Museo  Naniano ,  xciv  ;  Adler  ,  Collec- 
tio  nova y  161  suiv.;  Tychsen,  Introductio,  i3i  suiv.;  De  munis  ara- 
bico'hispanicis ,  dans  Gomment,  hist,  et  phil.  de  Gùttingen,  XIV  « 
79;  Môllkh,  De  numis  or.  in  Num,  Gothano,  55  suiv.;  Cordk, 
Memoria  sobre  al  moneda  arâbiga  acunada  en  Espana ,  dans  Memorias 
de  la  H.  Academia  de  la  historia,  V,  a 44  suiv.  et  pi.  I;  Casti- 
gliobu,  Monete  di  Milano,  a 9/1  suiv.;  Fraehn,  Recensio,  1***  ; 
Nova  supplementa ,  3 1  ;  Sorkt  ,  lettre  à  Dorn ,  11 , 1  o  ;  de  Lokoperirh, 
Œuvres,  I,  4a 3  ;  Karabacek,  Die  Mûnzendes  Joanneums  in  Graz, 
19;  La*e*Poole,  C.B. M»,  II,  i4  suiv.  ;  IX,  117  suiv.  ;  Codera, 
Titulos,  3,  7  ;  Tratado  de  numismâtica  arâbigo-espanola ,  75  suiv.; 
Sacvaire,  Matériaux,  1,  337;  Lavoii,  C.  Bt  N,,  II,  xxix,  4a 
suiv.;  Caballero-In  patte,  Monedas  arabes  de  Dénia,  4;  dk  Dio» 
DR  LA  Rada,  Catâlogo.  • .  Museo  arqueoL  nacional  Madrid,  37  suiv.; 
Vives,  Monedas  de  las  dinastias  arâbigo-espanolas ,  37  suiv*;  Lopea, 
dans  Archeologo  portagués,  1895,  98  suiv.;  Nut/.el,  Katalog  der 
orientai  M  an  zen  in  den  kgl.  Museen  zu  Berlin  (cité  K*  M.B.),  II, 
a3  suiv. 

Epigraphie  :  Murr,  Beytrâge,  4;  Tychsen,  De  inscriptionibus 
arabicis  in  Hispania  repertis,  dans  Classis  hist.  et  phil.  de  Gôttingen  , 
VII,  119  suiv.;  Condr,  Historia,  I,  407,  419,  pi.  a  et  3  ;  II  f  9 
et  pi.  4  ;  G.  de  Prargey,  Essai  sur  V architecture  des  Arabes  en 
Espagne,  pi.  1  du  teste  ;  Km ador  delosRios,  Inscripciones  arabes 


268  MARS-AVRIL    1907. 

s  agit  déjà  plus  de  prétentions  alides  ou  ibadides  ;  en 
restaurant  à  Cordoue  le  califat  de  Damas,  cAbd  ar- 
Rahmân  renouait  simplement  la  tradition  omayade 
et  se  posait  en  adversaire  de  tous  les  autres  califats , 
quelle  que  fût  leur  origine.  En  effet,  les  auteurs 
donnent  pour  motif  de  cette  restauration  la  déca- 
dence du  califat  abbasside  et  l'essor  inquiétant  que 
prenait  le  califat  fatimite.  Mais  à  leur  tour,  les  Oma- 
yades  succombent  à  de  nouveaux  califats  alides,  qui 
s'élèvent  de  toute  part,  d'abord  au  Maroc,  puis  en 
Espagne.  Au  milieu  du  désarroi  provoqué  par  leur 
chute,  plusieurs  roitelets  prétendent  aux  titres  cali- 
fiens l  et  ce  concours  d'émirs  des  croyants  scandalise 


de  Càrdoba ,  passim  ;  Codera ,  dans  Boletin  de  la  R.  Academia  de  la 
historia,  1898 ,  XXXII,  10  suiv.  Voir  aussi  les  nombreux  chapiteaux 
(Cordoue,  Paris)  et  coffrets  d'ivoire  (Burgos,  Londres,  Paris)  aux 
noms  et  titres  caiifiens  de  'Abd  ar-Rahmân  III  et  de  ses  succès- 
seurs,  notamment  Hakam  II,  les  uns  inédits,  les  autres  publiés 
dans  divers  recueils.  Une  inscription  de  Hichâm  II  à  Fes,  avec  le 
titre  khalîfa,  a  été  conservée  par  Ibn  Abî  Zar\  33  (73). 

1  Ainsi  les  Idrissides  d'Andalousie  appelés  Hammoudides;  voir 
Bakri,  1 33  (297)  suiv.;  Istibsâr,  i55  suiv.;  Marrâkuchi,  35  (42) 
suiv.;  Ibn  al-Athîr,  IX,  188  (420)  suiv.;  Ibn  Khaldûn,  IV,  i53; 
Berbères,  II,  i53  suiv.;  Maqqari,  I,  201  (II,  245)  suiv.;  Coin  de, 
Historia,  II,  i33  suiv.;  Dozy,  Histoire,  III,  3i6  suiv.;  Robles, 
Malaga  mus  ul  maria,  58  suiv. ;  Codera ,  Hammudies ,  dans  Boletin, 
1888,  XIII,  479  suiv.;  E studios  criticos ,  3oi  suiv. 

Numismatique  :  Castiglioni,  Monete  di  Milano,  3oo  suiv.; 
Fraeun,  liecensio,  4***;  de  Longpérier,  Œuvres,  I,  426;  Dorn, 
Inventaire  des  monnaies  de  l'Institut  des  langues  orientales,  54  ; 
Codera  ,  Tratado ,  1 1 3  suiv.  ;  Titulos ,  1 7  suiv.  ;  Museo  espanol  de 
antigûedades ,  VIII;  Çecas  arâbigo-espanolas ,  12  suiv.  ;  Lane- 
Poole,  C.B. M.,  II,  3o  suiv.;  IX,  142  suiv.;  Robles,  Malaga, 
388    suiv.;  Lavoix,  C.  B.  JV.>  II,    102    suiv.;   Rada,   Catàlogo, 


TITRES   CÀL1FIËNS   D'OCCIDENT.  269 

fort  un   chroniqueur   oriental  élevé  à  l'école  d'un 
califat  unique  *. 

Mais  les  reyes  de  taifas  ne  prétendent  pas  tous  au 
califat.  Plusieurs,  notamment  les  Abbadides  de  Sé- 
ville,  reconnaissent  comme  imam  le  dernier  Oma- 
yade  Hichâm  III,  ou  encore  un  imam  'Abdallah, 
personnage  fictif  qui  représente,  à  leurs  yeux,  le 
califat  abbasside2.  Depuis  que  les  Fatimides  avaient 
quitté  l'Afrique,  leurs  lointains  rivaux  d'Orient  re- 
trouvaient quelque  prestige  en  Occident.  On  a  déjà 
vu  les  Zirides  et  les  Hammadides  renier  les  Fatimides 
pour  rendre  hommage  aux  xAbbassides;  ainsi  font 
les  reyes  (le  taifas  qui  ne  se  soucient  pas  de  jouer 
eux-mêmes  le  rôle  d'imam.  Mais  le  nom  même  de  ce 


7 4    suiv.  ;  Vives,  Monedas,  98,   120   suiv.  ;  NOtzel,  K.M.B.,  II, 
67  suiv. 

Èpigraphie  :  A.  de  LOS  Rios,  Inscripciones  arabes  de  Sevilla,  27 
suiv.,  102. 

1  Voir  Jbn  al-Athîr,  IX,  198  (434);  cf.  Ibn  Khaldun,  Prolégo- 
mènes, I,  466-,  Qairawâni,  98  (168);  Conde,  Memoria,  264; 
P.  de  Gayangos,  cité  par  Layoix,  C.B.N.,  II,  xxx. 

*  Pour  les  Abbadides,  je  me  borne  à  citer  le  recueil  spécial  de 
Doat,  Historia  Abbadidarum  et  De  Abbadidis,  avec  des  extraits 
d'auteurs  sur  cette  dynastie. 

Numismatique:  Conde,  Memoria,  270;  Karabacek,  Mânzcn  des 
Joanncums,  \i  ;  de  Longpkrier,  Œuvres,  I,  427;  Lane-Poole, 
C.B.  M.,  II,  37  suiv.;  IX,  i46  suiv.;  Codera,  Tratado,  i33 
suiv.;  Titulos,  25;  Çecas ,  i5  ;  Monedas  de  los  Abbadies,  dans 
Maseo  espanol,  VI,  n5  suiv.;  Lavoix,  C.B.X.,  II,  i33  suiv, 
\\ a da,  Catâloyo,  84  suiv.;  Vives,  Monedas,  i33  suiv. 

Epigraphie  :  Conde,  Historia,  II,  pi.  6  (avec  une  fausse  réfé- 
rence au  texte);  A.  de  los  Rios,  Inscripciones  arabes  de  Sevilla,  28 
suiv.,  io3  suiv.;  Lavoix,  dans  Gazette  des  Beaux- Arts ,  2e  période, 
XXX II,  3o4  suiv. 

îx.  18 


turaiur.tu    satiuiali. 


270  MARS-AVRIL   1907. 

calife  théorique  et  presque  anonyme1  prouve  que 
l'hommage  aux  Abbassides  est  une  profession  de  foi 
plutôt  qu  un  acte  de  vasselage  direct  et  personnel. 
Et  c  est  ainsi  que  l'Occident  se  prépare  à  susciter  de 
nouvelles  dynasties  califiennes  qui  ne  seront  ni  ab- 
bassides, ni  omayades,  ni  alides,  ni  ibadides,  mais 
simplement  musulmanes  et  berbères. 


ni 

TeUe  fut  la  position  que  prirent  les  Almoravides. 
Ces  chefs  d  un  nouvel  empire  berbère  fondé  sur  une 
étroite  orthodoxie  reconnurent,  dès  l'origine ,  le  ca- 
lifat abbasside  et  frappèrent  leurs  monnaies  au  nom 

1  A  l'appui  de  cette  hypothèse,  défendue  par  M.  Codera,  on 
peut  faire  encore  les  observations  suivantes  :  iu  'abdallâk,  «le  ser- 
viteur d'Allah  »,  est  un  surnom  générique  des  Omayades  et  des  Ab- 
bassides en  Orient,  dans  toutes  les  inscriptions  et  sur  quelques 
médailles  de  ces  califes,  notamment 'Abd  al-Malik,  llicliâm,  Ma- 
man etMuqtadir;  2°  le  nom  propre  "Abdallah  est  le  nom  musul- 
man par  excellence,  donné,  comme  tel,  soit  à  de  nouveaux  con- 
vertis, soit  à  des  personnages  anonymes, par  exemple,  comme  nom 
paternel;  voir  CI.  A.,  I,  index  ;  3°  l'usage  de  désigner  un  person- 
nage par  un  ou  plusieurs  titres,  sans  son  nom  propre ,  est  fréquent 
en  diplomatique,  notamment  dans  les  manuels  de  chancellerie  et 
dans  Tépigraphie  des  sultans  Mamlouks  d'Egypte,  même  si  le  nom 
propre  est  connu ,  quand  on  s'adresse  au  fonctionnaire  et  non  à  la 
personne;  nous  nous  y  conformons  d'ailleurs  en  écrivant  des  lettres 
officielles.  Il  n'est  donc  pas  nécessaire  de  supposer,  comme  on  l'a 
fait  à  ce  propos ,  que  les  reyes  de  taifas  ignoraient  en  Espagne  le 
nom  de  l' Abbasside  régnant ,  ce  qui  n'est  guère  probable ,  quand 
on  sait  avec  quelle  rapidité  relative  les  nouvelles  voyageaient  et 
voyagent  encore  en  Orient.  Us  reconnaissaient  la  dynastie  abbas- 
side comme  un  symbole,  et  non  la  personne  même  du  calife. 


TITRES  CALIFIENS  D'OCCIDENT.  271 

de  l'imam  'Abdallah  al-'abbâsi1.  En  conséquence, 
ils  ne  pouvaient  ni  ne  voulaient  prétendre  eux- 
mêmes  aux  titres  califiens.  Toutefois,  pour  marquer 
leur  puissance,  ils  prirent,  soit  de  leur  propre  chef, 
soit  d'accord  avec  la  chancellerie  de  Bagdad,  un 
titre  qui,  sans  les  compromettre  auprès  des  parti- 
sans d  un  imam  unique ,  les  plaçaient  au-dessus  des 
autres  souverains  orthodoxes,  en  rappelant,  par  sa 
forme,  le  titre  éminent  des  caiifes- :  ils  s'appelèrent 
omîr  al-muslimîn  2. 

1  Le  mot  'abbàsi  ne  figure  que  sur  les  monnaies  des  derniers 
Al mora vides.  En  revanche,  les  mots  al-imâm  'abdallâh  se  lisent 
déjà  sur  les  monnaies  d'Abu  Bakr;  voir  les  sources  citées  dans  la 
note  suivante.  En  citant  les  légendes  monétaires  almoravides, 
lbn  Abî  Zar\  88  (iû3),  et  Qairawàni,  io5  (i83),  disent  al-amîr, 
au  lieu  de  al-imâm, 

9  Voir  Dabbi,  éd.  Codera,  3i;  Marrftkuchi,  12a,  i46  (i£6~ 
177)  et  passim;  lbn  al-Athîr,  IX,  4a  5  suiv.;  X,  io3,  287 
suiv.  (/162  suiv.,  486,  5i4  suiv.)  et  passim;  lbn  Khallikân, 
trad.  de  Slane,  IV,  448,  463,  469;  lbn  Abî  Zar\  33  à  n3, 
surtout  88  (193,  mais  la  traduction  Beaumier,  qui  confond 
souvent  les  deux  titres  a.  al-mu*minin  et  a.  al-muslimtn ,  n'a  aucune 
valeur  sur  ce  point) ,  passage  cité  sous  le  nom  d'Ibn  'Abd  al-IIalîm 
par  de  Sac  y,  Traité  des  monnaies  musulmanes  de  Maqrizi,  73,  et 
Sau\ aire,  Matériaux,  I,  338;  lbn  Khaldùn,  VI,  188  et  passim; 
Berbères,  II,  82,  i55;  Prolégomènes,  II,  467;  Yabyâ  ibnKlialdûn, 
éd.  Bel,  96;  trad.  Bel,  ia5;  Dozy,  Historia  Abbadidarum,  I, 
passim;  II,  39,  189  suiv.  et  passim;  Qairawàni,  96,  99,  io5 
(i63,  169,  i83;  confond  aussi  les  deux  titres,  toutefois  dans  le 
passage  principal ,  io5 ,  le  texte  de  Tunis  est  correct  et  la  traduction 
seule,  i83,  est  fautive);  Maqqari,  II,  5a3  (II,  3o2 )  suiv.;  Slâwi, I, 
106  suiv.,  i44;  Condb,  Historia,  II,  2  5a,  373,  334  et  passim 
(confond  les  deux  titres);  Tornberg,  Primordia  dominationis  Mu- 
rabitorum,  3;  Dozy,  Histoire,  IV,  a 59;  Amabi,  Diplomi,  préface, 
xx&iii;  Codera,  Titulos,  4,  a8,  3i  suiv.;  Houdas,  dans  J.  as,, 
8e  strie,  V,  127;  Mercier,  Histoire  de  l'Afrique,  II,  55  (confond 

18. 


272  MARS-AVRIL    1907. 

Quelle  qui;  soit  l'origine  de  ce  titre,  il  nest  pas 
sans  intérêt  de  le  comparer  à  celui  que  portaient, 

les  deux  titres);  Derenbourg,  dans  Mélanges   orientaux,  1886,  17, 
n.  1  ;  Vie  oVOusâma,  à^y,  n.  5. 

Numismatique  :  Adler  ,  Collectio  nova,  1 33  suiv. ;  Tychsen, 
Introductio ,  118  suiv.;  Castiguoni,  Monetc  di  Milano,  xxxvin, 
t83;  Code,  Memoria,  275  suiv.  (imprime  a.  al-muminin,  bien 
que  sur  ses  planches ,  on  lise  distinctement  al-muslimin)  ;  Tornberg, 
Numi  cufici  II.  Num.  Holmiensis,  275  (même  erreur  que  Conde); 
Fraeiin,  Nova  supplementa,  87,  2 79;  Soret,  Lettre  à  SawelicJ, 
(5i  ;  ïjcllre  à  Dora,  II,  7  ;  DoRN,  Inventaire,  55;  Codera,  Titulos , 
loc.  cit.;  Tratado ,  192  suiv.;  Çecas ,  21;  Decadencia  de  los  Almo- 
ravides,  67$  suiv.;  Lane-Poole  ,  C.  B.M,,  V,  xix,  2  suiv.;  X,  3 
suiv.;  Sauvaire,  Matériaux,  loc.  cit.;  Caballero-Inpante,  Moue- 
das  de  Dénia,  i4  suiv.;  Lavoix,  C.B.N.,  II,  198  suiv.;  Rada, 
Catâlogo ,  128  suiv.;  Vives,  Monedas,  lxxh,  235  suiv.  (quelques 
fautes  d'impression  dans  les  titres)  ;  Nûtzel ,  K.  M.  B. ,  II ,  1 23  suiv. 

Suivant  la  plupart  des  auteurs  ,  c'est  après  sa  victoire  de  Zal- 
làqa  sur  les  cbrétiens  d'Espagne  que  Yùsuf  ibn  Tàchfîn  prit  le 
titre  amir  al-muslimin.  Dabbi,  loc,  cit.,  se  borne  à  dire  qu'il  fut 
alors  appelé  ainsi  etToRiWEBG,  Primordia,  loc.  cit.,  qu'il  prit  ce 
titre.  Suivant  Maqrlzi  et  Conde,  Historia,  loc.  cit.,  il  frappa  dès  lors 
en  Espagne  des  monnaies  à  ce  titre;  d'après  Ibn  Abi  Zar\  loc. 
cit.,  ce  furent  ses  émirs  qui  le  lui  donnèrent,  tandis  qu'Jbn  al- 
Athir  affirme  qu'il  le  rerut  du  calife  de  Bagdad,  tout  en  nommant 
ici  Muqtadi  (X,  io3)  et  ailleurs,  Muslazhir  (X,  287).  En  résu- 
mant lu  discussion  dans  Titulos,  loc.  cit.,  M.  Codera  croyait,  sur 
la  foi  de  témoignages  inexacts,  que  le  nouveau  titre  parait  sur  les 
monnaies  de  Sidjilir.âsa  depuis  /i83;  il  en  concluait  que  Yùsuf 
le  prit  en  479 ,  après  Zallàqa,  et  qu'il  lui  fut  confirmé  par  Bagdad, 
quelques  années  plus  tard;  le  maître  espagnol  m'écrit  qu'il  se 
rallie  à  l'opinion  de  M.  Vi\es.  Suivant  ce  dernier,  loc.  cit. ,  le 
nouveau  titre  n'apparaît  qu'avec  'AH  ibn  Yùsuf,  la  première 
année  de  son  règne,  sur  toutes  ses  monnaies,  sauf  celles  de 
Sidjilniâsa  précisément,  sur  lesquelles  il  ne  figure  pas  jusqu'en 
5i8,  de  fait,  il  ne  se  trouve  sur  aucune  monnaie  de  Yùsuf,  dans 
le  riche  catalogue  de  Vf.  Vives,  sauf  sur  le  n°  1697,  où  Yùsuf  le 
porte  indirectement  (al-amir  'Ali  ibn  a.  al-muslimin).  M.  Vives 
ajoute  que  les  monnaies  des   |»-emier<    Almoravides ,   y    compris 


TITRES  CALIFIKNS  D'OCCIDENT.  273 

à  la  même  époque,  les  grands  dynastes  d'Orient 
rendant  hommage  aux  califes  abbassides1.  Depuis  les 

toutes  celles  de  Yùsuf ,  se  contentent  du  titre  amir  et  cette  observa- 
tion s'accorde  soit  avec  Ibn  Abî  Zar',  suivant  lequel  Yusùf  s'appe- 
lait amir  avant  de  prendre  le  nouveau  titre,  soit  avec  l'inscription 
de  Nedroma,  malheureusement  fruste  et  non  datée,  qui  donne  à 
Yùsuf  le  seul  titre  amir;  voir  Basset,  Xédromah  et  les  Traras,  2 3. 
Enfin  Castiglioni ,  bien  qu'il  ne  s'explique  pas  clairement ,  semble 
accorder  à  cAlî  la  priorité  du  nouveau  titre. 

Dans  cette  discussion ,  on  n'a  pas  assez  remarqué  le  récit  du  Ifulal. 
dont  s'est  inspiré  Conde  et  que  Dozy  a  publié  dans  Abbadidarum . 
H,  188  suiv.  Ce  récit  reproduit  in  extenso  les  lettres  échangées 
entre  i'Abbadide  Mu'tamid  et  l'Almoravide  Yùsuf,  lors  des  pour- 
parlers qui  eurent  pour  résultat  l'intervention  de  Y'ùsuf  en  Espagne 
et  pouf  dénouement  la  victoire  de  Zallâqa.  Or,  ces  documents 
officiels  donnent  à  Yùsuf  le  titre  a.  al-muslimin  et,  dans  une  lettre 
écrite  de  sa  main,  Mu'tamid  ajoute,  189,  1.  9,  entre  autres 
titres,  muhyi  da'icat  al-khalifa  al- im dm  amir  al-muminin,  allusion 
très  claire  à  un  hommage  qui  ne  peut  viser  que  le  calife  abbasside. 
Si  ce  protocole  n'a  pas  été  inventé  après  coup,  il  est  évident 
que  Yùsuf  portait  son  titre  et  reconnaissait  le  califat  de  Bagdad 
dès  avant  la  bataille  de  Zallâqa.  D'ailleurs,  dans  le  premier  pas- 
sage cité,  Ibn  al-Athîr  prétend  que  le  titre  a,  al-muslimin  fut 
donné  déjà  à  Abu  Bakr,  par  Dm   Yâsin. 

On  peut  concilier  toutes  ces  assortions  en  supposant  qu'Abù 
Bakr  accepta  ce  titre  de  ses  partisans,  qui  le  donnèrent,  après 
lui,  à  Yùsuf;  que  celui-ci  le  fit  confirmer  officiellement  par  le 
calife  après  Zallâqa;  que  les  monnaies,  enfin,  ne  le  donnent  régu- 
lièrement qu'à  partir  de  (A11.  Ce  retard  des  monnaies  sur  les  autres 
documents  n'a  rien  d'anormal.  Les  protocoles  monétaires  sont  plus 
lents  que  les  autres  à  se  modifier,  sans  doute  par  une  raison  très 
simple,  c'est  qu'il  fallait  changer  les  coins;  aussi  l'absence  d'un 
titre  sur  une  monnaie  datée  ne  prouve  pas  encore  que  le  titulaire 
ne  portait  pas  ce  titre  à  cette  date.  Je  pourrais  citer  maint  exemple 
de  ce  fait,  qu'il  ne  faut  pas  oublier  quand  on  fait  de  la  chrono- 
logie à  l'aide  des  protocoles  monétaires.  Ajoutons  enfin  que 
plusieurs  auteurs,  notamment  les  plus  récents,  donnent  aussi  à 
Yùsuf  le  litre  de  sultan;  cf.  plus  loin,  p.  27$,    n.  2. 

1   Suivant  une  tradition  douteuse,  il  fut  donné  à  Sa'd  ibn  Abî 


274  MARS-AVRIL   1907. 

Gaznévides,  peut-être  avant,  ces  souverains  étaient 
des  sultan,  quelque  chose  comme  des  Césars.  Au 
second  rang  figuraient  les  rois  (malik),  et  plus  bas, 
les  émirs  de  tout  ordre.  Cette  vaste  titulature  ne 
renferme  aucune  allusion  à  un  pouvoir  spirituel, 
car  les  titres  en  ad-dîn  portés  par  tous  ces  person- 
nages, même  par  les  simples  particuliers,  ne  se  rap- 
portent qu'à  leurs  sentiments  religieux,  réels  ou 
affectés,  et  n'ont  rien  à  voir  avec  leur  rôle  officiel1. 
Que  le  titre  de  sultan  fût  connu  dès  lors  en  Occi- 
dent ou  non  2,  il  est  frappant  de  voir  les  Almoravides 

Waqqàs,  en  qualité  de  commandant  à  la  bataille  de  Qâdisiyya; 
voir  Ibn  Khaldôn,  Prolégomènes ,  I,  462.  Mais  le  texte  de  Boulaq, 
I,  189,  1.  17, dit  ici  a.  al-mu*minin ,  variante  qui  paraît  préférable; 
il  est  vrai  que  le  lexte  de  Boulaq  C9t  plein  d'erreurs.  D'autre  part, 
d'aprè9  Ibn  Khallikân  et  Ibn  Abî  Zar*,  loc.  cit. ,  Yûsuf  est  le  pre- 
mier qui  porta  le  titre  a.  al-mtislimîn.  Qu'il  soit  ou  non  plus  an- 
cien, on  peut  en  rapprocher  les  titres  ummat  al-muslimtn ,  donné  à 
*Ayicha,  la  femme,  du  Prophète,  et  waliyy  amir  al-muslimin ,  porté 
par  les  héritiers  présomptifs  au  califat.  Dans  une  liste,  fort  incom- 
plète d'ailleurs,  des  titres  monétaires,  M.  Codrington  cite,  parmi 
les  dynasties  qui  portèrent  le  titre  a.  al-muslimin,  celle  des  Mer- 
wanides;  voir  Musulman  numismatics ,  78.  J'ignore  sur  quelle  autorité 
repose  cette  assertion.  Les  Merwanides étaient  des  émirs  et,  d'après 
Ibn  al-Azraq,  leur  historiographe,  le  dernier  d'entre  eux  reçut  du 
sultan  seldjoucide  Alp-arslân  le  titre  mltân  al-umarâ\  comme  un 
succédané  du  titre  de  sultan,  que  celui-ci  se  réservait  exclusi- 
vement; voir  Amedroz,  dans  J.  R.  A.  S. ,  1903,  \l\l\.  Ce  proto- 
cole, bien  conforme  aux  traditions  orientales,  n'a  pas  la  moindre 
couleur  califienne. 

1  Sur  un  rapport  fréquent  entre  le  surnom  en  ad-iUn  et  le  nom 
propre,  voir  C.  L  A, ,  I,  1  2/1 ,  n.  4 ;  entre  le  premier  et  les  armoi- 
ries ou  les  figures  monétaires  du  titulaire,  Oricntalische  Studien 
(Festschrift  Jnr  Th.  Nôtdehc) ,  201  ,  n.  1. 

1  Si  l'on  en  croit  les  seuls  auteurs,  le  titre  de  sultan  était  usité 


TITRES  CALIFIENS  D'OCCIDENT.  275 

obéir  à  l'instinct  des  races  berbères,  qui  ne  con- 
çoivent pas  le  pouvoir  temporel  sans  un  pontificat, 
et  prendre  comme  signe  distinctif  un  titre  sinon 
caliiien,  du  moins  de  forme  califienne.  C'est  à  ce 
prix  qu'ils  daignent  maintenir  en  Occident  la  tradi- 
tion abbasside.  Dès  lors,  la  souveraineté  y  revêt 
1  une  des  deux  formes  suivantes  : 

Ou  bien  elle  est  temporelle  et  déléguée  par  le 
calife,  mais  avec  cette  auréole  pontificale  dont  l'un 
des  signes  est  le  titre  amir  al-muslimin; 

Ou  bien  elle  est  temporelle  et  spirituelle,  c'est- 
à-dire  absolue,  et  marquée  par  tous  les  titres  cali- 
fiens,  notamment  amir  al-miïminîn. 

Si  les  Almoravides  se  contentent  de  la  première, 
leurs  mortels  ennemis,  les  Almohades,  donnent 
l'exemple  le  plus  parfait  de  la  seconde.  Ils  y  visent 
d'emblée,  en  vertu  de  leurs  origines  berbères, 
de  leur  doctrine  religieuse   et  de  leur  programme 


dès  longtemps  en  Occident.  Ainsi  Dozy,  dans  son  Histoire  des  mu- 
sulmans tt Espagne,  III,  48,  dit,  sans  citer  de  source,  qu'avant  de 
prendre  les  titres  cal i Tiens ,  les  Omayades  d'Espagne  se  faisaient 
appeler  sultans.  Ainsi  encore,  Maqqtri  donne  ce  titre  à  Yusuf 
ibn  Tàcbfin,  aussi  souvent  que  celui  d'à.  al-muslimtn.  Mais  on 
sait  déjà  que  dans  les  auteurs  de  basse  époque,  ce  terme  est  em- 
ployé couramment,  sans  valeur  diplomatique  précise,  dans  le  sens 
de  souverain;  voir  plus  haut,  p.  271 ,  n.  s ,  à  la  fin;  cf.  C. /.  A,, 
I,  717,  n.  h.  Or  aucun  document  officiel,  à  ma  connaissance,  ne 
donne  ce  titre  aux  Omayades  ni  aux  Almoravides.  C'est  plus  tard 
qu'il  apparaît  dans  le  protocole  des  Hafsides,  des  Mêrinides  et 
d'autres  dynasties  africaines;  voir  plus  haut,  p.  *5*,  n.  1,  «53 
sniv.,  et  plus  loin,  p.  979,  n.  9  à  la  fin,  et  995,  n.  1. 


276  MÀKS-AVRIL    1907. 

politique.  La  réforme  de  Muhammad  ibn  Tûmart 
est  à  la  fois  une  dogmatique  et  une  théocratie, 
aussi  absolues  Tune  que  l'autre  ;  tous  ceux  qui  ne 
sont  pas  des  muwahhidun ,  c'est-à-dire  des  unitaires 
à  sa  manière,  sont  des  muchrikûn,  des  hérétiques 
voués  à  la  guerre  sainte.  C'est  ainsi  qu'il  fait  revivre 
Mahomet  et  les  premiers  califes,  dont  il  se  dit  le 
successeur  direct ,  affectant  d'ignorer  tout  ce  qui  s'est 
passé  entre  eux  et  lui.  En  deux  mots,  Ibn  Tûmart 
est  un  prophète  berbère  fondant  un  Islam  ber- 
bère !.  Dès  lors,  il  est  l'élu  dirigé  par  Allah  et  recon- 
naissable  à  des  signes  certains  (al-mahdî  al-malâm); 
en  conséquence ,  il  est  aussi  le  guide  infaillible  de 
son  peuple  (al-imâm  al-masum).  Presque  toute  sa 
théorie  politique  tient  dans  ces  deux  titres ,  que  lui 
donnent  les  documents  almohades,  avec  quelques 
surnoms  ima miens2. 


1  Sur  la  doctrine  almobadc,  voir  surtout  les  travaux  de  Gold- 
ziiier  ,  Materialien  zur  Kenntniss  der  Almohadenbewetjung ,  dans 
Z.  D.  M.  G.,  \LI,  3o  suiv.,  notamment  de  108  à  la  fin,  et 
son  introduction  dans  Le  livre  de  Mohammed  ibn  Toumert.  Sur  les 
rapports  du  Mahdi  avec  Mahomet  et  les  premiers  califes,  appelés 
râckidûn.  voir  Marrâkuclii.  i3q,  207  (169,  247);  cf.  le  titre  généa- 
logique, expliqué  plus  loin,  p.  279,  n.  2,  vers  la  fin. 

2  Tels  que  (faim  az-zamân ,  al-gaim  bil-liaaq  ou  bi-amr  allait , 
ad-dai  ila  sabil  allàh;  voir  Marràkuchi,  i34,  i37  (162,  166); 
Ibn  Abî  Zar\  111  à  1 1 4  (24/1  à  a5i);  Ibn  KhaldÛn,  Prolégo- 
mènes, I,  467;  Berbères.  II,  170,  281;  Zarkachi,  éd.  Tunis,  4 
suiv.;  trad.  Fagnan,  6  suiv.;  Qairawâni,  106  (i84);  Siàwi. 
1,  i3o  à  1 33 ;  Goldziher,  Materialien,  1 10  à  112  et  les  sources 
citées;  Introduction .  21  et  passim;  Codera,  Titulos .  35,  et  les 
sources  monétaires  et  diplomatiques  citées  plus  loin,  p.  279,  n.  2. 
A  noter  encore,   sur  les  monnaies  almohades,  son  titre  imam   a/- 


TITRES   CAL1FIENS  D'OCCIDENT.  277 

On  comprend  que  le  principe  dynastique  n  ait 
guère  de  place  dans  ce  système.  Si  Ton  a  forgé 
au  Mahdi  une  généalogie  alide1,  c'est  que  la  con- 
science populaire  exigeait  qu'un  grand  conducteur 
d'hommes  fût  un  membre  de  la  famille  sainte2. 
En  réalité,  si  quelqu'un  pouvait  se  passer  de  la 
fiction  généalogique,  c'était  Ibn  Tùmart,  le  type  le 
plus  accompli  du  marabout  berbère.  D'ailleurs, 
l'idée  dynastique  exploitée  par  tous  les  prétendants 
«au  califat  faisait  leur  faiblesse  en  même  temps  que 
leur  force,  car  on  pouvait  toujours  la  retourner 
contre  eux.   En  vrai  parvenu  du  mahdisme,    Ibn 


umma  et  la  devise  allàh  rabbunà,  muhammad  rasûlunâ.  al  mahdi 
imàmunà. 

C'esl  à  tort  que  Yahyâ  ibn  Khaldùn,  96  {126)  Hpassim,  et 
Oairawàni,  96  (i63),  l'appellent  aussi  a.  al-muminin.  Aucun  do- 
cument officiel  ne  lui  donne  ce  litre,  qui,  d'après  la  tradition 
de  l'Islam  primitif  suivie  par  les  Almohades,  ne  convenait  qu'aux 
successeurs  du  Mahdi,  comme  aux  successeurs  du  Prophète;  cf. 
l'explication  un  peu  différente  et  peu  plausible,  à  mon  sens, 
donnée  par  Ibn  Khaldl*,    Prolégomènes,   I,    467  suiv. 

On  sait  que  plusieurs  dynastes  orientaux,  notamment  parmi 
les  Seldjoucides  d'Asie  mineure,  rendent  hommage,  sur  leurs 
monnaies,  à  un  anonyme  al-imâm  al-masûm.  Je  suppose  qu'il 
s'agit,  non  d'une  reconnaissance  tardive  et  peu  vraisemblable, 
à  cette  distance,  de  l'imamat  d'Ibn  Tùmart,  mais  d'un  hommage 
posthume  au  dernier  Abbasside  de  Bagdad,  Mu'tasim,  avec  un 
jeu  de  mots  sur  ces  deux  dérivés  de  la  racine  'asama;  j'ignore  si 
ce  problème  a  fait  l'objet  d'une  étude. 

1  Voir  Marràkuchi,  128  (i55);  Ibn  Khallikân,  trad.  de  Slane, 
III,  2i5;  Ibn  Abî  Zar',  110  [tHa);  Ibn  Kh\ldû>,  Berbères,  II, 
162;  Zarkachi,  2,  i$6  (1,  266};  Oairawàni,  107  (187};  Slàwi. 
I,  i3o;  GOLDZIHER,  Materialien .  108. 

*  Voir  Marràkuchi ,  1)1  1172^. 

\  m  + 


278  MARS-AVRIL    1907. 

Tûmart  n'a  pas  besoin  de  fonder  sa  légitimité  sur 
sa  descendance;  pour  preuve  de  sa  mission  divine, 
il  suffît  de  la  puissance  de  sa  parole  et  du  succès  de 
ses  armes l. 

S'il  fallait  une  autre  preuve  de  la  faiblesse  du  sen- 
timent dynastique  dans*  l'almohadisme  primitif, 
comme  dans  l'Islam  primitif,  on  la  trouverait  dans 
ce  fait  significatif  qu'au  moment  où  la  conquête  en 
fait  une  entreprise  fructueuse,  il  ne  profite  ni  au 
fondateur,  ni  à  sa  famille,  mais  à cAbd  al-Mu'min  et  k 
ses  descendants.  H  est  vrai  qu'on  a  fait  à  cAbd  al-Mu- 
min une  généalogie,  sinon  alide,  du  moins  arabe2; 
mais  les  auteurs  qui  rapportent  cette  fiction  ne 
peuvent  décidément  pas  y  croire.  H  serait  plus  in- 
téressant de  savoir  s'il  fut  choisi  par  le  Mahdî  lui- 
même  ou  s'il  profita  des  circonstance  pour  s'imposer 
h  la  nouvelle  communauté.  Quoi  qu'il  en  soit,  il 
semble  bien  qu'il  fut  reconnu,  du  vivant  du  Mahdî, 
comme  son  khalîfa,  son  lieutenant  et  successeur, 
titre  auquel  le  Mahdî  aurait  ajouté  celui  d %amîr  ai- 
manxinîn,  émir  des  croyants,  c'est-à-dire  des  Almo- 
hades.  On  saisit  l'analogie,  apparemment  voulue, 
avec  les  premiers  chefs  de  l'Islam  :  le  Mahdî ,  c'est 
le  Prophète;  cAbd  al-Mu'min  est  le  calife  du  Mahdî, 
comme  Abu   Bakr  est  le   calife   du  Prophète;  de 

1  Voir  CiOLDzjher,  Introduction,  43  et  n.  î;  Wûstknfeld» 
Fnlimiden-Chalifen ,  119  et  n.  1  ;  Doutté,  Marabouts,  57  et  n.  1, 
ot  d'autres  anecdotes  de  ce  genre. 

a  Voir  M arràkuchi ,  i/U  (171);  Ibn  Abî  Zar',  1 19  (360);  Ibn 
Kiialdûn,  Berbères,  I,  a5i,;  Slâwi,  I,  139;  Goldziher,  Materia- 
lien  ,118,  expliquant  le  motif  traditionnel  de  cette  généalogie. 


TITRES   CALIFIENS   D'OCCIDENT.  270 

plus,  iJ  est  amiral- mu' minin,  comme  le  calife  Omar1. 
A  la  mort  du  Mahdî,  cAbd  al-Mu  min  prend  son 
titre  d'imam  avec  le  surnom  imaniien  al-qaim  bi-amr 
allâh,  les  titres  mahdî  et  imam  al-umma  restant  ex- 
clusivement réservés  à  Ibn  Tûmart.  Enfin,  cAbd 
al-Mu  min  lègue  ses  titres  à  ses  descendants  et  suc- 
cesseurs ,  dont  les  prétentions  au  califat  absolu  re- 
posent sur  l'imamat  indiscutable  d'Ibn  Tûmart  et 
sur  le  califat  de  cAbd  al-Mu  min 2. 

1  Sur  ce  dernier  point,  voir  Goldziubr,  Materialicn,  i3g,  et 
plusieurs  sources  citées  dans  la  note  suivante. 

*  Voir  Istibsâr,  6,  37  suiv.;  Marrâkuchi ,  137  à  25 1  (166  à 
296);  Ibn  al-Âthîr,  X,  4o7  (537);  XI,  192  (595);  lbn  Khallikân , 
trad.  de  Slane,  II,  i83;  IV,  335 -,  344;  Ibn  'Idhâri,  I,  3a  1  (468); 
Ibn  AblZar',  22 ,  116,  i33  suiv.  (ia  traduction  Beaumier,  qui  con- 
fond les  deux  titres ,  est  sans  valeur  ;  cf.  Derbnbourg  ,  Vie  dOusâma , 
457,  n.  3);  Ibn  Khaldun,  Prolégomènes,  I,  468;  II,  44;  Berbères, 
I,  254;H,  174,  196  suiv.,  281  suiv.;  Yahyâ  ibn  Khaldûn,  106 
(i4o);  Ibn  ai-Alimar,  trad.  Dozy,  dans  J.  as.,  mai  i844»  383 
suiv.;  Qairawâni,  110  (19a)  suiv.;  Maqqari,  1,  207  (II,  3i3  suiv.)  ; 
Slâwi,  I,i37,  i4o,  i44;  Amari,  Diplomi,  préface,  xxxm;  Nuovi 
ricordi  arabici  su  la  storia  di  Genova ,  2  3  ;  Mbrcikr  ,  Histoire  de 
l'Afrique,  II,  io4;  Goldziher,  Materialien,  125;  Basset,  Docu- 
ments géographiques ,  26;  Bel,  Les  Benou  Ghânya,  i38;  Castel- 
lanos,  Historia  de  Marruecos,  276  suiv. 

Numismatique  :  Adler,  Collectio  nova,  1 3g  suiv,;  Gastiglioni, 
M  on  e  te  di  Milano,  284  suiv.;  Conde,  Memoria,  2  83  suiv.; 
Frakhn,  Becensio,  62Z ;  Lane-Poole  ,  Coins  of  the  Muwahhids 
(Numismatic  chronicle,  1873),  1  suiv.;  C.B.  M.,  V,  xxv  suiv.,  3a 
suiv.  ;  Codera  ,  Tratado ,  217  suiv.  ;  Titulos ,  3o ,  36  suiv.  ;  La- 
voix,  C.  B.  JV.,  II,  293  suiv.;  Rada,  Catàlogo,  191  'suiv.;  Vives, 
Monedas,  lxxx,    343    suiv.;  Nûtzel,  K.M.B.,  II,  i58   suiv. 

Epigraphie  :  A.  de  los  Rios,  dans  Boletin  de  la  B.  Academia 
de  la  historia,    1889,  XIV,  564. 

Diplomatique  :  A  mari,  Diplomi,  7  à  47,  65,  70,  78,  83,  269, 
270,  278;  de   Mas-Latrie,    Traités  de  paix   et   de  commerce ,  II , 


280  MAKS-AV1UL    1907. 

Tant  qu'ils  régnèrent  sans  contexte  sur  l'Afrique 
et  l'Espagne ,  les  Almohades  furent  les  seuls  pontifes 

8,  10,  16,  22,  27,  28;  Goldziher,  Materialien ,  119,  120,    i34 
à   i3g. 

On  sait  qu'en  586  (1190),  Saladin  écrivit  à  Ya'qiib  al- 
Mansûr,  pour  l'appeler  à  son  aide  contre  les  Francs  de  Syrie, 
et  que  les  historiens  donnent,  pour  cause  de  son  échec  auprès 
de  l'Almohade,  le  fait  que,  dans  sa  lettre,  il  ne  l'appelait  pas 
a.  al-muminin ,  titre  qu'il  ne  pouvait  reconnaître  qu'à  son  su- 
zerain légitime,  le  calife  de  Bagdad.  Dans  Berbères,  II,  216,  Ibn 
Khaldùn  raconte  cet  incident,  sans  parler  du  motif  de  l'insuccès 
de  Saladin,  qu'il  donne  dans  ses  Prolégomènes ,  II,  45.  Le  récit  le 
plus  complet  de  cette  affaire  est  dans  Abu  Châma,  Kilâb  ar-rauda- 
toin,  éd.  Boulaq,  II,  17/1,  1.  3,  176,  1.  3  suiv.;  Historiens 
orientaux  des  Croisades ,  IV,  490  à  5o6.;  Reinaud,  dans  Biblio- 
thèque des  Croisades,  IV,  289  suiv.  ;  Rôhricht,  Bcitrâge,  I,  177; 
Quellenbeitrâge ,  I,  1 53 ;  Geschickte  des  Kônigreichs  Jérusalem ,  529; 
cf.  Maqqari,  I,  207.  D'après  Ibn  Khallikân,  trad.  de  Slane,  IV, 
3 \ 4,  et  Slâwi,  I,  174  suiv.,  Saladin  aurait  vexé  Ya'qûb  en 
l'appelant  a.  al-muslimin.  Avec  M.  Derenhourg,  qui  a  discuté  cet 
incident  dans  sa  Vie  d'Ousâma,  457  et  notes,  je  pense  que  les 
habiles  diplomates  de  Saladin  n'ont  pas  commis  cette  inutile  bévue 
et  l'on  n'en  trouve  aucune  trace  dans  le  texte  de  la  lettre  de  Sala- 
din, donné  in  extenso  par  Abu  Châma,  texte  qui  cherche  seule- 
ment à  masquer,  sous  un  amas  d'épithètes  fleuries,  l'absence  du 
titre  a.  al-mu'minîn.  Ajoutons  que  les  M ouminides ,  comme  seuls  re- 
présentants du  Mahdî ,  n'admettaient  pas  la  possibilité  de  deux 
imâms  silmutanés.  Ce  même  Yacqûb  fit  périr  son  frère,  qui  intri- 
guait pour  le  remplacer,  en  s'appuyant  sur  cette  tradition  :  «  Quand 
deux  califes  sont  reconnus  dans  le  même  pays ,  tuez  le  second  !  » 
Inutile  d'ajouter  que,  pour  lui,  le  second,  c'était  son  frère;  Mar- 
râkuchi,   2o5  (244). 

Les  derniers  Mouminides  portent  aussi  le  titre  ibn  al-hhulafa 
ar-râchidin,  que  j'appellerai  le  titre  généalogique.  J'ignore  s'il  a  pour 
but  de  les  rattacher  directement  aux  premiers  califes,  dits  râchi- 
dûn ,  par  leur  origine  prétendue  arabe,  ou  s'il  signifie  simplement 
qu'ils  descendent  des  premiers  Mouminides,  appelés  râckidûn 
par  analogie  avec  les  premiers  califes;  cf.  plus  loin,  p.  288.  Quant 


TITRES  CALIFIENS  D'OCCIDENT.  281 

reconnus  dans  ces  pays  !.  Mais  leur  déclin  rapidp 
allait  ressusciter  la  question  califienne.  Parmi  les 
petits  souverains  qui  secouent  alors  la  suzeraineté 
almohade  pour  reporter  leur  hommage  sur  les 
Abbassides,  il  suffit  de  nommer  les  Houdides  de 
Murcie  et  les  Nasrides  de  Grenade,  qui  donnent  à 
leur  imam  le  titre  amîr  al-mu'minîn  et  ne  prennent 
que  celui  d'amir  al-muslimin,  suivant  la  tradition 
almoravide2.  Il  est  vrai  que  ce  parti  n  ouvrait  pas 


au  titre  de  sultan,  que  Zurkachi,  18  (32),  donne  aux  Moumi- 
nides,  les  documents  authentiques  ne  semblent  pas  le  leur  attri- 
buer; cf.  plus  haut,  p.  27/i ,  n.  2 ,  el  plus  loin,  p.  286,  n.  2. 

1  Léon  l'Africain,  éd.  Schcfer,  I,  197,  appelle  'Abd  al-Mu'min 
pontife,  titre  par  lequel  il  traduit  khalifa,  car  plus  loin,  II,  57, 
il  appelle  le  calife  Hârùn  ar-Rachîd  Aron  pontife;  cf.  Goldzmer, 
Malerialicn,  59.  Rappelons  seulement  la  longue  révolte  des  Banû 
Gâniya,  ces  descendants  almoravides  qui,  fidèles  aux  traditions 
dynastiques  de  leur  famille,  reconnurent  le  calife  abbasside  et  se 
firent  appeler  a.  al-muslimin;  voir  Marrâkuchi ,  192  (234)  suiv.; 
Ibn  al-Athîr,  XI,  34s  (606)  suiv. ;  Amari,  Diplomi,  xli,  73; 
Codera,  Decadencia  de  los  Almoravides ,  passim;  Rada,  Catâloyo, 
i85;  Vives,  Monedas,  332;  Bel,  Les  Benou  Ghànya,  18,  24- 
7^   suiv. ,  1 15  et  passim, 

*  Sur  les  monnaies,  le  calife  des  Houdides  est  appelé  al-khalifa 
al-abbâsi  a.  al-muminin  ou  al-abbâsi  imâm  al-ummat  avec  quelques 
variantes:  celui  du  premier  Nasride,  al-mahdi  imâm  al-umma ,  puis 
al-khalifa  al-abbâsi.  Ses  successeurs  ne  nomment  plus  de  calife, 
depuis  la  prise  de  Bagdad,  et  finissent  par  prendre  le  titre  d'imâm , 
comme  les  derniers  sultans  Mamlouks  d'Egypte.  Sur  l'hommage 
du  premier  Houdide  et  du  premier  Nasride  au  calife  Mustansir  et 
le  surnom  a.  al-muslimin  de  ces  deux  dynasties,  voir  lbn  al-Khatlb, 
dans  Sauvaire,  Matériaux,  I,  349  suiv.;  lbn  Khaldûn,  IV, 
168  suiv.;  trad.  Gaudefroy-Demombyncs,  dans  J.  as,,  tir.  à 
part,  12  a  18,  avec  les  notes  du  traducteur,  5o  à  53;  Ber- 
bères, 111,  347;  IV,  35,  72  suiv.;  Maqqari,  1,  101,  1.  1,  208  suiv. 


282  MARS-AVRIL   1907. 

aux  ambitieux  des  perspectives  très  brillantes.  De 
moins  en  moins,  les  Abbassides  pouvaient  inter- 
venir en  Occident  en  faveur  de  leurs  clients  et  les 
Mongols  allaient  mettre  un  terme  à  leurs  destinées. 
Mais  il  semble  que  l'hommage  abbasside  fût  alors 
la  seule  ressource  offerte  aux  petites  dynasties  de 
l'Espagne,  où  la  cause  almohade  était  perdue  sans 
retour. 

En  Afrique,  au  contraire,  malgré  la  décadence 
des  Mouminides,  l'almohadisme  gardait  tout  son 
prestige ,  car  aux  yeux  d  un  grand  nombre  de  Ber- 
bères, le  Mahdî  restait  le  Prophète  indiscuté.  Dès 
lors,  ce  rêve  allait  tenter  l'homme  ambitieux  qu'on 
voit  surgir,  dans  l'Islam ,  à  chaque  tournant  de  l'his- 
toire :  maintenir  la  tradition  almohade,  sous  l'égide 

(11,  327,  3/|3)  ;  Slâwi,  I,  198;  de  Sacy,  Pièces  diplomatiques ,  dans 
Notices  et  extraits,  XI,  26. 

Numismatique  :  Tychsen  ,  Introductio ,  1 4 1  ;  Conde  ,  Memoria , 
3oi  ;  Son  ET,  Lettre  à  Frachn ,  5g  suiv. ,  Lettre  à  Krehl,  1 3  ; 
Lanb-Poole,  C.B.  M..  II,  47  suiv.;  V,  83  suiv.;  Codera,  Tratado, 
23 1  suiv.;  Titulos,  34,  30;  La  voix,  C.B.  AT.,  11,  3i8  suiv.  et 
sources  citées;  Hada,  Catâloyo ,  209  suiv.;  Vives,  Monedas,  lxxxiv 
suiv.,  364  suiv.;  Nôtzel,  K.  M.B.,  II,  177  suiv. 

Epigraphie  :  J.  Derenbourg,  dans  G.  de  Pràngey,  Essai  sur  l'ar- 
chitecture des  Arabes  en  Espagne,  appendice,  v  suiv.;  Lafuentk, 
Inscripciones  arabes  de  Granada,  85  suiv.;  Simonet,  Descripcion 
del  reino  de  Granada,  2e  éd.,  5o  suiv. ;  Brosselard ,  Mémoire  épi- 
graphique  sur  les  tombeawv  des  émirs  Beni-Zeyan,  tir.  à  part  du 
3.  as.,  175  suiv.;  A.  Càrdekas,  Inscripciones  arabes  de  Granada, 
3  suiv,;  Museo  yranadiho  de  antigiiedades,  72  et  passim;  Contre- 
ras, Monumentos  arabes  de  Granada,   167  et  passim. 

Diplomatique  :  de  Mas-Latrie,  Traités,  supplément,  65  (amir 
alimulemin) \  H.  Derenbourg,  dans  Mélanges  orientaux,  i884,  do- 
cuments arabes,  17,  n.  1  et  passim. 


TITRES   CALIF1ENS   D'OCCIDENT.  283 

du  Mahdî,  en  se  substituant  aux  Mouminides.  Telle 
fut  l'œuvre  du  Hafside  Abu  Zakariyyâ  Yahyâ. 

IV 

Bien  qu'ils  ne  fussent  que  les  gouverneurs  d  une 
province  almohade,  les  Hafsides  semblaient  prédesti- 
nés au  rôle  de  successeurs  des  Mouminides.  Leur  aïeul 
Abu  Hafs  Tfmar,  le  chef  des  Hintâtas  masmoudiens , 
avait  été  l'ami  intime  d'Ibn  Tûmart,  l'un  de  ses  dix 
premiers  disciples  et  presque  l'égal  de  cAbd  al- 
Mu'min.  A  la  mort  du  Mahdî ,  le  prestige  de  son  épée 
et  l'autorité  de  sa  parole  en  firent  un  des  principaux 
soutiens  de  la  dynastie  mouminide1.  La  province  que 
gouvernèrent  son  fils  *Abd  al-Wâhid  et  ses  petits- 
fils  cAbdallâh  et  Yahyâ  était  assez  éloignée  du  Ma- 
roc pour  leur  permettre  d'y  maintenir  leurs  habi- 
tudes d'indépendance.  Mais  d'un  gouvernement  très 
libre  à  la  souveraineté,  il  y  avait  un  pas  considé- 
rable qu'un  motif  grave  pouvait  seul  leur  per- 
mettre de  franchir.  Ce  motif,  ce  fut  le  Mouminide 
Ma'mûn  qui  le  fournit  lui-même  à  Yahyâ,  par  ses 
étranges  réformes ,  qui  ne  visaient  à  rien  moins  qu'à 
supprimer  les  traditions  almohades  les  plus  sacrées, 
en  refusant  à  la  mémoire  du  Mahdî  les  droits  réga- 


1  Ainsi,  c'est  lai  qui  permit  à  Yusuf  Tr  de  prendre  le  titre  a.  (d- 
muminin,  cinq  ans  seulement  après  la  mort  de  son  père  cAbd  al- 
Mu'min;  voir  Ibn  Khaldûn,  Berbères ,  U,  2 84;  cf.  Ibn  Abî  Zar\ 
i38  (296,  confusion  des  deux  titres);  Mercier,  Histoire  de 
f  Afrique,  11,  75,  10G  à  109. 


284  MARS-AVRIL    1907. 

liens  de  prône  et  de  monnaie  et  en  vouant  son  nom 
à  la  malédiction1.  Saisissant  un  prétexte  adminis- 
tratif2, Yahyâ  fait  cesser  à  Tunis ,  en  626  (1  229),  le 
prône  au  nom  de  Ma'mûn ,  qu'il  remplace  d  abord 
par  celui  d'un  autre  Mouminide  ;  puis  il  abandonne 
à  son  tour  ce  dernier  et  se  borne  à  faire  le  prône  au 
nom  du  Mahdî  et  des  premiers  califes,  les  râchidûn. 
Délaissant  alors  le  titre  de  chaikh,  porté  jusqu'ici 
par  son  aïeul ,  son  père  et  son  frère 3,  il  prend  offi- 
ciellement celui  d'arair,  vers  627,  mais  seulement 
pour  sa  chancellerie,  n'osant  encore  l'afficher  dans 
le  prône ,  «  par  prudence ,  dit  un  de  ses  biographes , 
et  par  l'expérience  qu'il  avait  des  choses  de  Tunisie  ». 
Voyant  que  cette  attitude  ne  soulève  pas  d'opposi- 
tion ,  il  se  hasarde ,  en  63 o ,  à  faire  l'appel  à  la  prière 
sur  un  minaret  bâti  par  lui,  puis  il  proclame  son 
indépendance  en  634,  en  faisant  suivre,  dans  le 
prône,  le  nom  du  Mahdî  par  le  sien  et  le  titre 
d'aratr,  «  mais  sans  aller,  disent  deux  autres  historiens, 

1  Voir  lbn  Abî  Zar\  167  (35g)  suiv.;  Ibn  Khai.dln,  Berbères, 
Il ,  2  36,  239 ,  2 99  ;  Qairawàni  ,121  (212);  Mercier  ,  Histoire  de 
l'Afrique,  11,  1^9;  Sauvaire,  Matériaux,  1,  343;  Goldziiier, 
Materialien,  io3,  122  ;  Bel,  Les  Benou  Ghânya ,  177,  n.  3. 

2  Du  moins  d'après  Zarkachi,  17  (3i),  qui  ne  dit  rien  de  l'apo- 
stasie de  Ma'mùn,  sans  doute  en  qualité  d'historiographe  des 
Almohades. 

3  Voir  Ibn  Khaldun,  Berbères,  II,  281,  286;  lbn  Qunfudh, 
éd.  Cherbonneau  dans  J.  as.,  4e  série,  XIII,  187,  192  et  pas- 
sim ;  XV11,  02  et  passim ;  Zarkachi  et  Qairawàni,  passim:  Bel, 
Les  Benou  Ghânya,  io3,  129  à  172  et  passim.  Ce  titre  est  confirmé 
par  l'épigraphic  et  la  diplomatique;  voir  plus  loin,  p.  289  suiv. 
C'est  par  erreur,  sans  doute,  que  Qairawàni,  passim,  intercale  un 
Abu  Bakr  dans  la  généalogie  de  Yahyà. 


TITKES  CAL1F1ËNS  D'OCCIDENT.  285 

jusqu'au  titre  amir  al-muminîn.  »  Ces  auteurs  pré- 
cieux ajoutent  que  ses  fonctionnaires  se  permirent 
de  Je  désigner  ainsi  et  qu'un  poète  de  cour  lui 
récita  ces  vers  :  «  Courage  !  ajoute  al-mu'minin  à 
amîr>  car  personne  au  monde  n'a  plus  de  droit  à 
ce  titre  que  toi  !  »  Mais  Yahyâ  défendit  qu'on  le  lui 
donnât  et,  tant  qu'il  régna,  ne  voulut  jamais  le 
prendre1. 

C'est  à  dessein  que  j'ai  rappelé  les  phases  succes- 
sives de  cette  évolution,  depuis  le  simple  titre  de 
chaikh  porté  par  Abu  Hafs  et  ses  successeurs ,  jus- 
qu'au titre  suprême  des  califes.  Ce  récit  instructif 
montre,  avec  la  prudence  et  l'adresse  de  Yahyâ,  le 
prestige  qui  s'attachait  encore,  malgré  ses  défail- 
lances, au  califat  mouminide.  H  nous  révèle  enlin 
que  l'ambition  suprême  du  Hafside  était  ce  titre 
amir  al-muminîn,  qu'il  avait  peut-être  chargé  ses 
courtisans  de  hasarder  dans  leurs  discours,  comme 
nos  diplomates  lancent  leurs  ballons  d'essai  dans  les 
journaux  qu'ils  subventionnent. 

Ce  titre  fut  pris  enlin  publiquement,  dans  le 
prône  et  sur  la  monnaie,  par  le  fils  et  successeur  de 


1  Voir  Ibn  Khaldun,  Berbères,  H,  2 36,  281  à  3oo,  3i5;  III, 
3/i3,  364;  Zarkachi,  17  à  21  (3i  à  38);  Qairawàni,  121,  126 
(2i3,  220);  Amari,  Diplomi,  préface,  xliv;  La  voix,  dans  Hevue 
archéologique ,  1"  série,  IX,  260;  de  Mas-Latrie,  Traités,  I,  77 
(détails  inexacts);  Goldziher,  Materialien,  121;  Bel,  Les  Benou 
Gluinya ,  178.  Voir  aussi  dans  Berbères,  II,  3oo,  cité  par  Gold- 
ziher, 121,  n.  2,  les  louanges  significatives  adressées  à  Yaliya 
par  un  ambassadeur  chargé  d'obtenir  son  alliance  :  t . .  .comme  tu 
as  fait  revivre  la  doctrine  du  Mahdî,  etc.» 

ix.  19 

laraiMuiK  «atioïalr. 


286  MARS-AVRIL    1907. 

Yahyâ,  AbûcAbdallâh  Muhammad,  avec  Je  surnom 
imamien  al-Mustansir  billâh ,  à  la  suite  de  la  recon- 
naissance  des  Hafsides  par  le  chérif  de  la  Mecque, 
soit  en  65o,  soit  en  65g1.  Dès  lors,  les  Hafsides 
portent  couramment  tous  les  titres  califiens  dévolus 
aux  Mouminides  :  khalifa,  imam  et  surnoms  ima- 
miens,  amîrcd-maminin2;  puis  le  souvenir  du  Mahdî 

1  Voir  lbn  Abî  Zar\  171  (368,  avec  une  erreur  de  date,  et,  en 
outre,  le  faux  titre  dans  Beauraier);  Ibn  Khaldûn,  Berbères,  II, 
335,  344suiv.,  373;  Zarkachi,  25,  28  (44  suiv.,  5i);  Qaira- 
wàni ,  128(224);  Amari  ,  Diplomi ,  xliv  ;  de  M  as-Latrie  ,  Truites ,  1 , 
77;  Mercier,  Histoire  de  l'Afrique,  II,  209,  et  dans  lier  ne  afri- 
caine, n°  94;  Lavoix,  dans  Rrrue  archéologique,  tom.cit.,  267, 
263  (confusion  des  deux  titres);  Bel,  Quelques  rites  pour  obtenir 
la   pluie,  tir.  à  part,   9  (avec  le  faux  titre). 

La  corrélation  de  ces  deux  événements  est  probable,  mais  non 
certaine,  à  cause  de  divergences  cbronologiques.  Ibn  Klialdûn 
place  la  prise  du  surnom  imamien  par  Muhammad  en  647  et  sa 
reconnaissance  par  le  chérif  en  65 1,  mais  sans  parler  du  titre 
a.  al-muminin.  Zarkachi  dit  d'abord  que  Muhammad,  jusqu'alors 
simple  amir,  prit  son  nouveau  titre  et  son  surnom  imamien  le 
a 4  dhu  1-hidjdja  65o,  après  que  la  Mecque  eut  reconnu  son  auto- 
rité, puis  il  répète  cette  date  précise  et,  plus  loin  ,  place  la  recon- 
naissance du  llafside  en  659.  Enfin  Qairawàni  dit  que  celle-ci 
eut  lieu  en  657  et  que  Muhammad  échangea  alors  son  titre  damir 
contre  celui  d'à.  al-muminin.  La  date  précise  répétée  par  Zarkachi 
permet  de  croire  que  Muhammad  prit  ce  dernier  titre  dès  65o ,  à 
la  suite  d'un  premier  hommage  de  la  Mecque ,  renouvelé  ou  con- 
firmé par  le  chérif  après  la  chute  de  Bagdad  en  656.  Suivant 
Léon  l'Africain,  éd.  Schefer,  III,  i35,  «le  fils  de  Zacarie  (Mu- 
hammad, fils  d'Abù  Zakariyyà)  lui  succéda  et  ne  daigna  plus 
prêter  obéissance  aux  seigneurs  du  Maroc  (aux  Mouminides),  car 
ils  commençaient  déjà  à  décliner. .  .». 

2  Voir  lbn  Abî  Zar\  lbn  Khaldûn,  Ibn  Qunfudh,  Zarkachi, 
Qairawàni,  passim,  notamment  Prolégomènes,  I,  468.  Ces  titres 
sont  portés  aussi  par  les  Hafsides  des  branches  de  Bougie  et  de 
Constantine;  voir   Ibn  Khaldûn,  Berbères,  I,  xwm   (de  Slane  dit 


TITRES  CÀLIFIENS  D'OCCIDENT.  287 

lui-même  s'efFaçant  peu  à  peu,  ils  osaient,  un  peu 
plus  tard ,  supprimer  son  nom  dans  le  prône  et  le 
remplacer  par  la  mention  vague  d'un  imàm  ano- 
nyme1. 

Ainsi,  par  une  coïncidence  qui  n'était  peut-être 
pas  fortuite ,  les  Hafsides  héritaient  du  califat  almo- 
hade  à  l'heure  même  où  la  chute  de  Bagdad  reportait 
sur  eux  une  partie  du  prestige  du  califat  abbasside. 
Dès  lors,  il  est  permis  de  croire  que  l'un  des  buts  du 
sultan  Baibars,  en  intronisant  au  Caire  les  débris 
de  la  famille  abbasside,  fut  de  reprendre  à  l'influence 
hafside  les  \illes  saintes,  l'un  des  objectifs  les  plus 
constants  de  la  politique  égyptienne  -. 

Pour  consacrer  le  califat  éminent  des  Hafsides,  il 
ne  manquait  plus  que  l'indispensable  fiction  généa- 
logique ,  à  laquelle  des  savants  officieux  avaient  déjà 
pourvu.  Et  l'on  ne  s'étonnera  plus,  maintenant, 
qu'ils  ne  se  soient  pas  contentés  d'une  origine  arabe , 
mais  qu'ils  aient  fait  descendre  Abu  Hais  'Dinar  du 
calife  Omar  lui-même,  c'est-à-dire  du  premier  titu- 

ici  sultan)  \  II,  4oo;  Layoix,  C.B.N..  II,  4og,  419.  Dès  lors,  les 
chroniqueurs  donnent  à  tous  les  Hafsides  le  titre  de  sultan ,  qui 
ligure,  en  effet,  dans  plusieurs  documents  officiels  et  y  devient  de 
plus  en  plus  fréquent,  à  partir  du  \iv"  siècle;  cf.  plus  haut, 
p.  27  î,  n.  a,  et  La  voix,  dans  Revue  archéologique,  tom.  cit.,  a  74 
(détails  inexacts).  C'est  le  seul  titre  que  leur  donne  lbn  Batùta,  I, 
i5,  ai,  qui  ne  |>ouvait,  comme  sujet  mérinide  et  courtisan  de  Fà- 
ris ,  donner  à  ses  rivaux  un  titre  que  celui-ci  venait  de  prendre 
voir  plus  loin,  p.  3og. 

1  Voir  Zarkachi,  So  (91);  Goldhhm,  Materialien,  îai;  cf.  plus 
loin,  p.  389,  n.  1. 

*  Voir  les  sources  citées  dans  CL  A.,  I,  4i3  auiv. 

19. 


288  MÀKS-AVRIL    1907. 

laire  du  titre  amîr  al-muminîn !.  Enfin,  cette  descen- 
dance autorisait  les  Hafsides  à  prendre ,  à  plus  forte 
raison  que  les  Mouminides ,  le  titre  généalogique  ibn 
al-khulafa  ar-râchidîn ,  «  fils  des  califes  orthodoxes  » , 
qui  figure  dans  leurs  documents  officiels  2. 

Ces  derniers  confirment  en  tout  point  le  témoi- 
gnage des  auteurs.  Sans  aborder  la  discussion  de  tous 
les  cas  particuliers,  je  me  borne  à  signaler  les  plus 
remarquables  concordances. 

Sur  ses  monnaies ,  le  premier  Hafside  indépen- 
dant, Yahyà  Ier,  nomme  lbn  Tûmart  al-mahdi  khali- 
fat  allâh  ou  imam  al-umma  al-(/aim  bi-amr  allait , 
suivant  la  tradition  almohade,  puis  son  lieutenant 
<Abd  al-Mu'min  ibn' AU ,  amir  al-muminin,  en  se  con- 
tentant pour  lui-même  du  titre  al-amir  al-adjallf  «  le 
très  noble  émir  ».  Les  monnaies  de  son  successeur 
Muhammad  Ier  portent  d'abord  les  mêmes  titres, 
moins  la  mention  de  cAbd  al-Mu'min ,  premier  pas 
dans  la  suppression  du  califat  mouminide,  puis,  avec 

1  Voir  Ibn  Kiialdûn,  Berbères,  H,  281,  et  les  notes  de  de  Slanc, 
à  p.  282  et  293,  d'où  il  résulte,  en  effet,  que  cette  généalogie  a 
été  inventée  après  Abu  llafs ,  peut-être  du  temps  de  Muhammad  ; 
Zarkachi,  18,  M9  (32,  271);  Qairawâni,  124  (217);  Amari, 
Diplomi,  xli\  ;  Layoix ,  tom.  cit.,  2  63;  Goldziher,  Materialien, 
108;  cf.  plus  loin,  p.  291.  Sur  le  rôle  du  calife  Omar  dans  la 
littérature  almohade,  Goldzihkr,  Materialien,  139,  et  ci-dessus, 
p.  979,  n.  1.  Sur  son  rôle  dans  la  tradition  hafside,  voir  Zar- 
kachi, 44  (79)  :  les  juges  almohades  de  Tunis  étaient  nommés 
pour  deux  ans,  suivant  un  précepte  du  calife  Omar.  Aujourd'hui 
encore,  la  descendance  d'Omar  est  souvent  revendiquée  par  les 
marabouts  du  Maroc;  voir  Doutté,  Marabouts,  9,  20,  46. 

3  Avec  la  variante  al-umara  ;  voir  les  documents  cités  plus  loin  et 
les  auteurs ,  surtout  Zarkachi ,  76  (1  ^o);  cf.  plus  haut,  p.  279,  n.  2,  fin. 


TITRES  CALIFIENS   D'OCCIDENT.  289 

le  nom  et  les  titres  du  Mahdi,  l'attribution  des  titres 
califiens  à  lui-même  :  al-mustansir  biUâh  al-man- 
sur  bi-fadl  allâh  amir  al-muminin  Abu  * Abdallah  Mu- 
kammad  ibn  al-umara  ar-râchidin,  c  est-à-dire  la 
confirmation  textuelle  des  auteurs,  par  les  surnoms 
imamiens,  le  titre  califien  suprême  et  le  titre  généa- 
logicpie  almohade  ! . 

Les  rares  inscriptions  hafsides  connues  à  ce  jour 
concordent  avec  les  auteurs  et  les  monnaies.  L'in- 
scription du  minaret  de  la  mosquée  de  la  Qasba,  à 
Tunis,  datée  de  63 o,  ne  donne  aucun  titre  protoco- 
laire à  son  fondateur  Yahvâ  Ier,  dont  le  nom  est 
suivi  de  ceux  de  son  père  et  de  son  grand-père,  le 
chaikh  Abu  Hafs2.  Une  inscription  de  Constantine, 
aujourd'hui  détruite,  datée  de  793,  donnait  à  Ah- 
mad  II,  qui  régna  de  772  à  796  (1370  à  1394), 
les  noms  et  titres  amîr  al-muminîn  Abal-Abbâs 
Ahmad  ibn  sâdâtinâ  wa-mawâlîna  al-umara'  ar-râchi- 

m 

din  3. 

1  Voir  Tychse*,  Introductio ,  128  suiv.  ;  Soret,  Lettre  à  Fraehn, 
56  suiv.;  lettre  à  Dorn,  II,  9;  Dons,  Inventaire,  65;  Lavoix,  clans 
Hcrue  archéologique,  tom.  cit.,  2 60  suiv.,  et  C.  B.  N.,  Il,  409 
suiv.;  Laje-poole,  C.B.  M.,  V,  02  suiv.;  X,  11  suiv.;  NCtzel, 
À.  M.  B.,  II,  2i3  suiv.  Ces  titres  figurent,  avec  quelques  va- 
riantes, sur  les  monnaies  de  leurs  successeurs,  sur  lesquelles  l'hom- 
mage au  Mahdi  persiste  jusqu'à  la  fin;  l'innovation  signalée  pins 
haut,  p.  287,  ne  parait  donc  pas  avoir  été  durable. 

3  Voir  Holdas  et  Basset,  Epigraphie  tunisienne,  dans  Bulletin 
de  correspondance  africaine,  1882,  i63;  cf.  plus  haut,  p.  28 1, 
n.  3. 

'  Voir  G.  Mercier,  Corpus  des  inscriptions  arabes  et  turques 
de  r Algérie.  Département  de  Constantine,  n*  10.  Une  inscription  de 
Gafsa,  au  nom  d'un  Abu  'Abdallah  Muhammad,  fils  d'Ahù  'Ahd- 


290  MARS-AVKIL    1907. 

Dans  plusieurs  traités ,  les  premiers  Hafsides  Tlmâr 
et  cAbd  al-VY  âhid  portent  ce  titre  de  chaikh  que  leur 
donnent  les  auteurs  et  l'inscription  de  Tunis  !.  ^a- 
hyâ  Ier  le  porte  encore  au  début  de  son  règne  2,  puis 
il  rechange  contre  celui  d'amir,  qu'il  lègue  à  Miï- 
hammad  I*3.  Celui-ci  l'échange  à  son  tour  contre  ceux 
de  khalifa,  imam,  amir  al-muminin ,  avec  les  sur- 
noms imamiens  et  le  titre  généalogique  \  et  ce  pro- 
tocole figure,  avec  de  nombreuses  variantes  niais 
sans  modification  essentielle ,  dans  les  traités  dé  ses 
successeurs  5. 

allâh  Muhamtaad ,  fils  d'Ahu  Hafs,  lui  donné  le  titré  omit  al-UMmà 
al-islàmiyya;  E.  Mercier,  dans  Notices  et  mémoires  de  la  So- 
ciété archéologique  du  département  de  Constantine ,  1882,  191  suiv., 
attribue  ce  texte  non  daté  à  Muhammad  IV,  qui  régna  de  clliu  1- 
hidjdja  837  à  «a far  839  (i434  à  i435). 

1  Voir  le»  traités  de  i23o  à  1261,  où  ils  sont  appelés  tous  les 
deux  senex ,  senior  ou  vetulus  =  cliaikh,  dans  Tafkl  et  Thomas,  Dr- 
kunden  zur  llandels-  und  Staatsgeschichte  der  Republik  Venediu ,  II, 
3oo,  45 1;  Amaai,  Diplomi.  292  suiv.,  473;  de  Mas-Latrie,  Trrti- 
tés,  II ,  3 1 ,  i53,  199;  cf.  plus  haut,  p.  284,  n.  3,  et  289,   n.  2. 

f  En  628  (i*3i),  d*après  de  Mas-Latrie,  Traités,  H,  i53,  si 
cette  attribution  est  exacte. 

s  Voir  les  traités  de  la  même  époque  publiés  par  de  Sàcy,  dans 
Notices  et  extraits,  XI,  22;  Tapel  et  Thomas,  loc.  cit.;  Amiri, 
Diplomi,  xliv  et  loc.  cit.;  de  Mas-Latrie,  Traités,  1,  77,  n.  3; 
II,  3i,  32,  116,  118  suiv. ,  199  [dominas,  mir  Busacharin,  mir 
Roabdile  et  variantes). 

*  Voir  les  traités  de  1264  à  1273  publiés  par  de  Sacy,  dans 
Mémoires  de  l'Académie  des  inscriptions,  nouvelle  série,  I\,  463; 
Tapel  et  Thomas,  Lrkunden,  III,  118;  Amaai,  Diplomi,  296;  de 
Mas-L\trie,  Traités,  II,  43,  93,  122  suiv.,  i58,  *?o3,  281  (titres 
arabes  et  califfo,  elmiram  mommini,  miramamoni  A  ho  Abdale  ehno- 
lomera  rasidin  et  variantes). 

1  Voir,  par  exemple,  Amari,  Diplomi.  86,  98,  112,  n5,  i*3, 


TITRES  CALIFIENS  D'OCCIDENT.  291 

En6n ,  nous  possédons  le  protocole  des  Hafsides 
à  la  chancellerie  du  Caire .  sous  les  sultans  Mamlouks. 
Voici  ce  qu'en  dit  un  auteur  du  milieu  du  xiv*  siècle , 
assurément  bien  informé,  puisqu'il  fut  secrétaire  à 
cette  chancellerie  et  qu'il  connaissait  à  fond  la  diplo- 
matique de  son  temps  '  :  «  Le  maître  de  la  province 
d'Afrique  (Ifriqiyya)  est  le  roi  de  Tunis,  qui  ne  pré- 
tend à  rien  moins  qu'au  califat  et  qui  porte  les  titres 
califiens et  se  fait  appeler  amir  al-maminin  dans  ses 
Etats2.  Il  prétend  descendre  de  Ternir  des  croyants 
Omar  ibn  al-Khattâb.  Ce  fait  est  contesté  par 
certains  généalogistes.  Il  y  en  a  qui  le  font  des- 
cendre des  enfants  de  'Adivv,  fils  de  KaT) 3 ,  de  la 
tribu  iraht)  d'Omar,  et  non  des  enfants  d'Omar  lui- 
même.  D'autres  disent  :  Non ,  il  descend  des  Hin- 
tàtas.  qui  n'ont  rien  de  commun  avec  les  tribus 
arabes;  ce  sont  les  Hafsides,  descendants  d'Abù  Hafs, 
l'un  des  dix  compagnons  d'Ibn  Tùmart;  ce  sont 
les  survivants  des  Almohades,  puisqu'lbn  Tùmart 
a  établi  ceux-ci  pour  ses  compagnons  et  que  l'empire 

i3-j,  toi.  169,  3o3;  Xanii  ricordi.  6u,  76.  t.  ar.  20,  3o;  DE 
M \5-L \TRtE ,  Traités .  II.  4g,  55,  71,  1 2  5  suit. ,  "1 J  5  ' signor  di 
ratkalochi  ,  187,  911.  5 16,  232.  137  [rex  credentium),  *kk , 
2DO,  186,  292  amiramurlrmin  ,  296.  3o3  Jill  deis  rtys  agré- 
ent* =  ar-richâd? . ,  3ol>  x/ill  deis  almirs  raxendins  =  rdchidin  1 , 
3i8  suir..  3i5.  355,  36 1  suiv.,  sans  citer  les  nombreux  passages 
où  ces  titres  se  mêlent  00  font  plare.  avec  le  temps,  à  des 
titres  sultaniens  et  rovaux. 

1   Voir  Ourâii  AD-ois  T  MAM,  Tarif,  éd.  Caire  i3i2  H.,2^saiv. 

5  Sur  le  sens  de  ces  derniers  mots,  voir  la  fin  de  ce  paragraphe. 

J  Ancêtre  commun  de  Mahomet.  d'Omar  et  de  tous  les  califes 
d'Orient;  voir  Wistksfeld,  Genealoyisrhe  Tabdlem,  passim. 


292  MARS-AVRIL    1907. 

des  Almohades  ne  subsiste  que  dans  ces  Hafsides  l. 
Leur  royaume  s'étend  d'Alger,  à  l'ouest,  jusqu'à  cAqa- 
bat  Barqa ,  qui  sépare  Tripoli  de  Bai  qa  ;  voilà  leur 
frontière  orientale  extrême.  Il  est  limité  au  nord 
par  la  mer  et  au  sud  par  les  confins  extrêmes  du 
Djarîd2.  .  .  Tel  est,  en  principe,  l'empire  des  rois 
de  l'Ouest,  pris  d'une  manière  absolue;  car  en  réalité, 
leur  force  s'est  affaiblie  par  la  puissance  du  sultan  méri- 
nide  leur  voisin  \  par  les  dissensions  de  leurs  sujets 
à  leur  égard,  enfin  par  l'intrusion  des  Arabes  no- 
mades dans  les  affaires  du  gouvernement.  Le  sou- 
verain actuel  s'appelle,  de  ses  noms  et  surnoms, 
Abu  Yahyâ  Abu  Bakr  al-Mutawakkil  ala  Allah.  » 
Suit  le  protocole  employé  par  la  chancellerie  du 
Caire  pour  écrire  à  ce  souverain,  morceau  de  style 
égyptien ,  dans  lequel  je  me  borne  à  relever  une  allur 
sion  discrète  à  l'imamat  coraichite  des  Hafsides,  ma- 

1  Telle  était  sans  doute  l'opinion  de  ceux  qui,  dédaignant  une 
fiction  généalogique  à  laquelle  ils  ne  pouvaient  ajouter  foi,  préfé- 
raient asseoir  les  prétentions  hafsides  sur  le  seul  rôle  joué  par 
cette  famille  dans  le  mouvement  almohade.  Sur  la  prétendue  ori- 
gine arabe  des  Hafsides,  voir  plus  haut,  p.  287. 

*  Littéralement  des  pays  du  Djarîd  et  de  la  terre   marécageuse, 

A*.l£~Jl  J»;^lj  ^v.r^  ^^?-  H  s'agit  évidemment  du  Cliott  el-Djerid 
et  des  marécages  de  cette  région,  que  Bakri,  éd.  de  Slane,  48, 
1.  2  et  6,  et  /|Q,  1.  7  (trad.  116,  119).  désigne  par  les  mêmes 
termes  ard  sawwàkha.  'Umari  ajoute  encore  :  «jusqu'à  l'endroit  où 
l'on  dit  que  se  trouve  remplacement  de  la  ville  appelée  Madi- 
nat. .  .  ».  Le  nom  est  en  hlanc  dans  le  texte;  il  s'agit  sans  doute 
d'une  ville  ancienne,  telle  que  Madinat  al-qadîma,  prés  de  Fe- 
riana,  Tunisie. 

-1  Sur  les  événements  auxquels  ces  mots  font  allusion ,  voir  plus 
loin,  p.  297  suiv. 


•■a> .;  ~ 


TITRES  CALIFIENS  D'OCCIDENT.  293 

kân  al-imdma  al-qurachiyya,  et  le  titre  amîr  al-musli- 
min.  Ce  dernier  détail  est  significatif  :  en  opposant 
ce  titre  aux  prétentions  califiennes  des  Hafsides, 
Xmari  laisse  entendre  clairement  que  la  chancelle- 
rie du  Caire,  inféodée  au  califat  abbasside  d'Egypte, 
base  de  toute  la  politique  des  Mamlouks,  ne  pouvait 
reconnaître  le  califat  des  Hafsides,  c'est-à-dire,  en 
termes  diplomatiques,  quelle  les  appelait  amîr  al- 
muslimin,  le  seul  amir  cd-mnminin,  pour  elle,  étant 
le  calife  du  Caire.  C'est  pour  la  même  raison  qu'il 
a  dit  plus  haut,  avec  quelque  ironie  :  «  Le  roi  de  Tu- 
nis porte  les  titres  califiens  et  se  fait  appeler  amîr 
al-muminin,  du  moins  dans  ses  Etats.  » 


Successeurs  des  Mouminides  et  légataires  des  tra- 
ditions almohades,  les  Hafsides  étaient  loin  d'avoir 
hérité  de  tout  leur  empire.  L'Espagne  était  perdue 
pour  toujours  et  dans  l'Ouest  africain  grandissaient 
deux  nouveaux  royaumes  berbères,  fondés  par  les 
Mérinides  au  Maroc  et  par  les  Ziyanides  à  Tlemcen. 
Mais  aucun  Etat  berbère  ne  pouvant  vivre  en  paix 
avec  ses  voisins ,  l'histoire  de  ces  trois  dynasties  sera 
celle  des  efforts  tentés  par  chacune  d'elles  pour  do- 
miner les  deux  autres. 

Bien  que  les  Mérinides  fussent  nés  dans  le  berceau 
des  Almohades,  autour  de  Fes  et  de  Maroc,  ils  ne 
pouvaient  prétendre  a  la  suprématie  sur  les  Hafsides. 
Ceux-ci  avaient  pour  eux,  on  l'a  vu,  le  prestige  de 


294  MARS-AVRIL    1907. 

leur  ancêtre  Abu  Hafs,  le  bras  droit  des  Moumi- 
nides,  et  les  Mérinides  n  avaient  personne  à  lui  com- 
parer, eux  qui  avaient  commencé  par  combattre 
cAbd  al-Mumin,  puis  s'étaient  élevés  sur  les  ruines 
de  sa  dynastie1.  D ailleurs,  quand  Abu  Yahyâ  Abu 
Bakr  fonda  la  dynastie  mérinide,  en  64a,  les  Haf- 
sides  étaient  déjà  solidement  installés  comme  succes- 
seurs des  Mouminides.  Ne  pouvant  songer  à  le 
combattre ,  occupé  qu'il  était  à  conquérir  le  Maroc , 
Abu  Bakr  dut  reconnaître  le  califat  du  Hafside  Yah- 
yîi  I#r.  Ce  fait  important,  attesté  par  les  meilleurs 
auteurs,  est  le  point  de  départ  des  relations  entre 
Mérinides  et  Hafsides;  longtemps,  les  premiers  ac- 
ceptèrent la  suprématie  des  seconds  2. 

Mais  on  sait  qu'en  Occident,  le  pouvoir  temporel 
ne  va  pas  sans  un  prestige  spirituel.  Une  fois  isla- 
misés, les  chefs  mérinides  allaient  fatalement  deve- 
nir, en  quelque  sorte,  les  califes  de  leurs  sujets.  De 
ce  qui  précède ,  on  pourrait  déjà  conclure  qu'au  point 

1  Voir  lbn  Abî  Zar\  188  (402)  suiv.;  Ibn  Khaldun,  Berbères, 
ÏV,  27  suiv.,  8a  suiv.;  Qairawâni,  137  (2 44)  suiv.;  Slâwi,  II, 
1  suiv.,  i4,  21  et  passim;  Mercier,  Histoire  de  l'Afrique,  II, 
i58  suiv. 

1  Sur  la  reconnaissance  des  Hafsides  Yahyâ  Ier  et  Muhammad  Ier 
par  les  premiers  Mérinides  et  l'échange  d'ambassades  entre  les 
deux  États,  voir  Ibn  Khaldun,  Berbères,  II,  3i5,  337,  346;  111, 
3/17,  364;  IV,  34,  39,  52  à  54,  i48  suiv.  et  passim;  Zarkachi, 
29  (53);  Maqrîzi ,  dans  Sultans  Mamlouks,  trad.  Quatremire,  I  a, 
80;  Léon  l'Africain,  éd.  Schefer,  III,  i36;  Qairawâni,  128,  i38 
(224,  24.S);  Slàwi,  II,  6,  1.4  et  passim;  Amari,  Diplomi,  xliv; 
Mercirh,  Histoire  de  l'Afrique,  II,  162  à  172,  201.  En  qualité 
d'historiographe  des  premiers  Mérinides,  lbn  Abî  Zar*  ne  fait  pas 
mention  de  leur  hommage  aux  Hafsides. 


TITRES  CAL1FIENS  D'OCCIDENT.  205 

de  vue  diplomatique,  ne  pouvant  prétendre  au  titre 
éminent  amîr  atma'minîn,  les  Mérinides  prendront 
un  titre  sub-califien ,  si  l'on  me  passe  cette  expression , 
et  que  ce  litre  sera  amîr  at-mustimin ,  celui  des  Alnio- 
ravides,  des  Nasrides,  des  Houdides,  bref  de  toutes 
les  dynasties  reconnaissant  la  suzeraineté  d'un  amîr 
al-ma'minîn.  En  effet ,  à  partir  de  Ya'quh ,  les  auteurs 
appellent  les  Mérinides  amîr al-muslimin  '  et,  comme 

1  Uni  Abi  Zar'  donne  aux  premiers  Mérinides  le  seul  titre  amîr; 
à  partir  de  Ya'qAb,  monté  «ur  le  trône  en  656 ,  il  leur  donne  les 
litres  a.  at-majlimtn ,  khattfa  et  les  surnoms  iwamiens;  en  outre, 
il  donne  le  titre  imâm  au  Mérinide  régnant  auquel  il  dédie  son 
livre,  tithniân  II,  monté  sur  le  trône  en  710;  voir  9  (1)  suiv., 
i8ij  ■'  'io,S  a  fin.  Ne  pouvant  citer  les  très  nombreux  passages 
relatifs  à  ces  titres,  je  me  borne  a  répéter  que  la  traduction  de 
lleaumier  est  ici  tans  valeur;  le  leste  de  Tornberg,  bien  qu'incom- 
parablement plus  correct,  n'est  pas  lui-même  exempt  de  toute 
erreur.  Ces  fautes  sont  imputables,  non  i  l'éditeur,  mais  sans 
doute  aux  copiâtes  des  manuscrits,  car  j'ai  constaté  que  le  manu- 
scrit de  Munich  n*  iio  donne  indifféremment  les  déni  titres  ans 
Almnravidei,  aui  Almohades  et  aux  Mérinides. 

lai  Khsldu*.  Btrbèrei.  IV.  33  suiv..  45  suiv.,  appelle  Abu 
BakronuVet  Ya'qûb  et  ses  successeurs  milan.  Sous  sa  plume,  ce 
dernier  titre  est  à  peu  près  l'équivalent  des  titres  calinen*.  qu'il 
n'emploie  qu'a  ter  réserve,  vu  ses  relations,  constantes  et  parfois 
tendues,  avec  plusieurs  souverains  des  deux  dynasties  rivales;  tou- 
tefois, il  appelle  aussi  Ya'qûh  et  Yûsuf  o.  iil-miatimfo  .  par  exemple, 
IV,  7i  sui...  80  suiv!.  no. 

Dana   le   fragment   publié   par  Doiy,  dans  J.  ai.,  mai   i844, 
388  suiv.,  Ibn  al-Ahmar  appelle  aussi  Abu  Bakr  a.nfr  et  Ya'qûb  et 
lallAn  et  a.  al-mmlimin  .  sauf  Fâris,  auquel  il  donne, 
le   titre    a.    ai-ma'minln  ;    voir   plus  haut.  p.  th?.  , 
as  loin.  p.  3*8,  n.  4.  En   revanche,  dans  la   tiaada  , 
res  partissent  employés  indilfë  rem  ment;  voir  plus  haut, 

,  l'historiographe  des   Ilafsidrs,  nomme  rarement  les 


296  MARS-AVRIL    190  7. 

de  juste,  ils  leur  forgent  une  généalogie  arabe  !.  I^es 
documents  officiels ,  assez  rares  il  est  vrai ,  que  nous 
connaissons  à  ce  jour  s'accordent  sur  ce  point  et 
montrent  quà  partir  de  ^acqûb,  ce  titre  est  bien,  en 
diplomatique ,  celui  des  Mérinides  2. 

Mérinides  et  toujours  sans  titre,  sauf  p.  29  (53),  où  il  appelle 
Ya'qùb  amir  tout  court,  sans  doute  par  une  réserve  politique.  On 
voit  à  quel  point  il  faut  se  défier  des  termes  diplomatiques  em- 
ployés par  des  auteurs  intéressés.  Qairawâni  dit  que  les  Mérinides 
s'appelaient  a.  al-muslimin ,  comme  les  Almoravides;  ainsi,  p.  96, 
153,  i38  (i63,  51 5,  q 4 5 v: ,  avec  quelques  confusions  entre  les 
deux  titres,  soit  dans  la  seule  traduction  française  (ai5*,  soit 
aussi  dans  le  texte  de  Tunis  96  .  Enfin  Slâwi  dit  aussi  al-amir 
Abu  Bakr  et  as-sultân  Ya'qùb;  voir  H,  10  et  passim. 

1  Voir  Ibn  Abî  Xar\  i8i  ^97  ;.  Ibn  Rbaldùn,  qui  sait  ce  que 
valent  ces  généalogies ,  paraît  avoir  dédaigné  d'en  parler  à  propos 
des  Mérinides;  voir  Berbères,  III,  3oa;  IV,  25;  cf.  Slàwi,  II,  s. 

*  La  numismatique  n  est  pas  très  concluante  à  cet  égard.  Dans 
C.  B.  X.,  II,  'i4o,  Lavoix  attribue  à  'L'tbmân  Ier  une  monnaie  non 
datée,  frappée  à  Fes,  au  titre  a.  al-muslimin ,  que  rien  n  empêche, 
il  me  semble,  d'attribuer  plutôt,  précisément  à  cause  de  ce  titre, 
à  Tthmân  II,  comme  les  monnaies  publiées  par  Lavoix,  443  suiv. , 
et  par  Laxe-Poolk ,  C.  B,  M.,  X ,  1 3  suiv.  Il  est  vrai  qu'une  de 
ces  dernières  porte  le  surnom  al-Mustansir  billâh,  alors  que  'Uth- 
mân  II ,  d'après  Ibn  Abi  Zar\  s'appelait  as-Sa'id  bi-fadl  allàh.  Mais 
on  sait  qu'un  même  souverain  portait  souvent  deux  surnoms  ima- 
miens;  d'ailleurs,  il  y  a  eu  un  'Uthmân  III.  l'Abu  Sa'id  des 
listes  monétaires  (811  à  819';,  celui  auquel  la  Rauda  est  dédiée, 
d'après  Brockelmami  ,  Geschirhte  (1er  nrnbischen  Litteratur,  II,  s4i. 
Sur  une  monnaie  aux  titres  califiens  attribuée  au  Mérinide  Abu 
Bakr,  voir  plus  loin,  p.  317,  n.  3. 

Lepigraphie  est  plus  positive.  L'épi taphe  de  Yùsuf  à  CbeUa 
'mort  en  706)  l'appelle  a.  al-muslimin  et  donne  le  même  titre  à 
son  père  Ya'qûb;  voir  le  texte  dans  Rieu,  Supplément  to  the  Cata- 
logue ofthe  Arabie  mss.  in  the  British  Muséum ,  n°  6o5 ,  et  la  traduction 
de  Tissot,  dans  Bulletin  de  la  Société  de  aéotjraphie  de  Paris ,  1876  % 
II,  269  suiv.  L'inscription  du  minaret  de  Mansoura,  datée  de  706, 


TITRES  CAL1F1ENS  D  OCCIDENT.  297 

Parmi  ces  premiers  Mérinides,  il  en  est  un.  Su- 
laimân.  qulbn  Abi  Zar  appelle  amir  al-muslimin  l . 
connut*  l»*s  autres,  mais  qui  porte  officiellement  le 
titre  amir  al-muminin.  Ce  titre  figure  sur  quelques 
monnaies  émises  conjointement  par  Sulaimàn  et  par 
le  Xasride  Muliaminad  III .  c  est-à-dire  dans  la  courte 
période  du  28  juillet  i3oS  au  \!\  mars  i3og,  du- 
rant laquelle  ces  deux  souverains  régnèrent  simul- 
tanément. Les  légendes  de  ces  pièces,  frappées  à  la 

donne  le  m^rae  titre  à  Yûsuf;  \oir  Brosseiard,  dans  Itérât  afri- 
'.aine,  1809.  335:  Mil&ru*.  Monuments  de  TUmcen.  198.  Enfin, 
il  est  donné  à  Y'a'qùb  et  â  Tthman  11  dan*  plusieurs  inscriptions 
de  leurs  descendants  et  successeurs  'Ali  et  Fâris.  citées  pins  haut, 
p.  25  i  sui%..  et  plus  loin.  p.  3o3.  n.  3. 

Bien  que  moins  précise  qiirr  1  épi  graphie.  la  diplomatique  con- 
duit au  mêmes  conclusions.  Lne  lettre  de  Ya'qûb  à  Alphonse  X 
de  Ca- tille,  datée  de  68 1  1282  et  publiée  par  de  Sacy  dans  Mé- 
moire de  f Académie  des  in*rription$ ,  1\.  .J8J,  et  DE  MjlS-Latiie, 
Traiiêt .  II,  96,  ne  donne  pas  de  titre  califien  â  Ya'qùb.  Mais  dans 
un  traiU-  du  même  a\ec  Jacques  V*  d'Aragon,  daté  de  1374  et 
publié  par  de  Mas- La  trie,  II.  385,  on  l'appelle  Aben  Abu  Juceff 
mirnmomtUi.  Bien  que  ce  mot  ressemble  plutôt  â  a.  al-mmmùUn ,  ce 
dernier  titre  semble  hors  de  question,  puisque  Ya'qûb,  vassal  des 
Hafsides,  n'a  pu.  en  aucun  cas.  le  porter:  il  faut  donc  le  lire  a. 
al-  masiimin.  Dans  on  document  de  i3o3.  son  fils  ^  ûsuf  est  appelé 
correctement  amir  amailami;  op.  cit.,  391.  Enfin,  Ya'qûb  et  Tth- 
màn  II  portent  le  même  titre  dans  le  texte  arabe  d'an  traité  et 
d'une  lettre  de  Ali  et  d'un  traité  de  Fâris  documents  cités  plus 
haut.  p.  2 53,  et  plus  loin.  p.  3o3.  n.  3  â  la  fin. 

Ainsi.  l'épi?raphie  et  la  diplomatique,  â  défaut  de  sources  mo- 
nétaires précises .  s'accordent  pour  faire  remonter  â  YVqûh  le  titre 
a.  al-masHmin.  11  est  vrai  qu'on  n'\  trouve  aucune  mention  de  ses 
frères  et  prédécesseurs ,  mais  quand  elles  nomment  leur  père  'Abd 
al-Haqq,  c'est  toujours  sans  aucun  titre. 

1  Non  seulement  chez  Beaumir,  mais  aossi  dans  le  texte  de 
Tornbersr,  371  suit. 


298  MARS-AVRIL    1907. 

suite  dune  alliance  racontée  par  Ibn  Khaldûn, 
donnent  au  Mérinide  le  titre  amir  al-mu'minin  et 
au  Nasride,  le  titre  amîr  al-îtwslimîn]. 

Si  la  théorie  que  j  appliquerai  tout  à  l'heure  à 
Fàris  est  exacte,  on  doit  trouver,  dans  l'histoire  de 
Sulaimàn,  quelque,  événement  politique  permettant 
d'interpréter  ce  titre  comme  une  première  tentative 
mérinide  d'usurper  le  califat  éminent  des  Hafsides. 
Sans  pouvoir  indiquer  aucun  fait  précis,  je  voudrais 
suggérer  quelques  rapprochements  qui  prépareront 
le  lecteur  à  comprendre  le  cas  de  Fàris.  Ainsi ,  nous 
savons  qu'à  la  suite  de  ses  victoires  sur  les  Ziyanides, 
Yityuf,  le  père  de  Sulaimàn,  avait  conquis  un  pres- 
tige d'autant  plus  grand  que  le  califat  hafside  venait 
précisément  de  se  partager  en  deux  moitiés.  Dès  lors, 
en  effet,  les  deux  califes  de  Tunis  et  de  Bougie  bri- 
guaient son  amitié  par  des  ambassades  et  des  cadeaux2. 

1  Voir  lbn  Abî  Zar\  %^  î  (  554  )  suiv.  ;  Ibk  Khaldû*  ,  Herhères ,  IV, 
179;  Slàwi,  II,  {7;  MutciEn,  Histoire  de  l'Afrique.  II,  35a  suiv.; 
Lavoix,  (].  B.  N..  II,  \\i  suiv.;  Lark-Poolb,  Catalogue... 
Cmro,  339.  D'autre  part,  une  lettre  de  Jacques  II  d'Aragon  à 
Sulaimàn,  datée  de  i3og  et  publiée  par  db  Mas-Latrib,  Traités, 
H,  397,  l'appelle  miranwmelin,  c'est-à-dirt;  probablement  a.  al-mu1- 
minin.  bien  que  plus  haut,  p.  396,  n.  3,  on  ait  vu  miramomelli  = 
a.  al-muslimin;  je  ne  connais  pas  d'acte  original  arabe  de  Su- 
laimàn. 

9  Sur  la  suite  de  ces  événements  et  sur  les  ambassades  hafrides 
et  égyptienne»  au  Maroc,  depuis  Ya'qub,  voir  Tidjâni,  trad.  Root- 
seau,  dans  J.  as..  4*  série,  XX,  63;  Ibn  KiiALDÔif,  Berbères,  II, 
399  à  ^38;  III,  368  suiv.;  IV,  Sa  suiv.,  148  sui?.;  Yahyâ  ibn 
Khaldùn,  I,  119  (161)  suiv.;  Zarkacbi,  45  (81)  et  passé*  ;  Qaira- 
wâni,  i45  (357,  avec  une  grosse  erreur  de  chronologie);  Maqrîxi, 
dans  Sultans  Mamlouks,  Il  b,  i46,  953;  Slâwi,  II,  i4,  39  suiv.; 


TITRES  CALIFIENS  D'OCCIDENT.  299 

Ainsi  devenu,  de  fait  sinon  de  droit,  le  premier  sou- 
verain de  l'Afrique  mineure,  il  semble  que  ^usufeùt 
pu  prétendre  à  un  titre  qu'en  politique  avisé ,  sans 
doute,  il  se  contenta  de  préparer  à  ses  successeurs; 
en  effet ,  tous  les  documents  connus  à  ce  jour  l'ap- 
pellent, comme  son  père  Ya'qûb,  amir  al-muslimin !. 
Cette  hypothèse  paraîtra  plus  plausible  si  j'ajoute 
qu'en  yo5  (i3o6),  peu  de  temps  avant  sa  mort, 
Yûsuf  reçut  l'hommage  du  gouvernement  chérifien 
de  la  Mecque ,  lequel ,  on  s'en  souvient,  avait  reconnu 
le  Hafside  Muhammad  Ier,  à  l'époque  précise  où 
celui-ci  prenait  le  titre  amir  al-mu'minîn*.  Or,  il 
semble  que  cet  hommage  comportât,  de  la  part  des 
chérifs  plus  encore  que  d'un  autre  gouvernement ,  vu 
la  noblesse  indiscutée  de  leur  origine,  la  recon- 
naissance d'une  suzeraineté  calilienne  3. 

Dès  lors ,  il  se  peut  que  le  titre  de  Sulaimàn ,  sur 
les  monnaies  dont  j'ai  parié ,  soit  la  consécration  de 
droit  de  la  suprématie  de  fait  acquise  par  Yûsuf  à  la 
suite  de  ses  victoires  ;  mais  il  est  d'autant  moins  fa- 
cile de  le  prouver  qu'on  ne  possède  encore  aucun 
document  officiel  de  cÀmir,  le  fils  et  successeur  de 
^ûsui,  qui  régna  deux  ans,  entre  son  père  et  son 
frère  Sulaimàn. 

Peut-être  aussi  ce  titre  est-il  en  rapport  avec  l'al- 

Wkil,  Geschichte  der  Chalifen.  IV,  338;  Mercier,  Histoire  de 
t  Afrique,  II,  2a6  suiv. ,  surtout  2  43. 

1  Voir  plus  haut,  p.  396,  n.  2. 

2  Voir  plus  haut,  p.  386. 

3  Voir  Ibn  Khaldô* ,  Berbères,  IV,  i54;  SUwi,  II,  h  1;  Win., 
Geschichte  der  Chalifen,  IV,  3i2 ,  o.  s. 


-ji 


300  MARS  AVRIL    1907. 

liance  conclue  entre  Sulaimân  et  le  Nasride  Muham- 

a' 

niad  111,  a  la  suite  d'une  guerre  dans  laquelle  Amir, 
le  frère  et  le  prédécesseur  de  Sulaimân,  lut,  en 
somme,  le  vainqueur.  Les  monnaies  qui  commé- 
morent cette  alliance  donnant  au  Mérinide  le  titre 
amir  al-muminîn  et  au  Nasride,  le  titre  amir  al-rnasli- 
mîn,  il  se  peut  que  le  second  ait  reconnu  la  suzerai- 
neté du  premier  l  et  que  celui-ci  ait  saisi  ce  prétexte 
pour  prendre  le  titre  éminent  des  califes.  On  sent 
bien  que  cet  échec  au  califat  hafside  était  dès  lors  le 
but  de  la  politique  mérinide,  et  ce  moyen  détourné 
d'y  parvenir  n'est  que  trop  naturel  chez  un  souve- 
rain de  ce  pays  et  de  ce  temps.  Mais  encore  une  fois, 
aucun  fait  positif  ne  m  autorise  à  donner  cette  expli- 
cation pour  autre  chose  qu  une  hypothèse  plausible  2. 

H  semble  que  'Uthmân  II  n'imita  point  la  tentative 
de  Sulaimân,  puisque  les  documents  officiels,  on  Ta 
vu,  l'appellent  amir  al-iniislimin*.  Il  est  vrai  que  le 

1  On  sait  que  depuis  la  mort  du  dernier  calife  de  Bagdad ,  suze- 
rain nominal  du  premier  Nasride,  les  successeurs  de  celui-ci  s'ap- 
puyaient volontiers  sur  les  Mérinides ,  dans  leur  lutte  inégale  contre 
les  chrétiens  d'Espagne. 

2  Rappelons  à  ce  propos  que  d'après  Slâwi,  II,  i4,  1-  20,  et 
3q,  1.  22,  la  suzeraineté  hafside  avait  été  secouée  déjà  par  le 
Mérinide  Wqùb,  après  ses  victoires  au  Maroc,  et  qu'après  la 
prise  de  Tlemcen ,  son  fils  Yusuf ,  recherché  par  les  deux  Ilafsides 
rivaux,  était  de  fait  le  premier  souverain  de  l'Afrique  :  uJLlI  JUU 

3  Voir  plus  haut,  p.  296,  n.  2,  et  plus  loin  p.  3o3,  n.  3.  Ces  docu- 
ments sont  si  nombreux  et  si  positifs,  puisqu'il  s'agit  de  textes  ori- 
ginaux arabes,  que  l'attribution  à  'Uthmân  11  d'une  monnaie  non 
datée,  au  nom  d'Abù  Sa'îd    UUimân  n.  nl-nm'minin  parait  douteuse; 


TITRES  CALIF1ENS  D'OCCIDENT.  301 

début  de  son  règne  fut  troublé  par  des  rivalités  de 
famille  et  des  querelles  intestines.  Mais  un  événe- 
ment allait  lui  fournir  l'occasion  de  préparer  une 
nouvelle  tentative  califienne.  En  y3o  (i33o),  le 
Hafside  de  Tunis ,  Abu  Bakr  II ,  vaincu  par  les  Ziya- 
nides ,  dépouillé  par  eux  de  sa  capitale  et  réfugié  à 
Bougie,  implora  l'assistance  du  Mérinide,  qui  s'em- 
pressa de  conclure  avec  lui  un  traité  sur  la  base  d'une 
alliance  contre  Tleincen.  Voilà  ce  que  le  Mérinide 
donnait  au  Hafside;  voici  maintenant  ce  qu'il  en 
tirait  pour  lui-même.  Les  envoyés  hafsides  qui  rap- 
portèrent le  traité  à  leur  maître  étaient  accompagnés 
par  deux  agents  mérinides  chargés  de  négocier  un 
mariage  entre  Abu  1-Hasan  'Ali,  le  fils  du  Méri- 
nide. et  une  fille  d'Abû  Bakr.  La  princesse  hafside 
fut  reçue  au  Maroc  avec  une  magnificence  inouïe, 
sous  laquelle  on  devine .  du  côté  mérinide ,  une  joie 
à  peine  dissimulée  de  ce  beau  succès  diplomatique. 
La  fiancée  n'était  pas  arrivée  à  Fes  que  'Uthmân  II 
succombait;  son  fils  'Ali  fut  immédiatement  pro- 
clamé ,  puis  marié  \. 

Ainsi ,  son  alliance  avec  la  fille  d'un  amir  al-mami- 

voir  Sobkt,  Lettre  à  Bartholomae ,  i858,  II,  10.  Si  la  lecture  de 
Soret  est  exacte,  sa  monnaie  appartient  peut-être  à  Ttbmân  III. 
En  effet,  MM.  W.  Marrais  et  Bel  m'écrivent  que  les  deux  manu- 
scrits Alger,  n*  1737',  et  Tlemcen,  n*  sa,  de  la  Raada ,  dédiée 
à  Tthmân  III,  l'appellent  a.  al-miïminin  dans  la  dédicace,  rédigée 
peut-être,  sous  ce  rapport,  avec  plus  de  soin  que  le  reste  de  l'ou- 
vrage; cf.  plus  haut,  p.  2  02  ,  n.  1,  et  295 v  n.  1. 

1  Voir  Ib*  Khaldûx ,  Berbères,  II,  472  suiv.;IU,  407  suiv. ;  IV , 
209  suiv.;  Zarka^hi,  55  '100'  suiv.;  Slàwi,  H,  56  suiv.;  Matera, 
Histoire  de  t  Afrique,  II,  277. 

IX.  20 

ni» 


302  MARS-AVRIL    1007, 

nîn  valait  au  nouveau  Mérinide  un  prestige  qu'allait 
rehausser  le  succès  de  ses  armes  *.  De  son  beau-père , 
il  accueille  dès  lors  non  des  ordres ,  mais  des  prières  2. 
Il  envoie  des  ambassades  au  sultan  d'Egypte  et  des 
cadeaux  aux  villes  saintes 3.  En  7 k  7  (  1 3  46  )  s  un  nou- 
veau mariage  avec  une  autre  fille  d'Abû  Bakr  '  allait 
resserrer  ces  liens  de  parenté ,  quand  la  mort  de  celui- 
ci  vint  donner  enfin  au  Mérinide  l'occasion  de  recueil- 
lir les  fruits  de  sa  politique6» 

Si  l'on  voulait  encore  une  preuve  de  la  suprématie 
qu'il  avait  acquise,  on  la  trouverait  dans  un  auteur 
à  coup  sûr  impartial  entre  Hufsides  et  Mérinides. 
Dans  le  livre  que  j'ai  déjà  cité ,  Ghihâb  ad-dîn  cUmari , 
secrétaire  à  la  chancellerie  du  Caire,  parle  ainsi  de 
ces  derniers,  vers  Tannée  7/ii6  :  «Le  Mérinide, 
maître  du  Maroc 7,  est  le  sultan  Abu  1-Hasan  cAlî , 


1  Défaite  de  son  frère  rival,  prise  de  Gibraltar  et  de  Tlemced; 
voir  Ibn  Khaldun  ,  Berbères ,  III ,  409  suiv.  ;  IV,  212  suiv»  \  Yahyâ  ibn 
Khaldûn,i3g  (187)  suiv.;  Tanasi,  trad.  Barges,  52  suiv.;  Zar- 
kachi, 59  (108)  suiv.;  Slâwi,  II,  hj  suiv.;  BaRges,  Complément  de 
l'histoire  des  Beni-Zeiyan ,  7 1  suiv.  ;  Merc(£R  ,  Histoire  de  l'Afrique , 
II «  a 77  suiv. 

2  Par  exemple,  Ibn  Khaldun,  Berbères,  IV,  219,  238. 

3  Voir  Ibn  Khaldun,  Berbères,  IV,  2^9  suiv.;  Slâwi,  II,  61 
à  68  suiv.;  Mkrgibr,  Histoire  de  l'Afrique,  II,  387  suiv. 

4  A  la  suite  de  la  mort  de  la  première,  tuée  par  les  chrétiens  à 
Tarifa;  voir  Ibn  Khaldun,  Berbères»  IV,  1 33;  Zarkachi,  6)  (n3); 
Slâwi,  II,  66;  Mbrgikk,  Histoire  de  l'Afrique,  II,  286. 

4  Voir  Ibn  Khaldun,  Berbères,  IV,  a45;  Zarkachi,  64  (116) 
suiv.;  Slàwi,  II,  76;  MkRcïeA,  Histoire  de  l'Afrique,  II,  189  suiv. 

0  Sur  cette  date,  voir  plus  loin,  p.  3 10  suiv.  et  notes. 

7  Le  texte  porte  sâhib  barr  al-'idwa;  sur  la  vocalisation  de  ce 
dernier  mot ,  voir  Dozy  ,  Supplément ,  s,  t«. 


TITRES   CAL1F1ENS   D'OCCIDENT.  303 

fils  de  '(Jthmân,  des  Banû  cAbd  al-Haqq,  qui  sont 
des  Banû  Marin ,  qui  sont  des  Berbères.  Ces  Banû 
Marin  sont  devenus  rois  après  les  Almohades ...  Le 
roi  de  l'Andalousie  lui  a  promis  obéissance  et  le  mi 
de  Tunisie  lui  a  fait  sa  soumission  et  lui  a  offert  sa  fdle 
en  mariage ...  Ce  Mérinide  est  aujourd'hui  le  ivi  des 
mis  de  l'Occident1.  » 

Ainsi, 'Umari  proclame  qu'à  la  suite  de  son  mariage 
cAli  est  devenu  le  premier  souverain  de  l'Afrique  et 
de  l'Espagne  musulmane.  Mais,  pour  consacrer  en 
droit  public  cette  situation  de  fait ,  il  eût  fallu  que  le 
Mérinide  arrachât  à  son  beau-père  le  titre  éminent 
des  califes ,  que  ce  dernier  portait  en  vertu  des  tradi- 
tions hafsides  et  almohades2.  Oi\  tous  les  documents 
s'accordent  à  donner  à  cAlî  le  titre  héréditaire  des 
Mérinides ,  amîr  al-muslimîn.  A  défaut  de  monnaies 
attribuées,  nous  avons  de  lui  une  série  d'inscriptions 
et  de  diplômes  qui  sont  unanimes  sur  ce  point3.  Si 

1  Voir  Ta'rtf,  32  ;  cf.  plus  loin,  p.  3 10. 

5  Avec  le  titre  de  calife,  les  surnoms  imamiens  et  le  titre  généa- 
logique, comme  tous  les  Hafsides.  Pour  ses  monnaies,  voir  Lavoix, 
C.B.N.  ,  II,  4  to  suiv.  ;  Lahb-Poolb  ,  C.  B.  M»,  X,  1  a;  pour  ses  diplômes , 
de  Mas-Latrie,  Traités,  II,  3 18  suiv.  (mirabnomeni) ;  cf.  Zar- 
kacht,  54*  65  (99*  119);  Qairawàni,  1 35  (339). 

3  Voici ,  dans  Tordre  chronologique ,  la  liste  de  ses  inscriptions 
connues  à  ce  jour.  —  Mosquée  de  Sidi  Boa  Medine  près  Tlemcen  :  Inscrip- 
tions sur  le  bandeau  au-dessus  de  Tare  du  portail,  datée  7^9,  et 
sur  le  cavet  de  cet  arc ,  sans  date ,  toutes  les  deux  sans  titre  caii- 
fien  ;  voir  Barges,  Tlemcen»  397; Brosselard,  dans  Revue  africaine, 
1 859*  4o3*t  Marçais,  Monuments  de  Tlemcen,  240  suiv.  et  pi.  XVII.  — 
inscriptions  du  vestibule  derrière  le  portail,  du  mi^rab  dans  le 
sanctuaire,  et  acte  de  fondation  sur  un  pilier  de  celui-ci,  donnant 
toutes  les  trois  le  titre  a.  al-muslimin  à  'Ait ,  à  son  père  'Uthmân  II  et  à 

20. 


304  MARS-AVRIL    1907. 

l'on  veut  bien  en  parcourir  la  liste,  on  verra  que  le 
document  authentique  le  plus  récent  au  nom  de  cAlî , 

son  grand-père  Ya'qûb;  le  début  de  la  dernière,  qui  nomme  encore 
'Abd  al-Haqq ,  sans  aucun  titre,  est  reproduit  à  la  planche  ci-jointe, 
d'après  un  cliché  de  ma  collection.  Bien  qu'elles  ne  soient  pas 
datées,  on  peut  les  rapporter  à  l'année  739,  comme  la  première; 
voir  Barges  ,  Tlemcen ,  3oo  ;  Brosselard ,  dans  Revue  africaine ,  1869, 
4o5  suiv. ;  Marçais,  Monuments,  245,    n.  2   et  3,  25i  (lire  Abu 
Sacîd ,  au  lieu  de  Abu  Ya'qûb).  —  Palais  de  Mansoura  près  Tlemcen  : 
Les  chapiteaux  provenant  de  cet  édifice  et  conservés  dans  le  vesti- 
bule du  mausolée  de  Sidi  Bou  Medine  et  au  musée  de  Tlemcen , 
datés  de  745 ,  donnent  à  *Alî  et  à   son  père  'Uthmân  II  le  titre 
a.  al-muslimin  et   nomment  Ya'qûb  et  cAbd  al-Haqq  sans  titre;  voir 
Brosselard,   dans  Revue  africaine,    1859,   337;  Marçais,   Monu- 
ments,   208,    2  35,  n.    i;   Musée  de   Tlemcen,  n°  8    et   pi.  VI,  3. 
—  Medersa  de  Sidi  Bou  Medine  près  Tlemcen  :  L'inscription  sous  la 
coupole,  datée  de  747,  donne  à  'Alî  le  titre  a.  al-muslimin,  avec 
celui  d'imam  (style  libre),  et  nomme  son  père  uthmân  II  sans  titre; 
voir  Brosselard ,  dans  Revue  africaine,  1859,  ^°^  suiv.;  Marçais, 
Monuments ,  277.  J'ai  contrôlé  sur  place  toutes  ces  inscriptions,  sauf" 
la  dernière.  —  Cimetière  de  Chella,  près  Rbât,  Maroc  :  L'épitaphe  de 
'Alî,  datée  de  762 ,  lui  donne,  entre  autres  titres,  ceux  de  calife, 
imam  et  a.  al-muslimin,  ainsi  qu'à  son  père  'Uthmân  II  et  à  son 
grand-père  Ya'qûb,  et  nomme  'Abd   al-Haqq  sans  titre;  leite  de 
Saavedra,  dans  Boletin  de  laR.  Academiade  la  historia,  1888,  XII, 
5o4   suiv.;    traduction  de  Tissot,   dans  Bulletin  de  la  Société  de 
géographie   de   Paris,  1876,  II,  271    suiv.   —  L'épitaphe    de   sa 
femme,  datée  de  750,  l'appelle  a.  al-muslimin  ibn  al-khulafa   al- 
a'imma  al-uzama  al-aîyân  ;  texte  de  Saavedra  ,  loc.  cit. ,  et  de  Ri  eu  , 
Supplément  to  the  Catalogue  of  the  Arabie  mss.  in   the  British  Mu- 
séum ,  n°  6o5  ;  traduction  de  Tissot  ,  loc.  cit.  —  Musée  de  Tlemcen  : 
Inscription  non  datée  au  nom  d'Abu  1-Hasan ,  a.  al-muslimin  ;  voir 
Marçais,  Musée  de  Tlemcen,  n°   218,  pi.  XII,  3. —  Medersa  del- 
Qsar  el-Kebir  :  L'inscription  deFâris,  citée  plus  haut,  p.  2  55,  donne 
le  titre   a.  al-muslimin  h  'AH,  à  'Uthmân  II  et  à  Ya'qûb,  et  nomme 
cAbd  al-Haqq  sans  titre. 

Voici  d'autre  part  la  liste  des  documents  de  chancellerie  :  Un 
traité  de  i339,  entre  (A1I  et  Jacques  II  de  Majorque,  donne,  dans 


TITRES  CAL1FIENS  D'OCCIDENT.  305 

son  épitaphe,  datée  de  rabîc  in  7 5 2  (mai  1 35 1) , 
l'appelle  amîr  al-maslimîn ,  tandis  que  le  document 
authentique  ie  plus  ancien  au  nom  de  son  fils  Fâris, 
Tépitaphe  de  sa  mère,  datée  de  radjab  *]5o  (sep- 
tembre 1 34g),  c est-à-dire  de  vingt  mois  auparavant, 
appelle  Fàris  amîr  al-muminin.  Que  s'est-il  passé  qui 
puisse  expliquer  cette  apparente  anomalie  d'un  titre 
califîen  éminent  pris  parle  fds,  dès  avant  la  mort  de 
son  père ,  qui  porte ,  jusqu'au  dernier  jour,  un  titre 
sub-califien  ?  Pour  expliquer  ce  fait ,  il  suffit  de  rappe- 
ler les  derniers  événements  du  règne  d'Abu  1-Hasan. 


VI 

Depuis  longtemps,  dit  Ibn  Khaldûn,  'Alî  avait 
des  vues  sur  la  Tunisie  et ,  sans  les  égards  qu'il  devait 
à  son  beau-père,  il  aurait  déjà  tenté  la  conquête  de 
ce  pays.  A  la  mort  d'Abû  Bakr,  les  querelles  de  sue- 
le  texte  arabe,  le  titre  a.  al-muslinUn  à  'Alî,  à  'Uthmân  II  et  à 
Ya'qûb,  et  nomme  rAbd  allia qq  sans  titre;  voir  Champollion  et 
Reinaud,  Documents  historiques,  I,  1 12  ;  de  Mas-Latrie,  Traités, 
II,  193.  Ce  même  titre  est  donné  à  'Ali,  en  traduction  espagnole 
(rey  de  los  creyentes)  et  en  transcription  (almiramuzlemin) ,  dans 
deux  documents  de  i344;  voir  de  Mas- Latrie,  Traités,  supplé- 
ment, G4,  65.  Dans  une  lettre  au  sultan  d'Egypte  Isma'îl,  datée  du 
26  safar  745  (9  juillet  i344)  et  rédigée  à  la  chancellerie  mérinide, 
le  protocole  de  CA1Î  est  tout  à  fait  conforme,  en  ce  qui  concerne 
les  titres  califiens,  à  tous  les  documents  arabes  cités  jusqu'ici ,  c'est- 
à-dire  qu'il  donne  le  titre  a.  al-muslimin  à  'Alî,  à  'Uthmân  II  et  à 
Ya'qûb,  et  nomme  'Abd  al-Haqq  sans  titre;  voir  Slàwi,  II,  68. 
Dans  un  traité  de  i358,  entre  Fàris  et  la  ville  de  Pise,  'Alî,  son 
père  et  son  grand-père  sont  appelés  aussi  a.  al-muslimin;  voir  A  mari, 
Dijiiomi,  appendice,  1  ;  cf.  plus  haut,  p.  2 53,  n.  1,  et  296,  n.  2,  fin. 


300  MARS-AVRIL    1907. 

cession  soulevées  par  ses  fils  lui  fournirent  le  prétexte 
qu'il  attendait  pour  intervenir  en  Tunisie.  Ce  pré- 
texte, c'était  de  punir  TJmar,  un  fils  d'Abû  Bakr,  qui 
s'était  emparé  du  trône  en  faisant  périr  son  frère 
Ahmad,  désigné  par  leur  père  comme  son  héritier, 
avec  l'approbation  et  la  signature  du  Mérinide  *A/iJ. 
Ainsi,  détail  bien  significatif,  le  Hafside,  suzerain  de 
droit,  consultait  le  Mérinide ,  suzerain  de  fait,  sur 
lacté  le  plus  important  de  sa  politique  intérieure ,  le 
choix  d'un  successeur. 

En  mars  1  3^7 ,  cAlî  quitte  le  Maroc  à  la  tôte  de 
son  armée  et  confie  la  régence  de  Tlemcen  à  son 
fils  Abu  Inân  Fâris.  Après  avoir  pris  Bougie  et  Con- 
stantine  et  reçu  la  tête  du  prétendant  cUmar,  qui  lui 
av  ait  fourni  son  casus  belli ,  cAli  fait  son  entrée  à  Tunis , 
en  septembre  1 3^7 ,  et  le  18,  il  reçoit  l'hommage 
officiel  de  sa  nouvelle  capitale.  Dès  lors,  il  est  le  sou- 
verain du  royaume  hafside  et  ne  songe  plus  qu'à 
consolider  sa  conquête,  quand  des  tribus  arabes, 
mécontentes  du  nouveau  régime,  s'avisent  de  lui  op- 
poser, comme  prétendant  au  califat,  un  obscur  reje- 
ton de  la  famille  mouminide8;  cet  incident  marque 

1  Sur  ce  prétexte  et  la  campagne  de  Tunisie,  voir  Ibn  Khaldûn, 
Berbères,  III,  a6  suiv.;  IV,  a«6  suiv. ,  surtout  268,  où  l'on  voit  bien 
que  'Ali  voulait  prendre  la  Tunisie  pour  lui-même,  et  non  pour  la 
rendre  au  prétendant  hafside  de  son  choix;  Prolégomènes,  I,  xxvii 
suiv.;  Yahyà  ibn  Khaldûn,  1,  i/M  (192)  suiv.;  Ibn  Qunfudb,  dans 
J.  as.,  V  série,  XX,  225  suiv. ;  Zarkachi ,  67  (ia3)  suiv.,  i53 
(276);  Qairawàni,  i36  (241)  suiv.;  Slàwi,  H,  75  suiv.;  Mbrcikr, 
Histoire  de  f  Afrique,  II,  290  suiv. 

'  Ibn  kuALDÛN,  Berbères,  III,  33  suiv.,  dit  qu'on  lui  remit  les 
emblèmes  de  la  souveraineté,  parmi  lesquels  figurait  sans  doute  le 


TITRES  CALIFIENS  D'OCCIDENT.  307 

le  début  des  désastres  du  Mérinicle.  Vaincu  par  les 
rebelles  à  Kuirouan,  en  avril  1 348,  CAJÎ  se  fortifie  à 
Tunis  et  parvient  à  les  contenir  ;  mais  la  réaction  haf- 
side  lui  enlève  Constantine,  Bône  et  Bougie,  et  des 
événements  autrement  graves  allaient  le  rappeler 
précipitamment  en  Occident. 

L'émir  Fâris ,  gouverneur  du  Magreb  central  en 
1  absence  de  son  père,  vit  arriver  à  Tlemcen  des 
échappés  du  désastre  de  Kairouan ,  qui  lui  racontèrent 
que  celui-ci  avait  perdu  la  vie  dans  le  combat.  Il  crut 
ou  feignit  de  croire  à  des  récits  qui  servaient  si  bien 
son  ambition  ]  et  se  fit  proclamer  à  Tlemcen ,  en 
juin  1 348 9,  puis  marcha  en  toute  hâte  sur  Fes,  que 
lui  disputait  un  rival  ;  bientôt  Fàris  fut  maître  de  tout 
l'empire  mérinide.  C'est  alors  que  son  père,  enfermé 
dans  Tunis  avec  quelques  partisans  fidèles,  dépouillé 
tout  à  la  fois  du  Maroo  par  son  fils,  de  Tlemcen 
par  les  Ziyanides  restaurés  et  de  la  Tunisie  par  de 
nouveaux  prétendants   hafsides,  résolut   de  tenter 

titre  a.  al-mu'minin.  Zarkachi,  70  (128),  l'appelle  le  dernier  calife 
mouminide,  et  Qairawàni,  i3g,  1,  1  (246),  dit  qu'il  fut  élevé  au 
califat;  cf.  Slàwi,  II,  77  suiv. 

1  Abu  'Inân,  dit  Ibn  Khaldun,  était  rempli  d'ambitioq;  Berbères, 
IV,  327. 

5  Voir  Ijw  Kh^pûh ,  Berbèr§st  III,  38  iuiv.,  44  m  IV,  »7^  iuiv,  \ 
Yabyà  ibn  Khaldùn,  i46  (194);  Ion  Qcnfudh,  tom.  cit.,  226» 
Zarkachi,  71  (i3o);  Qairawàni,  139  (247);  Slàwi,  II,  80  ; 
Mbrgikr,  Histoire  de  l'Afrique .  II,  296.  Le  premier  de  ces  chroni- 
queurs semble  préoccupé  d«*  décharger  Fàris,  en  montrant  qu'il 
croyait  de  bonne  foi  à  la  mort  de  son  père;  mais  on  connaît  par 
son  autobiographie  les  rapports  personnels  qu'il  avait  eus  avec  ce 
prince,  dont  il  a  peut-être  voulu  ménager  la  mémoire. 


308  MAKS-AVRIL   1907. 

un  dernier  coup  la  fortune.  Il  s'embarque  en  dé- 
cembre 1 3^9 ,  fait  naufrage  et  débarque  à  Alger, 
presque  seul,  dépouillé  de  tout,  sans  autre  ressource 
qu'une  indomptable  énergie.  H  rassemble  à  la  hâte 
une  armée.  Vaincu  près  d'Alger  par  les  troupes  de 
Fâris,  il  voit  mourir  à  ses  côtés  le  dernier  fils  resté 
fidèle  à  sa  cause;  il  se  sauve  à  travers  la  Mitidja ,  puis 
dans  l'Atlas,  et  pâment  à  grand'peineà  Sidjilmâsa. 
Poursuivi  par  son  fils ,  il  réussit  à  rentrer  à  Marrakech , 
puis  battu  près  de  cette  ville,  en  mai  i35o,  il  s'en- 
fuit dans  la  montagne ,  où  Fâris  le  harcèle ,  l'atteint 
et  l'oblige  à  abdiquer  en  sa  faveur1.  C'est  là  qu'il  mou- 
rut, en  mai  1 35 12;  Fâris  fit  transporter  son  corps  à 
Marrakech,  puis  à  Chella,  dans  la  nécropole  royale, 
où  se  lit  encore  son  épitaphe. 

Le  récit  dramatique  et  fidèle  d'ibn  Khaidûn ,  qui 
se  trouvait  alors  à  Tunis ,  fait  bien  comprendre  ce 
qui  s'est  passé.  Maître  de  la  Tunisie,  héritier  des 
Hafsides,  cAlî  allait  prendre  ce  titre  amîr  al-mu'minîn 
qui  était  l'apanage  des  successeurs  de  *Abd  al-Mu'min. 
L'a-t-il  réellement  porté?  Dans  tous  les  documents, 
postérieurs  à  la  conquête  de  la  Tunisie ,  dans  lesquels 
cAlî  porte  un  titre  califien ,  c'est-à-dire  dans  son  épi- 
taphe à  Chella  et  dans  les  inscriptions  et  traités  de 
Fâris,  ce  titre,  on  l'a  déjà  dit,  est  invariablement 


1  Voir  Ibw  Khàldûn  ,  Berbères,  M , 434  ;  IV. 29 1  suiv. ;  Yahyâ  ibn 
Khaidûn,  i55  (ao5)  suiv.;  Zarkachi,  74  (i36)  suiv.,  Slàwi,  II, 
83  suiv.;  Mercier,  Histoire  de  l'Afrique,  II,  3oo  suiv. 

*  D'après  son  épitaphe,  citée  plus  haut;  voir  la  discussion  de 
celte  date  dans  Saavkdra  ,  loc.  cit. 


TITRES  CALIFIENS  D'OCCIDENT.  309 

amîr  al-muslimin.  Il  est  vrai  que  ces  témoignages  ne 
sont  pas  absolument  sûrs,  puisqu'ils  procèdent  tous 
de  la  chancellerie  de  Fâris,  qui  pouvait  avoir  intérêt 
à  ne  pas  laisser  donner  à  son  père ,  même  rétrospec- 
tivement ,  le  titre  amîr  al-muminîn.  H  y  a  encore  un 
témoignage  concordant  qu'on  pourrait  considérer,  à 
première  vue ,  comme  définitif,  puisque  c'est  celui 
d  un  témoin  oculaire.  Ibn  Batûta  raconte  qu'étant  au 
Caire  en  safar  y5o  (avril-mai  1 3 4 9 ) ,  il  apprit  la  nou- 
velle de  l'usurpation  de  Fâris.  Il  lui  donne  ici, 
comme  ailleurs ,  les  titres  califiens ,  avec  celui  d'amîr  al- 
muminîn,  et  emploie,  pour  désigner  son  acte,  des 
euphémismes  qui  s'expliquent  assez  sous  la  plume  de 
ce  courtisan  de  Fâris.  Cet  événement  le  décide  à  ren- 
trer à  Fes.  Il  s'embarque  aussitôt  et,  de  cabotage  en 
cabotage ,  il  arrive  à  Tunis  après  beaucoup  d'ennuis , 
dit-il ,  car  cette  ville  était  alors  assiégée  par  les  Arabes 
et  gouvernée  par  Abu  1-Hasan  cAlî.  Il  arrivait  donc  au 
seul  moment  où  ce  prince,  assiégé  dans  Tunis  après 
le  désastre  de  Kairouan,  pouvait  porter  le  titre  émi- 
nent  des  Hafsides,  qu'il  venait  de  renverser.  Or,  Ibn 
Batûta  lui  donne,  au  milieu  d'un  long  protocole,  le 
titre  amîr  al-muslimîn,  qu'il  donne  aussi  à  ses  ascen- 
dants cUthmân  II  et  Ya'qûb ,  et  nomme  enfin  cAbd 
al-Haqq,  sans  aucun  titre1.  Mais  ce  protocole  est  à  la 
fois  si  correct  et  si  conforme  à  celui  des  inscriptions 
et  des  traités  de  Fâris2,  qu'il  ne  semble  pas  douteux 
qu'Ibn  Batûta,  en  bon  courtisan  de  Fâris,  ne  l'ait 

1  Voir  Ibn  Batûta,  IV,  326  suiv.f  375. 

2  Voir  plus  haut,  p.  296,  n.  2,  et  3o3,  n.  3. 


310  MÀRS-AVHIL  1907. 

emprunté  à  sa  chancellerie;  Si  curieux  qu  soit,  le 
témoignage  du  voyageur,  absolument  conforme  au 
point  de  vue  de  Fâris,  n'est  donc,  au  point  de  vue 
de  cAlî ,  pas  plus  sûr  que  les  documents  officiels  de 
Fàris ,  car  il  est  évident  que  si  son  père  a  pris  à  Tunis 
le  titre  amîr  al-mu'minîn ,  Ibn  Batûta ,  dont  le  livre  est 
dédié  à  Fâris,  devait  bien  se  garder  de  le  dire. 

Le  seul  document  où  je  trouve  *Alî  appelé  amîr 
aUmviminîn ,  c'est  le  protocole  des  Mérinides  h.  la  chan- 
cellerie du  Caire,  que  Chihâb  ad-dîn  cUmari  donne 
a  la  suite  de  son  morceau  sur  les  Mérinides1.  Dans 
la  longue  série  des  titres  de  ce  protocole,  je  relève, 
après  suljân  et  plusieurs  épithètes  et  titres  composés , 
ceux  d'amîr  aLmu'minîn  et  qâ'id  aUmawatihidîn ,  c'est- 
à-dire  deux  titres  almohades  par  excellence,  enfin 
baqiyyat  as-salaf  alrkarîm,  qui  fait  allusion  aux  pré- 
tentions généalogiques  des  Mérinides.  Ces  titres,  qui 
s  adressent  à  'Ali  lui-même,  nommé  expressément  par 
cUmari  comme  souverain  régnant,  sont  d  autant  plus 
frappants  qu'un  peu  plus  loin,  l'auteur  ajoute  :  «  On 
fait  suivre  son  nom  de  ceux  de  ses  ancêtres  jusqu'à 
*Abd  al-Haqq,  en  donnant  à  chacun  d'eux  le  titre 
(tmir  aUmuslimîn  ».  A  moins  dune  faute  de  copiste,  il 
semble  bien  que  le  diplomate  oppose  intentionnelle- 
ment oe  titre  des  premiers  Mérinides  au  titre  supérieur 
qu'il  attribue  au  Mérinide  régnant. 

Le  Tarif  passe  pour  avoir  été  écrit  en  7  4 1 2  ;  peut- 

1  Voir  Tarif,  a3;  cf.  plus  haut,  p.  3oa. 

2  Voir  liROCKELMANif ,  Geschichtê  der  arabisohen  Litteratur,  II,  1 4 1 , 
qui  ne  donne  pas  la  source  de  cette  information. 


TITRES   CALIFÏENS   D'OCCIDENT.  311 

être  est-il  de  -](\<x  ,  mais  il  n'est  guère  possible  d'en 
avancer  encore  la  date1.  Dès  lors,  on  peut  suggérer 
deux  hypothèses  : 

Ou  bien  cAlî  recevait  de  l'Egypte,  dès  Tannée  7 k  1 
ou  *jl\i ,  sans  doute  à  la  suite  de  ses  relations  diplo- 
matiques avec  le  sultan  Muhammad  2,  un  titre  qu'il 
n'osait  pas  encore  prendre  officiellement  dans  ses 
États,  par  égard  pour  son  beau-père; 

Ou  bien  le  passage  cité  du  Tarif*  été  retouché 
plus  tard,  après  la  conquête  de  la  Tunisie  par  'AH, 
hypothèse  peu  vraisemblable ,  puisque  celui-ci  put  h 
peine  exercer  ses  droits  de  souveraineté  hafside  et 


1  L'auteur  donne,  83  suiv. ,  le  protocole  anonyme  d'un  sultan 
d'Egypte  désigné  comme  le  fils  du  sultan  décédé  Muhammad.  Celui-ci 
étant  mort  un  des  dern  iers  jours  de  Tannée  7  4 1 ,  ce  protocole  a  été  rédigé 
sans  doute  en  74*,  année  durant  laquelle  trois  fils  de  Muhammad 
occupèrent  successivement  le  trône  d'Egypte;  voir  Wkil,  Geschichte 
der  Chalifen ,  IV,  409  suiv.  D'autre  part,  47 1  parlant  du  souverain 
de  Sarày,  l'auteur  dit  que  sous  le  règne  du  sultan  Néfir  (  Muhammad  ) , 
ce  prince  était  Uzbek-khàn  et  il  ajoute  t  «  Aujourd'hui ,  la  royauté 
appartient  à  l'un  de  ses  enfants,  Tini-bek  ou  Djâni-bek,  plutôt  au 
premier,  à  ce  que  je  pense.»  Or  Utbek,  mort  en  741,  a  eu  pour 
successeur  Tini-bek ,  lequel  fut  remplacé  la  même  année  par  Djâni- 
bek;  voir  Hammer,  Geschichte  der  goldenen  Horde,  3o4  suiv.; 
Praehn,  Mùnzen...  der  yoldenen  Horde,  6  suiv.;  La  ne- Pools, 
C.B.  M.,  VI,  118  suiv.,  et  les  autres  sources  numismatique*; 
IIoworth,  History  of  the  Mongols,  II  a,  171  suiv,,  et  les  sources 
citées;  Lane-Poole,  Mohammadan  dynasties ,  a3o.  Le  gouvernement 
égyptien,  resté  en  excellents  termes  avec  celui  d'Lzbek,  à  la  suite 
du  mariage  de  Muhammad  avec  une  princesse  mongole,  TImari 
l'atteste  lui-même  dans  ce  passage,  ne  peut  avoir  ignoré  au  delà 
de  l'année  743  la  mort  de  Tini-bek  et  l'avènement  définitif  de 
Djâni-bek. 

*  Voir  les  sources  citées  plus  haut,  p.  3oi,  n.  3. 


312  MARS-AVRIL   1907. 

qu'il  n'eut  guère  le  temps,  occupé  qu'il  était  de  tous 
côtés,  de  correspondre  à  ce  sujet  avec  la  chancellerie 
du  Caire. 

Je  me  rallierais  donc  à  la  première  alternative,  si 
elle  n'était  en  pleine  contradiction  avec  un  autre 
document  fort  curieux,  publié  par  Slâwi.  Bien  que 
cet  auteur  n'en  donne  pas  la  source,  la  correction  du 
style  de  cette  pièce  lui  donne  un  air  d'authenticité 
qu'aucun  autre  indice  n'autorise  à  révoquer  en  doute. 
Il  s'agit  de  la  réponse  du  sultan  d'Egypte  Ismacîl  à  une 
lettre  que  le  sultan  cAlî  lui  avait  envoyée  par  une 
ambassade.  Datée  de  ramadan  ylib  (janvier  1 345) 
et  rédigée  à  la  chancellerie  du  Caire,  cette  lettre 
débute  par  le  protocole  d'Isma^l,  dont  les  termes 
parfaitement  corrects,  quand  on  les  compare  aux 
documents  égyptiens ,  me  paraissent  un  sûr  garant  de 
l'authenticité  de  ce  qui  suit ,  c'est-à-dire  du  protocole 
attribué  à  cAlî  par  la  chancellerie  du  Caire;  or,  ce 
protocole  ne  renferme  que  des  titres  royaux  et  n'ac- 
corde même  pas  à  cAli  le  titre  amir  al-muslimîn ,  qu'il 
donne  à  son  père  cUthmân  II  et  à  son  grand-père 
Yacqûb l.  Cette  omission  ne  saurait  être  fortuite  et  dès 
lors  il  semble  bien  qu'il  faut  admettre  une  erreur 
dans  le  texte  de  cUmari  et  que  cAlî  n'était  pas  reconnu 
en  Egypte  comme  amîr  al~muyminin2. 


1  Voir  Slâwi,  II,  72  suiv.  La  lettre  de  cAlî  à  Isma'il,  publiée 
par  le  même  auteur,  a  été  citée  plus  haut,  p.  3o3,  n.  3  à  la  fin. 

3  On  a  vu  plus  haut,  p.  293,  que  le  gouvernement  égyptien  ne 
pouvait  sans  cloute  reconnaître  d'autre  a.  al-muminin  que  le  calife 
ahhasside  du  Caire,  pivot  de  sa  politique. 


TITRES  CAL1FIENS  D'OCCIDENT.  313 

Ce  titre ,  que  la  conquête  de  Tunis  allait  lui  per- 
mettre enfin  de  prendre  dans  toute  l'Afrique,  son  fils 
le  lui  arrache  avec  l'empire  mérinide.  Fàris  le  prit-il 
du  jour  où  il  se  fit  proclamer  à  Tlemcen,  au  début 
de  Tannée  7  48?  On  peut  le  croire,  puisqu'il  figure 
déjà  dans  i'épitaphe  de  sa  mère,  morte  en  ra- 
djah 700 '.  Ne  l'usurpa-t-il  qu'en  arrachant  à  son  père 
mourant,  l'année  suivante,  les  droits  de  succession 
au  trône?  C'est  encore  possible,  car  I'épitaphe  de  sa 
mère  peut  avoir  été  rédigée  plus  tard,  en  même 
temps  que  celle  de  son  père,  en  7 5 2.  Je  pencherais 
vers  la  première  hypothèse ,  en  me  demandant  si  le 
motif  secret  qui  poussa  Fàris  a  faillir  à  ses  devoirs 
les  plus  sacrés,  en  trahissant  son  père  à  Tlemcen, 
ne  fut  pas  précisément  la  tentation  de  s'emparer  du 
titre  éminent  des  Hafsides.  Fàris  était  un  ambitieux 
sans  scrupule ,  mais  un  politique  avisé.  Pour  le  pous- 
ser à  un  acte  aussi  grave,  politiquement  pariant,  il 
semble  bien  qu'il  ait  fallu  quelque  chose  de  plus  que 
les  récits  des  fuyards  de  Kairouan  ;  ce  quelque  chose, 
ne  fut-ce  point  le  titre  amir  al-miiminin?  Toujours 
est-il  que  Fàris  le  portera  désormais  dans  tous  ses 
actes,  concurremment  avec  les  Hafsides  restaurés, 
qui  le  reprennent  à  partir  d'Ahmad  Ier,  dans  leurs 

1  Voir  plus  haut,  p.  9  54.  C'est  sans  doute  par  hasard  que  dans 
son  llistoria  de  Marruecat ,  32  5,  le  P.  Castellanos  dit  qu'Abù"  'Inàn  se 
fit  proclamer  a.  al-mnminin  à  Fes ,  car  cet  historien  peu  précis  n'a 
certainement  pas  vu  le  problème  qui  s'attache  à  ce  titre ,  puisque 
plus  haut,  266,  il  l'attribue  à  l'Almoravide  Yûsuf  ibn  Tàchfîn  et 
à  ses  successeurs ,  propageant  ainsi  une  erreur  que  j'ai  déjà  relevée, 
plusieurs  fois. 


314  MAHS-AVIUL   1907. 

documents  officiels1.  C'est  ulors,  et  comme  pour 
maintenir  ses  prétentions  au  califat  éminent,  qu'il 
entreprend  à  son  tour  cette  longue  campagne  de 
Tunisie  qui  devait  aboutir,  en  758,  à  un  échec 
devant  Tunis2. 

On  comprendra  mieux,  maintenant,  ce  curieux 
passage  des  Prolégomènes  d'Ibn  Khaldûn  :  «  Les  pre- 
miers souverains  mérinides  ayant  conservé  les  mœurs 
de  la  vie  nomade ,  suivirent  l'exemple  des  Almora- 
vides  et  se  contentèrent  du  titre  amir  al-muslimîn.  Ils 
agissaient  ainsi  par  égard  pour  la  dignité  du  califat 
dont  ils  reconnaissaient  la  suprématie,  c'est-à-dire  des 
Mouminides  d'abord,  et  ensuite,  des  Hafsides.  Puis, 
ceux  qui  régnèrent  dans  les  derniers  temps  s'attribuèrent 
le  titre  amîr  al-mu'minîn  et  y  prétendent  encore  aujour- 
d'hui5» » 

Dans  son  autobiographie,  Ibn  Khaldûn  raconte 

1  Numismatique  :  Lare-PoolB,  C.B.  M..  V,  55  suiv.;  Layoi\, 
C.  B.  N.,  H,  4*5  •uiv.  —  Diplomatique  :  AilARi,  Diplomi,  98,  112, 
u5,  ia3,  i5i,  169,  3o3;  Dt  Mas-Latrie,  Traité*,  11,  55,  71, 
i45,  23a,  237,  244 ♦  25o,  345,  355  ,  36 1,  etc.;  cf.  Ibn  khaldûn, 
Zarkachi  et  Qairawâni,  passim. 

9  Voir  Ibs  KhaldO*,  Berbères,  III,  47  à  58,  437;  IV,  295  à 
3i4;  Zarkachi,  79  À  84  (1 45  à  1 55);  Qairawâni,  140(949)  suiv.t 
Siâwi,  II,  90,  99  suiv.;  Mercier,  Histoire  de  l'Afrique,  II,  3 10 
suiv.  U  fut  même  proclamé  et  reconnu  à  Tunis  dorant  les  deux 
mois  que  son  armée  s'y  maintint,  sans  cloute  à  titre  de  calife,  bien 
que  la  traduction  française  de  Qairawâni,  qui  emploie  ce  ternie, 
rende  un  peu  trop  précisément  l'arabe  bai  a  du  texte. 

3  Voir  lin  Khaldûk,  Prolégomènes,  I,  468.  Dans  le  texte  de 
Boulaq,  I,  192,  on  lit  deux  fois  a.  al-muminin,  ce  qui  oie  tout 
sens  à  ce  passage  important;  cf.  Berbères,  III,  364  suit» 


TITRES  C.AL1F1ENS  D'OCCIDENT.  315 

qu'il  écrivit  les  Prolégomènes  et  Y  Histoire  (les  Berbères 
entre  les  années  i3y5  et  13801.  Ce  passage  a  donc 
été  rédigé ,  probablement,  sous  le  règne  du  Mérinide 
AJiniad  Ier»  lequel  porte  de  nouveau  le  titre  amir  al- 
maslimîn,  comme  d'autres  successeurs  de  Farts,  autant 
qu  on  peut  en  juger  par  les  monnaies  de  ces  princes. 
En  effet,  leur  attribution  laisse  encore  à  désirer,  car 
il  règne  une  grande  confusion  de  noms  et  de  sur- 
noms dans  les  listes  monétaires  des  derniers  Méri- 
nides.  Toutefois,  l'attribution,  à  Ahmad  Ier,  d'une 
série  de  pièces  non  datées ,  au  nom  du  «  serviteur 
d'Allah  al-Mustansir  biliah  Ahmad ,  amir  al-musUmin  », 
frappées  à  Aiemmour,  Fes  et  Marrakech ,  cette  attri- 
bution ne  saurait  être  douteuse,  puisqu' Ahmad  Ier  est 
le  seul  Mérinide  de  ce  nom2.  Il  y  a  donc  désaccord 
entre  l'affirmation  d'Ibn  Khaldûn  et  le  témoignage 
des  monnaies ,  et  il  faut  admettre  ou  que  cet  auteur 
n'est  pas  tout  à  fait  précis  et  étend  abusivement  à 
tous  les  derniers  Mérinides  la  tentative  de  Sulaimân 

1  Voir  Prolégomènes ,  I,  LXVli;  III,  455;  WcSTesfkld,  Geschicht- 
sckrriber  dtr  Aruber,  196  à  199;  P0118  BoiGCES,  Ensajo  bio-biblin- 
grajico,  355;  BaoCkKUiAiift  ,  Geschichtê  der  arabise  hen  Litteratur, 
II,  a43.  I*es  Prolégomènes  furent  rédigés  d'un  premier  jet  en  1377 
et  retouchés  plus  tard. 

*  Voir  Laxe-Poolb,  C.  B.  M.,  V,  6a  suiv. ;  X,  20  suif.;  Lifoix, 
C.B.X»,  II,  45 1  suiv.;  Demaeght,  dans  Bulletin  de  la  Société  de 
géographie  et  &  archéologie  dOran,  1K87,  a35  suiv.  Ibn  Kbaldun 
se  borne  à  l'appeler  sultan,  sans  doute  par  prudence  diplomatique; 
Berbères,  III,  A76  suiv.;  IV,  4o5  suiv..  444  suiv.  A  la  même 
époque  régnait  à  Marrakech  un  cousin  d'Ahmad ,  l'émir  (  titre 
d'après  Berbères.  IV,  4o3  suiv.)  rAbd  ar-Rahmàn ,  auquel  La  voix, 
C.  B.  AT.,  II,  453,  attribue  une  monnaie  non  datée,  au  nom  du 
sayrid  'Abd  ar-Rahmàn  ibn  'Ali ,  sans  lieu  de  frappe  ni  titre  calilien. 


316  MARS-AVRIL    1907. 

et  de  Fâris ,  ou  que  les  successeurs  de  ce  dernier  pré- 
tendaient au  titre  amîr  al-muminîn,  sans  oser  l'affi- 
cher sur  leurs  monnaies. 

A  côté  de  ces  deux  hypothèses ,  également  plau- 
sibles ,  il  y  en  a  une  troisième  :  c'est  que  ce  passage 
d'Ibn  Khaldûn  a  été  rédigé  ou  retouché  plus  tard,  à 
l'époque  où  il  achevait  son  grand  ouvrage,  et  cette 
supposition  paraît  appuyée  par  le  fait  suivant. 
Quelques  manuscrits  de  cet  ouvrage  renferment  une 
dédicace  au  Mérinide  régnant,  quelle  nomme  Yainir 
al-muminin Abu  Fâris  cAbdal-cAzîz,fds.  .  .  deïamîr  ai- 
ma'minîn  [sic)  Abu  1-Hasan,  avec  des  eulogies  indi- 
quant qu'il  était  encore  en  vie.  De  Slane  a  montré 
que  ce  sultan ,  c'est-à-dire  cAbd  al-cAzîz  Ier,  était  mort 
à  l'époque  où  Ibn  Khaldûn  composa  son  ouvrage  ;  il 
en  conclut  que  la  dédicace  est  tronquée  dans  sa  par- 
tie généalogique  et  qu'elle  s'adresse ,  en  réalité ,  à  Abu 
Fâris  cAbd  al-'Azîz  II,  arrière-petit-fils  d'Abu  1-Hasan 
'Alî1,  qui  régna  de  muharram  706  à  safar  799 
(novembre  1 393  à  novembre  1 396)  2.  Le  savant  édi- 
teur aurait  pu  ajouter,  à  l'appui  de  son  hypothès  , 
que  l'ouvrage  d'Ibn  Khaldûn  s'arrête  précisément  au 
règne  de  ce  prince,  comme  on  l'a  dit  au  début  de 
cette  étude3. 

Or,  M.  Lane-Poole  a  publié  une  monnaie  au  nom 
de  *Abd  al-'Azîz  amîr  al-mu'minîn ,  qu'il  attribue  à 
*Abd  al-'Azîz  Ier,  peut-être  simplement  parce  que 

1  Voir  Prolégomènes ,  1,  cvill. 

2  J'emprunte  ces  dates  à  Slâwi ,  II ,  1  \  1  suiv. 

3  Voir  plus  haut,  p.  ?.\8  stfîv. 


TITRES  CAL1FIENS  D'OCCIDENT.  317 

cAJ)d  al-'Azîz  II  ne  lui  était  connu  que  par  son  sur- 
nom paternel  Abu  Fâris1.  Plusieurs  monnaies  attri- 
buées a  Abu  Fàris  c\bd  al-'Azîz  Ier  portant  le  titre 
amir  al-muslimin2,  il  est  permis  de  supposer  que  la 
monnaie  au  titre  amir  al-muminin  appartient  à  Abu 
Fàris  'Abd  al-cAzîz  II ,  précisément  celui  que  la  dédi- 
cace dlbn  Khaldûn,  d'après  la  correction  de  de  Slane, 
appelle  amir  al-miiminin. 

Bref,  à  travers  le  voile  qui  masque  encore  la  poli- 
tique des  derniers  Mérinides,  on  devine  que  les 
successeurs  de  Fâris,  s'ils  n'ont  pas  toujours  pris 
officiellement  le  titre  éminent  des  califes,  ont  tenté, 
eux  aussi,  d'en  faire  un  titre  dynastique,  et  que  ces 
tentatives  sont  toujours  en  fonction  de  leurs  rapports 
avec  les  Hafsides3.  Pour  en  faire  une  étude  complète, 

1  Voir  Laxk-Poole ,  C.  B.  M.,  V,  61,  n°  169;  Mokammadan 
dynasties,  58. 

*  Voir  Laxe-Poole,  C.  B.  >f. ,  V,  61;  La  voix,  C.  B.N.,  II,  A  A7  ; 
NCtzkl,  K.  M.  B,,  II ,  220. 

3  Au  xV  siècle,  les  Mérinides  acceptent  souvent  la  suzeraineté 
des  Hafsides;  voir  Zarkachi ,  110,  1 3 i  (îo3,  i\6)  et  patsim.  Les 
numismates  ont  publié  quelques  monnaies  mérinides  de  la  fin  du 
xv*  siècle,  toutes  au  titre  <i.  al-muslimin.  Les  seules  monnaies 
mérinides  que  je  connaisse  au  titre  a.  al-muminin  sont  celles  de 
Sulaimàn  et  de  Fàris  et  celles  que  je  propose  d'attribuer  provisoi- 
rement à  rAbd  al-rAziz  II  et  à  Tthmân  III;  cf.  plus  haut,  p.  3oo, 
n.  3.  Dans  sa  Lettre  à  SaiceXieff,  63,  Soret  a  publié  un  petit 
dirham  sans  date  ni  lieu  de  frappe,  au  nom  d'un  a.  al-muminin 
Abu  Muhammad  'Abdallah ,  qu'il  propose  d'attribuer  au  Mérinide 
de  ce  nom,  dans  la  première  moitié  du  w*  siècle,  tout  en  recon- 
naissant qu'il  peut  être  un  Hafside.  Enfin  M.  Nîtzel,  à'.  M.  B.,  II, 
219,  attribue  au  Mérinide  Abu  Bakr  une  monnaie  aux  noms  et 
titres  d'Ahû  Yahvà  Abu  Bakr  ibn  al-umara  ar~râchidin  al-muta- 
rcakkil  'ala   allàli  al-muavyad  bi-nasr  allàh  amtr  al-muminin.  Cette 

ix.  21 

t«MI«r«l>    IftVMSàlB. 


318  MARS-AVRIL   1907. 

il  faut  attendre  de  nouveaux  documents  et  les  inscrip- 
tions mérinides  que  l'exploration  du  Maroc  ne  man- 
quera pas  de  mettre  à  jour.  Achevons  cette  étude  par 
un  détail  qui  nous  conduit  au  seuil  de  la  dynastie 
des  Chérifs. 

L'inscription  de  Fâris  à  el-Qsar  el-Kebîr  commé- 
more la  fondation  d  un  bain  en  faveur  d  une  medersa. 
Sur  l'estampage  publié  par  Salmon  et  sur  celui 
que  je  dois  à  l'obligeance  de  M.  Gsell ,  les  deux  mots 
babbasahu,  «  afondé  »,  et  lianimâm,  «  bain  »,  sont  un  peu 
frustes  et  M.  Houdas  avait  soupçonné  une  mutilation 
intentionnelle  de  ces  deux  termes  importants.  Depuis 
lors ,  M.  Houdas  a  vu  l'original  à  Paris  et  il  m'écri- 
vait en  date  du  17  juin  igo5  :  a  ...  La  vue  du 
monument  lui-même  a  confirmé  mes  prévisions.  Il 
s'agissait  bien  d'une  mutilation  volontaire;  restait  à 
en  découvrir  le  motif  .  .  .  Votre  lettre  me  met  tout 
à  fait  sur  la  voie  et  il  est  certain  pour  moi  que  l'usur- 
pation du  titre  amîr  al-muminin,  en  se  plaçant  au 
point  de  vue  de  la  dynastie  des  Chérifs ,  a  provoqué 
la  réprobation  dont  Abu  cInan  a  été  l'objet  ...  Et 
cette  réprobation  s*est  perpétuée  jusqu'à  nos  jours, 
sinon  l'on  ne  comprendrait  pas  que  les  musulmans 
d'el-Qsar  el-Kebîr  aient  consenti  à  se  dessaisir  de  la 


pièce  appartient  sans  doule  au  Hafside  Abu  Bakr  II,  dont  Lavou, 
C.  B.  N..  11,  nu  962  suiv.,  a  publié  une  série  de  monnaies  portant 
des  légendes  identiques,  fin  effet,  le  seul  Mértnide  de  ce  nom  ne 
portait  pas  même  le  titre  a.  id-miulinUn  ;  voir  plus  baut,  p.  196, 
n.  1,  et  196,  u.  s. 


TITRES  CÀL1F1KNS   D'OCCIDENT.  310 

plaque  de  marbre  et  à  la  laisser  expédier  en  Europe 
sans  la  moindre  difficulté.  »  Ajoutons  que  Salmon 
a  trouvé  la  plaque  déposée  dans  un  coin  de  la  grande 
mosquée  et  que  cet  abandon  pourrait  bien  provenir 
des  mêmes  sentiments  d'hostilité.  On  sait,  en  effet, 
que  les  Cher  ifs  du  Maroc  ont  pris  dès  l'origine  et 
portent  encore  le  titre  amir  al-mu'minîn,  non  comme 
successeurs  des  Mérinides,  mais  comme  chérifs  et 
descendants  du  calife  Ali1.  A  leur  point  de  vue, 
Fâris  amir  al-maminîn ,  malgré  sa  généalogie  arabe , 
est  donc  un  Berbère  et  un  usurpateur. 

Cette  interprétation  paraîtra  peut-être  risquée.  On 
peut  se  demander,  notamment,  pourquoi  les  muti- 
lateurs  n  ont  pas  martelé  les  titres  de  Fâris ,  en  parti- 
culier ce  titre  lYarnîr  al-muminin,  qui  paraît  intact 
sur  l'estampage  que  j'ai  entre  les  mains;  ou  encore, 
pourquoi  les  Chérifs  n'ont  pas  fait  ou  laissé  détruire, 
tout  simplement,  les  inscriptions  de  Fâris,  qui  sont 
toutes  au  titre  amir  al-mu'minin.  Je  me  borne  à 
signaler  en  passant  ce  petit  fait,  pour  résumer  enfin 
les  conclusions  de  cette  enquête. 

i °  Les  monnaies  mérinides  au  nom  de  Fâris,  que 
leurs  éditeurs  ont  attribuées  à  divers  princes,  réels 
ou  fictifs,  de  cette  dynastie,  par  suite  de  lacunes 
dans  leur  nomenclature  de  ces  souverains ,  ce»  mon- 

1  Je  ne  puis  citer  ici  les  source»  très  nombreuses  relatives  aux 
titres  califiens  des  Chérifs  du  Maroc  et  je  me  borne  à  renvoyer, 
pour  la  bibliographie,  au  récent  ouvrage  de  M.  Cour,  L'établis* 
sèment  des  dynasties  des  Chérifs  au  Maroc. 

31  • 


320  MARS-AVRIL  1907. 

naies  appartiennent  à  Abu  'Inân  Fâris,  seul  du  nom, 
c  est-à-dire  qu'elles  ont  été  frappées  entre  7Z19  et 
75g  (i348et  i358). 

20  Parmi  les  faits  qui  parient  en  faveur  de  cette 
attribution ,  le  plus  important  est  que  toutes  ces  mon- 
naies, sans  exception,  donnent  à  Fâris  le  titre  amîr 
al-mu'minîn  et  qu  Abu  cInân  Fâris  est  le  seul  Méri- 
nide  connu  qu  une  série  de  documents  authentiques 
désignent  unanimement  comme  amîr  almu'minîn,  les 
cas  de  ce  titre  attribué  à  d'autres  Mérinides  étant  jus- 
qu'ici rares  et  moins  concluants. 

3°  L'étude  des  titres  califiens  dans  l'Afrique  du 
Nord  et  en  Espagne  montre  que  le  titre  amîr  al- 
mu'minîn  fut  porté  par  plusieurs  dynasties  indépen- 
dantes prétendant,  à  divers  titres,  au  califat  éminent. 
Puis  les  Almoravides  créent  une  nouvelle  formule, 
celle  d'un  sub-califat  défini  par  le  titre  amîr  al-musli- 
mîn ,  sous  la  suzeraineté  du  califat  éminent  des  Abbas- 
sides,  distingué  par  le  titre  amîr  al-muminîn.  Enfin 
les  Almohades  inaugurent,  sur  une  base  nouvelle, 
celle  d'un  Islam  berbère ,  un  califat  éminent  marqué 
par  le  titre  amîr  al-muminîn.  Dès  lors,  parmi  les 
dynasties  occidentales,  les  unes,  comme  celle  des 
Hafsides,  prétendent  au  califat  éminent  des  Almo- 
hades; les  autres  se  contentent  d'un  sub-califat  du 
type  almoravide,  avec  le  titre  amîr  al-muslimîn  et 
sous  la  suzeraineté  des  Abbassides  d'abord ,  puis  des 
Almohades  et  des  Hafsides ,  quitte  à  tenter  d'arracher 
à  ces  derniers,  quand  les  circonstances  le  permettront, 
leur  califat  éminent  avec  leur  titre  amîr  al-mu'minîn. 


TITRES  CAL1FIENS   D'OCCIDENT.  321 

Tels  les  Mérinides,  dont  la  principale  tentative  d'usur- 
pation ,  celle  d'Abû  cInân  Fâris ,  est  illustrée  par  une 
série  de  documents  officiels  et  s'explique  à  merveille 
par  l'histoire  des  rapports  de  son  père  cAlî ,  puis  de 
lui-même,  avec  les  Hafsides. 


VII 

Tels  enfin  les  Ziyanides  de  Tiemcen ,  dont  je  n'ai 
pas  encore  parlé ,  parce  que  leur  numismatique  sou- 
lève un  problème  pareil  à  celui  des  monnaies  de 
Fâris  et  dont  la  solution  doit  être  cherchée  dans  des 
circonstances  analogues.  Si  je  l'aborde  en  dernier 
lieu ,  c'est  qu'il  est  plus  obscur  et  qu'il  importait  de 
vérifier  d'abord  sur  Fâris  une  méthode  que  je  vais 
essayer  d'appliquer  aux  deux  Abu  Tâchlïn. 

Dans  la  même  lettre  où  il  signalait  le  dinar  de 
Fâris,  attribué  par  Fraehn  à  Abu  cInân,  Soret  a 
publié  un  dinar  non  daté ,  frappé  à  Tiemcen,  au  nom 
d'un  amir  al-muminin  cAbd  ar-Rahmân   ibn  al-khu- 

m 

lofa  ar-râchidint  qu'il  attribue  avec  raison  à  la 
dynastie  ziyanide1.  Mais  à  cette  époque,  les  listes 
royales  ziyanides  étaient  fort  mal  établies,  et  Soret, 
qui  semble  n'avoir  connu  qu'un  seul  souverain  de  ce 

1  Voir  Soret,  Lettre  à  Fraehn,  55.  Soret  a  lu  «a.  al-muminin 
*  Abd  ar-Rahmân. .  .Abu  Tàchfin  (?)  ».  La  leçon  donnée  ici  est  assurée 
par  un  moulage  que  je  dois  h  l'obligeance  de  M.  Vollers.  Il  m'écrit 
que  le  Cabinet  dTéna,  où  se  trouve  la  collection  de  Soret,  possède 
deux  dinars  identiques  à  ceux  de  Paris  et  de  Londres,  signalés 
dans  les  pages  suivantes. 


322  MARS-AVRIL    1907. 

nom,  n'a  pas  aperçu  le  problème  soulevé  par  cette 
monnaie  de  sa  collection. 

C'est  M.  Lane-Poole  qui  Ta  signalé  le  premier,  si 
je  ne  fais  erreur,  en  publiant  les  monnaies  ziya- 
nides  du  British  Muséum,  parmi  lesquelles  il  s'en 
trouve  une  non  datée ,  frappée  à  Tlemcen ,  au  nom 
d'un  amîr  al-muminin  cAbd  ar-Rahmân  ibn  al-khulafa 
ar-râchidîn1 .  Après  avoir  observé  qu'on  ne  saurait 
attribuer  à  priori  aux  Ziyanides  toutes  les  monnaies 
frappées  à  Tlemcen ,  puisque  les  Mérinides  ont  pos- 
sédé cette  ville  à  plusieurs  reprises ,  il  rappelle  qu'un 
Mérinide  a  porté  le  nom  de  cAbd  ar-Rahmân, 
ce  rival  d'Ahmad  Ier  dont  j'ai  déjà  parlé2;  puis  il 
montre  pourquoi  l'on  ne  peut  lui  attribuer  le  dinar 
en  question  et  conclut  qu'il  appartient  à  l'un  des  deux 
Ziyanides  de  ce  nom ,  soit  à  Abu  Tâchfïn  cAbd  ar- 
Rahmân  Ier,  qui  régna  de  718  à  737  (1  3  1 8  à  1  337), 
soit  à  Abu  Tâchfïn  'Abd  ar-Rahmân  II,  qui  régna  de 
791  à  795  (1389  à  i  393 )3.  En  dernier  ressort,  il 
l'attribue  au  second,  avec  un  point  d'interrogation. 

Enfin  Lavoix  a  publié  deux  dinars  non  datés, 
frappés  à  Tlemcen ,  le  premier  au  nom  d'un  amîr  al- 
mu'minîn  Abu  Tâchfin  ibn  al-khulafâ3  ar-râchidîn,  par 
conséquent  du  même  type  que  ceux  d'Iéna  et  de 
Londres ,  l'autre  offrant ,  avec  d'importantes  variantes 


1  Voir  Lane-Poole,  C.  B*  M.,  V,  xxxi,  71,  n°  195. 

3  Voir  plus  haut,  p.  3i5,  n.  2  . 

*  C'est  à  Yahyâ  ibn  Khaldûn  et  à  Tanasi  que  j'emprunte  ces  dates 
et  les  suivante»,  qui  ne  concordent  pas  toujours  avec  celles  des 
listes  publiées  dans  Lane-Poole  et  Lavoix. 


TITRES  CAL1FIKNS   D'OCCIDENT.  3*3 

dans  les  formules  religieuses,  les  mots  :  Vin  amr  'abd 
allàh  al-mutawakkil  \ila  allâh  cAbd  ar-Rahmân  amir 
almuslimin,  «par  Tordre  du  serviteur  d'Allah,  qui 
se  confie  en  Allah ,  cAbd  ar-Rahmân,  l'émir  deg 
musulmans1  ».  Tout  en  citant  Soret  et  Lane-Poole, 
Lavoix  a  cru  pouvoir  attribuer  ces  deux  monnaies  à 
c\bd  ar-Rahman  Ier. 

La  seule  raison  qu'il  donne  de  son  choix ,  c'est  que 
ces  deux  pièces  offrent,  dans  le  style  de  leurs  carac- 
tères ,  une  grande  analogie  avec  une  monnaie  publiée 
par  lui  immédiatement  auparavant,  n°  1010,  non 
datée  et  frappée  à  Tlemcen ,  «  par  l'ordre  du  servi- 
teur d'Aliâh  Mûsa,  l'émir  des  musulmans,  qui  se 
confie  dans  le  maître  des  mondes  » ,  monnaie  qu'il 
attribue  à  Abu  Hammû  Mûsa  I*,  le  prédécesseur 
immédiat  de  cAbd  ar-Rahmân  I*. 

• 

Mais  pourquoi  Lavoix  attribue-t~il  cette  monnaie 
à  Mûsa  1er,  qui  régna  de  707  à  718  (i3o8  à  i3i8), 
plutôt  qua  Mûsa  II,  qui  régna  de  760  à  791  (i35g 
à  1389)?  Parce  que  Demaeght,  qu'il  cite  à  ce  pro- 
pos, a  publié  un  dinar  identique,  qu'il  attribuait  à 
Mûsa  Ier2.  Et  pourquoi  Demaeght  attribue-t-il  ce 
dinar  à  Mûsa  1er,  alors  que,  dans  le  même  mémoire, 
il  attribue  à  Mûsa  11  deux  autres  dinars ,  l'un  portant 
la  même  légende  historique,  l'autre,  simplement  les 
mots  cAbd  allàh  Mûsa  ?  Parce  que  les  caractères  du 
premier  lui  font  penser  qu'il  est  antérieur  au  règne 

1  Voir  Lavoix,  G.  B.  N..  H,  i6o  suiv.,  n°*  1011  et  ion. 
*  Voir   Demaeght,  dans  Bulletin  de  la  Société  de  géographie  et 
d'archéologie  dOran,  1887,  63  tuiv. 


324  MARS-AVRIL   1907. 

de  Mûsa  II  et  parce  qu'il  porte  au  droit ,  à  la  fin  des 
des  formules  religieuses  du  carré,  les  mots  ma 
aqrabafardj  allâh,  «  combien  est  proche  la  délivrance 
d'Allah  !  »,  mots  qui  ne  figurent  pas  sur  les  autres 
monnaies.  On  prétend,  en  effet,  qu'à  la  suite  de 
l'assassinat  du  Mérinide  Yûsuf  Ier  à  Mansoura,  qui 
mit  fin ,  en  706 ,  au  long  siège  de  Tlemcen  et  délivra 
soudain  les  Ziyanides  au  moment  où,  poussés  par 
leur  effroyable  misère ,  ils  allaient  se  rendre  à  merci , 
ces  princes  auraient  rappelé  le  souvenir  de  leur 
délivrance  en  faisant  graver  ces  mots  sur  leurs  mon- 
naies1. «Or  il  est  évident,  ajoute  Demaeght,  que 
de  deux  monnaies  du  même  module  et  de  la  même 
valeur,  frappées  par  deux  sultans  Moussa ,  Tune  por- 
tant cette  formule  et  l'autre  ne  la  portant  pas,  la 
première  doit  être  attribuée  à  Moussa  Ier,  dont  le 
règne  commence  quelques  mois  après  le  siège  de 
Tlemcen,  plutôt  qu'à  Moussa  II,  dont  le  règne  ne 
commence  que  l\  8  ans  après  cet  événement.  » 

J'avoue  que  ce  raisonnement  ne  me  convainc 
guère.  L'argument  paléographique  a  bien  peu  de 
poids ,  car  le  règne  des  deux  Mûsa  n'est  séparé  que 
par  un  demi-siècle  a  peine  et  l'expérience  enseigne 
qu'il  est  dangereux  de  dater,  à  un  demi-siècle  près , 
une  inscription,  à  plus  forte  raison  une  monnaie, 
sur  les  seuls  caractères  paléographiques.  D'autre 
part ,  les  termes  du  récit  dlbn  Khaldûn  n'autorisent 
nullement  à  conclure  que  l'eulogie  libératrice  figure 

1  Voir  Ibn  Khaldûn,  Berbères,  III,  379. 


TITRES  CAL1FIENS   D'OCCIDENT.  325 

sur  les  monnaies  de  M  usa  Ier,  à  l'exclusion  de  celles  de 
Musa  II.  On  pourrait,  tout  aussi  bien,  en  conclure 
quelle  ne  figure  que  sur  les  premières  monnaies 
émises  après  la  levée  du  siège  de  Tlemcen ,  soit  par 
Abu  Ziyân  Muhammad  avant  sa  mort,  arrivée  en 
•707,  ou  au  contraire,  quelle  est  devenue,  en  quel- 
que sorte ,  la  devise  des  Ziyanides ,  comme  le  fameux 
la  gâliba  illâ  qUâh  des  Nasrides  de  Grenade,  et  que 
dès  lors,  on  peut  s'attendre  à  la  trouver  sur  une 
monnaie  de  n'importe  quel  Ziyanide  au  xiv*  siècle. 
Bien  plus ,  cette  eulogie  figure  sur  une  monnaie  du 
Mérinide  Abu  'Inàn  Fâris,  frappée  à  Sidjilmâsa1. 

Si  1  on  veut  une  preuve  de  plus  de  la  fragilité  des 
arguments  qui  ont  guidé  Demaeght,  on  la  trouvera 
dans  trois  dinars  du  Musée  d'Oran,  dont  je  dois 
d'excellentes  photographies  à  la  grande  obligeance 
de  M.  Mouliéras,  le  directeur  de  ce  musée,  toutes 
trois  non  datées  et  frappées  à  Tlemcen,  aux  noms 
et  titres  du  «  serviteur  d'AHâh  Musa ,  l'émir  des  mu- 
sulmans ,  qui  se  confie  dans  le  maître  des  mondes  ». 
La  première  de  ces  monnaies  s'éloigne  des  deux 
autres  par  le  type  des  caractères,  du  moins  en  appa- 
rence, l'aspect  plus  grossier  qu'ils  présentent  étant 
peut-être  l'effet  dune  plus  forte  usure.  C'est  pour 
l'épaisseur  de  ses  lettres,  sans  doute,  qu'elle  est 
attribuée  à  Musa  Pr,  tandis  que  les  deux  autres,  dont 

1  Voir  L.\kk-Poole  ,  C.  B.  M. ,  V,  n°  1 88 ,  où  il  faut  lire  ainsi 
le  groupe  aMI  -ju  yJ  L».  La  leçon  que  je  propose  est  inscrite  à 
la  plume,  de  la  main  de  Sauva  ire,  dans  son  exemplaire  du  cata- 
logue de  Londres,  entré  depuis  dans  ma  bibliothèque. 


326  MARS-AVRIL    1907. 

les  caractères  sont  plus  élégants  et  sensiblement  les 
mêmes ,  le  sont  à  Musa  IL  Mais  au  point  de  vue  des 
légendes ,  les  deux  premières  sont  identiques ,  à  part 
une  variante  insignifiante  dans  les  segments  du 
revers,  et  pareilles  à  Demaeght  n°  1  et  Lavoix 
n°  1010,  tandis  que  la  troisième  est  identique  à 
celle  du  British  Muséum,  Lane-Poole  n°  194.  Les 
n08 1  et  2  d'Oran ,  notamment ,  ont  tous  deux  l'eulogie 
libératrice  ma  aqraba  fardj  allâh,  que  Demaeght 
tenait  pour  la  marque  de  Musa  Ier.  Ne  voit-on  pas 
qu'ici  cet  indice  est  en  contradiction  directe  avec 
celui  fourni  par  le  style  des  caractères  ? 

En  résumé,  je  ne  vois  aucun  motif  sérieux 
d'attribuer  ni  la  première  monnaie  de  Demaeght  à 
Mûsa  Ier  plutôt  qu'à  Musa  II,  ni  les  deux  autres 
à  Mûsa  II  plutôt  qu'à  Mûsa  Ier1.  Dès  lors,  je  n'en 
vois  aucun ,  jusqu'ici ,  d'attribuer  à  cAbd  ar-Rahmân  Ier 
les  deux  monnaies  publiées  par  Lavoix.  En  revanche , 
je  distingue,  dans  les  monnaies  à  ce  nom,  deux  type» 
bien  différents  :  le  type  1 ,  représenté  par  la  monnaie 
de  Lavoix  n°  1 0 1  2 ,  au  nom  de  'abd  allâh  al-muta~ 
wakkil  'ala  allâh  *Abd  ar-Raljmân  amîr  al-maslimin, 
et  le  type  a ,  auquel  appartiennent  les  monnaies  de 
Soret,  de  Lane-Poole  n°  195  et  de  Lavoix  n°  101  iv 
au  nom  d'amîr  al-mu'minîn  *Abd  ar-Rahmân  ihn  al- 

1  S'il  fallait  choisir,  j'opinerais  plutôt  à  les  attribuer  toutes, 
provisoirement,  à  Musa  II,  dont  le  règne  fut  plus  long  et  plus 
brillant  que  celui  de  Mûsa  Ier,  Sur  le  goût  du  premier  pour  les 
arts  et  les  lettre! ,  voir  Tanasi,  trad.  Barges,  7 3  suiv. ;  IUrgÈs, 
Complément,  1  /| 5  »uiv.;  Tlemcen .  3.Vj  uuiv.;  Marçms,  Monuments, 
3oa  suiv. 


TITRES   CAL1FIËNS   DOCCIDKNT.  327 

khnlafâ'  ar-rdchidin.  Par  la  formule  \in  amr*abd  allâh 
et  le  titre  amîr  al-muslimîn ,  le  type  1  rappelle  plutôt 
les  monnaies  mérinides  ou  sud-califiennes ,  tandis 
que  le  type  2 ,  par  les  titres  amîr  al-mu'minîn  et  ibn 
al-khulafâ'  ar-râchidîn,  se  rapproche  davantage  des 
monnaies  hafsides  ou  califiennes  éminentes.  La 
question  qui  se  pose  est  donc  celle-ci  :  l'histoire 
politique  des  Ziyanides  fournit-elle  un  indice  permet- 
tant d'attribuer  l'un  et  l'autre  de  ces  types  à  l'un  ou 
l'autre  des  deux  Abu  Tâchfîn,  ou  encore  au  même, 
a  deux  époques  différentes  de  son  règne?  En  d'autres 
termes,  quelle  fut  leur  situation  politique,  partant, 
leurs  prétentions  aux  titres  califiens? 

Quand  Yagmurâsin  assit  son  royaume  dans  une 
province  de  l'empire  almohade,  il  se  trouvait  à  peu 
près  dans  la  situation  des  Mérinides  et  nourrissant 
les  mêmes  ambitions ,  à  ce  détail  près  qu'au  lieu  de 
combattre  les  Almohades,  il  commença  par  s'appuyer 
sur  eux,  à  l'instar  des  Hafsides,  en  reconnaissant 
leur  suzeraineté1.  Plus  tard,  il  la  rejeta,  pour  recon- 
naître celle  du  Hafside  Yahyâ  Ier,  qui  sut  se  l'attacher 
par  un  traité ,  pour  qu'il  l'aidât  dans  ses  visées  sur  le 
Maroc2.  Mais  en  698  (1299),  par  suite  de  circon- 

1  Voir  Ibn  Khaldûn,  Berbères,  III,  34 1  iuiv.;  Yahyâ  ibn 
Kbaldûn,  11a  (i5o);  Tanasi,  g  suiv.;  Barges,  Complément,  5; 
Dozy,  dans  J.  as.,  tom.  cit.,  384;  Mirgikr,  Histoire  de  t Afrique, 
II,  160. 

'  Voir  Ibn  Khaldun,  Berbères,  II,  327,  399;  III,  345  à  367; 
IV,  35,  i48;  Yahyâ  ihn  Khaldûn,  n3  (i5i);  Tanasi,  i4  suiv. 
D après  ces  deux  derniers  auteurs,   courtisans  des  Ziyanides,   il 


328  MARS-AVRIL  1907. 

stances  trop  longues  à  rappeler,  son  fils  'Uthmân  Ier, 
qui  avait  épousé  une  princesse  hafside  et  s'était 
montré  jusqu'alors  fidèle  à  cette  dynastie1,  cessa 
dans  ses  états  le  prône  hafside2.  Dès  lors,  les 
Ziyanides  acceptèrent  ou  secouèrent  la  suzeraineté 
hafside  suivant  les  caprices  de  leur  politique3. 

On  devine  déjà  qu'imitant  les  Mérinides,  les 
Ziyanides  prendront  le  titre  amîr  al-muslimîn.  De 
fait ,  la  plupart  des  auteurs  le  leur  donnent  à  partir 
de  Yagmurâsin,  le  vrai  fondateur  de  la  dynastie4, 

semble  que  Yagmurâsin  soit  devenu  l'allié  et  l'égal  du  Hafside. 
Mais  lbn  Khaldûn,  plus  impartial  sur  ce  point,  ajoute,  111,  346  : 
■  Pour  tenir  ses  engagements  envers  Yahyâ,  Yagmurâsin  fit  pro- 
noncer la  prière  au  nom  de  ce  prince  dans  tous  ses  Etats  »,  et  lbn 
al-Ahmar,  fort  hostile  aux  Ziyanides ,  il  est  vrai ,  dit  apud  Dozy,  tom. 
cit. ,  385 ,  que  le  Hafside  le  rétablit  à  Tlemcen  à  condition  qu'il 
y  serait  son  lieutenant-,  cf.  Barges,  Complément,  5;  Mercier, 
Histoire  de  l Afrique,  II,  162,  220  et  passim. 

1  Voir  Ibn  Khaldûn,  Berbères,  III,  367  à  369;  Yahyâ  ibn 
Khaldûn,  119  (161);  Barges,  Complément,  29;  Mercier,  Histoire 
de  l'Afrique ,  II ,  2  3 1 . 

*  Voir  Ibn  Khaldûn,  Berbères,  III,  368. 

s  Voir  Ibn  Khaldûn,  Berbères,  111,  383;  IV,  i52  et  passim,  et 
les  autres  auteurs,  passim. 

4  lbn  Batûta,  courtisan  mérinide,  ne  les  appelle  que  sultan; 
voir  I,  i4>  Ibn  Khaldûn  est,  ici  comme  ailleurs,  très  sobre  de 
titres  califiens.  Son  frère  Yahyâ,  dans  son  Histoire  des  Ziyanides, 
leur  donne  le  titre  a.  al-muslimin,  depuis  Yagmurâsin.  Mais  je 
rappelle  que  plusieurs  manuscrits  de  cet  ouvrage  confondant  les 
deux  titres,  M.  Bel  a  rétabli ,•  dans  maints  passages,  le  titre  a.  al- 
muslimin  ;  voir  son  introduction ,  xii  ,  n.  3 ,  et  xvm.  Cette  circonstance 
ôte  à  Yahyâ  une  grande  partie  de  sa  valeur  sur  ce  point  spécial; 
voir,  par  exemple,  16,  49,  59,  70,  72,  108  suiv.,  i45  et  passim 
du  texte»  cf.  plus  loin,  p.  33 1,  n.  1.  Dans  le  fragment  traduit  par 
Dozy  et  cité  souvent  plus  haut ,  Ibn  al-Ahmar  ne  donne  aux  Ziyanides 
que  le  titre  d'émir  et  prétend  que  les  Almohades  ne  reconnaissaient 


TITRES  CALIFIENS  D'OCCIDENT.  329 

et  forgent  à  celui-ci  une  généalogie  alide1.  Nous 
n'avons  malheureusement  ni  monnaie,  ni  in- 
scription de  ce  prince,  ni  de  ses  premiers  succes- 
seurs. Yagmurâsin  figure  comme  ascendant  dans 
une  série  d'inscriptions  de  ses  successeurs,  mais 
toujours  sans  ce  titre ,  sauf  dans  un  acte  de  fonda- 
tion, au  nom  de  Musa  II,  daté  de  763,  provenant 
de  la  madrasa  Ya'qûbiyya  et  conservé  au  musée  de 
Tlemcen2.  Bien  que  ce  titre,  ici  rétrospectif,  n'ait 
pas,  au  point  de  vue  diplomatique,  la  valeur  d'un 
document  contemporain  du  titulaire,  il  est  permis 
d'y  voir  une  preuve  que  Yagmurâsin  a  bien  porté 
le  titre  amir  al-muslimîn. 

Après  cela,  il  faut  descendre  jusqu'à  Abu  Tàchfîn 
'Abd  ar-Rahmân  ltr,  qu'une  précieuse  inscription  du 
minaret  d'Alger  appelle  à  deux  reprises  amîr  al-mus- 
limîn, en  723  (i323)3.  Abu  Hammû  Musa  II  est 

à  Yagmurâsin  que  le  titre  de  cbaikh.  Mais  cet  historiographe  des 
Mérinides,  systématiquement  hostile  aux  Ziyanides,  veut  sans  doute 
opposer  ces  titres  à  ceux  de  sultan  et  a.  al-muslimin ,  qu'il  donne  à 
ses  protecteurs.  Tanasi ,  historiographe  des  Ziyanides ,  leur  donne 
régulièrement  le  titre  a.  al-muslimin,  dans  la  traduction  Barges,  5 
suiv.,  et  dans  Barges,  Complément ,  passim. 

1  Voir  Ibn  Khaldun,  Berbères,  III,  3 28;  Yahyâ  ibn  Khaldûn, 
101  (i33,  1/18 ,  n.  1);  Tanasi,  6;  Barges,  Complément,  1  suiv.; 
Dodtté,  Marabouts,  56.  Cette  généalogie  explique  le  titre  généa- 
logique porlé  par  les  Ziyanides ,  à  l'instar  des  Hafsides  ;  voir  plus 
haut,  p.  279,  n.  2  à  la  fin,  et  288,  et  plus  loin,  p.  33o,  n.  1. 

2  Voir  Brosselard,  dans  Revue  africaine,  i85(),  i7o;Marçais, 
Musée  de  Tlemcen,  n°  4.  et  pi.  I,  1,  où  ce  titre  est  bien  lisible  à  la 
3e  ligne  conservée;  cf.  Marc  aïs,  Monuments,  186,  3o3. 

3  Voir  Barges  dans  Revue  de  l'Orient,  1857,  261  suiv.;  Complé- 
ment, 74  suiv.;  Devoulx,  Édifices  religieux  de  l'ancien  Alger,  94 ; 


330  MARS-AVRIL   1907. 

appelé  ainsi  dans  l'acte  de  la  Yacqûbiyya,  cité  plus 
haut ,  dans  son  épitaphe ,  datée  probablement  de  79 1 , 
et  dans  plusieurs  épitaphes  de  ses  descendants,  où 
il  figure  à  titre  d'ascendant1.  Enfin,  parmi  ses  suc- 
cesseurs auxquels  est  attribué  ce  même  titre,  il  faut 
signaler  Abu  Tâchfîn  cAbd  ar-Rahmân  II,  s'il  est 
vrai  qu'un  fragment  d'épitaphe  commençant  par  la 
fin  de  ce  titre ,  suivi  des  mots  «  fils  d'Abû  Hammû  », 
soit  bien  l'épitaphe  d'Abû  Tâchfîn  II,  ainsi  que 
Brosselard  a  tenté  de  le  prouver 2. 

Colin,  Corpus  des  inscriptions  arabes  et  turques  de  l Algérie ,  Dépar- 
tement d Alger ,  6,  n°  4  ;  Marçais,  Monuments,  ai;  van  Berchcm 
dans  Revue  africaine,  1906,  167,  et  la  gravure  publiée  dans  L'Algé- 
rie par  ses  monuments ,  au  chapitre  de  l'Algérie  arabe,  de  M.  Basset, 
d'après  une  belle  photographie  que  j'ai  entre  les  mains  et  sur  la- 
quelle ce  titre  est  très  lisible,  aux  lignes  2  et  7.  La  célèbre  medersa 
Tàchf  îniyya  de  Tlemcen ,  dont  les  derniers  vestiges  ont  disparu  lors 
de  l'alignement  de  la  place  d'Alger,  n'a  pas  laissé  d'inscription  de 
son  fondateur,  non  plus  que  les  autres  monuments  d'Abû  Tâchfîn , 
sur  lesquels  voir  Yahyâ  ibn  Khaldùn,  i33  (179)  suiv.;  Tanasi ,  46 
suiv.  ;  Barges ,  Tlemcen ,  33 1  suiv.  ;  Complément ,  69  suiv*  ;  Marçais  , 
Monuments,  21,  etc.  —  D'autre  part,  une  lettre  de  Jacques  11 
d'Aragon  à  Abu  Tâchfin  1er,  datée  de  i3i9,  la  seule  pièce  diplo- 
matique que  je  connaisse  de  ce  prince ,  ne  lui  donne  pas  de  titre 
caliiien;  voir  de  Mas-Latrie,  Traités,  II,  3ia  suiv.;  cf.  Barges, 
Complément,  67,  qui  dit  par  erreur  que  la  lettre  est  adressée  à 
Abu  Hammû. 

1  Sur  l'acte  de  la  Ya'qùbiyya,  voir  p.  329,  n.  2;  sur  son  épi- 
taphe ,  Brosselard  ,  Mémoire  épigraphique  sur  les  tombeaux  des  émirs 
Beiii-Zeyan,  n°  9;  Marçais,  Musée  de  Tlemcen,  n°  1 1  et  pi.  III,  u 
sur  d'autres  épitaphes,  Brosselard,  op.  cit.,  nos  1,  3,  4,  5,  11. 
Une  inscription  datée  dû  760,  à  la  bibliothèque  de  la  grande 
mosqule,  ne  lui  donne  que  le  titre  généalogique;  voir  Barges, 
Tlemcen,  43 1;  Brosselard,  dans  Revue  africaine,  i858,  90;  Mar- 
çais, Monuments,  1 43 v  n.  2. 

*  Voir    Brosselard,    Mémoire   épigraphique,    n°    11;   Marçais, 


TITRES  CALIF1ENS  D'OCCIDENT.  331 

Ainsi,  dans  toutes  les  inscriptions  connues  des 
Ziyanides  où  figure  un  titre  califien,  ce  titre  est 
amîr  al-muslimin.  En  ce  qui  concerne  les  deux  Abu 
Tâchfin,  tout  ce  que  nous  apprend  l'épigraphie ,  la 
seule  source  d'information  précise  que  nous  possé- 
dions k  ce  jour,  c  est  qu  Abu  Tâchfîn  Ier  le  portait 
en  723  et  qu'Abû  Tâchfin  II  le  portait  à  sa  mort, 
si  l'attribution  de  Brosselard  est  exacte.  Dès  lors ,  il 
n'y  a  aucun  motif  d'attribuer  les  monnaies  du  type  1 
à  l'un  de  ces  deux  souverains  et  celles  du  type  a  à 
l'autre.  Reste  à  supposer  que  l'un  des  deux  Abu 
Tâchfîn  a  changé  de  titre  au  milieu  de  son  règne  et 
à  chercher  la  cause  de  ce  changement. 

Il  faut  avouer  que  le  règne  d'Abû  Tâchfin  II, 
pour  autant  qu'il  est  connu ,  ne  fournit  aucun  indice, 
de  nature  à  expliquer  un  acte  pareil.  D'abord,  il  est 
évident  que  son  père  Mûsa  II  fut  toute  sa  vie  amîr  al- 
muslimîn,  depuis  763 ,  date  de  l'acte  de  la  Ya'qûbiy- 
ya,  jusqu'à  sa  mort  en  791,  date  de  son  épitaphe !. 

Musée  de  Tlemcen ,  n°  12.  Pour  les  derniers  Ziyanides,  voir  aussi 
Brosselard,  op.  cit.,  n°*  1,  5,  11,  17,  18,  22,  et  dans  Revue 
africaine,  1859,  k  10  suiv.;  Barges,  Tlemcen,  3oi;  Mabçais,  Matée 
de  Tlemcen,  n°*  i3,  20;  Monuments,  2^5,  n.  3.  Ajoutons  que  les 
auteurs  donnent  aussi  aux  Ziyanides  les  titres  khallfa  et  imam, 
qu'ils  prirent  certainement,  puisque  c'est  à  l'appui  de  leurs  préten- 
tions califiennes  qu'on  leur  fabriqua  une  généalogie  alide;  mais 
ces  deux  titres  semblent  inusités  dans  le  protocole  épigraphique , 
qui  prodigue,  en  revanche,  les  titres  sultan  et  malik. 

1  Dans  la  dédicace  de  son  livre  à  Mùsa  II ,  p.  3  du  texte ,  Yâhyâ 
ibn  Khaldûn  l'appelle  a.  al-mu'minin,  titre  que  M.  Bel  a  traduit 
avec  raison  par  «  commandeur  des  musulmans  »  ;  sur  la  confusion 
des  deux  titres  chez  Yahyâ,  voir  plus  haut,  p.  328  ,  n.  4.  La  preuve 
qu'il  s'agit  dune  faute  de  copiste,  c'est  que  dans  le  manuscrit  que 


332  MARS-AVRIL    1907. 

On  ne  peut  donc  admettre  que  son  fils  ait  hérité  du 
titre  amir  al-muminîn,  et  je  ne  vois  rien,  dans  sa 
biographie,  qui  justifie  la  prise  de  ce  titre.  Durant 
son  règne  court  et  terne,  de  791  à  795  (1389  ^ 
1393),  il  ne  cessa  de  reconnaître  la  suzeraineté 
des  Mérinides  et  de  leur  payer  un  tribut  annuel1.  Or, 
le  Mérinide  régnant  alors  était  Ahmad  Ier,  que  ses 
monnaies,  on  Ta  vu  plus  haut,  appellent  amîr  al- 
muslimîn,  et  il  est  inadmissible  que  le  protégé  d'un 
souverain  portant  ce  titre  ait  prétendu  lui-même  à 
un  titre  supérieur. 

En  revanche,  le  règne  long  et  prospère  d'Abû 
Tâchfîn  Ier,  ses  succès  politiques  et  son  goût  éclairé 
pour  les  lettres  et  les  arts2  marquent  l'apogée  de  la 
dynastie  ziyanide,  c est-à-dire  cette  époque,  appelée 
première  restauration ,  comprise  entre  les  deux  sièges 
de  Tlemcen  par  les  Mérinides  Yûsuf  et  cAlî ,  durant 
laquelle  les  Ziyanides  osèrent  lutter  pour  l'empire 
de  l'Afrique  du  Nord.  A  peine  sur  le  trône,  Abu 
Tâchfin  Ier  porte  ses  armes  vers  l'Est  et  menace 
Bougie  et  Constantine.  En  723,  il  s'attaque  au  sou- 
verain de  Tunis,  Abu  Bakr  II,  qui  lui  inflige  une 
cruelle  défaite.  Dès  lors,  aucune  année  ne  se  passe 
sans  une  nouvelle  campagne  dans  l'Est.  En  7 2 1\,  c'est 
l'attaque  de  Bougie;  en  725,  le  siège  de  Constan- 


Bargès  a  utilisé ,  le  titre  même  de  lfouvrage  appelle  Musa  II  a.  at- 
muslimin ;  voir  son  Complément,  212. 

1  Voir  Ibn  KhaldCn,  Berbères,  III,  488  suiv.  Dans  son  panégy- 
rique outré  de  ce  prince ,  Tanasi  se  garde  bien  de  signaler  ce  fait. 

2  Sur  ses  monuments,  voir  plus  haut,  p.  329,  n.  '6. 


TITRES   CAL1FIENS  D'OCCIDENT.  333 

tine  et  l'occupation  temporaire  de  Tunis  ;  en  726, 
1  attaque  de  Constantine,  le  siège  de  Bougie  et  ia 
construction  du  fort  de  Temzezdekt,  aux  portes  de 
cette  ville;  en  727,  la  défaite  des  troupes  de  Tunis 
près  de  Temzezdekt;  en  728,  une  nouvelle  attaque 
de  Constantine1;  en  729  enfin,  Abu  Tâchfîn  bat 
Abu  Bakr  et  entre  à  Tunis.  On  remarquera  que  le 
prétexte  de  cette  dernière  campagne  était  de  donner 
le  trône  de  Tunis  à  un  prétendant  hafside  2.  Ainsi  à 
cette  époque,  Abu  Tâchfîn  prétendait  choisir  lui- 
même  le  souverain  hafside  et  pouvait  écraser  le  calife 
régnant  Abu  Bakr,  réduit  dès  lors  à  implorer  le  se- 
cours du  Mérinide'UthmânlI,  puis  de  son  filscAlî3. 
A  celui-ci,  enfin,  qui  invitait  Abu  Tâchfîn  à  cesser 
les  hostilités ,  le  Ziyanide  osait  répondre  insolemment 
et  provoquer  la  campagne  des  alliés  qui  devait 
aboutir  à  la  chute  de  Tlemcen  et  à  la  mort  d'Abû 
Tâchfîn  \ 

Puisqu'il  faut  attribuer  les  monnaies  du  type  2  à 
l'un  des  Abu  Tâchfîn,  s'il  existe  un  moment,  dans 
la  vie  de  ces  deux  princes ,  où  ie  titre  amîr  al-mvfminin 

1  Voir  Ibn  Kualdûn,  Berbères,  II,  454 ,  46o  suiv.;  III,  4o3  suiv.; 
IV,  208  suiv. -,  Yahyâ  ibn  Khaldûn,  i35  (181)  suiv.;  Tanasi,  5osuiv.  ; 
Barges,  Complément,  70;  Mercier  Histoire  de  l'Afrique,  II,  268, 
273  suiv. 

*  Voir  Ibn  Khaldûn,  Berbères,  II,  /171  suiv.;  III,  407;  IV,  208 
suiv. ;  Yahyâ  ibn  Khaldûn,  i3o,  (186)  suiv.;  Tanasi,  5i;  Zarkachi, 
55  (100);  Slâwi,  II,  56;  Mercier,  Histoire  de  l'Afrique,  II,  276. 

s  Sur  ces  événements,  voir  plus  haut,  p.  3oi  suiv. 

*  Voir  Ibn  Kualdûn,  Berbères,  H,  472  suiv.;  III,  407  suiv.;  IV, 
209,  21g  suiv.;  Yahyâ  ibn  Khaldûn,  139  (187)  suiv.;  Tanasi,  52; 
Zarkachi,  59  (108)  suiv.;  Slâwi,  II,  60;  Barges,  Complément,  71. 

ix.  22 


334  MARS-AVRIL    1907. 

se  justifie  par  l'histoire  politique,  c'est  cette  époque, 
autour  de  Tannée  jio,  où  Abu  Tâchfîn  1er  menaçait 
à  la  fois  le  califat  hafside  et  1'  empire  grandissant  des 
Mérinides.  Puisque  le  seul  document  olliciel  qui 
donne  à  Abu  Tâchfîn  Ier  le  titre  amîr  al-muslimin, 
finscription  du  minaret  d'Alger,  est  daté  de  723, 
il  n'infirme  en  aucune  façon  l'hypothèse  qu'Abû 
Tâchfîn  aurait  usurpé  le  titre  amîr  al-muminui  à  la 
suite  de  ses  victoires  ultérieures,  disons  après  la  prise 
de  Tunis  et  la  fuite  d'Abû  Bakr,  Y  amîr  al-miiminîn. 
En  deu*  mots ,  la  monnaie  du  type  1 ,  au  titre  amir 
al-muslimînf  serait  antérieure  à  ces  événements  *, 
comme  l'inscription  d'Alger,  tandis  que  les  mon- 
naies du  type  2  ,  au  titre  amîr  al-miïminîn,  en  seraient 
comme  la  consécration  officielle  2. 

Dès  lors ,  qui  sait  si  l'alliance  du  Hafside  Abu  Bakr 
avec  le  Mérinide  cAlî  et  leur  lutte  acharnée  contre 
Abu  Tâchfîn  n'eut  pas  aussi  pour  but  de  lui  re- 
prendre un  titre  qu'il  avait  usurpé  !J  Et  qui  sait  si 
celte  usurpation  d'Abû  Tâchfîn  ne  tourna  pas  la  tète 
au  Mérinide  cAlî  et  ne  lui  donna  pas  l'idée ,  quand  il 
eut  envahi ,  lui  aussi ,  la  Tunisie ,  d'usurper  ce  titre , 
objet  de  tant  de  convoitises  qu'il  devait  causer  sa 

1  11  semble  plus  naturel  d'attribuer  cette  monnaie  aux  premières 
années  du  règne  d'Abû  Tâcbfîn  Ier  qu'au  règne  si  court  et  si  effacé 
d'Abù  Tàchf  în  II ,  en  pleine  décadence  de  la  dynastie  ziyanide. 

3  Dans  ses  Chronicles  of  the  Pathàn  Kinys  ofDeldi,  73  et  passim, 
Thomas  a  montré  l'intérêt  politique  qui  poussait  les  souverains  à 
répandre  leurs  titres,  avec  des  allusions  à  leurs  victoires,  par  la 
voie  des  monnaies,  qui  étaient  alors  le  moyen  d'information  le  plus 
sûr  et  le  plus  rapide. 


TITRES  CAL1FIËNS  D'OCCIDENT.  335 

propre  ruine,  en  provoquant  l'usurpation  de  son  fils 
Fàris,  pris  à  son  tour  du  vertige  califien? 

Si  cette  solution  d'un  problème  jusqu'ici  négligé 
n'est  qu'une  hypothèse ,  elle  a  du  moins  l'avantage , 
en  reliant  l'usurpation  supposée  d'Abii  Tâchfin  Ier 
à  l'usurpation  certaine  de  Fàris,  de  projeter  un  rayon 
de  lumière  sur  les  rouages  secrets  de  cette  éternelle 
politique  africaine ,  à  propos  de  laquelle  on  pourrait 
dire,  en  lui  ajustant  un  mot  célèbre  du  premier 
Empire,  qu'en  Afrique  mineure,  tout  marabout 
porte  en  sa  besace  un  bâton  de  calife1. 

1  La  comparaison  est  vraie  à  la  lettre.  Sur  l'insigne  <la  bâton 
chez  les  musulmans,  voir  Bkcrkr,  Die  Kanzel  im  Kultus  des  alleu 
Islanis,  dans  Orientalische  Studien,  tir.  à  part,  2,  6  suiv. 


22. 


NOUVELLES   ET  MÉLANGES.  337 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES. 


SEANCE  DU  8  MARS  1907. 

La  séance  est  ouverte  à  4  heures  et  demie  sous  la  prési- 
dence de  M.  Barbier  de  Meynard. 

Etaient  présents  : 

MM.  Senart,  vice-président;  Aymonier,  Allotte  de  la 

FuifE,   BONIFACY,    BOURDAIS,    BoUVAT,    CaBATON,    CARRA    DE 

Vaux,  de  Charencey,  Decourdemanche,  Dussaud,  Rubens 
Duval,  Farjenel,  Fevret,  Finot,  Gaudefroy-Demombynes  , 
Halkvy,  Leroux,  Sylvain  Lévi,  Isidore  Lévy,  Meillet, 
Schwab,  Vinson,  membres;  Chavannes,  secrétaire. 

Le  procès-verbal  de  la  séance  du  8  février  est  lu  et  adopté. 

M.  le  Président  a  le  regret  d'informer  la  Société  que 
trois  de  ses  membres  lui  ont  été  enlevés  par  la  mort  dans  le 
courant  du  mois  dernier.  Ce  sont  :  MM.  Levé  ,  Motilinsky 
et  Perruchon.  Ces  deux  derniers  faisaient  partie  du  Conseil  ; 
MM.  Dussaud  et  Thureau-Dasgin  sont  proposés  pour  les 
remplacer;  leur  nomination  sera  soumise  à  la  ratification  de 
l'assemblée  générale. 

Est  élu  membre  de  la  Société  : 

M.  Desparmet,  professeur  au  lycée  d'Alger,  présenté  par 
par  MM.  Barbier  de  Meynard  et  Basset. 

Lecture  est  donnée  d'une  lettre  par  laquelle  M.  Guimet 
demande  une  subvention  pour  la  publication  d'un  ouvrage 
du  capitaine  Weill  sur  la  deuxième  et  la  troisième  dy- 
nasties égyptiennes;  cette  lettre  est  renvoyée  à  la  Commis- 
sion des  fonds.  La  Commission  du  Journal  sera  d'autre  part 


338  MARS-AVRIL    1907. 

appelée  à  statuer  sur  une  demande  de  la  Société  orientale 
des  Etats-Unis  qui  réclame  un  certain  nombre  de  numéros 
du  Journal  asiatique, 

M.  de  Charengey  présente  à  la  Société  une  brochure  inti- 
tulée :  Sur  les  idiomes  de  la  famille  Chichimèque. 

M.  Sylvain  Lévi  continue  sa  communication  sur  les  sources 
du  Divyâvadâna.  Il  signale  d'abord  les  résultats  obtenus  pa- 
rallèlement par  M.  Huber,  et  qui  ne  font  que  corroborer  les 
faits  désormais  établis.  11  étudie  ensuite  les  contes  du  cycle 
d'Açoka,  qu'il  rattache  au  couvent  du  Natabhata-Vihàra  de 
Mathurâ ,  et  dont  il  a  retrouvé ,  outre  les  versions  chinoises 
déjà  connues ,  une  autre  version  incorporée  dans  le  Samyaktâ- 
gama.  Il  passe  ensuite  au  Çârdïdakarnàvadâna ,  dont  il  existe 
deux  versions  datées  du  me  siècle,  et  qui  se  trouve  ainsi 
fournir  un  document  précieux  pour  l'histoire  de  la  langue 
sanscrite  et  aussi  de  la  science  brahmanique ,  dont  cet  ava- 
dâna  présente  un  résumé. 

M.  db  Charengby  signale  des  affinités  entre  l'ancien  géor- 
gien et  l'ancien  susien. 

Le  Secrétaire  donne  lecture  du  rapport  de  la  Commis- 
sion de  la  Bibliothèque.  Conformément  au  vœu  exprimé  dans 
ce  rapport,  il  est  décidé  qu'une  Commission  permanente 
sera  constituée  pour  l'achat  des  livres  ;  elle  se  composera  de 
cinq  membres  et  des  membres  du  Bureau. 

M.  le  Président  annonce  que  le  Journal  sera  dorénavant 
tiré  à  700  exemplaires,  au  lieu  de  600. 

M.  HalêVy  demande  la  parole  pour  une  communication 
dont  voici  le  résumé  : 

«L'idéogramme  de  Tannée  en  «sumérien»  s'écrit  MV; 
son  correspondant  assyrien  est  sattu  pour  èantu,  mot  sémi- 
tique général.  L'absence  de  conformité  phonétique  entre  les 
deux  expressions,  qui  pendant  longtemps  m'a  causé  beau- 
coup d'embarras,  ne   m'est  devenue  explicable  que  depuis 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  339 

quelques  jours.  J'ai  appris  f  par  les  textes ,  qu'en  Babylonie 
chaque  année  avait  un  nom  particulier  qui  était  fixé  d'avance 
par  un  ordre  du  gouvernement  central.  C'est  à  cet  usage 
qu'est  dû  l'idéogramme  précité ,  car  MV  signifie  «  nom ,  ap 
pellation».  Le  même  usage  se  constate  aussi  chez  les  Juifs, 
où  le  commencement  de  Tannée  était  officiellement  annoncé 
avant  le  mois  de  Nisan,  aux  approches  de  l'équinoxe  du 
printemps.  A  l'époque  biblique ,  les  fêtes  annuelles  sont  déjà 
désignées  par  l'expression  miqrâ  (N*îpD)  et  plus  complète- 
ment miqrâ  qôdes  «  appellation  sacrée  »  ;  elle  répond  aux 
idéogrammes  MV  AN  qui  ont  la  même  signification.  Anté- 
rieurement à  l'unification  de  la  Babylonie  sous  Sargon  ïtf, 
l'emploi  de  l'idéogramme  MV  ne  se  constate  point  dans  les 
tablettes  datées,  n 

La  séance  est  levée  à  6  heures  moins  dix. 

COMMISSION  DE  LA  BIBLIOTHÈQUE. 
(Procès-verbal  de  la  séance,  du  a 5  février  1907.) 

La  Commission  s'est  réunie  à  5  heures  sous  la  présidence 
de  M.  Barbier  de  M eynard. 

Etaient  présents  :  MM.  Senart  ,  Finot,  Cabaton  ,  Schwab  , 
Macler  ,  Bouvat,  Fevret,  Ciiavannes. 

M.  Fevret  lit  le  projet  de  réorganisation  de  la  Bibliothèque 
tel  qu'il  a  été  rédigé  par  lui  de  concert  avec  MM.  Bouvat  et 
Cabaton.  Ce  projet  est  adopté  avec  les  modifications  sui- 
vantes : 

Deux  catalogues  seront  dressés,  l'un  par  ordre  alphabé- 
tique de  noms  d'auteurs  sur  fiches  de  grand  format ,  l'autre 
par  ordre  de  matières  sur  fiches  de  plus  petit  format.  Des 
casiers  à  tringles,  analogues  à  ceux  qui  sont  en  usage  à  l'Ecole 
des  Langues  orientales  seront  installés  dans  la  salle  des 
séances  près  d'une  des  fenêtres,  et  le  catalogue  par  noms 


340  MARS-AVKIL    1907. 

d'auteurs  y  sera  rangé  de  manière  à  pouvoir  être  aisément 
consulté  par  les  membres  de  la  Société. 

A  propos  des  périodiques  et  collections,  M.  Finot  de- 
mande qu'on  en  fasse  le  récolement  complet;  quand  les 
résultats  de  ce  récolement  auront  été  consignés  par  écrit , 
on  s'occupera  de  combler  les  lacunes  qui  auront  été  ainsi 
révélées ,  et  de  rétablir  les  services  qui ,  pour  une  raison  ou 
pour  une  autre ,  ont  été  interrompus. 

Les  sectionnements  actuellement  en  usage  pour  le  classe- 
ment des  volumes  sont  supprimés.  Il  n'y  aura  plus  dorénavant 
que  deux  sections  :  i°  ouvrages  non  périodiques;  2°  pério- 
diques et  collections  en  cours.  Les  volumes  seront  rangés  en 
séries  d'après  leurs  dimensions  en  hauteur  :  in-folio ,  in-4°  i 
in-8°.  Dans  chaque  série,  les  volumes  recevront  une  nu- 
mérotation continue.  Ceux  qui  font  déjà  partie  de  la 
bibliothèque  garderont  leur  ordre  actuel;  ceux  qui  entre- 
ront ensuite  seront  rangés  et  numérotés  dans  l'ordre  de  leur 
arrivée. 

Sur  la  proposition  de  M.  Schwab,  il  est  décidé  que  la 
cote  de  chaque  volume  sera  inscrite  à  l'intérieur  du  livre, 
en  même  temps  que  sur  l'étiquette  collée  au  dos. 

Pour  les  brochures ,  la  Commission  se  prononce  en  faveur 
du  rangement  dans  des  boites  en  carton ,  tel  qu'il  est  pra- 
tiqué à  l'Ecole  des  Langues  orientales. 

Sur  la  proposition  de  M.  Ch  a  van  nés,  il  est  décidé  que  le 
registre  des  prêts  sera  complété  par  un  répertoire  alphabé- 
tique des  noms  des  emprunteurs  avec  renvoi  au  folio  du 
registre  où  sont  inscrits  leurs  emprunts.  M.  Finot  demande 
qu'il  y  ait  également  un  répertoire  alphabétique  des  volumes 
empruntés,  afin  qu'on  puisse  trouver  immédiatement  le 
détenteur  d'un  volume  manquant.  11  serait  bon  que  ces 
deux  répertoires  fussent  établis  sur  fiches. 

Sur  la  proposition  de  M.  Finot,  la  Commission  invite 
le  Bibliothécaire    à   faire  chaque   année  l'appel  de  tous  les 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  341 

volantes  prêtés;  à  la  réquisition  do  Bibliothécaire,  les  em- 
prunteurs devront  rapporter  les  livres  qu'ils  détiennent ,  et , 
s'ils  désirent  les  conserver  encore,  ils  devront  les  faire  in- 
scrire à  nouveau  sur  le  registre  des  prêts. 

Sur  la  proposition  de  M.  Chavannes,  il  est  décidé  qu'on 
demandera  au  Conseil  la  nomination  d'une  commission 
permanente  de  la  Bibliothèque;  cette  commission,  qui 
comprendra  un  représentant  de  chacune  des  branches  de 
l'orientalisme,  aura  pour  mission  de  désigner  les  livres 
qu'il  faut  acheter  et  les  abonnements  qu'il  faut  contracter; 
la  Société  allouera  chaque  année  une  certaine  somme  pour 
les  achats  de  livres  et  abonnements. 

La  séance  est  levée  à  6  heures. 


OUVRAGES  OFFERTS  X  LA  SOCIETE. 

Pak  les  Auteurs  : 

Eilhard Wiedemaxx.  Zur Physik bei den  Arabern.  —Halle, 
s.  d.  ;  in- 12. 

—  Uber  arabische  Auszàge  aus  der  Schrift  des  Archimedes 
ûber  die  schwimmenden  Kôrper.  —  Erlangen ,  1 906  ;  in-8*. 

—  Zu  der  Astronomie  bei  den  Arabern.  —  Erlangen,  1906; 
in-8*. 

—  Ibn  al  Haitham ,  ein  arabischer  Gelehrter.  —  Leipzig , 
1906;  in-8*  (Extraits). 

Comte  H.  de  Chakencey.  Sur  les  idiomes  de  la  famille  Chi- 
chimèque.  —  S.  1.  n.d;  in-8°  (Extrait,. 

Arnold  van  G  en. ne  p.  Un  système  nègre  de  classification, 
sa  portée  linguistique.  —  Paris,  s.  d.;  in  8*  (Extrait). 

Par  les  Editeurs  : 

Le  Muséon  ,  VII ,  4-  —  Louvain,  1906;  in-8*. 

Revue  critique,  49'  année,  n**  6-9.  —  Paris,  1906;  in-8*. 

Polybiblion ,  février  1907.  —  Paris,  1907;  in-8*. 


342  MARS-AVHII,   1907. 

Zeitschrifi  fur  liebrâische  Bibliographie,  X,  6.  —  Frank- 
furt  a.  M.,  1906;  in-8°. 

The  Korea  Review,  VI,  12.  —  Séoul,  1906;  in-8°. 

Pierre  Arminjon.  L'Enseignement,  la  doctrine  et  la  vie  dam 
les  Universités  musulmanes  d'Egypte.  —  Paris ,  1 907  ;  in-8°. 

Raoul  de  la  Grasserie.  Particularités  linguistiques  des 
noms  subjectifs.  —  Paris ,  1 906  ;  in-8°. 

Général  L.  de  Beylié.  L'Architecture  hindoue  en  Extrême- 
Orient.  —  Paris,  1907;  in-4°. 

Otto  Weber.  Die  Literatur  der  Babylonier  und  Assyrer,  — 
Leipzig,  1907;  in-8°. 

Hermann  Môller.  Semitisch  und  Indogermanisch.  I, 
Konsonanten.  —  Kopenhagen ,  1 907  ;  in-8°. 

J.  W.  Redhouse.  El-Khazrejïs  History  of  the  Resnli  Dy- 
nasty  ofYemen  (Translation,  I).  —  Leyden,  1906;  in-8°. 

H.V.  Hilpreght.  The  Babylonian  Expédition .  .  .  Séries  A  : 
Cuneiform  Texts ,  XX,  1.  —  Philadelphia ,  1906;  in-4°. 

Anthropos,  II,  1.  —  Sakburg,  1907;  in-8°. 

The  Indian  Antiquary ,  446-447-  —  Bombay,  1906;  in-4°. 

Revue  archéologique,  nov.-déc.  1906.  —  Paris,  1906; 
in-4°. 

Par  la  Société  : 

Journal  asiatique ,  nov.-déc.  1906.  —  Paris,  1906;   in-8°. 
Rendiconti  délia  R.  Accademia  dei  Lincei,  XV,  5- 10  ;  III ,  7-8. 

—  Roma,  1906;  in-4°. 

Mémoires  présentés  à  l'Institut  égyptien ,  V,  1 .  —  Le  Caire , 
1906;  in-4°. 

Bulletin  de  littérature  ecclésiastique ,  janvier-février  1907. 

—  Paris ,  1 907  ;  in-8°. 

American  Journal  of  Philology,  XXVII,  4.  -  Proceedings , 
vol.  XXXVI.  —  Baltimore,  1906;  in-8°. 

Journal  ofthe  Straits  Branch  of  the  Royal  Asiatic  Society, 
n°  46.  —  Singapore,  1906;  in-8°. 

O  Oriente  Portuguez,  III,  io-ia.  —  Nova  Goa,  1906; 
in-8°. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  343 

The  Geograplii cal  Journal,  F ehruary-March  1907.  —  Lon- 
don,  1907;  in-8°. 

Comité  de  conservation  des  monuments  de  l'art  arabe,  fasc. 
22.  —  Le  Caire,  1906;  in-8°. 

Ateneo,  enero  1907.  —  Madrid,  1907;  in-8°. 

Comptes  rendus  des  séances  de  l'Académie  des  Inscriptions  et 
Belles-lettres ,  novembre  1906.  —  Paris,  1906;  in-8°. 

American  Journal  of  Archœology,  X,  4.  -  Norwood, 
Mass.,  1906;  in-8". 

Bulletin  de  la  Société  de  linguistique ,  n°  54.  —  Paris,  1906; 
in-8°. 

S.  BrGfiE  og  Magnus  Olsex.  Runerne  paa  en  Soloring  fra 
Senjen.  —  Kristiania,  1906;  in-4°. 

La  Géographie,  XV,  1.  —Paris,  1907;  in-8°. 

Giornale  délia  Società  asiatica  italiana,  XIX,  1.  —  Firenze, 
1 906  ;  in-8°. 

Transactions  of  the  Asiatic  Society  pf  Japan,  XXXJV,  2. 

—  Tokyo ,  1 906  ;  in-8°. 

Par  le  Ministère  de  l'Instruction  publique 
et  des  Beaux-arts  : 

Archives  marocaines ,  t.  VIII.  —  Paris,  1906;  in-8*. 
Journal  des  savants ,  février  1907.  —  Paris,  1907;  in-4°. 
Bulletin  de  l'Institut  français  d'archéologie  orientale,  V,  1. 

—  Le  Caire ,  1 906  ;  in-4*. 

A.  Gu^rinot.  Essai  ds  bibliographie  jaina.  —  Paris,  1906; 
in-8°. 

Revue  de  l'histoire  des  religions ,  161-162.  —  Paris ,  1 906 ; 
in-8°. 

Bulletin  de  correspondance  hellénique,  XXX,  9-1 1  ;  XXXI, 
i-3.  —  Paris,  1906;  in-8°. 

Par  le  British  Mdseum  : 
J.  F.  Bi.umhardt.    Catalogue  of  the  Marathi,   Gnjarati, 


344  MAKS-ÀVR1L   1907. 

Bengali ....  Manuscrits  in  the  Library  of  the  British  Muséum. 
—  London,  igo5;in-4°. 

Par  la  «  Biblioteca  nazionale  centrale  »  de  Florence  : 

Bollettino  délie  pubblicazioni  iialiane  ricevute  per  diritto  di 
stampa,  num.  74.  —  Firenze,  1907;  in-8°. 

Par  l'Université  Saint- Joseph  ,  À  Beyrouth  : 
Al-Machriq ,  X,  3-4-  —  Beyrouth,  1907;  in-8°. 


Annexe  au  procès-verbal. 

(Séance  du  8  mars  1907.) 

M.  Jules  Perruchon  est  mort  à  Paris  le  20  février  dernier, 
à  l'âge  de  53  ans.  La  Société  asiatique  perd  en  lui  un  de  ses 
collègues  les  plus  actifs  et  les  plus  sympathiques.  Au  milieu 
de  ses  occupations  absorbantes  comme  receveur  des  Postes 
et  Télégraphes,  Jules  Perruchon  cultivait  avec  un  zèle  inlas- 
sable les  études  éthiopiennes ,  qui  ont  si  peu  de  représen- 
tants dans  notre  pays.  Son  édition  des  Chroniques  de  Zarëa 
Ydèqob  et  de  Ba'èda-Mâryâm ,  dans  l'original  guëez ,  accom- 
pagné d'une  traduction  française ,  lui  a  valu ,  outre  le  titre 
d'élève  diplômé  de  l'Ecole  pratique  des  Hautes  Etudes ,  une 
place  honorable  parmi  les  éthiopisants  de  l'Europe.  Quelque 
temps  après,  il  a  publié  dans  le  Journal  asiatique,  la  Vie  de 
Lalibala,  curieux  récit  légendaire  qui  a  donné  lieu  à  une 
profonde  discussion  sur  la  dynastie  des  Zaguë  et  sur  la  va- 
leur générale  des  listes  des  rois  d'Axum.  Pendant  plusieurs 
années,  il  publia  dans  la  Revue  sémitique  une  longue  série 
de  précieuses  contributions  à  l'histoire  et  au  folklore  de 
i'Abyssinie.  Sa  carrière  fut  couronnée  par  l'édition  de  l'ou- 
vrage allégorique  considérable  intitulé  Les  Mystères  du  ciel 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.       345 

et  de  la  terre,  publié  dans  la  collection  de  M?r  Graffin. 
Malheureusement,  les  dernières  feuilles  de  cette  publication 
n'ont  pu  être  corrigées  par  lui-même ,  par  suite  de  l'affaiblisse- 
ment de  sa  vue.  Mais  il  n'avait  jamais  perdu  l'espoir  de  re- 
prendre ses  études  de  prédilection  après  cette  interruption, 
qu'il  croyait  passagère.  Le  sort  en  a  décidé  autrement.  Par 
la  disparition  de  Jules  Perruchon ,  les  études  éthiopiennes  en 
France  sont  douloureusement  frappées ,  mais  sa  mémoire  res- 
tera vivante  comme  celle  d'un  des  pionniers  les  plus  désin- 
téressés de  la  science. 

J.  Halévy. 


SEANCE  DU  12  AVRIL  1907. 

La  séance  est  ouverte  à  4  heures  et  demie ,  sous  la  prési- 
dence de  M.  Barbier  de  Meynard. 

Etaient  présents  : 

MM.  Senart,  vice -président;  Allotte  de  la  Fuyb, 
Basmadjian,  Bourdais,  Bouvat,  Cabatonv  de  Charengey, 
Dussaud,  R.  Duval,  Faïtlovitch,  Fevret,  Fossey,  Gaude- 
froy-Demombyxes ,  Graffin,  Halkvy,  C.  Huart,  Ismaël 
Hamet,  Sylvain  Lévi,  Lunet  de  Lajonquière,  Macler, 
Mayer- Lambert,  Meillet,  Mondon-Vidailhet,  Schwab, 
Thureau-Dangik,  membres;  Finot,  faisant  fonction  de  secré- 
taire en  l'absence  de  M.  Chavannes. 

Le  procès-verbal  de  la  dernière  séance  est  lu  et  adopté. 
Est  élu  membre  de  la  Société  : 

M.  Hans  von    Mzik,  de  la   Bibliothèque   impériale  de 
Vienne,  présenté  par  MM.  Chavannes  et  Senart. 

M.  le  Président  annonce  que  le  scrutin  pour  l'élection 
de  la  Commission  permanente  de  la  Bibliothèque  aura  lieu 
à  la  prochaine  séance. 

M.  Meillet  examine  l'étymologie  du  nom  de  dieu ,  sanskrit 


346  MARS-AVUIL  1U07. 

Mitra,  iranien  MiOra.  Ce  nom  est  identique  an  thème  indo- 
iranien du  nom  commun  skr.  mitra,  zd.  midra,  qui  signifie 
«contrat».  Le  dieu  Mitra  n'est  donc  autre  que  le  Contrat 
divinisé,  tout  comme  skr.  Dyauh  et  gr.  Zeds  sont  le  Ciel  divi- 
nisé. Ce  dieu,  ayant  pour  rôle  de  veiller  à  l'observation  des 
contrats,  voit  tout;  or  le  soleil  est  un  œil  qui  voit  tout  :  de 
là  les  rapports  entre  le  soleil  et  le  Midra  iranien.  Le  Véda  et 
l'Avesta  ne  présentent  pas  de  traita  qui  obligent  à  chercher 
dans  Mitra  un  phénomène  naturel  quelconque. 

MM.  Halbvy,  Allotte  de  l\  Fuye  et  Huart  présentent 
quelques  observations. 

M.  de  Charencey  signale  les  analogies  que  présentent  le 
géorgien  et  l'ancienne  langue  susienne  dans  la  manière 
d'exprimer  le  pronom  de  la  première  personne  du  singulier. 
Ces  deux  idiomes  emploient  tantôt  la  voyelle  a  (susien)  ou 
la  semi-voyelle  w  (  géorgien  ) ,  tantôt  la  labiale  m:  me,  *  moi  » 
(géorgien),  mi,  «  mien»  (susien).  Ce  rapprochement  tire  une 
certaine  importance  du  fait  qu'il  n'est  pas  isolé  et  s'ajoute  à 
bon  nombre  d'autres. 

M.  IIalévy  explique  une  amulette  éthiopienne  d'où  il 
résulte  que  le  nom  de  saint  Susenios,  en  grec  Sisinnios, 
préserve  les  nouveau-nés  des  attaques  mortelles  du  démon 
femelle  WerzeHa.  Chez  les  Manichéens,  Sisinnios  est  l'adver- 
saire de  Melintia  ou  Smintia.  Les  Juifs  ont  aussi  leur  part 
dans  ce  travail  de  syncrétisme  légendaire  :  chez  eux  l'amulette 
porte  les  noms  de  trois  anges  ;  Smi,  Sinsini  et  Samangloph  ; 
les  deux  premiers  sont  tirés  de  Sisinnios;  dans  le  troisième, 
l'élément  Saman  est  abrégé  de  Smintia;  la  syllabe  gloph,qm 
est  un  verbe  signifiant  «grave,  inscris!»,  est  une  addition 
due  à  Terreur  d'un  scribe  ignorant.  A  cette  occasion, 
M.  Halévy  retrace  l'histoire  de  la  Lamia  babylonienne 
Labartu  et  de  la  Litit  babyio  no-hébraïque ,  qui  répond  à  la 
Ghoule  des  Arabes. 

Dans  une  seconde  communication,  M.  Halbvy  explique 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  347 

par  quelle  évolution  sémantique  l'idéogramme  MU  =  naha- 
tirnu  <  boulanger  •  est  arrivé  à  ce  sens  en  partant  de  la  signi- 
fication primitive  de  «  nom*.  Dans  le  temple  de  Jérusalem, 
le  fournisseur  des  provisions  de  bouche  délivrait  aux  ayants 
droit  des  cachets  portant  le  nom  des  diverses  denrées ,  qui 
leur  étaient  remises  par  un  autre  fonctionnaire  en  échange 
de  leurs  bons.  (Cf.  Talmud  de  Jérusalem,  traité  SêqàUm, 

v.1,3.; 

Le  même  usage  existait  certainement  dans  les  temples 
babyloniens  :  d'où  le  titre  de  EN-MU  ■  maître  du  nom  • , 
que  portait  le  distributeur  principal  des  provisions.  Plus 
tard,  l'idéogramme  MU  fut  appliqué  aux  fournisseurs  pro- 
fanes et  spécialement  aux  boulangers. 

La  séance  est  levée  à  6  heures. 

OUVRAGES  OFFERTS  X  LA  SOCIÉTÉ. 

Pab  l»  Actkcbs  : 

Alizadè  Faidh  Allah.  Concordances  da  Coran  (en  arabe). 

—  Bevrouth,  i323;in-8*. 

Dr.  Tiryakia*.  Karnamak-i  Artakhchir-i  Papakan  (traduc- 
tion arménienne).  —  Paris,  1907;  in-8*. 

Emile  Se* art.  Une  nouvelle  inscription  d'Asoka  (Extrait). 

—  Paris ,  1 907  ;  in-8°. 

Gaudefroy-Demombyxes.  Coutumes  de  mariage  en  Algérie 
;  Extrait  ).  —  Tours ,  1 907  ;  in-8*. 

Pau  lu  Eornums  : 

lier  ne  critique,  4i*  année,  n"  loi  3.  —  Paris,  1907; 
in-8*. 

Bessarione ,  fasc.  93.  —  Roma,  1906;  in-8*. 

René  Dcssald.  Les  Arabes  en  Syrie  avant  C Islam.  —  Paris, 

«F 

1 907  ;  in-8°. 

Revo*  archéologique,  janv.-fév.  1907.  —  Paris,  1907; 
in-8*. 


348  MARS-AVRIL    1907. 

Bulletin  de  littérature  ecclésiastique ,  mars  1907.  —  Paris, 
1907;  in-8°. 

Par  la  Société  : 

Journal  asiatique,  janv.-fév.  1907.   —  Paris,  1907;  in-8°. 

Dagh-Register  Batavia,  anno  1678.  —  Batavia,  1907; 
in-8°. 

Transactions  and Proceedings  ofthe  Japan  Society,  vol.  VU, 
part  II.  —  London ,  1 907  ;  in-8°. 

The  Impérial  and  Asiaiic  Quarterly  Review,  April  1907.  — 
London,  1907;  in-8°. 

Journal  of  the  American  Oriental  Society,  XXVU,  2.  — 
New-Haven,  1907;  in-8°. 

Comptes  rendus  des  séances  de  l'Académie  des  Inscriptions  et 
Belles-lettres,  décembre  1906-janvier  1907.  —  Paris,  1906- 
i9O7,-in-80. 

Mémoires  de  la  Société  de  Linguistique ,  XIV,  4.  —  Paris, 
1 907  ;  in-8°. 

Ateneo,  febrero  1907.  —  Madrid,  1907;  gr.  in-8°. 

O  Oriente  Portuguez,  janeiro-março  1907.  —  Nova  Goa, 
1907;  in-8°. 

Le  Globe,  XL VI,  1.  —  Genève,  1907;  in-8°. 

La  Géographie,  XV,  3.  —  Paris,  1907;  in-8°. 

Reale  Accademia  dei  Lincei.  —  Rendiconti,  XV,  11-12.  — 
Notizie. ..,  III,  9-10.  —  Roma,  1906;  in-A°  et  in-8°. 

Par  le  Ministère  de  l'Instruction  publique 
et  des  Beaux-arts  : 

P.  Oltramare.  Histoire  des  idées  théosophiqaes  dans  Vlnde, 
1. 1.  —  Paris,  1907;  in-8°. 

Ch.  Renel.  Les  Religions  de  la  Gaule  avant  le  christianisme. 
—  Paris,  1906;  in- 18. 

Franz  Cumont.  Les  Religions  orientales  dans  le  paganisme 
romain.  —  Paris ,  1 907  ;  in- 1 8. 

Conférences  faites  au  Musée  Gnimet,  t.  XX.  —  Paris,  s.  d.  ; 
in-18. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  349 

Journal  des  savants ,  mars  1907.  —  Paris,  1907;  in-4°. 

Nouvelles  Archives  des  Missions  scientifiques  et  littéraires, 
XIII,  4.  —  Paris,  i9o6;in-8°. 

Mission  Pavie ,  Géographie  et  Voyages,  II.  —  Paris,  190'); 
in-4°. 

Cl.  Huakt.  Le  Livre  de  la  Création  et  de  l'Histoire.  .  . 
publié  et  traduit,  IV,  1.  —  Paris,  1906;  in-8°. 

Par  le  Gouvernement  général  de  l'Algérie  : 

S.  Cid  Kaoui.  Dictionnaire  français  tachelh'it  et  tamazirt. 
—  Paris,  1907;  in- 18. 

Mouwatta  Al-Imdm  Al-Mahdî.  —  Alger,  1907;  in-8\ 
Bklkacem  El-Hafnaoui  ben  Cheikh.  Biographies  des  sa- 
vants musulmans  de  l'Algérie,  t.  I.  —  Alger,  1907;  in-8°. 

Par  le  Gouvernement  Indien  : 

Papers  relating  to  Technical  Education  in  India,  1886- 
1 904.  —  Calcutta ,  1 906  ;  in-folio. 

Jlielum  District  Gazetteer,  Supplément,  1905.  —  Lahore, 
1 905  ;  in-folio. 

Annual  Administration  Report  of  the  Forest  Department , 
Madras  Presidency  (1906-1906).  —  Calcutta,  1906;  in- 
folio. 

List  of  Sanskrit  and  Hindi  Manuscripts  parchased  daring 
the  year  1905.  —  Allahabad ,  1 906  ;  in-8°. 

Par  la  «  Biblioteca  nazionale  centrale  »  de  Florence  : 

Bollettino  délie  puhhlicazioni  italiane  ricevute  per  diritto  di 
stampa,  num.  75.  —  Indice,  1906.  —  Firenze,  1906-1907; 
in-8°. 

Par  l'Université  d'Upsal  : 
Sphinx,  XI,  1.  —  Upsal,  1907;  in-8°. 

Par  l'Université  Saint-Joseph  ,  À  Beyrouth  : 
Al-Machriq ,  X,  5.  —  Beyrouth,  1907;  in-8°. 


hmiam*  aiTtoaiLB. 


350  MARS-AVRIL    1907. 


BIBLIOGRAPHIE. 


ÇrïRuhminïparinayain ,  Yajnapati Vidyâv inodopâdh ihen a  çrïmadA sta- 
durgâdhïçvarena  çrlViçvanâthadevavarmmanà  viraciUtm  prahdçitan 
ca,  çrïmadAsladurgâdhïçvaryyà  çrïRàdhâpriyàinahâdevyà  viracitayâ 
Râdliâpriyâsamâlihyayâ  vyâkhyayâ  samudbhàsitam.  —  Calcutta, 
imprimé  par  Manmathanàtha  Ghosha,  igo5. 

Bon  an,  mal  an,  il  s'écrit  et  s'imprime  encore  beaucoup 
de  vers  sanscrits  dans  l'Inde.  Les  pièces  de  circonstance ,  les 
compliments  de  la  critique  simplement  élogieuse,  accusés 
de  réception  et  teslimonia,  prennent  volontiers  cette  forme. 
De  même  il  est  peu  d'éditions  indigènes  d'ouvrages  anciens, 
où ,  soit  au  commencement ,  soit  plus  souvent  à  la  fin ,  l'édi- 
teur contemporain,  s'il  est  vraiment  un  pandit,  ne  présente 
au  public ,  dans  des  stances  plus  ou  moins  nombreuses ,  son 
œuvre  et  sa  personne.  Les  productions  originales  de  plus 
longue  haleine  ne  sont  pas  rares  non  plus  :  presque  chaque 
année  voit  éclore  quelque  poème  ou  drame  taillés  plus  ou 
moins  fidèlement  sur  les  anciens  patrons.  Ce  qui  est  plus 
rare,  c'est  de  voir,  comme  ici,  un  membre  de  la  grande 
aristocratie  terrienne  cultiver  cette  poésie  et  sa  femme  par- 
tager ses  études  et  s'associer  à  ses  travaux.  L'auteur  de  ce 
Rukminlparinaya ,  Viçvanâtha  Devavarman,  est  en  efTet  le 
raja  actuellement  régnant  d'Athgarh,  un  des  Etats  tributaires 
d'Orissa  comptant  une  population  d'environ  3o,ooo  âmes, 
et  c'est  sa  femme,  la  rânï  Ràdhàpriyà,  qui  en  a  écrit  le 
commentaire ,  auquel  elle  a  donné  son  propre  nom. 

Ce  commentaire  suit  le  texte  mot  par  mot,  donnant  pour 
chaque  expression  un  équivalent,  expliquant  les  composés, 
notant  les  termes  peu  usités,  avec  référence,  s'il  y  a  lieu, 
à  Pânini,  aux  lexiques  et  aux  traités  de  rhétorique  et  de 
métrique.  Bien  que  purement  verbal,  le  travail  est  soigné 
et  fait  honneur  a  la  princesse.  Quant  au  poème  lui-même, 


NOUVELLES  ET  MELANGES       351 

il  célèbre  à  travers  onze  chants  et  en  mètres  variés,  un  thème 
bien  connu  de  la  légende  épique,  l'enlèvement  de  Rukminï 
par  Krisna.  Ce  thème ,  l'auteur  ne  pouvait  guère  le  renouve- 
ler ;  mais  il  a  su  du  moins  nous  épargner  la  peine  de  repasser 
par  quelques-uns  des  lieux  communs  qui  sont  comme  de 
style  dans  cette  poésie  :  levers  et  couchers  de  soleil ,  descrip- 
tions de  forêts,  de  montagnes,  de  fleuves,  des  saisons,  etc. 
11  s'est  appliqué  de  préférence  aux  côtés  oratoires  de  son  su- 
jet, conseils  de  famille,  pourparlers  des  rois,  des  chefs  et 
des  ministres,  projets  d'alliance  et  de  guerre;  il  s'est  complu 
surtout  à  exprimer  la  fervente  et  absolue  dévotion  de  Ruk- 
minï pour  son  divin  ravisseur,  à  qui  elle  se  sent  prédestinée. 
Dans  sa  préface ,  l'auteur  souhaite  que  ses  lecteurs  trouvent 
à  lire  son  œuvre  autant  de  plaisir  qu'il  en  a  eu  à  l'écrire.  11 
entend  sans  doute  par  là ,  outre  le  plaisir  qu'il  a  eu  à  satis- 
faire ses  goûts  d'écrivain  et  de  sanscritiste ,  celui  que,  en 
fervent  vishnouite  qu'il  est ,  il  a  éprouvé  à  glorifier  son  Dieu. 
Pour  nous,  qui  ne  pouvons  être  sensibles  ici  qu'à  la  virtuo- 
sité, nous  reconnaîtrons  volontiers  que  la  sienne  n'est  pas 
médiocre.  Le  souffle  poétique  est  faible;  mais  la  langue  est 
correcte,  suffisamment  riche,  et,  en  général,  maniée  avec 
aisance.  On  trouve  bien  par  ci,  parla  des  expressions  forcées, 
comme  par  exemple  v,  18,  où,  pour  dire  qu'un  homme  est 
un  océan  de  compassion ,  il  se  sert  du  composé  bizarre  karunâ- 
varunâlaya ,  parce  que  Varanàlaya  ,  «  la  demeure  de  Varuna  », 
est  un  synonyme  d'océan.  Mais  ces  taches,  généralement 
amenées  par  la  recherche  de  l'assonance,  sont  relativement 
rares;  dans  l'ensemble,  la  diction  n'est  pas  trop  artificielle. 
Et ,  à  vrai  dire ,  ces  qualités  de  facture  sont  à  peu  près  tout 
ce  qu'on  peut  demander  à  cette  poésie,  qui  n'aura  jamais 
que  les  mérites  du  pastiche.  Etre  l'auteur  d'un  mahâkâvya 
pose  là-bas  un  homme  auprès  du  public,  même  et  surtout 
auprès  du  public  qui  ne  le  lira  pas.  Mais  il  est  bien  évident 
que  ce  n'est  pas  de  ce  côté  qu'est  l'avenir  de  la  bttérature  ou 
des  littératures  de  l'Inde;  que  celles-ci  au  contraire  seront 
d'autant  plus  vivantes  qu'elles  s'affranchiront  davantage  des 

23. 


352  MARS-AVRIL    1907. 

vieilles  formes  et  des  vieilles  formules  inséparables  de  la 
vieille  langue ,  plus  tyranniques  là-bas  qu'ailleurs  et  qui  im- 
posent comme  un  poids  mort  à  la  pensée. 

Au  Rnkminïparinaya  sont  adjoints  plusieurs  autres  petits 
poèmes  en  l'honneur  de  Caitanya,  de  Krisna,  de  Krisna  et 
Râdhâ;  deux  autres  sont  de  courtes  descriptions  du  pays 
d'Orissa  et  d'Athgarh,  la  patrie  et  la  résidence  de  l'auteur. 
Toul  à  la  fin  vient  une  pièce  plus  longue,  en  i64  stances 
trislubh,  où  un  ami  de  l'auteur,  Kavicandracarman ,  a  re- 
tracé  la  généalogie  des  rajas  d'Athgarh1.  Et  c'est  dans  ce 
morceau,  pourtant  l'œuvre  d'un  homme  habile,  qu'on  voit 
peut-être  le  mieux  ce  que  le  genre  a  d'incurablement  artifi- 
ciel. Cette  généalogie,  qui  remonte  jusqu'aux  premières 
années  du  xiii*  siècle,  serait  un  document  très  intéressant, 
si  seulement  l'auteur  nous  disait  d'où  elle  vient  et  ce  qu'elle 
vaut.  Mais,  de  cela,  il  ne  s'inquiète  pas,  parce  que  ses  mo- 
dèles ne  s'inquiètent  de  rien  de  semblable.  Ces  modèles  sont 
les  vamças  et  les  praçastis  des  inscriptions,  qui  de  leur  part, 
copiaient  la  phraséologie  de  la  poésie  courtoise  et  des  vieilles 
épopées.  Et  il  lui  est  interdit  de  sortir  de  là.  Jusqu'au  bout, 
chez  lui,  les  chefs  de  ce  petit  Etat  ont  des  allures  de  cakravar- 
tin.  S'il  nous  donne  des  dates 2  et  parfois  le  chiffre  (mais  non 

1  Athgarh ,  «  les  huit  forts  » ,  est  rendu  en  sanscrit  par  Astadurga  ; 
mais,  par  une  de  ces  méchancetés  dont  cette  poésie  moderne  est 
particulièrement  coutumière  et  qui  consiste  à  abuser  de  la  syno- 
nymie jusque  dans  les  noms  propres,  ce  nom  est  souvent  remplacé 
ici  par  Vasudurga,  simplement  parce  que  les  dieux  Vasu  sont  au 
nombre  de  huit,  et  que,  dans  les  expressions  numériques,  vasu 
représente  le  chiffre  huit. 

*  Ces  dates,  à  l'exception  d'une  seule  qui  est  de  l'ère  çaka,  sont 
en  années  Vilâyatï,  qui  commencent  en  592  ap.  J.-C.  L'auteur  les 
appelle  années  des  Dillïpati,  «des  maîtres  de  Delhi»,  parce  que 
les  années  de  cette  ère  usitée  en  Orissa  correspondent  pratique- 
ment aux  années  Fasali,  modification  du  calendrier  musulman 
instituée  probablement  par  Akbar  et  qui  s'est  répandue  sous  ses 
successeurs  dans  plusieurs  régions  de  l'Inde. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  353 

l'évaluation)  de  certaines  largesses  royales,  c'est  parce  que 
ses  modèles  déjà  s'ingéniaient,  à  l'aide  de  synonymes,  à 
construire  des  padas  de  vers  avec  des  expressions  numériques. 
11  ne  sort  du  lieu  commun ,  mais  pour  y  retomber  aussitôt 
dans  le  détail,  que  quand  il  arrive  à  la  biographie  du  raja 
actuellement  régnant,  qui  remplit  à  elle  seule  les  cent  der- 
nières stances.  11  énumère  alors  ses  fondations  pieuses,  ses 
visites  et  sa  participation,  signalées  par  de  généreuses  lar- 
gesses, aux  assemblées  des  pandits,  d'où  il  a  rapporté  son 
surnom  de  Vidyâvinoda  ;  ses  nombreux  pèlerinages  surtout , 
faits  en  compagnie  de  la  rânï  Râdhâpriyâ,  mais  le  tout  en 
des  termes  qui  s'appliqueraient  presque  aussi  bien  à  Yudhi- 
sthira  ou  à  Arjuna.  Le  râja  a  même  fait  célébrer,  entre  autres 
sacrifices ,  un  Agnistoma ,  qui  lui  valut  son  autre  surnom  de 
Yajnapati ,  et  nous  aimerions  bien  apprendre  à  cette  occa- 
sion comment  ces  choses  se  passent  à  présent.  Mais  il  faut 
nous  contenter  de  savoir  que  le  ciel  fut  vide  ce  jour-là ,  tous 
les  dieux  l'ayant  déserté  pour  assister  à  la  solennité.  La 
fabrication  de  quelques  composés  nouveaux  pour  désigner 
un  feu  d'artifice  ou  un  train  de  chemin  de  fer  ne  suffit  pas  a 
mettre  les  choses  au  point. 

Ces  observations,  je  tiens  à  le  répéter,  visent  le  genre 
plutôt  que  l'œuvre.  Celle-ci,  comme  exercice  de  langue  et  de 
versification  sanscrite  et  comme  témoignage  de  piété  vish- 
nouite ,  est  loin  d'être  banale  ;  comme  preuve  que  la  culture 
de  la  vieille  langue  a  toujours  encore  là-bas  des  patrons,  elle 

est  la  bien  venue. 

A.  Barth. 


Chromque  de  Michel  le  Syrien,  patriarche  jacobite  d'Antioche 
(i  166-1 1 99  ) ,  éditée  pour  la  première  fois  et  traduite  en  français 
par  J.-B.  Chabot,  t.  III,  fasc.  11.  —  Paris,  Ernest  Leroux,  1906, 
in-4°,  texte,  p.  545-64o;  traduction,  p.  n3-a8o. 

L'édition  de  l'importante  Chronique  de  Michel  touche  à  sa 
lin  ;  il  ne  reste  plus  à  paraître  que  le  dernier  fascicule  qui , 


354  MAKS-AVK1L  1907. 

selon  toute  probabilité,  verra  le  jour  dans  le  courant  de 
cette  année. 

Le  second  fascicule  du  tome  111  que  nous  venons  de  rece- 
voir, comprend  les  livres  XIII  et  suivants  jusqu'au  cha- 
pitre vu  du  livre  XV11.  Il  embrasse  une  période  de  trois 
siècles ,  de  85o  à  1 1 5o.  La  partie  de  cette  période  la  plus 
développée  est  celle  qui  relate  les  luttes  des  Turcs ,  d'une 
part ,  et  des  Croisés ,  d'autre  part ,  qui  cherchaient  à  établir 
leur  domination  en  Syrie  et  en  Mésopotamie,  au  détriment 
de  l'empire  des  Arabes  et  de  l'empire  des  Grecs.  Ce  ne  sont 
que  conflits  et  combats  sur  lesquels  nous  possédons  de  nom- 
breux documents  tant  orientaux  qu'occidentaux;  on  ne  trou- 
vera donc  ici  rien  de  bien  nouveau ,  d'autant  plus  que  Bar- 
hébraeus  a  résumé  dans  ses  deux  Chroniques  la  compilation 
historique  de  Michel,  et  en  a  extrait  littéralement  des  pas- 
sages. La  difficulté  pour  l'éditeur  consistait  à  rétablir  les 
dates  exactes  des  événements  et  les  formes  défigurées  des 
noms  turcs  et  des  noms  francs.  M.  Chabot  a  rempli  cette 
tache  ardue  avec  un  grand  soin,  et  les  nombreuses  notes, 
au-dessous  de  la  traduction ,  quoique  empruntées  à  des  ou- 
vrages de  seconde  main,  fournissent  au  lecteur  toutes  les 
informations  propres  à  l'éclairer. 

A  la  fin  du  chapitre  xi  du  livre  XV  (p.  20i-2o3  delà 
traduction),  on  lit  un  récit  intitulé  Histoire  des  Frères  francs. 
Nul  doute  que  ce  nom  désigne  ici  les  Templiers ,  comme  le 
remarque  M.  Chabot1.  On  ne  doit  donc  pas  ajouter  foi  au 
Thésaurus  syriacus  de  Payne  Smith  qui,  sous  le  mot  JLtift* 
cite  un  passage  de  la  Chronique  syriaque  de  Barhébraeus 

ainsi  conçu  :  JL?j&»a4»J  JLo?  JLi?d  m  «  les  Frères  consacrés  à 
Dieu,  les  Hospitaliers»,  et  conclut  :  «unde  patet  Hospitala- 
rios   esse,   non,  ut  alii  volunt,  Templarios».   L'expression 

1  P.  201,  col.  i,  lire  :  «Le  roi  leur  donna  \e  Temple  de  Salomon 
(et  non  la  }faison  de  Salomon).*  C'est  de  ce  don  que  leur  vint  le 
nom  de  Templiers. 


NOUVKLLES  ET  MÉLANGES.  355 

jLo?,  ar.  iÇjl*>,  a  toujours  signifié  les  Templiers  et  jamais  les 
Hospitaliers.  Le  passage  cité  est  donc  erroné. 

A  cette  époque ,  l'Eglise  monophysite  de  la  Syrie  et  de  la 
Mésopotamie  fut  soustraite  au  joug  des  Grecs  qui  la  tyran- 
nisaient pour  des  questions  de  dogmes,  et  elle  recouvra  sa 
pleine  indépendance.  Michel  remarque  que  les  Francs  ne  se 
souciaient  pas  de  ces  questions;  ils  respectaient  tous  ceux  qui 
adoraient  la  Croix ,  et  leur  clergé  vivait  en  bonne  intelli- 
gence avec  le  clergé  jacobite.  IVun  autre  coté,  les  Turcs  mu- 
sulmans n'étaient  pas  animés  d'un  zèle  religieux  très  ardent; 
les  Syriens ,  sous  leur  domination ,  n'étaient  pas  inquiétés 
pour  leur  loi.  Dans  cette  Eglise,  les  dissensions  trouvaient  le 
champ  libre  pour  se  produire  sans  entrave  de  la  part  du 
pouvoir  civil,  et  le  patriarche  d'Antioche  n'était  pas  toujours 
obéi  de  ses  évèques  '. 

Les  récits  consignés  dans  la  seconde  colonne  de  Michel 
sont  souvent  insignifiants;  ils  relatent  des  phénomènes  ter- 
restres :  tremblements  de  terre,  incendies,  monstres;  ou  des 
phénomènes  célestes  :  comètes,  manque  de  pluie,  etc.  \ 

11  y  a  peu  à  glaner  pour  la  littérature  syriaque.  Michel 
reproduit   dans   ce    fascicule  :   la   préface  de  la  Chronique 

1  On  blâma  le  patriarche  d'avoir  déposé  de  son  siège  Lévêque 
Jean  bar  Andréas,  parce  que  celui-ci  ne  Taxait  pas  reçu  quand  le 
palria  chc  parcourait  son  diocèse.  «Chacun  «lisait  que  ce  n'était  pas 
là  une  raison  suffisante  pour  la  déposition  de  celui  qui  avait  com- 
mis cette  faute,  mais  qu'il  méritait  un  châtiment  quelconque  et 
une  correction  par  le  mépris  et  non  par  le  bàlon  (trad.  p.  2  36).  t 
Les  mots  traduits  «par  le  mépris  et  non  par  le  bâton  t  sont  singu- 
liers; ils  ne  se  trouvent  pas  dans  le  passage  correspondant  de  la 
Chrnn.cccl.  de  Barhéhraeus,  I,  483.  Je  pense  qu'il  faut  entendre  : 
«il  méritait  une  correction  pour  son  mépris,  mais  non  pas  dans 
son  bâton  pastoral  ».  Sur  le  sens  de  )A~j»aio  «bàlon  pastoral»,  voir 
Thésaurus  syr.  de  Pavne  Smith,  col.  2200. 

i  Le  mot  f  ^^  pour  «  petite  vérole»,  laissé  en  blanc  dans  la  tra- 
duction, p.  25 1,  col.  1,  semble  être  du  même  genre  que  JUoitod 
Jujoo  ou  iepà  vùaos  qui  désigne  la  lèpre  dans  la  Vie  de  Sh<ere,  éd. 
Kugener,  p.  83,  1.  5  (dans  la  Patrologia  orientalis). 


356  MARS-AVRIL    1907. 

d'Ignatius  de  Mélitène  qu  il  avait  utilisée  précédemment  a 
partir  de  Constantin  et  dont  il  continue  à  se  servir;  la  Chro- 
nique de  Lazare,  neveu  de  Rabban  David,  relative  au  cou- 
vent de  Sergisyeh  et  au  couvent  de  Gâgai;  les  préfaces  des 
Chroniques  de  Jean  de  Kaisoum  et  de  Denys  bar  Salibi;  la 
réfutation  que  Denys  bar  Salibi  avait  écrite  contre  Jean  de 
M ardin  qui  prétendait ,  à  propos  de  la  prise  d'Édesse ,  que 
les  malheurs  arrivaient  indépendamment  de  la  volonté  de 
Dieu;  les  Paroles  d'exhortation  du  même  Denys  à  propos 
de  la  ruine  d'Edesse.  Le  fascicule  se  termine  par  un  chapitre 
sur  V Histoire  d'Edesse,  écrite  par  Basilius,  évêque  métropo- 
litain de  cette  ville. 

Nous  adressons  toutes  nos  félicitations  à  M.  Chabot  pour 
ce  fascicule  qui  est  digne  de  ses  aines.  La  traduction  est  lit- 
térale, comme  il  convient  pour  un  livre  historique  qui  doit 
être  à  la  portée  de  ceux  qui  ne  peuvent  le  lire  dans  le  texte 

original l. 

R.  D. 


Sepher  ha-Zohar  (le  Livre  de  la  Splendeur),  doctrine  ésotérique 
des  Israélites ,  traduit  pour  la  première  fois  sur  le  texte  chal- 
daïque  et  accompagné  de  notes,  par  Jean  de  Pauly.  Œuvre, 
posthume  entièrement  revue,  corrigée  et  complétée;  publiée 
par  les  soins  de  Emile  Làfuma-Giraud  ,  I.  —  Paris,  Leroux, 
1906 ,  a.-f.  et  359  pages  in-8°,  avec  deux  planches. 

Le  siècle  est  aux  grandes  entreprises ,  et ,  dans  le  domaine 
de  la  philologie ,  la  France  a  souvent  pris  de  généreuses  ini- 

1  Elle  est  parfois  trop  littérale  et  dépourvue  de  la  précision  fran- 
çaise, par  exemple,  p.  229  :  «après  avoir  rempli  les  yeux  de  tous 
ceux  qui  l'entouraient  par  des  présents»,  c'est-à-dire  :  «après  avoir 
satisfait  par  des  présents  l'avidité  de  ceux  qui  l'entouraient». 
P.  180,  col.  2  :  «qui  possédait  la  richesse  méprisable  des  savants», 
lire  :  «possédant  la  richesse  qui  rend  sots  les  sages».  Abbeloos  et 
Lamy  ont  bien  rendu  le  passage  correspondant  de  la  Chronique 
eccl.  de  Rarhéhraeus,  I,  407  :  possidens  divitias  quae  injatuant  sa- 
pientes. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  357 

tiatives.  Voici  qu'un  curieux  de  mysticisme  s'est  attelé  à  la 
grosse  besogne  de  traduire  tout  le  Zohar.  N'est-ce  pas  témé- 
raire? Saluons  la  tentative  de  M.  Lafuma,  et  souhaitons-lui 
d'aller  jusqu'au  bout,  de  mener  son  œuvre  à  bonne  fin. 

L'éditeur  littéraire  ne  dissimule  pas  les  difficultés  de 
forme  et  de  fond  que  comporte  ce  travail ,  pas  plus  qu'il  ne 
conteste  la  modernité  relative  du  texte.  Dans  la  courte  pré- 
face qui  précède  la  traduction,  il  mentionne  les  critiques  de 
l'oratorien  Jean  Morin  contre  l'attribution  du  Zohar  à  un 
rabbin  du  h"  siècle ,  de  même  qu'un  autre  livre  cabbalistique 
plus  récent,  le  Séfer  Raziel,  est  ingénument  attribué  à  Adam. 
Pourtant,  M.  Lafuma  semble  voir  à  regret  cette  légende 
s'effondrer,  et  il  laisse  en  suspens  son  avis  sur  la  date  de 
composition  de  ce  commentaire  du  Pentateuque. 

Il  aurait  pu  déclarer  nettement  que  le  Zohar  est  né  en  Es- 
pagne. Comme  le  rappellent  MM.  Isaac  Bloch  et  Emile  Lévy, 
dans  leur  Histoire  de  la  littérature  juive  (p.  376-379),  l'au- 
teur est  Moïse  ben  Schemtob ,  de  Léon ,  qui  vécut  à  Guada- 
laxara ,  dans  la  deuxième  moitié  du  xm"  siècle.  On  en  attribua 
longtemps  aussi  la  paternité  à  Abraham  Aboulafia,  et,  bien 
qu'il  s'agit  alors  d'un  nom  fort  postérieur  au  célèbre  Tannaïte 
Simon  ben  Yohaï ,  on  entoura  ce  livre  de  la  plus  profonde 
vénération. 

C'est  seulement  au  xviir*  siècle  qu'on  éleva  des  doutes  sur 
son  ancienneté,  et,  de  nos  jours,  on  a  démontré  victorieuse- 
ment qu'un  ouvrage  qui  connaît  les  écrits  de  Gabirol  et 
mêle  des  mots  espagnols  au  texte  araméen  \  ne  peut  pas 
remonter  à  l'époque  des  Tannai  tes.  On  a  prétendu,  il  est 
vrai ,  que  ce  livre  a  recueilli  et  utilisé  un  grand  nombre  de 
documents  et  de  Midraschim  très  anciens.   C'est  possible; 

1  II  joue  sur  le  double  sens  de  «synagogue»  exprimé  par  g?K 
Dà2  *fcu  brillant»,  littéralement  Esuoga,  mot  corrompu  de  syna- 
goga,  que  les  Juifs  du  rite  portugais-espagnol  emploient  encore  en 
ce  sens.  Voir  S.  Munk,  Mélanges  de  philosophie  juive  et  arabe, 
p.  27/4-28/1  et  490-49/4. 


:ï58  MARS-AVRIL  1907. 

mais  il  serait  étrange  que,  pendant  plus  de  mille  ans,  ces 
documents  aient  passé  inaperçus,  ou  du  moins  n'aient  pas 
été  mentionnés  par  les  savants  des  diverses  périodes.  Déjà, 
du  vivant  de  Moïse  de  Léon,  cette  antique  origine  fut  con- 
testée, et  faillit  tourner  au  désavantage  de  l'auteur.  A  ce  su- 
jet ,  voici  le  récit  de  Graitï  : 

«L'oeuvre  avait  produit  une  profonde  sensation  parmi  les 
cabbaiistes;  chacun  d'eux  voulait  en  avoir  une  copie.  Moïse 
de  Léon  eut  de  la  peine  «  satisfaire  à  toutes  les  demandes. 
Pour  expliquer  l'apparition  subite  de  cette  œuvre  soi-disant 
rédigée  par  un  ancien  docteur,  et  dont  cependant  aucun 
écrit  ne  fait  mention,  on  racontait  que  Nabmani  l'avait 
découverte  en  Palestine  et  envoyée  en  Catalogne,  d'où  un 
vent  violent  l'avait  portée  en  Aragon  et  l'ait  tomber  entre 
les  mains  de  Moïse  de  Léon.  Cens  même  qui  hésitaient  à  en 
attribuer  la  paternité  à  Simon  hen  Yobaï,  le  considéraient 
comme  un  document  de  très  grande  valeur  pour  la  connais- 
sance de  la  doctrine  secrète. 

■  Quand,  après  les  massacres  qui  eurent  lieu  lors  de  la 
prise  de  sa  ville  natale,  un  rabbin,  Isaac,  vint  de  Saint-Jean- 
d'Acre  en  Espagne  et  y  apprit  tout  ce  qu'on  racontait  au  su- 
jet du  Zohar,  il  fut  étonné,  lui  Palestinien,  de  n'en  avoir 
jamais  entendu  parler.  Il  lit  pari  de  ses  doutes  à  Moïse  do 
Léon.  Celui-ci  lui  affirma  par  serment  qu'il  possédait  dans  sa 
demeure,  à  Avila,  un  ancien  exemplaire  de  cet  ouvrage  écrit 
de  la  main  de  Simon  ben  Yoliai,  et  qu'il  le  lui  montrerait; 
mais  il  mourut  avant  d'avoir  pu  réaliser  sa  promesse.  Deux 
personnages  respectables  apprirent  pourtant  la  vérité  de  la 
Iwuehe  de  la  femme  et  de  la  Illle  de  Moïse  de  Léon.  Klles 
leur  déclarèrent  que  Moïse  de  Léon  lui-même  était  l'auteur 
du  Zoliar  et  en  avait  fait  de  nombreuses  copies  pour  gagner 
de  l'argent.  Malgré  cette  déclaration,  le  Zohar  conserva  son 
prestige  et  son  autorité  '.  ■ 

Donc,  il  n'y  a  plus  de  doute  sur  la  date  de  cette  compi- 

'  liiil.  <fa  Juif,,  trad.  Bloch ,  U  IV,  p.  J  33-1 38 . 


NOUVELLES   ET  MELÀxNGES.  359 

lation ,  et  s'il  est  vrai  (jue  l'auteur  du  présent  volume  a  dit 
un  mot  de  l'opinion  formulée  par  Jean  M  or  in  sur  la  rédac- 
tion du  Zohar,  il  ne  nous  parle  pas  des  deux  œuvres  fran- 
çaises parues  de  nos  jours  sur  ce  sujet  :  i°  La  Kabbale,  ou 
philosophie  religieuse  des  Hébreux,  par  Adolphe  Franck, 
dont  la  seconde  édition  (1889)  a  été  revue  et  corrigée  par 
Tsr.  Lévi  ;  a°  Etude  sur  les  origines  et  la  nature  du  Zohar,  par 
S.  Karppe  (1901).  Faisons  crédit  à  notre  traducteur  jusqu'à 
la  publication  probable  d'une  introduction  à  son  œuvre, 
pour  le  voir  émettre  son  avis  à  ce  sujet. 

Or,  la  traduction  a  été  faite  avec  conscience  et  grand  soin 
par  Jean  de  Pauly  :  on  en  a  la  preuve  matérielle,  visible, 
dans  le  souci  qu'il  a  pris  —  pour  être  à  la  fois  clair  et  Laté- 
ral —  d'écrire  en  italique  les  mots  jugés  nécessaires  pour 
suppléer  à  la  trop  grande  concision  de  la  langue  originelle, 
et  faciliter  l'intelligence  du  texte.  De  plus,  cette  traduction 
a  été  révisée  et  amendée  par  M.  B. .  .  (dont  nous  ne  vou- 
lons pas  dévoiler  l'anonymat),  héhraïsant  très  compétent. 

Toutefois,  des  questions  préliminaires  de  détails,  suscep- 
tibles plus  ou  moins  de  modifier  le  plan  conçu,  restent  en 
suspens;  le  traducteur  futur  a-t-il,  d'ores  et  déjà,  fixé  son 
choix  lorsqu'il  se  trouvera  en  présence  de  deux  rédactions 
parallèles  ?  Nous  ne  pouvons  pas  le  savoir  par  l'état  actuel  de 
la  publication,  car  le  tome  1",  seul  paru,  s'arrête  au  folio  96 
du  texte ,  juste  avant  la  section  biblique  wayéra ,  qui  est  la 
quatrième  section  de  la  Genèse.  A  cet  endroit ,  l'édition  de 
Mantoue  publie  le  Zohar  en  deux  colonnes ,  dont  la  deuxième 
est  intitulée  Midrasch  ha-nèélam  (commentaire  secret). 

Lequel  des  deux  textes  aura  la  priorité  ?  Ou  bien  les  tra- 
duira-t-on  tous,  ainsi  que  les  additions  Ra'ia  mehemna  (ber- 
ger fidèle)  ?  En  ce  cas,  l'œuvre  n'est  pas  près  d'être  achevée; 
il  faut  songer  que  la  susdite  édition  du  Zohar  comporte,  au 
tome  l"  ou  Genèse,  a5i  folios  in-4°;  au  tome  II,  Exode, 
269  folios;  au  tome  111,  Lévi  tique ,  Nombres ,  Deutéronome , 
3oo  folios,  total  :  820  folios,  et  comme  il  a  fallu  un  volume 
pour  96  folios ,  il  faudra  bien  pour  l'ensemble  neuf  volumes. 


360  MARS-AVRIL   1007. 

La  longueur  de  la  tâche  n'effraie  pas  celui  qui  Ta  assu- 
mée ;  il  faut  l'en  Féliciter  ;  grâce  à  lui ,  on  pourra  pénétrer 
dans  ce  bois  touffu  d'ombre  et  de  mystère.  Le  lemps  est 
déjà  loin  où  un  liturgiste  juif  conseillait  la  lecture  du  Zohar 
«  même  à  ceux  qui  ne  le  comprennent  pas  ».  Aujourd'hui ,  ce 
n'est  plus  admissible.  Cependant,  la  version  actuelle  ne  sera 
pas  de  sitôt  populaire,  en  raison  des  conditions  coûteuses 
d'impression,  de  son  luxe  surabondant,  jusque  dans  le  fili- 
grane du  papier  ainsi  disposé  /\  «  vérité  l  » ,  tel  que 
M.  Lafuma  s'est  plu  à  le  fabriquer. 

Puisse-t-il  avoir  le  même  courage  pour  publier  la  suite, 
et  puisse-t-il  être  secondé  aussi  largement  que  son  œuvre  le 
mérite  ! 

Moïse  Schwab. 


Mahmoud  kbné  Yoûsouf  Mbftâii  ol-Molk,  MèftAh  ,  or-Homovz, 
Téhéran,  i3ao,  impr.  Aga  Sèyyid  Mortèzà.  —  Kitâb  NAsikh 
or-Komoûz  \yè  11ÈMZÊ  Mahmoud!,  a*  éd.,  Téhéran,  i3iq. — 
KkciiF  ol-Asrâr-è  NÀçiat .  Téhéran,  i3i3,  impr.  de  Mîrzâ 
Habîh-oullàh ,  avec  portrait  lithographie,  à  la  (in.  —  7Y/7.V 
ol-AtfAl,  Téhéran,  i3a4.  —  Mi  Â  ri  F,  journal  lithographie 
bi-mensuel,  i3i6-i3i8,  72  numéros. 

Mina  Mahmoud  est  un  homme  vraiment  habile;  aussi  est- 
ce  à  bon  droit  que  le  gouvernement  de  son  pays  lui  a  décerné 
le  titre  de  Meftdh  ol-Molk  (clef  de  l'Empire),  par  allusion  à 
ses  talents  cryptographiques.  Les  archives  du  palais  impérial 
de  Téhéran  contenaient  un  certain  nombre  de  pièces  de  cor- 
respondance en  écriture  secrète  qui  avaient  été  saisis  chez 
Mirzâ  Abou'l-Qâsim  Qàïm-Mèqâm  lors  de  son  arrestation, 
mais  qui  n'avaient  pu  être  déchiffrées  faute  de  clefs.  Feu 
Nâcir-oddin  Chah  fit  remettre  ce  dossier  à  Mirzâ  Mahmoud, 

1  Symbole  cabbalistiqne  du  cachet  de  la  Divinité. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.       361 

qui  devina  el  reconstitua  les  clefs  de  transposition,  d'où  le 
titre  qui  lui  fut  donné.  Ce  succès  décida  notre  auteur  à 
écrire  les  trois  premiers  ouvrages  indiqués  ci-dessus ,  et  qui 
traitent  de  la  cryptographie;  parmi  ceux-ci,  les  deux  der- 
niers ne  nous  arrêteront  pas  longtemps,  ce  sont  des  codes 
destinés  à  faciliter  la  correspondance  chiffrée  entre  particu- 
liers ou  pour  le  service  de  l'Etat;  le  premier  seul  mérite 
une  mention  un  peu  plus  détaillée. 

Le  Mèftâh  or-Romoâz  (la  clef  des  chiffres) ,  avant  d'indi- 
quer les  méthodes  usuelles  dont  on  se  sert  pour  arriver  à 
lire  les  pièces  de  correspondance  secrète ,  contient  rénumé- 
ration, accompagnée  de  figures,  de  treize  écritures  conven- 
tionnelles usitées  surtout  dans  les  sciences  occultes,  la 
géomancie,  l'alchimie,  et  qu'il  est  utile  de  comparer  avec 
les  modèles  donnés  dans  l'ouvrage  turc  connu  sous  le  nom 
de  Ghalatat  et  qui  porte  le  titre  d'ed-Donrèr  el-mountakhèbè , 
dû  à  la  plume  de  Mohammed  Haftd  et  imprimé  à  Constan- 
linople  en  1221  hég. ,  ainsi  qu'avec  ceux  de  l'ouvrage  attri- 
bué à  Ibn-Wahchiya  et  publié  par  Hammer  sous  le  titre 
tYAncient  Alphabets  (en  y  joignant  la  Notice  que  lui  a  con- 
sacrée Silvestre  de  Sacy). 

Voici  la  liste  de  ces  alphabets  : 

i°  Hindi  (indien)  ;  valeur  numérique  des  lettres  notée  en 
chiffres  indiens,  dits  arabes  (Ghalatat,  p.  357); 

20  Hindi  (les  chiffres  indiens  placés  au-dessus  dune  ligne 
tracée  horizontalement,  ou  à  cheval  sur  cette  ligne,  ou  mu- 
nis d'une  queue); 

3°  Mochèdjdjèr  (en  forme  d'arbre),  appelé  aussi  sèrvèk 
(petit  cyprès);  il  est  légèrement  différent  des  deux  qui  sont 
donnés  par  le  Ghalatat ,  p.  35g  ;  c'est  cet  alphabet  que  notre 
confrère  M.  Decourdemanche  a  comparé  très  heureusement 
avec  l'alphabet  ogamique  (Joarn.  as.,  IX*  sér. ,  t.  XIV, 
p.  262  et  suiv.); 

4°  Bornâwi  (Ghal.,  p.  338  :  berbâwi,  btrqâwt)\  berbâwt 
est  la  bonne  leçon,  c'est  censément  récriture  des  berbâ  ou 


362  MARS-AVRIL    1907. 

temples  de  l'ancienne  Egypte  (cf.  Fihrist,  p.  358,  1.  37; 
S.  de  Sacy,  Notice,  p.  6); 

5°  Yodndnî  (grec  ancien)  et  6°  'ibrdni  (hébreu)  n'ont  au- 
cun rapport  avec  ceux  du  Ghalatdt,  p.  34.4,  lesquels  sont 
effectivement  grec  et  hébreu,  avec  des  fioritures  pour  le 
second  : 

70    Tîrqàl  (Ghal ,  p.  35  2  :  tir  mal); 

8°  El-ahdjâr  (des  pierres);  c'est  la  première  espèce  du 
Ghalatdt,  p.  35 1,  utilisée  dans  les  livres  de  la  science  occulte 
dite  simivd  (livx  Khyldoîn,  Prolég.,  éd.  Boulaq,  p.  .430; 
trad.  de  Slane,  t.  III,  p.  188;  «  fantasmagorie  »,  Malla*  c7- 
'olorim,  Oude  1870,  t.  I,  p.  3i6;  Haminer,  apud  S.  de 
Sacy,  Abdallatif,  p.  /191); 

()•  Chdndq  (Ghal.,  p.  35a  :  chdbdq)  et  ritah ,  servant  au 
même  usage; 

io°  Filaqtir  (^uÀaxr^piov)  bdbili  (de  Babylone) ,  corres- 
pond comme  nom  à  malaqtir  [Ghal.,  p.  353),  mais  en  est 
différent  comme  forme;  c'est  ce  mot,  écrit  qalaflirios  dans 
Ancient  Alphal>et$,  que  Silvestre  de  Sacy  avait  cru  cacher  le 
nom  de  Cléopàtre  (Notice,  p.  36 h 

1 1°  Ramali  (de  la  géomancie)  moqatta'  (en  signes  isolés); 

ia°   Gdhi  (lisez  kdhini  et  cf.  G/ta/. ,  p.  346): 

i3°   Ilamunf. 

m 

\  ient  ensuite  l'énumération  de  3i  alphabets  non  accompa- 
gnés de  figures,  «  parce  que  ce  sont  d'anciens  alphabets  deve- 
nus obsolètes  par  suite  de  la  difficulté  de  leur  transcription, 
et  parce  que  l'auteur  n'a  pas  sous  les  yeux  leur  véritable  fi- 
gure »  ;  ceux  qui  correspondent  à  quelque  chose  de  réel  sont 
le  syriaque,  l'européen,  le  pehlevi,  le  grec,  l'himyarite, 
le  latin;  les  autres  relèvent  de  l'occultisme  :  tarzadjî%  le  petit 
filaqtir-è  kdhim  (Ghal.,  p.  353),  çinî  «chinois»  (Ghal. , 
p.  34o),  l'alphabet  de  Djàbir  ben  llayyàn,  dans  lequel  est 
écrit  le  livre  du  Rdhat  (il  faut  lire  rahmat  «miséricorde»,  et 
comparer  Bertiielot-Hoidas,  La  chimie  au  moyen  âge,  1. 111, 
p.  i()3,  ou  rdïliat ,  Fihrist  356,  13),  armunewî  (a  rapprocher 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  363 

d'Arminès,  disciple  d'Hennés,  Fihrist  353, 1.  îa),  tahlil  «de 
l'analyse  chimique»  (cf.  les  alphabets  de  sublimation  de  l'ar- 
senic et  du  soufre,  GhaLt  p.  354),  mochèdjdjèr  de  Dioscoride, 
grand  et  petit  alphabet  de  la  sîmîyâ  (GhaL,  p.  356),  el-oqoul 
«  des  raisons  »  (  Ghal. ,  ibid.  ) ,  çâbi  ■  çabien  »  (  GhaL ,  p.  343  ) , 
ddoddi  «  de  David  »  (  GhaL ,  p.  345  ;  employé  dans  l'Inde ,  An- 
vient  Alphabets ,  texte,  p.  3g),  isma'ili  «d'Ismaël»  (GhaL, 
p.  34 1),  djdfari  «de  Dja'far»  (GhaL,  p.  356),  el-a$râr  «des 
mystères»  (GhaL,  p.  357),  çoulbànî  (GhaL,  p.  338),  tabii 
«naturel»  (GhaL,  p.  34a),  nabati  «nabatéen»,  alphabet  du 
livre  de  M  à  là  lis  et  des  talismans,  de  la  sublimation  de  l'ar- 
senic, etc. ,  du  livre  des  naœdmis  d'Hermès  (de  Platon ,  GhaL, 
p.  35 4 h  du  livre  du  Sirr  aLasrâr  (GhaL,  p.  355),  rodhdni 
« cabbalistique »  (rouhd'nYvdt ,  GhaL,  p.  355),  nirendjât  «des 
incantations». 

11  est  visible  que  si  l'auteur  n'a  pas  eu  le  Ghalatdt  sous  les 
yeux  (car  alors  certains  dessins  ne  lui  auraient  j>as  manqué), 
il  a  puisé  aux  mêmes  sources. 

Le  Ta'lini  ol-Atfdl  «l'instruction  des  enfants»  est,  comme 
l'indique  son  titre,  un  livre  élémentaire  d'instruction  pri- 
maire. 11  se  divise  en  deux  parties.  La  première ,  calligraphiée 
en  nèskh  par  Mohammed  Çàdiq  de  Towéïsergàn,  renferme 
un  abécédaire ,  une  liste  de  noms  d'animaux ,  les  jours  de  la 
semaine,  un  formulaire  élémentaire  de  prières;  la  seconde, 
calligraphiée  en  na<ta%lùj  par  Hàdji  Mohammed  Rizài, 
soltdn  ol-Kottdb ,  levhkèv-nuwis  de  Mahallàti ,  contient  quelques 
historiettes  morales ,  une  pièce  de  vers  composée  à  l'occasion 
de  l'avènement  de  MozhafTèr-oddin  Chah,  des  leçons  de 
choses  élémentaires  et  enfin  l'indication  d'un  jeu  inventé 
par  l'auteur  et  qui  s'appelle  le  «jeu  des  rois»  lab  ol-molouk y 
représentant  le  jeu  de  la  guerre  sur  terre  et  sur  mer:  c'est 
une  sorte  de  halma.  Décidément  Mirai  Mahmoud  est  doué 
d'un  esprit  bien  ingénieux. 

Le  Mê'drifti  été  l'organe  de  VEndjumêri-e  Mè'ârif  ■  conseil 
de  l'instruction  publique  »  chargé ,  sous  l'inspiration  de  feu 


36'4  MARS-AVRIL    1907. 

MozhaiTèr  oddin  Chah ,  de  créer  en  Perse  des  écoles  donnant 
une  instruction  un  peu  moins  élémentaire  que  celle  des 
écoles  de  mosquées.  Il  est  seulement  à  regretter  que  dans 
une  sorte  de  feuilleton  consacré  à  la  biographie  de  person- 
nages célèbres  antérieurs  à  l'islamisme,  on  ait  cru  devoir 
débuter  par  celle  du  sage  Âmoùn  (Ammon),  nom  qui  est 
proprement  le  surnom  de  Thilokhès  (&eo\6yo$),  un  des 
élèves  d'Idris ,  qui  s'est  manifesté  en  Tan  1 6g4  après  qu'Adam 
fut  chassé  du  paradis  terrestre,  et  continuer  par  celles  de 
Çàbi,  fils  d'Idrîs,  et  d'Asqilinos  (kaxXrrinéàYjs;  cf.  Ancient 
Alphabets,  texte,  p.  16);  cette  série,  qui  aurait  pu  continuer 
longtemps  sans  profit  pour  personne ,  s'arrête  heureusement 
avec  le  quatrième  numéro;  elle  est  avantageusement  rem- 
placée par  quelques  leçons  de  choses  accompagnées  de  fi- 
gures. 

CL  Huart. 


Le  gérant  : 

RUBENS  DUVAL. 


JOURNAL  ASIATIQUE 


MAI-JUIN  1907. 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS 

DANS 

LA  LITTÉRATURE   ARABE, 

PAR 

H.  A.-C.  BARBIER  DE  HEYNARD. 

(suite1.) 

9 


l»U>  «  le  sabre  tranchant  ».  Ce  mot  employé 
dans  un  beït  du  poète  Hassan  b.  Thâbit  serait  resté 
attaché  à  son  nom  ;  telle  est  du  moins  l'opinion  de 
certains  biographes  arabes.  Cf.  Agh.,  t.  III,  p.  8a; 
t.  IV,  !2  et  suiv.;  Miz.,  p.  222;  Ibn  Kot. ,  p.  170. 
Voici  Je  vers  en  question  tiré  d'une  ode  en  l'honneur 
du  Prophète  : 

«  Son  sabre  tranchant  vous  répondra  bientôt  de  sa  part ,  et 
vous  dictera  ses  préceptes  au  gré  de  sa  volonté.  » 

a,w>  Hasan ,  «  lebeau  ».  D'après  les  traditions 
chiites,  ce  nom  si  répandu  chez  les  Musulmans  n'était 

1  Voir  le  numéro  de  mars-avril  1907,  p.  173-3. H. 

ix.  )  \ 


1-jraiuiair  iitimu*. 


366  MAI-JUIN    1907. 

porté  que  par  les  élus,  avant  la  venue  de  l'islam.  Le 
Prophète  l'aurait  donné  pour  la  première  fois  à  son 
petit-fils  Hasan,  né  d'AK  et  de  Fatmah.  On  trouve  la 
même  explication  pour  le  nom  Hûseïn  qui  n'est  que 
le  diminutif  du  précédent,  Tar.  el-Khol. ,  p.  72.  Sans 
accepter  littéralement  cette  assertion,  oh  peut  ce- 
pendant alléguer  en  sa  faveur  que  le  nom  propre 

ylZjL  Hassan  se  rencontre  seul  et  assez  rarement 
dans  la  période  anté-islamique  et  que  les  lexico- 
graphes le   considèrent  comme  une  forme  Jlb  ou 

iJSkxi  du  rad.  J**>,  dans  le  sens  de  «tueur,  meur- 
trier». Voir  Lis.  ar.,  t.  XVI,  p.  '27$;  Ibn  Doreïd, 
p.  266. 

Juyw»^» ,  diminutif  de  Jul^  «  petit  lézard  d'Afrique 

ou  nom  du  lézard  lorsqu'il  sort  de  l'œuf»  [Lis.  ar., 
s.  v.).  On  lit  dans  le  Khiz. ,  t.  IV,  p.  7^ ,  sur  le  témoi- 
gnage d'El-Akhfach,  que  ce  surnom  désignait  un 
poète  de  la  Djâhelyeh  '.  Hdscïl  b.  Ourfoutah  Xki^  ^1. 
Mais  ce  personnage  est  peu  connu  et  son  nom  même 
a  été  contesté.  Un  autre  auteur  prétend  que  c'est 
simplement  un  tas'hif,  une  fausse  leçon,  et  qu'il  faut 
lire  (j  »«*■->  Hdseïn  au  lieu  de  HûsëiL  D'ailleurs  tous 
ces  renseignements  sont  suspects  et  on  n'en  trouve 
pas  trace  dans  les  principaux  dictionnaires  indigènes. 

A  a  a  nr*  Hotevah.  Surnom  bien  connu  d'un  des 
meilleurs  poètes  des  premières  années  de  l'hégire , 
Djerwâl  b.  Aws  el-Hoteyah,  ainsi  nommé  parce  qu'il 
était  petit  et  trapu;  il  excellait  dans  tous  les  genres 


SURNOMS   ET  SOBRIQUETS   ARABES.        307 

de  poésie,  mais  enclin  au  dénigrement  et  à  l'envie,  il 
se  rendit  odieux  par  lu  violence  de  ses  satires.  On  doit 
une  judicieuse  appréciation  de  son  Udent  et  de  son 
rang  parmi  les  anciens  poètes  arabes ,  à  M.  Goldaiher 
qui  a  recueilli  tout  ce  qui  reste  du  diwân  d'fil-Hote- 
yahi  voir  les  tomes  46  et  47  de  la  Z.D.M.G;  con- 
sulter aussi  Agh. ,  t.  II,  p»  43;  Ibn  Koti,  p.  180-187; 
Nawawi  *  p.  766.  La  seconde  étyniologie  du  nom,  pro- 
posée par  YAghi  et  qiil  repose  sur  un  sens  particulier 

du  vefbe  lia* ,  est  obscène  et  ridicule  ;  celle  du  Kkiz.f 
1. 1,  p.  dotj ,  qui  rapproche  le  nom  Hùlêytih  de  >lifll 
c^ayJ'  parce  que  le  poète  était  pied  bot,  ne  parait 
guère  plus  acceptable. 

{jj3Ur  «les  Hainmâd  ■.  Trois  littérateurs  por* 
tant  le  nom  de  Hatnmûd  vivaient  h  Koufah  au  iië  siècle 
de  l'hégire  et  étaient  liés  d'une  étroite  amitié.  IflH 
KôT.  nous  les  fait  connaître  :  Hamnlâd  'Adjred  syà, 
(ils  d'Omar,  poète  et  mâderris  etftlrtlé;  Hatlitnâd  le 
rhapsode  et  Hammàd  b.  Zibrikân  le  grammairien. 
ToUs  les  trois  aussi  étaient  libres  pëfiseurs  et  sUspeCts 
(bien  à  tort)  de  manichéisme.  C'étaient  probable- 
ment trois  membres  de  la  docte  association  des  frères 
de  la  pureté,  Ikhwân  eç-Çafa,  dont  M.  Dieterici 
nous  a  fait  connaître  les  travaux  encyclopédiques. 

j\T  «laiie».   Un  des  surnoms  de  MerWan  II,  le 

dernier  des  khalifes  Omeyyades.  On  donne  deux 
explications  de  ce  surnom.  La  première  et  la  plus 


368  MAI-JUIN    1907. 

répandue  est  qu'on  caractérise  ainsi  la  persévé- 
rance et  la  vigueur  dont  il  fit  preuve  dans  ses  expé- 
ditions contre  les  Kharidjites.  Il  ne  faut  pas  oublier 
d'ailleurs  que,  dans  la  littérature  sémitique,  l'âne, 
sans  être  l'animal  pulcher  et  fortissimus  qu'on  célébrait 
au  moyen  âge  chrétien  dans  la  Messe  des  fous,  a  tou- 
jours été  considéré  en  Orient  comme  un  type  de 
courageuse  opiniâtreté  et  de  force,  témoin  le  pro- 
verbe répandu  Meïdani,  vjj^  <i  ^  Wj**^  (*•  ^ 
p.  35g  et  365).  Dans  ce  cas,  le  sobriquet  sous  lequel 
Merwàn  est  connu  serait  presque  un  titre  honori- 
fique. La  seconde  explication  mérite  à  peine  d'être 
signalée  :  dans  l'ancienne  phraséologie  des  Arabes 

le  mot  j^Z  désignait  le  commencement  d'un  siècle 
ou,  pour  mieux  dire,  une  ère  nouvelle  :  ce  qui 
d'ailleurs  ne  serait  exact  pour  Merwân  qu'à  la  chute 
de  la  dynastie  Omeyyade,  c'est-à-dire  en  l'année 
i32  II.  ( 749  de  J.-C).  Voir  Tar.  el-Khol.,  p.  99; 
cf.  ci-dessus  :  ^«X*4^ . 

(jvj^>  «  le  gémisseur  ».  Surnom  de  Kaïs  el-Djou- 
hani  qu'il  doit  au  vers  suivant  : 

«Je  gémis  sur  le  départ  des  (Benou)  cAdi,  comme,  je  le 
jure,  je  déplore  le  départ  de  ma  propre  famille.» 

Miz.y  p.  222,  qui  cite  ce  béity  ne  donne  aucun 
autre  renseignement  sur  le  poète  El-Hannân. 

^iiife^,  litt.  «frappé  dans  le  dos».    Ainsi  fut 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        3G9 

surnommé  El-Hârith  b.  Cherik  de  la  tribu  de  Bekr 
b.  Wâïl.  Ce  Bédouin,  qui  s'était  distingué  à  la  jour- 
née de  Dzou-Kâr  (6 1  i  de  J.-C),  en  se  battant  contre 
les  Persans  et  les  tribus  arabes  qui  soutenaient 
leur  cause,  fut  frappé  par  derrière ,  jàa. ,  d'un  coup 
de  lance  à  la  bataille  de  Djodoud  :  il  mourut  de  cette 
blessure,  mais  plusieurs  années  après.  Voir  Agh., 
t.  XII,  i5t2  vtpassim;  C.  de  P.,  Essai,  t.  II,  182  et 
5g5  ;  Kechf,  fol.  i3  v°.  Le  surnom  de  ce  personnage 
est  rappelé  dans  un  bèit  dont  l'auteur  est  Djerîr  : 


«  (Test  nous  qui  avons  frappé  Haafazân  d'un  coup  de  lance 
(jui  (il  jaillir  de  son  corps  un  flux  de  sang  mêlé  d'écume.  » 

Voir  C.  de  P.,  Essai,  t.  II,  p.  5g5;  Biog.  Dict., 
t.  Il,  p.  334;  Meïd. ,  Proverbes,  p.  33/|,  section  des 
Journées  des  Arabes. 


—  «  -* 


5j4>wAJ^  «le  lionceau».  Un  des  surnoms  d'Ali, 
fils  d'AbouTalib.  Sa  mère  Fatimah,  petite-fille  iVEl- 
Ased,  lui  donna  ce  surnom  en  le  mettant  au  monde. 
cAli  était  fier  d'être  appelé  Haïdarah  et  se  servait  de 
son  surnom  comme  d'un  cri  de  ralliement  [Kechf, 
fol.  1 3  v°).  Il  n'est  pas  inutile  de  rappeler  à  ce  propos 
que  les  Persans,  encore  de  nos  jours,  appellent  CAH 
«  le  lion  de  Dieu  »  chir-ékhodâ.  —  D'après  le  Tadj, 
s.  v. ,  un  traditionniste,  Is'hak  b.  Ibrahim  b.  Nomeïr, 
portait  aussi  le  surnom  de  Haïdarah. 


370  MM'JUIN    1^07. 

^**U*  a  Je  perdant  ».  Le  poète  Abou  cAwr  S&Jm 

el-Khâsir  avait  reçu  ce  sobriquet  parce  qu'il  fit  un 
marché  de  dupe  en  échangeant  une  belle  copie  du 
Korân  contre  le  Diwàn  d'Imrou'1-Kaïs  ou  d'El-'Acha, 
mais  plus  vraisemblablement  parce  qu'il  dissipa 
l'héritage  paternel  en  folles  prodigalités  [Tadj,  s.  v. ; 
Ibn  Khall.,  t.  I,  p.  12  du  texte  arabe). 

ijIïLl  Khdkân,  «  souverain,  empereur,  chez  les 
Persans  et  les  Turcs  ».  Surnom  d'Abou  Sehl  Yahya 
b.  cAbd  AJlah  el-Merwazi  qui  fournit  plusieurs  tra- 
ditions àBoukhari  (Kechft  fol.  \k  r°). 

^JJl)J "^  Khoubzarouzzi.  Aboul-Kasim  Nasr, 
ainsi  surnommé,  était  artisan  et  poète  populaire  à 
Basrah,  à  peu  près  comme  notre  Reboul  en  Pro- 
vence. Doué  dune  facilité  surprenante  de  versifica- 
teur, il  composait  des  ghazels  et  des  kaçideh  qui  fai- 
saient f admiration  de  ses  contemporains,  tout  en 
continuant  son  métier  de  pâtissier-boulanger.  Sa 
boutique  était  le  rendez-vous  de  tous  les  beaux 
esprits  de  Basrah.  Il  vivait  dans  la  première  moitié 
du  ive  siècle  de  l'hégire.  Quant  au  mot  hhoubtarrmz , 
qui  désigne  une  sorte  de  gâteau  de  riz ,  il  est  formé 
de  l'arabe  khoubz  «  pain  »  et  du  persan  oroz  «  riz  ». 
Tàlebi  a  donné  une  notice  de  ce  poète  dans  la  Ycti- 
met y  éd.  de  Damas,  t.  II,  p.  i'S*i;  voir  aussi  Ibn 
Khall.,  t.  III,  p.  53o. 

*^  ^ 

«  le  gendre  ».  Abou  cAbd  AHah  Moham- 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        371 

me<J  br  el-Hasan,  docteur  chaféyite,  mort  en  386 
de  l'hégire  (996  de  J.-C),  auteur  d'un  commentaire 
estimé  sur  le  Talkhîs  d'Ibn  el-Kâss;  il  est  générale- 
ment connu  sous  le  surnom  de  Khatan,  parce  qu'il 
était  le  gendre  d'AbouBekr  eU&m'aïli,  l'un  des  prin- 
cipaux jurisconsultes  du  rite  de  Chafey  (mort  en 
3*71  H.  «=981-982  de  J.-C). 


JU^tXa»  «le  dameret».  Sa'ïd  b.  cAbd  el-'AiU, 
arrière-petit-fils  d'Abou'l  "Assi  b.  Omeyyah,  avait 
été  envoyé  par  Maslemah,  fils  d'Abd  el-Melik,  dans 
lo  khorassân  en  qualité  de  gouverneur.  Mais  il  se 
rendit  si  méprisable  par  ses  allures  efféminées  et  ses 
débauches  qu'il  fut  bientôt  surnommé  khodaïnah, 
litt.  «  la  petite  dame  ».  Ce  mot  n'est  qu'une  forme 

du  diminutif  arabe  appliquée  au  turc-oriental  khâ- 
toun  adouci  en  (:ytXk  khadîn  (turo  osm.  kadeun). 
Ion  Am,  t.  V.,  p.  77,  nous  apprend  que  centriste 
fonctionnaire  fut  révoqué  au  bout  d'un  an,  on 
1  o3  II.  (73 1-733  de  J.-C.-).  On  Ut,  il  est  vrai,  dans 
Belad.,  Liber  expugn.,  p.  427,  Ai**)**  hoddifah,  au 
lieu  de  khodaïnah,  mais  dans  les  gloses  qui  accom- 
pagnent sa  belle  édition  de  cet  historien,  M.  de 
(joeje  a  rétabli  la  vraie  leçon,  d'après  l'indication 
donnée  par  l'auteur  du  Lataïf,  p.  3o. 

Jj£  plji*.  Au  rapport  de  Tâlebi  (Lalmf, 
p.  38),  il  y  avait  a  Bagdad  un  choïkh  de  l'illustre 
famille  hachimite  auquel  on  donnait  le  sobriquet 
de  chieur  de  palmier.  L'auteur  n'explique  pas  l'ori- 


372  MAI-JUIN    1907. 

gine  de  cette  bizarre  appellation ,  mais  il  cite  les  yers 
suivants  où  elle  se  trouve  mentionnée  : 


o'      * 


«  Certes  il  était  distrait  le  cheikh  qui  t'a  nommé  kharrd 
nakhl.  —  Car  l'ordure  est  salutaire  au  palmier  et  on  mange 
le  fruit  de  cet  arbre.  —  tandis  que  toi ,  tu  n'es ,  à  mon  avis , 
qu'un  mélange  de  sanie  et  de  coloquinte.  » 

L'auteur  de  cette  grossière  invective  est  le  poète 
Ibn  er-Roumi,  qui  vivait  au  nie  siècle  de  l'hégire.  (Voir 

o    .90 

cuwij  (du  persan  ajuio^,  litt. «  dos  d'âne  », 
mais  ce  mot  a  plusieurs  sens  différents  en  persan). 
(l'est  le  sobriquet  d'Abou  Abd  er-Rahmân  Moham- 
med b.  Yousouf  et-Teïmi,  chef  de  ia  police  a  Kou- 
fah;  il  était  lépreux  et  contrefait  (Kechf.,-(o\.  î  (\  r°, 
sans  autre  explication). 

X^liâ^.  Les  traditions  arabes  sont  unanimes  à 
dire  que  les  branches  principales  de  la  grande  tribu 
de  Azd  se  séparèrent  probablement  au  début  du 
inc  siècle  de  notre  ère  ;  les  unes  s'établirent  définiti- 
vement à  la  Mecque,  les  autres,  en  plus  grand 
nombre ,  se  dirigèrent  sur  la  Syrie.  Telle  serait  l'ori- 
gine de  leur  nom  khozaah  qui  signifie  «  séparation  » 
(C.deP.  ,  Essai,  t.  I,  p.  2  i  5  ;  Nawawi,  p.  779)^ 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        373 


$Ja^  Khatafa.  Surnom  d'El-'Awf  (ou  de  Ho- 
daïfah),  aïeul  du  poète  Djerir  :  il  serait  appelé  ainsi 
a  cause  de  ces  vers  du  mètre  redjez  : 


*  y 


ULÎ;  UJl^  y^  &** 

«Lorsque  la  nuit  étend  ses  voiles,  les  chamelles,  dressant 
leurs  cous  semblables  à  ceux  des  djinns  et  leurs  têtes  qui  se 
balancent  fièrement,  trottent  d'un  pas  précipité.» 

Voir  AnthoL  ar.y  de  Sacy,  p.  45g.  Ibn  Doreïd, 
p.  1  4  î ,  donne  une  leçon  qui  est  peut-être  meilleure  : 
làkxik.  J5U3\  «X»  Uuxj  «  et  malgré  leur  lassitude,  elles 
courent  rapides  comme  l'éclair  ».  Même  leçon  dans 
le  Çahah  de  Djawhari  ;  cf.  Lis.  ar. ,  s.  v.  Uia±  ;  Agh. , 
t.  Vif,  p.  38;  Ibn  Kot.,  p.  283. 

Dans  une  pièce  vers  citée  de  par  Ibn  Kot.  ,  p.  3 1 5 , 

on  trouve  cet  hémistiche  :  i^  '(jp$\  *4  J^B  J$ 

«  la  poésie  de  Khatafa  me  paraît  l'emporter  sur  celle 
de  Farazdak»;  mais  ce  sont  là  querelles  de  poètes 
rivaux  qui  n'ont  guère  d'importance  pour  la  critique 
littéraire.  —  On  trouvera  les  vers  ci-dessus  avec  de 
notables  variantes  dans  le  Kitâb  el-NakaUdh,  publié 
par  M.  Bevan,  t.  I,  impartie  (Leyde,  1905). 


«  celui   qui   prononce   la   Khotbah ,   le 
prédicateur».    i°  Yahva  b.  'Ali  et-Tebrizi,  littéra- 


374  MAI-JUIN   1007. 

teur  et  jurisconsulte,  profeweur  à  la  mosquée  Ni- 
auîmyoh  de  Bagdad,  mort  en  5o3  H.  (i  109  deJ.-C.). 
Outre  des  traités  sur  la  grammaire  et  la  prosodie, 
il  a  laissé  des  commentaires  sur  les  Moallakat,  le 
Hamasa,  etc.  20  Abou  Bekr  b.  'Ali  b.  Thâbit  el- 
Khatib  el-Bagdadi,  mort  en  4o3  H.  (107  1  de  J.-C), 
traditionniste  et  historien ,  est  surtout  connu  par  sa 
Chronique  de  Bagdad  en  1 1\  volumes. 

0    o 

Khouldj.  Surnom  dune  fraction  de  la  tribu 

des^Raïs'Aïlân,  ainsi  désignée  parce  qu'elle  se  sépara 
(gJj&J)  des  B.  cAdwân  pour  se  rattacher  à  la  tribu 
de»  B.  Hârith  b.  Fihr,  sous  le  règne  du  khalife  cOth- 
mân.  D'après  certains  auteurs,  ce  surnom  fut  donné 
h  cette  fraction  des  Kaïs  cAïlan  parce  qu'ils  se  fixèrent 
près  de  Médina  sur  le  territoire  appelé  «  les  Canaux  » 
(el-khoaloudj ,  plur.  de  4ftA*»)>  Un  poète  contemporain 
des  premiers  Abbassides ,  Ibrahim ,  plus  connu  sous 
le  surnom  patronymique  de  Ibn  flannah  JUj*^, 
appartenait  à  la  tribu  de  Khouldj,  Voir  sa  notice 
dans  Agh. ,  t.  IV,  p.  102-11  A;  Ibn  £ot.,  p,  4y3; 
Kechf,  fol.  14  V*.  —  On  donne  le  surnQm  de  Khildji 
a  fAbd  Allah  b.  fAmr  El-Djocfi  à  cause  de  ce  béit 
dont  il  est  l'auteur  : 

«*»>  ^  >*?  ^u  ç+j  Qk&\  i&  & 

«  On  dirait  que  les  cordes  s'entrecroisant  dans  leurs  puits 
sont  comme  les  averses  que  répandent  les  nuages,  du  matin.  » 

(MtZ..  p,   221.) 

Dans  le  Tadj,  t.  Il ,  p.  35 ,  ce  vers  et  le  surnom  qui 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        375 

s'y  rattachent  sont  attribués  h  'Abd  Allah  b.  el-Hàrith 

fi 

de  la  famille  des  B.  A'yi  ^|,  branche  de  la  tribu  de 
Djerin. 

*ijlfr* ,  Ce  mot ,  difficile  à  traduire  exactement , 

indique  a  la  fois  le  libertinage  de  l'esprit  et  celui  des 
mœurs.  Un  poète  du  me  siècle  de  l'hégire ,  El-Hûseïn 
ibn  ed-Dahhak,  mérita  le  surnom  de  hhaW  par  la 
licence  de  sa  vie  :  il  fut  néanmoins  recherché  par 
Emîn  et  les  khalifes  Abbassides  qui  se  succédèrent 
jusqu'à  Mostacïn.  La  notice  détaillée  que  donne  Agh. , 
t.  VI,  p.  1 70-3 1 9 ,  du  poète  en  question  fournit  de 
curieux  renseignement*  sur  la  vie  intime  de  la  Cour 
et  la  société  de  Bagdad;  elle  mériterait  d'être  publiée. 
Cf.  Jun  Khaj«l.,  1. 1,  p.  447.  —- On  trouve  aussi  chez 
les  historiens  arabes  l'expression  j  ijljy  <^j  aJL^  «  le 

libertin  de  la  famille  de  Merwân»,  qui  désigne  le 
khalife  Welid  II,  onzième  souverain  Omeyyade  pro- 
clamé khalife  en  1  a  5  H.  (743  de  J.C.)et  assassiné  au 
mois  de  djoumada  II  de  Tannée  suivante  (mars  746 
deJ.-C).  Ceprinee,  dont  la  vie  fut  une  orgie  perpé- 
tuelle, était  passionné  pour  la  musique.  Il  fut  le  pre- 
mier qui  s'entoura  de  virtuoses  et  de  chanteuses ,  la 
plupart  esclaves,  Maçoudi,  Prairies,  t.  VI,  p.  4  et 
suiv. ,  raconte  que  le  surnom  de  khalî  fut  donné  à 
Welid  lo  jour  où,  ivre  de  vin  et  de  fureur  impie,  il 
s'amusa  à  percer  de  flèches  un  exemplaire  du  Korân 
en  déclamant  des  vers  à  faire  frémir  tout  bon  mu- 
sulman, La  version  principale  de  ce  récit  se  trouve 


370  MAI-JUIN   1007. 

dans  Agh.t  t.  VI,  p.  is5;  elle  a  été  reproduite  par 
la  plupart  des  chroniqueurs. 


0<XÀ^.   l^c  verbe  khandafa  désigne  une  allure 

vive  et  fière.  Khindif  est  le  surnom  de  Leïla,  femme 
d'Elyâs,  et  cVst  par  là  qu'on  explique  le  nom  des 
B.  Khindif  qui  s'étendit  à  toute  la  descendance  de 
Modar  par  Elyâs.  (C.  de  P.,  Essai,  t.  I,  p.  192  et 
passitn;  Khiz.,  t.  IH,p.  1 63.)  Voir  *^«x*. 

^aV^  «  l'ami  ».  Abraham ,  que  les  Musulmans 

vénèrent  comme  un  des  plus  grands  prophètes,  le 
représentant  le  plus  ancien  du  monothéisme,  le  type 
du  vrai  croyant,  <JLo^,  avant  la  venue  de  Maho- 
met, est  appelé  par  eux  «  l'ami  du  miséricordieux  » 
khalil  er-Rahmân  (d'où  le  nom  de  la  ville  d'Hébron), 
et  ce  titre  est  attesté  par  divers  passages  duKorân, 
entre  autres  le  verset  124  du  ive  chapitre  qui  est 
consacré  en  grande  partie  au  patriarche  hébreu. 
Voir  aussi  chap.  xvm,  82  et  suiv. ;  La  Beaume,  IjC 
koran  analysé ,  p.  112  à  125;  Biogr.  Dict.,  p.  127. 


0^ 


pl<w^  ,  féminin   de  u*Àà*\ ,  c'est-à-dire  «  la  ca- 

marde  »,  surnom  d'une  femme  arabe  que  ses  élégies 
en  l'honneur  de  ses  deux  frères  Mo'awyah  et  Çakhr 
ont  rendue  à  bon  droit  célèbre  :  son  vrai  nom  était 
Tomadir  «  la  blanche  ».  Elle  embrassa  la  religion  de 
Mahomet  avec  la  tribu  des  B.  Soleïm  à  laquelle  elle 
appartenait  [Khiz. ,   t.    I,    p.    2o5;   Agh.,   t.    XIII, 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.   377 

p.  i35-i5o;  C.  de  P.,  Essai,  t.  III,  p.  21 7).  Le 
diwân  d'El-Rhansà  a  été  publié  par  le  P.  de  Cop- 
pier,  Beyrouth,  1896,  in- 12.  Voir  aussi  Nôldeke, 
Beitrâge,  p.  i5â  et  suiv. 

^J^u  nA^fc  .  Les  Arabes  appellent  ainsi  ces  fila- 
ments ténus  comme  des  fils  d'araignée  qui  voltigent 
dans  l'air,  aux  heures  chaudes  du  jour.  Merwân  b. 
el-Hakem ,  quatrième  khalife  Omey yade ,  qui  régna  de 
64  à  65  de  l'hégire,  avait  reçu  ce  sobriquet  à  cause 
de  sa  maigreur  extrême.  C'est  à  quoi  il  est  fait  allu- 
sion dans  le  vers  suivant  qui,  au  dire  de  Maçoloi, 
Prairies,  t.  V,  p.  199,  a  pour  auteur  Wbd  er-Rah- 
mân  b.  el-Hakem,  oncle  du  khalife  : 


«  Dieu  maudisse  les  gens  qui  ont  porté  au  pouvoir  le  fil 
d'araignée,  le  laissant  maître  de  donner  et  de  refuser,  à  son 

gré  !» 

Ce  n'est  pas  le  seul  sobriquet  injurieux  qui  fut  in- 
fligé à  ce  khalife  d'un  jour  :  il  fut  surnommé  aussi 

«  fils  du  proscrit  »  *X^UI  (^1 ,  parce  que  son  père  avait 

été  chassé  de  Médine  par  le  Prophète ,  et  «  fils  de  la 
femme  au  drapeau  bleu  » ,  en  souvenir  de  son  aïeule 
qui  tenait  cabaret  et  maison  de  passe  à  Tayyef ,  sous 
l'enseigne  d'un  drapeau  bleu  destiné  à  attirer  les 
passants.  Cf.  Meïd. ,  Proverbes,  t.  I,  p.  690;  Kechf, 
fol.  1  5  r°. 


378  MAI-JUIN    1907. 

ïjiô*  Saliin   ben   Dârah,  poète   anté-islamique 

apparente»  à  Zeïd  el-Khaïl.  Sa  mère,  dont  le  vrai  nom 
était  Saïkà,  UU**,  avait  été  surnommée  Dârah,  à 
cause  de  la  beauté  et  de  l'éclat  de  son  visage  «  plein 
et  brillant  comme  la  lune  au  quatorzième  jour  du 
mois»  (Khiz,  t.  I,  p.  291).  La  notice  du  poète  se 
lit  dans  Agh.f  t.  XXI,  p.  73  j  Ibn  Kot.,  p.  2  36* 

mj\ô  ,  du  verbe  *ja  «  qui  marche  à  petits  pas  bous 

la  charge  d'un  pesant  fardeau  ».  Bekr  b.  Malik,  un 
des  ancêtres  de  Farazdak ,  fut  appelé  Dârim ,  en  rai- 
son d'une  aventure  racontée  eh  détail  par  Agit., 
t.  XIX,  p.  2,  mais  d'ailleurs  sans  Intérêt  et  peut- 
être  inventée  après  coup. 

<Xj^*>.   Abou   Bekr  Mohammed   ben  el-Hasan, 

bien  connu  en  Europe  par  son  surnom  patrony- 
mique A' Ibn  Doreïdy  philologue,  ethnographe  et 
même  poète  a  ses  heures.  Sa  kaçideh  intitulée  El- 
Makçoura  est  aussi  appréciée  en  Orient  crue  peut 
l'être  son  livre  d*onomastique  arabe ,  Ylchtiffak,  parmi 
les  orientalistes.  Né  en  2  23  a  Basrah,  mort  à  Bagdad 
en  32i  H.  (837-933  de  J.-C).  Au  dire  de  quelques 
grammairiens,  I)oreïd  n'est  pas  un  diminutif  mais 
un  tarkhim,  c'est-à-dire  Une  abréviation ,  Un  raccour- 
cissement autorisé  surtout  pour  les  noms  propres* 
Si  cette  opinion ,  d'ailleurs  peu  vraisemblable,  était 
acceptée ,  Doreid  serait  le  tarkhim  de  la  forme  éla- 
tive  *)*\  ad rad  «  édenté  ».Cf.  Ibn  Kiiall.  ,t.  III,  p.  4*. 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        379 

J^S*»>.  Ibn  cAli  h.  Raaîn  de  la  tribu  de  Kho«aca, 

un  des  plus  fameux  poètes  de  la  première  période 
abbasside,  né  en  i48,  mort  en  2^6  H.  (765-861 
de  J.-C).  Par  la  crudité  et  la  verve  de  ses  vers, 
comme  par  le  dévergondage  de  sa  vie,  ce  poète  con- 
temporain de  Haroun  et  d'Ëmin  n'est  pas  sans  offrir 
quelques  traits  de  ressemblance  avec  le  vieux  poète 
français  Villon.  La  longue  notice  que  YAjjh.  lui  a 
consacrée  (t.  XVIII,  p.  1 9-61)  n'explique  pas  mieux 
que  celle  d'IflN  Khaix.  (t.  I,  p.  507)  l'origine  et  le 
sens  du  sobriquet  Dibil.  Les  dictionnaire*  arabes 
disent  seulement  que  ce  mot  signifie  «  chameau  vieux 
et  décrépit  ».  DiT>il  lui-même  avouait  qu'il  ne  savait 
rien  de  son  notn ,  si  ce  n  est  qu'il  avait  le  privilège 
d'effrayer  ceux  qui  l'entendaient  prononcer.  L'émo- 
tion que  ce  nom  inspirait  était  telle  qu'Un  épileptique 
en  pleine  crise  se  releva  subitement  guéri*  Il  est 
possible  qu'il  n'y  ait  là  qu'une  invention  plaisante  du 
poète  faisant  allusion  à  la  crainte  que  ses  satires 
inspiraient  à  ses  contemporains.  Cf»  Ibn  Kot.  , 
p.  539-042. 


r.9 


^yir^   «  noirâtre  ».  Sobriquet  du  père  d'Abou  1- 

Wssy  Fadhl  b.  Dokeïn.  D'après  le  Kechf,  fol.  1  5  >°, 
c'était  le  nom  d'un  grand  chien  noir  habitant  dans 
le  voisinage  qu'il  effrayait  par  ses  hurlements.  La 
nourrice  d'AbouVAssy  menaçait  d'appeler  le  terrible 
animal,  toutes  les  fois  que  l'enfant  commettait 
quelque  incartade.  — Un  renseignement  plus  sérieux 


380  MAI-JUIN    1907. 

est  donné  par  Ibn  Kot.  ,  p.  387,  où  ce  nom  se  trouve 
sous  la  forme  du  diminutif  Dokeïn;  il  était  porté  par 
Dokeïn  b.  Radjâ  de  la  tribu  des  B.  Fokaïm,  poète 
contemporain  et  panégyf  iste  d'Omar  b.  cAbd  el-Aziz. 
Il  était  connu  aussi  sous  le  nom  de  Radjiz,  parce 
que  ses  poésies,  comme  celles  de  'Otbah  et  d'El- 
'Addjadj ,  étaient  du  mètre  dit  redjez. 

9     9  VM^ 

v_>JixJi  jj/d  «  le  courtier  en  librairie  ».  Surnom 

professionnel  d'Abou'l-Mé'ali  Sacad  El-Haziri,  co- 
piste et  libraire  fort  érudit  qui  vivait  à  Bagdad 
au  xnie  siècle  de  notre  ère  [Lis.  ar.,  s.  v.). 

yl^J   Ed-Dehhân,  «le  marchand  d'huile  ou  de 

beurre  ».  Musicien  célèbre  au  xive  siècle  de  notre  ère, 
mort  en  721  H.  (  1 3 *j  1  de  J.-C).  Son  industrie  ne 
paraît  pas  avoir  nui  a  son  talent  de  poète  et  de  mu- 
sicien. Il  possédait  surtout  une  remarquable  virtuo- 
sité sur  l'instrument  a  cordes  appelé  kânonn.  «  C'est 
une  harpe  couchée  sur  une  table  d'harmonie ,  un  peu 
plus  grande  que  la  zither  des  Autrichiens  et  plus 
petite  que  le  cymbalum  des  Hongrois  »  (Cl.  Huart, 
Littérature  arabe ,  p.  332). 


-»  0  - 


J<1}  •> .  D'après  le  Sihah ,  Dawbal  est  le  nom  qu'on 

donne  aux  petits  de  l'âne  et  du  porc  [Lis.  ar.t  s.  v. 
Jjà ;  Agit. ,  t.  VII ,  p.  1 69- 1 7 1  ).  Le  poète  chrétien  El- 
Akhtal  fut  affublé  de  ce  sobriquet  injurieux  par  son 
rival  Djerîr  : 


SURNOMS   ET   SOBRIQUETS  ARABES.        381 

«  Dawbal  répand  des  larmes ,  Dieu  veuille  qu'elles  ne  ta- 
rissent jamais!  car  Dawbal  ne  peut  que  pleurer  sa  honte.  » 

Soyouti,  Miz.,  t.  II,  p.  217,  emploie  l'accusatif 
3\£d  et  donne  de  ce  surnom  une  explication  puérile. 

*rUo«>  «  brocard,  soie  à  ramages  ».  Un  arrière-pe- 
tit fils  du  khalife  cOthmân ,  Mohammed  b.  'Abd  Allah , 
avait  été  surnommé  Dibâdj,  à  cause  de  la  beauté  et  de 
l'éclat  de  son  visage  ( Kcchf,  1 6  r°  ;  Kit.  al-Oyonn,  2  3  6  ). 

^ysl*  viL)*>.   Abou  Mohammed  b.  cAbd  es-Selàm 

b.  Raghbîn,  poète  syrien  de  la  secte  des  Chooubites, 
né  en  161,  mort  en  2 35  H.  (777-850  de  J.-C); 
il  était  contemporain  d'Abou  Nowâs  avec  lequel  il 
eut  des  démêlés.  S'il  faut  en  croire  l'auteur  du  Mirât 
ez-Zemdn,  il  devait  le  singulier  sobriquet  de  Coq  des 
Djinns  à  sa  laideur  et  à  ses  yeux  verdâtres  (Ibn  Khall., 
t.  II,  p.  1 36).  h'Agh. ,  dans  la  notice  qu'il  lui  con- 
sacre ,  assure  que  ce  poète  n'était  connu  que  par  son 
sobriquet ,  mais  il  n'en  donne  pas  l'explication  (t.  XII , 
p.  1^2-149;  cf.  Kechf,  fol.  16  r°;  Huart,  Litt.  ar.t 
p.  90).  On  trouve  dans  le  Kit.  el-Mehasin,  p.  3i4, 
éd.  Schwally,  une  pièce  de  vers  de  ce  poète,  qui  ont 
trait  à  des  sujets  de  morale. 

^Lo^.  Un  des  fils  de  Yahya  b.  Khâlid  avait  été 
surnommé  Denier  d'or  à  cause  de  sa  beauté  par- 

IX.  30 

turai>«aiB  aiTioaiu. 


382  MAI-JUIN    1907. 

faite,  aJIïTj  ****i  (Kit-el-Mehasin,  p.  1 83).  H  faut 
remarquer  que  ce  mot  d'origine  étrangère  se  trouve 
comme  nom  propre  dès  Je  icr  siècle  de  l'hégire.  Cf.  Ibn 
Doreïd ,  p.  i 44  ;  Agh.t  t.  XX ,  p.  17;  Hamasa,  p.  64o. 

il*i-  Oii  nia  femme   au   voile».  Surnom    de 

Uoneïdah  fille  de  Zibrikân  (Agh.,  t.  II,  p.  53).  Elle 
était  la  tante  paternelle  du  poète  Farazdak.  Un  jour 
que  les  proches  parents  devant  lesquels  elle  pouvait 
se  montrer  sans  voile  lui  reprochaient  l'extrême 
simplicité  de  sa  mise ,  elle  leur  répondit  :  «  Je  sens 
l'orgueil  m'envahir ,  quand  je  vous  vois  »  (ibid. ,  54). 
—  Le  même  surnom  parait  avoir  été  donné  aussi  a 
Fatimah,  femme  du  khalife  'Omar  b.  cAbd  el  'Azîz, 
laquelle,  par  ses  relations  de  famille,  se  vantait  de 
pouvoir  paraître  sans  voile  devant  treize  khalifes 
tous  ses  proches  parents  (Morassd,  p.  92). 

i>*jLa£vl  Oii    «la  femme    aux   deux   outres». 

On  appelle  {J^  nihyoun,  une  outre  de  petite  dimen- 
sion dans  laquelle  on  bat  le  beurre.  On  explique  de 
la  façon  suivante  ce  surnom  :  Avant  l'islamisme,  une 
femme  nommée  Selma,  fille  de  Yahya  b.  Khozaï- 
mah ,  s'était  rendue  au  marché  d*Okaz  pour  y  vendre 
son  beurre  qu'elle  avait  mis  dans  deux  outres.  Elle 
était  jeune  et  belle.  Un  certain  Khawas  b.  Djobeïr 
(cf.  Ibn  Dor.  ,  p.  262  )  la  rencontra  et  lui  demanda  la 
permission  de  goûter  au  beurre  pour  s'assurer  s'il 
n'était  pas  mélangé  d'eau,  v>"»"*  ^e  y  consentit  et 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        383 

ouvrit  ses  deux  outres.  Le  drôle  le  proclama  excel- 
lent, puis ,  profitant  de  ce  quelle  avait  les  mains 
embarrassées,  il  se  jeta  sur  elle  et  lui  fit  violence.  Il 
ne  trouva  pas  d'ailleurs  grande  résistance;  la  belle, 
de  peur  de  répandre  la  nourriture  de  sa  famille ,  se 
resigna  à  l'aventure.  Tel  est  le  récit  de  YAgh.,  t.  XII , 
p.  77,  reproduit  avec  quelques  variantes  par  Kechf, 
fol.  1 6  r°.  De  là  le  dicton  :  (^uytfUt  cyb  ^  Jjbfcl 
«  plus  embarrassé  que  la  femme  aux  deux  outres  » , 
proverbe  qui  se  trouve  dans  Meïdani,  éd.  Freytag, 
t.  I,  n°  1  1 5 ,  p.  687.  Quant  au  suborneur,  la  légende 
ajoute  qu'il  racheta  son  crime  en  se  faisant  musul- 
man, devint  un  des  Ançar  (auxiliaires)  du  Prophète 
et  fut  tué  à  la  bataille  de  Bedr. 


jVÔUaÂJ)  Oii  «  la  femme  aux  deux  ceintures  ». 

Surnom  d'Asmâ ,  fille  du  khalife  Abou  Bekr.  Le  jour 
où  le  Prophète  s'enfuit  de  la  Mecque  accompagné 
d'Abou  Bekr,  elle  déchira  sa  ceinture ,  mit  dans  une 
moitié  des  provisions  de  route  pour  les  deux  fugitifs 
et  se  servit  de  l'autre  moitié  comme  ceinture.  Cette 
Asmà  fut  la  mère  du  fameux  cAbd  Allah  b.  Zobeïr 
(Morassa,  p.  2  2(1;  Kechf,  fol.  16  r°).  D'après  une 
autre  version,  elle  fit  avec  la  seconde  moitié  de 
ce  vêtement  une  anse  pour  la  cruche  d'eau. 

Telle  est  aussi  l'explication  du  surnom  de  «  fils  de 
la  femme  aux  deux  ceintures  »  que  les  ennemis  d'Ibn 
Zobeïr  lui  adressaient,  paraît-il,  comme  une  injure 
[Morassa,  p.  2  2  A  ;  Sprenger  ,  Vie  de  Mohammed,  1. 1, 
p.  4o8;  Ibn  Ath.,  t.  II,  p.  81;  Kechf,  fol.  16  r°). 


25  . 


38'l  MAI-JUIN  1907. 

4>o)à.  Surnom  d'un  poète  de  la  Djâhclyeh,  lin- 
rou'1-Kaïs  b.  el-Hârith  (ou  Bekr)  b.  Mo'awyah  el- 
Kindi,  à  cause  de  ce  bèit  : 

\*\jL  ^yà  *$&.  àlô       làLâ  &&  £jpu\  ^i>l 

«Je  repousse  loin  de  moi  les  vers  (satiriques),  comme  un 
jeune  voyageur  égaré  dans  le  désert  repousse  les  sauterelles. 
(C'est-à-dire  :  je  sais  me  défendre  contre  les  satires  du  poète 
dune  tribu  ennemie,  etc.).  »  (  Tadj ,  t.  II,  p.  348.) 

Miz. ,  p.  Î220,  donne  a  tort  j^ilt,  au  lieu  de  «ilyUI. 

Les  surnoms  de  dl£&  et  sÇà  du  même  radical,  et 
ayant  le  sens  de  «  défenseur,  protecteur  »,  sont  don- 
nés à  plusieurs  personnages  dont  la  mention  se  trouve 
dans  le  Tadj  (ibid.). 

^S^i  «  l'immolé  ».  C'est  ainsi  que  les  musulmans 

désignent  Ismaël,  fils  d'Abraham,  qu'ils  substituent 
à  fsaac  dans  le  sacrifice  raconté  par  la  Bible.  On 
n'ignore  pas  que  Mahomet  n'avait  que  des  données 
très  incertaines  sur  les  récits  bibliques  (Koran, 
s.  xxxvii,  v.  99  à  107;  La  Beaume,  Kor.  analysé , 
p.  12  3).  D'après  les  légendes  arabes ,  Ismaël ,  père  de 
la  race  ismaélite,  vécut  180  ans  et  mourut  à  Jérusa- 
lem ;  il  fut  enterré  à  côté  d'Abraham  son  père  (C.  de  P., 
Essai f  t.  I,  p.  16 !\  et  suiv.;  Tabari  persan,  t.  I. 
p.  178-183). 

L-ju&à.  Dzahliâb  est  Torthographe  indiquée  par 
le  Tadj,  t.  f,p.  259.  Tbn  Kelbi,  d'après  le  Djemharat 


SIRNOMS  ET   SOBRIQUETS  ARABES.        385 

el-Ansab,  attribue  ce  surnom  à  *Amr  b.  Djandal; 
même  renseignement  dans  le  Miz.  p.  219.  Mais  au 
lieu  de  *Amrt  il  faut  lire  Mâlik,  d  après  le  Tadj. 
Quant  au  vers  qui  serait  l'origine  du  surnom  en 
question ,  il  est  fort  obscur  :  le  poète  décrit  probable- 
ment l'allure  des  chamelles  de  la  caravane  qui,  après 
avoir  gravi  les  hauteurs  de  Korakor  et  de  Dzou 
Yemem,  se  dirigent  vers  Ed-Dzohâb  : 


v* 


tlpàjM y*  «  riiomme  des  terreurs».  Un  roi  hi- 
niyarite,  fils  d'Abrahah  ou  de  Eïmen,  fut,  d'après 
une  version,  surnommé  ainsi  parce  qu'au  retour 
d'une  de  ses  expéditions,  il  ramena  des  nesnâs,  singes 
monstrueux  dont  la  vue  effraya  les  habitants  du 
Yémen.  Cependant,  d'après  une  autre  version  rap- 
portée par  Ibn  Khaldoun ,  ce  roi  fut  surnommé  ainsi 
à  cause  de  l'effroi  que#  ses  actes  de  cruauté  répan- 
daient dans  l'Arabie  du  Sud  (C.  de  P.,  Essai,  t.  I, 
p.  71).  Caussin  de  Perceval,  ibid.,  p.  73,  propose 
d'identifier  Dzoul-Adzar  avec  un  roi  de  Marsyaba 
(ou  Mariaba)  qui  aurait  régné  vers  l'an  24  avant  J.-C, 
et  que  Strabon  nomme  Ilasar.  Cf.  Tab.  ,  I,  p.  t\l\  1. 

c\Js^oy\  ^ji.  Hourthân  b.  el-Hârith  el-cAdwâni, 

de  la  grande  tribu  yéménite  de  Djadilah,  poète  et 
vaillant  guerrier ,  surnommé  Dzonl-Içbâ\  parce  que, 
avant  été  mordu  aux  doigts  par  un  serpent ,  il  eut  le 
courage  de  faire  lui-même  l'amputation  de  sa  main. 


386  MAI-JUIN    1907. 

Voir  la  notice  de  Agh.,  t.  VIII,  p.  2-1 1;  cf.  Tàb., 
série  II ,  p.  8 1 5  ;  Ibn  Kot.  ,  p.  445;  Morassa,  p.  28  ; 
Kâmil,  p.  317;  Kechf,  fol.  17  v°.  D'après  \e  Khiz. , 
t.  II,  p.  4o8,  il  devait  son  surnom  à  une  de  ses 
mains  qui  avait  six  doigts. 

^\jk0i^!>    Dzou    Açbah,    prince    himyarite   qui 

régna  dans  l'Yémen.  On  lui  attribue  l'invention  des 
fouets  nommés,  à  cause  de  cette  origine,  les  fouets 
acbahyyah  (  Tadj ,  t.  V.  p.  117)-  Mais  ce  nom  désigne 
aussi  une  famille  yéménite  a  laquelle  se  rattachait  le 
célèbre  traditionniste  et  jurisconsulte  Anas  b.  Mâlik , 
fondateur  du  rite  dit  malikite  (Morassa,  p.  28; 
Tab.,  série  III,  p.  2019). 

sjyJayS  ^ji    «  l'homme   aux  épaules».   Surnom 

du  roi  Sassanide  Sapor  II.  Pour  châtier  les  tribus 
arabes  qui  avaient  envahi  l'Iran,  il  conduisit  son 
armée  dans  le  Hadjr  et  le  Bahreïn.  x\près  avoir  sou- 
mis les  révoltés ,  il  leur  infligea  de  terribles  supplices , 
et  ordonna ,  entre  autres  cruautés ,  de  leur  percer  les 
épaules  et  d'y  passer  des  cordes  pour  les  conduire 
en  captivité  (vers  l'an  2  5o  de  notre  ère).  Cf.  Prairies, 
t.  II,  p.  175-,  Morassa',  p.  25;  Tabari  persan,  t.  II, 
p.  99;  Kechf,  fol.  18  v°;  G.  de  P.,  Essai,  t.  II, 
p.  ^9.  Voir  aussi  l'explication  donnée  par  Nôldeke, 
Tabari,  p.  82  ,  note  1 . 


*>     u- 


+)&>*& y  )  j'd .  Ce  surnom  est  susceptible  de  deux 
significations.  Pour  les  uns,  c'est  le  pluriel  de  *<X4 


SURNOMS  ET  SQBRIQUETS  ARABES.       387 

ou  -iXA  et  il  faudrait  traduire  alors  par  «  l'homme 

aux  guenilles  »  [Morassa,  p.  3o).  Mais  si  l'on  adopte 

la  lecture  -«X*  au  singulier,  dont  le  sens  est  «  meurtre 
non  vengé  »,  cette  épithète  serait  plus  injurieuse  que 
la  première.  Quoi  qu'il  en  soit,  Je  surnom  Dzoul- 
Ahdâm  (ou  Ahdzâm)  est  donné  à  plusieurs  person- 
nages, parmi  lesquels  on  cite  Motewekkil  b.  eIyad, 
b.  Kilâb  et  Naféc  b.  Sewadah  ed-Dibâhi.  Ce  dernier, 
poète  peu  connu ,  avait  fait  des  vers  contre  Farazdak  ; 
il  fut  à  son  tour  l'objet  dune  satire  cruelle  où  se 
trouvait  ce  kèit  : 


s  J 


«  On  m'informe  que  Dzou  1-Ahdàm  aboie  (contre  nous) ,  à 
l'abri  des  champs  cultivés  et  des  châteaux  de  Syrie  qui  nous 
séparent.  » 

«>l3jjM  ^i  «  l'homme  aux  pieux  ».  C'est  l'épithète 

qui  est  infligée  par  le  Koran ,  xxxvin ,  1  1 ,  et  lxxxix  ,  9 , 
au  Pharaon  de  Moïse ,  en  souvenir  des  pieux  auxquels 
il  attachait  les  coupables  pour  leur  infliger  des  sup- 
plices barbares.  Cf.  Morassa,  p.  3o. 

iy*ô\j&J)  £Ù  «  l'homme  aux  deux  pagnes  ».  Sur- 
nom d'Abd  Allah  b.  cAbd  Nohm  el-Mouzeni ,  un  des 
Açhab  ou  Compagnons  du  Prophète.  Il  périt  dans 
l'expédition  de  Tebouk  et  fut  enseveli  par  Mahomet 


388  MAI-JUIN  1907. 

lui-même.  Voici  comment  le  Kechf,  fol.  1 6  v°,  ex- 
plique ce  surnom  :  «  Cet  Arabe ,  avant  sa  conversion  à 
l'islam,  était  nommé  cAbd  el-Ozza.  Lorsqu'il  eut  adopté 
la  foi  nouvelle,  ses  oncles  furieux  de  cette  résolution 
le  dépouillèrent  de  tout  ce  qu'il  possédait ,  jusqu'à 
ses  vêtements.  H  se  réfugia  chez  sa  mère  qui,  le 
voyant  en  si  piteux  état ,  coupa  en  deux  l'étoffe  rayée , 
àL*? ,  qui  lui  servait  de  robe  et  lui  fit  deux  vêtements, 
l'un  de  dessous,  izâr,  et  l'autre  comme  manteau, 
rida.  Le  lendemain,  le  Prophète  sortant  de  la  mos- 
quée et  passant  la  revue  de  ses  prosélytes  encore  peu 
nombreux ,  s'arrêta  devant  ce  personnage  si  étrange- 
ment vêtu  et  lui  demanda  son  nom  :  «  cAbd  el-Ozza, 
«répondit  celui-ci.  —  Non,  répliqua  Mahomet, 
«  tu  seras  désormais  cAbd  Allah  Dzou'l-Bidjâdeïn , 
«  l'homme  aux  deux  pagnes»;  d'où  le  surnom  qui 
lui  resta.  »  Le  Kechf  ajoute  que  le  Prophète  le  prit 
ensuite  comme  guide  dans  ses  expéditions  à  travers 
l'Arabie.  Dozy,  Vêtements ,  p.  55,  décrit  brièvement 
le  bidjâd  :  il  faut  lire  dans  ce  passage  :  «  cAbd  Allah 
guide  du  Prophète  » ,  au  lieu  de  :  «  père  du  Prophète  ». 

jjjj^àjM  ^à  «l'homme  aux  deux  oreilles  ».  C'est 
le  surnom  que  Mahomet  donnait  sous  forme  de 
plaisanterie  à  l'un  des  Compagnons  qui  fut  plus  tard 
un  des  pères  de  la  tradition  islamique  [Kechf,  fol. 
î  y  r°;  Morassa  ,  p.  27). 


^9 


ijJ*j\  jà  «l'homme  à  l'anneau».   Un  Arabe  de 
la  tribu  de  Taghleb  b.  Reby'ah  fut  surnommé  ainsi 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        389 

parce  que  les  poils  longs  et  drus  qui  entouraient 
ses  narines  avaient  la  forme  de  l'anneau,  bourah, 
que  Ton  passe  en  travers  du  nez  du  chameau  en 
guise  de  frein.  C'est  aussi  le  nom  dune  sorte  de 
khalkhal  ou  anneau  que  les  femmes  attachent  à 
leurs  chevilles.  D'après  Ibn  Ath.,  Morassa,  p.  48, 
ce  personnage  s'appelait  Ka'b  b.  Zohaïr,  et  c'est  à 
lui  que  s'applique  le  vers  suivant  de  eAmr  b.  Kol- 
thoum  : 


y  J 


«  Et  Dzon'l-bourah  dont  tu  as  entendu  parler  :  grâce  à  lui 
nous  sommes  protégés  et  nous  protégeons  ceux  qui  se  réfu- 
gient auprès  de  nous.  » 


0<~  QS 


^Jô^j\yù.  D'après   Ibn    fx-Athir,  Morassa, 

p.  4  7,  Amir  b.  Ohaïniir  b.  Behdeleh  *î*>v<p  yt  j*p**\ 
devait  le  surnom  de  Dzoiïl-Bordeïn  à  deux  tuniques 
de  soie  rayée  que  lui  donna  le  roi  Moundir,  fris  de 
Ma  es-Semâ  en  le  proclamant  chef  de  la  tribu  arabe 
la  plus  noble  et  la  plus  puissante.  Mais  Ibn  Kotaïbah 
cité  par  le  Kechf,  fol.  16  v°,  donne  une  version  dont 
le  caractère  paraît  plus  authentique.  cAmir  ne  reçut 
pas  les  deux  tuniques  de  la  main  du  roi  de  Hirah , 
mais  s'en  empara  en  sa  présence,  les  revêtit  pour 
affirmer  ainsi  la  supériorité  de  la  famille  de  Behde- 
leh ,  puis  posa  hardiment  ses  pieds  sur  le  sol  et  s'écria  : 
«  Cent  chameaux  à  celui  qui  me  fera  bouger  de 
cette  place!  »  Personne  n'éleva  la  voix,  et  il  partit 
emportant  le  vêtement  royal.  Cf.  Anthologie  arabe 


390  MAI-JUIN    1907. 

de  Beyrouth ,  t.  VII,  p.  447»  Sur  la  tunique  appelée 
bordah,  voir  Dozy,  Vêtements,  p.  69. 

jjrUJl^à  «l'homme  à  la  tiare  ».  Surnom  d'un 

cheïkh  de  la  tribu  des  B.  Hanifah  qui  exerçait  un 
pouvoir  souverain  dans  le  Yemamah.  Son  nom  était 
Hawdah ,  fils  d'Ali.  La  protection  qu'il  accordait  aux 
caravanes  persanes  de  passage  sur  son  territoire  lui 
valut  un  accueil  honorable  à  la  cour  du  Chosroès  ; 
il  reçut,  entre  autres  présents,  de  riches  vêtements, 
une  coupe  d'or  et  une  tiare  ornée  de  bijoux  d  une 
valeur  considérable.  Ce  même  personnage  qui,  au 
dire  des  chroniques  arabes,  professait  la  religion 
chrétienne ,  refusa  d'embrasser  l'islam  si  le  Prophète 
ne  consentait  pas  à  le  désigner  comme  son  succes- 
seur. Cette  exigence  ayant  été  repoussée  avec  mépris, 
le  cheïkh  s'éloigna,  mais  il  mourut  dans  le  courant 
de  cette  même  année,  an  8  H.  (629  de  J.-C),  ce 
qui  fat  considéré  comme  un  châtiment  du  ciel  (C.  de 
P.,  Essai,  t.  II,  p.  4o4  ;  Ibn  Ath.,  t.  II,  p.  1 65 ;  Ibn 
Doreïd  ,  p.  209  ;  Kechf,  fol.  1 6  v°).  —  Hilâl  b.  Djebe- 
lah  b.  Çakhr,  chef  des  B.  Solaïm ,  portait  le  surnom 
de  Dzoul-Tâdj  (Kechf,  ibid.).  —  On  donnait  aussi  ce 
surnom  à  Harethah  b.  fAmr  b.  Abi  Rebycah  Cheïbâni 
qui  combattit  à  la  tête  de  la  tribu  de  Bekr,  contre  le 
roi  Moundir,  fils  de  Ma  es-Semâ.  Voir  Essai,  t.  II, 
p.  7  A ,  et  une  leçon  différente  dans  Morassa,  53. 

A^4>sxJ!  jù  «  l'homme  à  la  mamelle  de  femme  ». 
Cette    appellation  est  expliquée  avec  une  certaine 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        391 

confusion  par  les  chroniques.  La  donnée  la  plus 
probable  est  qu'il  s'agit  d'un  chef  Kharidjite  tué  à  la 
célèbre  bataille  de  Nehrewân ,  et  dont  la  mort ,  d'après 
une  ancienne  légende,  devait  être  le  signal  de  la  vic- 
toire pour  l'armée  d'Ali.  Cette  prédiction,  attribuée  à 
Mahomet,  se  réalisa  sur  le  champ  de  bataille.  Après 
de  longues  recherches,  on  trouva  le  cadavre  de  cet 

homme  surnommé  Mokhdedj  g«x£»  ÇOurkoas,  Kechf, 
fol.  16  v°);  ce  nom  signifie  «celui  qui,  au  lieu  de 
main,  n'a  qu'un  moignon  semblable  à  un  sein 
de  femme  et  couvert  de  poils».  Cf.  Prairies,  t.  IV, 
p.  4i5;  Tab. ,  Iw  série,  p.  3383;  Ibn  Ath.,  t.  III, 
p.  291.  S'il  faut  en  croire  le  Morassa,  p.  57,  ce 
personnage  était  abyssin  et  se  nommait  Nafi\  Voir 
aussi  Kit  el-Mehasîn,  éd.  Schwally,  p.  5o  et  suivantes. 

• 

OvÀ-àJUï^à.  Plusieurs  dévots  musulmans  por-. 

taient  ce  surnom  :  l'assiduité  à  la  mosquée,  les 
longues  prières  accompagnées  de  génuflexions  sans 
nombre  finissaient  par  durcir  leurs  genoux  et  les 
couvrir  de  callosités  (ihafinât).  Telle  est  l'origine  de 
ce  surnom.  Le  plus  connu  parmi  ceux  qui  en  furent 
gratifiés  est  cAli  b.  Hûseïn  b.  \Ali,  c'est-à-dire  le  petit 
fils  du  khalife  cAli,  et  qui  est  particulièrement  vénéré 
en  Perse  sous  le  vocable  honorifique  de  Zeïn  el-Abidîn 
«  la  parure  des  adorateurs  de  Dieu  »  ;  il  avait  reçu 
aussi,  et  pour  le  même  motif,  le  surnom  de  Seddjâd 

àti*  «  qui  se  prosterne  souvent  b.  —  Il  convient  de 
signaler  encore  dans  la  liste  des  dévots  «  aux  genoux 


392  MAI-JUIN    1907. 

durcis»  cAbd  Allah  b.  Wehb  Er-Rasibi,  chef  des 
Kharidjites,  qui  joua  un  rôle  important  dans  la  lutte 
de  ces  révoltés  contre  les  Omeyyades.  Voir  Ibn  Ath.  , 
t.  III,  p.  280;  Morassa,  p.  5y;  Moberred,  p.  36o; 
Ibn  Khall.  ,  t.  II,  p.  2  1 6  ;  Kechf,  fol.  1  7  r°. 

j>$<>oi  yô  «  l'homme  aux  deux  bonnes  chances  ». 
Les  traditions  qui  se  rapportent  au  personnage 
connu  par  ce  surnom  sont  assez  obscures.  Kaïs  b. 
Mas'oud  qui,  après  avoir  lutté  longtemps  contre 
l'armée  persane ,  fut  vaincu  et  mis  à  mort  par  Per- 
viz  II,  vers  Tan  610  de  J.-C,  aurait  reçu  son  sur- 
nom ,  soit  a  cause  de  la  double  rançon  qu'il  avait  tirée 
d'un  noble  Persan  fait  prisonnier  par  lui,  soit  d'un 
double  prix  qu'il  gagna  dans  une  course  de  chevaux. 
Voir  Morassa,  p.  70;  Agit. ,  t.  II,  p.  3o,  et  t.  XX ; 
p.  i32;  C.  de  P.,  Essai,  t.  II,  p.  172,  et  Chrest. 
ar.„  t.  Vil,  p.  i  220;  Nôldeke,  Tab.,p.  33o,  34^. 

uJi^ji  «l'homme  aux  deux  ailes».  Abou 
cAbd  Allah  Dja'far  b.  Abi  Talib,  frère  du  khalife 
cAli,  fut  un  des  plus  fidèles  Compagnons  (Açhab)  de 
Mahomet.  H  fit  partie  de  l'émigration  des  néo-mu- 
sulmans en  Abyssinie  où  il  convertit,  dit-on,  le  né- 
gous  à  l'islam  ;  il  rejoignit  ensuite  le  Prophète  après 
sa  fuite  à  Médine ,  et  plus  tard ,  dans  la  huitième  année 
de  l'hégire,  il  se  signala  par  sa  valeur  à  la  bataille 
de  Mouta  (bourgade  du  Balka'  inférieur).  Accablé 
par  le  nombre,  il  tomba  criblé  de  blessures  et  périt 
-martyr  de  la  foi.  Le  Prophète,  lorsqu'il  apprit  sa 


SURNOMS   ET  SOBRIQUETS   ARABES.        393 

mort,  monta  en  chaire  et  dit  :  «  Ne  répandez  pas  de 
larmes  sur  mon  cherDja'far.  Je  vous  le  dis  en  vérité, 
au  lieu  des  deux  mains  qu'il  a  perdues,  il  vient  de 
recevoir  de  Dieu  deux  ailes  avec  lesquelles  il  prend 
son  vol  dans  le  Paradis,  en  compagnie  des  anges.  » 
Voir  C.  de  P. ,  Essai,  t.  III ,  p.  2  1 5  ;  Morassa,  p.  7  1  ; 
Biogr.  Die  t.,  p.  soi;  Kechf,  fol.  17  r°.  —  D'après 
Maçoudi,  Prairies,  t.  IV,  p.  a3i,  le  général  persan 
qui  combattait  les  troupes  du  Chosroès  à  la  bataille 
de  Néhavend ,  portait  aussi  le  nom  de  Dzoul-Djenâ- 
heïn ,  mais  il  faut  lire  Dzoul-Hadjibéin ,  «  l'homme 
aux  deux  bandeaux».  Ce  personnage,  dont  le  nom 
était  Bahmân  Djadaweïh,  aurait  reçu  ce  surnom  parce 
que ,  parvenu  à  un  âge  avancé ,  il  était  obligé  de  se  ser- 
vir de  deux  bandelettes  pour  soutenir  ses  paupières. 


0-1 


Ù*»*jÂ*^à-  Chammir   Chorahbil    de   la    tribu 

de  Dhibàb  était  surnommé  Dzoul-Djauchen ,  parce 
qu'il  avait  la  poitrine  large  et  saillante.  Mais  cette 
explication  donnée  par  Lis.  ar.,  s.  v. ,  et  par  Kechf, 
fol.  17  r°,  prouve  qu'ils  ignorent  le  sens  du  mot 
persan  (^yt*  «  cuirasse  ».  Ibn  el-Athîr,  dans  le 
Morassa,  p.  71,  connaît  le  vrai  sens  de  ce  mot;  il 
cite  Aws  b.  el-cAwar  de  la  tribu  des  B.  Mo'awyah 
comme  avant  reçu  du  Chosroès  une  cuirasse  dont 
il  avait  propagé  l'usage  parmi  les  Arabes.  Cet  Aws, 
auteur  de  quelques  poésies,  est  mis  au  nombre  des 
Compagnons;  il  est  le  père  de  Chamir  b.  Aws,  dont 
le  nom  est  exécré  en  Perse,  parce  qu'il  est  celui  de 
l'assassin  qui  fit  périr  Hûseïn ,  à  la  bataille  de  Kerbelâ. 


394  MAI-JUIN    1907. 

^ii^ji.  Surnom  du  cheikh  cAmir  b.  Zarib  el- 

cAdwâni  qui  fut  un  des  sages  de  la  Djdhelyeh,  dont  le 
nom  est  resté  dans  le  souvenir  des  Arabes.  H  passe 
pour  avoir  vécu  3oo  ans,  et  c'est  à  son  sujet  que  le 

proverbe  La*Jl  o^j  «  frapper  le  bâton  »,  dans  le  sens 

d'avertir,  aurait  été  créé.  Une  légende  rapportée 
par  Meïdani,  Piw.f  t.  I,  p.  3a,  veut  que  ce  véné- 
rable santon ,  parvenu  à  l'extrême  vieillesse ,  ait  re- 
mis un  bâton  entre  les  mains  de  son  esclave  favorite, 
avec  ordre  d'en  frapper  un  coup  sur  son  bouclier, 
toutes  les  fois  qu'il  perdrait  la  mémoire  et  donnerait 
des  signes  d'affaiblissement  intellectuel.  C'est  à  quoi 
fait  allusion  le  vers  suivant,  attribué  à  Molelammis: 


»j  .      .....    ''  y 


«  Avant  ce  jour,  on  avait  déjà  besoin  de  frapper  le  bâton 
(pour  avertir  Dzou'l-Hilm),  car  les  avertissements  ne  sont 
donnés  a  l'homme  que  pour  l'instruire.  » 

Agh.,  t.  III,  p.  3,  et  Kechf,  fol.  17  r",  qui  citent 

ce  \ers,  lisent  *&£  ^ÔJ  au  lieu  de  iJL  <£<x),  ce  qui 

ne  change  pas  le  sens  général  du  bcit.  Voir  l'édition 
du  Diwân  de  Motelammis,  p.  64. 

J^ki^ji  «  ITiomme  du  dénuement».   C'est  un 
des   nombreux    surnoms    du    khalife    Abou    Bekr. 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        395 

Lorsque  le  Koran  établit  la  règle  obligatoire  de  l'au- 
mône ,  Abou  Bekr  donna  tout  son  bien  aux  pauvres , 
et  le  Prophète  lui  ayant  demandé  ce  qu'il  laisserait 
à  sa  famille ,  il  répondit  :  «  Dieu  et  son  apôtre  ». 

(Tadj,  s.  v.  J^,  t.  VII,  p.  307). 


>4>sJ)^à  «l'homme  des  larmes*.  D après  le 

Morassa,  p.  1 00 ,  un  descendant  d'Ali ,  Hûseïn  b.  Zeïd 
b.  cAli,fut  surnomme»  ainsi  parce  que  les  persécu- 
tions dont  il  fut  victime  avec  les  autres  membres  de 
sa  famille  étaient  pour  lui  une  source  intarissable 
de  tristesse  et  de  larmes. 

i^\ \jj] ^ji  «  l'homme  de  sens  »,  El-'Abbas  b.  Abd 

el-Mottalib,  oncle  paternel  du  Prophète.  Sa  pru- 
dence et  ses  sages  conseils  ont  passé  en  proverbe. 
H  mourut  Tan  3  2  H.  (  Tar.  el-Khol. ,  p.  6  ;  Àgh. ,  t.  IV, 

p.  32). 

ryXiijùjJ]  yô  «deux  fois  fou».  Abou'l-Hasan 

cAli  b.  'Aldelwahid ,  jurisconsulte  et  littérateur,  origi- 
naire de  Bagdad ,  avait  pris ,  probablement  dans  une 
de  ses  odes  d'amour,  car  il  était  poète  par  intermit- 
tence, cette  dénomination  bizarre.  Mais  selon  Ibn 
Khall.,  t.  II,  p.    320,    il  était  plus  généralement 

nommé  #S«>J!  g^o  «  la  victime   des  coquetteries  » , 

ou  bien  encore  <^!>*M  J+&  «  tué  par  les  catastrophes 
soudaines  ».  Il  mourut  prosaïquement  d'une  angine 
en  k  1  2  H.  (102  1-1 022  de  J.-C).  Cf.  Kechf,  fol.  i8v°. 


3%  MAI-JUIN  1907. 

^jj«**J)^jà  «l'homme  aux  deux  lances».  Ho- 
daïfah  b.  el-Moghîrah  b.  cAmr  b.  Makhzoum  fut 
surnommé  ainsi,  selon  les  uns,  à  cause  de  la  lon- 
gueur de  ses  jambes,  ce  qui  faisait  croire  qu'il  mar- 
chait sur  deux  lances  ;  ou ,  selon  une  autre  version 
plus  acceptable,  parce  que,  lorsqu'il  faisait  cam- 
pagne, et  principalement  à  la  journée  de'Okaz,  il 
combattait  avec  deux  lances.  Cf.  Agh.9  1. 1,  p.  3o; 
Kechf,  fol.  1 7  r°;  Ibn  Khall.,  t.  II,  p.  3yZi  ;  Modjem, 
t.  III,  p.  70/i. 


c.9 


£/*jJ)^jà.   Abou'l-Hârith  Ghaïlàn,  fils  d'Okbah, 

plus  connu  sous  le  sobriquet  de  Dzoiï l-Rommah , 
l'un  des  plus  célèbres  poètes  de  la  fin  du  Ier  siècle  de 
l'hégire  (mort  vers  l'an  117  H.  =  y36  de  J.-C). 
Habile  à  célébrer  les  charmes  des  belles  filles  du  dé- 
sert, moins  bien  inspiré  dans  le  panégyrique,  il 
passe  néanmoins  pour  le  dernier  poète  de  l'âge  clas- 
sique. Quelques  critiques  arabes  lui  reprochent 
même  ses  tendances  par  trop  archaïques ,  ses  descrip- 
tions trop  minutieuses  du  douar  abandonné,  en  un 
mot  tout  ce  qui  forme  le  début  des  kaçidek  anté- 
islamiques.  —  «  Que  pensez-vous  des  poésies  de 
Dzou'l-Rommah?  demandait-on  un  jour  à  Djerîr. — 
Crottins  de  gazelle  et  traces  de  belette  » ,  répondit-il 
avec  dédain  (au  dire  des  Arabes,  le  crottin  du  faon 
de  gazelle  répand  une  odeur  de  musc  qui  s'évanouit 
presque  aussitôt).  La  notice  de  Dzou'l-Rommah  est 
donnée  par  Ayh.,  t.  XVI,  p.  1 10-1 35.  Cf.  Ibn  Khall., 
t.   II,  p.  44y,   et   la  monographie    du    poète    par 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        397 

U.  Smend,  De  Dsurrumma  poeta  arabica,  Bonn, 
1 874.  —  Quant  au  vers,  origine  prétendue  du  sur- 
nom, voici  comment  il  se  Ht  dans  Ibn  Kot.  : 

'  '       '        '  t  ' 

'  y  „ 

«  Il  ne  restera  plus  (au  campement  abandonné)  à  jamais  que 
les  trois  pierres  (du  foyer)  immobiles  et  noires  —  et  qu'un 
pieu  à  tète  écrasée ,  échevelée ,  d'où  pend  un  bout  de  corde 
(rommah)  enroulée.  »  [Kit.  ech-Chi'r.,  p.  334;  variantes  dans 
Lis.  ar.,  t.  XV,  p.  i43.) 

Enfin,  d'après  une  autre  version  tout  empreint!» 
de  couleur  locale,  le  poète  aurait  reçu  son  surnom 
dune  jolie  Bédouine,  Meyyah,  dont  l'éloge  revient 
souvent  dans  ses  kaçideh.  Voir  pour  les  détails  Khi:. , 
1. 1,  p.  53;  Ibn  Khall. ,  t.  Il,  p.  45 1. 

^jJL*lj%J'^l>  «l'homme  aux  deux  comman- 
dements ».  Titre  honorifique  sous  lequel  est  connu 
le  vizir  El-Hasan  b.  Sehl ,  qui  réunissait  l'autorité 
civile  au  pouvoir  militaire  sous  le  règne  de  Mamoun. 
Voir  sa  notice  chez  Ibn  Khall.,  t.  II,  p.  472;  El- 
Fakhri,  p.  3o4;  Morassa,  p.  a3o. 

^y*ULk,*éj] y&    «l'homme     aux    deux    sabres». 

C'est  ainsi  que  le  khalife  Mouctadid  (279-289) 
avait  surnommé  un  officier  de  la  milice  turque 
on  lui  faisant  don  de  deux  sabres  comme  insignes 
d'honneur.  Ce  renseignement    est    donné  par  Mo- 

ix.  26 


l«»ki«iair   sifitmifc. 


398  MAI-JUIN    1907. 

rassa ,  p.  i  2  5,  qui  nomme  ce  personnage  Ahmed  b. 
Kûndadjik. 

^VjOJUCyyJ)  j'd   «  l'homme  aux  deux   règnes». 

Surnom  de  Abou  Ghalib  el-Hasan  Mansour,  parce 
qu'il  exerça  les  fonctions  de  vizir  sous  les  deux 
princes  Bouheïdes  rivaux,  Moucherrif  ed-Dauleh  et 
Sultan  ed-Dauleh.  H  fut  assassiné  en  Susiane  par  des 
soldats  deïlemites ,  en4i2  H.  (1021-1022  de  J.-C). 
Cf.  Ibn  Ath.,  t.  IX,  p.  228;  Keclif,  fol.  17  r°, 

£4  Lu  *  à  «  l'homme  à  l'éphélide  noire».  Sobri- 
quet de  Hûseïn  b.  Zikriweïh,  chef  des  Karmathes, 
qui  tint  longtemps  en  échec  1  armée  du  khalifat 
et  périt  en  29 4  H.  (906-907  de  J.-C.)  dans  une 
bataille  qu'il  livra  contre  Mohammed  b.  Djerrah. 
Cf.  Tab.  ,  IIIe  série,  années  291  a  294.  (VoirJUU»^).) 

^jjy  UwJl^i«  l'homme  aux  deux  mains  gauches  ». 

Voici  ce  que  dit  sur  ce  personnage  Tabari  ,  III*  série, 
p.  2  544  :  «On  lui  donne  aussi  le  sobriquet  de  jâ 
(£}*\jJt  «  l'homme  aux  deux  mains  »,  parce  qu'il  était 
aussi  adroit  de  l'une  que  de  l'autre,  maïs  son  vrai 
nom  était  'Omaïr  b.  *Abd  cAmrb.  Nadhlah;  il  des- 
cendait de  la  tribu  de  Khozaca.  Il  se  fit  musulman 
et  reçut  le  martyre  à  la  bataille  de  Bedr.  Cf.  Kêçhf, 
fol.  1 7  r°;  Ibn  Saad,  Biographien,  éd.  Sachau,  t.  III, 
Theil  1,  p.  118.  —  Un  autre  Arabe  contempo- 
rain de  celui-ci  et  surnommé  aussi  *  l'homme  aux 
deux  gauches  »,  No'niàn  b.  Kaïs,  aurait  reçu  ce  sur* 


SURNOMS   ET   SOBRIQUETS   ARABES.        399 

nom  à  la  suite  d'une  négligence  qu'il  commit  dans 
la  pratique  de  la  prière.  Il  est  classé  parmi  les  Açhab, 
ou  Compagnons  de  Mahomet.  Voir  Miz*9  t.  J, 
p.  a53;  Ibn  Hadjak,  Inbâ  el-Ghomr,  t.  1,  p.  869» 


jj\mKMé ^ji  «  l'homme  aux  boucles  d'oreille».  Ce 
surnom  pris  ici  dans  un  sens  injurieux,  désigne 
Lakhnîa  Tanouf,  roi  yéménite  (tobba)  que  ses  goûts 
dépravés  et  son  accoutrement  féminin  avaient  rendu 
méprisable  aux  yeux  de  ses  sujets.  D'après  C.  de  P, , 
Essai,  t.  I,  p,  119,  il  régna  de  478  à  490  de  l'ère 
chrétienne  et  fut  assassiné  par  Dxou  Nowâs.  Cf.  Prai- 
re, t,  III,  p.  1 55  et  suivantes. 

-»^  - 
^yXidy^iàm)) ^ù  «l'homme  aux  deux  témoi- 
gnages »,  c'est-à-dire  dont  le  témoignage  vaut  le 
double  de  celui  des  autres.  G  est  ainsi  que  le  Pro- 
phète avait  surnommé  un  de  seaAnçar  (auxiliaires), 
Khozaïmah  b.  Thâbit  b.  Mâlik  b.  ei-Aws,  dont  il 
appréciait  le  caractère  loyal  et  la  parole  véridique. 
Jl  lui  conféra  ce  titre  honorable  à  la  suite  d  une  con- 
testation dans  laquelle  Khozaïmah  se  prononça  en  fa- 
veur d'un  Arabe  du  désert  contre  le  Prophète.  Kho- 
zaïmah  prit  part  à  la  prise  de  la  Mecque  (an  8  de 
l'hégire) ,  se  déclara  plus  tard  en  faveur  d'Ali  et  pé- 
rit à  la  bataille  de  SifFîn  en  37  H.  (Biogr.  Dict.f 
p.  228;  Kechf,  fol.  1 7  v°;  Kitâb  el-Mehasîn,  éd. 
Schwally,  p.  4o). 

~Imj\ j'd  «l'homme  à   l'ivoire».  Sobriquet  de 

26. 


400  MAI-JUIN   1907. 

Kethir  b.  cAbd  Allah  es-Sûlâmi,  réputé  pour  la 
blancheur  et  la  beauté  de  ses  dents.  Voir  Morassa, 
p.  1  48.  On  trouve  dans  Ibn  Ath.,  t.  V,  p.  1 1  k  et 
227,  des  détails  sur  les  démêlés  de  ce  personnage 
avec  le  parti  des  Kharidjites  pendant  le  règne  du  der- 
nier des  Omeyyades,  Merwân  II. 


I^ji   «  l'homme    aux    deux    petites 

tresses»  (duel  de  **a*A&),  ainsi  nommé  à  cause  de 
deux  nattes  de  cheveux  qu'il  laissait  pendre  der- 
rière sa  tête.  Dhimâm  b.  Ta'labah,  cheïkh  des  B. 
Sa'ad ,  touché  par  la  prédication  de  la  religion  nou- 
velle, conduisit  à  Mahomet  une  députation  des  gens 
de  sa  tribu.  Voici  le  discours  que  les  biographes 
mettent  dans  sa  bouche  :  «  Je  crois,  dit-il  en  s  adres- 
sant au  Prophète ,  en  le  message  que  tu  apportes  et 
en  Celui  qui  t'a  envoyé  avec  la  vérité.  Je  n'ajouterai 
ni  ne  retrancherai  rien  à  ces  paroles.  Quant  à  moi , 
je  suis  l'envoyé  de  ma  tribu  que  j'ai  laissée  derrière 
moi;  mon  nom  est  Dhimâm,  fils  de  Ta*labah,  je 
suis  l'un  des  Benou  Sacad  ibn  Bekr.  »  Le  Prophète 
dit  alors  i  «  Si  cet  homme  a  dit  la  vérité ,  certes  il 
entrera  dans  le  Paradis.  »  (Tab.  ,  série  I,  p.  1723; 
Ibn  Ath.,  t.  II,  p.  221;  Morassa,  p.  162;  Lis.  ar., 
s.  v.;  Tadj,  t.  IV,  p.  /108.) 

ijjJuUl^jà.  Katadah  b.  Norman,  un  des  Compa- 
gnons de  Mahomet,  se  signala  à  la  journée  d'Ohod 
(26  janvier  625  de  J.-C),  et  défendit  héroïquement 
la  personne  du  Prophète».  Atteint   par  une    flèche, 


SURNOMS  ET  SOBRIOlETS  ARABES.    'KM 

un  de  ses  yeux  pendait  sur  sa  joue;  la  main  du  Pro- 
phète accomplit  alors  un  miracle  :  au  contact  de  ses 
doigts,  l'œil  rentra  dans  son  orbite  et  fut  doué  dé- 
sormais d'une  vue  plus  perçante  :  aaJUc  (jj**aJ  c*ilû 

1$*\aJj  (Tab.,  série  I,  p.  \tiok;  Ibn  Ath.  ,  t.  II, 
p.  i  20;  Agh.,  t.  XIV,  p.  19;  C.  de  P.,  Essai,  t. III, 
p.  89  et  suiv.  Dans  \eMostatraf,  t.  II,  p.  2 3,  et  Kechf, 
fol.  18  r°,  on  lit  ^yus.^.11  ^).  —  Un  Arabe  de  la  Dja- 
helyeh,  renommé  pour  sa  vaillance,  et  qui  fut  aussi 
un  poète  célèbre  dans  sa  tribu,  portait  le  même 
surnom. 

~  9 
ïjJu)^'d.   Un  des  Açhab  ou  Compagnons  du 

Prophète  avait  une  taie  blanche  sur  le  visage;  d'où 
son  surnom  (Kechf,  fol.  18  r°).  Le  sens  ordinaire 
de  ghowrah  est«  étoile  blanche  qui  se  voit  sur  le  front 
du  cheval  »  (Lis.  av.,  s.  v.). 

Àj*iàJ)^'ù.  El-Hoçaïn,  cheikh  des  Benoul-Hâ- 

rith,  était  ainsi  appelé  parce  qu'il  parlait  avec  diffi- 
culté, par  suite  d'une  constriction  du  larynx  (Ibx 
Doreïd,  p.  2  4o). 


^jvjlJU) jd .  Ni  les  commentaires  du  Koràn ,  ni 

les  chroniques  ne  s'accordent  sur  le  personnage  qui , 
dans  le  livre  saint,  est  appelé  Dzoiï l - Karneïn 
«  l'homme  aux  deux  cornes  »  (voirKorân,  chap.  xvm, 
\.  82  et  suiv.;  La  Béai  me,  p.  !\).  Les  uns  l'identi- 
fient avec  Alexandre  le  Grand,  les  autres  avec  le 
tnbba     Ksscab,    roi    légendaire    du    pays  d'Himyar. 


402  MAI-JUIN   1907. 

Quelques-uns  croient  qu'il  s  agit  d  un  roi  lakhmite , 
cAmr,  fils  de  Moundir.  Cf.  C.  de  P.,  Essai,  t.  I, 
p.  65  et  suiv ;  Morassd,  p.  1 83.  La  version  persane 
de  Tabari  donne  sur  le  légendaire  Dzou  1-Karneïn 
les  détails  les  plus  circonstanciés,  t.  I,  p.  5i 8  et 
suiv.  Enfin  on  trouve  dans  le  Kechf,  fol.  18  r°, 
jusqu'à  dix  versions  différentes  sur  l'origine  et  l'attri- 
bution de  ce  nom. 

9 

^jjJUi^ji  «l'homme  aux  ulcères».  Rien  n'est 

plus  connu ,  ni  plus  invraisemblable,  que  la  légende  de 
la  tunique  empoisonnée,  envoyée  par  l'empereur 
de  Byzance,  Justinien,  au  célèbre  poète  anté-islamique 
Imrou'1-Kaïs.  «  L'imagination  des  Arabes ,  dit  judi- 
cieusement C.  de  Perceval ,  a  cherché  une  cause  ex- 
traordinaire à  une  maladie  cruelle  et  inconnue  dont 
Imrou'1-Kaïs  fut  attaqué  à  cette  époque  et  qui  lui  a 
fait  donner  le  nom  de  Dhoiïl-Corouh  «  l'homme  aux 
«  ulcères  »  (Essai,  t.  II,  p.  3s  q).  Le  Morassa  rappelle 
au  sujet  de  ce  surnom  un  bèit  qu'il  attribue  à  Im- 
rou'1-Kaïs  lui-même  : 


te&>  CsJu  U*ià  L-^yi  c*J«Xid 

L#\  ^  ^  ^  JJ  L* 

«Mon  corps,  autrefois  plein  de  santé ,  s'est  couvert  d'ul- 
cères sanglants  :  triste  chose  que  l'infortune  quand  elle  suc- 
cède au  bonheur  !  »  Nessnn  maggior  dolore. 

Cf.  Diwân  d'Imroul-Kaïs,  éd.  du  Caire,  p.  137; 
Ahlwabdt,  p.  1 35. 


SURNOMS  ET   SOBRIQUETS  ARABES.        403 

i\ju^jju\  yô  «  l'homme  aux  deux  cœurs  »,  Abou 
Marner  Djemîl  b.  Manier  b.  cAbd  Allah  el-Fihri 
[on  El-Djomahi).  L'intelligence  et  la  mémoire  sur- 
prenantes de  cet  Arabe  lui  avaient  valu  chez  ses  con- 
tribuas le  surnom  de  Dzoul-Kalbeïn ,  ce  dont  il  se 
faisait  gloire.  «  J'ai  deux  cœurs,  disait-il  à  tout  ve- 
nant, je  suis  plus  intelligent  que  Mohammed.  »  Ce- 
pendant, au  dire  des  choniques  arabes,  cette  qua- 
lité lui  fit  défaut  h  la  bataille  de  Bedr.  Poursuivi, 
l'épée  dans  les  reins,  avec  les  Koreïchit es  vaincus,  il 
avait  perdu  tellement  la  tête  qu'il  courait  avec  une 
sandale  au  pied  et  l'autre  dans  la  main.  Cette  cir- 
constance lui  fit  le  plus  grand  tort  dans  l'estime  des 
siens,  qui  d'ailleurs  se  convertirent  bientôt  à  l'islam. 
Mais,  vraie  ou  fausse,  la  réputation  de  perspicacité 
et  de  sagesse  attribuée  à  ce  personnage  a  peut-^tre 
trouvé  un  écho  dans  le  passage  du  Korân ,  xxxm ,  l\ , 
où  il  est  dit  :  «  Dieu  n'a  pas  mis  deux  cœurs  dans  la 
poitrine  de  l'homme.  »  La  glose  de  Tabari,  t.  XXI, 
p.  67,  prouve  que  ce  verset  a  embarrassé  les  exé- 
gètes  ;  cet  auteur  estime  qu'il  faut  se  borner  à  voir  dans 
ces  paroles  un  démenti  donné  par  le  Prophète  aux 
Arabes  ignorants  qui  se  disaient  doués  de  deux 
cœurs.  —  Au  rapport  d'Ibn  Hicham,  le  biographe 
de  Mahomet,  ce  même  Djemll  b.  Ma'mer  était  un 
orateur  habile  et  sans  doute  aussi  un  grand  bavard; 
voir  une  anecdote  à  ce  sujet  dans  Essai,  1. 1,  p.  399. 
Cf.  Morassa,  p.  18 !\\  Kechf,  fol.  18  r°. 

«^ÀWi^jà.  Il  règne  une  grande  incertitude  chez 


404  MAI-JUIN    1907. 

les  exégètes  du  Koran  sur  le  verset  xxi,  85 ,  où  il  est 
dit  :  «Isma'ïl,  Idris  et  Dzou'1-Kifl  furent  tous  des 
gens  patients.  »  Dzoul-Kijl  est  identifié  soit  avec 
Bichr,  fils  de  Job,  soit  avec  Elie  et  Zacharie.  D'autres 
donnent  ce  surnom  au  prophète  Ezéchiel  qu'on 
nomme  aussi  Ibn  el-Adjouz  «  fils  de  la  vieille  »,  et  on 
lui  attribue  le  don  de  ressusciter  les  morts  (  Tabari 
persan,  t.  [,  p.  266  et  £07).  Enfin  fauteur  du 
Kechf,  fol.  17  v°,  opte  pour  un  sage  juif  qu'il  nomme 

Abou  Salih,  lequel  se  serait  porté  garant,  JA&,  de 
prier,  de  jeûner  et  de  rendre  la  justice  au  peuple 
après  la  mort  d'un  prophète  dont  le  nom  n'est  pas 
cité  dans  le  manuscrit. 

ïjaSJè^d  «l'homme  à  la  ceinture  de  soie». 
Souvenir  d'une  prétendue  ambassade  conduite  au- 
près de  Mahomet  par  le  vice-roi  qui  gouvernait  l'Ara- 
bie méridionale  au  nom  du  Chosroès  Perviz.  Au 
nombre  des  cadeaux,  tous  plus  précieux  les  uns  que 
autres ,  figurait  une  ceinture  de  soie  moirée  et  cha- 
toyante comme  on  en  fabriquait  dans  l'\  émen.  Voir 
Morassa,  p.  212;  Lis.  ar. ,  s.  v.  jJk. 


^ji>«le  possesseur  de  l'union».  Surnom 
mystique  donné  par  les  Druzes  à  Hamzah,  fils  d'Ali. 
Voir  de  Sacy,  Chrest.  ar.,  t.  II,  p.  276 ,  et  Exposé  de 
la  religion  des  Druzes,  t.  JI,  p.  59  et  1  72. 

^UJt)  ^jà    «  l'homme  au  phare  ».   Ibn  Khaldoun, 
Hamza  Jsfahâni  et  d'autres  auteurs  désignent  ainsi 


SURNOMS   ET   SOBRIQUETS   ARABES.        405 

un  tobba  du  Yémen ,  Àbrahah ,  parce  que ,  au  cours  de 
ses  expéditions  militaires,  il  élevait  des  phares,  afin 
de  reconnaître  sa  route  au  retour.  Cf.  C.  de  P. ,  Essai, 
1. 1 ,  p.  6 7  ;  Morassa,  p.  1 1 3  ;  Prairies ,  t.  III ,  p.  î  5  i  ; 
Pogoc&e,  Spec.  hist.  ai*. ,  p.  09. 

ryjj^^JJ)  j'ù  «  l'homme  des  deux  lignées  ».  Le 

[lafiz  cOmar  h.  Hasan  b.  Dihya,  jurisconsulte  estimé 
(né  en  544  ,  mort  au  Caire  en  633  H.=  1  1  5o-i235 
de  J.-C),  devait  ce  surnom  à  la  double  illustration 
de  sa  naissance.  Du  côté  paternel,  il  descendait  de 
Dihya  el-Kelbi,  un  des  Compagnons  qui  fut  envoyé 
par  Mahomet  à  la  cour  d'Héraclius;  du  côté  mater- 
nel, il  se  rattachait  à  la  sainte  postérité  d'Ali,  fils 
d'Abou  Talib.  Voir  Ibn  Khaldoun,  Prolég.,  t.  II, 
p.  384. 

iVA-XxaÂJi^ji    «l'homme    aux    deux  pointes   de 

lance  » ,  cOtaïbah,  fils  de  Hârith,  fils  de  Chihâb,  chef 
de  la  tribu  de  Yarbou\  branche  des  B.  Temîm  :  il  se 
signala  par  sa  vaillance  à  la  journée  d'El-Haïr  (vers 
(Joô  de  J.-C).  Il  se  servait  habituellement  d'une  lance 
terminée  par  une  double  pointe.  On  le  nommait 
aussi,  à  cause  de  la  terreur  qu'il  inspirait,  «le  tra- 

queur  des  cavaliers»  ^L^iJI  s\Z*o  (.C.  de  P.,  Essai, 
t.  Il,  p.  572  et  5q4  ;  Kechf,  fol.  18  v°). 

AXs&J)  ^ù  «l'homme  au  palmier».   Surnom  de 

Jésus,  (ils  de  Marie,  qui  selon  les  légendes  arabes, 
naquit  sous  un  arbre  de  cette  espèce.  «  Les  douleurs 


406  MAI-JUIN   1907. 

de  1  enfantement  la  surprirent  sous  un  tronc  de  pal- 
mier. »  (Korân,  chap.  xix,  v.  2  3.)  Cf.  Tab.  persan, 
p.  54 1;  Tadjy  t.  XVIII,  p.  1 3 1 . 

^j^jJU)  ^ji>  «  Thomme  aux  deux  lumières  ».  On 

donne  ce  titre  honorifique  à  cOthmân  b.  cAffan  parce 
qu'il  épousa  successivement  deux  filles  du  Prophète  : 
d  abord  Rokeyyah  qui  mourut  pendant  1  expédition 
de  Bedr  (an  a  H.),  puis  Oumm  Kolthoum,  morte 
fan  9  H.  (Biogr.  Dict.,  p.  409;  Morassa,  p.  2  23; 
Kechf,  fol.  18  v°).  —  Voir  d  autres  explications  du 
surnom  dans  Tar.elrKhol,  p.  58,  etMostatraf,  t.  II, 
p.  22. 

(jl*JJi ^ù  «  f homme  au  poisson  »,  Jonas,  fils  de 

Mataï,  cité  dans  le  Korân,  chap.  xxi,  vers.  87  (La 
Beaume,  Kor.  anal.,  p.  i3s).  Les  exégètes  racontent 
que,  chassé  de  Ninive  qui!  menaçait  des  châtiments 
du  ciel ,  il  se  réfugia  sur  un  bateau ,  fut  avalé  par  un 
poisson  monstrueux  et  resta  quarante  jours  dans  le 
ventre  de  1  animal.  Les  principales  légendes  musul- 
manes, qui  ont  conservé  avec  plus  ou  moins  de  fidé- 
lité ce  souvenir  biblique,  se  trouvent  dans  le  Tabari 
persan,  trad.  Zotenberg,  t.  II,  p.  i3a.  —  Le  même 
surnom  de  Dzou  U-Noun  appartient  a  Abou  'i-Feyyâdh 
el-Misri  qui  a  laissé  en  Egypte  un  grand  renom  de 
sainteté;  il  passait  pour  opérer  des  miracles;  il  mou- 
rut à  Djlzeh  en  2 45  H.  (859  de  J.-C).  Cf.  Anthol. 
ar.  de  Beyrouth,  t.  VII,  p.  5a 4-  —  Un  sabre  fameux 
dans  les  souvenirs  du  paganisme  arabe  était  sur- 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        407 

nommé  aussi  Dioa'l-Noan,  sans  doute  à  cause  de  sa 
forme;  il  avait  appartenu  à  Mâlik,  fils  de  Zoheïr,  tué 
traîtreusement  par  Hodhaïfah  en  byo  de  J.-C.  (C.  de 
P.,  Essai,  t.  II,  p.  436). 

lyAJj&J]  ^'d  «  l'homme  des  deux  émigrations  ». 

Dja'far  b.  Abi  Talib  fut  ainsi  nommé  parce  qu  il  émi- 
gra  d'abord  en  Abyssinie,  et  plus  tard,  au  moment 
de  l'hégire,  il  s'enfuit  de  la  Mecque  pour  aller  re- 
joindre le  Prophète  à  Médine.  (Voir  ci-dessus  :  ^i 

0\Xi>^J)^5*>  «l'homme  au  collier  de  coquil- 
lages ».  Un  Arabe  de  la  tribu  de  Kaïs,  qui  est  resté  le 
type  de  la  sottise  dans  le  monde  musulman,  un  cer- 
tain Habannakah ,  de  son  vrai  nom  Yezid  b.  Merwân , 
portait  au  cou  un  collier  de  coquillages,  d'os  et  de 
verroteries ,  «  pour  se  reconnaître ,  disait-il ,  et  éviter 
de  se  prendre  pour  un  autre  ».  Lès  recueils  iYAna 
sont  pleins  d'anecdotes  bouffonnes  dont  il  est  le  héros  ; 
on  trouvera  les  plus  populaires  dans  Meïd. ,  Proverbes, 
t.  1 ,  p.  î  92  ;  Morassa,  p.  a3o ,  lit  Yézîd  b.  Tawrân. 

O^JJJ^  £*  "  l'homme  aux  deux  vizirats  ».  Sur- 
nom de  Hasan  b.  Sehl,  ministre  du  khalife  El- 
Mamoun  ;  il  avait  succédé  à  son  frère  Fadhl  b.  Sehl 
«  l'homme  des  deux  pouvoirs  »  (voir  ci-dessus  :  yb 
(sjaX*é#I^JI),  qui  fut  mis  à  mort  par  ordre  du  khalife 
en  202  H.  (8 1 7-8 1 8  de  J.-C).  Hasan  occupa  le  poste 


/lOS  MAI-JUIN   1907. 

de  premier  ministre  pendant  3o  ans  et  mourut  en 
263  H.  (876-877  de  J.-C),  sous  le  règne  de  Mote- 
wekkii  (FAKHRi,p.  3o6;  Ibn  Khall.  ,  1. 1,  p.  4o8).  En 
Espagne,  sous  la  domination  des  Omeyyades,  le  chef 
des  deux  vizirats,  c'est-à-dire  de  l'autorité  militaire 
et  civile,  était  un  véritable  vice-roi.  Ce  titre  devenu 
plus  tard  simplement  honorifique  «  se  donnait  ordi- 
nairement au  personnage  le  plus  distingué  par  ses 
talents  littéraires  et  à  défaut  (sic),  par  sa  connais- 
sance de  l'administration  du  royaume  ».  Ce  sont  les 
propres  paroles  de  Makkari,  Nef  h  et-Thîb,  éd.  de 
Boulak,  t.  I,  p.  102. 

*^<>vjyl  *à  «l'homme    aux   deux  mains».  El- 

Khirbâk  o'M^»  ^s  de  'Amr,  qui  figure  parmi  les 
Compagnons  du  Prophète,  était  nommé  Dzoul- 
Yedeïn  parce  que  «  chacune  de  ses  mains  était  d'une 
longueur  double  d'une  main  ordinaire  ».  (Kechf, 
fol.  1 8  v°).  «  C'est  à  tort ,  dit  le  même  auteur,  que  cer- 
tains biographes  l'ont  identifié  avec  cOmaïr  b.  Wbd 
cAmr  (voir  ^U&JJ^à).  »  Cf.  cependant  Ibn  Saad, 
éd.  Sachau,  t.  III,  1,  p.  1  18. 


u  *» 


ï^ji  .  Taher  b.  el-Huseïn,  le  fondateur 

de  la  dynastie  des  Tahérides,  le  vaillant  émir  qui 
défit  l'armée  d'El-Emîn  et,  en  s'emparant  de  Bagdad, 
assura  la  couronne  à  El-Mamoun  (né  en  109,  mort 
en  ?07  II.  =  775-822  de  J.-C),  avait  été  surnommé 
«  l'homme  aux  deux  mains  droites»,  et  cette  appel- 


SURNOMS   ET   SOBRIQUETS   ARABES.        400 

lation  est  expliquée  de  diverses  manières.  La  version 
la  plus  répandue  veut  qu'il  doive  son  surnom  à  une- 
prouesse  guerrière  :  il  aurait  fendu  en  deux,  d'un  seul 
coup  d'épée  asséné  de  la  main  droite,  cAli  b.  cIsa  b. 
Mahân,  le  chef  des  troupes  d'El-Enrin.  Ce  même 
surnom  inspira  le  vers  suivant  à  un  poète  qui  avait 
eu  à  se  plaindre  du  peu  de  générosité  de  Taher  à 
son  égard  (cet  émir  était  borgne)  : 

«  Homme  aux  deux  mains  droites  et  à  un  seul  œil;  tu  as  un 
œil  de  moins  et  une  main  droite  de  trop.  »  (Ïbn  Khall.,  t.  1 , 
p.  65a.) 

Ce  qui  rend  l'allusion  plus  malveillante,  c'est  que 
la  loi  musulmane  condamne  le  voleur  à  avoir  la 
main  droite  coupée. 

c-fiXXj  —H  .  On  lit  dans  le  Kitâb  el-Maarif  d'ins 

Kotaïbah  :  «  On  n'aurait  eu  aucun  reproche  à  adres- 
ser à  Mohalleb  b.  Abi  Çofrah ,  s'il  ne  s'était  fait  une 
habitude  de  mentir;  c'est  ce  qui  lui  a  valu  dans  le 
peuple  le  sobriquet  de  raha  yakdzib  «  il  s'en  va  men- 
tir. »  H  est  vrai  que  le  même  auteur,  après  avoir  cité 
cette  opinion  courante,. s'empresse  de  l'atténuer  en 
ajoutant  que  le  vaillant  émir  avait  l'àme  trop  noble 
pour  s'abaisser  jusqu'au  mensonge  ;  «  mais  il  se  peut, 
dit-il,  que  les  stratagèmes  et  les  ruses  de  guerre  qu'il 
fut  obligé  d'employer  dans  ses  longues  campagnes 
contre  les  Kharidjites  soient  la  cause  de  la  mauvaise 
réputation  qui  lui  fut  faite  à  cet  égard  et  du  surnom 


410  MAI-JUIN   1907. 

de  kezzâb  «  menteur  »  qui  lui  fut  infligé.  Cf.  1b xN  Khall.  , 
t.  III,  p.  509.  Un  reproche,  peut-être  plus  fondé, 
c'est  qu'il  forgeait  des  hâdits  pour  raffermir  le  cou- 
rage de  ses  soldats  dans  les  situations  périlleuses.  Il 
n'est  pas  inutile  de  rappeler  ici  qu'on  trouve  dans  le 
Kâmil  de  Moberred,  surtout  de  p.  6 3 a  à  70a,  les 
détails  les  plus  intéressants  sur  la  secte  et  l'insurrec- 
tion des  Kharidjites.  En  ce  qui  concerne  la  politique 
tortueuse  de  certains  hommes  d'état,  principalement 
sous  les  Omeyyades,  voir  Goldziukr,  Moham.  Stu- 
dien,  t.  II,  p.  46. 

çgij  .  Un  poète  arabe  du  désert ,  'Obeïd  b.  Hoçaïn, 

fut  nommé  Er-Rayi  «  le  berger  » ,  parce  qu'il  excellait 
dans  la  peinture  de  la  vie  pastorale,  dans  la  descrip- 
tion du  chameau  et  d'autres  sujets  favoris  des  poètes 
nomades.  Contemporain  de  Farazdak  et  de  Djerîr, 
il  eut  l'imprudence  de  prendre  parti  pour  le  premier, 
ce  qui  lui  valut  de  violentes  attaques  dans  les  kaçideh 
de  Djerîr.  Sa  notice  se  trouve  dans  Agh.,  t.  XX, 
p.  168  à  17/i;  cf.  Ibn  Kot. ,  p.  2^6;  Khiz.,  t.  I, 
p.  3o4  ;  Miz.,  t.  II,  p.  2  1  7  ;  voir  aussi  Brockelmànn  , 
Orient  Studien,  t.  I,  p.  21 4. 

<X**^M  <*-*f'J    «celui  qui  chevauche  le  lion». 

C'est  un  des  sobriquets  donnés  àun  poète  du  itT  siècle 
de  l'hégire,  et  dont  on  trouverait  peut-être  l'on» 
gine  dans  ses  poésies ,  si  elles  avaient  été  conservée*. 
H  est  plus  connu  sous  le  nom  de  Baîth  (voir  4*6^)* 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.        411 

**(y&\j .  Au  dire  cTIbn  Khall.  ,  1. 1 ,  p.  i  8  i  ,  le  mot 

persan  rahvyèh,  prononcé  par  les  Arabes  rahawçïhi, 
est  un  sobriquet  donné  à  Abou  '1-Hasan  Ibrahim, 
père  du  docte  jurisconsulte  Abou  Ya'koub  Ishak  Ibn 
Rahawëihi,  le  célèbre  auteur  du  Mosned.  Le  sens  du 
mot  est  expliqué  par  «  trouvé  sur  la  route  »,  ce  qui 
ressemble  fort  à  «  enfant  trouvé  ».  Abou  1-Hasan  était 
fort  irrité  quand  on  lui  adressait  ce  sobriquet;  son 
fils  eut  le  bon  goût  d'accepter  avec  résignation  celui 
de  Ibn  Rahawëihi.  Voir  Kechf,  fol.  1 9  r°;  Ibn  Khall.  , 
t.  I,  p.   180. 

A^jM  ,   le  râwyah,  c'est-à-dire  le  rhapsode,  le  ré- 

citateur  par  excellence.  C'est  le  surnom  du  merveil- 
leux conteur  Hammâd,  fils  de  Sabour,  dont  la  mé- 
moire infatigable  avait  recueilli  destaûlliers  de  vers 
appartenant  à  la  période  anté-islamique.  On  lui  attri- 
bue aussi  une  recension  des  sept  MoallahâL  Voir  sa 
notice  dans  Agh. ,  t.  V,  p.  1 64- 1  70.  On  place  sa  mort 
aux  environs  de  l'année  109  H.  (770  de  J.-C). 

^y .  Kaïs,  (ils  de  Zohaïr,  chef  des  B.  eAbs  au 

vic  siècle  de  notre  ère,  était  connu  sous  le  nom  de 
Kaïs  er-Rayi,  à  cause  de  sa  réputation  de  sagesse  et 
des  ressources  de  son  esprit.  Sur  son  rdle  dans  la 
guerre  de  Dàhis  et  sa  rivalité  avec  Rebic  b.  Zyâd  El- 
Kâmil  (voir  J*&),  on  peut  consulter  C.  de  P,,  Essait 
t.  II ,  p.  4  s  4 ,  et  les  lettres  de  Freenel  dans  le  Journal 
asiat.y  avril  1837,  p.  337  et  suiv. 


412  MAI-JUIN   1907. 

•(jfcjj)^.    Le  plus  ancien   tobba   du  Yémen,  qui 

appartient  plus  à  la  légende  qu'à  l'histoire,  était 
nommé  Hârith  er-Râich,  parce  qu'il  faisait  vivre  ses 
sujets  avec  le  butin  qu'il  rapportait  de  ses  conquêtes 
dans  Tlnde  et  la  Transoxiane.  Le  radical  jùlj  a  le  sens 
de  «approvisionner,  nourrir».  Cf.  C.  de  P.,  Essai, 
t.  I,  p.  64. 

(*iàj  -  Zeïd  el-Fawàris,  «  le  champion  par  excel- 
lence » ,  fils  de  Hoçaïn ,  chef  de  la  tribu  de  Dhebbah , 
s'acquit  une  gloire  durable  par  les  prouesses  qu'il 
accomplit  au  temps  du  paganisme,  dans  plusieurs 
journées  célèbres  et  principalement  celle  de  Kourna- 
taïn  (Modjem,  t.  IV,  p.  70),  où  il  combattit  héroï- 
quement avec  ses  dix-huit  fils  contre  les  B.  Wmir 
b.  Sassa'a.  Il  était  poète  et  c'est  probablement  dans 
une  de  ses  kaçideh  qu'il  faudrait  chercher  l'explication 
de  son  surnom  de  Redîm.  Cependant  d'après  Khiz. , 
t.  I,  p.  01  7,  il  le  devait  h  l'habileté  avec  laquelle  il 
savait  se  créer  des  positions  inexpugnables  en  temps 
de  guerre;  en  effet  le  radical  *^  peut  se  traduire  par 

«  obstruer,  boucher  »  [Lis.  ar. ,  s.  v.  ;  Ibn  Dor.  ,  p.  1  20). 

uy"*)  K  son  propre  envoyé  ».  Un   tradi- 

tionniste,  Ahmed  b.  el-Hasan  b.  el-Kasim,  originaire 
de  Koufah,  avait  été  surnommé  ainsi,  au  dire  de 
Kechfy  fol.  19  r°,  qui  ne  donne  pas  d'autre  explica- 
tion. 


SURNOMS   ET   SOBRIOUETS   ARABES.        413 

J^  F'J  (( 't%  suintement  dé  la  pierre»,  un  des 
nombreux  sobriquets  du  khalife  eAbd  el-Melik  b. 
Merwân  ;  celui-ci  fait  allusion  a  son  avarice  (Mostalraf, 
t.  II,  p.  2  5). 

vib*M ,    Abou'l  Azhar   Yezîd  Ed-Dâric  El-Basri , 

ainsi  nommé  à  cause  de  la  longueur  de  sa  barbe.  Ce 
mot,  qui  n'est  pas  d'origine  arabe  et  devrait  se  pro- 
noncer richèk,  est  probablement  le  diminutif  du  per- 
san jà^  «barbe»  (Kechf,  fol.  19  r°).  Ibn  el-Djauzi 
ajoute  que  ce  personnage  avait  une  barbe  si  longue 
et  si  touffue  qu  un  scorpion  s'y  logea  pendant  trois 
jours  sans  être  aperçu  (51c).  11  faut  remarquer  aussi 
qu'un  mot  roachk  du£; ,  appartenant  a  certain  dialecte 
arabe  et  signifiant  «  scorpion  » ,  aura  pu  donner  nais- 
sance à  cette  singulière  explication. 

y  1  *jbj .  Modjachi'  b.  Dàrim  et-Temimi ,  qui  fut  un 

des  ancêtres  de  Farazdak ,  était  surnommé  Raghwdn , 
parce  qu'il  avait  bavait  en  parlant  (Kechf,  fol.  1  9  r°). 

En  effet,  le  radical  j£,  dont  le  sens  ordinaire  est 
«  mugir,  beugler  » ,  a  aussi  celui  de  «  mousser,  se  cou- 
vrir d'écume  »  (Lis.  av.,  s.  v). 

ollï; .  cObeïd  Allah  b.  Kaïs  b.  Chocaïb  b.  Mâlik 

b.  Rebycah,  surnommé  Er-Rokayyât.  Ce  poète  avait 
suivi  le  parti  d'Abd  Allah  b.  Zobeïr,  et  combattit  sous 
les  ordres  de  Moçcab,  frère  d'Ibn  Zobeïr.  Après  le 
meurtre  de  son  chef,  le  poète  mena  une  vie  errante. 

j\.  27 

luraiMrai*  iatioialk. 


414  MAI-JUIN    1907. 

Il  se  réfugia  d  abord  à  Koufah ,  où  une  femme  riche 
et  dévouée  à  sa  famille  le  cacha  pendant  longtemps. 
Traqué  par  le  khalife  cAbd  el-Méhk,  il  se  rendit  à 
Médine  et  implora  la  protection  d'Abd  Allah  b.  Dja*- 
far  b.  Abi  Talib;  ce  fut  cet  émir  qui  intervint  en 
faveur  du  poète  et  obtint  sa  grâce.  Tous  ces  faits 
sont  racontés  par7l<//i.  dans  la  notice  qui!  a  consa- 
crée à  Er-Rokayyât,  t.  IV,  p.  1 55  à  1 68 ;  cf.  Khiz., 
t.  III,  p.  267,  qui  donne  un  bon  résume  de  la  notice 
de  YAgh.;  Kechf,  fol.  19  v°.  Quant  à  l'origine  du 
surnom  Rokayyât,  il  y  a,  comme  toujours,  certaines 
divergences  chez  les  biographes.  On  croit  générale- 
ment que  ce  surnom  fut  donné  au  poète  parce  qu'il 
était  épris  de  trois  femmes ,  qui  portaient  toutes  les 

trois  le  nom  de  Rokayyah  iuï; .  C'est  l'opinion  dTSl- 
Asma'i  reproduite  dans  le  Sahah  de  Djawhari  (Kechf y 
fol.  19  v°).  D'autres  disent  que  trois  aïeules  du  poète 
avaient  eu  ce  nom.  Voir  d'ailleurs,  sur  cette  question 
et  en  général  sur  les  œuvres  du  poète ,  la  préface  que 
M.  Rhodokanakis  a  placée  en  tête  de  son  édition,  Der 
Diwan  des  'Ubaid  Allah  lbn  Kaïs  ar-Riikayydt,  p.  7. 

AJOj.  Rokanah,  fil»  d'Abd  Yézid,  un  des  Com- 
pagnons de  Mahomet ,  embrassa  l'islam  le  jour  de  la 
prise  de  la  Mecque  (an  8  H.=  63o  de  J.-C).  Une 
tradition  dont  l'authenticité  n'est  pas,  il  est  vrai,  des 
plus  solides,  raconte  que  ce  personnage,  doué  d'une 
vigueur  peu  commune,  eut  l'honneur  de  lutter  avec 
le  Prophète  et  que,  malgré  sa  force,  il  fut  terrasse. 
C'est  là  qu'il  faudrait  peut-être  chercher  l'explication 


SURNOMS   ET   SOBRIQUETS   ARABES.        415 

de  son  surnom (^Sj  «  être  ferme,  solide»»).  On  ren- 
contre le  même  nom  sous  la  forme  du  diminutif  Rokàin. 
—  Le  personnage  dont  il  est  parlé  iei  mourut  à  Mé- 
dine  souslekhalifat  d'Othman  ou  de  •Ylo'awyah  [Biocjv.  * 
Dicl.,  p.  a  5  4). 

**£)  '  Al>€^ii*l-Ojaliliàl"  Roubah ,  (ils  de  'Addjadj, 
fut,  comme  son  père  et  même  avec  un  talent  supé- 
rieur à  celui  de  son  père,  le  modèle  des  poètes  qui 
ont  composé  exclusivement  sur  le  mètre  dit  rcdjez.  Il 
fut  un  de  ceux  qu'on  nomme  les  Moukhctdramin ,  c  est- 
a-dire qui  ont  vécu  sous  les  derniers  Omeyyades  et 
les  premiers  Abbassides.  Le  nom  de  Roubah ,  qu'on 
lécrive  avec  ou  sans  hamza,  est  susceptible  de  cinq 
ou  six  interprétations  différentes,  et  le  poète  lui- 
même  avouait  qui!  n'en  connaissait  pas  le  sens  (  ly/i. , 
t.  XXI,  p.  85,  et  Ibn  Doreïd,  p.  i5o,).  Il  mourut  en 
1^5  IL  =  762  de  J.-C.  M.  Ahhvardt  a  publié  les 
diwàns  d'El-Wddjàdj  et  de  Roubah,  avec  Une  traduc- 
tion métrique  des  kaçideh  du  second  de  ces  poètes, 
Berlin,  ioo3-igo4,  dans  la  collection  intitulée 
Sammlnngen  d.  Arab.  Dichter,  voir  préface,  t.  Il, 
p.  xiv,  et  la  notice  de  Roubah  dans  Ibn  Kot.  ,  p.  3*6- 
38i. 

^jûajÊj  .  Se  dit  du  voyageur  qui  a  les  pieds  meur- 
tris par  les  aspérités  de  la  route.  On  donnait  le  sur- 
nom d'El-ased  er-rahiç  «  le  lion  aux  pieds  meurtris  »  à 
un  Arabe  de  la  tribu  de  Tayi ,  Wizr  [ou  Wazar)  b.  Djahir 
el-Nehbâni,  qui  surprit  \ntarah  au  cours  d'une  razzia 


*7- 


416  MAI-JUIN  1907. 

contre  les  B.  Nebhân  et  le  tua  d'un  coup  de  flèche 
(Agh.,  t.  Vil,  p.  j  5^  ;  C.  de  P.,  Essai,  t.  Il,  p.  1 5g). 

yutb  (j*-^>    «plume  froissée,  fausse  plume». 

Surnom  d'un  frère  du  poète-maraudeur  T'ahata  Gher- 
ran ,  auteur  de  ce  vers  où  il  se  défend  contre  certaine 
raillerie  dont  il  avait  été  l'objet  : 


«  Je  ne  suis  pas  le  champignon  qui  pousse  au  tond  d'une 
fosse;  je  ne  suis  pas  la  plume  (de  la  flèche)  froissée  et  in- 
utile ».  (  Miz. ,  p.  22  2.) 

Tadj,  I,  4y3 ,  cite  ce  vers  comme  étant  de  T'abata 
Cherran. 

yJlJl  à\j  «  provision  du  cavalier  ».    Surnom 

louangeur  qu'on  donnait  à  Abou  cOmeyyah  Sehl  b. 
el-Moghîrah,  pour  reconnaître  la  générosité  avec 
laquelle  il  accueillait  sous  la  tente  les  voyageurs  éga- 
rés. (Voir  aly.) 

è\j  ,   Ased  b.  cAbd  Allah  el-Kasri,  qui  gouvernait 

le  Khorassân  au  nom  de  son  frère  Khâled.  Il  avait 
l'habitude  de  se  coiffer  d'un  turban  de  soie  rouge  et 
d'en  ramener  les  bouts  sur  son  visage ,  en  forme  de 
lithâm;  c'est  ce  qui  lui  valut  le  sobriquet  de  Zâgh 
«  la  corneille  »,  oiseau  dont  le  bec  et  les  pieds  sont 


SURNOMS  ET   SOBRIQUETS   ARABES.        417 

rouges.  Ased  prit  fort  mal  la  chose  et,  un  jour  qui! 
(Hait  en  chaire  à  la  mosquée,  il  fit  entendre  cette 

menace  :  «  Je  jure  que  je  troublerai  ((^*?)I  )  le  cœur  de 

ceux  qui  me  donnent  le  nom  de  Zâgh  !  »  Mais  le 
sobriquet  lui  resta.  On  voit  par  cette  citation  qu'il 
jouait  sur  le  mot  Zâgh  qui  est  persan  :  quant  au  verbe 

arabe  *lj,  il  prend,  à  la  IVe forme,  le  sens  d'«  égarer, 
confondre»;  voir  Korân,  lxi,  5.  —  Ibn  El-Athîr 
(Kâmil,  t.  V,  p.  98)  nous  apprend  que  El- Ased  fut 
nommé  une  première  fois  gouverneur  du  Khorassân 
en  1 06  H.  (  7  2  k  de  J.-C.)  ;  après  avoir  fait  la  guerre  au 
Khakân  dans  le  Khotel  et  le  Ghour  pendant  les  deux 
années  suivantes ,  il  fut  rappelé  par  ordre  du  khalife. 
Sous  le  règne  de  Hichâm,  en  1  17  H.  (735  de  J.-C), 
il  fut  investi,  pour  la  seconde  fois,  de  l'autorité  dans 
le  Khorassân  et  soutint  une  lutte  acharnée  contre 
El-Hârith  b.  Soreïdj;  il  en  sortit  victorieux,  mais  il 
ternit  ses  succès  militaires  par  de  sanglantes  repré- 
sailles. Deux  ans  plus  tard,  il  entreprit  une  seconde 
campagne  non  moins  heureuse  contre  le  Khakân, 
et  mourut  en  l'année  1  19  H.  (737  de  J.-C). 

ylioj .   Hoçaïn  b.  Bedr,   chef  de  la  tribu  des 

B.  Sa'ad,  branche  de  la  grande  tribu  de  Temîm,  et 
poète  éminent,  est  surnommé  Zibrikân,  mais  on  n'est 
pas  d'accord  sur  le  sens  de  ce  sobriquet.  Il  le  devait 
soit  h  sa  beauté ,  soit  à  la  couleur  jaune  de  son  turban , 
le  verbe  £y}  se  disant  aussi  bien  de  la  couleur  on 
question  que  de  la  pleine  lune,  qui  est  pour  lesOiien- 


418  MAI-JUIN  1907. 

taux  un  emblème  de  beauté.  En  outre,  étant  donnée 
l'extrême  variété  des  sens  d  un  même  mot  en  arabe , 
le  mot  zibrikân  se  dit  aussi  de  la  barbe ,  lorsqu'elle  est 
courte  et  clairsemée.  Voir  Khiz.,  t.  I,  p.  53 1;  Agh. , 
II,  p.  43  et  passim;  Kechf,  fol.  19  v°.  Ce  poète 
occupe  un  rang  distingué  parmi  ceux  de  la  fin  du 
paganisme  arabe.  On  sait  qu  avant  d'embrasser  l'isla- 
misme, il  soutint  contre  Hassan  b.  Thâbit,  le  poète 
de  la  religion  naissante ,  plus  d'une  joute  poétique. 
Devenu  musulman,  il  fut  chargé  par  le  Prophète,  et 
ensuite  par  Abou  Bekr,  de  recueillir  la  dîme  aumo- 
nière  dans  la  tribu  des  B.  Tenrîni ,  mission  toujours 
difficile,  surtout  aux  premiers  âges  de  l'islam.  Cf. 
Biogr.  Dict.,  p.  25o;  C.  de  P.,  Essai,  t.  III,  p.  270. 

rr^l)  •  Abou  Is'hak  Ibrahim  b.  Mohammed ,  phi- 
lologue distingué ,  auteur  de  plusieurs  traités  relatifs 
à  la  grammaire  et  à  la  lexicographie,  exerçait  en 
même  temps  la  profession  de  vitrier;  d'où  son  sur- 
nom. La  date  de  sa  mort  n'est  pas  donnée  avec  pré- 
cision. Ibn  Khall. ,  t.  I,  p.  29,  la  place  entre  3io 
et  3 16  II.  (922-928  de  J.-C). 

Js*4^*J)  ijj  «  outre   de  miel  ».  Surnom  honori- 

fique  du  traditionniste  et  jurisconsulte  El-Haddjadj 
b.  cAbi  Zyâd  el-Aswed,  qu'il  reçut  de  son  maître 
Eyas  b.  Mo'awyah,  probablement  à  cause  de  son 
éloquence  et  de  l'utilité  de  son  enseignement  (Kechf, 
fol.  20  r°). 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS   ARABES.        419 

JijJ) .  Surnom  de  Mançour,  célèbre  joueur  de 

luth,  page  ou  écuyer,  -SU,  de  Ysa  b.  Dja'far,  fils  du 

khalife  Abbasside  El-Mançour.  Très  en  faveur  au- 
près de  Haroun  er-Rechid,  il  acquit  une  fortune 
considérable  et  fit  construire  entre  Bagdad  et  Kerkh 
un  grand  réservoir  d'eau  connu  sous  le  nom  de 
liirket  Zelzel.  Il  est  question  de  cet  édifice  destiné  h 
l'usage  public  dans  une  ode  du  poète  Niftavveïh  : 


JyJj  ÏSj-t  *_>, Je  U  *LiU 

«  Si  Zoheïr  et  Imroul-K aïs  avaient  pu  contempler  la  beauté 
du  liirket  Zelzel,  ils  n'auraient  pas  célébré  Sel  ma  et  Oumm 
Djondob,  ni  cité  si  souvent  Dakhoul  et  Hawmel.» 

Pour  le  nom  de  ces  deux  dernières  localités,  voir 
la  Moallaka  d'Imrou  1-Kaïs ,  Arnold,  Septem  Mo'all. , 
p.  2;  Mcfdjem,  t.  II,  p.  592.  Cf.  Aglu ,  t.V,  p.  22  et 
suiv. ,  kechf,  fol.  20  v°. 

ry*\ .  \bou  Mousa  Mohammed   el-cAnzi,   tradi- 

tionniste  du  111e  siècle  de  l'hégire,  était  connu  sous 
le  nom  d'Ez-Zemin  «le  perclus»,  parce  qu'il  était 
atteint  d'une  maladie  chronique  dont  il  se  guérit 
tardivement  (Kechf,  fol.  20  v°). 


MAI-JUIN    1907. 

dii\  ( \-}\)  <(  l'homme  au  briquet  »,  t'imâm  Abou 

cAbd  er-Rahmân  cAhd  Allah  b.  Zakwân,  juriscon- 
sulte et  philologue  originaire  de  Médine,  mort  dans 
cette  ville  en  i3o  H.  (7^7-7^8  de  J.-C),  à  l'âge  de 
66  ans.  Nawawi  cite  ce  sobriquet  sans  en  donner 
l'explication ,  il  ajoute  seulement  que  le  savant 
imam  était  de  fort  méchante  humeur  quand  on 
l'appelait  ainsi.  Il  est  vrai  que  dans  le  monde  des 
lettres  il  avait  reçu  le  titre  honorifique  de  Prince 
des  Croyants  (Emir  el-Mouminîn)  dans  la  science  des 

hadîts.  (Voir^jUjllj^l.) 

ff\ .  L'imam  Abou  Khâlid  Moslim  b.  Khâlid , 


jurisconsulte  et  mufti  de  la  Mecque,  mort  en  179 
ou  i8oH.  (79^-796  de  J.-C),  était  surnommé 
Zendji  «  le  nègre  » ,  soit  à  cause  de  son  teint ,  soit , 
d'après  une  version  moins  acceptable,  parce  qu'il 
avait  un  goût  prononcé  pour  les  dattes  qui  sont  la 
principale  nourriture  des  nègres  (Biogr.  Dict., 
p.  552).  H  ne  faut  pas  confondre  ce  personnage  avec 
l'imâm  Moslim ,  fds  d'El-Haddjadj,  mort  à  Neïsabour 
en  261  H.  (874-875  de  J.-C),  auteur  du  célèbre 
recueil  de  traditions  intitulé  Çahîh  «  Le  livre  véri- 
dique».  Le  Kechf,  fol.  20  v°,  dit  que,  selon  plu- 
sieurs contemporains,  l'imâm  Abou  Khâlid  avait  le 
teint  blanc  et  qu'il  ne  faut  voir  par  conséquent  dans 
son  surnom  de  Zendji,  qu'une  antinomie,  de  même 
qu'on  emploie  le  lakab  «  Abou'l  -  djaun  »  pour  dési- 
gner un  nègre,  etc.  Le  même  ouvrage,  citant  aussi  la 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS  ARABES.    'i21 

troisième  explication ,  lui  donne  l'origine  que  voici  : 
Moslim  était  grand  amateur  de  dattes.  Un  jour,  sa 
servante,  peut-être  une  serva  padrona,  lui  dit  en 
riant  :  «  Quand  on  aime  tant  les  dattes ,  on  ne  peut 

être  qu'un  nègre.  »  Et  le  surnom  lui  resta  (5|  oJt  U 

^JUUt  \ck&  xJLft  Jxi^évJt  J&J  ^j)-  Voir  aussi  Ibn 

Khall.  ,  t.  II,  p.  57/1 ,  et  Ibn  Ath.  ,  t.  VI,  p.  100.  On 
cite  enfin  un  autre  traditionniste ,  Abou  Mohammed 
cAbd  er-Rahmân  ech-Chaciri ,  qui  était  connu  aussi 
sous  le  sobriquet  de  Zendji.  Cf.  Kechf,  fol.  20  v°. 

c^*JKJ)  ùijj  .    Voici  l'explication    fournie  par 

YAghâny  (t.  VIII,  p.  48)  de  cette  expression  qu'on 
peut  traduire  par  «  les  pourvoyeurs  du  voyageur  ». 
Parlant  de  Mosafir  b.  Abi'Amrb.  Omeyyah,  l'auteur 
ajoute  :  «  C'était  un  chef  d'un  caractère  généreux 
parmi  ceux  qu'on  nomme  Zouwâd  er-rakib,  parce 
qu'ils  ne  laissaient  jamais  passer  un  étranger,  un 
voyageur  ou  un  nécessiteux  sans  lui  donner  l'hospi- 
talité et  pourvoir  à  ses  besoins  jusqu'au  moment  de 
son  départ.  »  Les  autres  Koreïchites  qui  partageaient 
avec  Mosafir  cet  honorable  surnom  étaient  Abou 
Omeyyah  Sehl,  fils  de  Moghîrah,  Zamc  fils  d'El- 
Vswad,  et  cOmarah,  fils  de  Walid.  Cf.  C.  de  P., 
Essai ,  t.  I,  p.  336.  (Voir  ci-dessus  :  o^LJt  al).) 

y^â  '«X^J,  Zeïd  el-Khail,  fils  de  Mohalhil  el- 

Nebhâni ,  une  des  gloires  de  la  tribu  de  Tayî ,  où  sa 
bravoure  et  son  talent  de  poète  l'avaient  rendu  aussi 


422  MAI-JUIN    1907. 

célèbre  que  l'était  son  contribule  Hâtim  par  sa  géné- 
rosité. H  devait  ce  surnom  à  son  goût  pour  les  che- 
vaux de  race  ;  il  en  possédait  un  grand  nombre  et 
les  a  chantés  dans  ses  kaçideh.  Lorsque,  en  Tan  9  de 
l'hégire  (63o-63 1  de  J.-C.) ,  la  tribu  de  Tayi  vint  faire 
sa  soumission  au  Prophète  sous  la  conduite  de  Zeïd, 
Mahomet  frappé  de  la  noble  attitude  de  ce  chef,  lui 
demanda  son  nom  et,  l'ayant  appris,  il  ajouta  :  «  Tu 
t'appelleras  désormais  Zeïd  el-Khaïr  «  Zeïd  du  bien.  » 
Le  néo-converti  mourut  quelques  jours  après  son  en- 
trevue avec  le  Prophète,  en  laissant  deux  fils  dont 
l'un  nommé  Orwah,  se  distingua  comme  son  père 
par  sa  vaillance  et  son  talent  poétique;  il  se  déclara 
pour  cAli  b.  Ali  Talib  et  se  distingua  dans  les  rangs 
de  son  armée  à  la  bataille  de  Kadesyah  et  à  celle  de 
Siffîn.  L'intéressante  notice  de  YAgh.  (t.  XVI,  p.  l\*]- 
61)  sur  Zeïd  el-Khaïl  a  été  résumée  par  C.  de  P., 
Essai,  t.  II,  p.  63s  et  suiv.  Ibn  Kot.  cite  ainsi  les 
paroles  adressées  par  le  Prophète  à  Zeïd  :  «  Tous  ceux 
dont  on  m'a  vanté  les  mérites  au  temps  du  paga- 
nisme m'ont  paru ,  une  fois  musulmans ,  inférieurs  h 

leur  renommée ,  excepté  toi  :  du»»?  JUuaJl  ^a  aj^  » , 

et  Ibn  Kot.  ajoute  :  éj**  «N^>;  sur  cette  expression 

très  rare,  voir  Wright,  Gram.  arabe,  3e  édition, 
t.  II, p.  343. 

^UJItX^).  Zeïd  b.  Mousa  b.  Djacfar,  descen- 
dant d'Ali  par  Hûseïn ,  se  révolta  contre  le  khalife 
Mamoun;  il  fut  pris  et  décapité  a  Basrah  en  200  H. 


SURNOMS  ET  SOBRIQUETS   ARABES.        423 

(8 1  5-8i  6  de  J.-C).  On  \e  nommait  Zeïd  en-Nâr 
parce  qu'il  avait  dévasté  et  incendié  Basrah  dont  il 
s'était  rendu  maître.  Cf.  Ibn  Mashkoweih,  éd.  de 
Goeje,  p.  l\i!\. 

{jèàJh  OmIam  (phir.  de  <jJIW),  «les  Seïd  im- 
berbes ».  On  désigne  par  cette  épithète  quatre  per- 
sonnages célèbres  dans  l'islam,  à  savoir  :  le  cadi 
Choreïh,  cAbd  Allah  b.  Zobeïr,  Kaïs  ibn  Sacad, 
gouverneur  de  l'Egypte  au  Ier  siècle  de  l'hégire,  et 
Ahnef  b.  Kaïs.  (Voir  vJU».l.) 

^^•L^.  Sâmoun  serait,  d'après  les  lexicographes , 
une  variante  du  nom  propre  Ismaïl  JuutoJ.  lia  per- 
mutation fréquente  du  lam  en  noun,  par  exemple 
dans  ^j^ax^wI  pour  J***wt ,  viendrait  à  l'appui  de  cette 
opinion  (  Lis,  ar. ,  s.  v.  J**«).  Ibn  Khall.  ,  t.  III ,  p.  1 1 , 
cite  parmi  les  orateurs  les  plus  connus  au  v*  siècle 
de  l'hégire  par  l'élégance  de  leur  khotbah  et  le  mé- 
rite de  leurs  poésies  en  général  improvisées,  un 
Mohammed  ibn  Ahmed  b.  Ismaïl,  qui  était  ordi- 
nairement nommé   Ibn  Sâmoun. 

U-a*  .  «  Sabâ,  fds  de  Yachdjob,  fut  nommé  Sabâ 
parce  que,  le  premier,  il  fit  des  prisonniers  de  guerre 
et  les  réduisit  en  esclavage  (du  rad.  L*).  »  (Kechf, 
fol.  21  r°.)  L'auteur  ne  fait  ici  que  reproduire  l'opi- 
nion des  généalogistes  arabes  qui,  dans  leur  igno- 
rance de  l'ethnographie  de  leur  propre  pays,  se 
contentent  d'un  rapprochement  de  mots.  «  Le  sur- 


424  MAI-JUIN  1907. 

nom  de  Saba,  dit  M.C  de  Perceval,  Essai,  t.  I, 
p.  4  1 ,  donné  a  ' Abd  Chems ,  fils  de  Yachdjob ,  doit 
être  considéré  comme  exprimant  la  personnification 
de  la  famille  sabéenne  dans  l'homme  qui  en  était  le 
chef  à  une  certaine  époque.  C'est  là  un  indice  qui 
rapporte  YaVob  aïeul  d'Abd  Chems  h  la  souche  de 
Saba  fils  de  Yactan.  »  Voir  aussi,  sur  la  distinction 
entre  les  Sabéens  vactanides  et  les  Sabéens  couchites, 
Essai,  ibid.y  p.  !\i  et  suiv. 


»>l^S\  Le  traditionniste  Mohammed  b.  Talhah  b. 
c(Jbeïd  Allah  fut  nommé  Seddjâd,  à  cause  de  sa 
piété  et  de  ses  longues  prières  (du  rad.  «X^£  «  se 
prosterner  »).  Peu  de  jours  après  sa  naissance,  il  fut 
présenté  au  Prophète  qui  bénit  l'enfant  en  posant 
les  mains  sur  son  front  et  lui  donna  le  nom  de 
Mohammed  et  d'Abou'l-kâsim.  Partisan  déclaré  de 
f  Vïchah,  Seddjâd  prit  part  a  la  bataille  du  Chameau 
et  y  perdit  la  vie  (36  H.  =656-65y  de  J.-C),  mal- 
gré Tordre  qu'Ali  avait  donné  de  l'épargner  (Biogr. 
Dict. ,  p.  109). 

^x».  Le  nom  de  Sahnoun,  le  seul  sous  lequel 
on  connaisse  aujourd'hui  le  célèbre  jurisconsulte  de 
Kaïrouân,  désigne  en  Jfrikiya,  un  oiseau  de  proie 
doué  d'une  vue  extrêmement. perçante.  Ce  surnom  qui 
faisait  allusion  à  l'extraordinaire  sagacité  qu'avait 
montrée,  dès  son  jeune  âge,  le  futur  docteur  malé- 
kite,  a  fait  oublier  son  véritable  nom,  Abou  Sacid 
Abdesselâm  1).  Saîd et-Tonoukhi.  Ce  juris- 


SURNOMS   ET   SOBRIQUETS  ARABES.        125 

consulte  de  grand  renom  dans  l'Afrique  du  Nord,  né 
en  160,  mort  en  2/40  H.  (777-854  de  J.-C .),  est 
un  de  ceux  qui  ont  le  plus  contribué  à  établir  dans 
cette  partie  du  monde  musulman  la  doctrine  d'Ibn 
Mâlik  et  l'intégrité  du  dogme.  Voir  l'intéressante 
notice  que  M.  Houdas  lui  a  consacrée  dans  le  Cen- 
tenaire de  l'École  des  Langues  orientales  vivantes ,  1  8g 5 , 
p.  2g5-3o4;cf.  Ibn  Khall.  ,  t.  II,  p.  1 3 1 . 

Aâjc&jw  .  Sobriquet  d'un  des  Compagnons  (Açhab) 

auquel  on  doit  quelques  traditions.  Selon  les  uns , 
son  nom  était  Ahmar  (le  rouge)  ;  selon  d'autres  il 
était  persan  d'origine  et  se  nommait  Mihrân.  Tombé 
en  esclavage  après  la  conquête  de  la  Perse,  il  passa 
environ  dix  ans  au  service  de  Mahomet  qui  ensuite 
l'affranchit.  D'après  une  ancienne  tradition,  comme 
il  était  doué  dune  vigueur  peu  commune,  le  Prophète 
lui  faisait  porter  ses  armes  et  son  bagage,  et  lui 
disait  en  plaisantant  :  «  Mihrân ,  tu  es  mon  sefîneh  ». 
Or  ce  mot,  qui  signifie  ordinairement  «bateau», 
peut  aussi  avoir  le  sens  de  «  véhicule  ».  Comme  la 
légende  merveilleuse  ne  perd  jamais  ses  droits,  on 
assure  qu'après  cette  parole  du  Prophète,  Mihrân 
sentit  ses  forces  décupler  et  que  désormais  il  ne 
voulut  plus  avoir  d'autre  nom  que  celui  qu'il  devait 
à  la  bonne  humeur  de  son  maître  (Biogr.  Dict.,x 
p.  290  etsuiv.  ;  Kechf,  fol.  1 1  v°).  Une  version  assez 
différente,  mais  qui  confirme  cependant  le  sens 
particulier  de  sefineh,  se  lit  dans  Lis.  ar. ,  t.  XVII , 
p.  73.  Ce  n'est  pas  au  service  de  Mahomet,  mais  à 


426  MAI-JUIN   1907. 

celui  d'Ali  que  se  trouvait  l'esclave  persan;  il  y  rem- 
plissait d'ailleurs  les  mêmes  fonctions  et  portait 
souvent  les  deux  petits-fils  du  Prophète,  Hasan  et 
Ilûseïn,  avec  leurs  bagage».  (Voir  ausdi  <Xft**) 

^jLf*.  Abou  Çâlih,  mort  à  Médine  en  101  H. 
(719-720  de  J.-C.),  fut  un  des  traditionnistes  les 
plus  accrédités  au  i*r  siècle  de  l'hégire.  Il  était  plus 
connu  par  le  surnom  de  Scmmân,  parce  qu'il  faisait 
a  Koufah  le  commerce  du  beurre  fondu  et  de 
l'huile  (Biogr.  Dict.,  p.  y3  1  ;  Abou'l-Mehasin  ,  t.  I, 
p.  274 ;  Kechf,  fol.  *i5  v°). 

A*** .  Le  poète  Abou  Novvâs  avait  donné  le  sur- 
nom de  semidj  «  laid ,  lùdcux  »  u  un  de  ses  esclaves 
que  sa  rare  beauté  exposait  aux  maléfices  du  mau- 
vais œil  (Tadj,  s.  v.). 

i)*q+h  .  Sehlb.  Sacad  Es-Sacïdi,  fut  un  des  plus 
jeunes  et  des  derniers  survivants  parmi  les  Com- 
pagnons; il  mourut  à  Médine  en  88  ou  91  H*  (706 
ou  709  de  J.-C).  Il  n'avait  pas  quinze  ans  à  la 
mort  du  Prophète,  ce  qui  ne  l'empêcha  pas  de  re- 
cueillir une  centaine  de  traditions.  Son  vrai  nom 
était  Hazn ,  qui  signifie  «  sol  dur,  montée  rocail- 
leuse». Mahomet,  qui  aimait  quelquefois  à  plai- 
santer avec  ses  disciples ,  ou  peut-être  dans  le  désir 
de  détourner  les  mauvais  présages  tirés  du  nom  de 
Hazn ,  le  changea  en  celui  de  Sehl  «  sol  doux  et 
uni».  Ce  surnom  lui  resta  {Biogr.   Dict.,  p.  3o6; 


SURNOMS   ET   SOBRIQUETS  ARABES.        427 

Lis.  ar.f  s.  v.  yV^-).  D'après  un  témoignage  cité  par 
Goldzjhkb,  Z.  D.  M.  G.  y  i  89*7,  p.  257,  ce  change- 
ment de  nom  ne  se  fit  pas  sans  difficulté  et  le  néo- 
musulman refusa  d'abord  d'abandonner  celui  qu'il 
tenait  de  son  père. 

iMJ)  isjééyéêé .  Abou  Selamah  Zyàd  b.  Younis, 

originaire  du  Hadramaut  et  traditionniste  formé  à 
l'école  de  Mâlik  b.  Anas,  fut  surnommé  «le  ver  de 
la  science  » ,  à  cause  de  son  assiduité  au  travail ,  a 
peu  près  comme  nous  disons  «  un  rat  de  biblio- 
thèque» [Kechf,  fol.  ^3  r°). 


0— - 


A.u*Ajy*  (iranien  seboï  «la  petite  pomme»;  cf. 

Justi,  Iranisches  Namenbuchy  p.  298),  (Amr,  fils 
d'Othmân,  fils  de  Kanbar,  le  plus  célèbre  des  gram- 
mairiens arabes ,  mort  dans  les  dernières  années  du 
11e  siècle  de  l'hégire;  auteur  du  Kitâb,  la  grammaire 
par  excellence  aux  yeux  des  Arabes,  qui  a  été  publiée 
par  M.  H.  Derenbourg  et  traduite  en  allemand  par 
Jahn.  Le  nom ,  ou  plus  exactement  le  sobriquet  de 
Sibouweïhi y  d'origine  persane  et  prononcé  dans  cette 
langue  Sîboayehy  paraît  avoir  embarrassé  les  lexico- 
graphes arabes,  ils  le  traduisent  ordinairement  par 
«  odeur  de  pomme  ».  Sur  la  terminaison  iranienne 
x>j,  voir  J.  Darmesteter,  Études  iraniennes ,  p.  280; 
de  Sacy,  AnthoL  ar. ,  p.  do  et  1  02  ;  Ibn  Kiiall. ,  II, 
p.  3o8;  Kechf,  fol.  20  r°.  Soyouti,  dans  le  Mizhart 
t.  II,  p.  216  et  228,  après  avoir  reproduit  les  opi- 


428  MAI-JUIN   1907. 

nions  toutes  conjecturales  clos  auteurs  arabes  sur  ce 
nom,  cite  encore  trois  autres  savants  qui  le  por- 
tèrent, a  savoir  Mohammed  b.  Mousa  el-Misri,  Mo- 
hammed b.  cAbd  el-cAziz  d'Isfahân ,  et  Aboul  Hasan 
c\li  el-Koumi,  originaire  du  Maghrib. 

àib)  ywft^uw  «le  glaive  de  Dieu».  C'est  le  Pro- 


phète lui-même  qui  donna  ce  surnom  à  Khâlid,  fils 
de  Walid  el-Makhzoumi,  lorsque  ce  vaillant  guerrier 
se  convertit  a  l'islam,  l'an  8  H.  (6^3  de  J.-C). 
Cf.  C.  de  P.,  Essai,  t.  III,  p.  21  î;  Tab.,  ln  série, 
t.  II,  p.  i  6 10. 

(La  suite  au  prochain  cahier.) 


LE   PAPY UUS  MOKAL  DE   LEIDE.  420 


LE 

PAPYRUS  MORAL  DE  LEIDE, 

PAR 

M.  E.  REVILLOUT. 

(suite1.) 


CHAPITRE  XVII. 

colonne   1 9  (suite). 


{«•)  iP^wâ- 


n  m 
m   i 


I. 


i-7-^JC;î«ll— ^ 


CHAPITRE  XVII. 

colonne  19  (suite). 

(6.)  Dix-septième  enseignement.  (La  patience  et  les 
fins  dernières.) 

1.  (Titre.)  Ne  pas  tenir  compte  (faire  la  pesée2) 
des  soucis 3,  de  peur  d'être  en  état  de  luttes %  conti- 
nuelles. 

1  Voir  le  numéro  de  juillet-août  1906,  p.  83-i48.  —  i    %  ^"*| 

^,  voir  à  xvii,  1.  —  3  POOY^,  voira  xvi,  18.  —  4  JSU  «X\ 

X<^ /~~a,  9  V  jj  V— 1,  Br.  io34  et  no5;  Konfi,  vm.  i3;  xî, 
3;  xïï,  ai,  afi  ;  Rei\ ,  îv,  7.4  et  86. 

ix.  28 

tvraivrair   itTioiii.t. 


430  MAI-JUIN    1907. 


(9*  rv0  X1JXT^*0~Y*Î~ 


(  7i  h.)  Est-ce  que  le  cœur  ne  donne  pas  de  soucis 
à  son  maître1,  lorsqu'il2  enfante3  pour  lui  la  fin*? 

(8,  m.)  Est-ce  que,  quand  un  souci  existe,  le 
cœur  ne  désire5  pas  la  mort6  de  son  âme7? 

(9,1V.)  Dieu8  donne  l'agrandissement9  du  cœur 
de  f  homme  sage10  dans  la  demeure11  de  rétribution 12. 

1   Nim  "^^  ^^,  voir  à  xviii,  i3.  —  *  UJXN,  \oir  sur  ce  mot 
llrv.  Êtf.,  \i,  p.  218  et  suiv.;  xu,  p.  220  et  suiv.  —  -  3  M1C6  rn 11 
/3),  voir  à  xii,  8,  et  wii,  9.  —  4  oycD,  vu,  11,  12,  i4,  16; 
xix ,  7  ;  xxii  ,11;  xxiv,  2  ,  3  ;  xxxii  ,12;  voir  pour  ce  mot  la  disser- 
tation spéciale  que  j'ai  publiée  dans  ma  Revue ,  t.  XI,  p.  2o4  et  suîv. 

—  5  1*  J  jfl'  "'  *5  X['  8î  X1If  '*'  10ï   17'  20î  XVI1'  *^'  l^? 
xxvii,  7;  voir  ma  dissertation  spéciale  dans  la  Hev.  Eg.,  xi,  p.  198 

et  suiv.  —  *  nMOY  <kj  ^»  voir  à  xvi,  17.  —  7  W,  voira  u, 

12-1 3,  et  à  x,  10 ;  cf.   Rosrttb,   Chrest..   187.  —  f8-*2)  8    j  È 

NOyiC  «Dieu».  Ce  mot  est  trop  fréquent  dam  notre  document 


LE   PAPYRUS   MORAL  DE   LEIDE.  1l31 


♦   ^  ç 


(  i  o  ,  \ .  )  L'impie l  qui  oublie  2  Dieu ,  meurt 3  dans 
le  désespoir  (dans  l'action  de  cacher4  son  cœur5). 

pour  que  nous  en  citions  les  exemples.  Qu'il  me  suffise  de  dire  que 
dans  Rhind  (n°  180-181),  /  f*  a  pour  équivalent    |  et  ■?     ('2^4 

=  I  I  |.  Il  en  est  de  même  dans  Pamont,  pcusim,  qui  transcrit 
le  premier  groupe  J  1 .  Dans  Rosette,  Chrest.,  5  et  4 ,  il  est  tra- 
duit 8EO£,  tandis  que  (ibid.,  2 ,  3  et  passim),  le  pluriel  est 
traduit  OEOI.  Voir  aussi  Canope  (Chrest.,  ia6,  127,  is8f  199 ). 
Comme  transcription,  nous  avons  :  dans  le  bilingue  de  Londres 

vvn-2i)   2— /7£f  /////'  >    £lj  =CXP,NT6I*;  dans  le  til. 

de  Berlin  et  celui  du  Louvre   *9   _  {     £0  9     1/  #?  =  ^6NG- 

riOYTHpiC;  I Ç  1  ^  est  transcrit  au  contraire  ^eNOy- 
01  oc,  car  le  r  final  se  conservait  mieux  au  pluriel  dans  la  pro- 
nonciation de  nouteru.  Voir  aussi  le  nom  d'Amourasonter,  etc.  En 
copte,  beaucoup  de  mots  n'ont  conservé  le  r  final  qu'au  pluriel  : 
A20,  A2U>a>p;  2TO,  2T<DCi>p,  etc.  —  *  Al  Al,  au,  est  s>no- 
n>me  de  ai;  voir  à  xvn,  '9.  —  ,0  ^i  ft  I,  voir  à  xi,  10,  et  xvi, 
18.  —  "  I  ^L,  iix,  9,  11,  ia;  xx,  19;  xxt,  a,  5;  xxx,  u; 
\\\i\,  6,  i3.  —  u  TCDCDB6,  voir  à  xyi,  18. 

1  P  J  \  ^'  v0,r  à  xv'  1^'  —  *  cdkcd,  n,  9;  m,  18;  r?,  9; 
vin,  i4;  xix,  10;  xx,  11;  xxviii,  22;  xxxiii,  10.  —  8  Moy» 
1||>  *\,  V  jfc^Vvoiràxvî,  17. —  (*-5)  *  îcun  *ÏÏr  V  " ,  voira 
\vi,  16.  Ici  le  verbe  est  au  palpe!.  Ce  palpel  se  retrouve  d'ailleurs 

28. 


432  MAI-JUIN  1907. 

("'  Vï)  ^îâ)~>-m®'*~  *rraJira«X 

(ia,  vu.)  \^T"k"kn*^X^lJ>» 


(ii,  vï.)  Que  fasse  jour1  petit  (ou  mauvais2) 
dans  ia  demeure  de  rétribution  la  barque 3  du  cœur 
du  petit  de  cœur. 

(1 2  ,  vu.)  Le  support4  de  l'homme  de  Dieu  dans 
la  demeure  de  rétribution ,  c'est  Dieu ,  c'est  Dieu. 

avec  le  même  sens  que  dans  notre  document  dans  Canope  (Ckr.,  1 33  ; 
Poème,  i33;  Groff.,  p.  8)  ,  soit  sous  la  forme    H   **£  JJ,     CV^  ?» 

soit  sous  la   forme    /  £  0  X  9  '  Pour  indiquer  \\  affliction», 

et  elle  est  traduite  par  1+2  3  ^  _    dans  la  version  hiéroglyphique. 


5  *HT   — '  f-*^,  voir  à  xvi,  3. 


1  ^"q»  "■  ©>  200y,  voir  à  xvi,  4.  —  *  ^—  a  le  double 
sens.  —  3  2),  voir  à  xvm,  4.  —  *  *C~  &  V— 1  Ml  •portert  (cf. 

mt  a4;  xxiv,  22;  xxv,  î,  3;  xxxi,  2).    /   £////    /^l  est  tra- 
duit par  <D0P0T2IN  dans   Canope   (Chrest.,  p.  139);  tf/  y 

(^  [  O  I  *-  paF  *ANBWM)P0S  (ibid "  ia5)*  \k~?  H  l  M 
aÇ   (eiqi2x)  par  BA2TAZÛ  dans  le  bil.  Leide,   vin,  25-29. 

Dans  Casope  (Chrest.,  p.  i5o),   ty  V  /  .,  //£_   est  rendu  *«•« 
par  MH    METATieESBAI;  voir  aussi  Rhind,   n°   109;   Poème, 


LK   PAPYRUS   MORAL  DE  LEIDE.  433 

(.3,  vin.)  J.~ j*\-~ ^^d^nm 


(14,  «.)  X  ^  m -=- m v-i  ja c-2 1 1 2i • 


(1 3 ,  vin.)  L'homme  sans  vergogne1  ne  l'invoque2 
pas  dans  ses  épreuves 3  à  cause  de  son  impiété. 

(î  4  ,  ix.)  Celui  qui  est  patient4  avec  courage5,  sa 
destinée  viendra6  conformément  à  ce  courage  (mot 
à  mot  :  à  cause  de  lui). 

vers  27,  4o,  63,  67,  et  p.  i3i;  Koufi,  xn,  10;  Rev.,  iv,  83,  elo. 

•  y  y  2^ Z^  9  es*  un  substantif  dérivé  de  ce  verbe  et  signi- 
fiant «ce  qui  porte  ou  supporte». 

1  x\<y  xxxi,  voir  à  x,  4.  —  8  ^^^i  <uuj.  x,  ai;  xi,  3; 
xnt  12;  xvi,  6,  7,  8;  xix,  i3;  xxxn,  18;  xxxv,  5;  etc.  Le  mot 

i  s  est  traduit  par  "î*~~ '  "H  et  par  AI  A 2  AOE 126  AI  dans  Canope 
(Chrest.,  170);  cf.  Poème,  vers  16,  59,  66,  83,  p.  160,  160, 
168,  2o5,  219,  221,  243;  Moschion  Rev.,  II,  11,  pi.  68  et  72; 
Koufi,  vu,  23,  3i;  xii,  4,  24;  Rev.,  IV,  82,  86\  Corpus,  t.  Il, 
j)l.  3,  5;  .Rev. .  II,  11,  pi.  5;  Setna,  p.  1 5 ;  Rosette,  Chrest.,  26 
ot  181,  etc.  —  3  21 T6  8  fl\  çV-i  confringere ,  comminuerc, 
(Utritio .  xix ,  i3;  xx,  20;  xxx,  5.  — (*-°)  4  20puj  (N2HT),  ix,3; 
\i\,  1  4  ;  xxi,  3;  xxiii,  16;  xxxiv.  à.  Dans  le  sens  de  •  lourd»,  qui 
est  un  des  sens  de  20puj,  le  pap.  bil.  Rhind  donne  à  £ /\/Q 

le  correspondant  I  H  1  ;  cf.  Poème,  vers  28,  65,  p.  ig3,  1 9^. 


434  MAI-JUIN  1907. 


(i5,  x.)  Que  la  destinée1  et  Dieu  amènent2  Je 
bien3  (ou  Je  bonheur)  après  le  soir4  (de  la  vie). 

—  5  Pour  iâl^  =  i"^"âl  =  c9xxesss<7i7   (PaP-  de 

Dublin  ) ,  soit  dans  le  sens  de  «  chose  » ,  soit  dans  le  sens  de  «  parole  » 
et  de  «parler  ou  converser  avec».  Pour  la  lecture  de  ce  signe,  voir 
une  des  notes  de  mon  Petibast.  L'assimilation  avec  MoyTe 
■  crier,  appeler  » ,  est  impossible.  I ,  signe  de  la  langue ,  est  poiy- 
phone.  Il  s'emploie  aussi  dans  Set  me  (iv,  10,  11,  i3  et  passim) 
sous  la  forme  -\"  comme  doublon  de  *i  =  *™^ ,  ce  qui  confirme 
la  lecture  de  j^  t'e  «dire»  à  côté  de  celle  de  set'et  pour  I 
^£\  =  c)  ^  =  cyx.X6  «chose,  parole  ou  conversation».  Voir, 
dans  le  sens  de  «parole»,  iv,  4,  16;  x,  20;  xxiv,  i3;  xxv,  7;  xxvï, 
2;  xxix,  20;  et  dans  le  sens  de  la  préformante  abstrarlive  XI N, 
tirée  de  l'ancienne  lecture  t'et-n.  M  NT  s'écrit  d'une  façon  toute 
différente,  voir  11,  8,  9,  22,  23;  x,  9,  1 5 1  xix,  20;  xx,  i3,xxi, 
1;  xxiv,  16,  17;  xxv,  6;  xxvï,  7;  xxxi,  3.  Pour  les  divers  sens  de 
ce  mot,  voir  Koufi,  xu,  24,  *5;  xv,  17;  xvm,  «7;  Setna,  82, 
95,  98,  n3,  127;  Poème,  vers  i\ ,  20,  5i,  62,  63,  64,  68,  71, 
p.  i65,  164,  i65 ,  191,  229,  238,  239,  243,  244;  Corpus,  t.  II, 
pi.  I,  1.  4»  5,  1 3 ;  pi.  III,  1.  i3,  16;  pi.  VII,  I.  i4;  Rosette, 
Chrest.,  p.  18;  Chrest.,  p.  78;  etc.  Le  mot  qui  s'y  joint  ici  est 
rixqjTG  •v— »,  voir  à  xu,   2;    ajoutez  xu,   is;   xx,   i3; 

xxviii,  4 ,  aux  exemples  cités.  —  fl  Nxei ,  voir  à  xi,  21. 

1  BÛI\l  \  \  jj.  voir  à  xi,  2.  —  (2-1)  *   X  GIN6,  voir  ma  note 


LE  PAPYRUS  MORAL  DE  LE1DE.  435 

(16,  xi.)  ^DiVàY^îaynvM©^ 


(16,  xi.)  11  n'y  a  point  à  avoir  trouble ]  de  cœur2 
dans  ton  bourg3  après  un  état  misérable*  (qui  est) 
tien  5. 

sur  vi,  3;  cf.  x,  11;  xi,  16;  xii,  4î  xix,  5;  xxm,  4  et  i4;  xxiv, 
7;  xxvï,  16;  xxxn,  11   et  passim.  *)        est  la  ligature  de    ^^ 

=  ^^  devenu    Jy     dans  les  papyrus  démotiques  archaïques ,  où 

il  est  employé  comme  synonyme  graphique  de  7[  =  K  que 
bientôt  il  remplace  absolument.  Dans  notre  document,  on  y  ajoute 
le  déterminatif  des  jambes,  U-  A ,  qu'on  ne  trouve  pas  pour  ce 
verbe  aux  époques  un  peu  plus  anciennes;  voir  aussi  sur  ce  mot 
ma  note  relative  à  xii,  4.  — • 3  XlNNOMpô;  pour  la  préformante 
abstractive,  voir  à  xix,  i4,  et  pour  1^^  NOUpe,  voir  à  xVI,  9. 

—  *  poyse  JJ]HT,  ^CTI^nr;Koufi,xrv,  8-,  Bev.Ég., 
H,  11;  Âmatorium  Rev.,  iw  année,  n°  IV,  pi.  9, 1.  5. 


1  TCD2,  voir  à  xv,  i4.  —  *  2HT  — ~  f-^,  voir  à  xvi,  3.  — 
*  ^».QI(g)  -f*Me  tbourg»,xtx,  16,  17;  xxv,  16;  xxvm,  6,  7, 
9,  10,  24î  xxix,  1,  7;  xxxn,  21;  xxxni,  i3;  xxxiv,  8.  Dans  le 
sens  de  «compatriote»,  voir  xvi,  5.  —  *  <?886  Q  I  «w  .  ,  voir  à 
xvi,  3.  —  5  ntak  est  le  génitif  du  pronom  personnel  de  la 
2e  pers.  sing.  masc.  dont  le  nominatif  absolu  est  NTOK,  comme 
nta<j  est  le  génitif  du  pronom  personnel  de  la  3*  pers.  masc. 
sing.  dont  le  nominatif  absolu  est  NTOM  (voir  à  vi,  3).  En  démo- 


436  MAI-JUIN  1907. 

X  T 1  *=* w  *"■*  t *~-  *■ 

arniJini-^  —  ^A-- 


(  i  y,  xn.)  Celui  qui  est  misérable  dans  son  bourg 
se  dominera1  soi-même  encore2. 

(18,  xm.)  Ne  point  aimer3  la  mort4  (le  péché) 
plus  que5  la  vie  (l'honnêteté).  Dans  la  demeure6  de 
rétribution 7  est  la  récompense. 

tique,  les  voyelles  diacritiques  ne  sont  pas  écrites;  NTXK  s'écrit 
comme  NTOK,  et  NTxq  comme  NTOM. 

1  XCDCDpe  XPO  l*""**!  *  ,  voir  à  xi,  20.  —  *  ^^  ON 
s'écrit  ordinairement  par  le  simple  détenu inatif  des  jambes  re- 
tournées, comme  le  verbe  t~~*  «retourner,  faire  revenir  ou 
rendre».  Ces  deux  sens  se  retrouvent  également  dans  notre  docu- 
ment; voir  mes  notes  relatives  à  xm,  3  et  à  vi,  24.  La  forme 
y^_   que  j'ai  citée  à  propos  de  xin,  3,  est  tirée  d'un  contrat 

démo  tique  d'Artaxercès.  —   3  ^^  ^fc  M6,  voir  à  xv,    i5.   — 
4  rmoY.  voir  à  xvi,   17.  — -  6  cdnî    4  'T*,  voir  à  xvn,  4. 

—    6    ir^i'    voir   *    XIX»    9-     —    ?    TCDCDB6     X   J^N.,    voir    à 
\vi,  18 


LE   PAPYRUS  MORAL   DE   LEIDE.  437 


U' 


^    e 


(19,  xiv.)  Que  Dieu  écarte1  le  repos2  de  celui 
qui  est  mort  (du  méchant);  il  ne3 1  écartera  pas  du 
petit4  d'oeil5  (de  l'homme  simple  et  modeste). 


Txcee,  xix,  19;  xx,  8,  2 1  ;  x.xi ,  i7;xxvin,  i4ï  xxix, 
\  ;  xxx,  6;  voir  Poème,  vers  37,  et  p.  i3o,  1 58;  Rev.,  II,  n,  pi.  3; 
Corpus,  t.  II,  pi.  III,  1.  9,  et  pi.  VII;  Setna,  126,  i3a;  Pamont, 
p.  2  2-23  de  mon  édition,  qui  lui  donne  la  traduction  "Jy";  dans 
Rosette,  Chrest.  p.  2  3  et  180,  le  syllabique  4C1  {*et)  se  re- 
trouve avec  la  signification  de  C6T  redimere.  Il  est  traduit  par 
~^~  V— *  et  par  TA  AIA<DOPA.  Enfin  notons  que  dans  tous  les 
contrats,  alors  qu'il  est  question  de  l'amende  imposée  aux  parties 
si  elles  s'écartent  des  conventions,  le  verbe  *ct=TXCG6  se  re- 
trouve également;  voir  mes  Chrestomathies.  —  '  2u)Tn,  voir 

ma  note  sur  xi,  11.  —  l3-5)  3  Pour  la  négation  I  |-«>-,  j'ai  fait 
remarquer  dans  mon  édition  du  Poème  satyrique ,  p.   169,  1/10, 

167,  220,  etc.,  la  différence  capitale  qui  sépare     ^r  Cp   jl  L. 

«il  ne  sait  pas»  de     fa    yj  V —    «il  ne  peut  pas».  En  effet,  le 

verbe  ^  ss  ^  ^«_  a  le  double  sens  de  «  savoir  »  et  de  «  pou- 
voir». Mais,  quand  il  est  précédé  de  la  négation  buar,  celle-ci 
prend  les  affixes  personnels  du  sujet  quand  il  s'agit  de  «pouvoir», 
et  ne  les  prend  pas  quand  il  s'agit  de  «savoir».  Dans  ce  dernier 


438  MAI-JUIN   1907. 


( 20 ,  xv.)  Qu'il  (lui)  fasse  être  le  bien  et  la  destinée 
d'arriver1  au  terme2. 

cas ,  c'est   (s*  =  ^    1  qui  prend  les  afïixes ,  ainsi  que  le  prouvent 

pour  celui-ci  les  vers  28 1  48,  5i,  54 ,  86,  88.  Dans  les  vers  62, 
63,  où  il  s'agit  de    ^   =  euj  «pouvoir»,  c'est    I  |  *<«>-  qui  prend 

les  affûtes,  comme  d'ailleurs  avec  tous  les  autres  verbes  sans  excep- 
tion (vers  9,  74,  86,  91).  La  même  règle  est  appliquée  dans 
notre  document.  Dans  iv,  8;  xi,  29;  xrv,  a3,  c'est  ^  •  savoir • 
qui ,  précédé  de  1 1  •«»■> ,  prend  les  afïixes.  Avec  tous  les  autres 
verbes,  c'est  1 1 -«*-  qui  prend  le»  affîxes  (iv,  20;  v,  îs ,  i3;  ni, 
11,  ao,  22;  ix,  1,  8;  xi,  22;  xu,  i4,  18,  19,  »o,  11;  xni,  5, 
9î  xiv,  3,  7;  xvn,  16,  22;  xvin,  2,  18,  ii;  xix,  19;  etc.).  Bien 
entendu,  quand  un  substantif  servait  de  sujet  au  lieu  de  l'affixe 
personnel,  ce  substantif  se  plaçait  entre  1 1  *«>.  et  le  verbe  (vu, 
17;  vin,  24;  ix\  2,  9;  xiii,  5;  xiv,  nj  xv,  17;  xvu,  i4,  etc.). 
Notons,  de  plus,  que,  dans  notre  document,  quand  ^  est  em- 
ployé deux  fois  de  suite  dans  le  sans  de  «pouvoir»  et  dans  le  sens 
de  «  savoir  » ,  le  premier  ^  prend  l'affixe.  —  4  ^--*  m  V*  ; 
sur  ce  signe,  qui  s'est  lu  CBOK  ^^^*"  et  Q)HM,  voir  ce  que 

j'ai  dit  à  propos  de  xvii,  19.  —  6  ,  voir  à  xvm,  ai. 

1  lieue   Jft,  voir  à  xvi,  i4.  —  *  I  9*  ***  xfHX,  voir  à 

XVIII,   2. 


LE   PAPYRUS  MORAL  DE   LEIDE.  439 

(■21,  xvi.)  an^H«*-^«V7;£~« 
(23,  xvii.)  XTITIC'-^^JM*- 

(^3, xviii.)  ^mVW^ÎÀ-— >«.!, 

(21,  xvi.)  L'homme  misérable1  sans2  faute3,  sa 
nourriture4  n'est  pas  dure5  pour  lui. 

(22,  xvii.  )  Pour  celui  qui  est  bon  °  pour  l'homme , 
il  n'y  a  point  à  se  tourmenter 7  si  la  destinée  est  dure. 

(23,  xvin.)  Il  n'y  a  point  à  avoir  de  trouble  de 
cœur8  à  cause  des  revenus9.  Est-ce  que10  je  ne  te  les 
donnerai  pas11  ?  (dit  le  Seigneur). 

1  <?iiB6  Q  Jv~»  voir  *  X?I»  3*  —  *  6MN  ^%i 


1  1  1 


m 


voir  à  xviii,  19.  —  s  V~»  voir  à  xvi,  10.   —  *  J)P6 

c^>,  voir  à  xv,   ai.  —  6  jjp5  V— •   NAUJT6,   voir  à  xn,   a.  — - 

6  Voir  à  xvi,  9.  —  7     /j  /fi  1^3  =  KCDCDB6  =  J  J  ^ 


«  vexer  »  ;  ne  pas  le  confondre  avec    /-)      *  #,    S/*-*  «a  <?bb6  = 

JJ  1k  I  ^  «être  faible  et  misérable»;  cf.  pour  KCDCDB6  t  m, 
s»  o ,  a  3  ;  xix ,  a  a  ;  xxïi  ,16;  xxvif ,  7 ,  1 3 ,  1 5  ;  xxxiii ,  8  »  9  ;  xxxv, 

3;  KCDCDB6  secritaussi  /-  j  <s2j£-'  ^ey"  ^*  n»  P**  a^-  — 
8  rcu2  N2HT,  voir  à  xv,  i4,  et  à  xvi,  3.  —  °  J£  4l.  voir  à  xi, 
ai,  ot  \ii,  i5.  —  l0     \^    A.N  interrogatifj  Poème,  vers  1,  3i,  34  , 


440  MAI-JUIN   1907. 

COLONNE  20. 

COLONNE  20. 

(i ,  xix.)  Que  la  destruction *  (vienne  au  juste)  au 
temps-  de  destruction,  à  cause  du  salut3  de  son 
âme4. 

48,  71,  84»  p.  35,  i3o,  168.  La  post-négation  s'écrit  de  même 
dans  le  Poème  et  dans  la  plupart  des  documents;  voir  Poème, 
p.   107.   Dans  celui-ci,  d'ordinaire  la  post-négation  s'écrit   yK 

=    \     et  la   particule  interrogative    1,1  </       .  '  .  "V    1,  voir  à 

xvi,  4.  H  faut  noter  que  cette  forme  de  la  particule  interrogative 
s'emploie  dans  Setme  (y,  10),  concurremment  avec  la  forme  plus 
simple  (m,  2 ,  1 4  ;  iv,  1 3) ,  employée  aussi  pour  la  négation  (ni,  11 
otpassim).  —  ll  Mot  à  mot  :  «Je  ne  les  donnerai  pas  sur  toi  ou  sur  ta 
tète»,  GXCDK  (xo)X  à  V  |  V  #  jjff  %.).'  Le  verbe  *\ 
^=  A  (ou  **  ?)  =  "\-  se  trouve  sans  cesse  dans  les  documents.  11  est 
traduit  par  AIIOAIAOMI  dans  les  bilingues  et  particulièrement  dans 
Caxope,  Chrest.,  p.  i3o-i3i,  et  textes  parallèles.  Pour  les  mots 
XCDX  4  1k  4  "W  HJjg  ^,  XCD  et  les  particules  dérivées 
6XCD  et  21  XCD,  voir  Koufi,  xi,  27-28;  Rev.,  iv,  80 ;  Rhind, 
n°  293,  qui   traduit  notre  groupe  démotique  par  #;  le  bil.  de 

Berlin,  qui  transcrit  / U    f*-~"  y)\   C_L  0     "y*  *0  par  <}>U>- 
kxi'HC;     Setna,   p.    172;    Poème,    vers    68    et   87;   Rosette, 
Chrest.,  47,  190-191,  qui  traduit  /i^v)  <  <     fJ  =  2IXU>  et 
^J)    ^  £  y  =  6XCD  par  f  #  et  par  EDI. 
î1-')  '  "W  A^-  <  ijà*^  ^KCD.  A  propos  de    S^j  jy    2-7 


LE   PAPYRUS  MORAL  DE   LEIDE.  441 


*A«jnMXa»MUfc-i«»'i« 


(  2  ,  xx.)  En  sorte  qu  un  vent  favorable l  ne  porte  2 
pas  l'homme  sensuel3  avec  lequel  la  destinée  parais- 
sait d'accord4. 

=  tako,  factitif  de  AKO,  qui  se  trouve  x,  10  et  22,  j'ai  déjà 

donné  les  renvois  relatifs  à  S -J  |  *f  ■?  ^  *  m»  1^»  IX»  10>  XIÏ» 
i3;  xiii,  23;  xiv,  20;  xvn,  22;  xx,  1  et  5;  xxiv,  16 ;  xxix,  22, 
2  3.  J'ai  tenu  ici  à  distinguer  les  deux  genres  de  renvois.  —  a  [I 
n^  coycoY,  chy,  voir  à  xvi,  21.  —  3  oyxxi  4*"*"-  \ 
i  jL  lî  pour  le  sens  de  «salut»,  cf.  x,  2;  xn,  2  5.  D'une  façon 
générale,  pour  les  diverses  acceptions  de  ut'a,  voir  à  xvn,  1.  — 
4  ^^«  Pour  l'esprit  divin  ^w*  qui  anime  les  statues,  voir  Ro- 
sette, Chrest.,  187;  voir,  pour  la  forme  démotique  du  mot  dans 
notre  document,  ce  que  j'en  ai  dit  à  propos  de  x,  10. 

1  ^— '  1^;  cf.  xxrv,  24  ;  voir  ce  que  j'ai  dit  à  propos  de  xvii, 
22 ,  sur  les  diverses  sortes  de  mots  désignant  le  vent,  le  souffle  ou 
l'esprit.  — *  qi  ^^4)1  voir  à  xix,  12.  —  s  XHN,  XNXxy, 
XXNH,  voir  à  x,  18.  —  4  MA-j~,  -J-MA'j-  convenire  [animo) , 
concordare,  ]|^k-.   Pour  les   autres  sens   de     \  ili   y    ^y 

M  x -j-,  cf.  xvi,  i4;  xviii,  4;  xxiv,  6.  Sur  la  valeur     /  )L^    "■  '""^ 
|  |  j^  MA-j-,  cf.   Poème,   p.    208,   209,    210;   cf.   la  formule 

mule  dont  la  2*  partie  est  traduite  ADHYA0KH2A2  dans  le  bi- 
lingue Berger,  p.   39,   et   HYAOK.HSE  dans  ma  Chrest.,  p.  68. 


M2  MAI-JUIN    1007. 

(3,  «i.)  Ji~XP?kMw«^!rô*n 


XIMI«*T— -a-p 


(3,  xxi.)  Car  l'impie1  ne  mourra2  pas  dans  la 
fortune3  qu'il  aime. 

H  M  3^^/  est  tra(,nit  AIÛPeOXASeAI  dans  Canope 
(Chrest.,  i56);  ^ C  II  S  3 J \  °11  '^  par  TO  HP02HK0N 
dans  Rosette  [Chrest.,  20).  Dans  le  bil.  Moschion Rev.,  II,  11,  pi.  6g , 
70,72,  J//lJ3  signifie  «être  d'accord»;  }j  /(/(j  J  ?  \/i 
signifie  «il  convient!  dans  Koufi,  xn,  6;  Rev. ,  rv,  82;  Poème, 
p.  160.  Le  même  verbe  signifie  «être  satisfait,  se  complaire • 
(comme  dans  les  contrats),  dans  Pamont*  préface,  p.  i;  Koufi, 
xn,  6  et  i5;  Rev.,  iv,  82;  Poème,  vers  71  et  vers  85.  Dans  Setna, 
p.  i33,  peut  matif  signifie  «a»  qui  convient».  Le  mot   W    /%  S^ 

=  ^  j  j  jW\  «corriger,  rendre  juste»  se  trouve  dans  notre 

document ,  vin ,  21,  2  2  ;  ix ,  12,  1 5 ,  16,  18. 

1  M  I  I  *\,  voir  à  xi,  16;  xv,  19.  —  2  Moy  %t  yl»  vo*r  *. 
xvi,  17.  — 3  P  •  /)  U).\U)Nl  «ce  qui  advient,  la  fortune»,  11, 
20;  v,  9,  i4;  vin,  17;  xi,  21;  xix,  5;  xx,  3,  16;  xxi,  6,  7; 
xxii,  6;  vxiii,  19;  xxvi,  21;  xxix,  11;  xxx,  16;  xxxi,  18;  xxxii, 
5,  22;  xxxui,  6;  xxxiv,  18.  Dans  Rosette,  Chrest.,  p.  38  et  i85, 
\?  J-l  (I  l  C2^\  yj\[   est  traduit  par  ArAOHI  TTXHI  et  par  -J-» 

(ïj  I;  ibidem,  p.  34-i8i,  I  *!  #.  CS\  }  ?  «les  (dépenses)  sur- 
venues», par  TA  TEAI2K0MENA  et  par  (ï)  «.  Dans  Canope 
(Chrest.,  i33  et  100),    ^ff/^  /  est  t™*""*  Par  2TNEBH  el 


LE  PAPYRUS  MORAL  DE  LEIDE.  443 

(4,  xxn.)  ^LTI^l^y^t^^'^LTl 

■  1  i  »  2i  - 1  !!!!!!  T  ~- X 1 J 


(4,  xxn.)  Ne  trouble  pas  ton  cœur1  en  prison2. 
Grande3  est  la  manière4  de  faire  de  Dieu. 

par  ETMBAINH.  Notre  texte  comparé  au  verset  précédent  nous 
fait  bion  saisir  la  différence  qui  existe  entre  se%en,  ce  qui  advient 
à  Thomme,  et  sai,  le  fatum,  la  destinée  qui  règle  tout  (toujours 
associés  dans  le  refrain  de  tous  nos  chapitres);  voir  ce  que  j'ai  dît 
du  sai  à  propos  de  xv,  21.  Dans  la  vignette  du  chapitre  ia5  du 
Livre  des  morts,  iai  et  sc/en  sont  remplacés  par  deux  divinités, 
masculine  et  féminine,  dont  la  première  est  également  appelée  JiTij 
I  I  1  et  la  seconde  »-«*  ^  J,  et  qui  l'une  et  l'autre  sont  figurées 
au-dessus  de  la  tête  de  Thot  écrivant  l'arrêt  de  l'âme,  et  en  face 
d'Osiris,  le  grand  juge  des  morts,  fjiïfl  I  I  J  est  évidemment  iden- 

tique  à  m -^i \^,  ou  uj ^ \]^, ou m\ \ \ 

w ,  qui,  dans  le  papyrus  Harris  n*  5oo  et  dans  le  papyrus  de 
Boulaq  n*  111,  désigne  un  sort,  une  destinée  funeste,  et  à  — •—  YtTfT 
I  I  ^S,  Br.  Mon.,  iv,  «faire  un  destin».  On  en  a  conclu  que  iai 
et  renen  sont  les  génies  de  destinée  et  de  fortune,  exactement  les 
sens  de  iai  et  seyen  dans  notre  document.  Mais  la  déesse  **■•*  ^ 
fp  personnifie  généralement  l'abondance  et  la  richesse  (la  féli- 
cité), tandis  que  se%en  indique  tout  ce  qui  arrive,  bon  ou  mauvais. 
Le  nom  de  renen  (copte  fOoyNG  virginitas)  signifie  proprement 
la  jeune  fille  ou  la  vierge.  U  existe  aussi  un  verbe  renen  avec  le 
déterminatif  de  la  femme  allaitant  et  qui  signifie  «allaiter,  nourrir, 
élever,  dorloter  un  enfant».  De  là  le  sens  de  «fortune  favorable, 
richesse»,  etc. 

1   tu>2  N2HT,  voir  à  X?,  1  \ ,  et  à  XVI,  3.  —  (^4)  '  ^"\l  \ 


444  MAI-JUIN   190". 


(5,  xxin.)  Que  soit  l'homme  de  Dieu  en  prison 
pour  l'action  de  faire  le  salut1  de  son  âme2. 

n  TXT*°  tnyj  5  ^  *•  3  ou  //aP^J?-  CMUi 

dernière  forait.1  se  trouve  dans  le  pap.  38a  de  Leide,  pi.  CCX1V, 
1.  1 1;  dans  mon  Corpus  papyrorum ,  t.  11,  pi.  111,  Hev.,  1.  7,  et  L  II, 
pi.  II,  1.  i5;  dans  le  décret  de  Rosette  [Chrest. .  p.  i4),  qui  tra- 
duit yp*.  5  h  \/ 1  k  2  par  T0T2  EN  TAIS  *taa- 

KAI£;  dans  Pamont,  vvn,  qui  traduit  le  même  mot  par    ■?      1k 

(  ■?     \  ,  *|  1k  ).  -  -  *  Cet  adjectif  prend  dans  notre 

document  quatre  formes  principale*  :   1"   ^    ^    =r  (xxm,   8, 

4t    passim);    a"       L/r")     (xx*      '• :     xvv*    10     e*    pauimr); 
3°     /,   117    £  )  =  Xl.vi  vx\i,   1,   i  ;  xaiii,  il»;  xxx,  11   et  /xu- 

jiwi);  4°     (y  {  r}1  dont  les  exemples  sont  les  plus  nombreux 

et  sur  laquelle  il  faut  voir  ce  que  j'ai  dit  à  propos  de  xvn,  9.  — 
4  mi  Ne.  Ce  mot  est  traduit  par  TON  TPOIION  dans  Rosette, 
Chrest.,  p.  4a;  cf.  Setna,  p.  91,  u4,  i43,  176;  KouG,  xn,  7; 
lier.,  iv,  8a;  voir  aussi  les  exemples  tirés  de  notre  document  que 
j'ai  cites  à  propos  de  xvtj,  a  3. 

1  oyxxi ,  voir  col.  xx,  1.  —  '  Voir  ibidem. 


a  a     cl 


LE   PAPYRUS  MORAL   DE   LEIDE.  445 


(7, xxv.)  !IVH3)ô«ûûi 


*1P\M«-1 — XWIrô 


(6,  xxiv.)  Que  ta  mort1  dure2  soit  pour  lui  un 
préjudice3  obtenu  par  prière4. 

(7,  xxv.)  Ne  point  porter5  souci0  en  ton  cœur7 
pour  l'infortune8  de  celui  qui  meurt9. 


1  Moy,  voir  à  xvi,  17.  —  *  naujt,  voir  à  xn,  2.  —  3  __ 
V-  Ce  mot  au  palpel  se  trouve  dans  vu,  2;  \,  5;  xn, 
21;  xiii,  12;  xx,  6;  xxvii,  i3;  voir  aussi  clans  le  Corpus,  t.  II, 
pi.  7,  1.  2 1,  et  n°  7,  24  ,  le  même  mot     /  5    '      toujours  avec  le 

même  sens  de  «tort,  préjudice».     /     L-^    4^  ?  D     jk    ^ 

a  un  sens  voisin  et  est  traduit  par  ^.\  l<=>^W  dans 
Pamont,  xvi  et  10 ;  cf.  Kouû,  x,  29,  et  dans  notre  document,  ix, 
21;  xii,  19; -voir  mes  notes  sur  ces  passages.  —  *  ujaha,  voir 
à  xii,  19  et  xvi,  17.  —  5    x     &  Ml,   voir  à  xix,  12.  —   6  po- 

OYMP,  voir  à  x,  19.  —  7  îht  yv^*"  vo*r  *  XVI'  3.  ~~ 
(s-y)  »  M  •  v— «  CAO)  «frapper»;  voir  ce  que  j'ai  dit  sur  xi, 
18,  tant  à  propos  des  sens  de  «frapper»  et  de  «lutter»,  qu'à 
propos  de  «dominer»  (qu'a  surtout   ^  .  A    [   S)-  Tous  les 

exemples  tirés  de  notre  document  et  cités  dans  cette  note  renlrent, 
ix.  29 

ttttinfrftir.  «ATieiULR. 


446  MAI-JUIN    1907. 


•î«À-XkH*>-r$-t 


(8,  xxvi.)  En  ce  qui  touche  la  mort  (physique) 
il  n  y  a  point  pour  lui  de  retour l  à  la  vie  *  par  le 
moyen3  dun  autre  que  lui. 

à  l'exception  des  deux  premiers,  dans  cette  dernière  acception. 
Mais,  sous  la  forme  /  fy  £  */ '  <C  C  ^  iàéi  *7y  avec  *e  ^éter- 
minatif  des  membres,  la  même  racine  a  toujours  le  sens  de  t coup, 
blessure ,  frappement  » ,  et  par  là  «  infortune  •  ;  cf.  vi ,  1 3  (  mal  tra- 
duit d'abord  par  moi);  xx,  7;  xxix,  16;  xxxi,  6.  —  •  MO  Y» 
voir  à  xvi,  17. 

1  "J*"  txcgo,  voir  à  xix,  19;  ajouter  le  renvoi  xxvi,  a 3,  et 
xx,  8,  à  ma  note.  —  *  4  *JJp  CDN2,  voir  à  xvn,  4.  —  s  V  9  , 
voir  papyrus  moral  hiératique  de  Boulaq,  et  Lévi  au  mot  W  .  Voir 
aussi  le  papyrus  d'Orbiney ,  portant  :   ^         ^  i  1k    I  I  _  _  _ 

dans  les  décrets  trilingues,  w^  ..  traduit  V^-O  /^ 
(EIIEIAH).  Dans  le  décret  de  Canope,  (^  f^  3J  (==  V  JE  ) 
équivaut  aussi  à     Y'  (  V  *— 1);  ttae  des  venions  porte  «  %  |  L? 


LE   PAPYRUS  MORAL   DE  LEIDE.  447 

riverait  transfert  de  la  part  des  levers  de  l'étoile  d'Isis  à  autre 
jour  par  l\  ans  » ,  ce  que.  les  hiéroglyphe»  transcrivent  :   I  M  I  V 

M^0ifîBv{0!J  ctle  orec  EAN  AE KAI  ïTMBAINHI 

THN  EniTOAHN  TOT  A2TP0T  METABAINEIN  EI2  ETEPAN 
HMEPAN  AIA  TE22APGN  ETÛN.  Dans  une  plirase  parallèle  du 
même  décret,  les  deux  versions  démotiques  portent  l'une  et  l'autre 
V    W*    «  qu'il  n'arrive  pas  qu'on  faite  en  été  les  fêtes  de  l'hiver  »  : 

V)  iy)^-  \/y  *-.  \°/)  \f~/  i  *Par  transfert  des  levers  un  jour 
tous  les  k  ans  t.  Dans  la  chronique  démotique  de  Paris  publiée 
dans  ma  Heo.  %.,  i,  iv,  pi  i,  00  Ut  V    i\   **]   \0    LJ  k? 

y  *•  '    I  I  y     (  fV    «  ceci  fut  écrit  de  la  part  de  Tliot  par  k  main 
de  son  prêtre»  ;  ibidem,  pi.  IV,  on  lit  aussi  ;   Jry   i  [  J  Y)  /*  U 

VJ    0   S   ^^   «  les  3  autres  qui  furent  parmi  les  nations ,  il  y  eut 

joie  de  la  part  des  dieux  de  leur  faire  (rie)  chef».  Ailleurs  encore 
( #«>.,  H,  f ,  pi.  I)  c  «point  le  faire  «hef  [xic)  de  la  part  de  son  fils 

29. 


448  MAI-JUIN   1907. 

(9.  *x™)  kiT^XT**  —  M  «À 


(10,  xxvm.)  XHkl**"!28*®1! 


(9 ,  xxvii.)  Il  ny  a  point  encore  celui  qui  écoute * 
en  ce  qui  concerne  la  prière2,  jusqu'au  ciel3  ^appar- 
tenant (/no£  à  mot  :  tien). 

(10,  xxvm.  )  Celui  qui  meurt  —  dans  ce  moment 4 
Dieu  en  prend  connaissance. 

après  lui»      VY')     1/,^/"%  ^    VjvJ     b"*~D;   dans 
Pamont  on  trouve  aussi  :  tles  paroles  qui  ont  été  dites  par  l'Osiris 

1  ccdtm  vi  V  1;  xxn*  12»  *3»  *£;  xxvi,  d;  xxvn,  4,  11, 
xwui,  21;  xxxv,  10;  Rhind,  n°  239,  traduit  le  mot  démotique 
vJ  %  v  Pamonl  (/tassim)  également;  cf.  Setna,  p.  n4  et  120; 
Poème,  vers  17,  22,  24,  83,  84,  p.  2o5;  Corpus,  t.  II,  pi.  I,  1.  6; 
Koufi,  xi,  25;Rev.,  iv,  79,  etc.,  etc.  —  *  UJXHX,  voir  à  xn,  19. 
—  (3-4)3  xne  ,  xxvm,  4;  xxxi,  20;  xxxn,  5;  Setna,  p.  69; 

Poème,  p.  200,  236,  24o;  Koufi,  \i,  ià;  xn,  29;  Pamont,  p.  36- 


Pamont 


LE   PAPYRUS  MORAL  DE   I^EIDE.  449 

37,  qui  donne  l'équivalence  ^_^  et  ailleurs  GT1  jL  I  I  ;  Ca- 
nope,  Chrest.,  i52  et  157,  etc.  —  *  £>•  Ce  mot  a  le  double 
sens  de  «lumière,  splendeur»  et  de  «heure,  temps»  (selon  Brugsch, 
voir  Lévi).  Brugsch,  Gramm.  dém.,  p.  3o,  le  compare  à  Xn  et 
lui    reconnaît    en    démotique   la   forme     ^/r***)/     .    11    faut 

noter  en  effet  que  £J(/'  y/  iv1^  ^ans  *e  PaP*  8n**  n»  &  e*- 
9,  se  lit  aussi  oup  op  et  répond  à  \^/»  ainsi  que  je  l'ai  démontré 
le  premier  pour  ce  syllabique  à  propos  de  Pamont,  xvi,  2, 
4 ,  G,  7,  8,  9,  etc.,  et  de  divers  contrats  :  Nouv.  Chrest., 
p.    81;   Rev.,   I,   i-ii  ,   pi.    1,   etc.)    est   traduit   par    £^ 

oyNOY   «moment»  dans  le  papyrus   bilingue  de  Pamont, 

retrouvé  la  même  forme  / C-+  >>C/  3.^  pour  3SK  & ,  avec  le 
sens  «éclat»,  dans  le  Poème,  vers  25,  33,  46,  47»  49,  70,  71, 
72  ,  et  p.  2  32.  J'ai  aussi  signalé  la  forme  fyU^iJ  =  3SK  @  Xen 
«à  l'instant»   dans   la   préface   de  Pamont,  p.  Y;  et  dans  Koufi, 

xviii,  26  (fable)  :  3  ^1  <t£ kJ  @  Jl^  O  J^ 
le  moment  du  soir».  Ici  le  syllabique  \,  =  -AX&  est  fait  identi- 
quement comme  dans  le  même  document  quand  il  s'agit  de  >Vftk 
"^  ajœn  «prendre»;  voir  xm,  18;  xv,  17  ['l  *>  y ^  =  2SS 
■    j^  ];  etc.   Notons  que  le  groupe    /    K^V     de  la  ligne  10 

ressemble  étrangement  au  groupe  /»  \4jL  =  ?  «  I  ©  de  la 
ligne  i5.  Aussi  je  l'avais  d'abord  transcrit  ^».  8  0  en  y  voyant 

un  èL-na£  Xeydftevov  tiré  de  1  ©  et  ayant  l'article  du  féminin 

*^  =  "V    au  lieu  (^e  l'article  du  masculin    KJ  ^JmL  • 


«  arriva 


450  MAI-JUIN    1907. 

(u,  xux.)  ji-xnjk^\-i~x 

(12, xxx.)  £H~MAGlM'-*X®-- 
(i3,  xxxi.)  £4«1  J4A~Mlâ)~v-lî~14 

T-J!XlJ~tP 


(11,  xxix.)  Dieu  n  oublie J  pas  le  jugement2  dans 
toute  honte3. 

(12,  xxx.)  Celle  qui  vient4  troubler5  le  jour8 
(qui  trouble  ta  conscience  pendant  tes  jours),  qu'on 
en  fasse  purification7  devant8  toi. 

(i3,  xxxi.)  Celle  qui  vient  en  chose9  dure10,  tu 
places11  la  venue12  de  Dieu  en  elle. 

1  cdbO),  voir  xix,  io.  —  *  2Xn,  El  H  "Y»  voir  à  xiv,  12. 
—  s  BtDTe  ]*\X^»  Voir  à  M.  10.  —  *  C1NI  tel  |-7\, 
voir  à  xm,  «o.  —  »  tcdi,  voir  à  xy,  i4.  —  a  li£  ©  |.  Dans  les 
contrats  démotiques,    t)  J  \o<j  £—   •  depuis  le  jour  ci-dessus  • 

est  d'un  emploi  continuel  et  est  traduit  dans  les  bilingues  AIIQ  TO 
XHMEPON    |  O  \J  te  f  o/)  <J  «  nîOOY,  VCl*,   V 

CI©.  —  7   "H^|C(DM,Ç,-*"V    ScOTq,   7/    y.        J; 

pap.  gn.  Londres,  ni,  io;  pap.  gn.  Leide,  xviï,  ia.  —  (8~12)  '  Voir 


LE  PAPYRUS  MORAL  DE  LE1DE.  451 

('4,  xxxii.)    >^)aLÎI®  —  >klAX! 

(1  4,  xxxii.)   S'en  va1  (passe)  le  jour2;  s'en  va  son 
compagnon3  dans  ce  dont  le  cœur4  se  préoccupe5. 

à  xvii,   n.   —  9   I  j^    cijxxe,  dans  le  sens  de  «parole» 

et  dans  le  sens  de  «chose»;  voir  à  xtx,  i4.  — -  m  NXC^T,  voir  à 
xn,  2.  —  u  xcd   ^  ^k  ,  voir  à  xv,  12,  et  xvm,  17.  —  M    il 

A  ei ,  comme  plus  haut  dans  le  même  verset;  voir  v,  1 1;  vn,  1 9  ; 
vin,  19;  ix,  20;  xi,  21;  xiii,  10;  xiv,  1;  xv,  6;  xx vin,  i4;  xxix, 
3,4;  xxx,  5  et  passim.  Rhind  (n°  59)  donne  &  <^  /  V  l'équi- 
valence 4  I  a  ;  Pâmont  (passim)  en  fait  autant;  Routtb  (Ckrest., 
i3)  traduit  ^  \  ^  J/{  par  STNANTHSANTB2  et  en  hier. 
par   1  (cf.  Poème,  vers  29,  p.  219,  243).  Dans  le  bilingue  Berger 

(p.  4o),    ^  P  /    l)?    W//7   (J    est   traduit  par  EAN  AE 

TIS  SOI  EnEAOH.    Dans   le   pap.   bii.   de   Londres    (7e   col.), 

1(\  {(0     il/ il  /    C\^~ '   est  tr«nscrit  ClCi/>oyT. 

(1-5)  1  oY^^'f'  6 BOX  desceder».  J'avais  d'abord  pensé  à 
oy6T  alius.  Mais  le  déterminatif  des  jambes  précise  le  sens.  Le 
mot  £  A  j^)  se  retrouve  avec  la  même  signification  dans  Setna , 
p.  1 38 ;  voir  exemples,  Rev.t  v,  199;  cf.  Poème,  vers  71  et  74, 
p.  245  à  247.  Dans  la  tessère  12612,  Rev.,  IV,  rv,  pi.  11; 
dans  la  tessère  6895,  ibid.,  pi.  i3,  et  dans  une  multitude  d'autres 
reçus  d'impôts,       C  Y .  »  y   y  J  %  signifie  «verser  à  la  caisse». 

I    tô  S   ^3  '  (*ans  ^oufi,   VI»    2^'    25,  et  dans  Rev.,   II,  n, 


452  MAI-JUIN    1907. 

(i 5,  xxxiii.)   >kl^^**i©->kl* 

-Y 

(i 6,  xxxiv.;  %* 'PZ^^i^iT 


(i5,  xxxm.)  S'en  va  l'heure1,  s'en  va  sa  com- 
pagne dans  la  vie2  sans3  faute4. 

(i  6,  xxxiv.)  Cela  est  dans  la  destinée5  depuis  le 
commencement0,  alors  que  les  dieux  étaient  sur 
la  terre7. 


pi.  IV,  répond  à  ^  V— i  et  signifie  «  transporter  i.  —  *  EH 

*  Cl  ©  200y,  voir  à  xvn,  l\.  —  »  I  *^T*  *|  epHy»  voir  à 
xii,  18.  —  *  «ht    — ^  "f-^,  voir  à  xvi,  3.  Pour  la  traduction 

l/£  r  1\  =  KAPA1A ,  voir  Rev.,  i,  172,  et  pap.  gn.  Londres, 
471  et  suiv.  —  6  POOY^»  voir  à  xn,  19. 

1  oyNOY  jfc»  0;  Pamont,  p.  22-23,  donne  cette  traduc- 
tion au  mot  démotique;  cf.  Setna,  p.  83,  i48,  162;  Koufi,  xn, 
2  G,  27;  Rev.,  iv;  86,  notes  17  et  18;  Rev.,  II,  11.  —  '  Xî6  1 

^   ,  voir  à  xvn,  11.  —  3  6MN,  voir  à  xvm,  19.  —  4  ^— . 

voir   à  xvi,    10.  —   5  fl  *    G\    cyxcyNl,  voir  à   xx,   10.  — 

ft-7)  «  -peu  — .  Ce  mot  démotique  est  traduit  par  APXH  et  par 
—  (lansCANOPE  (Chrest.,  i3i,  i38-i64);  cf.  Setna,  170;  Koufi, 
xn,  2,  19;  /ter.,  iv,  83.  Le  même  mot  (sans  le  t  ou  avec  le  t)  veut 


LE  PAPYRUS  MOHAL  DE  LEIDE.  453 

,7,  xxxv.)n^!!^lK?^vPV 


VOSnfeM^IrV-fcï^a 


(îy,  xxxv.)  Misérable1  est  le  soleil2  devant  les 
impies 3  ;  ils  sont  misérables  devant  lui  aussi 4. 


dire  «devant»,  voir  xx,  17,  18;  Poème,  vers  25,  59,  88;  Corpus, 
t.  II,  pi.  M,  1.  2  et  16;  Koufi,  xii,  1  (Revue,  îv,  81);  Koufi,  xvm, 
23;  Setna,  37;  dans  le  pap.  bii.  de  Londres,  2'  col.,  \.  4;  Bev, 

Égyi>t*>  XI,  p.  1 83,  f  j  est  transcrit  N^6T.  —  7  OO 
'  *  •    voir  à  xv,  19,  et  XYm,  i5. 

1  ïï\^  J^L  <?BB€,   voir  à   xvi,  3.  —  *  npH    J^  ©  J 
(      *  :  =  HA  102  (Rosette,  Chrest,.  3,  4  et  25  ;  Canopb,  Chrest,, 

11).  I  //S^7 —  est  lranscr^  KOMpH  (Leide  gn.,  v,  10).  Dans 
Je   bii.    de   Londres,    vu,     ai,     l  //*  "77  ^"f*""     est    transcrit 


RXNiipe.   Ailleurs   le  même   bilingue  porte   [   Z   X    h  (     \^ 

-pxM3oyet   9^/   j^     ri  S)  <J  =nxpo/^o     V; 

cf.  Poème,  p.  i65  et  206.  —  3  R  I  I   jj,  voir  à  xv,  19.  —  *  f  V 
1,  w,  17,  18;  wvn,  7. 


454  MAI-JUIN    11)07. 

(19,  xxxvn.)  ^fe^)«^«-«%-. fcr ra 


(18,  xxxvi.)  Alors  qu'ils  le  font  obscur1  en  pré- 
sence'de  sa  plus  grande  ardeur5,  il  est  le  maître5 
du  monde  encore. 

(19,  xxxvn.)  Alors  que  lame4  grandit6  d'œil 
(s'enorgueillit)  —  dans  la  demeure6  de  rétribution? 
où  il  doit  parvenir8,  il  le  met  (mot  à  mot  :  il  fait 
lui). 

1  KXKC  .*   TT,  xi,  i5;  xxxi,   24  ;   cf.  Poème,  p.  a43; 

pap.  gn.  Loide,  11,  13;  Setna,  p.  109;  Koufi.xi,  3a;  ïlev.,  1?,  81. 

—  *  A  lk>  * —  1  XO«i ,  xui ,  1 6  ;  xv,  8  ;  xx ,  1 8  ;  cf.  Koufi ,  yiii , 
ii;  xi,  3o;  l\ev.,  iv,  80.  —  3  f  _^^i,  vo*r  *  x*  l2'  — 
*  4=r*,  voir  à  n,  1),  et  à  |,  10.  —  •  Pour  le  grandissement 
d'œil ,  cf.  xviii  ,91.  Pour  an  «  grandir  » ,  voir  à  xvm ,  9 ,  et  pour  le 

mot   «œil»,   voir  aussi  à   xvm,    ai.    X£*    1    .  —  7    est    traduit 

y         o  0     / 

0PÀEI2  dans  Canope,   Chrest. ,    i63,   et  dans  Pamont,  36. 

—  *  i  JL,  voir  à  xu,  9.  —  7  TU>u>B6,  voir  à  xvi,  18.  — 
8  ncD2   J£>  y\,  voir  à  xvii,  i&. 


C3 


LE  PAPYRUS  MORAL  DE  LEIDE.  455 

(20,  xxxvm.)  ^î3ï$[Jl^Hâ!Î  —  ** 


;ai,  xxxix.)  ^T2|TTX1  J-  fc«« 


(  20 ,  xxxviii.)  Qu'il  y  ait  un  bon 1  gouvernement2 
(de  lame)  dans  les  épreuves3  ou  après4  les  obscu- 
rités 5. 

(21,  xxxix.)  Que  Dieu  écarte0  la  levée  du  mal7 
dans  l'angoisse8  (de  l'agonie)  alors  que  la  mort9 
vient10. 

1  NOHpe  I*  J,  voir  à  xvi,  9.  —  *  S6MI,  2MM6  **V 
î"v  ,  XX,  10;  xxl,  10,  16;  xxx,  i3,  20;  cf.  Chronique  démotiqiu, 
Bev.t  II,  1,  pi.  3;  ibid.,  pi.  1  et  3.  —  3  2IT6,  voir  à  xix,  i3.  — 
4  V  ^  NCX,  MNNCX.  —  *■  2HIBI.  Ce  mot  se  trouve  écrit  de 
même  dans  xi,  aa  et  xx,  10.  La  première  fois,  2HIBI  a  le  sens 
de  «faire  ombre»  00  t  protéger»  (qu'a  également  i  ||l«_,)ï  !• 
seconde  fois,  son  sens  propre  d't ombre,  obscurité»;  ne  pas  con- 
fondre avec   fjdll^f  (*MBi),IIENeOi:  de  Cahopi(  CArett 

i58).  —  8  Txceo  "^",  voir  à  xix,  19.  —  7  tcdoynîcuoy, 

mot  composé  dont  j*ai  parlé  et  cité  les  exemples  à  propos  de  xi, 
ai.  —  8  CCDOy  Cî  jl  £1  J\  arctari.  Ce  mot  se  retrouve  xxvi, 
6,  avec  le  déterminatif  de  l'argent  (pour  les  affaires  de  créance), 

sous  la  forme  ^    /    il    V     (  A  '  ^ans  Petib*8*»  n°*  9» 


•  » 


450  MAI-JUIN   1907. 


(22,  xl.)  Qui)  sauve1  mon  être  pensant2  (ma 
faculté  de  connaître)  que  la  torture5  d'âme  est  en 
train  de  poursuivre4. 

10  et  passim,  on  l'a  sous  la  forme     y    f  A>e  ,       .  —  9  MOYi 

voir  à  xvi,  17.  —  10    J    A  ,  voir  à  xvi,  6. 

1  V  V— 1    NOSM,  voir  à  x,  21. — *  COOYN,  voir  à  xii, 

1 A .  Je  reviens  sur  cette  question  d'une  façon  plus  complète  encore 
dans  une  des   notes   de   mon    Setme    [Rev.   Egypt,,    XII,    1-11). 

-  *  T  ^  !  1 w-  T  k  \  2s,  V--  ~ i  A-  "• 4- 

et  xx ,  22,  désigne  le  lieu  du  sacrifice ,  de  l'exécution  ou  des  sup- 
plices, ou  le  sacrifice  et  le  supplice  lui-même.  Il  est  tantôt  déter- 
miné par  le  billot  de  décapitation,  tantôt,  en  démotique,  par  le 
feu,  un  des  supplices  réservés  surtout  à  l'époque  romaine  aux 
sorciers  et  parfois  aux  chrétiens.  Le  feu  était  toujours  aussi  em- 
ployé pour  les  holocaustes  et  autres  sacrifices.  —  *  1  _  j\ 
KCDT6  a  ici  le  déterminatif  de  l'argent,  comme  dans  xxvi,  18,  et 
généralement  quand  il  s'agit  des  poursuites  exercées  par  un  créan- 
cier. Le  mot  1  . .  K  se  retrouve  sous  la  forme  C-*  WZ.i  dans 
Setine,  11,  29;  m,  i3,  25,  et  v,  11.  Dans  les  trois  premiers 
exemples,  il  signifie  «tenir  serré»  ou  «cacher»,  de  KTO  convoi- 
vere ,  c ingère ,  constringere ,  circumdare  ;  dans  le  quatrième ,  «  sceller  »  , 

à   rapprocher   de    ^ h\    «graver»    (Poème,    i58  et  bil.   de 

Berlin).    Dans    ces    divers    cas,   le   déterminatif  de   l'argent   est 


LE   PAPYRUS  MORAL  DE  LEIDE.  457 

23,  xli.)  v*>«!-1 — XaiJi 

COLONNE  2  1  . 


(23,  xli.)  G  est  la  levée  du  mal1  pour  l'homme 
de  Dieu  celle  qui  vient2  à  son  arrivée3. 

colonne  2  1 . 

(1,  xlii.)  Un  malheur  (une  chose4  dure5)  sans6 
faute7  n'est  point  à  craindre8. 

abusif,  tandis  que  dans  notre  document  il  est  très  à  sa  place. 
Voir  pour  ce  mot  et  ce  syllabique  xvi,  7,  et  surtout  la  disser- 
tation spéciale  que  j'ai  consacrée  à  ce  sujet  dans  le  numéro  iv  de 
la    11e  année   de  ma    Revue  êijyptologique ,    p.    198   et  suiv. 

1  TO)OYN,  2CDOy»  voira  xi,  21,  ce  mot  composé  employé 
déjà  plus  haut  (xx,  21)  dans  la  même  acception  spéciale.  — 
2  Voir  à  xi,  ai.  —  3    11^   61,  voir  à  xx,  i3.  —  4   I  jfr 

ujxxe,  voir  à  xix,  i4  ,  et  xx,  i3.  —  5  nxujt,  voir  à  xn,  2,  et 
xx,  i3.  —  fl  6MN,  voir  à  xvm,  19.  —  7  ^— ,  voir  à  xvi, 

10.  —  8  CNXT  HA~~*2)'  P  ^*»  n»  2^î  VIIT»  ll?  IX»  8; 
xxi,  1;  xxxm,  23;  xxiv,  1,  12;  xxv,  7,  8,  io;  xxvi,  19;  xxxiii, 


458  MAI-JUIN    1907. 


(3,  xliv.)  ^XTra—aa^MÀ 


(  2 ,  xliii.  )  Le  temps *  (  d  arriver)  dan»  la  demeure 2 
de  rétribution3  ne  tardera4  pas  pour  l'homme  de 
Dieu. 

(3,  xliv.)  H  y  a  celui  qui  est  patient6  en  ce  qui 
touche6  le  lendemain7  auquel  sa  main8  n'est  pas 
parvenue9. 

ii;  xxxiv,  î,  n,  2a;  cf.  Poème,  p.  220;  Roufi,  vu,  20;  ix,  5; 
xii,  12;  xvii,  10;  Rev.,  iv,  84,  note  3;  Quelques  textes  traduits  à 
mon  cours,  p.  xxix. 

1  CoycOY  fin^  CHy,  voira  xvi,  21.  — *  Érn»  vo*r  * 
xix,  9.  —  3  TCDCDB6  X  I  J,  voir  à  XVI,  18.  —  *  OICK  I  û 
j{  A,  xxi,  s%  19;  xxxiii,  19;  cf.  Koufi,  vi,  17;  xi.  17;  un, 
32;  xv,  34;  Met).  Eg.,  II,  11,  pi.  10;  iv,  78;  Poème,  p.  17a ;  pap. 
gn.  de  Londres,  vin,  1;  u,  11.  Dana  k  pap.  g*,  de  Leido,  xxh, 

16,  ce  mot  est  écrit    S  /  /     >^      J  ;  cf.  Rev.,  IV,  MX,  pi.  73 , 

note  7.  — 5  zopuj  N2HT,  voira  xix, /1.  —  (6-9)  «  ex B6.  Cette 
particule,    qui    intervient   sans  cesse   dans  notre  document,  est 

écrite  tantôt  ^^  1/    X  .w^,  comme  le  verbe  TCD1DB6  (c'était 


LE  PAPYRUS  MORAL  DE  LEIDE.  459 

4,  XLV.)  ^XTMJ'^^T^^V 


(4,  xlv.)  Il  y  a  celui  qui  ne  prend  pas  souci1  et 
dont  la  destinée  2  prend  souci. 

(5,  xl vi.)  H  ne  sera  pas  dans  la  demeure  de  pu- 
nition5 l'homme4  sage5  qui  a  pris6  son  cœur7  pour 
compagnon8. 

la  vieille  règle),   tantôt  \'     /  J \.    ***£•  Oaos  le  Koufi    (voir 

Rev.,  V,  i,  98,  note),  elle  s'écrit    iy  .  .   C/»  avec  *=>,==  6»  au 

lieu  de  I  <$  =  6 .  Elle  est  traduite  par  £111  dans  GàMOM  {CkresU, 
i33).  La  particule  composée  6TB6  JCe  «  retrouve  une  fois 
dans  P  amont,  ou  elle  est  traduite  par  ^  ...  Mais  générale- 
ment, dans  Paraont  même  {xix  et  29),  elle  est  remplacée  par 

/o  IX/  *2^)  avec  la  même  traduction  ^  . .  .  H  oa  est  de 
même  daas  le  bikague  d'Àbydos  (Rev.,  VI,  h,  pi.  3);  cf.  Koafi, 
xin,  3i,  etc.  —  7  fACT€,  Y*,  6;  voir  k  xv,  16*.  —  8  TOOT, 
voira  xvu,  11. —  9  fia>2  J£}  a,  voir  àxvn,  i4. 

1  rooyuj,  voir  àx,}^  —  *  LTiT  1 1  JL  voir  à  xv,  ai,  et  a 
xx,  a  et  3.  —  (*-*)  *  I  J2.  A,  ]  4,  déterminé  par  jt;  voir,  pour 
ces  <feux  mots ,  xxi ,  « ,  oè   IL   14,  bien  qa'ayant  ce  4éterminatif 


460  MAI-JUIN    1907. 

(6,  XLVir.)  XM«MJ^-XPJH« 

<=>  nn  1 1 1  i 

i    nn  i  1 1 1 

CHAPITRE  XVIII. 

(7-)  U^wSh- 


1 1 1 1 
1 1 1 1 


(  6 ,  xl vu.  )  La  destinée l  et  la  fortune 2  qui  viennent , 
c'est  Dieu  qui  les  fait  venir. 

Vers  48 3. 

CHAPITRE  XVIII. 

(y.)  Enseignement11   dix-huitième5.    (La   connais- 
sance  de  soi-même  et  la  voix  de  la  conscience.) 

funeste,  est  pris  dans  le  sens  favorable,  comme  X  **m  fp,  xxiy, 
a;  voir  aussi  àxix,  9,etxvi,  18.  —  4  pu)M6,  voir  à  xiv,  17.  — 
5  •  1»  v0*r  *  M'  10,  et  xvi,  18.  —  fl  XI  5f  V— •,  voir  a  xvii, 
23.  —  7  «HT  -^  «f-^,  voir  à  xvi,  3.  —  8  I  ^  *|  epHy. 
voir  à  xii,  3. 

1  LLI I  i  yli  voira  xv,  21.— •  fl  •  Q  qjxqjNl,  voir  à  xx, 
3.  —  3  L'addition  est  inexacte.  Peut-être,  comme  dans  le  cha- 
pitre xviii,  les  mots  t enseignement  dix-septième»  formaienl-ils , 
dans  le  texte  primitif,  une  ligne  à  part,  qui  a  été  comptée.  — 
4  CBCD  fl^  ]  V— 1,  voir  à  xv,  18.  —  6  MA2Ï2T.  La  préfor- 
mante des  nombres  ordinaux  MX?  =  00^  intervient  en  tête  de  tous 


LE   PAPYRUS  MORAL  DE  LEIDE.  461 

8'  M  SA22)T->~<we#Y«-î~IlIiI 


(9,  n.)  f^«  y  «-T^^TPi!!»rr; 

(10,  m.)  ie^)« -f  *-T!e^fm^V"k 


8,  i.  (Titre.)  Moyen1  de  grandir2  ton  cœur3  jus- 
qu'à 4  ce  que  tu  te  connaisses  5,  pour  ne  pas  être  en  péril G. 

(g,  ii.)  Le  grandissement  du  cœur  de  l'homme7 
sage8  consiste  à  tenir  conseil9  avec10  Dieu11  [ou  à 
prendre  conseil  de  Dieu): 

(io,  m.)  C'est  un  grandissement  du  cœur12  sans 
faute13,  en  sorte  qu'arrive  un  bon  gouvernement14 
(de  l'âme); 

nos  chapitres,  comme  dans  le  numérotage  des  tablettes  prophé- 
tiques de  la  Chronique  démotique  et  dans  les  décrets  trilingues, 
quand  il  s'agit  des  temples  de  premier,  de  second  et  de  troisième 
ordre. 

1  S  ç  *^*  mcdit,  voir  à  xi,  22.  — *  xixi,  voir  à 

xvii,  9.  —  3  — ^  «f-^  2HT,  voir  à  xvi,  3.  —  4  cyxre  (voir 
à xix,  2).  — 5  COOyN,  voir  à  xi,  6.  —  6  2U>qj,  voir  à  x,  9.  — 
7  pu>M6,  voir  à  xrv,  17.  —  («-14)»  I ,  voiràxi,  10,  et  xvi,  18. 

ix.  3o 


mrmiBr.Bii  aiTioiÂtK. 


402  MAI-JUIN    1007. 


(11,  v.)  \t3)*AJ«>"1— £\***k 


(1 1 ,  iv.)  En  sorte  que  l'impie1,  homme  sensuel2, 
connaisse3  ce  queThot  a  placé4  en  son  Cœiîf 5; 

(12,  v.)  En  sorte  que  parvienne6  la  honte7  au 
méchant8,  parce  qu'il9  n'a  pas  pris  conseil10. 

—  9  COffNI,  voir  à  xn,  1 8.  —  w  xy«>,  voir  kev.,  XÎ,  iv, 
p.  191  et  stiiv.  —  "  T  J  MoyT€,  voira  xtx,  12.  —  »  bmm, 
voir  a  xvm,  19.  —  M  ^^  "V-*  voir  à  xvi,  10.  —  !l  *6Ml  ÎHM6 
wVK,  voir  à  xx,  20. 

1   P  J!^'    V°îr   ^    XV'    19#   —   *  XHN>    XAM6,    XNXXY» 
voir  a  x,  18.  —  *  COOyN,  voir  à  xvit,  18.  —  *  XtD  ^  "V 
"^\  voir  à  xv,  i/i.  —  b  Nîhtm  ,  voir  à  xvi,  3.  —  *  nQ)2   J|> 

A,  voir  à  XVII,  i4»  —  7  «o»T6  I  V^S-'  T0*p  *  **•  ID*  — 
(S-W)  •  bokong  J  fr^V*.  ï-e  mot  fc/u  H  J^Z 
»  méchant*  s'écrit  Avec  le  d&erminatif  des  jambes  appartenant  à 
/  ilj^y  =  J  -A  «  arriver»  (voir  à  xn,  6,  et  xvi,  6);  le  dêler- 
mmatif  ftmeste  de  rhomme  se  frappant ,  appartenant  au  sens  ra- 
dical de  «cdcdng,  8u>n  J  f  çVi  c'est-à-dire  *  l'idea  de 
méchanceté,  et  If  défcrminatif  de  l'homme  debout,  servait  à 
mariner  le  nom  d'agent  du  «méchant»  (voir  x,  18;  xi,  9;  xn,  6, 


LE  PAPYRUS  MORAL   DE   LEIDE.  463 

(■a',  V..)  xr^HI-f<-XT 


(i3,  vi.)  Celui  qui  écoute1  ce  qui  vient2  en  son 
cœur,  celui-là  se  détourne3  de  la  peine4; 

12  ,  i3;  xiii,  3;  xvm,  10;  xxi,  12,  19,  20,  21,  22;  xxn,  i;  xxui, 
H);  WVI,  4>  9»   i3;xxi\,   16;  XXXII,   2^;  XXXIV,    12).    /  p  /  /-» 

est  traduit     J   1(5  V-  dans  Rliind  (4-6);   /o   L^  7   S   P*1* 

J  V         V"  dans  Rhind  {2-1)  et  dans  Pamont  (10-11).  Ailleurs, 

dans    Pamont,    on    trouve    la    traduction    **-*  V*-     (ïlUOYJî 

/   0    L    *f  "   est  rendu  par  ç  V-  dans  Pamont  (i4-i5), 

et    /  Q   /^   par  V*-  (ibid.,  p.  £9);  voir  p.  62,  etc.;  voir 

aussi  Setna,  p.  96 ;  Poème,  vers  i5,  2  3 ,  4i,  72,  p.  159.  etc.; 
Corptu,  L  U,  pi.  5.  Dans  notre  document  (xui,  u,  et  *vi,  23), 
le  mal   abstrait  est    écrit   y^sj     (  ^  =*   J   <j>  V*-  ^  •   C'est 

l'équivalent  de  So^fy'  ~  *  6TB6  dans  le  sens  d'eTM 
X6;  voir  à  xxj,  3.  —  10  CO6NI,  voir  à  xiv,  7. 

1   CCDTM^jV  J,  voir  à   xx,   9.  —  *    il  v\    61,  voir  à  xx, 

i3.  —  (3-4)  »  ^"T*  A  K<JIT€  et  ^"^T".^  NKOT  sout  pa- 
rallèles en  hiéroglyphes  et  en  démoùque,  et  paHow  on  écrit  le 
premier  mot  avec  l'orthographe  spéciale  du  second.  C'est  ici  le  cas. 

Le  verbe   -p    *w   J  i£    =  1    _    Œ*.  t  dormir  »  est  employé  avec 

ce  sens,  1,  2,;  vi,  i3,  23;  xm,  1 3.  Il  représente  le  "V/J^IX- 
=  (1  *  1^-î  de  Rhind,  4i5;  de  Setna,  16^-1^0;  n'a  Poème, 
p.  36,  1.  17;  p,   i3i  et  p.  221.  Dans  notre  document,  H  s'écrit 

3o. 


464  MAI-JUIN  1907. 


XTO— •«-^X^iiM 


1 


(i/i,   vu.)  Celui   qui   garde1    son   cœur2   et    sa 
langue3,  celui-là  se  détourne4  de  son  ennemi5. 

parfois  2—  . )  ~\J    I   J?\  »  avec  un    1  final  surajouté ,  et  cela  soit 

dans  le  sens  de    «dormir»   1    _    .^sz-  NKOT,  soit  dans  le  sens 
de  1    IT    7\    K(DT6  «tourner»  ou  «détourner»;  cf.  x,  4,7;  xu, 

i3,  1/1.  H  sert  alors  de  doublon  graphique  à  J^|([    *j;  voir  pour 

cette  forme  ce  que  j'ai  dit  à  propos  de  xvi,  7.  Pour  le  syllabique 

*5  =  1»  V0H*  ma  Rev'  ty*,  t.  XI,  p.  198  à  204.  La  forme  "7  # 

( d'où  est  venue   A/  ) ,   me  semble  devoir  être  comparée  à   2-f- 

de   fpi  ilS),  qui,  dans  Rosette  (Chrest.,  10  et  19),  représente 

V  j    ,    «mi.,  c'est-à-dire  signe  à  signe  V  1  """ *"  -m-  4 ,  avec  une 

ligature   analogue  à    j  /    =  1 /"\.  —  4    jl  Gl  V*- '  •  ^^  " 
xm,  8. 

1  ——  *J  Jk  V  V— •  «  garder  »  ;  dans  le  pap.  bil.  Rhind ,  ce  verbe 
sert  à  former  le  nom  de  l'archon   *A  jk    V  ^  ^^  «  il  garde»,  et 

n  démotique  il   est  écrit     L  V  r   [     J  ,   c'est-à-dire   avec  les 

mêmes  éléments  que    L  /    /   ('e  notre  texte.  —  *   — ^J  S  %,  2 HT, 

voir  à  xvi,  3.  —  (3-5)  3  *""1%,  XXC,  m,  6;  xxi,  i4,  16;  xxu, 
io;  xxv,  ai;  xxvi,  2a;\xix,  16;  xxx,  19,  ao;  xxxi,  5,  1 1;  xxxni, 


e 


LE  PAPYRUS  MORAL  DE  LEIDE.  465 


(  1 5  ,  vin.  )  Celui  qui  révèle l  une  parole 2  cachée  *\ 
c'est  comme  s'il  faisait  sa  maison4  brûler5. 

i4.   Entre    *~^   et   xxc    s'intercale    h  ty  f±-> >   y/    (Poème, 
vers  84),  indiquant  pour  le  syllabique  <-^  nés  la  nouvelle  lecture 


xxc.  Dans  le  pap.  gnostique  de  Leide  (n,  3  et  passim),  on  a  la 
leçon      V  ^jj   Y    —  xxc,    qui    est    devenue,    de    son    côté, 

y    /  //    ^?   dans  notre  document.  —  4  K(DT6,  voir  à  xxi, 

i3.  —  5  XXXI   ||^»  voir  à  x,  19. 

1  <y(D\n,  xxt,  i5;  xxn,  i3,  18;  xxm,  1;  voir  Poème,  p.  2.43; 
pap.  gn.  de  Londres,  11,  29;  pap.  gn.  de  Leide,  x,  36;  xin,  i; 
Moschion ,  vers  1 2  ;  hev.  Eg, ,  II ,  11 ,  pi.  69.  Dans  tous  ces  exemples, 
on  a  —*<=>>  <|j  ou   — -**!--<- ^   y^    tS/~- 

Dans  la  Chronique  démo  tique  :   I  y  y  /  /    /  '2—,  fT      ^/  )  ) 

éj     a\^~i  "M  se  manifestera,  faisant  resplendir  la  basi- 

lique d'or».  Dans  Pamont,  ©OXii  «révéler,  mettre  à  nu»  est  em- 
ployé pour  «nu»  :  ^^ y/j_  J  \J  -  ê  Ml  I £  *?**  <lonné 
des  vêtements  au  nu»  =  8   I  II    *2«  1  **—*  'w'  \k    \  Y  V—*  ^j^«  — 

2  !"**"2i  c9xxe' voir  a  xix* i/i-  — 3  2cDn  ilr  1k.  "  '  voir 

à  xvi,  16.  —  4  C^   Hl,  voir  à  xv,  i3.  —  5  JL  m,  [1  T  JL 

fl  CX'i'G,  xiii,  i5;  xxi,  i5,  20;  xxiv,  12;  xxix,  21;  xxxi,  21. 


4ftft  MAI-JUIN    1907. 

^  _^\  g1  ^  m  ai  *""'*  ^  *"  *- * — 

(>7-  *•)  X:t;-)ïn^^\, 


iixrM^-T\»-i,:,-x 


ij 


(16,  ix.)  Celui  qui  la  répète1  au  petit  de  cœur, 
celui-là  dit  :  «  Gouverne2  »  à  sa  barque3. 

(17,  x.)  Celui  qui  s'écarte4  de  ses  coups5  (des 
coups  de  langue),  celui-là  éloigne6  les  coups  de 
Dieu. 

1  îV  j.  Dans  le  décret  do  Rosette  (Glirest.,  4i»  186),  le  verbe 
/  =1  se  trouve  déjà  ;  voir  aussi  Rhind ,  n°  164,  1— )  Z  =  |  lk 
J;  comme  particule  composée  avec  V  ,  cf.  xx,  17,  18.  Le  mot 
NOMTG  t force»,  qui,  dans  le  Koufi   (xvii,   3o;  cf.  /ter.,  IV, 

j>.  88)  s'écrit     .  \  1  1^^\\\  o  3»   rt  (*ans  Setna   (p.    110) 

r\/ .  |  il   S  \i  prend  dans  notre  document  (xxiv,  8)  la  forme 

I     S  \  f    ,  ce  qui  établit  la  vieille  prononciation  de  1  V  1 , 
qu'on  a  voulu  lire  oyu>2M.  —  '  lOMi  ^  Vî\»  voir  à  x\,  90. 


—  *  xxc       \^,  voiràxxi,  1/1.  —  *  "^"  TACOO,  voir  à  xix, 
19.  --  (S-0)  r'  (UXXp,  III,  2/1  ;  IV,  \  ;  X,  ao;  XIV,  i3;  XXI,  17;  XXII, 


LE  PAPYRUS  MORAL  DR  LEIDE.  467 

(.s,  X..)  ^\-irîvf<- 


(19,    XII.)    fÇ^'f    t^J^^A^ 


*:âk*u*~ixi®'~t 


(18,  xi.)  L'homme  sans  vergogne l  dont  le  cœur2 
est  petit3  —  petit  est  Dieu4  à  son  égard. 

(19,  xii.)  Elévation  (on  grandissement8)  du 
cœur  °  du  méchant 7  —  que  le  temps  8  tarde 9  en 
elle. 

1  2  ;  xxiv,  7  ;  xxxiv,  i.  Voir  aussi  les  autres  documents  cités  à.  propos 
de  x,  ao.  —  «  OY©1  \  I  *^î  pour  U  forme^-*.*  (  ,  cf.  xxi 

17;  xxvi,  9;  xxviii,  ih.  Pour  la  forme  Y  '&~f  (  »  v0»r  ce  que 
i'ai  dit  à  propos  de  x\i,  6,  7. 


1  xx<y,  voir  à  x,  4.  —  *  îht  yw**-«  vo*r  a  XVI«  3. 
—  3  Pour  l'expression  c  petit  de  cœur»,  cf.  xix,  11;  x.u,  16, 
18,  33  ;  xxn ,11.  Pour  ^J  =  "îfc— ,  voir  à  xvii ,19.  —  *  j  \ 
\\oyvo.x  voir  à  xi\,  12.  —  5  ai  Ai,  voir  à  xvii,  9.  — 
6  2HT,  voir  à  xvi,  3,  —  7  BUICDN6  J  *  V-»  voir  à  vu, 
1*.  -'TH1®,  voir  à  xvn„  i4.  —  *  COCK  I  P  4  J  A,  voir 


a  xxi,  2. 


468  MAI-JUIN    1907. 

(20,  XIII.)    JÉLWQj^A^^t^^JL^  A^ 


(20,  xni.)  Est  élévation1  du  cœur2  du  méchant3 
comme4  la  flamme5  brillant6  pour  s'éteindre7. 

1   xi  XI,  voira  xvii,  9.  —  2  2  ht,  voir  à  xvi,  3.  —  s  BCDCDNG, 
voir  à  xxi,    12.  —  *  V  j  ^  1  =  KAOAÏÏEP,   voir  à  xi,  9?  voir 

r 

aussi  dans  le  numéro  iv  de  la  onzième  année  de  la  Revue  Egypt., 
p.  198  à  20/1.  —  5  CXTG  p  m\,  x  I,  "^  fê,  voira  xxi, 
i5.  —  6  Dans  notre  document,  comme  dans  le  bilingue  Rhind, 
le  mot  C*3  jk  neipe  prend  le  déterminatif  du  «bassin»,  sur 
lequel  il  faut  consulter  une  des  notes  de  mon  Petibast,  et  qui  vise 
ici  la  sortie  de  l'inondation.  Comme  dans  Rbind  également,  le 
déterminatif  -A  prend  la  forme  Ç^  .  Il  est  ici  surajouté  au 
déterminatif  j/L^f  =  ***     cf.   xxx,   6;   Pamont,  p.    22   de  mon 

édition,  à  propos  de  la  sortie  de  l'eau;  Pamont,  p.  3a;  Poème, 
vers  84,  p.  i34,  147,  149,   218;  Koufi,  iv,  i4;v,  a5,  26;  xii, 

24;  Rev.,  iv,  88.  Le  mot  0/ / \  signifie  aussi  «blé»,  j--j.  Ro- 

^*—-  •  •  • 

sette,  CkresU,  11,  16,  182.  Pour  4^-\  /  1  u  //)»  c^*  P*?*  gn* 
de  Londres,  11,  2,  12,  17,  2/4  ;  îx,  1,  3,  9,  i3,  i5;  x,  29; 
pap.  gn.  de  Leide,  m,  4,5;  xiv,  12,  29;  xvi,  2.  —  7  ci)  ci}  M, 

Pamont,  22-23,  porte  £_(  /  *K  5=^  j=.x*~~\  «éteindre». 
Le  même  mot  se  retrouve  de  Londres,  v,  12  ,  et  vu,  3. 


LE  PAPYRUS  MORAL  DE  LEIDE.  469 

(21,  xiv.)  ^we^/^y^^l^À^ 


(21,  xiv.)  Est  élévation  du  cœur  du  méchant1 
à  cause2  de  1  eau3  dévorante4,  afin  que  son  tombeau5 
(sa  mort)  passe6  (s'éloigne). 

1  Voir  le  verset  précédent.  —  2  6TB6,  voir  à  xxi,  3.  — 
3  Mooy  t~~~+  =mmz;  cf.  xxn,  i5;  xxiii,  i5;  xxix,  21;  xxxi,  6  et 
21;  Koufi,  xi,  7,   11;   Bev.,  îv,   75,   76;  Canope,   ChresU,  1/19, 

<f  2.  è es^  traduit  par  jj    ■     ■».  V— .  Hapi  est  rendu  dans 

le   grec   par  nOTAMOS.  Dans   Pamont,    p.   22,  t»~~\   répond   à 

"£  3.  ^ms  *om>  2.3—   es*  ren^u  Par  f"~*  (NOYN)«  —  4  Le 
mot     /O    ^      /    I  I     répond    à     I  <g  *— ^   j^      .    Le   verbe 

oy^JLïM    c manger»    correspond  :    i°  à      J   /*i  = -**— * \k  3^ = 

~— ' 5k 5k ï • Koufi • xn '  3iî^"  iv»88î  2° a  "^Ic^t^ 

j^,  Pamont,  35,  44;  Koufi,  xi,  32;  xvm,  i4;  Poème,  vers  55, 
63;  p.  56,  i3o,  i3i,  186;  Hhind,  xvi,  4;  pap.  gn.  de  Londres, 

verso ,  ix ,  3 ,  4  ;  de  Leide ,  vi ,  1 2  ;  xm ,  2  ;  3°     "/  _     J^ % 

ratique  q^i  ,  Pamont,  16  et  35  (il  est  traduit  par      1  \k  lk  T 

j^  )  ;  Koufi ,  x ,  3o  ;  xvm ,  5 ,  32.  H   faut  dire  que ,  dans  le  pap. 
gn.  de  Leide,  xiv,  4o,   cité  dans  le  Poème,   p.    186,  on  trouve 

V    (%>Zt    *^—  Il    4    z£r^ etque  Récrit 

presque  hiéroglyphiquement  a  le  sens  de  t  boire»,  et  J^i    celui  de 


470  MAI-JUIN  1907. 

(aa,  xv.)  £,wej$"-*y«.7'-*,aU«*^ 


A    A 


(22,  xv.)  H  y  a  élévation  du  cœur  pour  le  mé- 
chant afin  que  son  seigneur l  le  mande  *  et  que  celui 
qui  le  mande  aille9  à  sa  suite. 

(23,  xvi.)  Elévation4  du  cœur5  et  amoindrisse- 
ment6 (petitesse)  de  cœur7  produisent  la  destinée8 
de  leur  maître  9. 

t manger»  (cf.  vi,  12;  xi,  3i;  etc.).  Dans  Koufi,  vu,  4  et  5), 
Z  I  \  0<  ""  répond  à  OM6  «  morceau  »  Rappliquant  à 
un  morceau  de  rayon  de  miel.  Le  mot  oyAMe^  est  écrit 
^  (  w  G/*"*    C   (P*P-  g11*  ^e  Lelde,  xm,  1 1)  à  l'aide  du  môme 

syllabique.  —  5  OCDMC,  voir  à  xvi,s3.  —  •  CINI  s ,  ..     a, 

voira  xm,  20. 

1  ^-=»i— «i^t,  voir  à  x,  12.  —  s  Cl  J  A  2,0YI»  vo,p  ■ 
xii,  i4.  —  3  Voir  à  xi,  ai,  et  xx,  i3.  —  *  aixi,  voir  à  xvn,  9. 
—  6  2HT,  voir  à  xvi,  3.  —  fl  V*-,  voir  à  xvn,  19.  —  7  2HT, 
voir  a  xvi,  3.  —  8  JflU  1  1  *\,  voir  à  xv,  21,  et  xx,  1.  —  •  NHI 
^^  gt,  voir  à  xviii,  i3. 


LE  PAPYRUS  MORAL  DE   LEIDE.  V71 

COLONNE  2  2. 

(a,  xvm.)  ^-X^!»J<*T"XPiU 

(3,  xix.)  jj«x*TT|M,Mrr;ax 

A  "^*l    *~~\    1111    I  jÉT  A— V 


COLONNE   2  2. 


(î,  xvn.)  Leur  temps1  à  tous2  deux  constitue 
une  expérience3  dans  la  main4  de  l'homme  sage5. 

(2,  xvni.)  Leur  venue6  est  dans  le  conseil7  (le 
dessein,  la  providence)  que  fait  se  lever8  (se  mani- 
fester) Dieu. 

(3,  xix.)  Ce  n'est  pas  l'homme  sage9  et  instruit10 
qui  connaît n  la  vraie  science. 

1  PP©  coYcoY»CHY>  voir  à  xvi,  ai.  —  *  THpOY-=»  9 
1 ,  xvm ,  3  ;  xxii ,  1  ;  xxx ,  1 5  ;  xxxn  ,6,  10;  Poème ,  vers  3 1 ,  p.  168, 
5/17;  Koufi,  x,  3s ;  xi,  1;  xvm,  3 3.  Pour  les  diverses  formes  de 
THp,  dans  le  Koufi,  Rev..  iv,  85,  note  10.  —  3  XONT,  voir  à 
xii,  i5.  —  *  ntoot,  voir  à  xvm,  11.  —  5  Voir  à  xi,  16,  et 
xvi,  18.  --  •    il  A    61,  voir  a  xx,  i3.  —  (7-n)  7  COffNi,  voir 


i72  MAI-JUIN    1907. 


(6,  xx.)  Ce  n'est  pas  non  plus1  l'homme  sans2 
vergogne  et  le  méchant3  dont  l'aventure4  est  le  péril 
ou  la  peine5. 


à  xu,  îS.  —  *  rwoyw 

.  voir  à  si,   si,  —  *  Voir  à  11,  10,  et 

m,  18.  —  "  cooyri,  1 

«ira  xi,  6.  —  "  cooyh,  voir  à  ivii, 

voir  à   x,   A.   —   *  «eut 
(^-si'^Q  con,*ùvi,xi 

m.  3,  et  m,  17.  —  '  AXff,   xxxi, 
m.  7;  voir  Lévi,  iv,  p.  3,  553;  cf.  xxu. 

4;suu,7j  xïxii.  14.  El 

■  Ur'  £3  iS,{-r3-2-J 

£-7*     £*      /   <  l-  1 

1      )U-     il?-     .nnint     holl*     J«     („.,( 

l'aventure  île.  celui  qu'on  n'a  pas  au   rendre  solide ■  (ou  qu'on  n'a 
pas  repris),  lier.,   1,  p.   161.  Dans  Camope,    i36  :  /j    ■—?•* 

TÛN  ArETHS   MEnïTON   ïnOMNHMA.   •£""  —  """"Cl   *" 

aussi   de  préformonle   à   des   noms   abstraits  ou  à  des   noms  de 

métiers,  comme  l'a  dit  Lcvi  (ko  cifeto)  :  \E/    ?^  >  ,    -j-    t^ 

ip.   un.  <le  Leide.  revers,  il,  pi.  C; 

-£     «chaulFer»,   lir^  de  Stppet,  pap.   gn.   de 

Leide,   xx,   î5.  On  a   aussi:  _       ,    1-li-    ■  fabricant  i!h  unes 
7.    fl  2_ 


■v= 


LE   PAPYRUS  MORAL   DE   LEIDE.  473 

5,  XX,.)  i«H,(i,Mrr;ai,,M«-H"i 


Y  *- 7  jH  *-*  X  "1 1 

(6,  xx„.)  ^-XaaMi^-XPZM 


-^-i^-»->«a^rF: 


(5,  xxi.)  La  connaissance1,  le  jugement2  et  l'élé- 
vation3 du  cœur4  viennent5  de  Dieu6. 

(6,  xxii.)  I^a  destinée7  et  la  fortune8  viendront9 
[sic)  quand10  il  les  fait  se  produire11. 

lit;s»;  Uj '/£/  £-3_  /       €  marchand  de  légumes  »  ;  J*    £_   X  -2- 
i  fabricant  de  vaisselle  »  ;  Ar  /  C  ^-  y,\    Yt   a  boulanger  de  pain  de 

Syrie»  ;  ?  ^  lll  0  T^~  -  tisseur^  elc-  Q  =  t^Z  C  Kn  a  ici 
le  même  emploi  que  CX;cf.  Cxn^XX  more  ebriorum;  cf.  r\ 
<w  .  «  acte  mauvais  » ,  /~\  /*~~\  ^k  Q1  ^^  ^  _  •  erreur  » ,  etc.  — 
5   2CDU),  2cdoy<^»  voira  x,  9. 

1  cooy'I,  voiràxi,  i. — *  I    "    ,  \#/J  cdfi,  voira  xyi,  18. 

—  3  xixi,  voir  à  xvii,  9.  —  *  2HT,  voir  à  xvi,  3.  —  *  I 
I  a   61,  voir  à  xxt    i3.  —  •  NOYT6     \È*  vo*r  a  XM*   **• 

—  7  Ull^  \1*  voir  àxr,  11.  —  8  PJJJ^O  cpxcpNl,  voir  à 
x*,3.  —  9  rlx  ei.voirà  xx,  i3.  —  (io-H)  ,#  eu>ci>n  (<=>^). 

Cette  particule  _^  /  =  6U)CDii  «  quand  •  est  employée  dans 
le  décret  de  Cajopb  (Chrest.,  i33);  voir  aussi  Moschion  /ter.,  II,  11, 


474  MAI-JUIN    1907. 

CHAPITRE   XIX. 

(7-)  iPfcwa-551 

(s,  h.)  jn«a^«lw5k(K-T*ii 


1-^-ATî 


Ç 


CHAPITRE   XIX. 
LA  DOUCEUR  ET  LA  MODERATION  DANS  LES  PAROLES. 

(  7 .  )   Enseignement 1  dix-neuvième. 

i.  (Titre.)  Moyen2  pour  faire  être  (pour  acquérir) 
ta  tranquillité*. 

(8,  il.)  Être  doux4  en  toutes  ses  fibres  intimes5, 
c  est  la  louange  6  de  f  homme  sage 7  ; 

pi.  65 ,  etc.  Distinguer  w)  /  e%ep  t  quand  » ,  de  ^2  y  (  / 
€JX€P  «si»,  traduit  par  SAN,  pap.  gn.  de  Lcide,  viu,  27,  3o; 
cf.  Poème,  p.  164,  m,  *t$»  Corpus,  t.  H,  pi.  1,  L  18;  pi.  3, 
i.  8  et  12;  pi.  5;  etc.  Ces  deux  particules  se  sont  confondues  dans 
eupcDiï,  qui  en  copte  signifie  tsi»  et  «quand».  —  u  TCDOYN, 
voir  à  xi,  2. 


1  CEO»,  voir  à  xm,  8.  —  *  9  <g  ***  MOMV,  voir 

à  \i,  2».  —  ^7)  «  c^fxsr  |1  G  f-*^»  x,3;ïui,8;Min,  7, 


LE   PAPYRUS  MORAL  DE  LEIDE.  475 

(9,  m.)  Hk~~~\--^*I«~P\Ï 


^kT**W'K§ri=* 


<io,  iy.)  ^^^j'âi^^Jni'âi 


(9,  m.)  (Tandis  que)  la  puissance1  de  l'homme 
sans  vergogne  *,  dans  son  pouvoir  tyrannique3,  s'en 
va'1  derrière  la  mort5  qui  approche6. 

(10,  iv.)  Ne  point  rendre  dure7  ta  parole8  :  ne 
point  dire  les  gros  mots*  de  ta  langue10. 

8,9,10,12,15,  16,   18;  XXIV,  21.  •  ?^  /  =fl  Q  I**-* 

-^AXOAAELA  dans  le  décret  de  Rosette  [Chrett.,  p.  23).  — 
4  «NON.  v,  1;  xxu,  8;  xxxiii,  i3;  xxvu,  16;  xxxui,  12.  —  8  I 

VIL  voir  à  xfiu,  22.  —  •  |  f  jl  J)  2CDC*  *•"■  *  tt*  *3.  — 
7  Voir  à  xi,  10,  et  à  xvi,  18. 

1  [)#  V«-h(J  )  u>XOM,voiràiv,  2,  et*  xiv,  ii,—  *  XA«, 

voir  à  x,  4.  —  s  H*,  voira  xi,  18.  —  4  Voir  à  xi,  21,  «t  xx,  i3. 

.  Le  mot  l.  /  ~"  _  s®  trouve  dans  notre  document ,  xxn , 
9  ;  xxv,  5 ,  xxxnr,  1 9  ;  dans  mon  deuxième  mémoire  sur  les  Rfem- 
myes,  pi.  2,  1.  4  et  5;  dans  l'inscription  de  Néron  (ibid.);  dans 

Pamont  :    U  *\      X~  |//  3^/—   O     ^     /f~  ■  --   CL 
Koufi,  xxi,  11.  —  7  nxcijt,  voir  à  xii,  2.  —  (*-••)  •  ijf&OY, 


476  MAI-JUIN  1907. 

(11,  v.)  MTivîliw^^^V^ 

(1a,  vi.)  ï:>-y«-ê^r— =~\»~~^ 


(  1 1 ,  v.)  Les  gros  mots *,  qu'il  en  soit  fait  punition2 
dans  les  membres  comme3  du  blasphème  ou  du 
parjure  (réponse mauvaise4). 

(  î  2  ,  vi.  )  Ne  point  être  petit 5  de  cœur  6  :  tu  prends 
la  parole7  :  tu  perds  l'occasion  (tu  te  fermes8  le 
temps9)  d'entendre10. 

1  Ç  MÏ»  x»  l^î  XXI1'  IO»  1!*  91»  xxin»  2î  XXL»  ^ï  xxviii,  à; 
xxxiv,  18;  7~S  =1  V  2|  dans  Rliind,  n°  36o;  cf.  Poème, 
vers  7,10,22,35,71,72,  pages  80 ,  et  2o5  à  2 10  ;  Moschion  Ret: , 
11,  11,  pi.  70;  Koufi,  \n,  24,  25;  Rev,,  iv,  86;  Rev.,  v,  i8i,  i85; 
Pamont,  p.  60  et  66.  —  9  Ou  c grande  parole»  soit  dans  ie  sens 
d'injure,  soit  dans  le  sons  d'orgueil.  —  l0  XXC,  *~~*  \<C,  voir 
à  x\i,  ià- 

1  Ou  •  grande  parole».  —  2  OCG,  voira  m.  5,  —  s  V  jil, 
\oir  à  xi,  9,  et  Rcv.  Ey.,  xi,  p.  200.  —  4  Voir  Rvv.  Ey.t  xi,  p.  ïo4 
à  218.  —  b  ^fc—  »  voir  à  xvii,  19.  —  6  2HT,  voir  à  xvi,  3.  — 
7  f*  =  oyo),  voir  Rev.  Ég.,  xi,  p.  204,  218.  —  8  qjcop, 
obturait:  Le  mot  qjxxp  t  frapper»  s'écrit  de  même  en  démotique, 
voir  à  x\i,  17.  —  9  TU,  il  ©,  voira  xvii,  ih. — 10  CCDTM, 
*J  \^  \  ♦  voir  «  XX  ,  9. 


LE   PAPYRUS  MORAL  DE  LEIDE.  477 

(«3, vu.)  ^°."3jTTI"3jw^TA 

^^■^^^^  k  k         ^      ^k      ^^^^^^^^^  j^^^/^^^^b  ^^^^^^^^^k 

:         ^     B    B      ^_      ■  BV  /^^»^\     -»-»-»    r*"^ 

■        11^1        A  I    I    I  "V**  /^**a  = 


-.   Q 


(i3,  vu.)  Ne  point  révéler1  les  choses  cachées2 
de  l'homme  sage3  parce  que  tu  les  as  entendues4; 

(i/i,  vin.)  Mais  que  grandisse5  sa  louange0  de 
cœlir7  et  d'acte8  à  cause  de  ce  que  tu  as  entendu9; 

(  î  5 ,  îx.  )  En  sorte  que  vienne  l'eau 10  dans  le  vin  H 
sans12  eau13  (mettre  de  l'eau  dans  son  vin  sous  ce 
rapport). 

1  ffoxn,  voir  à  xxit  i5.  —  a  2HI1,  *W*\l  x*  voir  à  xvi, 
îO.  —  3  Voir  à  xvi,  18.  —  4  Mot  à  mot  :  propter  auditionem.  — 
5  Al  Al ,   voir  à  xx,  d.  —  6  8  f  \\  j^,  2CDC,  voir  à  xix,   28.  — 

7   2 HT,  voir  à  xvi,   3.  —  8  ,  voir  à   xiv,    17.  —  9  Propter 

auditionem.  —  10  nMOOy  »  /"■»*  =^=t  voir  à  xxi,  21.  —  u  Hf  n  , 
I  A^ ,  xvii  ,12;  xxii ,  1 5  ;  xxix ,  a3  ;  xxxtt  ,12;  Poème ,  p.  253. 
—  12  6MN  voir  à  xvin,  19.  —  13  MOOY- 

i\.  3i 


lUrtlurBiP.    ItTI.IMlr.. 


478  MAI-JUIN   1907. 

(.0,  x.)r^jn*-i-xw^JH 


• 

(18,  XH.)  ri'âîTt'f^ — 


(î  6 ,  x.)  Ne  point  vexer1  qui  te  vexe  jusqu'à2  ce 
que  son  jour3  arrive*; 

(17,  xi.)  Celui  qui  navigue5  avec6  le  navire7, 
celui-là  est  rejeté8  (débarqué)  au  temps9  où  il  doit 
être  rejeté  (débarqué)10. 

(18,  xii.)  Ne  point  révéler11  les  choses  qui  sont 
en  ton  cœur12  à  (on  sur)  ton  seigneur 15 ,  en  fait  de 
pensée1'1  (ou  jugement). 

1  ^  I  \  ^   KtDCDse,  voir  à  xix,  22.  —  *  ci)XT6,  voir 
à  xix,   2.     -  »  iigm   200V   1X1^,01©,  voir  à  xvn,  4.  — 

4  no>2  Jfo  ,  voir  à  xvn,  i£.  —  6  •  ^»_*  rf)X-f-,  pao>T,  voir 
]a  même  forme  dans  Poème,  p.  168;  Setna,  p.  82,  87;  Rev.,  11, 
u,  pi.  3  et  pi.  67;  Corpus,  t.  H,  pi.  2,  1.  5.  11,  17;  t.  II,  pi.  7, 
1.  8.  —  6  \y<D  l\t  voir  Rev.  Ég.,  xi,  p.  192  et  suiv.  — 
(7-11)  7  ^ ^   «l'on    caréna    navis,    voir    xxiv,    i5.  Le  déteF- 

minatit'de  l'argent  a  vlû  emprunté,  dans  les  deux  cm,  à       0}  tca- 


LE   PAPYRUS   MORAL   DE   LEIDE.  479 


ao.xiv.)  r^HWM~â> 


Pl!!*rTi3i!«JL3iSr 


€ 


(19,  xiii.  )  Le  conseil 1  qui  arrive  2  à  l'homme  sans 
vergogne3,  qu'il  soit  léger4  comme5  le  vent6. 

(  2  o ,  xiv.  )  Ne  point  multiplier 7  les  jugements 8  de 
ta  langue9,  pour  conseiller10  sans  qu'on  t'interroge11. 

pital»  (en  argent).  —  8  2CDOyi,  voir  à  xvin,  i4.  —  9  TH  11 
©,  voira  xvn,  i'i.  —  10  Mot  à  mol:  «du  rejet».  —  u  6*u>xn, 
voir  à  xxi,  i5.  —  12  2HT ,  voir  à  xvi,  3.  —  ls    ▼  ,— -*^^,  voir 
à  x,  îa.  —  14  o>n  \  _  ,  voir  à  xvi,  18. 

1  coffNi,  voir  à  xii,  18.  —  *  ncD2   Jfc  ,  voir  à  xvn,  14.  — 

.T.  v  ij 

3  xx<y,  voir  à  x,  4.  —  4  xcixi.  Bien  distinguer  f/j  <^/|. f_ 

(^  —  ±$)   xcixi*  être  léger»:,*  de  ^/^  ^  ff    f 

(  ^  néJFi  jn  OC 6  «peine  ou  châtiment!  qui  dans  notre  do- 
cument s'écrit  toujours  avec  *— j  (voir  à  xn,  5)  et  dans  ies  docu- 
ments ptolémaïques  avec    jk     (toujours  avec  le  détermi  natif  de 

l'argent);  20  de  C^.fJI  ^T  =  IHC  «se  hâter»  (xxn,  21)  <jui 
s'écrit  .ussi    £  £     7/ ^r    ^"*"<8^"*"A^=S=^ 

fl  -4r-     OU     Tkfl^-4^A=IHC     (Vil,      18;      XXVIII,     23).     — 

5  Voir  à  xi,  9.    —   («-H)  6  NIMB  THy,    voir   à    xvi,   aa.    — 

3i. 


480  MAI-JUIN   1907. 

7  A  ci)  Al,  voir  à  xvi,  5. — 8  \/^fj.Lemot  J  9  .^  y  ^< 
ou  l2jyf\\  y  i  ^  se  trouve  xxii,  20,  23;  xxvii,  11;  xjli, 
i5,  18.  Il  signifie  «juger,  juge  et  jugement •  :  ^  f  ffj  2 
\/)ilt'i-+K*))  «les  dieux  qui  jugent»  (Pamonl,  2);  ^  if   ^  £ 

irnTrf\\(Pamonl'7);  m  %±KJ*L-  £  ^ 

*!/>  =  — ^\\^(Pamont,9)i///    \J"}     (1   d^V 

-  7  1  c^-  U>  —     ^^53^     ^  ^  V 

I  /)  Il  I    1+  J)  «  ton  nom  :  il  juge  les  voies  en  ton  nom  de  juge 
salle  de  ceux  qui  jugent  (ibid.);  une  transaction  est  faite  (Nouv. 

J  Q ?   '  «  '  /  xjii  «devant  les  juges  qui  font  justice  à  Thèbes)  ; 

une  autre  transaction  indique  que  ce  sont  les  prêtres  d'Amon  «qui 
font  justice  à  Thèbes  » ,  tous  tes  actes  de  vente  par  écrit  pour  argent 

mentionnent  le  tribunal  île  lieu  de  justice»  2f«  ^J  -^  /aI^Lj^ 

[  2s  ({l    °ù  le  serment  doit  être  prononcé.  Enfin ,  dans  mon 
second  mémoire  sur  les  Blemmyes,  l'inscription  dcTerermen,  1.  1 

et  18,  mentionne  :  //\  u  *b //)  -  <£*  «^  H  ^27  2  V  «le 
grand  juge  de  THermeion».  — °  a<— v  \  ^c  xxc,  voir  à  xxi, 
\h.  —  10  cogni,  voir  à  xii,  18.  —  "  oyo>,  voir  Hev.  Ég.,  jjt 
p.  204  à  217. 


j.*\  ■?  *■  *-••_- 


LE   PAPYRUS  MORAL)   DE   LEIDE.  481 

(21,  w.)  X T J^>  *-* l ■  3i "-- ! e ^- 1 1Ê 


22,  xvi.)  J'— |j— iTJ^.Tâii'-'X 


:^«V-v«-î*"PfcilM;7;a 


(21,  xv.)  Celui  qui  hâte1  sa  voix2  en  pariant3 
ment4  dans  sa  réponse5. 

(22,  xvi.)  On  n'écoute6  pas  les  dires7  du  pusilla- 
nime8 dans  une  convocation  officielle9  [ou  un 
rapport  public). 

'  ICDC  jL  P  A  J^  P  "^~  A  »  vo'r  ce  (ïae  j'a'  dît  à  propos  de 
w,  19.  —  2  rfjpcDoy  I  <a  ^f\,  voir  à  xn,  10.  —  3  eqqjxxe. 
Ainsi  que  je  l'ai  dit  plus  haut  et  dans  une  note  de  mon  Petihast, 
7  l)  en  démotique  répond  à  tous  les  sens  de  U|XX€  :  «converser, 

parole,  chose»,  etc.,  et  jamais  à  ceux  de  MOYT6  :  «appeler, 
crier»,  etc.;   I   signe  de  la  langue  est  un  polyphone,  voir  à  xix,  i4. 

—  4  .=*— i  1  ^II  ^f—  0x1,  voir  à  xiii,  9.  —  5  oya>qjB  V 
=-=  J  ^fc,  voir  à  xi,  3.  —  6  <jf  V  ^m.  ccdtm  ,  voir  à  xx,  9. 

—  (7-°)  'J^xœ.m,  2,  3,4,5,  6,  7,  8,  10,  11  jrv,  4;  x,  12; 
\,  20;  xxin,  5,  etc.  Le  verbe  ^  est  écrit  y  /  <  dans  le  bi- 
lingue Casati  (édition  académique,  p.  i3i;  Ane.  Chrest.  dém., 
p.  94?  Nouv.  Chrest.  dém.,  p.  91),  où  il  est  traduit  par  ATAHTHS, 
et  dans  notre  document,  xxn,  22;  xxvi,  24;  xxxi,  5;  voir  Canope 


482  MAI-JUIN  1907. 

(23,  xvii.)  j'— :— >^Mmâi-=-y«- 

COLONNE  a 3. 

(i,  xviii.)  j.~ -Sm^—^— r^!«JLâ)i 

(23,  xvii.)  On  ne  fait  pas  revenir1  le  jugement2 
au  cœur5  d'un  fou4  par  (acte  <T)autorité 5. 

COLONNE  2  3. 

(1 ,  xviii.)  On  ne  brusque6  pas  autrui7  sans  le  lui 
avoir  manifesté8  (le  jugement)  par  voie  de  prière9. 

pour  £    (Chrest.,  1/18  et  168).  Dans  le  pap.  bil.  de  Londres, 
col.  vi,    1 ,  /)[     C  il  est  transcrit  v     à     /y^\  Dans  le  bil.  de 

Berlin  ^j^  =  VX  L]  £  —TecDC.etj  /   K/p    «^     V2" ^ 

=  (jl^/p  (y    9    1/     <   =  t«c£i&*  (pap.  bil.   24 10  et  pai- 

#fm);    ^=*   ^"ï  Bil.  Rhind  n°  294.  —  8  nxKe  NtHT.Les 
mots  x<l*p  nxK6  N2HT  sont  traduits  par  ôhyo^xnatv ;  cf.  riOK 

I  j^  dans  le  sens  d'annonce  (txmo  ),  de  notification,  de  rapport 

et  à  CGMi  CMM6  convocation  en  justice,  accusation;  voir  à  x,  8. 

1  «=»,  cf.  x\ix,  17.  —  (*-«)  '  \/  x  j^,  voir  à  xxii,  20.  — 


LE   PAPYRUS  MORAL  DE   LE1DE.  483 

(2,    XIX.)     J'^'^^'^XPk^k*' 

(3,  xx.)  Ji  —  jLLlwlflllw^âl^^^^m 


(  2  ,  xix.  )  On  n  amène l  pas  l'impie  a  dans  l'obéis- 
sance3 par  de  gros  mots4  (par  parole  grande). 

(3,  xx.)  On  ne  vanne5  pas  (non  plus)  la  graine6 
de  son  fardeau 7  par  un  souffle  8  léger. 

3  2ht  — *  •#•  ^c,  voir  à  xvi,  3.  —  4  co<?,  voir  à  x,  5.  —  ■  ? 
V  V— j  ujxom ,  voir  à  rv,  a ,  et  à  xiv,  i4.  —  6  Voir  ce  que  j'ai 
dit  de  ce  mot  à  propos  de  xi,  17.  —  7  K6,  voir  à  xvi,  17.  — 
8  <ycDxn,  voir  à  xxi,  i5.  —  9  cijxhx,  voir  à  xn,  19. 

1  NX,  voira  xi,  ai;  xv,  i3;  xvm,  10.  Le  mot  £_  2^  $  ♦ 
%L  7\  ,  malgré  le  déterminatif  des  jambes ,  répond  plutôt  d'or- 
dinaire à  NX  «avoir  pitié»  qu'à  NX  «venir  ou  amener».  Dans  notre 
passage  il  répond  à  cette  seconde  acception ,  à  laquelle  se  réfère  le 
déterminatif.  —  *  U  11^»  voir  à  xv,  19.  —  s  C'est  un  dtiroÇ  Xsy6- 
(isvov.  J'y  ai  vu  le  sémitique  129.  Le  contexte  exige  quelque  chose 
d'analogue  à  «obéissance,  culte,  religion  ou  repentir»,  en  dépit 

des  déterminatifs  funestes.  —  4  I  j^  ,  voir  à  xxn,  10  et  11. 
~  *  ujœcy  esox  ^ ^^^  ^  .  —  (o-S)  «  ^  ^  (Edfou).  Le 

mot  est  écrit  avec  une  orthographe  se  rapportant  à  [£  «  corps  » , 
cf.  xxxii,  8,  9;  et  avec  une  décomposition  alphabétique,  xvm,  12. 


484  MAI-JUIN    1907. 

(5,  xxn.)  ^^«e^y^  <*>-,-* ){|e] 


(/i,  xxi.)  L'homme1  sans  vergogne  ne  prendra2 
pas  part3  dans  les  biens4  (célestes)  à  cause  de  sa 
(seule)  venue5. 

(5,  xxn.)  Meilleure6  la  part7  de  celui  qui  sait 
attendre8,  que  la  part9  de  celui  qui  dit10  gloire11 
(qui  loue  Dieu). 

Il  y  a  là  un  calembour.  L'auteur  a  visé  en  même  temps  la  graine  et 
le  corps  du  pécheur,  en  se  servant  pour  les  deux  de  la  métaphore 
du  van  et  du  souffle.  —    7   CDTli  "*k     ^    &,  xxm,  3;  x\x,  22. 

1  AA<y,  voir  à  x,  4.  —  2  XI  5?  V— 1,  voir  à  xvn,  a3. —  sTO 
<(V3,  voir  à  xin,  5.  Ce  mot  se  trouve  dans  tous  les  contrats  de 
partages  d'hérédités.  —  4  ^^  41 ,  voir  ce  que  j'ai  dit  à  propos 
de  xi,  21  et  xii,  1 5.  —  °  K  GIN6,  voir  à  vi,  3;  xn,  4;  xix,  i5. 
On  peut  traduire  aussi  «à  cause  de  (son)  apport».  —  *  NXNOy 
(xnai  SQ^db^J,  voir  à  xiii,  10,  etxvii,  ig. — 7  TO,  voir 


à  mii  ,  5.  -  —  (8-11) 8  (?cd  morari,  moramfacere ,  cessare,  etc.;  Q  jk 
"Y    «  empêcher,  faire  obstacle,  cesser,  faire  attendre»,  voir  in,  7;  yt 

J3  W  JS  a-— \  Jt  1^1  3l  A  "  Pei's'siance  dans  1*  dureté 

de  paroles»;  cf.  xxm,  5;  xxvii,  6  et  i3;  xxxm,  if\.  H  faut  remar- 


LE  PAPÏRUS  MORAL  DE   LEIDE.  485 

(6,  xxm.)  v1  :^ »«-■*. p  v?; a — rs — 


S  — • 


.  JE 


6,  xxm.)  Il  vaut  mieux1  bénir2  autrui  que  de 
faire  honte3  à  celui  qui  te  fait  affront4. 

(~,  xxiv.)  L'homme  sage  sans5  paix0,  sa  perfec- 
tion" (d'homme  sage)  n'est  point  arrivée8. 

quer  qu'en  général  Q,  en  démotique  surtout,  répond  à  G.  J'en 
pourrais  citer  des  centaines  d'exemples.  —  *  TO,  voir  à  xm,  5. 

—  ,0X.cd     "U"V  voira  xxn,  22. —  »  eooy   I  ^L  \  *1  ;  Setna , 

p.  109;  Koufi,  xi,  27;  xviii,  6;  Rev.,  rv,  80;  Quelques  textes  tra- 
duits à  mon  cours,  p.  xxvii;  pap.  gn.  de  Leide,  xiv,  1. 

Mxrioy,  voira  xm.  10,  et.wu,  19. —  *  CMOy  ^V 

Jï,   \oir  à  xvi,   21.  —  3   BO>*re   1  V^lc»  voir  à   xi,    10.  — 

*  ccucy,  xxm,  6;  xxv,  18,  19;  xwi,  2,  3,  11;  xxvu,  i5,  16; 
wvm,  8.  A  côté  de  CCDU)  nous  avons  en  copte  la  forme  CCDUjM, 

en  démotique  aussi  £ e£^  /L  ~H~  1  K.oufi,  xi,  32;  Rer. .  iv, 
80;  Poème,  2  3o.  —  *  6MN,  voir  à  xvm,  19.  —  *  CffpxîT 
H   Q  !«»— 1,   voir  à   xxii,  8.  —  7  Q»   vo*r   *    **"»   4-    — 

*  no>2   Jfc,  voir  à  xvn,  i/i. 


48tf  MAI-JUIN  1U07. 


(8,  xxv.)  Le  disputeur  (ou  le  batailleur)1  alon 
qu'il  y  a  paix2,  son  action3  ne  fait  pas  défaut  *  (w 
manque). 

(9,  xxvi.)  La  joie5  (ou  la  fête)  sans0  paix7,  soi 
maître  *  n'est  vraiment  pas  satisfait9. 

premièrr  de  ces  formes,  cf.  vu,  3;  xv,  1a;  xxm,  8;  x.\rv,  i£;  Ro- 
skttk,  Chrrst.,  p.  5a.  Pour  la  deuxième,  voir  Ckron.  dém. ,  Rei\,  I, 
iv,  pi.  *>;  lievue ,  p.  160;  Setna.p.  3a,  i53,  i56;Cam>pb,  Chrest., 
p.  i33,  traduisant  /•  C  y^  (Mxxi)  P*r  IIPOIIO- 
AEMEÛ.  -  *  c<ypx2T  j)  J3J**-i,  voir  à  xxn,  8.  —  *  "•*. 
voir  à  \iv,  17.  —  4  oyu>CM.  Je  n'ai  trouvé  qu'un  autre  exemple 
de  ce  verbe  dans  le  papyrus  moral  d'Edimbourg.  —  •  OypOT 

£  V^J  *    ys//^   t  .  Setna,  p.  3;  Poème,  vers  95  et  66; 

Kouii ,  \ ,  3?  ;  lier. ,  iv,  7 4  ;  deuxième  mémoire  sur  les  Blemmye», 
Insrr.  d«*  TtTormen ,  etc.,  pi.  a,  pi.  \  et  passim.  —  ■  6MN,  voir 
à  VVIII,  19.      -  7    C6TA2T   H    D    S  ^-1.  —  R    NHB   '^">A*  ™*r 


LE   PAPYRUS  MORAL  DE  LEIDE.  487 

(11,   xxvm.)  ^—A^Qf  —  JJem"|J£ 


(10,  xxvii.)  Le  temple1  sans2  paix3,  ses  dieux4 
l'ont  déserté5. 

(11,  xx vin.)  Pour  faire  une  chapelle0  à  Dieu  à 
cause7  de  son  esprit8  (de  l'esprit  de  paix); 

1  l>ne  rD  (OUI  *L  /♦  XIV»  2°ï  xun»  10>  l4»  VLrf*  *4; 

mont,  xvi,  16 ,  17);  /  //s /If  ^L/  2=TA  IEPA  (Rosette, 
Ckrest. ,  17,  5 1  et  5 7  ;  Canopk  ,  Chrest. ,  1 3  4  )  =  2«s  (  Rosette  , 
Chrest.,  187, 189,  200 ;  Poème,  p.  219).  —  *  6MN,  voir  à  xvni , 
19.  —  3  C<yfX2T  fl  Z3  !-*-*'  VOir  à  XMI»  8'  —  4  p°ur 
/A  —    I  y    NoyTe,  voir  à  m,   12.  Pour    1  f     £1  7    ou 

<2-f'Vof==  I  I  I»  c^  Pamont,  passirn,  et  Rhind,  n°  181,  et 
la  nouvelle  version  dém.  de  Canope  (Groff,  passirn).  L'ancienne 
version  de  Canope  et  Rosette  portent  %J  YJ  (voir  ibid.  et  Chrest. 
dém.,  passirn).  —  (5-s)  5  BU)  Cl)  deserere ,  xxm,  10;  cf.  ixvn,  2 3.  — 


488  MAI-JUIN    1907. 

6   f  /  1S  C  7      répond  à   X  r    ^,  kah  £  !  v»-^-   qui  dans  le 

décret  de  Rosette  répond  à  NA02  et  à   H  (Chrest.,  p.  45- 190, 

/16-191-192;  cf.  Poème,  p.  218).  Dans  le  même  décret  de  Rosette 

(Chrest.,   p.    36-i83),   le    mot    jj\  J   JJ    4  fj  =\ hi||| 

répond  aussi  à  NAOE  et  est  cette  fois  rendu  en   hier,  par    * 
S^ .  C'est  le  mot  qu'on  retrouve  aussi  en  démotique  sons  la  forme 

=  K6N26,    stèles    du     Serapéum,    passim,    ou 


U}. 


I  n  (  0   2. *  inscription  de  Palona  à  Dakké ,  ou  f^09        O 

Poème,  p.  220;  Koufi,  vu,  20-26  :  «chapelles  des  dieux».  Dans 

Pamont ,  p.  4 1 ,  [S/\  /  £  ■  »  =  9~  '  \l  r— 1  «  recoin  » ,  comme 
KN2G  angulus,  latus  donius.  H  faut  d'ailleurs  bien  se  garder  de  con- 
fondre //\  7  ^  signifiant  dans  Rosette  (Chrest.,  48)  «coin, 
angle»  (KOOy2  angulus;  cf.  Poème,  166  ;  Moschion  Bev.,  II,  iï, 
pi.  08;  Selna,  206,  209,  210),  avec  j  <•  '^  qui  dans  Rosette 
(Chrest.,  49)  le  suit  immédiatement,  pas  plus  qu'il  ne  faudrait  le 

confondre  avec  \  /  ç")  >  =  _\  e  (Koufi,  xii  »i;  Bev., 
îv,  79)  ou  y  j  1   7^ (Pamont,  4i)  signifiant  «bras»  (comme 

parfois  KN26  en  copte).  Dans  Rosette  il  y  a  aussi  une  autre  dis- 
tinction à  faire  entre  les  deux  mots  démotiques  signalés  plus  haut 

et  qui,  l'un  et  l'autre,  sont  traduits  par  NA02.  f  *  =  Il  in- 
dique surtout  le  vrai  naos  monolithe  tel  qu'il  en  existe  deux  au 
Musée  du  Louvre;  /^  P  D  l  L)  =  ^  r^i  inique  une  cha- 
pelle dont  on  faisait  la  construction  parallèle  à  celle  des  temples; 
mais  cette  distinction  s'est  effacée  plus  tard.  -  7  GTKG,  voir  à 
x\i,  3.  —  8  ^^,  voir  à  x,  10. 


LE   PAPYRUS  MORAL  DE   LEIDE.  489 

(12, xxix.)  ^-«-Jj7T2l^5=>^ûiiiw^^^^ 

(■3, xxx.)  l«~W-*-1Tir*«X 


(12,  xxix.)  Pour  faire  louer1  la  marche2  de 
l'homme  sage3  à  cause4  de  la  paix5; 

(1 3  ,  xxx.)  Pour  faire  les  épines6  douces7  dans  la 
vie8  à  cause9  de  la  douceur10. 

(1  /1,  xxxi.)  Celui  qui  durcit11  son  âme  (ses  qua- 
lités intimes12),  celui-là  s'amènera13  une  mort  effé- 


minée1*, 


1  2CDC  HP^iî  voir  à  ix,  23.  —  *  JLjliLl  a  MOOOJG, 
voir  à  xiii,  19.  —  3  Voir  à  xi,  10,  et  xvi,  18  —  4  6T86,  voir  à 
xxi,  3.  —  5  CffpxsT  p  D  il-*-*,  voir  à  xxii,  8.  —  6  xpo 

xpooye  l"7^JM»  \~~~ '*•  —  '  Noql>e  î*^»  voir  a 
xvi,  9.  —  8  X26  9  @  ,  voir  à  xvii,  11.  —  9  6TB6,  voir  à  xxi, 
3.  —  10  tfNON,  voira  xxn,  8.  —  ll  NXO)T,  voir  à  xii,  2.  — 
12  I  V  1 1,  voir  à  xviii,  22.  —  13  NX  6ING,  pour  NX,  voir  xi, 
ai;  pour  6IN6  X,  voir  à  vi,  3,  et  xn,  4. —  **  XHN,  voira  x, 
18. 


MO  MAI-JUIN   1907. 

(.5,  xxxu.)  *.*!'«  MI^H1!.!** 

* 

(17,  xxxiv.)  JJ^^V^^fcrcs.^ 


(i5,  xxxii.)  L'homme  sensuel1  (ou  efféminé)  qui 
est  eu  paix2  est  comme3  un  crocodile*  dans  l'eau5. 

(16,  xxxni .)  Le  méchant 6  :  —  sa  paix 7  est  comme  8 
un  plomb  9  lourd 10  ! 

(17,  xxxiv.)  Et  il  n'y  en  a  pas  (de  paix)  pour 
f  homme  sans  vergogne11  dans  le  besoin ,a,  pour  celui 
dont  la  douleur13  a  saisi  n  les  os15. 

1  xhn,  voir  à  x,  18.  -  -  *  Cffpxrr  fl  Z3  I'*-4»  y0lT  * 
xii  1,  8.  --  3  V  i  "  J,  voir  à  xi,  9.  ~  *  MCX2  ^  [1  8  *^,  voir 
à  xiii,  i5.  —  5  MOOy  a^v,  voir  à   ui,   fi.  —  •    J    • 


*!*—     KCDCDNG,    voir    à    XXI,     12.     —     7   C6*PX2T    H   Q   8«*-*t 

voir  à  xui,  8.  —  '  V  1  _  1,  voir  à  xi,  9.  —  9  TX2T, 
TXTG2^|  ~  .  — 10  sopuj,  voir  àxix,/i.---u  XAff  XXXI, 
voir  à  x,  /t.  —  ,2  I  8  %  "îfc—  **<>  indiyerc.  —  u  l[J|V.  vo>r 
à  vin,  8.        '*  XI  5?V— i,voirà  wii,  a.'i.  ■-■■  Ia  KXC^Rl,^^.. 


LE   PAP1RUS  MORAL  DE  LE1DE.  491 

:.»,  xxxv.;  XUXTfXP.SJ'H* 
.;.9,xxxvi.;  XûûiMi!^— XPZ^-T 

juxiJXTîJi—tr 


=>  nnn 
i    ii ii  ii 


La  variante 


(18,  xxxv.)  C'est  Dieu1  qui  donne2  la  paix3;  et 
la  douleur4  est  dans  ses  desseins  providentiels5; 

(19,  xxxvi.)  La  destinée6  et  la  fortune7  qui  vien- 
nent8, c'est  Dieu  qui  les  fait  venir. 

Vers  36. 

>  5  £  V  //  L.  A  ,      . 

,       y        -\    t     i'    <*-r—  dexxm,  17,  a  le  même  sens 

que  I  If  y  Z^-  ^e  XMV»  ***,  et  *xxn»  9-  Dans  Rosette  Chrest., 
3i-i8i;  Poème,  J19),    ^/^J,1^.— K<DC  in<*»qoe 'a  sépulture 

TA  5)  TA*  A  2;  comme  ^  L/  \y  //    ^ —  ^ans  no*re  document 

\vi ,  1  ;  wttt  ,11}.  Cest  à  ce  mot  homophone  qu'est  emprunté  l'avant- 

dernier  déterminatif  de  notre  mot.  Dans  Rhind,  xxn,  9,   J^*.'m 

=  J  *L  «os§.  Nous  avons  aussi  le*  variantes  f   \     C/  Z. —   2  — 

1  *~  ,  Pamont,  38,  39  et,  préf.  vi,   *£  £  ?^Z  5  Rev.,  II,  11,  pi.  21; 

et    L^  —ff-   ou   **  J"~     ,  passim. 

—  !  I  i  NOYTe-  voir  *  XIX»  ia-  —  *  ^""*  't~*  v0'p  *  x,x»  *3. 
— 3  CfffxiT  fl  Q  I  «»_&,  voir  i  un,  8.  —  *  Ifjl  V-,  voir  à 
xiii,  8.  —  *  «Dans  ce  que  Dien    fait   se  lever»  TCDOyN,  voir 


àxi,  «1.  — •  Ifl|[  H  ^ ,  voir  à  xv,  ai.  —  7  PJ^$  cyxcyni, 
voir  à  xx,  10.  —  s    1 


Ia   ei,  voir  à  xx,  i3. 


492  MAI-JUIN    1907. 

CHAPITRE  XX. 

È  ^^*^     I     II 


CHAPITHK  XX. 

20.  Vingtième  chemin1.  (Le  respect  (les  petites 
choses.) 

1.  (Titre).  Ne  point  rapetisser2  une  petite'6  chose11 
de  peur  de  transgresser5  par  elle. 

(21,  11.)  Qu'arrive6  la  honte7  du  meurtre8  à 
f  homme  sans  vergogne0  pour  rapetisser10  une  chose11 
grande12  en  son  cœur13. 

1  JW*  *  iç  ***  MCDIT,  voir  à  xi,  22.  —  *  XOM,  X,  17; 
xi,  1 1  ;  xxiii,  20,  21,22;  xxiv,  2,  /i,  6;  x\v,  2,  10,  i4;  xxxiv, 
3.  —  3  ujhm  ,  m,  21  ;  xxiii,  20;  x\iv,  2  ,  4 ,  6,  7,  8 ,  9,  10,  n, 
12,  i3,  1/1,  10,  16,  17,  18,  19,  20,  21,  23,  2^,  25;  xxv,  1,  3, 
3,/i,  T>,  6;  xxx,  5.  —  C'-U)  *  J"^"  jfj  c^xxe»  voir  à  xix,  i4. — 


LE  PAI'YRUS  MORAL  DE   LE1DE.  403 


*3. iv-)  xiJXTfxy^;-* 

T^À~PhM 

.   W,  v.)  fc^XTîWXPkfeV*- 


(22,  m.)  Qu'on  fasse  honte1  à  l'homme  grand 
pour  avoir  rapetissé  une  chose  grande  aussi. 

(•2 3,  iv.)  C'est  Dieu2  qui  donne3  le  cœur4  à 
l'homme  sage5  à  cause6  de  sa  crainte 7. 

[il\,  v.)  C'est  lui  qui  place8  l'impie0  dans  la 
honte10  a  cause11  de  la  puissance12  de  son  ventre13 
sur  lui. 

5  m   fV  1  A    T08  '  vo*r  *  vv'  l'4'  —      ïtu>2    Jfc  ,  voir  à  xvii 
1.4.  —  7  bcjdtg   J  V^.»  voir  à  xi,   10.  —  8  ^cdt6B  <Ne°  I 
>v^  V— i,  voir  à  xiv,  5.  —  9  \\6 ,  voira  x,  h.  —  l0  XO\2,  voir 
à  xxiii,  20.  —  n  I         ^ft  qjxxe,  voir  à  xix,  i\.  — 12  ^»— 1,  xxin, 
2,3,22.  —  132MT,  voir  à  xvi,  3. 

1  BCDTG  J  \^S.>-'  v0»r  a  XT*  10-  —  *  "1  J  NOYT6, 
voir  à  xix,  12.  —  3  ■*— ■  »J*,  voir  à  xix,  2  3.  —  *  2HT,  voir  à 
xvi,  3.  —  5  Voir  à  xvi,  18.  —  fl  6TB6,  voir  à  xxt,  3.  — 
7    CMXT,     voir    à     XXI,     1.     —     («-1»)   8   S  "V    "~~"J     XCD    KCD, 

IX.  32 


mrimniR  ratioialb. 


494  MAI-JUIN    1907. 

(^r>,  vi.)  ri-H-^ia-G-zai» 

COLONNE   2 II. 


(•2 5,  vi.)  Ne  point  rapetisser1  la  parole*  du  roi3, 
la  parole4  du  dieu5  pour  l'annihiler0. 

colonne  là. 

(î,  vu.)  Celui  qui  le  craint7  (Dieu)  en  présence8 
de  la  honte9,  qu'il  se  tienne  en  dehors10  de  toute11 
honte 12. 

\oir  à  \v,  ia  et  xvm,  17.  —  •  u  J  I  *V  voir  à  xni,  8.  —  l#  «CD» 
TC,  voir  ù  \i,  10.  -  n  GTBG,  voir  ù  x\i,3.  — 1JXPO,XUI- 
u>|»g,  voir  à  xi»  20.  —  w   V         ^  =         ^.  Pour  ce  mot  du 

féminin  et  qu'il  ne  faut  pas  confondre  avec  ^  TOOT  t  majo» 

du  masculin,  voir  à   \\v,   i5. 

1  xoxî,  voir  à  xmii,  30.  —  *  I         ^fc  U)xxe,  voir  à 

xix,  1  \.  —  s  f  1 1,  voir  les  protocoles  des  contrats,  les  dé- 
crets trilingues,  etc.  —  *  I  j^  u;\XG,  voir  à  xix,  i4.  — 
5  NoyTe  "11,  voir  à  xix,  12.  —  fl  txko  ^^Ik  A 
voir  à  x,  10.  —  7  CNvr,  voir  a  xxï,  1.  —  t*-*2)  8  # 
2 H  arite,  cwrim .  a  aussi  le  sens  antea.  Dans  la  première  acception. 


LE   PAPYRUS   MORAL  DE   LEIDE.  495 

f2, vin.)  SAH-Vfc* — f-N 


v:-,;.!^!! 


1 1 1 


(3,  «o  xtk-m*-^*-j»-p 


(2,  vin.)  Ne  point  rapetisser1  une  petite  termi- 
naison 2  (la  mort)  par  des  remèdes3  en  se  droguant. 
(3,  ix.)  Celui  sur  lequel  cette  terminaison4  l'em- 

voir  w,  17,  18;  Koufi,  xn,  1;  xvm,  a3;  Rev,t  nr,  81  ;  Setna, 
3/i  ;  Poème,  vers  2  5 ,  59 ,  88.  Dans  la  seconde,  voir  Canope  (Chrest,  t 
i3);  Koufi,  xii,  19,  etc.;  voir  ce  que  j'ai  dit  à  propos  de  xx,  16. 
—  9  BUIT6  J^  \  ^.  V-*  voir  à  XI,  10.  —  10  NROX,  XXIV, 
1;  \x\ii,  6;  x\xi,  8;  xxxii,  21.  L'orthographe  pleine  de  BOX 
4L  —/ê  î,  se  trouve  Rev.,  II,  11,  pi.  37 ;  sa  transcription  dans 

le  pap.  gn.  bil.  de  Londres,  vu,  1;  etdern.  ^J /n  _p  1  /  /  ^ 

MxpiBAX.  Pour  NBOX,  voir  Poème,  p.  i4o,  et  Motekion  Rev., 
Il,  11,  pi.  66;  pour  X^ta6BOX,  voir  dans  Canope  (Chrest., 
i3o  et  i3i)  ses  traductions  grecques  et  hiéroglyphiques;  voir  aussi 
pour  riBOX,  Poème,  p.  2 36;  Corpus,  t.  II,  pi.  /1 ,  1.  11  ;  Rosette 
(Chrest.,  p.  *  ,  19,  *5,  29). —  ll  NIB6N  NIM  ^^,  ,  cf.  xxxn, 
8  et  passim.  Cet  adjectif  a  pris  l'orthographe  de  NHB  «  seigneur  ■ 
(voir  à  xvm,  i3).  —  lâ  bcdtg,  voir  à  xi,  10. 

1  XOX2,  voir  à  xxiii,  20.  —  *  Voir  dans  la  Revue,  xi,  p.  ai3, 
le  long  article  consacré  à    *.     /  =  j    =a«c  =  oyci).  —  3 
voir  à  xvm,  9.  —  4  Voir  Revue,  xi,  2i3. 

32  . 


« 


496  MAI-JUIN    1907. 

<^n  ^!*~~ +-%*u  ** — 


porte1  pour  un  temps2  —  que  fort3  (énergique) 
soit  son  départ4. 

(fi ,  x.)  Ne  point  considérer  comme  de  peu  d'im- 
portance (rapetisser5)  un  petit0  phylactère7  au 
temps8  de  passion9  (de  désir). 

1  oycoTB  t  m  1  5?  .  voir  à  xvn,  18.  —  *  P  P  ©  coYc«Y 
CM  Y»  voira  xvif  ai.  —  3  N\a;T ,  voir  à  \u,  2. —  *  fflNpiKG, 
pour  lu  préfonnante  abstractive  finir^  =  A  \  jk  f  CX-ôMN  , 
voir  àxvn,  io;  pour  piKG  écrit  ^  OA —  Y  ^  cf.  xiv,  i6;  xxiv, 
3,  19;  x\xn,  ii,  10;  x\xv,  16.  Il  s'écrit  aussi  •  *~-/  ï  Setna, 
92;  Pamonl,  xvm,  20;  Moschion  liev.,  II,  11,  pi.  64  et  70;  iter. , 
II,  11,  pi.  24»  etc.  —  6  XOX2,  voir  à  xxm,  20.  —  •  U)HM,  voir 
à  xxui,  20.  —  7  Y  =  -m-,  ix,  4;  xxiv,  4,5;  Poème,  p.  247,  i48; 
Pamont,  pré  F.  v;  Pamont  en  plusieurs  passages  et  Rhind,  n°  211, 

donnent  à  Y  l'équivalence  /  ^  / ^ .  Dans  Canopb  (Ckrest.,  p.  i4o), 

le  même  signe  /  /  indi((iie  la  tribu  sacerdotale  <I>TAH.  Il  en 
est  de  même  dans  l'attestation  notariale  d'un  grand  nombre  de 
contrats.  --  *  tu  i  ©,  voir  à  x\n,  1/1.  —  9  4e  |  j^,  voir  a 
i\,  11  ;  cf.  Hciuv ,  \r,  p.   198  et  suiv. 


LE   PAPYRUS  MORAL  DE   LEIDE.  497 

(6,  mi.)  £  AH— Vfc* — 1 JJ— 


;7,  mu.)  x/»y^ — :^:j>j\ê3i 

A— *  Kl  7     "    <==>      jî    I    I    I 


(  5 ,  xi. )  Un  phylactère l  qui  ne2  contient  pas  (qui 
n'a  pas)  de  mal3  en  lui,  que  se  sauve4  son  maître5 
par  lui  ! 

(6 ,  xn.)  Ne  point  rapetisser6  un  petit"  dieu 8,  de 
peur  que  sa  punition  9  (sa  rétribution)  ne  te  saisisse 10. 

[Par  exemple  :] 

(7,  xiii.)  Le  petit  amam  (animal  mythologique  dé- 
voreur dames11)  en  sorte  qu'il  amène12  ses  coups13; 

Vi,    voir    à    wiv,     \.    —    2  6MN,    voir    à    xvm,    19.     — 


1 


*     p    "!fc— ,  voir  à  xvi,  10.  —  *  OYXXI,  voir  à  ix,  2  ,  et  xvn,  1. 

— 5  NHR  ^^  m^'  voir  *  XVIJI'  *^m  —  *  3e-0  *2»  yoir  à  xxiii,  20. 

—  7  qjHM,  >oir  à  xxm,  20.  —  8  NOyTe     |  I,  voir  à  xlx,  12. 

—  9  tcdcdbg  ,  voir  à  xvi,  18.  — ,0  MÀT6  possidere ;  voir  Rosette, 
Chrest. ,  p.  28  ;  y  ///^^=  MXT6  est  traduit  KATE2XEN; 
voir  aussi  une  des  notes  de  mon  Petibast.  —  n  Voir  la  représenta- 
tion de  l'animal  ainsi  nommé  dans  le  tableau  de  la  psychostasie  du 

chapitre  126  du  Livre  des  morts.  —  '*  A  e,Ne»  voira  xn,  !\ ,  et 
à  xix,  i5.  —  w  U)xp,  voir  à  xxi,  17. 


498  MAI-JUIN   1907. 

(9,  xv.)X/w^^Ti>JTwâ^^ 


(8,   xiv.)  Le    petit1    scarabée2    dans    sa   force5 
cachée 4  ; 

(9,  xv.)  Le  petit5  nain6  grand7  par  son  âme8; 

1  cijhm,  voir  à  xxm,  20.  —  s  Le  mot  f  #3 // 1\*2  répond  à 

1 1   clans  Pamont,   48-49.  Il   répond  aussi  à  .— 1  ]   I  Sk   ou 
.»— 1  lllï    dans  Rhind,  pi.  m  de  l'édition  Birch,  pi.  xn  de 

l'édition  Brugsoh.  Parfois  il  équivaut  à    l/L   /•#  S  ^    )   (=* 

II)  et  est  traduit  par  KÀNBAP02  dans  les  bilingues  démotico- 
grecs  (voir  ce  que  j'ai  dit  Bev.  Eg.t  VI,  1,  p.  49;  VI,  il,  p.  67,  et 
dans  la  thèse  Legrain  à  propos  de  ati)\  cf.  pap.  gn.  de  Leide, 
xiv,  10;  Rev.t  I,  iv,  pi.  9  et  169;  cf.  pap.  gn.  de  Leide,  xiy,  35 
et  pap.  gn.  de  Londres,  col.  ix;  pour  4    1^   y     f  -  //^)  *^y 

—       7  Q    ^^J  /A  Jy     f  *i>/y  S  3  *  scarabée  de  lapis  ■ , 

voir  aussi  n°  6  du  deuxième  volume  du  Corpus,  Sait  700,  1.  1  et 
la,  «plainte  contre  une  séduction,  etc.».  —  (*-*)  5  NOMT6 
hom-)'.  Le  syllabique  x  [  est  celui  qu'on  trouve  aussi  dansxx, 
17,  18;  wvii,  7.  Pour  le  mol  NOM'j-  en  démotique,  cf.  Setna, 
110;  Koufî,  \vi,  i'\  -,  xvii,  3o;  /fer.,  Il,  11,  pi.  17,  et  rv,  88;  note 


LE  PAPYRUS  MORAL  DE  LEIDE.  499 

(n,  mi.)  X/»X*-Hw^E— =^X 
(12,  xviii.)  X/wik*-HMMytâiP 


(10,  xvi.)  Le  petit1  serpent*  qui  a3  du  venin4; 
(ii,  xvii. )  Le  petit  fleuve6  qui  a  son  génie 5; 
(12,  xviii.)  La  petite  flamme7  qui  se  fait  craindre8; 

pap.  gn.  de  Leide,  xiii,  7.  —  *  Sœn  W"  "V    " ,  voir  à  XVI,  16. 

—  5  U)HM,  voir  à  xxili»  îo.  —  •  a—*  J  V  £,cf.    /   9     ^    {7 

"V  T*  3) ;  Koufi ,  xiî,  3a  ;  f?w. ,  nr,  88.  —  »  Voir  à  xx,  4.  — - 
8  ^p  »  voir  à  il,  ia  et  x,  10. 

1  nti)HN  ,  voir  àxxm,  20.  —  2  aoq  8^T"iwL»  xm,  io;xxiv, 
10;  xxvii,  i4;  xxix,  i3,  i4,  i5 ;  Koufi,  Rev.  Eg.,  Il,  11,  pi.  i4; 
Pamont,  5 1 ,  qui  traduit  ainsi  £1  jk  V  V  «  \%tvi .  etpa##im;  Setna, 

p.  44.  Le  bilingue  de  Berlin  transcrit    A^  f  0  ?  =  tx<}>GIC. 

—  s  COYNTÀM ,  cf.  Corpus,  t.  II,  pi.  3;  ifev.,  1.  5  et  passim.  — 
''    ""*  [*    mxtoy,  xxiv,  10;  xxvii,  i4;xxix,  i3,  i5.  —  5  i*po, 
v[.  Rosette  ,  Chrest. ,  2 3 ,2 5 ,  34 ,  qui  traduit  IIOTAM02  ;  Rev. ,  Il ,  11 , 
p.  18;  Poème,  p4  236.  —  6  Voir  à  vu,  7,  —  7   C\TC  U  'T  Jl 
1  ,  voir  à  xxi,  i5.  —  s  CNXT,  voir  à  xxr,  i. 


500  MAI-JUIN   1007. 


a*~>infcî-~^ 


(i3,  xix.)  lue  petit1  écrit2  dont  grande8  est  la 
bonne/1  parole5; 

(  1 1\ ,  xx.  )  Le  petit  terme  °  de  vie  dont  le  nom 7 
est  glorieux8  dans  le  combat9; 


1  en  h  M  ,  voir  à  xxiit,  20.  —  a  caxi,  voir  à  xvm,  3.  —  s  Voir 
à  \x,  \.  --  4  I  NOc4pc,  voir  à  xvi,  9,  —  5   I  j|,  voir 

à  \i\,  i/|.  —  "  I  J*  *t*  XfMX,  voir  à  xvjii,  2.  — 7  PAN  *=> 
J^,  wiv,  i4;  xxix,  a  ,  5.  Ce  mot  est  traduit  par  ONOMX  dans 
le  bilingue  de  la  thèse  Hcrger,  p.  \o;  cf.  Rosette,  Chrest..  28; 
Canopk,  Chrest..  171;  Pamont,  p.  f\  et  5,  traduit  ce  mot  démo- 
tique  par  ^^  et  ailleurs  par  x  ^3l*  "  ~  *  ^  mot  /^  ==s 
Jfc  ,  qui  signifie  nci)2  «parvenir»  (voir  à  xvn,  i4)»  traduit  aussi 
«gloire  cl  honneur»;  cf.  Rosette,  Chrest.,  p.  35,  37,  38;  Canope, 
Chrest..  129;  Poème,  p.  aie».  En  hiéroglyphes  même  on  trouve 
cotte  valeur  à  ■  X  Jfo  ^T  t — 1,  JK)  t — 1,  et  ^"  *  *  V— 1  est  ira- 
cluit  NKIWAGAOEOS.  -     »  MX\J),  voir  à  xxm,  8. 


LE   PAPYRUS  MORAL  DE   LEIDE.  501 

is,  xxi.;  X/»^^ *HVêâ)~! 

17,    xxiii.)  X/w^*-~ijfc-^ •!' 


^aH^m^-v-xr 


5  ,  xxi.  )  La  petite  corde *  qui  attache2  son  navire3; 

16.  xxn.)  La  petite  vérité*  (parole  vraie)  qui 
perd5  son  maître0; 

;  1  y,  xxiii.)  Le  petit  mensonge"  qui  cause  la  dou- 
leur s  de  celui  qui  le  fait; 

1    |_      X  Ç    NOY2,  Koufi,  xi,   27;   Ret.,  IV,   80.  —  *  CCDN2 

8  v? ,   \xiv,   îô;  wxi,  7;  cf.  Koufi,  xviii,  8,    s'i,   3i,   33; 

lin . .  iv,  78;  Poème,  p.  1 3 1 .  Dans  Caxope,  Chrest.,  p.  if>Q,  on  lit 

tétant  un  sceptre  de  papyrus  lié  derrière •,  TATTH2  AOniDH 
2TMMETP0X  SKHnTPON  nAIITPOElAES.  —  3  Ton  ""*"  ^-*  , 
voir  à  xxn,  17. —  '*-*;  *  Me  Va,  ^Va,xiv,  16;  xxiv,  i6;xxvn, 

7;  xwn,   i5.  Le  même   mot   /   ^J    7.   est  employé   verbalement 

pour  justifier,  x,  8  cf.  le  formulaire  de  l'écrit  pour  argent  .  Le 
mot  (  a    1  x  =  *— ^  \    ^   à  plusieurs  reprises  dans  le  bilingue 


502  MAI-JUIN  1007. 

(18,  xwv.)  X/w^*-~îw  — VI>X 


(18,  xxiv.)  La  petite  nourriture1  (ou  le  petit  ali- 
ment) qui  fait  être  le  salut2  de  son  maître5; 

(19,  xxv.  )  Le  petit  service 4  persistant 5  qui  écarte  ° 
la  haine 7  ; 

de  Pamont.  Il  est  aussi  traduit  ,  p.  10,  46-47»  et  par  \   ^  , 

68-69;  rt  /•  7  3  ///  /  £  «je  réalise  ta  parole»  se  trouve 
aussi  à  deux  reprises;  cf.  Koufi,  vi,  20;  Vin,  3;  XI,  16;  xrv,  19, 
39;  XVJ,  59;  XIX,  27;  Uev.,  IV,  I,  p.  73.  —  5  TXKO  =  -|-XKCU, 
voir  à  x,  11.  —  6   nhb  ^^>g*,  voir  à  xvni,  i3.  —  7  — 1  4 

■^-e  OXi ,  voir  à  xiii,  6.  —  8   jk   QT?fc— »  voir  à  un,  8, 

1  J)pe  Q  ob,  voir  à  xv,  21.  —  *  o\X.^\^  voir  à  vu,  îa, 
et  xvii,  1.  — s  nhb,  voir  à  xvm,  i3.  —  (4-7)  4  S  H  v^  ujMUje, 
x »  i,3,  \,  9 ,  1 1  ;  xi ,  i4  ;  xxiv,  1 9  ;  voir  Rhind ,  n°  397,  ({ni  tra- 
duit /  y  /  par  1  P  A;  voir  aussi  le  bilingue  Moschio*  Revm, 
11,  ii,  pi.  71;  Rosette  (Chrest.,  \ 2  et  187),  le  traduisant  par 
BEPAIIETEIN,  et  par  ^0  A  ,  p.  52  et  1 95 ,  traduisant  ÏÏAPEXO- 
MENOI.  La  même  traduction  se  trouve  dans  Canope  (Chrest.,  17a). 
Les  bilingues  nous  donnent  aussi  la  traduction  AEITOTPrBIN  et 
AEITOTPHA;  voir  bil.  Berger,  p.  36-38 ;  bilingue  Grey  (Ckmt.M 


LE  PAPYRUS  MORAL  DE   LEIDE.  503 

(20,   xxvi.)  /w^"!t-^p^\r  — Vçâlê 

(21,  xxvii.)  /w^^-^^r,;,Xê^bP«i.f 


(22,  xxviii.)  X-?*-%\*~- XΫ*~PJj?> 


(20,  xxvi.)  Un  peu  d'épargne1  qui  fait  être  des 
approvisionnements  2  ; 

(21,  xxvii.  )  Un  peu  de  misère 3  dont  la  paix  *  tue 5  ; 

(22,  xxviii.  )  Le  cœur  6  malgré  ( avec)  sa  petitesse 7, 
c'est  lui  qui  porte8  son  maître9; 

69  );  cf.  Setna,  p.  120,  etc.  —  °  MHN  ^™  J,  xxrv,  19;  xxxv,  9; 
Poème,  p.  i34;  Rev.,  II,  11,  pi.  7;  Pamont,  passim;  Rosette, 
Chrcst.,  p.  16.  —  fl  P1K6,  voir  à  xxiv,  3.  —  7  MOCT6  ffifl- * 
,  voir  à  x,  12. 
1  co.xn,  voir  à  xvii,  1.  —  *  1 — ',  voir  à  xv,  10.  —  s  V  ** 
penuria  s'écrit  aussi  jjg ;  cf.  OY6c9»  voir  à  x,  8.  — 
*  c<îpx2T  n  Q  J  *^,.voir  à  xxn,  8.  —  5  rf)0>T6B  ##c=>  J  V 
>v^,  voir  à  xi\,  5.  —  fl  2HT  t- 'f-^,  voir  à  xvi,  3.  — 
7  CROK,  voir  \  xtii,  19.  —  8  mi  T"  &  Vt— i,  voir  à  xïx,  12.  — 
9  nhr  «*^t,  voir  à  xviii,  i3. 


504  MAI-JUIN   1907. 

(.23,   xxix.)  /f\v7-v--y7/«iU 

(24,  xxx.)7w^^\^^i— xêâiê 


(25,  xxxi.)  /w\* H-V*-yêâ) 


(  -2  3 ,  xxix.  )  (  Aussi  )  un  peu  de  souci l  brise  2  les  os  3; 
[ilx,  xxx.)  Un  peu  de  vent1  favorable5  (de  bon- 
heur) fait  vivre0  le  cœur7; 

(^5,    xxxi.)  Un  peu   de   rosée8  fait   vivre9   les 


graines10; 


1  |»00Y<y,  voir  à  x,  19.  —  2  qjopqjp.  Dans  Pamont,  38- 
39,    on    lit    :      ^    //\/i  y   ^       Y/ 
\) '  / <\  ^-*~~~    «écoute  celui  qui  brise  les  os»  =  I  ^W\  [I     1^  1 
C'est  le  passade  du  cbap.  1  î? 5  ici  visé;  qjpojp  se  trouve  aussi  (Poème, 

l  /A  U/é- 

Le  môme  mot  se  rencontre  souvent  dans  les  contrats  à  propos  dos 
maisons  en  ruines.  —  s  KXC  _T_  J^'  v0'r  ^  xxîit»  17.  — 
4  ^^  À,  voira  \\,  2.        (S-9)  5  NOMpc  f         ,  voira  xvi,  9.  — 


p.    1O6;   Setna,   208)  sous  la   forme 


LE   PAPYRUS  MORAL   DE   LEIDE.  505 

COLONNE   2  5. 

i, xxxii.)  /w^*-_ +^«3i*crMftw 


XiW 


2,  xxxin.)  /wV^-^^rrl^BaVp^^A 

(3, xxxiv.)  /w\^-— «^]«^yêâi^rM 


COLONNE   2  5. 

(î,  xxxn.)  Un  petit  vent1  porte2  le  navire3; 
(2,  xxxin.)  Une  petite  mouche4  donne  le  miel5; 
(3,   xxxiv.)  Un  petit  oiseau  (neketi)  porte6  les 
graines 7  ; 


,  voir  à  xvii,  l\.  —  ,0  NX<j>pi  ïll  -*    * 


6  CDN2   Z  "T*,  voir  à  xvn,  !\.  —  7  2HT   — *  f-^,  voir  à  xvi, 
3.  —  8  Giurre  I^W- *  TÏÏT ,  Il  ^  £^v=«:.    -  -  9  cdnz  4 

■     T  ,  xxiv,  25;  x\v,  3:  Poème,  p.  200. 

1  THy,  voir  àxxvi,  22.  —  2   ql    V    u)>  v0*r  a  Xlx»  12,  — 
XOI,  iv,  i5;  xxv,  1;  Corpus,  t.  II,  pi.  m,  1.  i5,  tessère  9073. 

—  *  xq  Si*  ^oufi »  VI  e*  vn'  et  Sl"v»ï  Poème,  vers  57.  — 

(5-7)  5  cbicd  I  \iL\  I  f-,  Koufi,  xi,  11;  xii,  1,6,  8,  i3,  i5, 


j\A 


•  i  » 


XJ, 


il 


'    -.  A  »  :  ■ 


**\ 


^\w  — W 


i::-x^ 


•J.KXXMl.       /w\*-ia-JTJ'— Pl"3l 


-7.  WWIII. 


\^iâ-^-^«MB«âPH 


io.==i> 


r 'i .  \\\\.'  I  ii  petit  insecte  [sei)  rend  malade1 
l'onagre  a; 

'  r> .  \x\\i.     Un  petit  mal3  apporte*  la  mort5; 
f>,   wwii.i   Un    petit  bien6  n'est  pas  caché7  à 
Dieu. 

i  y,  wwin.)  Nombreuses8  sont  les  petites  choses 
ili<*nes"  d'être  eraintes10. 


ni,   i  i  .  -i.i.   >i"i;  lin  . .  n.  -I».        '    «n ,  voir  à  m,  il. —  7      •    , 


5 


,  voir  à  xn .  i  o. 


^*    \  .  mir  à  wii.  y  iiMOy   Jbfr  HJ,  V  a   jk,  voir 

.»  \\1.    »  ;     Y.INNOur*.-..  mil  à  \U,  9.  (%i°i T   IHI1    ^fr1 


LE  PAPYRUS  MORAL  DE   LE1DE.  507 


i-H-^;- — m?) 


(8,  xxxix.)  Rares1  sont  les  choses  grandes  dignes 
de  provoquer  nos  cris2  (d'admiration  ou  de  ter- 
reur). 

(9,  xl.)  Il  y  a  tel  qui  craint3  un  excès  et  qui 
fait  une  grande  abomination. 

(10,  xu.)  H  y  a  tel  qui  jette  (laisse  aller)  sa 
bouche  (contre  le  prochain)  pour  une  petite  chose 
(une  faiblesse)  et  qui  fait  pis. 

\  ï,  voir  à  xvi,  16.  —  8  eNAU^CDoy  «*K,  voir  à  xvi,  5.  — 
9  Ufoy,  vi,  4;  vin,  i3;  i\,  1^;  \\v,  7,  8;  Poème,  vers  «,32, 
84;  pap.  gn.  de  Londres,  ix,  i5;  Tin,  11 ,  i5,  etc.  —  w  CNXT, 
voir  à  xxi,  1, 

1    CBOK  ,  XVII,  19.  —  *    XOyXXI    "*~J  I  l  l  1  "ML  —  3    CNXT, 
voir  à  xxi,  1,     _ 


508  MAI-JUIN    1907. 


(.3,  x,,v.)  x«ttMi^-xp z^^r 


nnn 
i 
nnn 


(j  î ,  xlii.)  Ce  n'est  pas  l'homme  sage  qui  craint1 
(véritablement  Dieu)  que  celui  qui  ne  se  garde2  pas. 

(12,  xijii.)  Ce  n'est  pas  non  plus  l'homme  sans 
vergogne3  agissant  par  ruse4  que  celui  que  la  honte5 
atteint6. 

(  i  3 ,  xli  v.  )  f^i  fortune  et  la  destinée  qui  viennent , 
c'est  Dieu  qui  les  fait  venir. 

Vers  l\!\. 

1  chat,  voir  à  xxi,  i.  ---■  -  2XPG2,  mi,  12;  xxv,  11;  x.wi, 
i  \  ;  Hoskttk,  Clirest.,  27;  Setna,   08,  208,   209;  Kouii ,  Mil,  3. 
-•:l   Wtf,  voir  à  \,  !\.  —  4   KpOM  ,  \oir  à  \i,  22.  —  s  Barre, 
\oir  à  xi,  10.  —  ,;   UU>2  ,  voir  à  wii,  i4. 


NOTE  SUR  L'INSCRIPTION  TRILINGUE  DE  ZEBED.     &0'J 


NOTE 

SUR 

L'INSCRIPTION   TRILINGUE   DE   ZÉBED, 

PAR 

M.  A.  KUGENER. 


J /inscription  trilingue  de  Zébed  —  une  localité, 
aujourd'hui  en  ruines,  située  dans  le  désert  entre 
Alep  et  TEuphrate  —  fut  découverte  par  M.  Sachau 
au  cours  dun  voyage  qu'il  fit,  en  i  879,  en  Syrie  et 
en  Mésopotamie1.  H  la  publia,  une  première  fois, 
avec  un  commentaire  et  un  fac-similé ,  dans  les  Mo- 
natsberichte  der  kôniglich  preussischen  Akademie  der 
fVissenschaften  de  Berlin,  1881  2;  une  seconde  fois, 

1  Zébed  est  le  nom  moderne  de  la  localité  ;  le  nom  ancien  est 
inconnu.  M.  Sachau  suppose  que  le  nom  de  Zébed  qui  était,  au 
témoignage  de  Yakout,  celui  de  deux  montagnes  du  Yémen,  a  été 
apporté  en  Syrie  par  une  tribu  de  l'Arabie  du  Sud  (  Monatsberichte 
der  kôniglich  preussischen  Akademie  der  Wïssenschaften  de  Berlin, 
1881,  p.  188).  Le  géographe  Etienne  de  Byzance  mentionne  une 
localité  du  nom  de  Za6«5a,  qui  était  un  xèpri  èv  tS>  peaoyeiep  rvs 
evècdyLovoi  KpaSlas.  Ne  serait-ce  pas  plutôt  le  nom  de  cette  localité 
qui  aurait  été  transplanté  en  Syrie  ? 

2  P.  169-190,  sous  le  titre  Eine  dreisprachige  Inschrift  ans  Zebcd. 
Le  fac-similé  a  été  fait  d'après  un  estampage  plutôt  médiocre;  cf. 
Monatsberichte,  etc.,  p.  17. 4,  et  Sachau,  Reisc  in  Syrien  und  Meso- 
potamien,  i883,  p.  126  et  suiv. 

ix.  33 


twrhiwrait  batiobalb. 


5)0  MAI-JUIN   1907. 

avec  un  commentaire  seulement,  dans  la  Zeilschrift 
der  deutschen  Morgenlàndischen  Gesellschaft ,  t.  XXXVI 
(  1 882  ) l  ;  enfin ,  en  1 883  ,  il  reproduisit  le  texte  grec 
de  l'inscription,  d'après  la  lecture  de  M.  Neubauer  et 
avec  une  traduction  allemande  de  ce  savant,  dans 
son  ouvrage  Reise  in  Syrien  and  Mésopotamie*2. 
Depuis  lors,  l'inscription  trilingue  de  Zébed  na  plus 
été  l'objet,  à  notre  connaissance,  d'aucun  travail 
d'ensemble;  elle  a  simplement  été  reproduite,  en 
1898,  par  M.  Lidzsbarski,  dans  son  Handbuch  der 
nordsemitischen  Epigraphik  3 . 

Après  avoir  été  pendant  quelque  temps  la  pro- 
priété d'un  habitant  d'Alep,  la  pierre  portant  l'in- 
scription trilingue  de  Zébed  —  un  énorme  linteau 
qui  ornait  le  portail  principal  d'une  hasilique  —  a 
pris,  en  1905,  le  chemin  du  musée  du  Cinquan- 
tenaire de  Bruxelles4.  LU  examen  attentif  que  nous 
eu  avons  fait  nous  a  suggéré  quelques  lectures  nou- 
velles, et  quelques  remarques  au  sujet  de  la  signifi- 
cation de  ses  trois  inscriptions  :  grecque,  syriaque  et 
arabe. 


1  lx.  315-35a,  soi»  îe  titre  Zur  Trilinyms  Zebedaea. 

*  P.  126,  note  1 . 

5  T.  I,  p.  484  (texte  d'après  la  Zeit.  d.  deut.  Morg.  Gesetf.\t  et 
t.  II,  planche  XLIII  (fac-similé  d'après  les  Monatsberiekte  de 
Berlin  ). 

4  M.  F.  Cumont  a  publié  une  notice  sur  F  inscription  trilîngne 
de  7M>ed  dans  le  Bulletin  des  \tasées  royaux  de  Bruxelles,  t.  IV, 
p.  58-59. 


NOTE  SLR  L'INSCRIPTION  TRILWGIE  DE  ZÉBED.     511 

I.  L'INSCRIPTION  GRECQLE. 

L'inscription  grecque  est  gravée  en  partie  à  droite 
de  la  rosace  {{ui  décore  le  milieu  du  linteau  *,  en 
partie  sur  le  premier  biseau  horizontal  de  la  mou- 
lure. 

Nous  lisons  la  première  inscription,  que  nous  ap- 
pellerons A  : 

t  Êrovs  yxùf  jUjfffe)  Yo(p)#kv  Sx'  i$e(te\i60nùf 
(jiaprùpiov  rot?  àryiou  ^epy/ov   in)  tov  UtéffyôSsvtôv) 
lûjdwov,  xcù  Atvzo*  Bùvxéou  (hopMéou)xa)  mpyts  ?p)s 
ëxTiaw    THvfieànr    Appela  |    ÉX4x,    j  AsôvTii    f    àp%c- 
r{éxTove$).  Sx. 

Et  la  seconde  inscription ,  que  nous  appellerons  B  : 

"7  ^aropvTvoSy  A&Zps,  À£*£o;  'S&pyiov  xcù  A^os 
Mapa&xpxa  Si(s). 

Nous  ne  reviendrons  pas  sur  les  points  acquis. 
Nous  nous  bornerons  à  signaler  les  différences  entre 
notre  lecture  et  celle  de  MM.   Sachau  et  Neubauer. 

xcù  Aweos.  M.  Neubauer  a  suppléé  tov  après 
Icoxvvov  et  lu  Avttoeau  lieu  de  Àvtew,  qui  figure  sur 
la  pierre.  H  obtient  donc  comme  sens  :  «  Sous  Jean 
le.  périodeute  appelé  aussi  Annis,  »  Rien,  à  nos  yeux, 
ne  justifie  cette  lecttfre. 

1  Le  monogramme  du  Christ  (X  et  P)  est  sculpté  dsras-ferrosdee, 
avec,  dans  les  champs  inférieurs,  les  lettres  À  et  Û,  et  dam  les 
champs-  supérieurs,  un  o&jef  cfoi  nous  semble  être  tm  pvîn  (cf. 
Jean,  yi,  35  :  èy& eipt  o  4pios  rr\i  Çarifa  et  suiv.). 

33. 


512  MAI-JUIN    1907. 

JSovxéov.  Nous  voyons,  avec  M.  Neubauer,  dans 
la  première  lettre  de  ce  mot  un  B.  La  lecture  Pow- 
xéov ,  proposée  par  M.  Noeldeke1,  et  adoptée,  non 
sans  réserve,  par  M.  Sachau,  doit  donc  être  rejetée2. 

rpU.  M.  Sachau  a  lu  Tputy,  et  considéré  ce 
groupe  de  lettres  comme  une  abréviation  de  Tpi/^(&j- 
vos).  M.  Neubauer  a  lu  les  deux  derniers  mots  de  la 
troisième  ligne  2epy*07ro(Xrr)ou ,  sans  tenir  compte 
de  la  sigle  de  xa)  qui  suit  JSovxéov.  Les  lectures  de 
MM.  Sachau  et  Neubauer  doivent  être  écartées.  La 
pierre  porte  TPIC  avec  le  C  placé  sous  le  I.  lïépyiç 
Tpis  signifie  :  «  Sergius ,  fils  de  Sergius ,  fils  de  Ser- 
gius.  »  Cf.  S.  Reinach,  Manuel  d'épigraphie  grecque, 
Paris,  i885,  p.  509. 

ixTKTVv.  La  fin  de  ce  mot  manque  de  netteté; 
peut-être  faut-il  considérer  lavant-dernière  lettre 
comme  un  A  mal  fait  et  lire  ëxTio-av*.  M.  Neubauer 
a  lu  ëxTio-ev. 

\e6vTt$.  M.  Sachau  a  lu  par  erreur  As6fiTi$.  La 
lettre  qui  précède  le  t  n'est  pas  un  fi  mais  un  v. 

1  Zeit.  d.  dent  Morg.  GeselL,  t.  XXXVI,  p.  349* 

2  A  moins  qu'il  ne  faille  admettre  que  dans  le  mot  Bovxcov  le  B 
n'ait  été  gravé  à  la  place  d'un  P.  Si  le  mot  Bovxéov  présente  réel- 
lement une  faute  du  lapicide,  on  pourrait  aussi  songer  à  le  corri- 
ger en  Bopxéov  (=  Bopxo/ov) ,  nom  propre  qui  se  Ht  dans  Wadding- 
ton,  Inscriptions  grecques  et  latines  de  la  Syrie,  n°  2016  (Le 
Bas  -Waddingtoi*  ,  Voyage  archéologique  en  Grèce  et  en  Asie-Mi- 
neure, t.  111). 

s  Dans  Waddington,  op.  cit.,  n°  2693,  on  trouve  £«T«0iy*  au 
lieu  de  éxriaev. 


NOTE  SLR  L'INSCRIPTION  TRILINGUE  DE  ZÉBED.     513 

àpX,iT(éxTovss).  La  lecture  dpx^[évroves)  nous  pa- 
raît à  peu  près  certaine1.  Elle  donne  un  sens  très 
satisfaisant,  et  la  mention  des  deux  architectes  du 
martyrion  de  saint  Serge  est  faite  selon  une  formule 
assez  fréquente  dans  les  inscriptions  grecques  de  la 
Syrie.  Cette  formule  est  conçue  à  peu  près  comme  il 
suit  :  le  nom  de  l'architecte  dun  édifice  figure ,  avec 
ou  sans  l'indication  de  la  filiation  et  du  domicile,  à 
la  fin  de  l'inscription,  suivi  tout  simplement  de  l'un 
des  trois  mots  âpxiTéxrojv 2,  reyphys*  ou  oIxo$6(âo$, 
ce  dernier  étant  de  beaucoup  le  plus  fréquent4. 
Lorsque ,  comme  c'est  le  cas  pour  notre  inscription , 
deux  architectes  ont  collaboré  à  la  construction  d'un 

1  Cf.  l'abréviation  latine  APCHIT  =  architectes  dans  R.  Cagnat, 
Cours  d'épigraphie  latine,  a*  éd.,  Paris,  1898,  p.  379,  et  l'abrévia- 
tion grecque  ÀPXITEK  dans  Letronne,  Recueil  des  inscriptions 
grecques  et  latines  oTEgypte,  t.  I,  p.  4a6,  inscription  XL  (=  C. 
/.  G.,  4 7 1 3d )  datant  de  la  fin  du  règne  de  Trajan. 

2  Waddington,  n°  2^71  :  kXén  PovÇov  è*ohn<rep  èavrr)  Mai  Kctv- 
Sièù)  dvèpï  êx  TÔâv  iiicov  fiv^fins  évexa.  ÙpaxXetàys  dp^néxjtùv. 

1  Waddington,  n°  2682  :  Efc  Oeos  xal  Xpurfot.  Avàvvéov  &x 
tov  çxu'  éiovs.  Idfias  if/yiir\i,  et  Waddington,  n°  2  683  :  Oeov  xai 
Xpialov  Svvap.it  dvtiytpev  privas  Xd>ov  tov  &ov'  érovs.  àôuvoç  teyvi- 
ti/s.  Cf.  également  l'inscription  syriaque  de  Dehhes,  publiée  par 
M.  de  Vogué  dans  le  Journal  asiatique,  1896,  p.  3i 6-324,  où  il 
faut  lire  avec  M.  Littmann,  à  la  fin  de  l'inscription  B,  iuoo)  =  re%- 
vhnsy  au  lieu  de  f**«^^  (Zeit.  d.  deut.  Morg.  GeselL,  1906, 
p.  700),  recension  par  M.  Euting  de  l'ouvrage  de  M.  Littmann, 
Semilic  inscriptions  (qui  forme  la  IVe  partie  [1905]  des  Publi- 
cations of  an  American  archaeological  expédition  to  Syria  in  1899- 
i900). 

4  Waddington,  n°  1  g84d  :  kfyapos  Md&pos  xal  koih'.ç  Zapalns 
Tapovorirai  oixoêàpyoav  ér(ovç)  o3'.  Bdooos  oixoi6p[o]s ,  et  n°*  2026, 
2o3-y,  2o53,  2070  p,  2091,  2235,  2299,  2465  et  2693. 


514  MAI-JUIN    1907. 

édifice,  leurs  noms  sont  juxtaposés  l'un  à  côté  de 
I  autre,  sans  être  rattachés  par  la  conjonction  xai1. 

0(e#)  Ç(#w).  Le  complexe  à  ligatures  qui  suit 
Ap%ir  (éxrovss)  est  très  embarrassant.  ML  H.  Grégoire , 
membre  étranger  de  l'Ecole  française  d'Athènes, 
croit  qu'il  faut  y  voir  un  S-  et  un  Ç  et  lire  &(ej>) 
%>{&ini).  Nous  adoptons  le  lecture  de  M.  Grégoire, 
bien  que  le  £  soit  loin  d'être  sûr  et  que  la  formule 
©(ew)  £(«fo>Ti)  ne  se  rencontre  jamais,  à  notre 
connaissance,  dans  les  inscriptions  grecques  chré- 
tiennes2. 

4  la  place  de  âpxiT(éxTove$).  S(e&)  Ç(#i>ti),  M.Sa- 
chau  avait  proposé  de  lire  àpyiitp^&jiB^jos ,  et 
M.  Neubauer  avait  lu  ipx[^v)  *r4X(e)û*.  Aucune  de 
ces  lectures  n'était  admissible. 

Le  monogramme  du  Christ  (croix  surmontée  d'un 
P)  qui  précède  l'inscription  B,  indique  clairement 
qu'elle  n'est  pas  la  suite  immédiate  de  l'inscription  A , 
niais  une  addition  postérieure.  Elle  est  écrite  moins 
profondément  que  l'inscription  A  —  elle  est  plutôt 

1  Cf.  Waddington,  n°  a  a  35  :  UpôvSçfe,  x[vpi)t,  rijv  vpotrÇtopàp 
tov  SovXov  oom  Jééov  igpci)T(ohaxôvov).  Êx  t£v  UUùv  èxtfi&6p.i\<rtv 
h(ovs)  t*£',  M  àtoxXi/joys  êitt7x(àifov).  TaSovos,  Zàaipot  oixoUjtftot). 
Rappelons  ici  l'habitude  d'omettre  en  latin  la  conjonction  et  quand 
on  mentionne  les  noms  de  deux  magistrats  qui  sont  collègues.  Cf» 
0.  Riemann,  Syntaxe  latine,  /i"  éd.  revue  par  P.  Lejay,  Paris, 
1900,  p.  5a4-5a5. 

1  L'expression  3-eoe  £&>*>  est  très  fréquente  dans  l'Ancien  comme 
dans  le  Nouveau  Testament;  cf.  dans  le  N.  T.,  Actes,  xiv,  i5; 
liorn,,  i\,  26;  II  Cor.,  m,  3;  Yi,  iG;  etc. On  rencontre  aussi  cette 
expression  sous  la  forme  ô  Q-eos  6  Çav\  cf.  Mattu.,  xvi,  16;  xxvr, 
63 ,  etc. 


NOTE  SUR  L'INSCRIPTION  TRILINGUE  DE  ZEBED.     515 

un  graffite  qu'une  inscription  —  et  présente  des 
caractères  en  partie  différents  de  ceux  de  À  K 

2epy/ou.  M.  Sachau  a  lu  Qepytov.  Je  vois,  avec 
M.  Neubauer,  dans  la  première  lettre,  qui  est  plus 
ou  moins  eflacée,  un  C  (2). 

Mapa&tpxa  Si\s).  M.  Sachau  a  lu  fiapaSapxa  Si  sans 
se  prononcer  au  sujet  de  la  signification  de  Si.  H  s'est 
contenté  de  rapporter  que  M.  Hoffmann  voyait  dans 
St  une  abréviation  de  St(àt*ovot).  Nous  préférons  y  voir 
une  abréviation  de  SU  et  traduire  ;  «  Arizos,  fds  de 
Marabarka ,  fils  de  Marabarka»  »  Au  lieu  de  Si , 
M.  Neubauer  a  lu  vi(oi)  et  traduit  ;  «  Amos  (et)  Mara, 
fils  Barka.  »  Cette  lecture  ne  nous  paraît  pas  vraisem- 
blable. 

Il  résulte  de  nos  remarques  que  nous  compre- 
nons Tin  script  ion  grecque  comme  il  suit  : 

A.  f  En  Tan  8a3,  le  a4  du  mois  de  Gorpiaios\  furent 
posées  les  fondations  du  martyrion  de  saint  Serge  sous  Je 
périodeute  Jean.  Ànneos,  fils  de  Boukéos  (Borkaios)  et  Ser- 
gius, fds  de  Sergius,  fils  de  Sergius,  le  fondèrent.  Siméon* 
lils  d'Amraas,  fds  d'Elias  (et)  Léontios  (en  furent)  les  archi- 
tectes. Amen. 

B.  t  Satorninos,  Asizos,  Azizoï  fils  de  Sergius,  et  Azizûs 
fils  de  Marabarka ,  fils  de  Marabarka8. 

1  Cf.  Sachau,  Monatsberichte  der  kôniglich  preutsisûhtn  Acadé- 
mie der  Wissenschaften  de  Berlin,  1881,  p»  178*179. 

'  L'ère  employée  est  celle  des  Séleucides;  il  s'agit  donc  du 
2  4  septembre  5i4  ap.  J.-C, 

3  Voici  comment  M.  Neubauer  a  traduit  l'inscription  grecque  •: 
Im  Jahr  823  [=512  n.  C/ir.)  am  2â   Gorpiacus   (Sept.)  wurde  der 


510  MAI-JUIN  1907. 

L'inscription  B,  comme  on  le  voit,  ne  se  compose 
que  de  noms  propres.  A  notre  avis,  elle  se  rattache 
indirectement  au  verbe  ëxTiaav  de  l'inscription  A,  et 
nous  fait  connaître  les  noms  de  personnes  ayant  fait 
des  dons  au  martyrion  après  son  achèvement,  c'esl- 
à-dire  les  noms  de  bienfaiteurs  du  martyrion. 

II.  T/INSCRIPTIOÎN  SYRIAQUK*. 

L'inscription  syriaque  se  lit  à  gauche  de  la  rosace; 
elle  est  gravée  avec  plus  de  netteté  que  l'inscription 
grecque.  Elle  présente  cette  anomalie  que  les  lettres 
sont  écrites  de  gauche  a  droite,  l'une  sous  l'autre, 
c'est-à-dire  à  la  fois  horizontalement  et  verticalement. 
La  même  anomalie  se  retrouve  dans  l'inscription 
syriaque  de  Dehhes2.  Pour  lire  l'une  et  l'autre  in- 
scription ,  il  faut  leur  faire  faire  un  quart  de  tour  de 
cercle  îi  droite. 

Nous  lisons  l'inscription  syriaque  : 


(Irundstrin  gelegt  zu  dem  Martyrion  des  heiliyen  Scrgius ,  unter  dem 
Periodeules  Johannes ,  der  auch  Annis  heisst,  des  Bukaios  Sohn  oui 
Serginpolis,  Es  stiftete  dasselbe  Simeon,  der  Sohn  des  Amraas,  des 
Solmes  des  Elias.  Leontis  war  Stadtoberhavpt.  (Zuyeyen  waren)  Sa- 
torninus  Azizus,  Azizus  der  Sohn  des  Sergius,  Azizus  nnd  Mara  die 
Saline  des  Bar  ha. 

1  Nous  n'avons  pas  cru  devoir  tenir  compte  des  observations 
que  M.  Prfitorius  a  publiées  sur  le  texte  syriaque  de  l'inscription 
trilingue  de  Zi'died  dans  la  Zeitsch.  der  dentsch.  Morgenl.  Gesell- 
srltaft,  1881,  p.  53o  et  suiv. 

2  Voir  note  l .'t. 


NOTE  SUR  L'INSCRIPTION  TRILINGUE  DE  ZÉBED.     517 


En  marge  :  ^j^/S.itt)    (r^\=3i^. 


Comme  pour  l'inscription  grecque,  nous  ne 
reviendrons  pas  sur  les  points  acquis. 

^luréa.  M.  Sachau  a  lu  ^*o»a  «  et  Jonas  ».  Nous 
préférons  lire  ^u&réa  ou  ^>uréa  ou  encore  tout  sim- 
plement ^iua  (IWqui  suit  le  o  manque  de  netteté 

et  peut  avoir  été  effacé)  et  considérer  ce  mot,  sous 
Tune  ou  l'autre  des  formes  citées,  comme  l'équiva- 
lent du  nom  Avveos  qui  se  lit  dans  l'inscription 
grecque. 

«^ojjcxjo.   M.  Sachau  identifie  ce  mot  avec  le  nom 

propre  qui  apparaît  souvent  dans  les  inscriptions 
grecques  de  la  Syrie  sous  la  forme  M6xi(xo$.  Nous 
aimons  mieux  considérer  yp^sxrry  comme  une  abré- 
viation de  r&sn *iim,  ou  comme  une  faute  de  gra- 
phie au  lieu  de 


t(^Yfift  (*^)=w^.   La   pierre    présente  entre 
et  r^oj^ir^  une  place  un  peu  renforcée 

qui  provient,  à  nos  yeux,  de  ce  que  des  lettres  y  ont 
été  martelées.  Nous  intercalons  à  cette  place  les  mots 
oûaV^^Y00    f1^)13^  (IU*  son*  gravés  verticalement 


518  MAI-JUIN  1907. 

à  gauche  de  l'inscription ,  dans  le  sens  ordinaire  de 
lecriture  syriaque,  c  est-à-dire  de  droite  à  gauche.  Au 
lieu  de  corriger  .rai^  en  rirait,  il  faut  peut-être  cor- 
riger ce  mot  en  âi^  «  et  ».  Quoi  qu'il  en  soit,  nous 

considérons  le  Sergius  en  question  comme  iden- 
tique au  Sergius,  fils  de  Sergius,  fiLs  de  Sergius,  de 
l'inscription  grecque. 

Nous  traduisons  l'inscription  syriaque  : 

Gloire  au  Père,  au  Fils  et  au  Saint-Esprit  En  Tan 
huit  cent  vingt-trois,  le  vingt-quatre  d'Houl,  ont  été  posées 
ses  fondations  (celles  du  martyrion)  et  c'est  Jean  le  pério- 
deute  —  que  sa  mémoire  soit  bénie  !  —  qui  en  posa  la 
première  pierre,  et  Mara  qui  écrivit  (l'inscription),  et  Annas 
et  Antiochus  (et)  le  Père  Sergius  [on  simplement  :  et  Ser- 
gius] (qui  en  furent)  les  fondateurs. 

La  partie  de  l'inscription  syriaque  qui  va  jusque 
«  et  Mara  qui  écrivit  »  a  plus  ou  moins  son  équiva- 
lent dans  l'inscription  grecque.  Les  deux  inscriptions 
nous  apprennent ,  à  leur  début ,  que  le  martyrion  de 
saint  Serge  a  été  fondé  le  a  4  septembre  5 1 1  de  notre 
ère  sous  le  périodeute  Jean.  L'inscription  syriaque, 
en  donnant  après  le  nom  du  périodeute  Jean ,  une 
formule  réservée  aux  noms  des  défunts  :  «  Que  sa 
mémoire  soit  bénie l  !  »,  nous  fournit  un  renseigne- 
ment qui  manque  dans  l'inscription  grecque  et  qui 
a  son  importance  :  elle  nous  fait  savoir  que  le  pério- 
deute Jean  est  mort  entre  le  moment  où  la  première 

1  Sur  des  formules  de  ce  genre ,  cf.  l'article  que  nous  avons  pu- 
blié dans  la  Revue  de  l 'Orient  chrétien,  1900,  p.  i55-i6o. 


NOTE  SUR  L'INSCRIPTION  TRILINGUE  DE  ZÉBED.     519 

pierre   du  martyrion  a  été  posée  et  celui  où  l'in- 
scription syriaque  a  été  gravée. 

La  suite  de  l'inscription  syriaque  ne  se  retrouve 
qu'assez  imparfaitement  dans  l'inscription  grecque. 
L'absence,  dans  celle-ci,  du  renseignement  :  «  et  Mara 
qui  écrivit»,  s'explique  tout  naturellement,  si  l'on 
admet ,  comme  il  semble  bien  que  ce  soit  le  cas ,  que 
Mara  n'a  gravé  que  l'inscription  syriaque l.  Par 
contre ,  la  liste  des  personnes  qui  ont  contribué  à  la 
fondation  du  martyrion  présente,  dans  l'inscription 
syriaque,  deux  particularités  qui  ne  laissent  pas 
d'être  embarrassantes  :  la  mention  du  nom  d'un  cer- 
tain Antiochos  qui  ne  figure  pas  dans  l'inscription 
grecque,  et  le  martelage  d'un  mot  après  Antiochos. 
Ces  deux  particularités  sont  susceptibles  de  multiples 
explications.  M.  F.  Cumont  nous  a  suggéré  la  sui- 
vante qui  nous  semble  assez  vraisemblable  :  la  pré- 
sence du  nom  d' Antiochos  dans  l'inscription  syriaque 
serait  due  à  une  erreur  du  lapicide  syrien  ;  celui-ci , 
après  avoir  constaté  son  erreur,  aurait  gravé  le  texte 
exact  en  marge ,  puis  martelé ,  au  lieu  du  faux  texte 
«  Antiochos  »,  l'équivalent  syriaque  de  Bbvxéov  *. 

L'inscription  syriaque  ne  donne  pas,  comme  l'in- 

1  II  n  est  pas  rare  que  les  noms  des  lapicides  soient  mentionnés 
dans  les  inscriptions  chrétiennes;  cf.  Waddington,  op.  cit.,  n" 
2162,  2272  et  2464;  C.I.G.,  IV,  8783. 

3  Dans  l'explication  à  laquelle  nous  avions  songé  de  notre  côté, 
l'absence  du  nom  d'Antiochos  dans  l'inscription  grecque  serait  due 
à  un  oubli  du  lapicide  grec  et  le  lapicide  syrien ,  ayant  gravé  un 
faux  texte  après  Antiochos,  aurait  fait  disparaître  son  erreur,  puis 
gravé  en  marge  le  texte  exact. 


520  MAI-JUIN   1907. 

scription  grecque,  les  noms  des  deux  architectes  du 
martyi  ion  de  saint  Serge.  La  raison  en  est  fort  simple 
à  notre  avis  :  la  place  a  manqué  au  lapicide  syrien 
pour  les  graver.  Les  deux  langues  en  usage  à  Zébed, 
le  grec  comme  langue  officielle,  le  syriaque  comme 
langue  indigène,  se  sont  partagé,  en  parts  égales,  le 
linteau  pour  y  commémorer,  lune  à  droite,  l'autre  à 
gauche  de  la  rosace,  la  date  de  la  fondation  du  mar- 
tyrion ,  les  noms  de  ses  fondateurs  et  de  ses  archi- 
tectes. Mais  le  lapicide  syrien  ayant  gravé,  en  tête 
de  l'inscription  syriaque,  une  formule  doxologique 
assez  longue  et  ayant  transcrit  en  toutes  lettres  la 
date  de  la  fondation  du  martyrion,  a  dû  laisser  de 
coté ,  faute  de  place ,  les  noms  des  deux  architectes. 

III.  L'INSCRIPTION  ARABE. 

L'inscription  arabe  se  lit  sur  le  troisième  biseau 
horizontal  de  la  moulure;  elle  est  parallèle  à  l'inscrip- 
tion grecque  13  qui  figure  sur  le  premier  biseau.  La 
lecture  en  présente  de  sérieuses  difficultés,  résultant , 
en  partie,  de  ce  qu  elle  est  gravée  peu  nettement  — 
elle  est  plutôt,  comme  l'inscription  grecque  B,  un 
gralïite  qu'une  inscription  proprement  dite  —  en 
partie,,  de  ce  quelle  est  dépourvue  de  points  diacri- 
tiques. 

Voici  comment  M.  Sachau  en  a  lu  le  texte  : 


NOTE  SUR  L'INSCRIPTION  TRILINGUE  DE  ZÉBED.     521 

Ce  texte,  M.  Sachau  Ta  interprété  : 

t  Au  nom  de  Dieu.  Sergius  (ou  26pov) ,  fils  de  Vôfiov  (?) , 
ïoixovàpos  (ou  petit- fds  de  Kaiâpov  ou  de  Koutham)  et  fils 
de  Mara  (ou  de  t&àppov)  le  prêtre  et  Sergius  (ou  2ôpov) 
fds  de  Sa'd  et  Sithr  et  Shouraih ,  la  famille  de  — 

REMARQUES. 

On  distingue  assez  nettement  une  croix  au  com- 
mencement de  l'inscription  arabe.  Cette  croix  a  ici 
—  les  deux  inscriptions  grecques  et  l'insciption  sy- 
riaque sont  également  précédées  d'une  croix  —  une 
importance  capitale.  Elle  indique ,  sans  contestation 
possible,  que  l'inscription  arabe  est  d'origine  chré- 
tienne. 

{[*»*].  Au  lieu  de  la  formule  «  au  nom  de  Dieu  » , 
ne  pourrait-on  pas  restituer,  si  la  dernière  lettre  est 
réellement  un  mim,  le  nom  propre  antéislamique 
*X!l  *a?  (Teym-Allah)  qu'on  lit  dans  Waddington, 
2  o  2  o ,  sous  la  forme  SéfioXXos l  ? 

£*.  La  lecture  proposée  par  M.  Sachau  :  ,**->  ~ 
rSfiov  est  très  douteuse.  La  première  lettre  de  ce  nom 
est ,  à  notre  avis ,  un  élif,  et  il  n'est  pas  certain  que 
la  troisième  soit  un  'aïn. 

y++i.  11  nous  parait  impossible  de  considérer  ce 
mot  comme  l'équivalent  du  mot  grec  oUov6(âos. 
L'exemple  que  M.  Sachau  cite  en  faveur  d'une  cor- 

1  Cf.  Renan,  Sur  quelques  noms  arabes  qui  figurent  dans  les 
inscriptions  arabes  de  l'Anranitide,  dans  le  Journal  asiatique, 
188a,  p.  8. 


522  MAI  JUIN    1907. 

ruption  de  oixovéfio*  en  xovopo*  est  sans  valeur  :  la 
graphie  KoSofxrjs  au  lieu  de  doKoS^rjae  est  l'œuvre 
d'un  lapicide  qui  ignorait  le  grec1.  Au  surplus,  l'exis- 
tence de  xoàopins  serait-elle  établie,  quTH  faudrait  en- 
core prouver  celle  de  xopopos.  Nous  préférons  donc 
voir  dans  le  mot  en  question ,  soit  le  nom  KaiàtfÀOv , 
soit  le  nom  Koutham,  qui  sont  signalés  par  M.  Sachau , 
soit  encore,  si  la  première  lettre  du  mot  était  un 
mim  au  lieu  d'un  kaf,  ce  qui  n'est  pas  impossible, 
l'équivalent  de  l'un  des  noms  suivants  qui  se  Usent 
dans  les  inscriptions  grecques  de  la  Syrie  :  Mâptfto*, 
MivtffÂOf,  MoaifÂos,  Mariptov2. 

jhSRjj:  M.  Sachau  identifie  jmJU(  avec  j***Jtfl 
«  le  prêtre  » ,  en  faisant  remarquer  qu'il  n'y  avait  pas 
assez  de  place  pour  écrire  le  mot  en  entrer.  Nous 
lisons  distinctement  (j*aDT  au  ïïeu  de  (j»£fi  (le  j*  des- 
cend le  long  du  rebord  de  la  rosace),  et  voyons  dans 
fjmjJù)  y*  avec  M.  Cïermont-Ganneau,  qui  avah  sup- 
posé qu'il  fallait  lire  jh^JÛ),  fe  nom  propre  (I)mrotrf- 
qaïs3. 


Ces  caractères  sont  extrêmement 
embarrassants.  M.  Sachau  trouve  que  les  deux  ment 
sont  très  nets ,  mais  que  les  deux  iod  ont  xme  forme 
un  peu  insolite.  Nous  ne  distinguons ,  avee  certitude , 

1  Cf.  Waddington,  op.  cit.,  n°  2397. 

*  Cf.,  j>oxirM6vtpos,  Waddingtow,  n**  2117,  2"n8,  îfi38,  2293, 
2/112  e,  2 54 A;  pour  M6vrifios,  ibid,t  n°  2  2^3;  pour  Moaipof,  ibid., 
n°  2o&3  ;  pour  Mortfp**,  ibid  ,  H*  200&. 

5  Cf.  R.  Dussaud,  L'inscription  aabatéo-ar*be  (fEn-lVirràrrî! , 
dans  la  Bévue  archéologique ,  1902,  t.  XLI,  p.  4i3,  note  1. 


NOTE  SUR  L'INSCRIPTION  TRILINGUE  DE  ZEBED.     523 

que  les  deux  premiers  caractères  Vi .»;  le  troisième 
caractère  semble  être  un  7»,  mais  pourrait  aussi  êînt 
autre  chose.  Si  nous  osions  faire  une  conjecture  au 
sujet  de  la  signification  de  ces  caractères ,  nous  pro- 
poserions d  y  voir  la  date  de  l'inscription  arabe  et  de 
traduire  y>  V\  ^a  —  en  admettant  que  le  y»  figure 
réellement  sur  la  pierre  —  par  :  «  en  44 o  ».  Lere 
employée  serait  celle  de  Bostra,  en  usage  en  Arabie, 
qui  donnerait  comme  date  Tannée  545  apr.  J.-G. l. 
Sans  doute,  il  serait  assez  bizarre  que  ia  date  flirt  in- 
diquée en  caractères  syriaques,  mais  Fempioi  de  ces 
caractères  restera  étrange  à  nos  yeux,  quelle  que  soit 
l'explication  que  l'on  en  fournisse. 

11  résuite  de  ces  remarques  que  fon  pourrait  tra- 
duire l'inscription  arabe  comme  il  suit  : 

Teym- Allah,  Sergius  (on  ^àpov)  fils  de  — ,  \Latâ(iov  (ou 
Koutham  on  Mforpo?,  etc.) ,  et  —  fis  cTïnirouîqaïs,  et  Sergius 
(ou  ,Z6pov)  fils  de  Sa'd,  et  Sithr,  et  Shonraih.  En  44o  (?). 

Ainsi  qu'on  peut  s'en  rendre  compte,  Proscription 
arabe  xiest  qu'une  liste  de  noms  propres  dont 
quelques-uns  seulement  se  lisent  avec  certitude. 
Cette  liste  est  rédigée,  à  notre  avis,  sur  le  modèle  de 
la  liste  des  noms  propres  qui  constituent  l'imoription 
grecque B.  Comme  celle-ci,  elle  énumère,  sans  l'aide 
de  verbe,  les  noms  de  personnes  ayant  fait,  selon 

1  La  plus  ancienne  inscription  arabe  connue  jusqu'à  ce  jour, 
l'inscription  d'En-Nemâra  (voir  note  précédente)  qui  remonte  à 
Tan  32  8  après  J.-C. ,  est  datée  d'après  l'ère  de  Bostra. 


524  MAI-JUIN   1907. 

toute  apparence,  des  dons  au  inartyrion  de  saint 
Serge.  Or,  si  elle  est  imitée  de  l'inscription  grecque 
B,  elle  doit  nécessairement  être  postérieure  à  cette 
inscription  que  nous  avons  considérée  elle-même 
comme  postérieure  à  l'inscription  grecque  A.  Celle- 
ci  et  l'inscription  syriaque  auront  été  gravées  aussitôt 
après  l'achèvement  du  martyrion  de  saint  Serge ,  c'est- 
à-dire  en  5 1 3  ou  5 1  4  1,  et  l'inscription  grecque  B  et 
l'inscription  arabe  ne  sont  probablement  pas  pos- 
térieures à  la  première  moitié  du  VIe  siècle2.  Il  est 
impossible  de  préciser  davantage,.  La  date  de  la  pose 
de  la  première  pierre  du  martyrion  de  saint  Serge, 
—  le  2  \  septembre  5 1  %  après  J.-C.  —  n'est  pas  la 
date  de  l'inscription  trilingue  de  Zébed,  elle  est  seu- 
lement son  terminas  post  (fuem. 

Bruxelles. 

1  Nous  avons  vu  plus  haut  que  le  périodeute  Jean  est  mort 
entre  le  moment  où  la  première  pierre  du  martyrion  a  été  posée 
et  celui  où  l'inscription  syriaque  a  été  gravée.  Il  est  regrettable  que 
nous  ne  connaissions  pas  la  date  de  la  mort  de  ce  périodeutc;  elle 
permettrait  de  déterminer,  d'une  manière  précise,  la  date  de  l'in- 
scription syriaque  et  en  môme  temps  celle  de  l'inscription  grecque, 
les  deux  inscriptions  étant  certainement  contemporaines. 

*  Le  texte  arabe  de  l'inscription  trilingue  de  Zébed  reste  donc, 
à  nos  yeux,  le  second  monument  le,  plus  ancien  de  l'écriture  arabe 
avant  Mahomet,  (l'est  là  son  principal  intérêt. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  525 


NOUVELLES  ET  MELANGES. 


SEANCE  DU   10  MAI  1907. 

La  séance  est  ouverte  à  4  heures  4o  sous  la  présidence  de 
M.  Barbier  de  Meyxard. 

Etaient  présents  : 

MM.  Allotte  de  la  Fuye,  Aymomer,  Bourdais,  Bouvat, 
Cabaton,  Carra  de  Vaux,  Chabot,  de  Charexc.et,  Demïau, 
Dvssaud,  B.  Duval,  Fevret,  Graffin,  Halévy,  Huart, 
Mayer-Lambert,  Lvnet  de  Lajonquibre,  Macler,  Mondon- 
Yidailhet,  Périer,  Schwab,  membres;  Finot,  secrétaire  par 
intérim. 

Le  procès-verbal  de  la  dernière  séance  est  lu  et  adopté. 

M.  Graffin  offre  à  la  Société  deux  nouveaux  fascicules  de 
la  Palrologie  orientale. 

M.  le  président  propose  de  nommer  membres  de  la  Com- 
mission permanente  de  la  Bibliothèque,  MM.  Cabaton, 
B.  Duval,  Finot,  Macler  et  Schwab.  Cette  désignation  est 
faite  à  titre  provisoire  :  l'élection  définitive  aura  lieu  à  la 
prochaine  assemblée  générale. 

M.  Carra  de  Vaux  étudie  un  certain  nombre  de  formules 
d'incantation  chez  les  Musulmans. 

MM.  Halévy  et  Huart  ajoutent  quelques  observations. 

M.  Bourdais  fait  une  communication  sur  la  race  Khasia 
chez  les  écrivains  anciens. 

M.  de  Charbncey,  au  sujet  de  deux  termes  du  lexique 
aïno,  expose  quelques  idées  sur  les  migrations  des  popula- 

ix.  3i 


ivmaruv  «àn*ittt. 


526  MAI-JUIN  1907. 

tions  parlant  cette  langue.  Les  Aïnos  semblent,  au  point  de 
vue  philologique ,  apparentés  aux  Coréens  ainsi  qu'aux  popu- 
lations du  moyen  Ienissei*  Ils  ont  envahi  le  Japon  à  une 
époque  impossible  à  préciser.  Avant  d'être,  à  leur  tour, 
subjugués  par  les  Japonais  actuels,  les  Aïnos  durent  être 
en  relation  avec  des  tribus  malayo-polynésiennes,  dont  l'in- 
fluence parait  s'être  fait  sentir  jusqu'en  Corée.  Peut-être  les 
ancêtres  des  Aïnos  ont-ils  habité  les  régions  de  l'Asie  cen- 
trale. Ainsi  s'expliqueraient  certaines  ressemblances  lexico- 
graphiques  avec  des  idiomes  fort  éloignés  :  par  exemple, 
l'aïno  schéta,  «  chien  »  se  retrouve  chez  les  Santalis  (Bengale) 
sous  la  forme  séta  (même  sens);  l'aïno  telrn,  tetri,  «  blanc  ■ 
répond  au  géorgien  thethri. 

M.  Halévy  faii  une  communication  sur  les  noms  de  deux 
célébrités  babyloniennes  :  Gilgamis  et  Hammurabi. 

La  lecture  Gi-il-ga-mis  du  nom  écrit  en  idéogramme  Glà- 
TU-BAR  a  été  trouvée  par  Pinches  dans  une  tablette  lexico  • 
graphique ,  et  elle  est  confirmée  par  le  nom  Gilgamos ,  sous 
lequel  Elien  mentionne  ce  héros  mythique  de  la  Chaldée. 
Réservant  l'explication  de  l'idéogramme,  M.  Halévy  montre 
que  le  nom  réel  Gilgamis  se  compose  de  gillu  t  «  flot  ■ ,  et  du 
participe  garnis»  «  rameur  •,  de  la  racine  garnasu,  «ramer», 
dont  on  n'a  constaté  jusqu'à  présent  que  le  substantif  gi- 
mussu,  «rame».  L'ensemble  veut  dire  •  rameur  des  flots», 
c'est-à-dire  «navigateur  de  l'océan».  En  effet  des  bas-reliefs 
récemment  découverts  représentent  le  héros  naviguant  sur 
le  grand  océan  pour  se  rendre  auprès  de  son  aïeul  Hasisatra 
ou  Xysuthras,  devenu  immortel  après  avoir  été  sauvé  du 
déluge. 

Hammurabi  a  été  dès  le  début  identifié  avec  Amraphel, 
dont  il  est  fait  mention  dans  le  xiv*  chapitre  de  la  Genèse 
parmi  les  rois  qui  envahirent  la  Palestine  au  temps  d'Abra- 
ham. S' appuyant  sur  une  variante  qui  donne  rapastu  au 
lieu  de  rabit  M.  Halévy  avait  émis  l'idée  que  le  nom  royal 
était  primitivement  Hammu-rapaltn  (s  se  change  en  l  devant 


NOUVELLES   ET  MÉLANGES.  527 

les  dentales),  très  voisin  de  Amraphel,  et  signifiant  «famille 
nombreuse  ».  Cette  hypothèse  est  maintenant  confirmée  par 
la  forme  idéographique  relevée  depuis  peu  et  représentant 
ce  nom  par  EN-NUN  DAGAL-LA  :  car  DAGAL-LA  est 
l'équivalent  ordinaire  de  rapâsu,  «être  large,  vaste,  nom- 
breux » . 

M.  Allotte  de  la  Fuye  fait  quelques  remarques  sur  les 
foi  mes  les  plus  anciennes  du  nom  de  Gilgamis. 

La  séance  est  levée  à  6  heures. 


OUVRAGES  OFFERTS  A  LA  SOCIETE. 

Par  les  Aotidrs  : 

Dr  F.  Weisgerber.  Trois  mois  de  campagne  au  Maroc.  — 
Paris,  190/i;  in-8°. 

R.  Graffix  et  F.  Nau.  Patrobgia  Oriental™.  . .  1,5,  par 
1.  (midi;  IV,  2,  par  le  Dr  Charles  Wessely.  —  Paris,  s.  d. ; 

gr.  in-8°. 

Par  les  Éditeurs  : 

Zeitschrift  fur  hebrœische  Bibliographie,  XJ,  1.  —  Frank- 
furt  a.  M.,  1907;  in-8°. 

Revue  critique,  Ai*  année,  nM  l5*i8.  —  Paris,  1907; 
in-8°. 

The  Korea  Review,  October  1906.  —  Séoul,  1906;  in-8°. 

Margoliolth  (D.  S.).  Umayjads  and  Abbasids ,  being  the 
fourth  Part  of  Jurji  ZaycTcui's  History  of  Islande  Civilitation, 
translated  ...  —  Leyden,  E.  J.  Brill,  1907;  in-8°. 

Revue  sémitique t  avril  1907.  —  Paris,  1907;  in-8°. 

W.  Caland  et  V.  Henry.  L'Agnis[oma.  —  Paris,  1907; 
in-8°. 

P.  Emmanuelis  d'ALMKiDA,  S.  J.  Huioria  Aithiùpier,  liber  I- 
IV.  —  Romae,  1907;  in-8°. 

Anthropos,  11,  a.  —  Salzburg,  1907;  in-8*. 

34. 


528  MAI-JUIN    1907. 

American  Journal  of  Philology,  n°  109.  —  Baltimore, 
1 907  ;  in-8°. 

Th.  Gollier.  Manuel  de  la  langue  japonaise.  —  Bruxelles 
et  Leipzig,  1907  ;  in-8°. 

The  lndian  Antiquary,  448-449-  —  Bombay,  1906;  in-4°. 

R.  E.  Dastoor.  Zarathustra  and  Zarathustrianism  in  the 
Avesla.  —  Leipzig,  1907;  pet.  in-8°. 

Par  la  Société  : 

Journal  Asiatique,  janvier-février  1907.  —  Paris,  1907; 
in-8°. 

The  Journal  of  the  Royal  Asiatic  Society,  April  1907.  — 
London,  1907;  in-8. 

The  Geographical  Journal,  April-May  1907.  —  London, 
1 907  ;  in-8°. 

Ateneo,  marzo  1907.  —  Madrid,  1907;  in-8°. 

Bulletin  de  l'Académie  impériale  des  sciences  de  Saint-Péters- 
bourg, 1907,  1-7.  —Saint-Pétersbourg,  1907;  in-8°. 

American  Journal  of  Archœology ,  XI ,  1 .  —  Norwood ,  Mass. , 
1 907  ;  in-8°. 

Bulletin  de  littérature  ecclésiastique,  avril  1907.  —  Paris, 
1907;  in-8°. 

Par  le  Ministère  de  l'Instruction  publique 
et  des  Beaux-Arts  : 

Journal  des  Savants,  avril  1907.  —  Paris,  1907;  in-4°. 

Bibliothèque  de  V École  des  Hautes  Etudes,  159"  fa  se.  :  Syl- 
vain LÉ vi.  Mahâyâna-Sûtrâlamkâra ,  édité  et  traduit,  1-2.  — 
Paris,  1907  ;in-8°. 

Par  M.  M.  Schwab  : 

Ahmed  El-Hoseïnî.  Kitâb  Irchâd  at-TAlibtn.  —  Beyrouth, 
i3i4;in-8°. 

Divan  de  Niazi  (en  turc).  —  S.  1.  n.  d.;  in-8°. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.       529 

Par  le  Gouvernement  général  de  l'Indo-Ghine  : 

Bulletin  de  T  Ecole  française  d'Extrême-Orient,  VI,  1-2.  - 
Hanoï,  1906;  in-8°. 

Par  le  Gouvernement  indien  : 

E.  Thurston.  Ethnographie  Notes  in  Southern  India.  — 
Madras,  1906;  in-8°. 

H.  N.  Wright.  Catalogne  qfthe  Coins  in  the  Indian  Muséum, 
Calcutta.  —  Oxford,  1907;  in-8°. 

De  Zilva  Wigkremasinghe.  Epigraphia  Zcylanica,  I,  2-3. 

—  London,  1907;  in-4°. 

Par  l'Université  Saint-Joseph,  à  Beyrouth  : 
Al-Machriq,  X,  6,  9.  —  Beyrouth,  1907;  in-8°. 

Par  l'Université  de  Leyde  : 

El-Bokhàri.  Le  Recueil  des  Traditions  musulmanes,  publié 
par  M.  Ludolf  Krehl,  continué  par  Th.  W.  Juynboll,  IV,  1. 

—  Leyde ,  1 907  ;  in-4°. 

Par  l'Université  de  Californie  : 

II.  H.  Powell.  The  supposed  Hebraisms  in  the  Grammar  of 
the  Biblical  Aramaic.  —  Berkeley,  s.  d.;  in-8*. 


ANNEXE  AU  PROCES-VERBAL. 
(Séance  du  10  mai  1907.) 


TALISMANS  ET  CONJURATIONS  ARABES, 
PAR  LE  BARON  CARRA  DE  VAUX. 

L'étude  des  talismans,  charmes  et  conjurations  parait  bien 
un  peu  futile;  néanmoins  on  peut  être  amené  de  diverses 
manières  à  s'en  occuper,  soit  lorsqu'on  veut  interpréter  des 
passages  de  certains  textes  où  il  est  fait  allusion  à  ces  pra- 


530  MAI-JUIN  1907. 

tiques,  soit  lorsqu'on  désire  compléter  l'histoire  des  philo- 
sophies  occultes  ou  des  superstitions  religieuses.  Ainsi  Ton  sait 
que  les  talismans  jouent  un  rôle  important  dans  les  Mille  et 
une  Nuits;  ils  apparaissent  plus  souvent  encore  dans  l'Abrégé 
des  Merveilles  où  la  connaissance  en  est  attribuée  surtout 
aux  Berbères  \  Le  Coran  et  les  hadits  parlent  en  quelques 
endroits  des  charmes  et  des  pratiques  de  sorcellerie1;  la 
plupart  des  docteurs  s'en  sont  occupés  pour  en  discuter 
la  légitimité;  et  la  légende  littéraire  a  prêté  des  talents  en 
ce  genre  à  do  hauts  personnages,  tels  que  Gazali,  Avi- 
cenne  et  Platon  \  L'ethnographie  aussi  s'intéresse  à  ce  sujet, 
autant  pour  le  passé  que  pour  le  présent4,  car  aujourd'hui 
encore  ces  pratiques  superstitieuses  sont  en  usage  dans  l'is- 
lam; elles  sont  très  répandues  au  Maroc,  et,  dans  les  grandes 
villes  musulmanes,  il  est  facile  au  touriste  de  trouver  des 
techniciens  qui  lui  vendent  des  talismans  confectionnés 
d'après  les  procédés  qu'indiquent  les  vieux  traités  classiques 
en  la  matière,  tels  que  le  traité  d'Kl-Bouni  (mort6aa  IL). 

Le  savant  français  Reinaud  a  précisément  eu  a  s'occuper 
de  ce  dernier  ouvrage,  lorsqu'il  a  catalogué  et  commenté  les 
monuments  du  cabinet  du  duc  de  Blacas  ";  il  en  a  extrait 

1   L'Ahrrtfé  drs  Merveilles,  trad.  Carra  de  Vaux,  pages  3of>,  3ia. 

5  Voir  Coran,  v,  92,  et  c\m,  \. 

s  Les  légendes  sur  Avicenne  sorcier  sont  nombreuses  et  bien 
connues.  Comme  exemple  de  talismans  attribués  à  Gazali ,  voir  le 
ms.  arabe  n°  2763  de  la  Bibliothèque  nationale  de  Paris.  Un  ms. 
intéressant  de  magie  se  trouve  à  Budapest,  dans  lequel  Platon  est 
rite  à  coté  des   indiens  Chamour  ^«Lû  et   Tomtom    *W».  Voir 

l'inventaire  fait  par  Goldziher  dans  Maijyar  Kbnyo-Szemle. .  Buda- 
pest, 1880. 

4  L'an  dernier,  dans  le  Keleti  Szemle,  revue  orientale  de  Buda- 
pest, M.  Julitis  Meszaros  a  publié  une  étude  sur  les  superstitions 
des  Turcs  Osmanlis  :  Osmaniseh-Tùrkischer  Volksglaubc,  I,  1906. 
(>,  travail  est  fait  en  partie  d'après  un  livre  turc,  le  Yildiz-nAmè. 

6  Reinaud,  Monuments  arabes,  persans  et  turcs  du  cabinet  de 
M.  le  duc  de  Blacas  et  d'autres  cabinets,  Paris,  18a 8. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  531 

beaucoup  de  données  et  de  renseignements  intéressants.  Au- 
jourd'hui nous  voulons  seulement  citer  quelques  morceaux 
qui  ont  au  moins  l'agrément  du  pittoresque,  et  que  nous  ex- 
trayons d'un  autre  manuscrit  de  la  Bibliothèque  nationale , 
celui  qui  porte  le  numéro  2662  (ms.  du  xvir*  siècle).  Je  ne 
sais  quel  en  est  l'auteur;  au  début  il  est  fait  mention  d'El- 
Bouni  et.  d'un  de  ses  commentateurs;  l'ouvrage  est  un 
recueil  de   conjurations  diverses. 

Voici  d'abord  une  conjuration  qui  a  pour  objet  de  nuire 
à  quelque  ennemi  en  lui  envoyant  un  scorpion.  Les  scorpions 
et  autres  animaux  nuisibles  tiennent  naturellement  une  assez 
grande  place  dans  ces  invocations;  on  peut  chercher  à  les 
détruire,  comme  on  le  voit  dans  l'Abrégé  des  Merveilles  à  ou 
simplement  à  s'en  préserver  soi-même,  comme  l'indique  un 
passage  d'El-Bouni  cité  par  Reinaud;  mais  notre  traité ,  qui  ne 
parait  pas  animé  d'un  très  grand  esprit  de  charité ,  cherche  de 
préférence  à  donner  à  l'enchanteur  le  moyen  de  se  servir 
de  ces  animaux  contre  ses  ennemis.  L'incantation  enseignée 
en  ce  passage  contient  certains  termes  cabalistiques,  comme 
on  en  trouve  dans  les  écrits  gnostiques ,  tels  que  Arbiouch , 
Cherhouch ,  Bakhtimâ ,  Maltimâ ,  etc.  ;  ce  sont  des  noms  d'es- 
prits ou  d'éons  1  ;  je  les  passerai ,  car  ils  nécessiteraient  une 
étude  spéciale.  H  est  à  remarquer  aussi  que  la  personne 
contre  laquelle  est  envoyée  la  béte  nuisible,  est  désignée  par 
un  nombre,  le  nombre  252;  cette  expression  cabalistique 
remplace  notre  mot  «un  tel».  La  conjuration  est  appelée 
'azîmah  ou  rokiah.  La  pratique  qui  consiste  à  envoyer  ainsi 
contre  quelqu'un  des  animaux  dangereux,  des  maladies  ou 
des  esprits  méchants,  est  appelée  irsâl,  «  envoi  ».  Une  particu- 
larité curieuse  est  encore  à  signaler:  l'incantation  recomman- 
dée par  notre  passage  est  dite  «  expérimentée  » ,  modjarrab. 
Cette  expression  revient  plusieurs  fois  dans  le  livre;  elle 
établit  une  sorte  de  distinction  entre  des  conjurations  qui  ne 

1  Cf.  Amklinbàu,  Le  Gnosticisme  égyptien  (Annales  du  Mutée 
Guimet),  p.  io4,  206,  207  ,  a44 ,  a5a  ,  a54  ,  a55. 


532  MAI-JUIN    1907. 

seraient  connues  que  d'une  façon  théorique ,  et  d'autres  qui 
sont  censées  avoir  subi  l'épreuve  de  la  pratique  \  Tout  cela 
expliqué ,  voici  la  formule  : 

(Fol.  5i  v°.)  a  Envoi  d'un  scorpion;  expérimenté;  tiré  du 
livre  de  Mohammed  el-Djanadi.  Vous  prenez  un  scorpion  que 
vous  placez  dans  un  cruchon  ou  un  calice,  pour  qu'il  ne 
vous  fasse  pas  de  mal  ;  puis  vous  prononcez  sept  fois  sur  lui 
l'incantation  suivante,  avec  le  nom  de  la  personne  que  vous 
avez  en  vue.  Ensuite  vous  lâchez  le  scorpion  qui  va  vers  cette 
personne  et  la  pique.  C'est  expérimenté ,  exact.  Les  paroles 
(jue  vous  dites  sont  (ici  se  trouvent  les  mots  cabalistiques, 
puis  :)«  0  scorpion,  fdle  de  scorpion,  va  vers  un  tel  (  w  Jî)  et 
a  pique-le  dans  tel  membre,  vite,  vite,  vite.  »  —  C'est  extrait 
du  livre  de  Mohammed  el-Djanadi ,  expérimenté ,  exact.  Con- 
naissez les  mérites  de  ce  livre,  car  cet  auteur  ne  cite  comme 
expérimenté  que  ce  qui  Test  vraiment.  » 

Les  mots  ivite,  vite,  vite»,  qui  terminent  cette  incanta- 
tion,  qui  sont  écrits  en  arabe  L^l  (corr.  :^lpl  )>  suivi  du 
chiffre  r  ter,  se  retrouvent  dans  les  formules  gnostiques*. 

Voici  maintenant  une  autre  formule  assez  curieuse  qui  est 
une  invocation  de  l'homme  à  son  ombre.  Les  superstitions 
relatives  à  l'ombre  sont  nombreuses  et  existent  chez  beau- 
coup de  peuples.  11  est  à  noter  qu'Aristote  a  signalé  une  telle 
superstition  chez  les  anciens  peuples  d'Arabie 3  :  lorsqu'une 
hyène  passait  dans  l'ombre  d'un  homme,  cet  homme  perdait 

1  M.  Clément  Huart  nous  rappelle  que  le  mot  Vrf2  est  employé 
de  la  même  manière  en  médecine.  Cf.  par  exemple  le  titre  d'un 
traité  médical  et  talismaniqtie  attribué  à  Avicenne,  c?l^8,  ms. 
26C1  de  la  Bibliothèque  nationale  do  Paris. 

*  Voir  Lettres  à  M.  fjetronne,  par  C.  ,1.  C.  Reuvens,  Leyde, 
i83o,  p.  19  et  47. 

3  Aristotk,  De  mivabilibiis  ausrultntinnibus ,  rliap.  i^5,  éd. 
Didot.  —  Cf.  Frazkr,  Le  Hameau  (for.  tracl.  Stiélx»!  et  Ton  ta  in, 
t   I,  p.  219. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  533 

le  sentiment  et  l'hyène  pouvait  s'en  emparer  sans  peine.  — 
Cette  légende  est  bien  puérile;  mais  elle  montre  tout  de 
même  que  l'ombre  devait  être  considérée  par  ces  vieux 
peuples  comme  une  espèce  d'âme  ou  de  demi-âme  qui  con- 
tenait une  partie  de  la  puissance  vitale  de  l'individu;  dès 
que  l'animal  avait  touché  l'ombre,  l'homme  perdait  son 
énergie.  Dans  notre  morceau ,  l'ombre  est  plutôt  considérée 
comme  un  frère  de  l'homme  que  comme  son  dédoublement; 
elle  est  censée  douée  de  pouvoirs  mystérieux  et  généraux , 
s'appliquant  en  principe  à  toutes  sortes  de  fins.  Ici  l'effet 
choisi  est  encore  l'abaissement  d'un  ennemi.  Le  morceau, 
dont  une  partie  est  en  prose  rimée,  a  une  certaine  tenue 
littéraire  : 

(Fol.  5a.)  «Discours  à  l'ombre.  Vous  restez  levé  la  nuit 
du  dimanche  ou  la  nuit  du  mercredi,  quand  tout  le  monde 
dort  et  que  les  bruits  se  sont  apaisés  et  les  mouvements  ar- 
rêtés ;  vous  faites  fumer  de  l'encens  mâle  dans  un  brûle-par- 
fums purifié  ;  vous  avez  avec  vous  un  flambeau  allumé ,  et 
vous  devez  être  dans  une  maison  vide ,  seul  avec  vous-même. 
Vous  placez  le  (lambeau  du  côté  de  l'Occident ,  et  vous  vous 
mettez  en  avant  du  (lambeau  en  tournant  votre  visage  du 
côté  de  l'Orient,  la  lumière  restant  derrière  vous;  votre 
ombre  apparaît  alors  sur  le  mur.  Vous  disposez  le  parfum 
susdit  entre  vous  et  ce  mur  sur  lequel  vous  voyez  votre 
ombre ,  et  vous  la  regardez,  et  vous  dites,  vous  adressant  à 
elle  d'une  façon  amicale  et  douce,  avec  attendrissement  et 
componction ,  avec  modestie  et  humilité  :  «  Salut  à  toi ,  ô  toi 
«  qui  es  moi ,  quand  moi  je  suis  toi  ;  salut  à  toi ,  ô  toi  qui  as 
u été  enfanté  quand  j'ai  été  enfanté,  qui  es  venu  à  l'être 
«quand  j'y  suis  venu,  qui  as  été  emmailloté  quand  j'ai  été 
u  emmailloté ,  délié  quand  j'ai  été  délié ,  qui  as  bégayé  quand 
«j'ai  bégayé,  ri  quand  j'ai  ri,  pleuré  quand  j'ai  pleuré,  qui 
«  t'es  traîné  à  terre  quand  je  m'y  suis  traîné ,  qui  t'es  tenu 
«  debout  quand  je  me  suis  tenu  debout ,  qui  as  marché  quand 
«j'ai  marché,  qui  as  mangé  quand  j'ai  mangé,  bu  quand  j'ai 
«  bu,  parlé  quand  j'ai  parlé,  compris  quand  j'ai  compris;  ne 


534  MAl-JUIN   1907. 

«  vois- lu  pas  comment  un  tel,  fils  d'un  tel,  a  abaissé  mon 
«  pouvoir,  m'a  dominé  et  m'a  nui  ?  Or  donc  je  te  demande 
«  secours  contre  lui,  et  je  te  donne  pouvoir  sur  lui.  Qui!  ne 
«puisse  pas  in  échapper;  occupe-le  loin  do  moi;  abaisse  sa 
«  puissanco;  contrains-le  de  telle  et  telle  manière;  procure-moi 
«  son  mal  et  son  humiliation;  par  celui  qui  a  dit  ;  «Aux  cieux 
«et  h  la  terre  »,  jusqu'à  la  fin  du  verset.  —  El  tandis  que 
vous  dites;  «  Contrains-le  de  telle  et  telle  manière  » ,  vous  son- 
gez intérieurement  aux  différentes  espèces  de  maux  et  de 
dommages  que  vous  voulez  qu'il  lui  arrive.  Vous  répétez  cette 
incantation  sept  lois;  puis  vous  éteignez  le  flambeau  et  vous 
vous  éloignez.  Vous  recommencez  cotte  opération  pendant 
trois  nuits,  comme  nous  avons  dit;  et  vous  obtenez  satisfac- 
tion contre  votre  ennemi ,  s'il  plait  à  Dieu.  » 

L'envoûtement  est  une  des  pratiques  les  plus  célèbres  de 
la  magie  de  tous  les  temps  ;  elle  mériterait ,  vu  son  impor- 
tance, d'avoir  son  histoire  faite  à  part.  Avant  de  citer  un 
troisième  morceau  de  notre  livre  qui  a  rapport  à  cette  pra- 
tique, nous  ne  voulons. faire  d'autre  remarque  que  de  rappe- 
ler une  note  de  Reinaud  sur  ce  même  sujet  \  Ce  savant,  ren- 
voyant a  plusieurs  passages  du  traité  d'El-Bouni  relatifs  a 
l'envoûtement,  mentionne  la  tradition  d'après  laquelle  Maho- 
met aurait  été  envoûté  par  les  filles  du  juif  Lobaïd  :  «  Elles 
avaient  fait  une  petite  figure  du  prophète ,  en  cire ,  et  l'avaient 
percée  d'un  grand  nombre  d'aiguilles.»  C'est  à  ce  propos 
qu'aurait  été  révélée  la  sourate  de  l'aube.  Cette  tradition 
n'est  guère  recevable;  car  cette  sourate,  qui  est  fort  em- 
ployée dans  les  talismans,  parle  de  sorcières  qui  soufflaient 
sur  des  nœuds  ;  mais  elle  ne  fait  pas  allusion  à  des  pratiques 
analogues  k  celles  de  l'envoûtement.  Voici  notre  texte  : 

(Fol.  53  v\)  «Une  possession  (!»*»«»?)  telle  qu'il  n'y  en  a 
pas  de  pareille.  On  dessine  sur  un  feuillet  une  figure  humaine 
au  nom  de  la  personne  que  l'on  a  en  Yue  et  ou  nom  de  sa 

1  Rkinaud,  loc.  cit,t  t.  II,  p.  3 «6, 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  535 

mère.  On  écrit  ces  noms  sur  la  poitrine.  On  prend  ensuite 
une  aiguille  de  fer;  et  Ton  écrit  la  conjuration  avec  du  safran. 
La  conjuration  consiste  dans  ce  passage  du  Coran  :  «  Dis  :  il 
«m'a  été  révélé»,  jusqu'à  «des  mensonges»  (sourate  lxxii, 
i-4).  On  cloue  la  figure  sur  le  mur,  renversée  la  tête  en  bas; 
on  l'encense  avec  de  l'encens  mâle,  et  on  récite  le  même 
passage  ;  on  ajoute  :  «  Répondez  à  celui  qui  appelle  » ,  jusqu'à 
«évident»  (Coran,  xlvi,  3i),  «et  faites  ce  qui  vous  est  ordon- 
né. »  Puis  on  chauffe  l'aiguille,  et  on  perce  la  figure  au  cœur, 
en  disant  :  «  Privez-le  de  son  sommeil ,  et  pénétrez  dans  son 
«  corps  comme  vous  voyez  que  celte  aiguille  pénètre  dans  cette 
«  image.  »  Si  on  pique  avec  un  couteau  ,  on  rend  la  conjuration 
encore  plus  forte;  on  la  fait  avec  la  même  sourate  (lxxii), 
jusqu'au  mot  «évident»;  et  on  ajoute  :  «Chargez-vous  d'un 
«  tel  ;  opprimez  le  dans  son  corps ,  et  privez-le  de  son  sommeil.  » 
Après  quoi,  on  fait  pénétrer  le  couteau  dans  le  cœur.  L'effet 
dure  sur  la  personne  objet  de  cette  opération  tant  que  l'ai- 
guille reste  dans  l'image.  C'est  expérimenté,  exact.  » 

Les  précédents  passages  sont  tous  trois  animés  d'un  assez 
méchant  esprit;  les  conjurations  y  ont  pour  but  de  nuire  au 
prochain.  Il  est  cependant  naturel  que  le  magicien  se  relâche 
quelquefois  de  sa  perfidie,  et  songe  plutôt  à  ton  bonheur 
propre  qu'au  malheur  d' autrui.  C'est  dans  cet  ordre  de  senti- 
ments que  l'on  voit  alors  apparaître  une  sorte  de  conjura- 
rations  souvent  employées  dans  les  légendes  magiques, celles 
qui  ont  pour  but  de  conquérir  l'amour  d'une  personne  aimée. 
Nous  terminerons  par  un  exemple  en  ce  genre.  On  remar- 
quera que  le  feuillet  sur  lequel  est  écrite  la  conjuration,  est 
confié  à  une  colombe;  le  rôle  de  cet  oiseau  dans  l'art  ma- 
gique est  connu  :  c'est  une  messagère.  Frazer,  dans  Le  Rameau 
d'or  \  rapporte  un  usage  des  habitants  du  Maroc  qui  jettent 
un  sort  contre  quelque  ennemi  en  attachant  la  conjuration 
au  pied  d'un  pigeon.  Dans  le  texte  que  nous  allons  citer, 
on  remarquera  aussi  l'expression  :  «  à  l'heure  de   Vénus  »  ; 

1  Frazer,  loc.  cit.,  p.  4i. 


536  MAI-JUIN    1907. 

pour  les  magiciens ,  les  mois ,  les  jours  et  les  différentes  heures 
étaient  soumis  à  divers  esprits,  anges  ou  divinités,  de  genres 
variés  et  de  puissance  inégale  ;  il  y  a  là  toute  une  théorie 
dont  nous  ne  pouvons  parler  en  ce  moment,  et  qui  se 
trouve  très  développée  dens  le  manuscrit  arabe  n*  a63o  de 
Paris. 

(Fol.  65  v°.)  «Article  3i.  î.  43;  delà  colombe  sauvage1. 
Cela  est  bien  connu  par  les  maîtres  des  sciences  spirituelles. 
Vous  prenez  une  tourterelle  sauvage,  et  vous  la  retenez  pri- 
sonnière chez  vous,  les  mardi,  mercredi  et  jeudi;  et  le  ven- 
dredi, à  l'heure  de  Vénus,  vous  prenez  un  feuillet  mince ,  sur 
lequel  vous  écrivez  avec  un  poinçon  parfumé  de  musc  et  de 
safran ,  en  mettant  dans  l'encrier  un  tampon  de  crins  coupés 
en  menus  morceaux  ;  c'est  mieux  ainsi.  Et  voici  ce  que  vous 
écrivez  :  «  Comme  cette  colombe  soupire  après  son  compa- 
«  gnon  et  le  désire ,  que  de  même  une  telle  soupire  après  un 
«  tel  et  le  désire  du  désir  d'amour;  que  les  horizons  ne  laissent 
«  hésiter  sa  passion  devant  aucune  direction  ni  aucun  chemin.  ■ 
Vous  attachez  ensuite  le  feuillet  à  un  fil,  et  vous  le  suspendez 
à  l'aile  de  la  colombe  en  disant  :  «  Que  le  cœur  d'une  telle 
«  sorte  de  sa  possession ,  comme  cette  colombe  sort  de  mon 
«  jK>uvoir  ;  que  son  cœur  et  son  esprit  s'envoient,  comme  s'en- 
«  vole  cette  colombe ,  et  qu'ils  ne  lui  reviennent  pas  ni  ne 
«  se  reposent ,  jusqu'à  ce  qu'elle  soit  venue  auprès  d'un  tel , 
«obéissante,  attentive  à  ses  ordres,  humble  et  soumise ,  avec 
«  le  teint  paie,  le  visage  découvert,  les  yeux  abattus,  la  poi- 
«  trine  haletante,  le  cœur  et  les  entrailles  embrases,  affligée 
«  d'un  tourment  violent;  que  le  ciel  ne  lui  donne  pas  d'ombre 
«ni  la  terre  de  soutien;  qu'elle  brûle  sans  trêve;  que  son 
«  amour  pour  un  tel  la  rende  malade  et  l'épuisé.  Que  la  passion 
«soit  au-dessus  de  sa  tête,  la  flamme  sous  ses  pieds,  l'enfer 
«devant  ses  yeux,  le  feu  à  sa  gauche,  devant  elle  et  derrière 
«  elle;  que  de  quelque  côté  qu'elle  se  tourne,  brûle  le  feu  qui 

1  Les  mêmes  chiffres  cabalistiques  se  retrouvent  dans  les  titres 
de  plusieurs  articles. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  537 

«  l'entoure  ;  qu  il  la  dévore  sans  s'éteindre,  et  que  sa  soif  ardente 
«  ne  s'apaise  pas,  jusqu'à  ce  qu'elle  vienne  rejoindre  un  tel  en 
«  cet  état.  Que  le  désir  l'ensorcelle,  que  ce  charme  agisse  sur 
«  elle ,  et  que  le  reste  de  ma  vie  je  puisse  invoquer  Dieu  en 
«  toutes  choses ,  ayant  ma  main  au-dessus  de  sa  main ,  ma 
«  parole  dominant  sa  parole;  que  je  sois  le  vainqueur  et  elle 
«la  vaincue,  le  maître  et  elle  l'esclave.  Que  son  désir  d'un 
«tel  (w  Jl)  soit  comme  le  désir  de  la  génisse!  »  Alors  vous 
frappez  la  colombe  sur  la  tête  avec  une  pierre;  et  le  charme 
pénètre  dans  la  personne  visée,  et  elle  ne  peut  plus  s'écarter 
du  destin  qui  lui  est  imposé  ;  car  le  charme  agit  et  l'étrcint. 
En  lin  vous  lâchez  la  colombe,  et  la  personne  h  qui  s'ap- 
plique la  conjuration  vient  bien  vite.  » 


NECROLOGIE. 


Les  études  berbères  et  musulmanes  viennent  d'être  cruel- 
lement éprouvées  par  la  mort  de  M.  de  Calassamti-Moty- 
linski,  emporté  par  le  typhus,  au  retour  de  sa  longue  et 
fructueuse  mission  en  pays  touareg. 

Né  à  Mascara  en  mars  i85d,  il  avait,  après  avoir  terminé 
ses  études  classiques ,  embrassé  la  carrière  d'interprète  mili- 
taire où  il  se  fit  rapidement  remarquer  par  son  zèle,  ses 
connaissances  et  ses  aptitudes  à  remplir  ces  fonctions  souvent 
délicates.  En  1882,  lors  de  l'annexion  du  Mzab,  il  fut  en- 
voyé au  bureau  arabe  de  Ghardaïa  et  ce  séjour  décida  de  sa 
carrière  scientifique.  11  s'occupa  de  l'histoire  et  des  doctrines 
des  populations  mzabites,  issues  des  Kharedjites,  et  sa 
connaissance  profonde  de  l'arabe  lui  permit  de  faire  sur  ce 
terrain  de  rapides  progrès.  Déjà  Duveyrier  avait  soupçonné 
l'importance  des  documents  abadhites  pour  l'histoire  de 
l'Afrique  du  Nord  qu'on  ne  connaissait  que  par  les  récits 
orthodoxes.  Masqueray  avait  été  plus  loin.  D'une  mission 
heureusement  accomplie  en  1878,  il  avait  rapporté  divers 
manuscrits  dont   l'un,   traduit  sous  le  titre  de  Chronique 


538  MAI-JUIN   1907. 

d'Aboii  Zakarya,  fut  publié  par  lui  (Alger,  1879,  m'8°). 
Mais  Duvcyrier  et  Masqueray,  faute  d'une  connaissance  suffi- 
sante de  l'arabe  littéraire,  ne  pouvaient  être  que  des  pré- 
curseurs. Ils  eurent  le  très  grand  mérite  de  frayer  la  voie;  il 
était  réservé  à  M.  de  Motylinski  de  la  suivre  avec  succès.  En 
i885,  il  publiait,  d'après  des  sources  indigènes,  l'historique 
d'un  des  qsour  du  Mzab:  Guerara  depuis  sa  fondation  (Alger, 
in-8°).  La  même  année,  il  donnait,  sous  le  titre  de  Les  livres 
de  la  secte  abadhite  (Alger,  l885,  in-8°) ,  une  précieuse  contri- 
bution à  l'histoire  des  Kharedjites,  en  commentant  la  lettre 
d'El-Berrâdi  et  en  résumant  le  contenu  des  principales  chro- 
niques. 

De  retour  à  Constantine  en  1887,  il  fut  nommé  peu  après 
directeur  de  la  Médersa,  et,  à  la  mort  du  titulaire,  profes- 
seur à  la  chaire  d'arabe  de  Constantine.  Il  abandonna  alors 
la  carrière  militaire  où  il  pouvait  espérer  un  brillant  avance- 
ment, pour  se  vouer  tout  entier  à  l'enseignement  et  aux  re- 
cherches scientifiques.  C'est  ainsi  qu'en  1 899  il  publia ,  sous 
les  auspices  du  Gouvernement  général  de  l'Algérie ,  le  traité 
de  Mohammed  el-Moqri,  Les  mansions  lunaires  des  Arabes 
(Alger,  in-8°) ,  en  1900  les  Itinéraires  entre  Tripoli  et  l'Egypte 
(Alger,  in-8'),  et  en  1905,  dans  le  volume  que  l'Ecole  des 
Lettres  fit  paraître  en  l'honneur  du  XIV"  Congrès  des  Orien- 
talistes, le  texte  et  la  traduction  commentée  d'un  traité  reli- 
gieux très  en  faveur  chez  les  Abadhites,  la  'Aqidah  du 
cheikh  Amr  ben  Djami*.  La  même  année ,  il  publiait  à  Con- 
stantine, À  l'usage  des  Mzabites,  une  nouvelle  édition  de  ce 
traité  avec  le  double  commentaire  de  'Omar  b.  Ramdhan  et 
de  Daoud  eth-Tholathi. 

Mais  en  même  temps  qu'il  s'initiait  à  l'histoire  et  aux  dogmes 
des  Abadhites,  M.  de  Motylinski  ne  négligeait  pas  les  dia- 
lectes berbères  qu'ils  ont  conservés  grâce  à  l'isolement  pro- 
duit par  leur  hérésie,  au  Mzab,  à  Djerba  et  au  Dj.  Nefousa. 
Lors  de  ma  mission  dans  le  Sahara,  en  i885,  il  avait  été 
pour  moi  un  précieux  auxiliaire  dans  mes  recherches  sur 
le  dialecte  du  Mzab.  La  présence  d'un  taleb  intelligent  du 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  539 

Dj.  Nefousa  lui  permit  de  s'assimiler  rapidement  le  nefousi  et  le 
djerbi.  En  i885,  il  faisait  paraître  dans  le  Bulletin  de  Cotres* 
pondance  africaine  une  Chanson  en  dialecte  de  Djerba,  et  Bra* 
him  Ou  Sliman  ech-Chammakhi  rédigeait,  sous  sa  direction, 
en  dialecte  nefousi,  une  Relation  du  Djebel  Nefoasa  qui  fut 
autographiée  à  Alger.  Je  conserve  précieusement  l'exem- 
plaire qui  me  fut  adressé  par  M.  de  Motylinski  et  Brahim  et 
qui  contenait ,  en  manière  de  dédicacé ,  des  ver»  de  ce  der* 
nier,  les  premiers ,  et  sans  doute  les  derniers ,  composés  dans 
le  dialecte  berbère  parlé  par  les  puritains  de  l'Islam  : 


Cette  relation  renfermait  sur  les  populations,  les  ruines, 
les  mœurs ,  d'importants  renseignements  qui  devaient  rester 
lettre  close  pour  les  géographes  et  les  voyageurs ,  générale- 
ment ignorants  du  berbère.  Aussi  M.  de  Motylinski  donna 
en  1898-1899  une  transcription  avec  traduction,  commert* 
taire  et  vocabulaire ,  précédée  d'une  étude  grammaticale ,  la 
première  dont  ce  dialecte  ait  été  l'objet.  L'Académie  des  In- 
scriptions lui  attribua  le  prix  Yolney,  consacrant  ainsi  la  ré- 
putation que  s'était  acquise  M.  de  Motylinski.  Le  dialecte  de 
Djerba  était  aussi  l'objet  de  ses  recherches,  et,  en  1898, 
paraissaient  le  Dialogue  et  les  textes  en  berbère  de  Djerba 
(Paris,  in  8",  extr.  du  Joarn.  as.).  Le  touareg,  non  plus, 
n'était  pas  négligé.  En  1 902 ,  il  publiait  une  Note  sur  deux 
bracelets  touaregs  (  Constantine ,  1902)  où  il  déchiffrait  des 
inscriptions  tifinag. 

En  1903,  la  présence  de  marchands  de  Ghdamès  a  El* 
Oued  l'amenait  à  s'occuper  de  ce  dialecte ,  et  une  mission  du 
Gouvernement  général  lui  fournissait  l'occasion  de  rapporter 
les  matériaux  d'un  beau  volume.  Il  parut  en  1904,  sous  le 
titre  de  Dialecte  berbère  de  Redamès  (Paris,  igod),  et  ren3- 
ferme,    non   seulement   une  grammaire,  des  textes  et  un 


540  MAI-JUIN  1907. 

vocabulaire ,  mais  encore  des  documents  arabes ,  traduits  en 
français ,  sur  l'histoire  et  la  géographie  de  l'oasis  et  de  toute 
la  région. 

Une  découverte  d'une  extrême  importance  lui  fournit 
le  moyen  d'exercer  à  la  fois  sa  connaissance  des  doctrines 
des  Kharedjites  et  celle  de  leurs  dialectes.  Les  'Aqida  que 
nous  possédons  sont  écrites  en  arabe ,  mais  ont  été  primitive- 
ment rédigées  en  berbère.  H  y  a  dix  ans ,  un  de  ces  textes , 
intitulé  la  Modawana  d'Ibn  Ghânem ,  fut  découvert  à  Djerba 
par  M.  le  commandant  Robillet  et  photographié  par  les 
soins  de  la  Résidence  générale  de  Tunis.  Par  suite  de  quelles 
circonstances  —  qui  ne  sont  pas  un  mystère  pour  tout  le  monde 
—  tous  les  exemplaires  de  cette  photographie  de  5 94  pages 
vinrent-ils  à  disparaître ,  sauf  un ,  je  n'ai  pas  à  le  rechercher 
ici.  Heureusement  M.  Robillet  en  avait  conservé  un,  et, 
grâce  à  son  obligeance,  M.  de  Motylinski  put  donner  au 
XIVe  Congrès  des  Orientalistes  une  notice  sur  ce  précieux 
texte  :  Le  manuscrit  arabo-berbère  de  Zoaagha  (tome  II  des 
Actes,  p.  69-78,  de  la  section  des  langues  africaines)1.  Ce 
n'était  que  le  prélude  d'une  édition  complète ,  avec  commen- 
taire linguistique  et  traduction,  que  M.  de  Motylinski  était 
seul  en  état  de  faire.  Qui  s'en  chargera  désormais?  A  la 
même  date,  il  trouvait  l'occasion  d'exercer  son  sens  cri- 
tique et  sa  connaissance  du  berbère  sur  un  nom  énig- 
matîque,  Yakouch,  où  l'on  avait  vu  à  tort  le  Bacchus  des 
anciens  et  qui  n'est  que  la  traduction  berbère  très  ancienne 
d'une  épithète  de  Dieu  [Le  nom  berbère  de  Dieu  chez  les 
Abadhites,  Alger,  1905,  in-8°). 

C'est  à  ce  moment  qu'une  lettre  du  P.  de  Foucauld,  son 
vieil  ami,  établi  à  Temanghaset  chez  les  Ahaggars,  vint 
réveiller  chez  lui  la  passion  du  désert  et  le  goût  des  ex- 
plorations scientifiques.  A  vrai  dire ,  lorsqu'il  me  parla  pour 

1  M.  de  Motylinski  a  présenté  au  Congrès  deux  autres  mémoires 
qui  seront  publiés  dans  le  tome  IV  des  Actes  :  i°  Chronique  d'Ibn 
iSeghir  de  Tiharet  (Tagdemt);  20  Expédition  des    Espagnols  contre 

Djerba. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  541 

la  première  fois  de  son  projet ,  en  novembre  1  go5 ,  ce  ne  fut 
pas  sans  appréhension  que  je  le  vis  décidé  à  affronter,  à  son 
âge ,  les  fatigues  d'un  long  voyage  et  d'un  été  saharien.  Mais 
son  enthousiasme  finit  par  me  donner  confiance;  il  obtint, 
sous  les  auspices  du  Gouvernement  général  de  l'Algérie ,  une 
mission  subventionnée  par  le  Ministère  de  l'Instruction  pu- 
blique, l'Académie  des  inscriptions,  la  Société  de  géographie 
d'Alger  et  la  Société  archéologique  de  Constant ine.  Coura- 
geusement ,  il  se  mit  en  route  et  chaque  étape  de  son  voyage 
fut  marquée  par  une  récolte.  Aussi ,  lorsqu'il  revint  en  dé- 
cembre 1 906 ,  il  rapportait  une  riche  moisson  :  plus  de  6,000 
lignes  de  textes  touaregs  sur  les  sujets  les  plus  variés,  un 
dictionnaire  complet,  des  documents  sur  les  dialectes  du 
(ïourara,  des  itinéraires  géographiques,  et  en  particulier  ce- 
lui du  Tazerout,  massif  inexploré  jusqu'à  ce  jour,  de  nom- 
breux clichés  photographiques  et  une  collection  considé- 
rable d'inscriptions  rupestres. 

Il  revint  fatigué,  mais  il  ne  crut  pas  qu'il  lui  fût  permis  de 
prendre  du  repos  avant  d'avoir  adressé  à  l'Académie  des  In- 
scriptions un  rapport  détaillé  sur  sa  mission.  Il  consacrait  à 
le  rédiger  une  partie  de  ses  nuits  :  sa  journée  était  prise  par 
son  enseignement  à  la  Médersa  et  à  la  chaire  d'arabe.  Aussi 
offrit-il  une  proie  facile  au  typhus  dont  on  ne  reconnut  pas 
d'abord  les  symptômes  et  qui  agit  d'une  manière  foudroyante. 
Le  vendredi  22  février,  il  assistait  à  la  séance  de  la  Société 
archéologique  de  Constantine  et  communiquait  à  ses  col- 
lègues des  photographies  et  fac-similés  d'inscriptions  rupestres  : 
le  samedi  3  mars,  il  était  mort  malgré  les  soins  d'une  épouse 
dévouée.  La  ville  de  Constantine  prit  tout  entière  le  deuil 
et,  sur  sa  tombe,  ses  amis  et  ses  collègues  exprimèrent  les 
regrets  unanimes  que  causait  sa  mort. 

J'ai  parlé  du  savant  :  je  n'aurais  pas  moins  d'éloges  à 
donner  à  l'homme.  Tous  ceux  qui  l'ont  connu  ont  loué  sa 
générosité  et  sa  loyauté,  et  ses  amis  ne  ressentiront  pas 
moins  sa  perte  que  la  science  française. 

René  Basset. 

i\.  35 


542  MAI-JUIN  1907. 


LE  PRONOM  VERBAL  EN  GEORGIEN. 

Un  des  caractères  les  plus  remarquables'  de  l'idiome  Géor- 
gien ,  c'est  la  différence  de  traitement  que  subit  le  pronom , 
suivant  qu'il  est  isolé  ou  attaché  au  verbe. 

Dans  le  premier  cas,  il  possède  pour  marquer  le  nombre 
des  formes  si  tranchées  qu'on  ne  saurait  guère  les  ramener  à 
une  seule  et  même  racine.  Ainsi  cet  idiome  nous  offrira  au 
singulier,  pour  le  pronom  isolé  ,^m£«  ego  » ,  et  £$£&  tckwen 
«nous».  11  dirait  chen  «toi »,  par  opposition  à  «jj^jG  thkwen 
«  vous  ».  C'est  un  point  sur  lequel  nous  aurons,  sans  doute,  à 
revenir  dans  un  prochain  travail. 

En  tout  cas,  les  choses  se  passent  bien  autrement  lorsque 
ledit  pronom  se  trouve  accolé  à  un  verbe.  Celui-ci  apparaît, 
au  pluriel,  intercalé ,  par  un  procédé  d'encapsulation  qui  rap- 
pelle quelque  peu  certaines  langues  américaines,  entre  la 
racine  pronominale  qui  ne  varie  pas  suivant  le  nombre,  et 
la  désinence  du  pluriel.  Ex.  :  $jfû  wtch'ham  «je  mange», 
et  3^<"  wtch'hamth  «nous  mangeons»;  ty&  Uch'ham  «tu 
manges»,  et  1^3«  stch'hanUh  «vous  mangez*.  Nul  doute 
qu'ici  le  «  th  final  ne  constitue  la  marque  de  pbmfité. 
Le  Géorgien  dit  donc  littéralement  ego  manducare  plwnUiter, 
pour  «  nous  mangeons  »  ;  tu  manducare  plur aliter,  pour  «  vous 
mangez». 

Ce  mode  de  formation  apparaît  bien  plus  rarement,  sans 
doute,  en  Susien,  et  son  emploi,  en  ce  qui  concerne  la 
marque  de  nombre,  semble  borné  à  la  seconde  personne. 
Cela  suffit ,  sans  conteste ,  pour  que  l'on  ait  tout  lieu  de 
croire  qu'à  l'origine  il  était  bien  plus  général.  Ainsi,  nous 
citerons  après  J.  Oppert  (voir  Le  peuple  et  la  laugme  des 
Mèdes,  p.  76  et  77,  Paris,  1879),  turiiavamti  «tu  sais»,  el 
tarnavaintip  «  vous  savez  • ,  turnaki  «  tu  sus  » ,  et  turuakip 
«  vous  sûtes».  Intiule  de  rappeler  que  dans  cette  langue  c'est 
le  p  final  qui  indique  normalement  la  pluralité 

Tout  ceci  ne  paraît-il  pas  nous  reporter  à   une  période 


NOl'VKLLKS   KT  MELANGES.  543 

plus  ancienne  et  réellement  primitive  dan»  laquelle  il  n'exis- 
tait  pas  de  formes  pronominales  propre*  au  pluriel  et  où  l'on 
se  contentait ,  dan»  tous  le»  cas,  d'ajouter  la  désinence  numé- 
rique au  pronom  singulier?  Tel  est  précisément  le  phéno- 
mène dont  nous  constatons  l'existence  dans  les  dialectes 
plus  ou  moins  monosyllabiques  de  l'Extrême-Orient.  L'on  a, 
par  exemple ,  dans  un  parler  de  l'Himalaya ,  à  savoir  le  Thak- 
s\a  (cf.  B.  Hogdsox,  Comparative  Vocabalary  of  the  Brokcn 
tril>es  o/Wepal,  p.  3a 6  du  t.  XXVI  du  Journal  of  the  Asiatic 
Society  of  Bengal) ,  ghyang  «  ego  » ,  et  ghyang-ché  «  nos  »,  litt. 
eyo  pluraliter.  De  même ,  le  Rodong  ou  Chamling ,  autre  dia- 
lecte des  mêmes  parages  'voir  iUd.,  p.  33o),  aura  Ara  «je, 
moi»,  et  ka-i  «nous»,  la  finale  i  indiquant  seule  le  nombre. 

Citons  enfin  le  Chinois  ?6  ffj  [f]  ngo  mên  Ich'ôu  «egredi- 
mur  • ,  litt.  ego  plnraliter  egredi,  de  ngo  «  ego  » ,  et  mên,  signe 
du  pluriel.  On  y  joindra  le  Tibétain  Ç'î«wuix  uga  rnams  yin 
«  sumus  » ,  de  nga  «  ego  » ,  rnams  «  praras  »  et  yin  «€*se  ». 

Evidemment,  d'ailleurs,  il  ne  fait  rien  exagérer.  Des 
procèdes  morphologiques  du  genre  de  ceux  dont  non» 
vexions  de  parler  se  retrouvent  dans  d'autres  idiomes  n'ayant 
sans  doute ,  en  ce  qui  concerne  l'origine ,  pas  grand  chose  à 
démêler  avec  le  Géorgien ,  le  Susien  ou  le  Chinois.  Leur  pré- 
sence dan»  ces  dernier»  ne  constituerait  pas  à  elle  seule  une 
preuve  bien  convaincante  de  parenté.  Toutefois,  ajoutés  à 
d'autres  points  plu»  spéciaux  de  ressemblance  soit  lexico- 
gi-aplûque,  soit  grammaticale,  il»  semblent  acquérir  une 
véritable  importance.  Mentionnons,  en  terminant,  une  re- 
marque de  M.  B.  de  la  Grasserie  [Elude  de  grammaire  com- 
parée; De  la  catégorie  du.  nombre,  p.  76,  Pari»,  1887).  Cet 
auteur  signale  en  Arménien  l'usage  de  marquer  le  pluriel 
du  pronom  verbal  par  une  simple  désinence.  Cela  n'est 
^ucre  conlorme  a  ce  que  nous  constatons  dans  les  autres 
parlers  indo-européens.  Faut-il  voir  là  le  résultat  d'une  in- 
fluence exercée  par  les  vieux  dialectes  indigènes  d'origine 

35. 


544  MAI-JUIN    1907. 

vraisemblablement  caucasienne?  M.  Meillet  attribue,  et  avec 
toute  raison,  sans  doute,  à  une  cause  de  même  nature 
l'absence  de  suffixe  de  genre  en  Arménien  et  en  Iranien. 

De  Charencey. 


BIBLIOGRAPHIE. 


*m  jà^j  »*t)  ^u  *#f  yyit  ^»  ^jiw  (^t  ^* 

La  difficulté  de  retrouver  les  citations  du  Qoran  n'existe 
pas  seulement  pour  les  savants  européens  ;  elle  embarrasse 
aussi  les  Musulmans.  En  Orient,  on  avait  jusqu'ici  publié 
deux  Concordances,  Tune  imprimée  à  Calcutta  sous  le  titre 
de  Nodjoum  al-Forqân,  l'autre  intitulée  Tartib  Zibà1  et  im- 
primée à  Constantiuople.  Flûgel,  en  18/42,  offrit  au  public 
sa  Concordance  bien  connue  à  laquelle  il  donna  le  même 
titre  qu'avait  celle  de  Calcutta.  L'œuvre  de  Flûgel  surpasse 
les  deux  autres  de  beaucoup  en  utilité  ;  mais  comme  il  ne 
donne  que  des  mots  séparés,  on  est  condamné  à  de  nom- 
breux tâtonnements  avant  de  trouver  le  texte  qu'on  cherche. 
En  outre  ,  Flûgel  a  commis  quelques  erreurs  de  classement  : 
c'est  ainsi  qu'il  donne  ^*v*  ,  le  pluriel  de  J^ty ,  sous  le  rad. 
(g*)\  (j^f  «jambe»  sous  ^JL»;  la  8e  forme  de  $+*,  sous  £*; 
JJLdlj  «et  ta  famille»  sous  JJU;  AX+*>  nom  d'action  de  JULa, 
sous  J44;  la  1"  personne  du  pluriel  de  l'imparfait  de  *£»  sous 
£jû  ;  le  mot  ù^\  «  force  »  sous  j^  \ 


1  Conip.  Brockelmann,  II,  435. 

2  M.  Kaidy  donne  une  liste  de  ces  erreurs  dans  sa  préface. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  545 

Cédant  aux  instances  d'un  ami,  M.  Faid-allâh  (Faidy)  al- 
'Alamï  al-Hasanî  (descendant  de  Hasan  le  petit-fils  du  Pro- 
phète ) ,  Président  de  la  municipalité  de  Jérusalem ,  a  composé 
une  nouvelle  Concordance,  intitulée  Fath  ar-Rahmân  H-tâlibi 
âyât  al-Qorân,  dans  laquelle  on  trouve  le  mot  principal  du  texte 
accompagné  de  deux  ou  trois  autres  qui  le  précèdent  ou  le 
suivent ,  comme  cela  a  été  fait  par  Buxtorf  dans  sa  Concor- 
dance sur  l'Ancien  Testament.  Ce  système  est  beaucoup  plus 
pratique  que  celui  de  Flûgel ,  et  conduit  plus  rapidement  au 
but  que  M.  Faidy  s'est  proposé,  celui  de  retrouver  facile- 
ment les  passages  cités  du  Qoran.  Néanmoins,  pour  ceux 
qui  désirent  consulter  le  livre  sacré  au  sujet  de  l'emploi  des 
particules  et  des  formes  grammaticales,  la  Concordance  de 
Flùgel  restera  indispensable. 

M.  Faidy  a  exclu  de  son  livre  non  seulement  les  particules 
et  les  pronoms,  mais  aussi  treize  substantifs  et  cinq  verbes 
avec  leurs  dérivés  qui  sont  de  très  fréquent  emploi  et  dont 
une  liste  précède.  Les  sourates  sont  indiquées  par  l'abrévia- 
tion des  titres  quelles  portent  ;  par  exemple ,  ol  pour  'i^m 
pAjiU  sourate  xiv;  g  pour  ^y  *;>—>  sourate  lxxi.  EnGn,  ce 
qui  complète  l'utilité  du  livre ,  les  noms  propres  y  sont  enre- 
gistrés dans  un  index  spécial. 

de  Gobjb. 


VV.  William  Sxevt  et  C.  Otto  Blagden.  Pag  an  races  of  the 
Malay  Pesissula.  Londres,  Macmillan  et  C,e,  1906,  2  vol. 
in-8°,  XL-72  \  -fx-855,  avec  280  illustrations  et  7  cartes.  Prix  : 
4  2  shillings. 

Les  deux  volumes  des  Races  païennes  de  la  péninsule  Ma- 
laise sont  divisés  chacun  en  deux  parties  qui  traitent  respecti- 
vement des  sujets  suivants  : 

I.  Races  (caractères  ethniques,  affinités  ethniques  et  généralités, 
notes  sur  les  maladies  indigènes). 

II.  Mœars  et  coutumes  (nourriture,  stimulants  et  narcotiques, 


546  MAI-JUIN    1907. 

vêtements,  habitation,  chasse  et  pêche,  systèntes  d'échange,  armes 
et  outils,  cultures,  arts  et  métiers,  art  décoratif,  organisation  so- 
ciale, relation  des  races  païennes  avec  les  autres  races). 

III.  Religion  (pratiques  et  croyances  ayant  trait  à  la  naissance, 
la  puherté,  les  funérailles;  musique,  chants  et  fêtes;  religion  et 
folk-lore). 

IV.  Linguistique  (état  actuel  et  avenir,  tabous  linguistiques  et 
expressions  particulières,  histoire  ancienne  des  dialectes  indigènes, 
leur  parenté  avec  d'autres  langues). 

Le  premier  volume  débute  par  une  préface  et  une  biblio- 
graphie et  contient  en  appendice  (p.  627-724)  :  le  texte  et  la 
traduction  de  chansons  semang  recueillies  par  M.  Skeat  à  Ke- 
dah  et  Patani  à  l'aide  d'un  phonographe;  de  chansons  sakai, 
besisi  et  blandas;  d'autres  textes  et  des  formules  et  invoca- 
tions magiques  en  dialectes  besisi  et  blandas;  enfin  des  listes 
de  noms  de  lieu  et  de  noms  propres.  L'appendice  linguis- 
tique du  deuxième  volume  comprend  :  un  vocabulaire  com- 
paré des  dialectes  de  la  péninsule  malaise  (p.  609-768), 
précédé  d'une  bibliographie  des  publications  et  manuscrits 
utilisés  au  nombre  de  162  et  suivi  de  courtes  notes  gramma- 
ticales. Les  deux  volumes  contiennent  en  outre  i  le  pre- 
mier, 1 84  illustrations  et  une  carte  hors  texte  ;  le  deuxième , 
96  illustrations,  2  cartes  dans  le  texte,  k  cartes  hors  texte 
et  3  index  alphabétiques  des  matières,  des  noms  propres  et 
des  mots  indigènes  mentionnés  dans  les  trois  premières 
parties. 

Ce  travail,  dont  j'ai  tenu  à  indiquer  le  contenu  en  détail, 
est  du  à  deux  anciens  fonctionnaires  coloniaux  britanniques  : 
M.  W.  William  Skeat  du  Federated  Malay  States  civil  service , 
et  M.  C.  Otto  Blagden  du  Straits  Settlements  civil  service.  L'un 
et  l'autre  ont  résidé  pendant  plusieurs  années  dans  la  Malaisie 
anglaise  et  vécu  parmi  les  tribus  sauvages  de  la  péninsule. 
Darts  la  préface ,  les  auteurs  qualifient  trop  modestement  leur 
œuvre  de  compilation.  Sans  douté  la  péninsule  Malaise  avait 
fait  l'objet  de  plusieurs  publications ,  ainsi  qu'en  témoigne  la 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  547 

bibliographie  ;  mais  il  y  a  lieu  de  noter  qu'une  grande  partie 
des  sources  utilisées  sont  encore  manuscrites.  Nous  devons 
donc  à  MM.  Skeat  et  Blagden  la  révélation  d'importants  do- 
cuments inédits  dont  leurs  devanciers  n'avaient  pu  obtenir 
communication ,  n'en  soupçonnant  peut-être  pas  l'existence. 
De  plus,  une  longue  et  minutieuse  enquête  personnelle  a 
permis  à  MM.  Skeat  et  Blagden  de  vérifier  les  opinions  pré- 
cédemment émises,  de  constater  des  faits  nouveaux  et  de  les 
mettre  en  lumière.  A  cet  égard  les  Pagan  races  peuvent  et 
doivent  être  considérées  comme  une  étude  originale. 

Dès  la  préface,  nou9  sommes  prévenus  qu'il  s'agit  d'un  ou- 
vrage «d'ethnographie  descriptive».  Les  tribus  païennes  — 
il  faut  traduire  païen  par  non  islamisé  —  de  la  péninsule  sont 
encore  trop  insuffisamment  connues  pour  prendre  place  dans 
une  Jétude  d'ethnographie  comparée.  En  raison  de  nos  con- 
naissances lacunaires  en  ce  qui  concerne  leurs  types  biolo- 
gique, culturel  et  religieux,  MM.  Skeat  et  Blagden  ont  tenu 
à  n'enregistrer  que  les  faits  de  tout  ordre  définitivement 
acquis  et  à  s'abstenir  de  multiplier  les  hypothèses.  Elles  au- 
raient été ,  en  l'espèce ,  dangereuses  ou  inutiles  :  on  ne  peut 
qu'approuver  cette  sage  réserve  scientifique. 

De  Quatrefages,  J.  de  Morgan,  Miklucho-Maclay,  Vau- 
ghan-Stevens  et  quelques  autres,  donnent  aux  tribus  sau- 
vages de  la  péninsule  une  origine  negrito.  Vaughan-Stevens 
considérait  même  les  Semang  comme  des  descendants  d'es- 
claves nègres  amenés  par  Alexandre  le  Grand  I  L'inexacti- 
tude de  la  théorie  pan-negrito  et  d'une  théorie  voisine  don- 
nant aux  Semang  une  origine  papou,  a  été  nettement 
montrée  par  plusieurs  anthropologues,  entre  autres  par 
Wallace,  Waitz  et  Hamy,  dont  les  recherches  ont  abouti  aux 
conclusions  suivantes  :  i°  il  n'y  a  pas  moins  de  deux  types 
somatologiques  distincts  parmi  les  tribus  sauvages  de  la 
péninsule;  a0  les  caractéristiques  negritos  relevées  chez  les 
Semang  n'indiquent  pas  plus  une  origine  nègre  qu'une 
ascendance  papou.  Sur  ces  bases,  MM.  Skeat  et  Blagden  exa- 
minent successivement  «  le  problème  ethnique  »  des  Semang, 


548  MAI-JUIN   1907. 

Sakai  et  Jakun  et  décrivent  en  détail  chacun  de  ces  trois 

typeS 

La  seconde  et  la  troisième  parties,  consacrées  à  l'ethno- 
graphie et  à  In  religion ,  s'étendent  sur  près  de  900  pages , 
exactement  la  moitié  de  l'ouvrage.  C'est  un  modèle  d'en- 
quêle  sociologique  où  se  trouve  minutieusement  décrite  la 
vie  des  «races  païennes».  Le  sommaire  que  j'en  ai  donné 
montre  qu'elle  est  aussi  complète  que  possible.  Certains  in- 
struments de  musique  de  la  Malaisie  anglaise  méritent  de 
retenir  l'attention  :  l'espèce  de  guitare,  par  exemple,  formée 
d'un  bambou  dont  d'étroites  sections  longitudinales  de  l'au- 
bier, plus  ou  moins  tendues  par  des  chevalets,  constituent 
les  cordes  à  résonnances  différentes.  Cet  instrument  se  re- 
trouve à  Sumatra,  Nias,  Timor,  Bornéo,  aux  Philippines 
(cf.  E.  Modigliani,  Un  viaggio  a  Nias,  Milan,  189Ô,  in-8°, 
p.  567)  et  à  Madagascar.  Il  serait  intéressant  et  utile  d'éta- 
blir l'aire  géographique  de  cette  espèce  de  guitare  et  des 
objets  et  ustensiles  caractéristiques  communs  aux  indigènes 
de  la  Malaisie  et  de  Madagascar  qui  ont  perdu  tout  contact 
depuis  des  siècles. 

Les  dialectes  de  la  péninsule  malaise  font  partie  d'une  fa- 
mille de  langues  généralement  appelée  mon-khmer,  que 
MM.  Skeat  et  Blagden  désignent  sous  le  nom  de  mon-aimam. 
Blagden,  l'auteur  de  la  partie  linguistique  des  Pagan  races, 
donne  cependant  un  bon  argument  en  faveur  de  mon-khmer 
(p.  439)  :  «Logan  (en  18^9)  a  été,  je  crois,  le  premier 
qui  ait  montré  le  caractère  distinct  des  langues  de  la  fa- 
mille mon-annam.  Plus  récemment,  certains  auteurs,  parti- 
culièrement sur  le  continent,  ont  adopté  de  préférence  le 
nom  de  mon-khmer,  qui  a  peut-être  l'avantage  de  réserver 
l'avenir  en  ce  qui  concerne  la  situation  spéciale  de  l'anna- 
mite vis-à-vis  des  autres  langues  de  la  famille.»  C'est  évi- 
demment cette  considération  qui  a  fait  intituler  Die  Mon- 
Khmer  Volker,  la  magistrale  étude  récemment  publiée  par  le 
Père  W.  Schmidt.  Les  membres  de  notre  Ecole  d'Extrême- 
Orient  que  j'ai  consultés  préfèrent  également   mon-khmer  à 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  549 

mon-annam  pour  les  raisons  données  par  Blagden  lui-même. 
En  l'état  de  nos  connaissances,  il  me  parait  aussi  plus  pru- 
dent de  nous  en  tenir  à  mon-khmer.  L'étude  approfondie  de 
l'annamite  nous  permettra  seule  de  prendre  définitivement 
position  à  cet  égard. 

La  famille  mon-kmer  (=  mon-annam  de  Blagden  par 
addition  de  l'annamite)  est  apparentée,  d'une  part,  aux 
langues  munda  et  khasi  de  l'Inde  et  aux  dialectes  des  îles 
Nicobar,  et,  d'autre  part,  présente  de  curieuses  analogies 
avec  les  langues  si  improprement  appelées  malayo-polyné- 
siennes,  et  un  certain  nombre  de  traits  communs  avec  les 
langues  tibéto-birmanes ,  kareng,  chinoise  et  tai.  Pour  adop- 
ter la  terminologie  du  Père  W.  Schmidt,  dont  le  nom  géné- 
rique austrisch  est  malheureusement  intraduisible  en  fran- 
çais, les  langues  continentales  précédentes  seraient  appelées  : 
die  Austro-Asiatischen  Sprachen;  les  langues  malayo-polyné- 
siennes  :  die  Austronesischen  Sprachen;  les  deux  groupes  réu- 
nis constituent  :  die  Austrischen  Sprachen  (cf.  Die  Mon-Kkmer 
Vôlker,  Braunschweig,  in-8°,  1906). 

Le  vocabulaire  comparé  des  dialectes  de  la  péninsule  Ma- 
laise publié  par  Blagden  (p.  509-768)  contient  plus  de 
quatre  mille  mots.  H  a  été  très  pratiquement  conçu  :  les  mots 
indigènes  sont  inscrits  à  la  suite  de  leur  traduction  an-la i^e 
disposée  alphabétiquement  et  numérotée.  Tous  les  mots 
signifiant  frère,  par  exemple,  se  trouvent  sous  «4io.  Bro- 
ther».  Chaque  fois  qu'il  y  a  lieu  de  renvoyer  à  ce  mot,  le 
renvoi  est  indiqué  par  le  sigle  B  4 10.  De  plus,  les  formes 
dialectales  de  la  péninsule  sont  comparées  aux  formes  cor- 
respondantes dans  les  langues  munda,  khasi,  mon-khmer, 
annamite,  des  îles  Nicobar  et  Ândaman,  du  territoire 
anglo-hollandais  de  Bornéo  et  dans  plusieurs  langues  de  la 
Malaisie.  Ces  rapprochements  faits  par  un  linguiste  de  la  va 
leur  de  Blagden ,  faciliteront  considérablement  la  tâche  qui 
reste  à  faire  dans  ce  domaine. 

Les  travaux  antérieurs  de  MM.  Skeat  et  Blagden  nous 
faisaient  désirer  la  publication  d'une  monographie  complète 


550  MAI-JUIN    1907. 

sur  la  péninsule  Malaise.  Ces  deux  savants  ont  pleinement 
réalisé  les  espérances  que  nous  étions  autorisés  à  fonder  sur 
leur  activité  scientifique  :  on  ne  saurait  trop  les  en  féliciter. 
Les  deux  volumes  qui  viennent  de  paraître  sont  écrits  en 
slyle  clair,  précis,  alerte,  avec  parfois  une  pointe  d'humour 
(cf.  p.  4,  la  description  de  la  jungle).  Les  photographies 
spécialement  prises  pour  cette  publication  ont  été  très  bien 
choisies  et  parfaitement  reproduites;  quelques-unes  sont  de 
véritables  tableaux  de  vie  et  de  mœurs  tropicales.  Enfin  l'exé- 
cution matérielle  est  parfaite  et  fait  grand  honneur  aux  édi- 
teurs. Les  Pagan  races  of  the  Malay  Peninsala  sont  un  de  ces 
rares  livres  où  tout  est  à  louer. 

Gabriel  Ferrand. 


Uerum  mthiopicarum  scriptores  occidentales  inediti  a  sm- 

CULO  XVI  AD  XIX,  CURANTE  C.  BeCCARI ,  S.  I.   Vol.  IV,  P.  EMM. 

Barradas  ,  S.  I.  Tractatus  très ,  historico-geographici.  Romas ,  1 906 , 
C.  de  Luigi;  in-4°  de  xxxn-4oa  pages. 

Le  P.  Beccari  a  entrepris  de  publier  une  importante  col- 
lection de  documents  inédits  relatifs  à  l'histoire  de  l'Ethio- 
pie. Cette  œuvre  considérable  dont  le  programme  a  été 
indiqué  dans  le  compte  rendu  inséré  au  Journal  asiatique 
(septembre-octobre  1904,  p.  359)  ne  comprendra  pas  moins 
de  seize  volumes  ;  elle  se  poursuit  avec  une  activité  remar- 
quable, le  premier  volume  a  été  édité  en  1903  et  déjà 
nous  voyons  paraitre  le  quatrième  qui  ne  le  cède  sous  aucun 
rapport  à  ceux  qui  l'ont  précédé. 

11  comprend  trois  traités  écrits  par  Emmanuel  Barradas, 
jésuile  portugais,  dont  la  vie  et  les  œuvres  restées  jusqu'à 
présent  à  peu  près  inconnues  méritent  d'être  tirées  de 
l'oubli. 

Né  en  1572  à  Montfort  dans  la  province  d'Alentejo, 
jésuite  à  seize  ans  en  1587,  il  est  envoyé  en  1591  à  la  Mis- 
sion des  Indes  à  Goa,  où  il  enseigne  la  philosophie  et  la 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  551 

physique  pendant  plusieurs  années;  en  16M  il  est  attaché 
avec  son  frère,  le  P.  Georges  d'Almeida,  a  la  Mission 
d'Ethiopie.  11  reste  sept  ans  en  Ethiopie ,  dont  cinq  dan»  le 
Tigré  ;  à  cette  époque ,  qui  correspond  à  la  fin  du  règne  de 
l'empereur  Seltàn-Sagàd ,  le  catholicisme ,  qui  était  devenu 
la  religion  officielle  de  la  cour  pendant  quelques  années ,  fut 
en  butte  à  bien  des  persécutions  et  finit  par  être  proscrit  dé- 
finitivement par  un  décret  de  l'empereur  qui  rétablit  le 
schisme  d'Alexandrie. 

Vers  la  fin  de  1 63î ,  Seltân-Sagâd  meurt  et  est  remplacé 
par  son  fds  Fasiladas,  qui,  bien  qu'ayant  embrassé  la  reli- 
gion catholique,  dirige  contre  elle  une  persécution  active. 
En  1 633,  Barradas  est  envoyé  dans  les  Indes,  pour  solliciter 
la  protection  du  vice-roi  ;  mais  son  voyage  ne  s'effectue  pas 
sans  difficulté,  il  est  retenu  prisonnier  neuf  mois  à  Aden  et 
c'est  à  cette  circonstance  que  nous  devons  l'intéressante 
description  qu'il  en  donne  dans  son  troisième  traité.  Après 
avoir  payé  une  forte  rançon,  il  reprend  la  route  des  Indes 
et  parvient ,  non  sans  peine ,  à  Goa  où  il  retrouve  tous  les 
Pères  de  la  Mission  d'Ethiopie  expulsés  par  Fasiladas.  Toutes 
les  démarches  tentées  auprès  du  vice-roi  des  Indes  pour 
obtenir  la  protection  des  missions  catholiques  en  Ethiopie 
restent  sans  succès. 

Après  avoir  exercé  pendant  quelques  années  les  fonctions 
de  provincial  dans  les  provinces  de  Goa  et  de  Malabar,  le 
P.  Barradas  meurt  le  3 1  juillet  l646. 

Le  quatrième  volume ,  que  vient  de  publier  le  P.  Beccari , 
débute  par  une  introduction  en  latin  où  l'auteur  résume  la 
vie  et  les  œuvres  du  P.  Barradas. 

Viennent  ensuite  trois  traités  ou  mémoires  écrits  par  ce 
dernier  en  langue  portugaise. 

Le  premier,  relatif  à  la  situation  faite  à  l'Eglise  catholique 
en  Ethiopie  sous  les  règnes  de  Sellân-Sagâd  et  Fasiladas, 
nous  fait  assister  aux  dernières  crises  qui  ont  précédé  sa  dis- 
parition :  hostilité  sourde  des  gouverneurs  de  provinces,  plus 
ou  moins  encouragée  par  l'empereur,  vexations  de  toutes 


552  MAI-JUIN    1907. 

sortes,  expulsion  violente  de  sa  résidence,  rien  n'est  épargné 
au  P.  Barradas  jusqu'à  ce  qu'enfin  le  décret  de  1 63 a, qui  ré- 
tablit le  schisme  d'Alexandrie ,  l'oblige  à  quitter  l'Abyssinie. 

Le  deuxième  traité  est  relatif  au  royaume  de  Tigré. 
L'auteur  qui  y  a  séjourné  plusieurs  années  rectifie ,  en  con- 
naissance de  cause,  quelques  opinions  erronées  accréditées 
par  des  écrits  antérieurs  et  en  particulier  par  le  P.  Luis  de 
Urréta.  Le  Tigré  n'est  pas,  comme  il  a  été  dit,  un  désert 
de  sable,  mais  bien  une  région  éminemment  fertile;  huit 
chapitres  sont  consacrés  à  la  description  des  productions  du 
règne  végétal,  céréales,  arbres  à  fruits,  essences  forestières, 
et  à  celle  des  animaux  domestiques  et  autres.  Non  moins 
complets  sont  les  détails  donnés  sur  la  géographie  et  la  topo- 
graphie du  pays,  les  mœurs  et  coutumes  des  indigènes,  leur 
religion,  leur  habillement  et  leurs  armes.  Quelques  rensei- 
gnements, qu'on  souhaiterait  plus  nombreux  et  plus  précis, 
sont  donnés  sur  les  antiquités  d'Axoum  et  sur  la  littérature 
indigène. 

Le  troisième  traité  est  intitulé  Da  citade  e  fortaleza  de 
Adem.  L'auteur  y  apprécie,  d'une  façon  vraiment  remar- 
quable ,  l'importance  de  la  position  d' Aden  et  il  insiste ,  avec 
une  énergie  qui  témoigne  de  la  sûreté  de  son  jugement ,  sur 
l'avantage  qu'avaient  les  Portugais  à  s'en  assurer  la  possession 
et  à  la  fortifier.  Sa  description  de  la  ville  et  du  territoire 
d'Aden  est  d'ailleurs  fort  instructive. 

Ainsi  que  nous  l'avons  dit,  ces  trois  traités  sont  en  langue 
portugaise ,  mais  le  P.  Beccari  a  eu  soin ,  pour  rendre  l'ou- 
vrage accessible  à  un  plus  grand  nombre  de  lecteurs,  de 
mettre  en  marge  des  sommaires  détaillés  écrits  en  latin. 

Une  table;  des  chapitres  et  des  sommaires  et  un  index 
alphabétique  terminent  le  volume  ;  comme  les  précédents  il 
fait  hautement  apprécier  l'œuvre  du  P.  Beccari  et  désirer 
qu'elle  soit  continuée  :  elle  constituera  une  mine  précieuse 
de  renseignements  pour  l'histoire  de  l'Ethiopie. 

Colonel  Allotte  db  la  Fuye. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  553 

Traité  de  prosodie  arabe»  par  M.  Ben  Ghbneb. 

Depuis  longtemps  déjà,  on  avait  signalé,  en  Algérie, 
la  décadence  des  lettres  arabes  dans  le  monde  indigène 
musulman.  Bien  qu'il  faille  attribuer  cette  décadence  à  diffé- 
rentes causes  dont  quelques-unes,  telles  que  la  diffusion  de 
l'instruction  française,  par  exemple,  ont  leur  importance,  on 
ne  pouvait  se  résoudre  à  laisser  périr  la  culture  arabe  dans 
les  classes  éclairées.  Telle  fut,  sans  doute,  la  pensée  du  Gou- 
vernement, lorsqu'il  s'avisa  de  l'intérêt  qu'il  y  avait  à  confier 
la  direction  de  l'Ecole  des  Lettres  d'Alger  à  un  orientaliste. 

Cette  école,  en  effet,  a  régénéré  les  études  arabes  dans 
les  divers  éléments  de  la  population  algérienne,  au  moyen 
d'un  corps  enseignant  où  figurent  des  arabisants  formés  à 
l'enseignement  de  nos  meilleurs  maîtres  du  Collège  de  France 
et  de  l'Ecole  des  langues  orientales  vivantes  de  Paris,  et 
quelques  jeunes  musulmans  algériens. 

Parmi  ces  derniers,  M.  Mohammed  ben  Cheneb,  profes- 
seur à  la  Mederça  d'Alger,  s'est  déjà  fait  connaître  par  des 
travaux  qu'il  a  publiés,  tant  en  langue  française  qu'en  langue 
arabe.  Sa  dernière  publication ,  faite  sous  les  auspices  du 
Gouvernement  général  de  l'Algérie,  et  destinée  aux  élèves 
des  écoles  supérieures  musulmanes,  est  une  brochure  de 
1 18  pages,  éditée  à  Alger  chez  P.  Fontana;  elle  est  intitulée 
T oh' fat  al-âdab  fî  mîzân  âch'ar  al-arah  «Le  don  précieux 
pour  l'étude  de  la  mesure  des  vers  arabes  ». 

Ce  sujet  a  déjà  été  traité  dans  des  ouvrages  recomman- 
da blés,  tels  que  le  Cours  de  Belles  Lettres  du  Père  Louis 
Cheïkho  (Beyrouth,  Imprimerie  catholique).  Celui-ci  est  un 
excellent  guide  pour  condenser  une  matière  aussi  délicate, 
et  il  semble  qu-  M.  Ben  Cheneb  la  suivi  dans  la  forme  des 
définitions  et  le  choix  de  quelques  exemples. 

Comme  il  le  dit  dans  sa  courte  introduction,  M.  Moham- 
med ben  Cheneb  a  évité  les  longueurs ,  sans  rien  négliger  de 
ce  qui  est  essentiel.  En  effet,  s'il  se  contente  d'énoncer  les 
principes  relatifs  aux  seize  mètres  classiques  et  aux  règles 


554  MAJ-JUIN   1907. 

de  la  rime ,  il  les  accompagne  de  tableaux  indicatifs ,  offrant 
ainsi  au  lecteur  des  exemples  variés  et  des  exercices,  avec 
notes  explicative»  placées  au  bas  des  page». 

Le  tout  parait  de  nature  à  intéresser  et  à  retenir  nos 
jeune»  étudiant»  mamlmaa»,  peut-être  aussi  à  leur  rappeler 
le  goût  des  ancêtres  pour  la  poésie  arabe  et  à  le*  ramener 
vers  la  culture  trop  délaissée  de  la  littérature  classique. 

Jsmaël  Hamet. 


TABLE  DES  MATIÈRES 

CONTENUES  DANS  LE  TOME  IX,  Xe  SÉRIE. 


MEMOIRES  ET  TRADUCTIONS. 

Pi 

Lass^riologie  en  1904  (M.  C.  Fossey).  [  Fin.] •«#.  5 

Anciennes  inscriptions  du  Népal  (Deuxième  série).  [M*  Syl- 
vain Lévi] ...«•„ /|(j 

Les  Àbdâi  de  Païnâp  (M.  Pwjot) 1 15 

Surnoms  et  sobriquets  dan»  la  littérature  arabe  [M.  A--C 

Barbier  dc  Mbtnard) 175 

Titres  calïfiens  d'Occident  (M.  Max  van  Berchem) a45 

Surnoms  et  sobriquets  dans  la  littérature  arabe  (M.  A.-C. 

Barbier  de  Metïiard).  [Suite.] 365 

Le  papyrus  moral  de  Leide  (M.  E.  Revillout).  [Suite.]. .  .  429 

Notice  sur  l'inscription  trilingue  de  Zébed  (M.  A.  Kugener).  509 

NOUVELLES  ET  MÉLANGES. 

Procès-verbal  de  la  séance  du  1 1  janvier  1 907 1 4 1 

Ouvrages  offerts  à  la  Société- 1/12 

Procès- verbal  de  la  séance  du  8  février  1907 i44 

Ouvrages  offerts  à  la  Société 147 

Annexe  au  procès-verbal  de  la  séance  du  8  février  1907  :  Le 

mot  \Ji)  dans  Ahikar  et  Bar  Bahlul  (M.  F.  Nab) 1/19 

Notice    sur    les    amulettes   judéo-araméennes  (M.    Richard 

Gottheil) i5o 

Orfèvrerie  d'art  mauresque  (M.  Moïse  Scuwab) i5a 

Bibliographie  (janvier-février) i55 


Une  page  nouvelle  de  l'histoire  d'Egypte  (  M.  Max  van  Ber- 
chem). —  TohÊi  dawî-1-arab,  uber  Namen  und  Nisben  bei 
ttohârï,  Musiim,  MâJik,  von  Ibn  Hatïb  al-dahsa  (M.  VV.  Mar- 
iais). 


556  MAI-JUIN   1907. 

Procès-verbal  de  la  séance  du  8  mars  1907 337 

Commission  de  la  bibliothèque  (séance  du  s5  février  1907).      33g 

Ouvrages  offerts  à  la  Société 34 1 

Annexe  au  procès-verbal  de  la  séance  du  8  mars  1 907  :  No- 
tice nécrologique  sur  J.  Perruchon  (J.  Halkvy) 344 

Procès-verbal  de  la  séance  du  12  avril  1907 345 

Ouvrages  offerts  à  la  Société 347 

Bibliographie  (mars-avril) 35o 

Rukminïparinaya,  par  Viçvanâtha  Dcvavarman  (  M.  A.Barth  ). 

—  Chronique  de  Michel  le  Syrien,  par  J.-B.  Chabot  (R.  D.j. 

—  Scphcr  ha-Zohar,  par  Jean  de  Pauly  (M. Moïse  Schwab).  — 
Méftâh  or-Romoûz,  etc.,  par  Mirzà  Mahmoud  (M.  Cl.  Ho  art). 


Procès-verbal  de  la  séance  du  10  mai  1907 5  3  5 

Ouvrages  offerts  à  la  Société 027 

Annexe  au  procès-verbal  de  la  séance  du  10  mai  1907  :  Ta- 
lismans et  conjurations  arabes  (M.  Carra  de  Vaux) 529 

Nécrologie  :  M.  de  Motylinski  (M.  René  Basset) 537 

Le  pronom  wrbal  en  géorgien  (M.  de  Charkncey) 54a 

Bibliographie  (mai-juin) 544 

Une  nouvelle  concordance  du  Qorau  (M.  de  Goejb).  — 
\V.  William  Skeut  et  C.  Otto  Blagden  :  Pagan  races  of  the 
Malay  Peninsula  (M.  Gabriel  Fkrrand).  —  Rerum  œthio- 
picarum  se  ri  ploies  occidentales  inedili  a  saeculo  xvi  ad  xi\, 
curante  C.  Beccari,  S.  I.  (  Colonel  Allotte  de  la  Fuyk).  —  Trai'c 
de  prosodie  arabe,  par  M.  Ben  Cheneb  (M.  Hamrt). 


Le  gérant  : 
Rubëns  Duval. 


JOURNAL  ASIATIQUE 


RECUEIL  DE  MEMOIRES 

D'EXTRAITS  ET  as  SQMCES 

Lkztn  \  i  HULaaQrmz,  icx  l*.xgces 

ET  \  L,Y  imùiimtt  IM;->  l'i:ui'l,i:s  OMF.NTACt 


ERNEST   LEROUX,    BDITKI1M, 

I    MMfrH  MMffQBI,M   i-'i.kiiLii   KIUW1I   MIBITUU  n 
RDI  BONAMMï,  *"  )8. 


0UVIIAGE5  PUBLICS  PAR  LA  SOOÉÏÉ  ASIATIQUE, 

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giffuWtfrtn-,  précédé*  (Pana  introduction  tnr  la  longue .  l'histoire  ri  In  litté- 
rature d«  Afghan,,  «890.  1  fort  v„l.  m-.s",  .  ig  fr. 
Mauàïasiii.  texte  lanacril  puMH  pour  b  prrniièir.foiit.aver  •!■*  iatrotfac- 
liuua  «I  mi  1  fini uifii  [ni  11; .  [ior  M.  &H.  .'iciifict. 
Tomel.     18B»,  in-S" jS  fr 

Tome  II.    189...   in-S" 

Tome  III,  1N0.S,  in-8". 

Jours al   d'on   vuï.iue   es   Araiur  (i883-t885).   par  Cttarlu   U 

'-■"  illuiiic  Je   clidirs  iWn  li!    leitc  'jl    arroinpagnd    de    pUm  In'*  et 

ilo  croquis ,      3t>  &, 

fi  flinimHTKUCB  HVtOUUn,  nuivant  le  ri  !  .'■  m«lékilti.[iar.S>',ii/iAo.'i7. 

.'■.lij.i.jn  ivviu-  cl  QUgmcaitéo,  tnxte  arabe  maghrehin.  In-S*.       6  fr. 

mtPuin   o'jtfloo'lWtU,   twlo   arabe,   puhttâ    par   Ileinaud   et   J»  .Vam. 

In  r »*  fr- 

UamtMAWOBtj,  ou  Hiaioîrailci  rail  du  Kaehmir,  publiiss  sa  ta ni cri  1  ci 
traduit.-  to  françait,  par  K.  Tr»j*\  3  v.ii.  ta-&* 

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■  -       fer*' -... 
'■-  "  ■■    '    ■      ■  ■■  .      I      ■       ■ '  ■  ■ 
DJb   «ftiïljua,  par  IV.  CalanJ.  Irctour  de  untcril  a  l'UaiinniV 
li'tjlnwbl.                                    mr  ùa  Hiuerit  »  dn  ïrammnirv  luMparea 
a  Pèrii ,                   .......                  .... 


impu 


TABLE 

bu  UATiknis  ooStenuss  dams  ce  homéro. 


-■■■■ 


Siirn :.  •'!    ".liLii|inl.  il:iii..  i.i   11  Lti  rnlui'i!  ariihr  i  M.  A.  C.  [iiHUiLK  vk 

Mumuili],  [Suite.].  .  , 

■■  -  moral  de  L.mli'  (M.  li,  lirni.uoii).  [SuiU<.] ftig 

il  miUnngn» ' 5l5 

■  '■"   ■>  '  tamç«  «ir«i«  à  U 

--   Lnnt  .....:,  .1  ,;.-] .  ..■.,,„ ,     iaj  ,.,■■:     1*1» 

OEM  ■■!  .r.-.ri|iii.iljiiin  inbn  (M.  (J-mn  ut.  V.u  i   .          \.-,.  ,,.!...■',        .|      l,.   il.. 
IvliuAi  -;\1.  ricm  Un. m  ,.  -    l.e  prénom   ■. ■=■-.. I  ■■■■,,■,,     ■:. 

3^5 

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■   i  C.  Otto  i.I..-w|.„  :  fono  ,  „■.■■.  ..r  il,.-  M.,1-,..   |v„;„.„i , 

■ . r; .  ï    l'IiiK^HDJ,    ItlTUlU    n>llli<ij»ariu)t    SiripUir':*     .jfrid.-nL.ili::     in.-illl j     il 

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•  ■  .iimutlk  (3o  IVniu'.i  par  un),  pour  Ifs  «tli'iu!... 
■   [oin   jiiiyiT.    .  |  :  ■  a.  1 1    l    ■  ivi  [.-iriiuhruii  (jii  lt.1  ;nrr:iii-iil    a   l'iiin-     |...i|. 

:  r .  ■  -i  1 1»  d'aJraue,  cl  jxrar  l'ncliit  des  orniw)  puliUi-n  par 
.....i!  in.  membre*. 

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A  Londres,  à  MM.  U  illu.us  et  SojhJats,  n"  ij.  Hurriettn  rtn 
Gard™  ).  • 

Le  prii  de  l'ilio  iiii.'1'u  <it  'l'un  U  »u  Journal  asiatique  r.s(  : 
l'oar  !'.'■:  !b)  lUpBtlunantl ,  17  i'r.  Su.  .il  j 

'0  ''.""'     '■ -■    iiiiMiil  |i»r*îi.  loua  lei  deux  moi». 


iMi'UiMr.ilir.  NATIONALE.